h'
t '■ '
..:■.>'„■■'■:
" r!
'i«^
,!i/
'Itij.!-:;;!
';/''" ■ ' "
■'II- >'■ , ''
:±r,r:\
\" lui ■ ■ '
;tlfili<iH;i M ''(Ml •!■•'
li ite'iv
;'!;;m
i!
iiimili
'■ -
L-
' ('''i^Hi^^'-
■'■•''',1, >,'*■■
i mm
M I
Vir'.'i'Mfiii
I 1 P',!i ■ l't!
Digitized by the Internet Archive
in 2011 with funding from
Univérsity of Toronto
http://www.archive.org/details/philippedemziOOiorg
/ >
PHILIPPE DE MEZIERES
CHARTRES. — IMPRIMERIE DURAND, RUE FULBERT
PHILIPPE DE MBZIÈRES
1327-1405
LA CROISADE AU XIV^ SIÈCLE
N. JORGA
PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, HUE DE lUCHELIEU, AU PREMIER
1896
Tous droits réservé»
PONTIFICAL INSTITUTE OF MFOIAEVAL STUOIES
59 QUEENS PARK CRESCENT
TORONTO-5, CANADA
OCT 6 195t
BIBLIOTHÈQUE
DE l'École
DES HAUTES ÉTUDES
PUBLIEE SOUS I,ES AUSPICES
DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
SCIENCES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES
CENT-DIXIEME FASCICULE
PHILIPPE DE MÉZIÈRES, 1327-1405 ET LA CROISADE AU X1V° SIECLE,
PAR N. JORGA
PAIUS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, HUE DE HICIIKLIEU, AU l'REMIEIl
1896
Tous droits réservés
OCT 9 195\
\fe3. Jfe
Sur l'avis de M. Charles Bémont, maître de conférences
d'histoire, et de MM. A. Longnon et J. Roy, commissaires
responsables, le présent mémoire a valu à M. Nicolas
JoRGA le titre à' élève diplômé de la section d'histoire et de
philologie de l'Ecole pratique des Hautes Eludes.
Paris, le 25 juin 1893.
Le Directeur de la conférence,
Signé: Ch. Bémont.
Les Commissaires responsables,
Signé: A. Longnon, F. Roy.
Le Président de la Section,
Signé: G. Paris.
A MONSIEUR GABRIEL MONOD
HOMMAGE RECONNAISSANT
N. JoRGA. Philippe de Mézières. -^
\1\
INTRODUCTION BIRLIOGRAPHIQUE
Nous diviserons cette introduction en deux parties: dans la première
nous indiquerons les sources imprimées et manuscrites de notre tra-
vail, dans la seconde les ouvrages qui nous ont fourni des renseigne-
ments.
PREMIÈRE PARTIE : SOURCES.
§ I. OUVRAGES DE MKZIÈRES.
Les œuvres de Philippe de Mézières étant la principale source pour
l'histoire de sa vie et de ses idées, nous les indiquerons tout d'abord,
en les rangeant autant que possible d'après Tordre chronologique de
leur composition.
Après 1365. Quednm scri'phtra breviter rocoUecln de laudahili et devota
intencione... régis Pelri de Lizingniaco. Bibliothèque de l'Arsenal,
n» 499.
V. la Revue historique de 1892 (XLIX, l*"- fasc), Une collection
de lettres de Philippe de Mézières.
1366. Vita S. Pétri Thomasii. Ms. perdu (?). Imprimée par Henschen
dans les Acta Sanctorum du 29 janvier et, par le même, à Anvers,
1659.
1366-82. Lettres, pièces diplomatiques et discours. Bibliothèque de
l'Arsenal, n" 499.
V. l'article cité de la Revue historique.
1367-8. Nova religio Passionis (t'-« rédaction). Bibliothèque Mazarine,
n» 1943. Bibliothèque Bodléienne, à Oxford, fonds Ashmole, n°^ 813,
865.
V. A. Molinier, dans les Archives de l'Orient latin. I.
1372-3. Lettre sur la fête de la Présentation, office et mystère. Biblio-
thèque Nationale, lat. 14511, 14454, 17330.
1376. Somnium Viridarii (te.xte latin). Bibliothèque Nationale, lat.
3180 c, 3459 A. Londres, British Muséum, 19 C IV. Vienne, Biblio-
thèque impériale, n<> 2652 (fragments).
llditions : Aureus de utraque potestate libcllus... Somnium Vi-
ridarii vulgariter nuncupntus. Paris, Galliot du Pré, 1516, petit
in-4; Goldast (Melchior). Monarchia romani imperii. I. Hanovre;
— vnj —
1611 (l''<= édition). Traités de droit, Lyon, Georges Regnault, 1544,
in-fol.. X\
1376-8. Songe du Verfjier (traduction française du précédent ouvrage).
Ribliothùque Nationale, franc. 537, 1066, 9195, l'2442, 24290-1;
nouv. acq. franc. 1048. Turin, liibliotlièque Nationale, M VI, 7.
Éditions : Le sonçjc du Vergier, qui parle de la dispulation du
clei'c et du chevalier. Lyon (/), J. Maillet, 1491, petit in-fol. ; Paris,
Jelian Petit, vers 1500, in-fol.; .\ngers, Jehan Alisot, vers 1500,
in-fol.; Brunet, Traitez des droits de l'Église gallicane, II, Paris,
1731, in-fol.
V. P. Paris, Manuscrits français, IV; Notices et extraits, XXXI,
l""" partie (article de M. L. Delisle).
1382. De landibus béate Marie Virginis super « Salve sancta parens ».
Bibliothèque Nationale, lat. 14454.
1384. Nova religio Passionis (deuxième rédaction). Bibliothèques Ma-
zarine et Bodléienne, n"* cités.
V. l'article cité de M. .\. Molinier.
1386-7. Testament. Bibliothèque de l'Arsenal, n° 408. Bibliothèque Na-
tionale, n° 15077.
1386-7. Conlemplacio hoi'e mortis. Ms. cité de la Bibliothèque de l'Ar-
senal.
1386-7. Soliloquium peccatoris. Ms. cité de la Bibliothèque de l'Ar-
senal.
1389. Songe du vieil Pèlerin. Bibliothèque de l'Arsenal, n"^ 2682-3.
Bibliothèque Nationale, no* 9200-1, 22542. Bibliothèque impériale
de Vienne, n" 2251.
1389-90. Oratio tragedica. Bibliothèque Mazarine, n° 1651.
1395. Lettre de Charles VI à Richard IL Publiée dans Kervyn de
Lettenhove. Chroniques de Froissant, XV.
1395. Epître au roi Richard. Londres, British Muséum, Royal B IV.
Cf. Kervyn de Lettenhove, ouvrage et volume cités.
1397. Épislre lamentable et consolatoire. Bruxelles, Bibliothèque de
Bourgogne, n° 10486. Ms. Ashburnham, perdu (?). Publiée en partie
dans Kervyn de Lettenhove, ouvrage cité, t. XVI.
? Livre de prières. Bibliothèque Mazarine, n° 516.
§ IL AUTRES MANUSCRITS ET DOCUMENTS ORIGINAUX».
Nous rangerons nos indications par pays, en commençant naturelle-
ment par les bibliothèques et archives de Paris qui nous ont fourni le
plus grand nombre de manuscrits et de documents.
Paris.
Archives nationales.
Série .Ll pour le xiv« .siècle; K 49, 54; KK6; LL 1505 ; M 105; P
1189, S 3757 A, 3758 A et 3758 b, 3780, 3813, 3822; X'^'^ 13».
Bibliothèque Nationale.
Ailly (Pierre d'). Contra novos Judeos. Lat. 3122.
1. Pour les imprimés, voy. pp. xi (§ Ouvrages cités).
— IX —
Amadi (Fr.)- Chronique de Chypre. It. 387.
Avis du Grand-Maître des Hospitaliers. Lat. 7470.
Avis du roi de Sicile. Fr. 6049.
Avis de rév^lque de Langres. Lat. 7470.
Bustron (Florio). Chronique de Chypre. It. 833-4 et Informatione
di Cipro. It. 835.
Cagnola (G. Pietro). Chronique. It. 261.
Carmesson (Jean). Vila S. Pétri. Lat. 5615.
Caroldo. Chronique de Venise.
Cronica veneziana (depuis Attila). II. 16.
Firmianus. De viris illustribus Cclestinorum. Lat. 18330.
Hayton. Fleurs des histoires.
Khalil-Dhaheri, trad. Ventura. Nouv. acq. franc. 3160.
Laon (Chronique de Vabbé de). Fr. 10138.
Sainte-Marthe. Histoire des Lusiynan. Franc. 24211.
Miscellanées. Lat. 1002. Franc. 21447.
Bibliothèque de l'Arsenal.
V. Ouvrages de Mézières.
Bibliothèque Mazarine.
V. Ouvrages de Mézières.
Allemagne.
Berlin. — Bibliothèque royale publique.
Anonyme arabe sur la prise d'. Alexandrie, mss. Wetzstein, II,
359-60.'
V. aussi Ouvrages de Mézières.
Dresde. — Bibliothèque royale publique.
Cronaca di Venezia (-1444). F 160.
Crona.ca Zane.
Hambourg. — Bibliothèque de la Ville.
Chronicon quorundam regum. Ms. hist. 31'>.
Leipzig. — Bibliothèque de la Ville.
Formulaire de lettres de Charles IV. Rep. II, fol. 171.
Munich. — Bibliothèque royale publique.
Chronica di Ferrara ftno al 1403. Lat. 850.
Lettre apocryphe sur la bataille de Smyrne. Lat. 4149.
Même lettre. Lat. 850.
Angleterre.
Londres. — British Muséum.
V. Ouvrages de Philippe.
— Public Record Office.
Aiiciennes archives de la Gar dérobe, Comptes de Henri Snayth
(29 juin 37 Edouard III -29 juin 38).
Oxford. — Bibliothèque Bodléienne.
V. Ouvrages de Philippe.
Italie.
Bologne. — Bibliothèque de l'Université.
Cronica di Caltanio de' Cattani (-1406). Ms. n° 429.
— X —
Cronica di Floriano di Pier Villola {Memorie istoriche) (1163-
1376). Ms. n° 1456.
Cronica di Ramponi. Ms. n»» 112-113.
— Archives d'État.
Bolle e brevi.
Ferrare. — Bibliothèque de l'Université.
Cronaca di Ferrara.
Gênes. — Archives d'État.
Magistrorum ralionalium introilus et exitus.
Masser ia di Ca/fa.
— Archivio notarile.
Fogliuzzo d'Anlonio Credenza (1375-1 418) et Fogliazzo d'Antonio
Foglielta (1386).
Milan. — Bibliothèque Ambrosienne.
Cronica di Venezia fino al 1362. It, 85 inf.
Bibliothèque nationale de Brera.
Cronica di Venezia, delta Zancaruola. AG x, 16. 2 vol. in-fol.
Modène. — Archivio estese.
Pergamene di Slalo (Paci e tregue).
— Biblioteca estese.
Fragment des comptes de Vannée 1365 pour la cour de Savoie.
Ms. Campori, n» 1245.
Plaisance. — Bibliothèque municipale.
[Cesnola (de)J. Note illustrative di varie iscrizioni morluarie,
con l'albero genealogico délia reyia Casa Lusignana e 17 tavole
con disegni. Ms. Campagna, 14.
Rome. — Archives du Vatican.
Registres des lettres secrètes et de la chancellerie sous Urbain V
et partie du règne de Grégoire XI (Secr., 245-50, 263-4).
Turin. — Archives d'Etat.
Comptes de l'expédition d'Amédée VI en Orient.
Viaggio in Levante (Mazzi).
Bolle e brevi (fnvenlario).
— Archives cainérales.
Comptes des trésoriers généraux de Savoie (Pierre Gervais, An-
toine Barbier), 1360-70.
— Bibliothèque nationale. V. Ouvrages de Philippe.
Venise. — Archives d'État.
Bolle e brevi.
Letlere de' rettori sec. XIV- VI.
Raspe.
Senato Misti (31-33).
— Bibliothèque de S. -Marc.
Chronique attribuée à Daniele Bai'baro ou à Niccolù Trevisan.
It. VII, 92, 126, 790.
Cronica di tutta la provincia di Venezia — 1455. It. VII, 788.
Cronica di Venezia (1327-425). It. VII, 662.
Contarini (Donato). Cronica. It. VII, 64.
Memorie del pjassaggio per lo stato veneto di principi e soggetli
esteri (1347-77). It. VII, 707.
Mussi (Gabriele de'). Récit sur la peste de 1349, Ms, lat. XIV,
264 et suiv. V. sur les éditions, Heyd, Hisl. du comm. du Levant,
2e éd., II, p. 196, note 1.
Visconti (Galéas). Correspondance avec le Soudan. Même ms.
DEUXIÈME PARTIE : OUVRAGES CITÉS».
Aboulféda (Ismaël). Géographie, éd. et trad. Reinaud et de Slane.
Paris, 1837-40, 2 vol. in-4.
Agostini (Giov. degli). Notizie... degli scrittori viniziani. Venise,
1752-4, 2 vol. in-4.
Amadi (Fr.). Chronique de Chypre, éd. René de Mas-Latrie (Collection
de documents inédits sur l'histoire de France, 1891, in-4).
Ammirato (Scipione). Islorie florentine, éd. de Florence, 1647, 3 vol.
in-fol., et de Turin 1853 (L. Scarabelli), 7 vol. in-12.
André (J.-F.). Ilist. politique de la monarchie pontificale au xiv®
siècle. Paris, 1854.
Anglure (Oger, sire d'). Le saint voyage de Jhérusalem, éd. Bon-
nardot et Longnon (Société des anciens textes). Paris, 1880, in-12.
Annales Mediolanenses, dans Muratori. Rerum Italicarum scriptores,
t. XVI.
Annales Sanctae Crucis polonicae, dans Pertz, Monumenta Germaniae
historica medii aevi, t. XIX.
Ashmole (Elias). The institution, laws and cérémonies of the most noble
Order of the Garter. Londres, 1672, in-fol.
Aumale (duc d'). Azotes et documents relatifs à Jean, roi de France, et
à sa captivité en Angleterre. Londres, 1856, petit in-8.
Azarii (P.). Chronicon, dans Muratori, Rer. It. script., t. XVI.
Backer (Louis de). L Extrême Orient au moyen âge. Paris, 1877, in-8
Baldelli (Giov.-Battista). Vita di Giovanni Boccaccio. Florence, 1806
in-8.
Baluze (Etienne). Vitae paparum Avenionensium. Paris, 1693, 2 vol
in-4.
Bandini (A. M.). Catalogus codicum latinorum bibliothecae Lauren
lianae. Florence, 1791-3, 3 vol. in-4.
Bar (J.-Ch.). Recueil des costumes des ordres religieux et militaires
Paris, 1778-98, 6 vol. in-fol.
Barbaro (.Jos.). Viaggio, dans Ramusio (G.-B.), Navigazioni e viaggi
Venise, 1554-1606, 3 vol. in-fol.
Bazano (J. de). Chronicon Mutinense, dans Muratori, XV.
Becquet. Elogia Celestinorum. Paris, 1719, in-4.
Belgrano (L. T.). Seconda série di documenti riguardanti la colonia
di Fera, dans les Atti délia società ligure di sloria patria, XIII.
— Delln. vita privata dei Genovcsi. 2» ediz., Genova, 1875.
Beurier (P. Louis). Histoire des Céleslins de Paris. Paris, 1634, in-4.
Bibliotheca Stoschiana. Lucques, 1758, pet. in-4.
BizARRUs (P.). Senatus populique Genuensis Annales. Anvers, 1579,
in-4.
1. Ne sont pas indiqués les livres universellement connus ni, sauf
exception, les articles de revue.
— xij —
BcEiiMEH (J.-Fr.)- Jfie Regeslen des Kaiserreichs unler Kaiser Karl IV
(1347-78), herausgcgeben und ergànzt von Alfons Huber. Inns-
bruck, 1874-7, gr. in-4.
BoETTiGEH. Gcschichle des Kurstaates und Kônigreichs Sachsen (Collec-
tion Heeren et Ukert. Hambourg, 1830-1, 2 vol. in-8).
BoiSLisi.E (A. de). Projet de croisade du premier duc de Bourbon
{Annuaire-bulletin de la Société de l'histoire de France. IX).
BoLDENSLÈVE (Guillaume de). Hodoeporicum Terrae Sanctae ou Liber
deparlibus quibusdam ultramarinis et praecipue de Terra Sancta,
dans Canisius, Thésaurus... sive Lecliones antiquae, IV.
BoNGARS (Jac). Gesta Dei per Francos. llanau, 1611, 2 vol. in-fol.
Bosio (Giac). Dell' isloria délia sacra religione diS. Giovanni Geroso-
limitano. Rome, 1594-1602, 3 vol. in-fol.
BosTius (Arn.). Depatronalu Beatae Virginis, dans le Spéculum Gai'-
melitanum. Anvers, 1680, 2 vol.
Brants (V.). Philippe de Mézières cl son projet de banque popu-
laire, dans la Revue catholique de Louvain, I (1881), et tirage à
part.
Breidenbacii (Bernard de). Reise. V. Lannoy (Guillebert de).
Brèves (de). Relation des voyages... faits en Jérusalem... Paris, 1628
et 1630, in-4.
Brown (Edouard). V. Gratius (Orthuinus).
Bruce (James). Travels to discover the source of the Nile. Edimbourg,
5 vol. gros in-4.
Brygg (Thomas). V. Swynrurne.
BuciiON (J.-A.). Recherches et matériaux pour servir à une histoire de
la domination française en Grèce. Paris, 1811-40, 2 vol. gr. in-8.
— Nouvelles recherches historiques sur la principauté française
de Morée. Paris, 1843, 2 vol. gr. in-8.
BuLvîîUS (Caes.-Eg.) Jlisloria universitatis Parisiensis. Paris, 1665-73,
6 vol. in-fol.
BuLLARiUM CAK.MELiTAMiM a fr. E. Monsignano. Rome, 1715, 4 v. in-fol.
BusTRON (Florio). Chronique de Chypre, éd. René de Mas-Latrie
(Collection de doc. inéd. sur l'hist. de France, 1886).
Bzovius(Fr. Abr.). Annales ecclesiaslici post Baronium. Cologne, 1621-
30, 8 vol. in-fol.
Campo (Lucchino de). V. Este (Nicolas II d').
Canale (M. G.). Storiadei Genovesi. Gènes, 1844, 5 vol. in-12.
— Délia spedizione in Oriente di Amadeo VI di Savoia. Gênes,
1887, in-8.
Canestrim (Gius.). Documenti spetlanti aile compagnie di ventura ed
ai condottieri stranieri, dans V Archivio storico italiano, l'"^ série,
t. XV (1851).
Cantu (Cesare). Storia universale. 7'"'= édition, de Turin (1848-54).
Capitanovici (G. J.). Die Eroberung von Ale.rnndria. Berlin, 1894,
petit in-8.
Capitoii del comune di Firenze. Invcnlario e reqeslo. Florence, 1866-
93, 2 vol. in-4.
Cap.many (D. Ant. de). Memorias hisloricas sobre... Barcelona. Madrid,
1786-94, 4 vol. in-4.
Caracciulus (Tristanus). Joannae I Vita, dans Muratori, XXII.
Caresim (Raphaini). Chronicon, dans Muratori, XII.
— xnj —
Carmessonius (.J.)- Vito, S. Pétri Thomae, patriarchae Constantino-
politani, legati apostolici, ex oi'dine B. Mariae Virginis (éd. Da-
niel de Sainte-Marie). Anvers, Marcel Parijs, 1666, in-12 et dans
le Spéculum Carmelilanum (v. sous le nom BosTius).
Cahretto (Gai. de). Chronicon Montisferrati, dans les Monumenla
Ilistoriae patriae de Savoie, Scriptores, III.
Casati (Luigi-Agostino). La gtierra di Cliioggia e la pace di Torino.
Florence, Lemonnier, 1866, in-8.
Castile. Apuntos para la historia de Léon Liisignan V. Madrid, 1893,
in-8.
Caumont (N. de). Voyage d'OuUre-mer, éd. du marquis de la Grange.
Paris, in-8.
Ciiampeaux (de) et Gaucmerv. Les travaux d'art exécutés pour Jean de
France, duc de Berry. Paris, Champion, 1894, in-4.
CnAMPOLLiON-FiGEAC (Aimé). Louis et Charles d'Orléans, leur influence
sur les arts, la littérature et Vesprit de leur siècle. Paris, 1844,
2 vol. in-8.
CnAUCER (Geoffroi). Poe^/ea/ Works, éd. Routledge. Londres, in-8.
— Canlerbury Taies, éd. Skeat, t. IV et V. 1894.
'CfiAZAUD (A. M.). V. Orville (Cabaret d').
CiiÉREST (Aimé). UArchipvêtre, épisodes de la guerre de Cent ans.
Paris, 1879, in-8.
Chevalier (l'abbé Ch. -Ulysse). Documents historiques inédits sur le
Dauphiné. Montbéliard-Lyon, 1874, in-8.
— Compte de Raoul de Louppy. gouverneur du Dauphiné de 1361
à 1369. Romans, 1886, gr. in-8.
Chiesa (Gioffredo délia). Cronica di Saluzzo, dans les Mon. hist. patr.
de Savoie, Scriptores, III.
Ciioisv (de). Histoire de Charles VI, roi de France. Paris, 1695, in-4.
Christophe (.1. B.). Histoire de la papauté au xiv^ siècle. Paris, 1853,
3 vol. in-8.
Cronica di Bologna, dans Muratori, XVIII.
Cronica di Ferrara, Muratori, ihid.
Chronica d'Orvieto, dans Muratori, XV.
Cronica di Pisa, dans les fierum Italicarum Scriptores. Florence,
1748, I.
— dans Muratori, XV.
Chronicon Angliae auctore monaco quodam Snurti Albani, éd. Thomp-
son (Collection du Maître des H(Mes. Londres, 1874, in-8).
Chronicon Estense, dans Muratori, XV.
Chronicon Livoniae, dans les Scriptores reruui prussicarum. Leipzig,
1861-74, t. II.
Chronicon Placentinum, ibid.,XVL
Chronicon Regicnse. ihid., XVIII.
Chronique de Bertrand du Guesclin, dans le Panthéon littéraire de
Buclion.
Chroii iqiie hourguignoniie, dans Froissart, éd. Korvyn de Lettenhove, XV.
Chronique Martiniciine. Vers 1503, gr. in-fol. goth.
Chronique de Mayence et Chronicon Moguntinum, dans les Chroniken
der deutschen Stadie i)n Millelaltrr. .Mayence, II.
Chronique normande du .mv siècle, publiée par A. et E. Molinier
(Société de l'histoire de France. Paris, 1882, in-8).
— AlV —
Chronique des Pays-Bas, de France, etc., dans le Corpus chronicorum
Flandriae, Bruxelles, 1837-45, III.
Chronique des quatre premiers Valois, éd. S. Luce (Société de l'histoire
de France. Paris, 1862, in-8).
Chronique du Religieux de Saint-Denis, éd. Bellaguet (Coll. de doc.
inédits sur l'histoire de France, 1839-52, 6 vol. in-4).
Chronique de Savoye, dans \es Monnmenta historiae patriae de Savoie,
Scriptores, I. Turin, 1840, in-fol.
Chronique de Strasbourg, dans les Chroniken der deutschen Sludte im
Mittelaller: Die Chroniken der obcrrheinischen Slddle, Strassburg,
II. Leipzig, 1871, in-8.
Chronographia regum Francorum, éd. II. Moranvillé (Société de l'his-
toire de France. Paris, 1891-1893, 3 vol. in-8).
CiBRARio (Luigi). Délia Economia politica delmedio evo. Turin, 1842,
3 vol. in-12.
— Origine e progressi délia casa di Savoia, I. Turin, 1855 ; II
(Specchio cronologicd). Turin. 1855, in-8.
— Storia délia monarchia di Savoia. Turin, 1840, 3 vol. in-8.
CicoGNA (Emm.-Ant.). Brève nolizia intoi'no alla origine délia confra-
ternità di San Giovanni Evangelista in Venezia. Venise, 1855,'
in-12.
CoMNENA (Anna). Alexias, éd. de Bonn, 1839-78, par L. Schopen, 2 vol.
in-8.
Continuatio chronicorum Guillelmi de Nangiaco, éd. Géraud (Société
de l'histoire de France). Paris, 1883, in-8.
CoRANCEZ. Itinéraire d'une partie peu connue de V Asie-Mineure. Paris,
1816, in-8.
CoRio (Bern.). Storia di Milano. Milan, 1503. in-fol.
CoRNARO (Flam.). Notizie storiche délie chiese di Venezia. V. aussi
Cornélius (Flam.).
CoR.NELius (Flam.). Creta sacra. Venise, 1755, in-4.
Crespetius (Petrus). Summa catholicae fîdei... Lyon, 1598, in-fol.
Cromerus (Martinus). De origine et rébus gestis Polonorum, plus. éd.
CuYELiER. Chronique de Bertrand du Guesclin, éd. É. Charrière (Collec-
tion de doc. inédits sur l'histoire de France, Paris, 1839, 2 vol. in-4).
Cyprien (Archimandrite). XpovoÀoyiy.r] la-opîa xtj; v^dou Kij::po'j. Venise,
1788, in-4.
Czarnkow (Johannes de). Chronicon Poloniae, dans Bielowski, Monu-
menla Poloniae. Lemberg, 1872.
Dahlmann (F. C). Geschichte von Daennemark. Hambourg, 1840-3,
3 vol. in-8.
Daniel de Sainte-Marie. Dissertatio apologetica pro revelatione ac
sponsione Beatae Virginis Deiparae Mariae facta S. Petro Tho-
masio. Anvers, Meursius, 1659. in-12.
— Epitome Vitae S. Peiri Thomasii... et scala virtutum. Anvers,
Meursius, 1659, in-12.
Dati (Goro). Storia di Firenze dal 1380 al 1405. Florence, 1735, in-4.
Datta (P.). Spedizione in Oriente di Amedeo Vf, conte di Savoia, pro-
vata con documenti inediti. Turin, 1826, in-8.
— Storia de' principi di Savoia del ramo d'Acaia. Turin, 1832,
2 vol. in-8.
Delaville-le-Roulx (J.). La France en Orient au xiv siècle. Paris,
— XV —
1885-1886 (Bibl. des écoles françaises d'Athènes et de Rome), 2 vol.
in-8.
Delayto (Jacobus de). Annales Eslenscs, dans Muratori, XVIII.
Delisle (Léopold). Mandements et actes divers de Charles V (1364-80).
(Collection des documents inédits, 1874).
Demay (G.). Inventaire des sceaux de la collection Clairambault
(Ibid., 1885).
Depping (G. B.). Histoire du commerce du Levant. Paris, 1832, 2 vol.
in-8.
Deschamps (Eustache). Œuvres inédites, éd. Queux de Saint-Hilaire.
Paris, 1879-86 (Société des anciens textes), 4 vol. petit in-8.
Detmar. Chronik von 1105-1386, dans les Chron. der deutschen Slàdle,
Lilùccli, I.
Deville (A.). Histoire du château et des sires de Tancarville. 1834,
in-8.
UiARio. Ferrarese, dans Muratori, XXIV.
Douet-d'Akcq (L.). Comptes de l'hôtel des rois de France aux xiv et
x\o siècles (Soc. de 1 hist. de France. Paris, 1866, in-8).
DuBHAVius (J.). Historia bohemica. Hanau, 1602, in-4.
Du Cangk. Les Familles d'Outremer, éd. É. Rey (Collection des doc.
inédits, 1869).
DuCHESNE (André). Histoire généalogique de la maisonde Chasteigners.
Paris, 1643, in-fol.
DuciiESNE (Fr.). Histoire des cardinaux français. Paris, 1660-6, 2 vol.
in-fol.
DuLAURiEK (Éd.). Historiens arméniens des croisades, I. Paris, 1869,
in-fol.
Du Verdier et La Croix du Maine (Fr.). Bibliothèque françoise, éd. de
la Monnoye. Paris, 1772-3, 6 vol. in-4.
Épinois (Henri de 1'). Le gouvernement des papes et les révolutions dans
les .Etats de l'Église. Paris, 1865, in-8.
Epiphania (Pedro de la). Vida y milagros de S. Pedro Thomas... Sé-
ville, in-4.
Ermiscii (Hub.). Ein Besucli des Kunigs Peter... am Hofe des Mar^j-
grafen Friedrich des Strengen von Meissen (1364), dans le Neues
Archiv fiir sâchsischc Geschichte, I (Dresde, 1880).
Este (N. II d'). Viaggio di Gerusalemme. dansla. M iscellanea di opus-
coii inediti o rari nci secoli XIV e XV. Prose, I (Turin, 1861, in-8).
Eulogium historiarum, éd. Haydon, dans la Collection du Maître des
Rôles. Londres, 1863, 3 vol. in-8.
Faiîuicius (.loh.-Alb.). Bibiiotheca latina mediae et infimae aetatis.
Hambourg, 1736-46, 6 vol. in-8; 2<-' édition (Mansi), Padoue, 1754,
6 vol. in-4.
Faenza (Jean de). V. Carmessonius.
Favre et Mandrot. Vogage en Cilicie, 1874. Paris, 1878 (Bulletin de
la Société de géographie).
Finot (L). La dernière ordonnance de Charles V, dans la Bibliothèque
de l'École des Chartes, t. L, 1889.
FoGLiETTA (Uberto). Ifistoriae Genuensis libri duodecim. Gènes, 1585,
in-4.
Frescoraldi (Leonardo). Viaggio... in Egitloed in Terra Santa. Rome,
1818, in-8,
— xvj —
Fréville. Des r/randes compagnies au XIV'' siècle, dans la Bibliothèque
de l'École des Chartes, t. III, 1841-2.
Friedjung (Heinrich). Kaiser Karl TV vnd sein Antheil am geistigen
Leben scinev Zeit. Vienne, 1876, gr. in-8.
FROissART(Jean). Chroniques, éd. Buchon. Paris, 1835-6, 3 vol. gr. in-8;
— éd. Kervyn de Lettenhove. Bruxelles, 26 vol. in-8, 1867-1877 ;
— éd. S. Luce et G. iJaynaud (Société de l'histoire de France. Paris,
1869 et suiv. 9 vol. in-8).
— Œuvres poétiques, éd. Aug. Scheler. Bruxelles, 1870 1872,
3 vol. in-8 (Académie royale de Belgique).
Fromentin (A.). Essai historique sur Yvetot et ses environs. Rouen,
1844, in-8.
Gabotto (F.). Uelà del conte verde in Piemonle, seconda nuovi docu-
menti (1350-83). Rome, 1895.
Gataro (Andréa di). Chronicon patavinum, dans Muratori, XVII.
Gazata. V. Chronicon Regiense.
Germain. Histoire du commerce de Montpellier, 1861, 2 vol. in-8.
Gervinus (G. G.). Geschichte der deutschen Dichtung. Leipzig, 1853, 5
vol. in-8.
Gesta episcoporum Autissiodorensium, dans Migne, Patrol. lat., vol.
138.
Geste des ducs de Bourgogne, dans les Chroniques relatives à Vhistoire
de la Belgique sous la domination des ducs de Bourgogne, I. Bru-
xelles, 1870, in-4.
GiBLET. V. LOREDANO.
Giustiniani (Mich.). Annali délia repubblica di Genova. Gènes, 1835,
2 vol. in-4.
GoLDAST (Melchior). Monarchia S. Romani imperii, 1" éd. Hanovre-
Francfort, 1611-5, 3 vol. in-fol.
GoRRA (Egidio). Studi di critica letteraria. Bologne, 1892, petit
in-8.
GoTTLOB (Adolf). Karls IV private und politische Beziehungcn zu
Franhreich. Innsbruck, 1883, gr. in-8.
Gratius (Orthuinus). Fasciculus rerum expefendarum et fugiendarum,
éd. Éd. Brown. Londres, 1690, 2 vol. in-fol.
Gravina (Domenico de). Chronicon, dans Muratori, XII.
Griffonibus (Matthaeus de). Memoriale historicum, dans Muratori,
XVIII.
GuGLiELMOTTi (P. Alb.). Storitt délia marina pontificia. Florence, 1871,
2 vol. in-8.
GuiCHENON (Samuel). Histoire généalogique de la royale maison de
Savoie. Turin, 1778 (2^ édition; i", Lyon, 1660, 2 vol. in-fol.),
4 parties en 5 vol. in-fol.
GuiFFREY (G.). Histoire de la réunion du Dauphiné à la France. Pa-
ri.s, 1868, in-8.
Guignes (J. de). Histoire générale des Huns... Paris, 1756-68, 5 vol.
in-4.
Hammer (baron Jos. de). Histoire de l'empire ottoman, trad. italienne
par S. Romanin. Venise, 1828-31, 24 vol. in-12.
IIarduinus (Joannes). Collectio regia maxima Conciliorum. Paris, 1715
12 vol. in-fol.
Hauréau (B.). Notice sur le n° 8299 des ms. latins de la Bibliothèque
— XVIJ —
Nationale, dans les Notices et extraits des mss. de la Bibliothèque
Nationale, XXXI, 2" partio. Paris, 1886.
Hayton (P.). Flores historiarum, dans Bergcron, Voyages faits prin-
cipalement en Asie. La Haye, 1735, 2 vol. in-4.
Hellot (A). Essai historique sur les Martel de Basqueville. Rouen-
Dieppe, 1870, in-8.
HÉLYOT (Pierre). Histoire des ordres monastiques. Paris, 1714-9, 8 vol.
in-4.
IIeumilly. Histoire de Majorque et de Minorque, Maëstricht, 1777, in-4.
HEiiQUET (K.). Ci/prische Kunigsgestalten. Halle-am-See, 1880, in-8.
— J.-Fernandez de lleredia. Miihlhausen-in-Thai, 1878, in-8.
IIerzsoiin (l.-J.-P.) Dcr Ucberfall Alexandricn's. Bonn, 1886, petit in-8
(publication interrompue).
Heyi) (Guill.). Histoire du commerce du Levant au moyen âge, trad.
Furcy-Raynaud. Leipzig, 1885-6, 2 vol. in-8.
— Le colonie cominerciali degli Italiani in Oriente. Venise, 1866-8,
2 vol. in-8 (traduction G. MûUer).
HiGDEN (Ranulphus de). Polychronicon, dans la Collection du Maitre
des Rôles. Londres, 1865-1886, 9 vol. in-8.
HùPF (Charles). Chroniques gréco-romanes. Berlin, 1873, in-8.
— Griechenland im Mitlelalter, dans rF]ncyclopédie d'Ersch et
Gruber.
Huillard-Bréholles (A.). Titres delà maison de Bourbon. Paris, 1867-
74, 2 vol. in-4.
Jslorc et chroniques de Flandre, éd. Kervyn de Lettenhove, 1879-1880,
2 vol. in-4.
Istoria di Parma, dans Muratori, XII.
Jarry (É.). La vie politique de Louis de France, duc d'Orléans (1372-
1407). Paris, 1889, in-4.
Jauna (Dom.). Histoire généalogique des royaumes de Chypre, etc.,
Leyde, 1785 (1747), 2 vol. in-4.
JoRGA (N.). Une collection de lettres de Philippe de Mézières, dans la
Bévue historique, XLIX, l"" fascicule.
— Une lettre apocryphe sur la bataille de Smyrne (1346), dans la
Bévue de l'Orient latin, III (1895).
— Thomas III, marquis de Saluées. Paris, 1893, in-8.
Jourdain (Ch.). Nicolas Oresme et les astrologiens de la cour de Char-
les V, dana la. Bévue des questions historiques, XVIII (1875).
Kervyn de Lettenhove. Froissart, étude littéraire sur le xi\' siècle.
Bruxelles, 1857, 2 vol. gr. in-12.
Klingenberger Chronik, herausgegeben von Dr. Anton Henné von Sar-
gans. Gotha, 1861, in-8.
Koelhoffsche Chronick 1358, à.dSi%\ei%Chron.derdeutsch. Stàdte,Côln, III
Kœiner Jahrbïicher. Ibid., II.
Kraft (Joh.). Chronicon, dans Eckard, Scriptores, I.
KuGLER. Geschichte der Kreuzzilge. Berlin, 1880, in-8, dans la collec-
tion Oncken.
KuNSTMANN (Fr.). Studicn iiber Marino Sanudo den iilteren, dans les
Abhandlungen der k. Bayrischen Akademie der Wissenschaften,
historische Classe, VU, l'"" partie.
Le Laboureur (J.). Becueil des tombeaux des Céleslins. Paris, 1642,
in-fol.
— XVUJ —
Le Laboureur. Histoire de Charles F/. Paris, 1663, in-4.
Lancei.ot (Ant.). Mémoire sur la vie et les oiivraffes de Haoul de
Prestes, dans les Mémoires de l académie des inscriptions, t. XII I
de l'ancienne série (1740).
Langlois (V.). Numismatique de V Arménie au moyen âge. Paris, 1855,
in-4.
— Trésor de chartes d'Arménie, Venise, 1863, in-8.
— Voyage dans la Cilicie. Paris, 1861, in-8.
Lannoy (Guillebert de). Voyage, éd. J. Webb, dans V Archœologia
hrilannica. XXI (1826).
Lateinischf, Reimehronik, dans les Chronihen der deulschen Slddte-
Cùln, II.
Lazzarini (V.). La battaglia di Portolongo, dans le Nuovo Archivio
veneto, VIII (1894) et tirage à part.
Ledeuf (abbé Jean). Dissertations sur l'histoire de Paris. Paris, 1739-
43, 3 vol. in-12.
— Mémoires concernant l'histoire ecclésiastique et civile d'A uxerre.
Anxerre, 1848-51, 4 vol. in-8 (2<' édition).
— Notice des ouvrages de Philippe de Mézières, conseiller du roi
Charles V et chancelier du royaume de Chypre, dans les Mémoires
de l'Acad. des inscriptions . l""* série, t. XVI (1752).
— Mémoire sur Philippe de Mézières, ihid. t. XVII (1753).
— Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, éd. Cocheris,
1863, 3 vol. in-8.
Leclerc (V.) et Renan (Ernest). Discours sur l'état des lettres et des
beaux-arts e7i France au xiv^ siècle (d'abord publiés dans l'Histoire
littéraire de la France, t. XXIV, Paris, 1863). Paris, 1865, 2 vol.
gr. in-8.
Lecoy de la Marche (A.). Les relations politiques de la France avec
le royaume de Majorque. Paris, 1892, 2 vol. gr. in-8.
Lenoir (Albert). Statistique monumentale de Paris, texte et atlas.
Paris. 1839 et suiv., 40 vol. in-fol.
Leroux (Alfr.). Hechercfies critiques sur les relations politiques de la
France avec l'Allemagne (1292-1378), dans la Bibliothèque de
l'Ecole des Hautes-Etudes. Paris, 1882, in-8.
Lévrier. Chronologie historique des comtes de Genevois. Orléans, 1787.
2 vol. petit in-8.
Liber jurium reipublicae Genuensis, 2 vol. in-fol. dans les Monum.
hist. Pati'iae de Savoie, 1854-7.
Libri Commemoriali délia rep. di Venezia. V. Predelli (R.).
Limburger Chronik, l'^éd., in-16.
LiNGARD. History of England, éd. Baudry. Paris, 1840, 8 vol. in-8.
Le livre des faits et gestes du mareschal de Boucicaut, dans la collec-
tion de Michaud et Poujoulat. II (Paris, 1851, gr. in-8).
Livre des trahisons de France envers la maison de Bourgogne, dans
Kervyn de Lettenhove, Chroniques relatives à l'hist. de Belgique, 1. 1.
Ljdbic (Sime). Monumenta spectantia historiam Slavorum meridiona-
lium. Agram, 1868-82, 10 vol. in-8.
LoRAY (marquis Terrier de). Jean de Vienne, amiral de France (1341-
96), étude historique. Paris, 1878, in-8.
LoREDANO (G. F.). Histoire des rois de Chypre. Paris, 1732, 2 vol. in-12
et original italien. Bologne, 1647, in-8.
— XIX —
LucE (S.)- La mort du roi Charles V, dans le Correspondant du 10
octobre 1892, reproduit dans La France pendant la guerre de
Cent ans. Paris, 2" série, 1893, in-8.
— Histoire de B. du Guesclin. La jeunesse de Bertrand, 2» édition.
Paris, 1876, in-8.
— Jeanne d'Arc à Domrèmy. Paris, 1886, gr. in-8.
LuENiG (Joann. Christ.). Codex Ilaliae diplomaticus. Francfort-Leipzig,
1725-35, 4 vol. in-fol.
LusiGNAN (P. Estienne de). Description de Chypre. Paris, 1580, in-4.
— Généalogie des rois de Chypre. Paris, 1579, in-4.
M.\cnANEUS (Dominicus). Chronicon, dans les Mon. hisl. Palriae de
Savoie, Scriptores, I.
Machaut (Guillaume de). La piise d'Alexandrie, éd. L. de Mas-Latrie.
Société de l'Orient latin. Genève, 1877, in-8.
Mâcheras (Léonce). Chronique de Chypre, éd. Sathaset Miller, dans les
Publications de l'École des langues orientales vivantes. Paris,
1882, 2 vol. (1, texte, II, traduction française), in-8.
Magnan. Histoire d' Urbain V et de son siècle, d'après les mss. du Va-
tican. Paris, 1863 (2^ édition), gr. in-18.
Mallet (Gilles). Inventaire de la bibliothèque de Charles V, publié par
Van Pract. Paris, 1836, in-8.
Mannier (E.). Ordre de Malte. Les commanderies du grand prieuré de
France. 1872, in-8.
Manonville (Beauvau de). Relation journalière du voyage du Levant.
Nancy, 1619, in-4.
Marbourg (Wigand de). Chronicon, dans les Script, rer. prussic,
Leipzig, 1861-74, 11.
Marcel (Léop.). Analyse du Songe du Vergier, suivie d'une Disserta-
tion sur l'auteur, dans la Revue de législation et de jurisprudence,
XXI-II (1862-3) et tirage à part.
Marcotti et Te.mple Leader. Giovanni Acuto. Florence, 1889.
Mariana (J.) Historiée de rébus Hispaniœ. Madrid, 1605, in-4.
Martin (Henri). Catalogue des mss. de la Bibliothèque de l'Arsenal.
Paris, 1885-1892, 6 vol. in-8.
— Fuldensis Martini Chronicon, dans les Scriptores rerum germa-
nicarum d'Eckard, I, Leipzig, 1723.
Mas Latrie (comte Louis de). Les archevêques de Nicosie, dans les
Archives de l'Orient latin, II (1884).
— La chronique d'Ernoul (Société de l'histoire de France). Paris,
1871, in-8.
— Commerce et expéditions militaires de la France et de Vetiise
ou moyen âge, dans la Collection de documents inédits sur l'his-
toire de France (Mélanges et documents), III (1879), et tirage à part.
— Documents nouveaux servant de preuves à l'histoire de Vile de
Chypre, ibid., IV, 1882.
— L'île de Chypre. Paris, 1879, petit in-8.
— Documents génois concernant Vile de Chypre, dans les Archives
de l'Orient latin, W, Paris, 1884.
— Histoire de l'île de Chypre sous la Maison de Lusignan. Paris,
1852-5, 3 vol. in-4 (t. I, récit; II et III, documents).
Mas Latrie (René de). V. Bustron, Amadi, Strambaldi.
Meibomius. V. Persona (Gobelinus).
— XX —
Metz (Guillebert de). Description dp la ville de Paris au xv» siècle,
éd. Le Roux de Lincy. Paris, 1855, in-t2.
Meuiîisse (évc'^ciue de Madaure). Lettres de Charles cinquième et de
Philippe de Mnisières, Metz, 1638, in-12.
MiCHAUD (Jos.)- Histoire des croisades, édition Huillard-Bréholles. Pa-
ris, s. a., 4 vol. in-4.
Michel de Saint-Esprit. Vie admirable de saint Pierre Thomas. Paris,
1652, in 12.
MiCHOVius (Math.). Chronica Polononun. Cracovie, 1521, in-8.
MiKLOsiCH et MuELLER. Acta et diplornata rjraeca, Vienne, 1865, 1 vol. in-8.
Mii.LiN (abbé A. L.). Antiquités nationales. Paris. 1790-99, 5 vol. in-4.
.MiNEitBETTi (Piero). Cronica, dans les Berum Italicarum scriptores.
Florence. 1770, II.
Mira (Gius. M.). Bibliographia siciliana. Palerme, 1875-84, 2 vol. in-4.
MoLiNiER (A. et E.). V. Chronique normande.
— (Aug.). Catalogue desmss. de labildiotlièque Mazarine. Paris,
1885-1892, 4 vol. in-8.
— (E.). Arnold d'Audrehem, dans les Mémoires présentés par divers
savants à VAcad. des inscr. et belles-lettres, VI. Paris, 1883, in-4.
MoNACis (Laurentius de). Chronicon. Venise, 1758, in 4.
MoNGiTORE (Ant.). Bihliotheca sicula. Palerme, 1707-11, 2 vol. in-fol.
MoNSTRELET (Eng. de). Chroniques, éd. Douët-d'Arcq (Société de l'his-
toire de France. Paris, 1857-61, 6 vol. in-8).
Monte Croce (Ricoldus de), dans V Extrême-Orient de Backer. V. ce
nom.
MoNTFAUCON (Bern. de). Diarium itaticum. Paris, 1702. in-4.
— Monumens de la monarchie françoise. Paris, 1729-33, 5 vol.
in-fol.
Monumenti storici pubblicati dalla R. deputazione veneta distoriapa-
tria, l''" série, Documenti, t. V. — Diplomatarium Veneto-Levan-
tinum...a. 1300-1350. Venise, 1880, in-
Mueller (Giuseppe). Documenti suite relazioni délie città toscane colV
Oriente. Florence, 1879, in-4.
MuENTER. Om Frankernes Mijnter i Orienter. Copenhague, 1806, in-4.
MuLLETTi (D. et C). Memorie storico-diplom. appartenenti alla città
ed ai marchesi di Saluzzo. Saluées, 1821, 6 vol. in-8.
MuNTANER (Ramon). Chronique catalane, traduction Buchon, dans les
Chroniques étrangères relal. aux expéd. franc, pendant le XIII"
siècle. Paris, 1840, gr. in-8.
MuRATORi (L.-Ant.). Annali d'Ilalia, plusieurs éditions.
— Antiquitates italicae medii aevi. Milan, 1738-42, 6 vol. in-fol.
(!■•« édition).
— Berum Italicarum scriptores. Milan, 1723-51, 28 vol. in-fol.
Mussis (Jean de). V. Chron. Placentinum.
Navagero (André). Cronica di Venezia, dans Muratori, XXIII.
NiEXi (Theodoricus de). De schismate. Strasbourg, 1609, in-8.
NoLHAC (P. de). Pétrarque et l'humanisme, dans la Bibl. de l'Ecole des
Hautes-Études. Paris, 1892, in-8.
NoRDEN (Fréd. L.). Travels. Londres, 1757-1792, 2 vol. in-fol.
Oldenburg (Willibrandus ab), dans Allatius : ï]jiJ.[j.r/.Ta seu opusculorum
graecorum et latinorum veterum ac recentiorum collectio. Cologne,
1653. in-8.
— xxj —
Olivier (G. A). Voyage dans l'empire oiloman, Atlas. Paris, 1801-7, 3
vol. in-4 et Atlas, in-4.
Orville (Cabaret d'). La chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd.
Chazaud (Société de l'histoire de France. Paris, 1876, in-8).
Osio (L.). Documenli diplomalici tralli dayli archivi Milanesi. Milan,
1865, 2 vol. in-4.
O.SSINGER (.lo. Fe.). Bibliolheca auyustiniana hislorica, crilica et chro-
noloyica. Ingolstadt, 1768, in-fol.
OuDi.N (Cas.). Commentarium de scriploribus ecclcsiae anliquis illo-
rumque scriplis. Leipzig, 1722, 3 vol. in-fol.
— Supplemenlum de scriploribus vel scriplis ecclesiasticis a Bel-
larmino omissis. Paris, 1686, in-8.
Pagano (Carlo). Délie imprese e del dominio dei Genovesi nella Grecia.
Gênes, 1846, petit in-8.
Pannier (Léopold). Ilisloire de S .-Ouen-sur-Seine , la Noble-Maison et
rOrdre de V Étoile. Paris, 1872, in-8.
Paoli (S.). Codice diplomatico del sacro militar Ordine Gerosoli-
viilano. Lacques, 1773-7, 2 vol. in-fol.
Papon (.J.-P.). Ilisloire générale de Provence. Paris, 1777-86, 4 vol. in-4.
Paris (Paulin). Les grandes chroniques de France. Paris, 1836-8, 6 vol.
in-8.
— Les mss. français de la bibliothèque du roi. Paris, 1836-48, 7 vol.
in-8.
— Nouvelles recherches sur Vauleur du Songe du Verger, dans les
Mémoires de V Académie des inscriptions, nouv. série, XV (1843).
Parraud (abbé A.). Vie de saint Pierre Thomas. Avignon, 1895, in-8.
Pegolotti. Pralica délia jnercalura, dans Pagnini (G. F.). Délia
décima e di altre gravezze imposte dnl comune di Firenze, délia
moneta e délia mercatura... Lisbonne et Lacques, 1765-6, 4 vol.
in-4.
Persona (Gobelinus). Cosmodromium dans Meibomius, Rer. Germani-
carum scriptores, I. Helmstadt, 1688. in-fol.
Pétrarque (François). De sui ipsius et mullorum ignorantia, dans les
éditions de ses œuvres latines.
— Epislolarum familiarium libri, dans les éditions de ses lettres
et dans la traduction annotée de Fracassetti. Florence, 1863-70,
in-8.
— Epislolarum scnilium libri ; Epistolarum variarum libri.
Picot (Emile). Aveu en vers rendu par Begnault de Paci à Pierre
d'Orgemont (1415), dans les Mélanges Julien Ilavet. Paris, 1895,
in-8.
PiSAN (Christine de). Livre des faits et bonnes mœurs du sage roy
Charles V, éd. Petitot.
Polislore (Libro del), dans Muratori, XXIV.
Polychronicon, v. IIigden.
Possevinus (Antonius). Apparatus sacer. Cologne, 1608, 2 vol. in-fol.
Venise, 1603-6, 3 vol. in-fol.
Predelli (R.). / libri commemoriali délia repubblica di Vcnezia,
Regesti. Venise, 1876-83, 3 vol. in-8.
Primum addilamenlum ad Cortusium, dans Muratori, XII.
Processus S. Pétri de Lu.remburgo, dans les Acla Sanctorum, juillet, I.
Prou (Maurice). Etude sur les relations politiques du pape Urbain V
N. .TonGA. Philippe de Mézières. b.
— xxij —
avec... Jean II et Charles V, dans la Bibliothèque de l'École des
Hautes-Etudes, fasc. 76. Paris, 1888, in-8.
Phutz (llans). Recimunqcn iiher Hcinrich von Dei-hya Preussenfahr-
ten. Publication des Vereins fiir die Gesch. der Provinzen Ost-und
Westpreussen. Leipzig, 1893, in-8.
QUATREMÈRE. Noiice (Je ronvraçie qui a povr titre Mesnie/;, etc., dans
les Notices et extraits des mss. de lu Bibliothèque nationale, XIII,
Paris, 1838, in
Raccolla di leggi di massima e di disciplina inromhenli alli capi-
toli, etc., délia scuola di San Giovanni Evanyclisla. Venise, 1780,
in-12.
Ramusio (G.-Batt.). V. Barraho.
Hatisiîonne (André de). Chronicon, dans Pez, Thésaurus anecdolo-
rum, IV.
RaYNALDUS. V. RlNALDI.
liAYNAUD (G.). Gestes des Chiprois, éd. de la Société de TOricnt latin.
Paris, 1887, in-8.
Récits d'un bowf/eois de Valenciennes, dans Froissart, éd. Kervyn de
Lettenhove, VI et Louvain, 1877, in-8.
Reiniiard. Geschichte des Kd)iifjreichs Cypcrn, 1766-68, 2 vol. in-4.
Res (jestae ab anno 1383-li05, dans Kervyn de Lettenhove, Chroniques
relatives à Vhistoire de la Belgique, 1870-1876, 3 vol. in-4.
Rey (L.). Recherches géographiques et historiques sur la domination
des Latins en Orient. Paris, 1877, in-8.
Riant (Comte P.). Six lettres relatives aux croisades, dans \e% Archives
de l'Orient latin, I (1881).
RiCOTTi (E.). Storia délie compagnie di ventura. Turin, 1844-5, 4 vol.
in-8.
RiNALDi (Odorico). Annales ecclesiaslici. Lucques, 1738-46, éd. Mansi,
38 vol. in-fol.
RcEHRiciiT (R.) et Meisner (IL). Deutsche Pilgerreisen im Ileiligen
Lnnde. Berlin, 1880, in-8.
— Die Eroberung Akims durch die Moslimcn, dans les Forschungen
zur Deutschen Geschichte, XX (1879).
— Etudes sur les derniers temps du royaume de Jérusalem, dans
les Archives de l'Orient latin, I (1881).
Roman (J.). Charte de départ du dauphin Humbert II, dans les Archives
de l'Orient latin, l (\SSÏ).
RoMANiN (Samuele). Storia documentata di 'Venczia. Venise, 1853-61,
10 vol. in-8.
Sabellicus (M. Ant.). Rer. Venetarum libri XXXIII, dans DegV
istorici délie cose veneziane che scrissero per pubblico décréta,
I. Venise, 1718, in-4.
Sacy (Silvestre de). Chrestomathie arabe, 2>' édition. Paris, 1827, 3 vol.
gr. in-8.
Saint-Martin (M.-J.). Mémoires historiques et géographiques sur l'Ar-
ménie. Paris, 1818-19, 2 vol. gr. in-8.
— Recherches sur Léon VI, dans les Mémoires de l'Académie des
Inscriptions, XIP.
Sancto-Georgio (Benvenuto di). Chronicon, dans Muratori, XXIII.
Sanudo (Marino Torsello). Sécréta fulelium crucis, dans Bongars,
Ge.sta Dei per Erancos, I.
— xxiij —
Sanudo (M.)- Vitedeiduchi, dans Muratori, XXII.
Saiuceno (Filij)po). BcgoMo dei principi di Casa dWcaja, dans les
Misccllanea di, sloria ilaliana, XX, 2« série, 5 (1882).
Sarnicius (Stanislaus). Annales sive de origine et rébus gestis Polo-
norum et Ulhuanoruin lihri oclo. Cracovie, 1587, in-fol.
Sarradin (A.). Kuslache des Champs, sa vie et ses œuvres. Versailles,
1879, in-8.
Satiias (N.). Bibliolheca graeca medii aevi. Venise, 1872-7, fi vol. in-8.
Sauval (II.). Histoire et recherche des Anliquitez de la ville de Paris.
Paris, 172'i, 3 vol. in-fol.
SciiEKEU (Charles). Etude sur la devise des chemins de Babiloine, dans
les Archives de VOrienl latin, 11 (1884).
SCI1E11AI$-1m)I)I.N. V. QUATHEMÈHE.
SciiiLTiJERGER (Jean). Reiscn, éd. K. Fr. Neumann. Munich, 1859, in-8.
SciiMJMiiERGEi! (G.). Numismatique de l'Orient latin. Paris, 1878,
in-'i.
— Bulles d'or et sceau des rois Léon II et Léon VI d'Arménie, dans
la licvue de l'Orient latin, I (1893).
Secousse (Denis-François). Mémoires pour servir à l'histoire de Char-
les II, roi de Navarre et coinle d'J-Jvreux, surnommé le Mauvais.
Paris, 1755-8, 2 vol. in-4.
Sepulveda (J. Ginez de). liistoria de bello adminislralo in Italia, éd.
de 1521, 1522, etc.
Sercambi (Giov.). Cronirhe, publ. par Salv. Bongi pour Ylstitulo
storico ilaliano. Rome, 1892, 3 vol. in-8.
Serra (Giroiamo). Sloria delta antica Liguria e di Genova, 4 vol. petit
in-8. Capolago, 1835.
SiGOLi (Simone). Viaggio al monte Sinai, 2* édition. Milan, 1841,
in-lG.
SisMONDi (S. de). Histoire des républiques italiennes du moyen âge,
5» édition. Bruxelles, 1840-44, 10 vol. in-8.
Smith (Lucy Toulmin). Expéditions ta Prussia and the Iloly Land,
made bg Ilenrg, earl of Derby, éd. de la Camden Society. Londres,
1894, in-8.
SozoMENUS. Spécimen historiae, dans Muratori, XVI.
Sperone (Carlo). Real grandeza délia Ser. republica de Genova (avec
traductions italienne et latine, en regard). Gênes-Madrid, 1665,
in-fol.
Spondanus (H.). Continuatio Annalium ecclesiasticorum Daronii.
Paris, 1659, 2 vol. in-fol.
Stella (Georgius). Annales Genuenses, dans Muratori, XVII.
Storie pistolesi (^Annales pistorienses), dans Muratori, XI.
Slorie pistolesi. Prato, 1835, in-16.
Storie (Istorie) pistolesi ovvero dellc cose avvcnute in Toscana (1300-
1348). Milan, 1845, in-16.
Strambaloi (D.). Chronique de Chypre, éd. R. de Mas-Latrie, dans la
Collection de documents inédits, 1893, in-fol.
STunns (W.). Sevenleen Lectures on the study of médiéval and modem
history. Oxford, 1886, gr. in-8.
SuciiENWUîT (Peter). Wer/;e, éd. .Mois Primisser. Vienne, 1827, in-8.
SuDiiEiM (Lu(lolphe de). Libellus de itinere ad Terram Sanclam, s. 1.
et a., in-4 et édition F. Deycks. Stuttgart (1851).
— XVIV —
SuDFiEiM (L. de). De itùiere térrae sanctae, publié par G. A.Neumann,
dans les Archives de VOrient latin, H- (188'i).
SvvYNBURNE (Thomas de). Ilinerariimi in Terra Sancla; ibid.
Taccoli (N.). Parle seconda di alcune memorie sloriche délia ciltà di
Jieygio. Parme, 1748, in-fol.
Tankerville (J. Chamberlayne). Lacrimœ Nicossienses. Paris, 1894,
t. I, in-fol.
Teisserius (Ant.). Catalogits auctorrim. Genève, 1G86, in fol.
Thalamus pnrvus ou le Petit Thalamus de Montpellier, publié par la
Société archéologicjue de Montpellier. Montpellier, 1836, in-4.
TiiEiNER (P. Aug). Codex diplomaiicus dominii lemporalis S. Sedis.
Rome, 18Ô1, 2 vol. in-fol.
— Vetera monumenta Slavorum meridionalium historiam illns-
tranlia. 1863, Rome, 2 vol. in-fol.
— Vetera monumenta hislorica Ilungariam sacram illuslrantia.
Rome, 1859-60, 2 vol. in-fol.
TiRABOSCHi (abbé G.)- Bihlioteca modenesc. Modène, 1781, 2 vol. in-fol.
— Storia délia badia di S. Silveslro di Noitantola. Modène, 1784-5,
2 vol. in-fol.
— Storia délia letleratura italiana, éd. de Florence-Pise, 1805-13,
20 vol. in-8.
TosTi (Louis). Storia délia badia di Monte-Cassino. Naples, 1842-3,
3 vol. gr. in-8.
TscnACKERT (Dr. Paul). Peler von Aillij, znr Geschichte des r/rossen
abendlàndischen Schisma. Gotha, 1877, gr. in-8.
TuDELA (Benj. de), dans Bergeron (P.), Voyages faits principalement
en Asie. La Haye, 1735, 2 vol. in-4.
Tylicii (Joli.), dans Mencken, Scriptores rerum Germanicarum, prae-
cipue Saxonicarum. Leipzig, 1728-30, in-fol., II.
Ursins (J.-Juvénal des). Histoire de Charles VL dans Michaud et Pou-
joulat, IL
Valbonnais (Bourchenu, marquis de). Histoire de Dauphiné, 2« éd.,
Genève, 1722, 2 vol. in-fol.
Valentinelli (abbé J.). Bibliotheca mnnuscripta ad S. Marci Vene-
liarum. Venise, 1868-73, G vol. in-8.
Valois (Noël). Le conseil durai. Paris, 1888, in-8.
Varese (C.). Storia délia republica di Genova dalla sua origine fîno
al 1814, Venise, 1840-2.
Vayra (P.). // museo storico délia casa di Savoia, dans les Curiosità
di storia subalpina, IV (et tirage à part. Turin, 1880, in-8).
— Le lettere e le arti alla corte di Savoia (Inventaire). Turin, 1883,
in-8.
Venette (Jean de). V. Continuatio chronicorum Guillelmi de Nan-
GIACO.
Verci (G.-B.). Storia délia marca trevisana e veronese. Venise, 1786-90,
15 vol. in-8.
Verri (P.). Storia di Milano. Florence, Lemonnier, 1854, 2 vol. in-8.
Vertot (abbé R.-A.). Histoire des chevaliers de S. Jean. Paris, 1726,
4 vol. in-4; éd. de Lyon, 1779, 5 vol. pet. in-8.
Vii.LANi (G., M. et P.). Cronica, éd. Dragomanni, in-8.
Vita Caroli Zeni, dans Muratori, XIX.
Vita Sanctae Catherinae Senensis, dans les Acta Sanctorum d'avril, III.
— XXV —
Vùa démentis VI et Vita Urbani V (1", 2a, 3^), dans les Vilae papa-
rum Avcnionensium de Baluze.
Vila de/, fjloriofio San Giovanni apostolo ed evangelista, con alcuni
miracoli delta santissima croce, che conservasi nelta scuola fjrande
di dcllo santo, avuta in dono fino dalV anno 1370. Venise, 1752,
in-4.
Vossius (Ger.-Joann.). De historicis latinis. Leyde, 1651, in-4.
Waddingus (Luc). Annales minorum seu historia trium ordinum a
S. Francisco institittorum. Lyon, 1625-48, 8 voL in-foL
— Vita et res geslae b. Pétri Thomae Aquitani. Lyon, 1637, petit
in-8.
Weil (G.). Geschichle der Khalifen. Mannheim, 1846-51, 3 vol. in-8.
Wenck (C). Die Welliuer im A7V''<=" Jahrhundert, insbesondej-e
Marhgraf Wilhelm und Konig Wenzel. Leipzig, 1877, in-8.
Wenzel (G.). Monumenta Hungariae historica. Actaextera. 3 vol. in-8.
Pest, 1874-76.
WissEGRAD OU PuNDENnouRG (Guill. de). Vita Arnesti Pragensis, dans
Hôfler, Fontes rerum austriacarum, l""^ partie, t. VL Vienne, 1865,
in-8.
Wyss (Arthur). Ueber die Chronicon quorumdam regum.
Xenopol (A. D.). Isioria Rominilor. Jassy, 1888-93, 6 vol. gr. in-8.
Yakouti (Abdorraschid). Exposition de ce qu'il y a déplus remarquable
sur la terre, dans les Notices et extraits des mss. de la Biblio-
thèque nationale, 11(1789).
Zagata (P.). Cronica délia città di Verona. Vérone, 1745, 3 vol. in-4.
Zeno (Apostolo). Dissertazioni Vossiane cioc giunte e osservazioni
intorno agli istorici italiani. Venise, 1752-3, 2 vol. in-4.
— Giornale de' letterati d'Italia. Venise, 1710-28, 20 vol. in-16.
ZuRiTA (Ger.). Anales de la corona de Aragon desde el aùo 1516.
Saragosse, 1610-21, 7 vol. in-fol.
ZuRLAUBEN (baron de). Abrégé de la vie d'Engucrrand VII du nom,
sire de Couci, avec un détail de son expédition en Alsace et en
Suisse, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, 1'"= série,
t. XXV.
ERRATA' ET ADDENDA
Page 10, n. 9, 1. 4 d'en haut. Rapportez la citation des Annales d'Ou-
tremer à l'édition des Familles d'Outremer, donnée par É. Rey dans
la Collection des documents inédits. De même ailleurs.
Page 15, n. 6. Le nombre de 12 pourrait être cependant une allusion
biblique, vestra paternitas s'expliquer par la position ecclésiastique
de Gérard et mei domini par la haute situation des frères utérins
de Mézières. La carrière des frères Dainville n'exclut pas leur nais-
sance après l'année 1328.
Page 20, 1. 12 d'en haut. Lisez 1319 au lieu de 1320 (pour les raisons,
V. p. 397, n. 3).
Page 29, n. 1, 1. 2 d'en haut : six au lieu de quatre.
Page 30, n. 3. Il n'est pas question de Virgile dans le texte même de
Roquetaillade, donné dans l'édition de Brown.
Page 35, n. 5, 1. 3 d'en haut : lisez I, 546, au lieu de 1546.
Page 36, 1. 8 d'en bas : lisez Charles de France au lieu de Charles de
Valois.
Page 36, n. 1. Ajoutez : H. Omont, Projet de réunion des Églises grecque
et latine sous Charles le Bel en 1327 dans la Bibl. de VEc. des Ch.
(1892), pp. 251-7.
Page 36, n. 5. Ajoutez : Bourel de la Roncière, Une escadre franco-pa-
pale (1318-20), dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'école
française de Rome, XIII« année, déc. 1893, pp. 397-418.
Page 38, n. 3. Sur les combats livrés par Cépoy ou Chepoix en Orient,
V. l'article de Kunstmann sur Marine Sanudo (v. Bibliographie) et
C. de la Roncière et Léon Dorez, dans la Bibl. de l'Éc. des Ch. (1895),
pp. 21 et suiv. Le livre de Guglielmotti sur la marine pontificale em-
ploie sans aucune critique des matériaux abondants, souvent mal à
propos, mais il met en œuvre des chroniques et pièces d'archives iné-
dites et, pour la première fois, les chroniques allemandes des anciens
recueils. Voir le vol l'''', pp. 16 et suiv.
Page 41 et suiv. V. Guglielmotti, l. c. Je n'ai pas employé, tout en la
connaissant, la chronique du xiy siècle qui précède dans quelques
1. Quelques erreurs d'impression dans les noms géographiques et
historiques peuvent être corrigées par les tables. On n'a pas signalé
les fautes d'impression faciles à reconnaître et quelques erreurs insi-
gnifiantes de pagination dans les citations. — Enfin on a ajouté
quelques articles, livres ou documents parvenus à la connaissance de
l'auteur durant l'impression du volume.
— XXVIJ —
mss. la Vie do Cola de Rienzo et que Muratorl a publiée dans les An-
tiquilales medii acvi (t. III de l'éd. in-fol., 353-75). Elle est complè-
tement opposée aux autres sources sur la croisade du Dauphin et
écrite dans un style qui étonne pour cette époque. La question méri-
terait une étude spéciale.
Page 42, n. 3. Au lieu de « celui des Génois » lisez : « en fait un
noble Génois ».
Page 43, 1. 26 : « Asie » au lieu de « Syrie ».
Page 52, n. 3. La lettre latine sur la bataille de Smyrne a été publiée
depuis dans la Revue de l'Orient lalin, 111, pp. 27-31.
Page 54, n. 1. Lisez « p. 193-5 » au lieu de « 93-5 »; n. 3 ; supprimez
« inédits » (les comptes de Piloti se trouvent dans Valbonnais).
Page 59, n. 1. Lisez « p. 22 » au lieu de « 42 ».
Page G2, 1. 15 d'en haut, « qui s'élevaient » au lieu de « qui s'élevait »;
1. 18 « jiar les » au lieu de « les ».
Page 67, n. l. A été employé aussi le récit que donne Sismondi dans
son Ilist. des répiihliciues italiennes, 5* édition, 111, 219-22.
Page 78, 1. 10 d'en haut. Sur Niccolino Fieschi, grand négociateur dans
.son temps, v. Serra, III, 297 et IV, loi, 155 (paix d'Angleterre,
1336-44).
Page 80. Un autre allié du roi Hugues se trouvait à Londres en 1350,
quand il combattit contre Thomas de la Marche, bâtard de France
(v. Revue historique de 1805, LLX, p. 3G).
Page 88, n. 3, 1. 9 d'en haut, « silence, il » pour « silence; il ».
Page 91, 1. 4 d'en haut, « Denis » au lieu d' « Antoine ». V. p. 90. n. 4.
Page 102 n. 2 (sous la page 103, 1. 5 d'en haut), « xà '^i'/.ta » au lieu de
« Ta [y.'.QL ».
Page lOG. Intervertir les notes 4 et 5.
Page 108, n. 4 (sous la p. 109, 1. 3 d'en haut), « prédécesseur » au lieu
de « successeur ».
Page 110, n. 2, 1. 4 d'en haut, « Héthoumiens » au lieu de « Léthou-
niens ».
Page 1 12, 1. 9 d'en haut, au lieu de « six milles » lisez « un mille en-
viron ».
Page 112, n. 8. Au lieu de « l'autre château se trouvait à un « trar
d'arco » (ou de baliste...) de la mer », lisez « le castel rotto (de
recueil?) se trouvait à un trait de baliste du port ».
Page 120, 1. 10 d'en haut : Malgré l'affirmation implicite de Macliéras,
il parait bien que Jean de Sur ne fut jamais amii'al de Chypre.
Page 128, n. 4. Jacques de Saint-Michel, le futur chancelier de Chypre,
as.sistait d'après Carmesson à l'exhumation de Pierre Thomas. Un
privilège du roi F'ierre II, accordé le 13 mai 1374 à Clément de Pre-
mentorio, est rédigé à Famagouste, « per manuni Jacobi de Sancto
Michèle, vice-cancellarii dicti nostri regni Cipri ». Archives d'Htat
de Gènes, Fofjlin::-o di Antonio Foolietta (1386), f-^ 91 v". Cf. f" 90
v (29 mai).
Page l.'îl. Pierre Thomas écrivit « De Virginis Mariae conceptione ejus-
que excellentia » (Fabricius, Bihl. lai. m. aevi, V (Padoue, 1754), p.
282; Acta Sanctorum de janvier, II, § 33, introduction).
Page 131, n. 2. Un livre récemment paru de l'abbé i'arraud. Vie de S.
Pierre Thomas, est une paraphrase de la Vie écrite par Mézières.
Page 134. Le renvoi 6 doit être rapporté à la ligne suivante.
— XXVllj —
Pape 136, n. 6. Nicolas Sigerosfut un des correspondants de Pétrarque.
Famil., IX, 2.
Page 136-7. Le passage qui comnacr.ce par c Le légat » a été mis par
erreur de composition à cette place. Il faut le remettre à la p. 137,
avant la ligne 6 d'en bas.
Page 142, n. 4. Depuis, M. de Mas Latrie a])ublié dans la Bihl. de fÈc.
des Ch. de 1894, p. 791, l'épitaplie de la femme de Renier de Giblet
(t 1351). — La bibliothèque municipale de Plaisance possède (cod.
Campagna, 14) un ms. intitulé : Noie illustralive di varie iscrizioni
morluarie, con lalbero gencalogico, délia regia casa Lusignana e 17
tavûle con disegni. L'auteur est, ainsi qu'on le voit dans le récit,
le consul de Sardaigne en Chypre, de Cesnola. Le ms. contient aussi,
comme le livre du major Tankerville, la reproduction graphique des
pierres tombales. Il semble n'avoir été vu jusqu'à présent que par
Paulin Paris (si je lis bien une signature au crayon).
Page 144, n. 1. Parmi les exécuteurs du testament de Gui do Reggio
se trouve le « Georgius de Syativo » mentionné à la page 400 (« do-
minum Georgium Scutinam {sic) »). 11 dépose ses biens chez Fantin
Cornaro.
Page 145, n. 4, 1. 3 d'en haut, « 1374 » au lieu de « 1334 ».
Page 147, 1. 4 d'en haut, « 1362 » au lieu de « 1361 ». Le récit de la
chute dans l'eau a été remis à sa place ailleurs et doit être supprimé
ici.
Page 147, I. 8 d'en bas. « Rodolphe » au lieu d' « Albert ».
Page 149, 1. 5 d'en bas, 1362 est la date more venelo.
Page 153, n. 4. Ernest de Prague est un des correspondants de Pé-
trarque. V. Famil., XII, 1.
Pages 154 et suiv. Ajoutez à la bibliographie sur Urbain V : Magnan,
Histoire d Urbain V (Paris, 1863), d'après les Archives du Vatican.
Page 154-5. Sur le passage d'Urbain V à Gênes, v. une anecdote rap-
portée (d'après son père) par Stella, l. c, c. 1101 C — 1102 B.
Page 155. Rapporter la n. 4 une ligne plus haut.
Page 156, n. 1, « 178 » au lieu de « 1178 ».
Page 158, n. 2, « 1363 » au lieu de « 1362 ». — Pierre Giustiniani Re-
canelli ou Racanelli était le gendre de Gabriel Adorno (Stella. 1099 c)
et avait été nommé précédemment gouverneur de la Nouvelle-Phocée
(Serra, II, 374, et Hopf, Chron. gréco-romanes, I, 502).
Page 159, 1. 1 d'en haut. 1362 est la date d'après l'ancien style, celle
que donnent les chroniques.
Page 160, I. 3 d'en haut, « 1362 » au lieu de « 1363 ».
Page 164. D'après des renseignements donnés par la Direction des Ar-
chives, c'est bien de l'année 11 d'Urbain V que sont datées l'une et
l'autre bulle du l'-''' avril; l'erreur de calcul de Datta se retrouve dans
toutes les dates fournies par VInventaire des bulles et brefs.
Page 165, n. 4. C'est Jean d'Artois (ju'il faut lire : il reçut le comté d'Eu
en 1352; n. 6. La date de la mort de Tancarville (1362), d'après les
généalogistes, exclurait l'idée que Jean II de Melun pût être le croisé
de 1363.
Page 170, n. 4; 171, I. 8 d'en haut et n. 3, 1. 1 d'en haut, remplacer
« !«'' juin » par « 24 mai ».
Page 175, n. 3, 1. 2 d'en haut, « 1363 » au lieu de « 1364 ».
Page 178, n. 2, « 29 novembre» au lieu de « 27 novembre ».
— XXIX
Page 180, n. 3. Un sauf-conduit fut accordé à Waldemar IV et sa suite
de 300 chevaliers avec leurs gens, le l^"" février 1364 (Rymer, 11^ 85).
Page 188, 1. 11 et suiv. Par une interversion de phrase, on a fait de la
duchesse d'Orléans, et non de Marie, future duchesse de Bar, la
belle-sœur de la reine Jeanne.
Page 201, ajoutez un renvoi 1 à la ligne l d'en haut.
Page 202, n. 3. L'évêque Tinensis est, non celui de Témesvar, mais
l'évéque de Tinen ou Tnena, qui était précisément à cette époque
Jean.
Page 203 et n. 1. L'évêque Malfiensis ou Melfiensis est celui de Melfi,
Page 204, 1. 2 d'en bas, « 10 juillet » au lieu de « 8 juin ».
Page 205, 1. 2 d'en haut, « 15 février » au lieu de « 5 »; 1. 7 d'en bas,
« 1374 » au lieu de « 1364 ».
Page 209, 1. 5 d'en haut et n. 2, « Léopold » au lieu d' « Albert d'Au-
triche » ; 1. 6 d'en bas. Liinig donne (p. 1597) une fausse date (1362):
l'acte est daté de la neuvième année d'Innocent VI (donc 1361). Du
reste, Aldobrandin mourut en septembre 1361.
Page 210, 1. 12 d'en haut, « 1362 » au lieu de « 1361 ».
Page 211. Pour la bataille do Solaro, v. aussi J. de Bazano, dans Mura-
tori, XV, 634 C-E.
Page 213, n. 1, « janvier » au lieu de « février » ; n. 2. Les Spinelli et
Spinola sont deux familles différentes. Remplacer aussi le f° 95 v
par 45 v. François Spinola combattit contre les pirates catalans en
1361.
Page 214, n. 3. La chron. mss. de Bologne par Floriano di Pier Villola
(Bibl. de l'Université à Bologne, n° 1456) nomme l'évêque de Nevers
« el veschovo de Universa (Niversa) ». Le cardinal dont il est ques-
tion est Gilles Aycelin de Montaigu dont le frère occupa le siège de
Nevers de 1361 à 1371. Le comte de Mileto, sénéchal de Provence et
Forcalquier pour la reine Jeanne, est cité dans les registres du Va-
tican, dont la partie relative à Jeanne l" vient d'être publiée par
M. Carasoli dans ÏArchivio slorico délie provincie napolelane de 1895
(v. pour le mariage de la reine, pp. 73-4, 74-5, 78-9). Voir pp. 90-1.
Page 218, 1. 4 d'en haut. Au lieu de « comme dans ces fonctions » lisez
« comme podestat » (Gualfredini arriva en novembre, après des né-
gociations : il dut donc être nommé vers le commencement d'octobre);
1. 5 d'en bas, « duc » est un lapsus pour « seigneur » (les Visconti
ne devinrent ducs qu'en 1395).
Les deux ambassadeurs (« Nos frater Petrus, Dei gratia archiepis-
copus Cretensis et Philippus de Maçeriis, miles ac serenissimi prin-
cipis, domini régis et regni Cipri cancellarius, ipsius domini régis
ambaxiatores ad pacem tractandam inter Sanctam romanam Eccle-
siam cum dominis coUegatis suis, ex parte una, et magnificum virum
dominum Bernabonem de Vicecomitibus de Mediolano, ex alla, des-
tinati ») concluent à Césène, dans la maison d'Albornoz, le 27 août
1363, un projet de traité, qu'ils se réservent de soumettre àBernabô,
et une trêve. Le cardinal-légat promet de parler au pape sur les dé-
dommagements demandés par Visconti et sur l'absolution ; sur le fait
des châteaux et sur la nomination d'un nouveau légat, « recipiunt
super se ambaxiatores quod concordabunt cum domino Bernabone ».
Les deux parties devront envoyer des représentants à la Curie «infra
octavam diem Octobris ». Les châteaux ne pourront pas être fortifiés
— 2XX —
pendant la trêve (cf. sur ce point, qui s'étendait même à l'approvision-
nement, Cronica di Bologna, Muratori, XVIIl, c. 470). C'est cette
trêve qui fut proclamée par les ambassadeurs à leur passage par
Bologne (v. p. 217 de cet ouvrage). 11 est intéressant de remarquer ce
passage, dans l'exposé des motifs : « et impedimento maximo quod
exinde provenitpassagio ultramarino quod iirmiter crédit a Ueo ins-
piratum cordibus multorum regum, principum et magnatum et
nobilium tidelium christianorum » (c'est Albornoz qui parle).
Bernabo était représenté par Gualdrisio de Lovesellis. On trouve,
parmi les assistants, Lupus, archevêque de Saragosse, le doyen de
Négrepont, chapelain apostolique, deux autres chapelains et deux
bourgeois.
Cette pièce intéressante est conservée en copie à YÂrchivio estese
de Modène, Pcrgarnene di stalo, paci e Iregue.
Page 219. Je viens de retrouver la procuration donnée par Androuin
aux deux amba.ssadeurs, pour le représenter dans le gouvernement
de Bologne. Elle se trouve, en original, aux Archives d'Etat de Bo-
logne, dans la catégorie des Bolle et brevi, 6/33. La voici :
Andruynus, miseratione divinatituli sancti Marcelli pre.sbyter car-
dinalis, apo.stolice sedis legatus, reverendo in Christo patri domino
Petro. archiepiscopo Cretensi, et dilecto nobis in Christo nobili vire
domino Philippe de Maseriis, oancellario regni Cypri, salutem in Do-
mino. Cum nuper sanctissimus in Christo pater et dominus Urbanus,
divina providentia papa quintus, ad partes Lombardie, civitatem Bo-
noniensem et nonnullas alias terras in iicteris apostolicis super hu-
jusmodi legatione nostra expressatas nos destinans. regimen et gu-
bernationem civitatis Bononien.sis, Castrifranchi castrorumque Lugl
et Crepacorii ac quorumcumque aliorum castrorum, fortalitiorum, ro-
charum et bastitarum que per raagnificum virum, dominum Bernabo-
nem de Vicecomitibus de Mediolano seu e jus nomine tenentur in dis-
trictibus Bononie et Mutine ac provincie IJomandiole nobis totaliter
duxerit committendum, sicut in apostolicis litteris super hoc confectis
plenius continetur, et certis ex causis ad partes predictas personaliter
accedere ita cito prout cupimus nequeamus, nos, de vestra et cujus-
libet vestrum circumspecta providentia et sincera fidelitate plenam
in Domino fiduciam obtinentes, vobis et vestrum cuilibct in solidum
regendi et gubernandi nostro nomine civitatem, castra, fortalitia,
rochas et bastidas predictas acloca alla quecunque, quorum regimen
et gubernatio, virtute legationis nostre, ad nos pertinet, et faciendi
alias que circa hec oportuna fuerint, tenore presentium concedimus
plenariam potestatem, quoad hoc vobis committendo vices nostras,
donec aliud super hoc duxerimus ordinandum. Datum Avinione,
VIII idus Decembris, pontificatus dicti domini nostri, doraini Urbani,
anno secundo.
Au même fonds de Modène, on trouve l'acte séparé de la trêve
(même date). Elle s'étendra, sous peine de 200 mille florins d'or pour
les contrevenants, du l*^"" septembre jusqu'à 1' « octavam post festum
Omnium Sanctorum ». (Cf. J. de Ba^ano, Chronique de Modène, dans
Muratori. XV, c. 634.) L'introduction est intéressante : « per quam
(guerram), prêter alla multa mala et discrimina exinde provenien-
tia, idem d. rex (Cipri) cernebat impediri sanctum ultramarinum
passagium, in ejus corde, ut creditur, divinitus inspiratum. pro quo
— xxxj —
idem dominus rex ad cismarinas partes, et usque ad Romanam cu-
riam, valut zelo fidei et devotionis accensus, se presentialiter contu-
lerat, ab eodem domino rege specialiter destinât!, tractatum pacis
hujusmodi ferventibus animis assumentes et longo satis tempore pro-
sequentes, demum tractatum ipsum ad certa capitula reduxerunt. »
Est intercalée la procuration donnée par Bernabo à Guaidrisio et
Caymbasilica, le 14 juillet, ce qui donne la date approximative du
' départ des quatre ambassadeurs vers Césène.
Page 221. Le 6 janvier, Gomez Albornoz aurait demandé à être nommé
citoyen de Bologne, déclarant qu'il voulait y élever une chapelle
sur la grande place. Il désirerait être enseveli dans cette ville (Chro-
nique de Bologne par Ramponi, Bibl. de l'Université à Bologne, n»
113, II, sans numérotation); 1. 6 d'en bas. La chronique de Bologne
par Cattanio de' Cattani fait de ce Carretto un Templier, ce qui est
évidemment impossible (« di fradi del Tempio »).
Page 222, n. 1, 1. 6 d'en bas, « 2 juin » au lieu de « 3 ».
Page 224, 1. 1 d'en haut, « remit » au lieu de « réunit ».
Page 226, n. 13. La date de 7 février pour l'arrivée d'Androuin est aussi
donnée par la chronique ms. de Bologne de Cattanio de' Cattani,
déjà citée plus haut.
Page 227. On n'a pas distingué jusqu'à présent (v. Verci, Storia délia
marca trevisana,XlW, p. 18, n.l) entre !'« in.strumentum pacis» publié
par Theiner d'après l'original qui est aux Archives du Vatican, et celui
que donne Verci, d'après le RegUlrum grossum de Bologne, /. c,
n" 1609, pp. 15 et suiv. Ce dernier, qui m'avait d'abord échappé, n'est
à proprement parler que les préliminaires de la paix, préliminaires
à la conclusion desquels interviennent aussi les membres de la ligue,
par leur plénipotentiaire, Barthélémy de Plaisance {de Placenlinis).
Bernabô est représenté par Sagramors (/e Pomer^'ù', Gualdisio, Fran-
çois Caymbasilica et Bruno ou Brunoro de Giussano (Gluxiano). On
n'y trouve que des généralités relatives à la paix et l'amnistie. L'acte
a été rédigé à Bologne le 3 mars 1364, dans la maison du légat en
Italie, en présence de Petrocino, archevêque de Ravenne (v. p. 222,
n. 1), de Pierre Thomas et de Philippe de Mézières. Ce dernier accom-
pagna donc l'archevêque à Bologne, et leur lettre au roi de Hongrie
(2 mars. V. p. 239) paraît avoir été écrite avant la date qu'elle porte
(v. cependant des doutes sur l'authenticité de cette date dans la note
6, même page).
Page 228, n. 4, 1. 5 d'en bas, au lieu de » 17 décembre 1366 » lisez
« 15 novembre 1367 ».
Page 244, 1. 6 d'en bas, « 1364 » au lieu de « 1363 ».
Page 245, 1. 7 d'en haut, « 1389 » au lieu de « 1387 ».
Page 253, 1. 12 d'en bas, « évêché » au lieu d' « archevêché ».
Page 258, n. 7, « Varcse » au lieu de « Garessio? ».
Page 263, n. 5. Guy, archevêque de Gênes, fut un des correspondants
de Pétrarque.
Page 267. Voici quelques nouveaux détails sur le voyage de Charles IV,
d'après un fragment des Comptes de Savoie, échoué à la bibliothèque
d'Esté, de Modène, après avoir fait partie de la collection de Cam-
pori (Campori, A pp. 1245).
Samedi, 10 mai, arrive à Chambéry la comtesse de Savoie pour
préparer la réception. Le lendemain, dimanche, l'empereur fait .son
— XXXIJ —
entrée, avec une suite brillante : cinq ducs, cinq comtes, un arche-
vêque, trois évoques, environ deux mille chevaliers. Il partie 13, se
dirigeant vers Avignon.
Au retour, Charles IV s'arrête au Bourget, le 17 juin, dans la soi-
rée (« sero ») : il est reçu par la comtesse Bonne, les bâtards de Sa-
voie, Humbert et Ogier, Pierre Gervais, le trésorier, et d'autres. Le
comte l'accompagne à son départ, le 18, après dîner, après lui avoir
prêté hommage et en avoir reçu un diplôme. Le César allemand prit
le chemin de Vaud, Genève et Fribourg.
Page 268, n. 2. Ajoutez à la bibliographie des Grandes Compagnies
l'ouvrage, déjà ancien, de Ricotti (Sloria délie comparjnie di venlura)
et la publication plus récente de Marcotti et Temple-Leader sur llawk-
wood (Florence, 1889).
Page 271, n. 10, 1. 1 d'en bas, « 18 » au lieu de « 19 ».
Page 272, 1. 4 d'en bas, « 26 mai » au lieu de « 26 ».
Page 286, n. 5. La date du 21 de Miiharram, donnée par Maqrizi, pour-
rait s'expliquer par le fait que des vaisseaux de la flotte chrétienne
dispersée par la tempête parurent devant Alexandrie dès le mercredi
précédent (v. p. 302, n. 4).
Page 297, n. 3. Il est intéressant de remarquer que le témoignage de la
chronique anglaise est corroboré par celui d'une chronique inédite
de Bologne. « Et per questa chasone incharè la speçiaria et altre
merchantie. » On y retrouve l'affirmation qu'Alexandrie ne pouvait
pas être conservée. Pierre I'"' aurait eu environ 3,000 hommes. — V.
aussi : « disevasi che' 1 papa et lo imperadore gli haveano profcrto
assai, benchè lui era non troppo savio » (Chron. de Ramponi à la
Bibl. de l'Université de Bologne, n" 113, II, sans pagination).
Page 302, n. 1, « p. 301 » au lieu de « 302 ».
Page 303, n. 8. Il ne peut pas être question de Turenne qui mourut,
d'après V Art de vérifier les dates, le 22 mars 1395.
Page 309, 1. 1 d'en haut. Pierre Baseio était, le 4 août 1363, capitaine
de Trévise (Verci, XIV, p. 1 1 des documents).
Page 313. Rapporter le renvoi 5 après le mot patriarche, ligne 14 d'en
haut.
Page 323, n. 5. Il y eut un consul entre les deux : André Venier, pen-
dant la prise d'Alexandrie.
Page 332, I. 10-11 d'en bas: d'après Corio (v. Datta, l. c.) c'est de la
pelile-fi\\Q de Galéas, la future duchesse d'Orléans, qu'il est question :
celle-ci dut naître, en effet, à cette époque.
L'historien de Gênes, Canale, a publié aussi, en 1887, un opuscule
sur l'expédition en Orient d'Amédée VI. Un juge très compétent
assure, avec parallèles à l'appui, que c'est une reproduction, parfois
littérale, du livre de Datta (Ûelgrano, dans le Giornale liguslico di
archoologia, storia e litlernlura, XIV, 1887, 136-8.)
Page 333. Malgré l'affirmation de Lévrier (1, 235), il paraît bien qu'il faut
rayer le comte de Genève de la liste des croisés : les Chr. de Savoie
parlent d'Amédée d'Anthon et du frère de ce dernier, Pierre.
Page 340, I. 12 d'en haut, « 22 octobre 1366 » au lieu de « 22 octobre ».
Pages 353 et suiv. (chap. \i). La Chr. de Bologne parle en 1367 (Mu-
ratori, XVIII, 481 C) d'une paix conclue entre le roi Pierre et
« il gran Cane », qui aurait été assassiné pour cette raison par ses
sujets.
— XXXUJ —
Page 354, 1. 9 d'en bas. C'est Siméon Thénouri qu'il faut lire partout
ailleurs, et non Sinnon de Norès.
Page 357, n. 6 d'en bas, « Jacques de Norès » au lieu de « Jean de
Norès ».
Page 361. 1. 10 d'en bas : « 11 » au lieu de « 4 ».
Page 363, 1. 7 d'en bas. La famille dell' Orto est, en effet, génoise. La
Masseria di Caffa, aux Archives d'État de Gênes, en cite souvent
des membres, au xv" siècle.
Page 369, 1. 13 d'en haut, « Constant » au lieu de « Léon ».
Pages 371 et 374. Ne faudrait-il pas faire une seule des deux ambas-
sades à Rome do Nicolas Faliero et de François Bembo? Mais Caroldo,
qui mentionne la première, ne parle pas du roi de Chypre : il dit de
plus qu'avant d'envoyer les ambassadeurs à la Curie, on s'était en-
tendu avec Pierre I»"" séparément (p. 370, n. 6).
Page 378, n. 1, « Tartarotti » au lieu de k Muratori »; n. 3. Nous
venons de revoir la citation sur l'original de Bandini. Elle se trouve
dans la préface aux Vilae nonnullorum fratrum domus S. Mariae
Novellae, par Fr. Jo. Carolus (ms. du xv siècle; l'auteur vivait en
1479). On nous permettra de reproduire ce passage à cause de son
importance :
« Memini vero me in hoc ipso templo lanceam Cyprorum régis auro
argentoque ac signis nostrae civitatis ornatissime pictam vidisse
coronulamque argenteam in illa appensam, qua, in campo ludens,
ejus filius fuerat a civitate donatus et item superhumerale adhuc in
manibus est, quod ille, voto potitus, in memoriam gestae rei, nos-
tris donavit, totum Cyprio auro rigens et veteri arachnes arte con-
textum suisque ac filii imaginibus et gemmis plurimis exornatum.
Appensibiiia ([uoque vexillula, que drapellones vocant, ejusdem régis
signa fercntia, apud nos in hanc ipsam diem servata cernuntur, que
omnia ad maximam nostrae familiae gloriam credimus attinere. »
La chroni(iue inédite de Cattanio de' Cattani donne la date de l'ar-
rivée de Pierre à Bologne : « E adi .vm. de luyo, el rè de Cipri vene
in Bologna. . . c avea cum lui un suo figluoiode .x. anni. » La visite
fut suivie, le jour môme du départ du roi, de celle de « la fille du roi
Charles, empereur» (la mar(iuise Anne de Brandebourg), qui fut lo-
gée à San-Domcnico aussi (Bibl. de l'Univ. à Bologne, n° 429, f° 28;
Chi'. de Bol., dans Muratori, c. 486 E).
Page 379. Une chronique inédite de Ferrare (Bibl. de l'Université, l,
67, sans pagination) parle des joutes qu'on offrit au roi dans cette
ville.
Page 389, 1. 6 d'en haut. Ici et partout ailleurs on a adopté la leçon
.Moustry et non Monstry. Cette dernière est donnée seulement par
quelques pièces diplomatiques, dont la lecture peut avoir été erronée,
tandis que la transcription grecque constante par ou appuie la pre-
mière.
Page 390, n. 5, sous la p. 391, 1. 4 d'en bas. Supprimer si. Sur Alix,
fille de Ferrand de Majorque et de Chive de Lusignan, devenue dame
d'ibelin, voyez Mas Latrie, Documents génois, dans les Archives de
varient latin, H^ 175-6.
Page 391. Voici des renseignements sur quelques-uns des preux du
roi Pierre :
Le 21 mai 1375, Pierre de Campofregoso nomme un procurateur
— XXXIV —
en Chypre, pour les biens entièrement cédés à lui par Janot de Sois-
sons (Sassani), fils du « quondam domini Johannis >> (mort à Rhodes)
et de Janot de Norés, « filii quondam domini Jacobi» (le turcoplier).
L'instrument de cession, rédigé par le notaire Hadin « de Rames »
est fait en 1374. Janot de Soissons était à Gènes le 21 mai 1375 (Fo-
gliazzo di Antonio Credenza (1375-418), f" 4).
11 paraît presque certain que Pierre Marocello trouva la mort dans
les événements qui suivirent l'assassinat de son maître. Un Maro-
cello de Chypre fut tué, en effet, dans la querelle vénéto-génoise de
1372 (Stella, /. c, c. 1104 D).
Page 395, 1. 7 d'en bas, Pierre de Raonis est Pierre de Boane, et non
de Boïanoj'n. 1. Le Frignano de 1382 paraît être Urbain, successeur
de Thomas au patriarcat de Grado. Thomas serait mort en mai 1381.
Page 397, n. 2 d'en bas, c'est Caroldo qui se trompe, et il faut lire (v.
p. 398, n. 1) : « llliono », famille connue à Gênes.
Page 400, n. 1, 1. 5 d'en haut, « 1366 » au lieu de « 1367 » et dans la
citation de Tosti qui suit, « vol. 111 » au lieu de « IV ».
Les papes qui succédèrent à Grégoire XI, dans les cours d'Avignon
et de Rome, négligèrent presque tous la croisade. On accorda des
dispenses si nombreuses pour le commerce avec l'Orient qu'elles
constituèrent un revenu très important pour les finances pontifi-
cales. A Rome surtout on ne se souciait nullement des préoccupa-
tions d'un autre âge. Le 15 janvier 1386, Urbain VI accordait, motn
proprio, à tous les habitants de Famagouste et même aux marchands
étrangers qui s'arrêteraient dans son port le privilège de commerce
pour cinq ans (Arch. de Gênes, Fogliazzo di Antonio Foyiietta
(1386), fo«59 v°-60).
Je me bornerai à signaler le livre du P. Léon Alishan (L'Armeno
veneto, compcndio slorico e documcnli délie relazioni degli Armeni
con Venezia, Venise, 1893, 2 parties) que je ne connais que par les
comptes rendus.
Je ne peux pas clore ce livre sans remercier premièrement mes
commissaires responsables, MM. Bémontet Roy, ensuite M.Gaston Paris,
auquel je dois de très importantes modifications dans le premier cha-
pitre. La plupart des matériaux, imprimés et manuscrits, ont été ras-
semblés à Paris, et j'y ai rencontré l'accueil le plus bienveillant auprès
du personnel de ses bibliothèques et archives. Ainsi, M. Viard m'a
signalé les registres des comj)tes sous Philippe de Valois, pour Jean de
Mézières ; M. Legrand, la pièce qui contient l'arrêt relatif à la terre de
Mézières en Picardie; MM. Funck Brentano et H. Moranvillé se sont
chargés maintes fois, après mon départ de Paris, de chercher de nou-
veaux renseignements dans les sources inédites; le regretté Siméon
Luce, enfin, s'intéressant à mon travail, m'a donné des conseils et
quelques indications bibliogra])hiques.
J'ai pu visiter ensuite, à différentes époques, un grand nombre des
bibliothèques de l'Europe, qui ont accru le nombre des renseignements
dc^à acquis sur Mézières et son époque. J'ai puisé ainsi — grâce
quehiucfois à la libéralité du Ministère de l'instruction publique de Rou-
manie — , aux Archives du Vatican et aux différentes bibliothèques de
Rome, aux Archives et à la Bibliothèque de Saint-Marc, où j'ai trouvé
l'alfable accueil de M. le comte Soranzo, à Milan et à Gênes, à Ferrare
et à Bologne, à Turin, à Modène. En Allemagne, les bibliothèques de
Berlin, Munich, Dresde, Leipzig, Hambourg ont été explorées, au milieu
d'autres recherches, pour ce livre. J'ai pu travailler aussi au British
Muséum et au Public Record Office de Londres, à la Bodléienne d'Ox-
ford. Des renseignements par lettre m'ont été fournis par l'obligeance
des savants qui se trouvent à la tète des bibliothèques de Bruxelles,
Vienne et Florence, par des particuliers, comme MM. V. Lazzarini,
L. Dorez, A. Molinier. M. Ulysse Robert m'a communiqué les bonnes
fouilles de son édition de Dardel, qui m'a épargné bien des erreurs,
dans les dernières pages, au moins. Je leur en exprime publiquement
ma reconnaissance.
PREFACE
On considère généralement l'expédition de 1270 comme la
dernière des croisades \ L'enthousiasme qui avait inspiré les
premières est, dit-on, tout à fait épuisé à cette fin du treizième
siècle, où quelque chose des temps modernes apparaît avec
la politique de Philippe le Bel et l'avènement de la bourgeoisie
aux affaires. La papauté, qui n'est plus ce qu'elle fut jadis,
sous les Grégoire VII et les Innocent III, va perdre l'autorité
qui lui reste encore, en quittant Rome pour la captivité d'Avi-
gnon. Les deux expéditions de saint Louis môme ne sont
que l'ombre des anciennes croisades. La foi des masses,
cette grande foi qui, à la fin du onzième siècle, jeta des popu-
lations entières vers l'Orient, n'y est plus pour rien : après les
croisades européennes, auxquelles prit part toute la chré-
tienté occidentale, les dissensions nationales disparaissant
devant la nécessité de délivrer la Terre-Sainte, il se forma des
croisades partielles, bornées à un seul pays, telles que celles
de Frédéric II, d'André de Hongrie et quelques autres.
Quelque chose de la première ardeur subsistait encore : si
les chefs furent inspirés souvent par des causes étrangères à
la foi, les sentiments des soldats étaient les mêmes que jadis.
Puis, la piété d'un seul homme tenta de ressusciter des temps
qui n'étaient plus ; les deux expéditions de saint Louis finirent
1. Cantù, Storia univet^sale, t. IV de l'édition de Turin (1851),
p. 213 : « Qui (à Tunis) si chinde il gran dramma délie crociate. »
L'opinion contraire a été développée avec force par M. Delaville le
Roulx, dans la préface de la Fi'nnce en Orient au xiv" siècle.
N. JoHGA. P/iiiippe de Mézières. 1
— 2 —
comme une avontiire. Le saint roi v mourut, et l'ère des croi-
sades finit avec lui. Quoique assez généralement admise,
cette opinion n'est pas tout à fait juste. A la vérité, après le
drame d'Egypte et de Tunis, l'Occident, la chrétienté grande
et puissante, ne prit plus en masse la croix et ne partit plus
pour l'Orient. Le découragement en fut-il la seule cause?
Sans doute, le résultat de tant d'efforts n'était pas de nature
ù tenter de nouveaux combattants : pendant deux siècles, la
Terre Sainte et la Syrie avaient reçu la fleur de la chevalerie
occidentale, et il n'en était revenu que quelques fuyards.
Jérusalem resta sous le joug des Infidèles : les musulmans
demeurèrent dans la ville sainte, sans que jamais une restau-
ration du royaume éphémère de Godefroi de Bouillon y fut
possible. Acre fut bientôt prise, et les Hospitaliers, dernière
milice des princes chrétiens, se réfugièrent à Rhodes. Le
royaume d'Arménie, seul représentant en Asie de la foi catho-
lique, après sa prospérité passagère sous les Roupénides, allait
finir par des guerres intérieures, autant que par les armes du
Soudan. On pourra dire, au quatorzième siècle, que pas un
pouce de terre ne restait aux chrétiens pour débarquer on
Orient. L'époque des croisades, ou ce qu'on est convenu
d'appeler de ce nom, finit par la victoire incontestée des In-
fidèles.
Le peu d'espoir que l'on avait de reconquérir la Terre
Sainte explique, sans doute, l'indifférence qui accueillit doré-
navant les tentatives de croisade. Une autre cause devait
bientôt les rendre à jamais impossibles. Les guerres entre
chrétiens commencèrent, ces grandes guerres de la fin du
moyen âge dans lesquelles les nationalités modernes se re-
connurent. Un autre but fut donné aux efforts, un autre
champ aux chercheurs d'aventures, et la croisade, la grande
préoccupation des époques précédentes, fut définitivement
oubliée. Quelque petit roi oriental, quelque empereur famé-
lique parvenait parfois à entraîner par compassion et par
cupidité quelques chevaliers désireux de gagner argent et
réputation dans ces contrées devenues presque fabuleuses ;
ainsi il y eut des Français, des Allemands, des Italiens dans
l'armée d'Alexandrie, toute l'Europe fournit sa part à l'équipée
malheureuse de Nicopolis ; mais les masses restèrent indif-
- 3 -
férentes à leur appol; on aimait mieux des profits moins dan-
gereux et plus certains dans les guerres occidentales. Tel qui
aurait combattu au douzième siècle contre les soldats de Sa-
ladin se résigna facilement à entrer, au quatorzième, dans
les grandes compagnies.
Si l'Occident s'habitua à voir les lieux saints sous le joug
de ceux qui ne devinrent pour lui une menace directe que
beaucoup plus tard, l'Orient ne pouvait pas souffrir tranquille-
ment l'accroissement terrible d'un.ennemi qui était son voisin.
Quand les derniers restes du royaume de Jérusalem dispa-
rurent, quand l'Arménie, déchirée par des dissensions in-
térieures et par des guerres religieuses, fut limitée à quelques
ports, encore florissants, ce fut l'ile de Chypre qui dut conti-
nuer la défense. Les chrétiens chassés de la Syrie et ceux du
royaume voisin s'y réfugièrent. Hugues IV reçut la famille
royale des Arméniens, la branche cadette des Lusignan, qui
revenait : leurs sujets, les colonies franques qui s'y étaient reti-
rées, les suivirent bientôt'. En 1361, meurt Constantin IV, vain-
queur des Égyptiens, qui avaient laissé l'Arménie tranquille
pendant presque tout son règne de dix-huit ans ; son successeur,
reconnu par une partie du peuple seulement, dépourvu d'énergie
et tout à fait incapable de remplir son rôle si dangereux, finira
ses jours, après de longues aventures, au château des Tour-
nelles. Déjà de son vivant, le trône ne lui appartenait plus :
la partie de la nation vraiment saine et prête à combattre
avait appelé un autre chef pour la défendre, un homme d'ini-
tiative, Pierre de Chypre.
Les espérances des Arméniens étaient fondées. Leur élu de
1368 s'était déjà couvert de gloire en combattant contre les
Infidèles avec autant d'énergie que de bonheur. Sans argent
et sans appui de la part de ses frères de l'Occident, il con-
quit d'abord à Gorigos, puis à Satalie des points de débar-
1. Jacques de Berne vit arriver à Famafcouste, le 30 juin \2\C^, plu-
sieurs grands vaisseaux qui apportaient en Chypre plus de 1,500 fuyards,
ce qui restait des liabifants de Lajazzo, qui venait de succomber devant
les armées du Soudan : « Vil grosses sclief und galein aus dem lannd
Armenia von der stat Lagaze galaden mit allten, jungen, frawon. cliinn-
den, witifen und waisen». Voy. Rohricht et Meisner, Deutsche Pilger-
reisen, (Berlin, 1880) p. 51. Les Sarrasins avaient fait plus de 12,000pri-
sonniers « an die, die si mit dem scluvertt erschlagen liettcn » (ibid.).
— 4 —
qiiemont sur le territoire même de l'ennemi. Les petits princes
musulmans de l'Asie Mineure se soumirent après cette première
conquête, qui n'était pour lui que le commencement d'une
grande série d'expéditions. Tandis que la prise de Smyrne
avait été considérée, quelques années auparavant, comme une
digne conclusion de la croisade, il continua la guerre plus
vigoureusement encore après ses victoires. Plein de confiance
dans ses projets, il partit pour ces pays chrétiens qu'il devait
trouver si différents de se^ rêves. Il y gagna, par sa parole
éloquente, par le prestige de sa beauté^ et de sa force, les
quelques enthousiastes qui s'y trouvaient encore. Quand il
partit enfin de Venise, au mois de juin 1365, trop tard et
après de nombreuses désillusions, quand la croisade fut
commencée, l'énergique roi de Chypre ne douta plus qu'il
allait réaliser prochainement son grand idéal et recouvrer
ces lieux saints qui devaient appartenir aux chrétiens et que
ses ancêtres avaient possédés. Il surprit Alexandrie et la
conquit, après une grande bataille. C'était le premier pas
pour arriver à son but : sa retraite forcée, devant son armée
mécontente et saisie de panique, fut la première grande
défaite. Il revint dans l'île de Chypre, attristé, mais espérant
encore. De nouveaux projets se formaient dans sa tête d'en-
thousiaste : ce qui avait échoué en Egypte serait possible en
Syrie.
Il combattit trois ans contre des circonstances contraires.
Ses alliés le quittèrent tour à tour : d'abord Venise, frappée
dans ses intérêts par l'interruption du commerce avec l'Orient,
puis les aventuriers attirés par le butin, et le pape lui-même,
cet Urbain V, qui parut ressusciter un moment les temps
glorieux de la papauté ; mais ce furent trois ans d'une confiance
inébranlable, qu'accroissaient encore des victoires : toute la
côte de la Syrie fut dévastée, le commerce du Soudan ruiné,
la force des musulmans affaiblie par cet homme d'action, qu'on
nomma plus tard « un pirate » ^ Un dernier effort pour
obtenir des secours l'amena à Rome : le pape lui conseilla
1. Il était, s'exprime un chroniqueur arabe, « de haute taille...,
aux yeux bleus, au teint brun. » J. J. P. Herzsohn, Der Ueberfall
Alexandrierîs, l^" brochure, p. 5 (Bonn, 1886).
2. Stubbs, Sevenlee/t lectures on the sludy of médiéval and modem
une paix nécessaire avec le Soudan. Il revint en Chypre,
désespéré pour la première fois, ayant perdu son enthousiasme
antérieur, ne respirant que la haine contre tous ceux qui ne
l'avaient pas compris et secouru. Cela finit par une catastrophe:
Pierre P"" fut tué par ses barons indignés.
Il y eut quelques faibles efforts sous ses successeurs : Jean
de Lusignan hasarda une petite expédition au commencement
de sa régence. Puis, devant l'attaque injuste des Génois, Satalie
fut restituée à Tacca et, au milieu des malheurs qui l'assail-
lirent bientôt, Chypre, dévastée et ruinée, ne pensa plus à
cette croisade, qui était pour elle « une question de vie ou de
mort » '. Quand les Sarrasins se montrèrent do nouveau devant
l'île, rien ne leur résista: le roi Janus, prisonnier, fut renvoyé
dans son royaume, qui n'était plus un obstacle pour les repré-
sentants de l'Islamisme.
Sous Amurat I", les Turcs avaient attaqué pour la pre-
mière fois les états chrétiens des Balkans : les Byzantins
furent complètement annulés. SousBajazet, la dernière croisade
offensive des chrétiens finit d'une manière tragique à Nico-
polis. Mais la résistance contre les vainqueurs fut très vive et
se prolongea assez loin dans les temps modernes; elle sauva
peut-être l'Occident d'une conquête musulmane. Les guerres
de la chrétienté occidentale contre les Sarrasins, en Asie et
en Afrique, furent suivies d'une longue série de croisades dé-
fensives dans l'Europe orientale.
Quand les Turcs pénétrèrent jusqu'au Danube, la barrière
des Carpathes fut défendue par les princes roumains d'abord,
puis, après que le torrent les eut submergés, par les îlongrois
et par l'Empire, qui brisa enfin, après des siècles de combat,
la force de l'invasion. La lutte entre les deux religions était
terminée.
C'est à ces croisades défensives que se rattache l'avant-
dernière des expéditions chevaleresques, la croisade de
Pierre I*"" ^ Ce ne fut pas la faute du roi si elle ne réussit
pas.
Uislorii (1886), p. 190 : « It is triie tbnt thèse successes wcar to modem
eyes the look of mère piratical exploits. »
1. A. Molinier, dans les Archives de l'Orient lalin, I. p. 337.
2. Qui ne fut pas par conséquent la dernière. Voy. Ileyd, le Colonie
— 6 —
Pondant ses dix années de combats, Pierre eut pou de com-
pagnons fidèles, et surtout peu d'hommes supérieurs, à sa
suite. Parmi les croisés qu'assembla la cupidité seule et les
chevaliers chypriotes qui se résignèrent à cette guerre qui les
ruinait, d'autant plus lumineux apparaît Philippe deMézières.
C'est certainement une des plus intéressantes figures du
siècle, et des plus nobles. Jeune encore, dans son village de
Picardie, il lisait les anciennes chroniques de Terre Sainte,
les récits des pèlerins, qui lui inspirèrent l'ardent désir
de délivrer les lieux de la Passion. A peine âgé de vingt
ans, il part pour l'Orient qu'il devait visiter tant de fois,
rassemblant des connaissances sur le pays et les hommes,
gagnant des adhérents à ses projets. Après la fin déplorable
de la croisade de Humbert, à. laquelle il semble s'être rallié,
il passe en Chypre, où il forme une amitié sincère et durable
avec le comte de Tripoli, qu'il considérait comme le bras
destiné à réaliser son idéal pieux. Chancelier du prince,
quand celui-ci fut devenu roi de Chypre et de Jérusalem,
il est continuellement auprès de lui, traversant pendant des
années l'Europe entière, de la Norvège aux bords du Danube,
s'exposant à tous les dangers possibles, aux menaces et aux
naufrages, pour chercher des secours et des appuis.
Alexandrie fut pour lui, beaucoup plus que pour son roi,
un coup de foudre. Le troisième grand facteur de la croisade,
le carmélite Pierre Thomas, mourut au retour. Quand
Pierre P"" finit sa vie d'une manière si tragique et que le
chancelier dut recommencer sa vie errante, le hasard l'amena
à la cour de Charles V.
C'est l'écrivain qui combattra désormais. Conseiller du roi
pieux et lettré, au milieu d'une vie honnête et laborieuse
inspirant de sages mesures à celui qui fut presque son ami,
il n'oublie pas cependant son idéal de jadis. Contraint à
quitter la « vie active », il défend avec la plume la grande
idée de la croisade.
Sa retraite aux Célestins lui laisse plus de temps encore
comnierciali degli Ilalianiin Oriente...^ (Venise, 1 1868; tr. G. MûUer),
p. 212 : « corne un epilogo aile cruciate » ; Herquet, J.-F. de Hcredia
(Mùhlhausen i. Th., 1878). p. 52 : « der letzte Kreuzzug. »
pour ses travaux littéraires. Depuis 1380 jusqu'à sa mort, en
1405, il écrit sans cesse, en français et en latin, pour le même
objet. C'est tantôt un nouvel appel pour son ordre de cheva-
lerie, celui de la Passion du Christ, tantôt des traités allégo-
riques dans le plus parfait goût de l'époque, tantôt des
épîtres aux grands princes de la chrétienté : toujours cepen-
dant et sous toutes les formes possibles, c'est le même
projet qui fait l'unité de sa vie aventureuse. Il ne se décou-
rage pas devant les défaites ; toute circonstance politique
favorable le trouve prêt à combattre. Dans tous les grands
événements du siècle, il a sa part, et une part principale \
Même après la terrible catastrophe de Nicopolis, il rêve
une nouvelle expédition de la chrétienté, plus forte et plus
sage surtout.
Si l'homme est intéressant et sympathique, l'écrivain est
un des plus féconds en idées originales et des mieux doués
du xiv" siècle. Un vigoureux esprit satirique (personne n'a
flétri plus énergiquement la désastreuse minorité de Charles
VI), une imagination ardente, une raison très droite et très
sage, un enthousiasme communicatif sous le plus naïf et plus
délicieux des styles, tels sont les traits qui caractérisent
Mézières considéré comme écrivain.
Cependant l'homme qui a donné la direction à son siècle
dans tant de graves circonstances, cet homme véritablement
supérieur, est resté dans l'obscurité jusque vers les derniers
temps. Ses œuvres se perdirent en partie, sa biographie par
Bonaventure Baudry eut le même sort. Il y avait au commen-
cement du siècle un seul article sur lui, et encore est-il sec
et étroit, erroné souvent, celui de l'abbé Lebeuf ^ Depuis lors,
les données sur sa vie et ses ouvrages se sont multipliées.
Paulin Paris publia d'abord deux articles dans les Mémoires
de l' Académie des Inscriptions^, corrigeant parfois les fautes
1. Les ordonnances de Charles V, par exemple, la paix entre
Chariots VI et Richard II, plus tard. 11 contribua à la croisade de Mco-
polis, probalileinent, comme il avait été précédemment le promoteur
de celles do Pierre h'"" et d'Amodée de Savoie. La croisade de Barbarie
(IIM)O), où l'on a voulu voir aussi son influence (Delaviile le Roulx, Ln
France en Orient an XIV" siècle, p. 1 1;{), semble lui avoir été étrangère.
2. Mémoires de l'Académie des Inscrii)lions, première série, tomes
XVI et XV II.
3. T. XV de la nouvelle série.
— 8 —
d'inferprctation de son prédécesseur. Vinrent ensuite de vé-
ritables révélations sur quelques-uns de ses ouvrages, com-
plètement oubliés '. Deux thèses lui furent consacrées à
l'École des chartes ^ et tout récemment M. Siméon Luce traita,
avec sa grande compétence, un point relatif à ses œuvres ^ Si
le présent travail, fondé sur de nombreuses recherches qui
n'ont pas toujours été couronnées de succès, peut mettre
davantage en lumière ce précurseur de la prose française,
cet homme politique d'une si haute valeur, s'il peut contribuer
à provoquer de nouvelles et plus heureuses recherches, le
but de l'auteur sera complètement atteint \
1. Dans l'édition de Froissart par M. Kervyn de Lettenhove, t. XI
(épitre à Richard II; lettre de Charles VI à ce dernier) et XV'I {Epislre
coiisolaloire), et dans l'article de M. A. Molinier (Archives de lOrienl
latin, I).
2. M. LefouUon en 1866 et M. Froment en 1887. Les « Positions »
seules ont été imprimées.
3. Correspondant, 1892, n" du 10 octobre.
4. La rédaction de cet ouvrage a été terminée en août 1892: on a
cherché à y faire entrer les renseignements trouvés après cette date,
autant qu'il a été possible sans que l'économie en fût dérangée.
PHILIPPE DE MEZIERES
(1327-1405)
ET LA CROISADE AU XIV^ SIÈCLE
CHAPITRE I.
FAMILLE DE MEZIERES.
C'est une véritable histoire que celle de l'origine de Mé-
zières'. Les auteurs d'encyclopédies théologiques et littéraire^
des dix-septième et dix-huitième siècles en firent tour à tour
un Vénitien et un Sicilien. La ressemblance entre la forme
latine corrompue de son nom et le nom de la famille bien
connue des Masserii de Venise fut la cause de la première
confusion. L'hypothèse fut présentée avec beaucoup de ré-
1. Nous adoptons cette orthographe, proposée pour la première fois
par M. Aug. Molinier dans les Arch. de VOrieul latin, Philippe étant
certainement originaire de la ville inème de Mézières, en Picardie. —
Ses quittances ])ortent toutes la forme Maisières, qu'il écrit parfois,
en latin, de Maizeriis (procuration de Pierre 1" à ?es ambassadeurs à
Gênes, 28 janvier 1365, Mas Latrie. Histoire de Chypre, II, 25'»)- Les ma-
nuscrits de la lettre sur la Présentation (Bibl. nat., mss. lat. 14454, i° 2 ;
17330, f" 4 et 14511, f" 182 vo) portent comme signature Philippus de
Maiseriis, ce qui est plus correct. La brochure de Dom Meurisse (un
exemplaire à la Bibliothèque nationale, fonds Colbert, \% t. IV, pp. 44-58)
donne la leçon de Maseriis, qui est la plus répandue dans les ency-
clopédies théologiques. Les corruptions abondent : on trouve quelque-
fois les versions Mazeriiis, Mezerius (Becquet, p. 101), Macerius
(Possevinus, Apparotus sacer, éd. de Cologne, 1608, t. II, p. 2"'J),
de Mnnscriis, de Maiseriis. Ilcnschen publia la Vie de Pierre Thomas
sous le nom de Philippus Mazzeritis. Les auteurs italiens en firent
Macerio, Mazerio. Masserio. Mazzerio(\oy. Zeno. Giornale de'letterati
dltalia, Venise, t. I.\ (1712), p. 154). La version Maizières est la plus
répandue (articles de Lebeuf, de Paulin Paris, articles d'encyclo-
pédie, etc.). Nous l'avions adoptée, dans l'incertitude où nous étions
encore sur l'origine du chancelier île Chypre, dans un article de la
Bévue historique (t. XLIX, l" fasc).
- 10 -
serve par les deux seuls écrivains qui la mentionnent, Ca-
simir Oudin ' d'abord, puis Apostolo Zeno -; ils ne tardèrent
pas à changer d'opinion*. L'autre erreur fut beaucoup plus
durable. Dans sa Bibliotheca Mariana'", Maraccio avait rap-
proché déjà le nom de notre auteur de celui d'un Philippus
Siculus, écrivain théologique aussi ; avant et après lui An-
toine Teissier'*, Vossius^ Possevinus^ Zeno encore, avec
quelques restrictions comme toujours *, la présentèrent. Elle
eut enfin l'honneur d'être ressuscitée, après les travaux de
Lebeuf, par un bibliographe sicilien, M. Mira". Inutile d'a-
jouter que ces opinions fantaisistes n'ont jamais été appuyées
par des arguments.
Aujourd'hui l'opinion contraire ne peut pas soulever de
doutes. Déjà Oudin lui-même, Spondanus'", Becquet, qui avait
à sa disposition les manuscrits de Philippe et la biographie
de Bonaventure Baudrj, Beurrier, du Boulay ", Ducange'^
étaient de cet avis. Lebeuf apporta des preuves, assez faibles,
«il faut le reconnaître, pour quelqu'un qui connaissait les ou-
1. « Philippus Mazerius seu de Mazeriis, nobilis venctus, aliis Sicu-
lus » (C. Oudin, Supplemcntum ad Bellanninum, p. 637).
2. « La famiplia Wasscria fiori veramente nella nostra cittadinanza,
e un Francesco Masserio viveva e scriveva nel 1485; ma ciô non basta
astabilirlo per nostro » (Zeno, Disscrtaziuni Vosaiane, 1, 21). Cf. Gior-
nale de' lett., IX, p. 154.
3. « Philippus de Mazeriis, natione Gallus, patria seu ortu Ambia-
nensis, quamvis nonnuUi nobilem Venetum, alii Siculum velint ». (C.
Oudin, Commcular. de scriptoribus et script. eccL, III, p. 1127). Zeno
se déclare satisfait de cette explication, dans le même ouvrage (Diss.
Voss., I, 22).
4. Rome, 1648.
5. Catalogiis auctorum, Genève, 1686, au nom de Mézières.
6. De hisloricis latinis, Leyde, 1651, p. 528.
7. Apparalus sace7\ éd. de Venise, III, 181, de Cologne, 1608, t. II,
p. 279 : « Philippus Macerius, Siculus. » Il cite à l'appui de son opinion
un certain .Julianus Nasart.
8. « Filippo Macerio, Siciliano, gran canceliere del regno di Cipro »
(Giorn. de' lett., IX, 153-4). Puis il ajoute : « Non v'ha sicurezza che
fosse Siciliano » (p. 154).
9. iMira, Bihliorp-afin Sicih'ana (1875), art. Philippe de M. Cf. Ant.
Mongitore, liibliotlieca Sicula {Mdl), ibid. On en fit même, grâce à
la même hypothèse, un Mazarini(Rocch. Pirrus,t.Il,p. 403, ap. Ducange,
Annales d'Oulre-Mcr, ms. de la B. N., f» 226 v).
10. « Miles Picardiae et regni Cipri cancellarius », Ânn. Eccles., I,
806.
11. « Philippus de Mascriis, nobilis Picardus » {Ilisl. Univ. Par.,W,
985); « nobilis Picardus ex agro Sangterrensi ortus » {ibid., IV, p. 441).
12. L. c.
vrages deMézières: d'après lui, Philippe est un Picard, né
dans le diocèse d'Amiens, il se nomme lui-même « chevalier
de Picardie' », les statuts de son ordre de la Passion no font
que reproduire les usages de sa province natale, certaines
pratiques religieuses même de l'église d'Amiens ^ Sauf les
deux exceptions citées, ce fut un point gagné pour la bio-
graphie de Mézières.
En effet, un examen même superficiel de ses ouvrages est
décisif. Dans sa lettre aux chanoines d'Amiens il parle de cette
ville comme de colle où il avait passé sa jeunesse : il est un brin
de paille que le vent emporta en Orient, loin de sa province
natale '. 11 s'appelle miles Picardus dans sa lamentation sur
la mort de Pierre Thomas, son ami '*. Dans sa lettre à
l'évêque Jean Roland, il parle au peuple d'Amiens, comme à
des compatriotes : « Écoute-moi, écoute-moi, peuple élu des
Amiénois, écoute ton compatriote, qui brûle du désir de
parler avec Bernard et ne peut pas se taire '\ » Il est trans-
planté du sol natal, dit-il plus loin, et ne peut plus produire
de fruit ''. La vision qui lui apparaît auparavant, cette vieille
femme en haillons, torturée par la roue infatigable, c'est sa
mère, et il est saisi douloureusement de la retrouver ainsi :
« Que j'aurais voulu être enterré, s'écrie-t-il, ônia mère, dans
le champ des pèlerins, en Arabie, ou au pays des Grecs, en
Hongrie ou dans le pays des Espagnols ou des Allemands ou
en Egypte, et ne pas voir ma mère afiligée de la sorte' ! ».
Amiens est son refuge, de même que Bethléem fut celui de Marie
et de Joseph: ses pères y venaient jadis, c'est dans cette ville
qu'on lui apprit la grammaire dans les années de son enfance,
1. Méra. de l'Ac. des inscrip. et b. l., t. XVII, p. 492.
2. Ibid.. t. XVI, p. 220.
3. Lellrcs de Mézières, Ms. 499 de l'Arsenal, f° 144.
4. JReviie hislorique, t. XLIV, I''' fasc, p. 45.
5. « Audi, audi, plebs electa Ambianensium, me compatriotam
tuum, qui loqui trépidât cuin IJornardo et tacere non potest. . . Vigeor
etcnim ad loquendum spirituali al'fectione, nativa compassione et
caritate Domini» (Salve S. Parens, IMbl. nat. mss. lat. 14454, f» 19 v).
6. « l'rovidonte nempe (ms. neppe ; P. Paris, Mèm. Ac. hiscr.. 18'i3.
p. 372, lit nnmque) sumnio agricola, q ucdam virgula(.sjr) condam sumpta
fucrat de agro Arnbianensi ettraiisplantata in diversis regionibusmundi,
maxime ad orieiiteni » (/6., f» 21 v).
7. « Outinam. mater niea, in agro peregrinorum. in .\rabia seu terra
— 12 -
et (le plus, c'est à l'église cathédrale (rAiiiiens qu'il reçut le
baptême'. Il peut dire à chacun des habitants : « Tu es mon os
et ma chair, parce que, de même que le pouls travaille inces-
samment dans une veine et que, pendant la vie de l'homme,
la respiration ne cesse pas dans ses narines, la douce cha-
rité représente habituellement dans mon cœur ma mère, la
ville d'Amiens ; bien que j'eusse été absent de cette grande
cité pendant longtemps corporellement, j'y fus présent malgré
tout, je le suis et je le serai de tout mon cœur [tota mente),
selon ce proverbe d'un certain docteur, qui dit : « La diversité
« des lieux ne peut pas séparer ceux que lient la charité et
« l'ardeur de la foi. » Je ne suis donc pas séparé, continue-t-il,
de ma mère l'Eglise, mais uni devant le Seigneur, et pendant
toute ma vie, je chanterai à la ville d'Amiens : « Salut, Sainte
« Mère^ !». Enfin, si cette preuve peut être nécessaire encore,
son épitaphe française aux Célestins commençait par ces mots,
sur lesquels s'accordent toutes les versions : « Cy git Mon-
seigneur Philippes de Maisières en Sangters (en Santerre),
Grecorum in Hongaria seu in terra Yspanorum aut Germanorum,
vel super ollas carnium in Egypto, in Domino fuissem sepultus, nec
vidissem malrem meam sic aftlictam » (26., f° 27 v°).
1. Salve S. Parens, Bibl. nat. lat. 14454, f°22 r">: «Sic et ego homuncio
ad civitatem Ambianensem, ad quam patres mei confluebant, in qua
puerilibus annis in grammaticalibus fui nutritus, et, quod plus est, cris-
mate sancto a matrice ecclesia Ambianensi sumpto, in baptismate per-
unctus. » Cependant Becquet {Elogia Celestinorum, Paris, 1719,
pp. 101-2; c'est la meilleure sourcepourla vie de Mézière.^, quoi qu'en
dise Lebeuf, Mnn. Ac. Inscr., XVIII, p. 491. Lebeuf connaissait
encore de Becquet des mémoires mss. sur les Célestins) et après
lui iMoréri (v. aussi Arch. de l'Or, latin, I, 336, note, Millin, .In^î-
qidtés nationales, Paris, lldO-^d,^", I, 154; cf. Jôcher, Gelehrten-Lexicon,
art. (le Mazeriis, Delaville le Roulx, 0. c, I, 202). croyaient que Philippe
naquit au château de Mézières. Les arguments cités dans le te.xte, et
surtout le dernier, nous paraissent concluants.
2. « Os meum et caro mea, quia, sicut puisus in vena sine intermis-
sione laborat et flatus in naribus, homine vivente, non cessât, siccaritas
dulcis matricem meam, civitatem Ambianensem, habitualiter in
corde meo continue repre.sontat, et quamvis a tanta civitate absens
diu fuerim corpore, nichilominus tamen presens fui, sum et ero tota
mente, juxta illud proverbium cujusdam doctoris dicentis : Quos caritas
fideique ardor connectit adstrictos, diversitas locorum dispares non
facit esse divisos. Igitur non divisus a matrice mea ecclesia, sed in
Domino unitus, pro civitate .ambianensi, quamdiu fuero vivens, tota
mente decantabo': Salve sancta parens (f" 22 r")- » Cf. encore : «0 patres
mei, fratres et domini Ambianenses utriusque sexus et cujuslibet
status, compatriote vestri. licet inutilis, obsecro, meinentote ! »
(f° 21 T°). « Audite me, Ambianenses, dilectissimi compatriote (f" 21 v") ».
— 13 —
chevalier, chancelier de Chypre, conseillier et banneret de
l'hostei du roy de France*».
C'est donc un Français, descendant d'une famille assez
obscure de Picardie, dont l'origine était ce château mênne de
Mézières, d'où Philippe partit en quête d'aventures ^ gens de
noblesse médiocre et passablement pauvres. Ils habitaient
leurs terres, quand ils n'étaient pas quelque part à se battre'':
Philippe y laissa, en partant, une nombreuse parenté. Ils
venaient quelquefois, dit-il, à Amiens, le chef-lieu de leur
province*.
Cette famille picarde n'a rien de commun avec celles qui
se distinguèrent plus tard au dix-septième et au dix-huitième
siècle en Champagne et en Normandie. Il faut éviter surtout
(car la confusion serait plus facile) de la confondre avec
d'autres Mézières qu'on rencontre au xiv" siècle auprès de
Philippe de Valois, de Jean II et de Charles V. Sur celle qui
nous occupe, nous possédons d'ailleurs peu de renseigne-
ments ; Philippe de Mézières lui-même ne nous en fournit pas.
Dans plusieurs endroits de ses œuvres, et presque dans
les mêmes termes, il se représente seulement comme le dernier
né d'une famille très nombreuse : il était le douzième de ses
frères et sœurs, dont il ne donne pas les noms^ Il ne parle
jamais de son père®.
1. V. les deux épitaphes dans Becquet (p. 102), Beurrier (Ifist. des
Cri. de Paris, Paris, 1634, p. 392), Le Laboureur, p. 215, Meurisse de
Madaure (Lettres de Chm'les V et de Ph. de Maisicres., p. 21).
2. « De modico Castro et semiruptis maseriis Ambiansensis (sic)
exiens, ac domum patris et cognationem suam relinquens, ad partes
orientales peragravit ». (Oralio trwjedica, Bibl. Mazarine, n° 1651,
f" 129 V").
3. « Mon très doulz dieu », s'écrie Philippe dans sa Chevalerie de la
Passion (lUbl. de V Arsenal, n» 2251, f"38 v°), «je recongnois que je ne
suis pas meilleur de mes pères trespassez, qui par les guerres mor-
telles ont esté nouris du sang de leurs frères crestiens. »
4. V. plus haut, p. 12, note 1.
5. Soliloquium peccaloris (\i[b\. de l'Arsenal, n" 408, f° 227): « Crea-
turatua miiiima (il s'adresse à Dieu), qui abortivum et duodecimum
fratrum meorum et sororum, participem me fecisti,etc. Quidam juvenis
duodecimus iVatruni suoruui et sororuui » (Oratiu Irnfjedira, î" 129 v°).
Cet abortivus, qualification que se donne souvent notre auteur, ne
représente pas autre chose qu'une comparaison de goût douteux, ins-
pirée par son humilité chrétienne.
6. Dans une quittance de la collection Clairamhault, Maisières, 69,
p. 10, un certain Simon de Maisières, chevalier, déclare avoir reçu de
Geffroy Cocatrix la somme de 48 livres parisis « pour nn septisme
— 14 —
Parmi les nombreux frères de Philippe, il y en eut un (jui
l'accompagna en Chypre, et peut-être môme dans les expédi-
tions de Pierre P'' : c'est Guillaume de Mézières, qui avait
embrassé la carrière des armes. Il entra d'abord au service
de l'Église, sous Innocent VI probablement, et y resta pendant
longtemps, jouant un rôle actif dans des affaires difficiles ^
Quand Urbain V arriva à la papauté, Guillaume revit son frère,
revenu en France à la suite du roi de Chypre en 1362. Deux
années plus tard, le pape le recommande à Pierre I*"" (16
octobre 1364), en indiquant en sa faveur les services que lui
avait déjà rendus Philippe. Il était certainement à la croisade
de 1365, dans cette familia de Philippe qui ne prit pas sa part
du butin sacrilège au pillage d'Alexandrie ^ 11 assistait avec
son frère, en 1366, à l'exhumation de Pierre Thomas''. Puis
on perd sa trace*.
Dans une lettre à son frère, l'évêque d'Arras (1366), Philippe
parle en outre de deux neveux qu'il a ou qu'il « croit avoir » \
armeures de fer » (sept. 1302). Serait-ce le père de Philippe? On serait
tenté de le penser à première vue ; mais le sceau apposé à la quittance
porte un blason tout à fait différent de celui de Philippe. C'est un
« écu à la fasce accompagnée de six annelets, trois en chef et trois en
pointe ». Voy. Demay, Inventaire des sceaux, n° 6087.
1. Arch. du Vatican, reg. 247, f" 149.
2. Oralio traQedic.a (f° 195 \°) : « De dictis spoliis, que in dicta civi-
tate in habundancia possidebat, nec ipse nec familia sua, reminiscens
Datham, Abiron et Chore. unum iotha a civitate non extraxit. » Cette
familia semble avoir été assez nombreuse : beaucoup des parents de
Philippe auraient cherché ainsi fortune en Chypre auprès du chan-
celier.
3. Carmesson, Vila S. Pétri, p. 82 : « Guillelmum de Maseriis,
fratrem dicti domini cancellarii. »
4. L'éditeur de Carmesson, frère Daniel de Sainte Marie (a Sancla
Maria), croit pouvoir donner le nom d'un autre frère de Philippe :
ce serait (Carmesson, p. 105, note 6) Pelnis Mazzerius. Une citation
de la Gallia Chrisliana accompagne cette affirmation erronée. Le
tome II de cette publication (p. 218) contient la biographie d'un per-
sonnage tout à fait différent, Pierre Masucrius (dans la table... mau-
suerins), docteur es lois et archidiacre d'Anvers, pédagogue de Gré-
goire XI et évêque en 1373 (f 1391). La vraie forme de son nom paraît
être Mazoerius, ainsi que la donne le décret pontifical par lequel on
lui confère l'archidiaconé d'Anvers, à condition de quitter son cano-
nicat et sa prébende à l'église d'Attigny. Il est qualifié de chanoine à
Cambrai et docteur es lois, te 27 novembre 1364 (Arch. du Vatican,
Reg. chanc, Urbain V, 111, fo 319). Un Geraldus Masuc.rii fut anobli
en 1379 (Archives nat., JJllô, n" 102).
5. Bibl. de l'Arsenal, n° 499, f" 147 v: « Insuper r. p. ûxxo^ jvvcnes
nepotcs habco vol credo habere. » Cf. f° 155 : « (Urbanus) nepotes
— 15 —
Les personnages mentionnés de cette curieuse façon ne nous
sont connus que d'une manière assez vague. Le seul dont on
sache le nom, est Jean de Mézières, auquel son oncle dédia
en 1381 un de ses opuscules, perdu aujourd'hui \ Le titre,
conservé par Becquet, le qualifie de prêtre, chanoine à Noyon ;
il était, son nom le montre suffisamment, le fils d'un des frères
du chancelier. La lettre s'étendait sur les devoirs des ecclé-
siastiques et commençait par une citation de saint Bernard ^
Jean de Mézières survécut à son oncle : on le retrouve en
1405 parmi les exécuteurs testamentaires de ce dernier, comme
chanoine de Noyon ■'. L'autre neveu nous est inconnu \
Philippe eut une sœur qui épousa un personnage du nom de
Pont-l'Évèque, dont elle eut ce « Jehan du Pont-l'Évèque m,
qui fut, avec Jean de Mézières, l'héritier de son oncle, en 1405^
Il eut aussi des frères utérins ^ avec lesquels il entretint des
relations amicales pendant une grande partie de sa vie. Trois
d'entre eux sont seuls connus : Gérard de Dainville, tour à
tour évoque d'Arras, de Térouanne et de Cambrai, puis
Michel et Jean de Dainville.
meos quamplures ecclesiasticis beneficiis pinguibus dotavit »;
Sur la date de la première lettre, voyez plus loin.
1. Il ne faut pas confondre ce Jean avec un homonyme, qui fut
clerc et plus tard conseiller de Philippe de Valois, et sur lequel les
Archives nationales nous ont fourni de fréquentes mentions. Il n'y a
aucune présomption que ces deux personnages appartiennent à la
même famille.
2. Becquet, /. c, p. 103.
3. « Ilonnorable et discrète personne, messire Jehan de Maisieres,
chanoinne de Noyon, nepveu de par père de feu noble homme messire
Philippe de Mézières. » (Arch. nat.,S. 3758 A, sans numéro.)
4. Serait-ce un certain Guy de Maisieres, au diocèse de Térouanne,
licencié en décrets et chanoine de Chàlons, puis de Térouanne, qui
fig'Jire parmi les témoins au procès en canonisation de Pierre de Luxem-
bourg, 25 janvier 1390? Voy. Acta Sanctonim, ]a\l\et, I, 525. Nous
savons par ailleurs qu'il eut d'étroites relations avec Philippe quand
celui-ci se fut retiré aux Gélestins (Acla SS.; ibid., p. 528, 531, 540,
545, 549).
5. « Jehan du Pont-l'Evesque, escuier, nepveu de par mère d'icellui
feu messire Philippe. . . » (Arch. nat., S. 3758 A, sans numéro).
6. Philippe était-il né du premier mariage de sa mère et les Dain-
ville du second ? Rappelons que Philippe dit être le dernier de douze
frères et sœurs ; comme on va le voir, il appelle Gérard de Dainville
vestra paternilna et traite ses autres frères utérins de domini mei\ ce
qui fait croire qu'ils étaient plus âgés que lui ; enfin, Philippe étant né
en 1327, aucun des frères du second lit n'aurait pu naitre avant 1328
ou 1329, ce qui pourrait paraître trop tard pour leur carrière, telle
que nous allons l'esquisser.
— 16 -
Michel est mentionné uniquement dans un acte royal du
23 août 1378, réglant des affaires relatives à la succession de
son frère Jean. Il était à cette époque archidiacre d'Ostrevent
dans le diocèse d' Arras et conseiller du roi ; Jean le nomma
parmi ses exécuteurs testamentaires*.
Ce dernier commença sa carrière comme « écuyer de la
cuisine » du duc de Normandie : il restitua en cette qualité
un cheval à la aciitiferia dudit seigneur ^ en l'année 1346.
Trois années plus tard, le 30 juin 1349, Guillaume de Pin,
maître delà chambre des deniers du duc, lui délivra 30 livres
parisis et deux sous, pour plusieurs sommes qui lui étaient
dues '. Devenu chevalier et maître de l'hôtel du roi, après
l'avènement de Jean peut-être (1350), il fut pris « au service »
de ce prince à la bataille de Poitiers (1356), et suivit son maître
et souverain, à Bordeaux d'abord, puis en Angleterre. Il
occupait encore sa fonction le 24 juillet 1361, quand le roi,
eu égard à ses longs et fidèles services, lui renouvela le don
d'une maison appartenant à feu maître Roger de Viscrebet,
recteur de l'église de Saint-Jean en Grève, à Paris, et valant
800 « royaulx d'or ou environ »\ Il lui avait fait déjà d'autres
donations, qui ne sont pas mentionnées dans cette lettre.
Il devint riche dans ses différentes fonctions, grâce aux
dons que lui accordèrent ses protecteurs. Pieux comme toute
sa famille, il laissa par son testament, pour des œuvres de
piété, « ses villes et terres de Vouillj et de Vuyres (?), avec leurs
attenances^ », qu'il tenait en fief du roi. Gérard, son frère,
1. « Dilectus quoque et fidelis consiliarius noster, magister Michael
deDainvilla,archidiaconusOstrevanensis, inecclesiaAttrebatensi,frater
quondamet executor dicti defunctimilitis)) (Arch. nat., JJ 113, n° 286).
2. Archives nationales, KK6, f° 123-4.
3. Ibid.
4. « Johan, ... savoir faisons ... que, comme pour considération des
bons et loyaulx services que nostre amé et féal chevalier Jehan de
Dainville, maistre de nostre hostel, nous a faiz avant nostre prise
devant Poitiers, ou il fu pris en nostre service, et depuis à Bourdeaux
et en Angleterre, ou il nous a servi continuelment au dit office et
fait encore chascun jour, nous li ayons donné par noz autres lettres
la maison qui fut maistre Rogier de Viscrebet, ... séant en la rue de
ia viez Texerranderie, ... laquelle maison tient d'une part a la maison
Pierre la Parqueté, d'autre part a la maison Jehan de Meaux, faisant
le coing de la rue du Martelet saint Jehan... o (Arch. nat., JJ 89, n»651),
5. « Villas et terras de Voucly et de Vuyres {sic), cum suis pertinen-
tiis. » (Arch. nat., JJ113, n» 286).
— 17 —
bâtit avec ses biens des chapelles pour le salut de l'àmo du
défunt, de sa femme et de ses bienfaiteurs ; Charles V leur
créa un revenu annuel de deux cents livres parisis *. Au moment
de sa mort, qui est antérieure au 23 août 1378, époque à
laquelle les lettres royales de donation furent renouvelées,
il était maître d'hôtel du nouveau roi'.
Gérard de Dainville, le futur cardinal de Térouanne,
n'était encore en 1350 que maître Gérard de Tainville (sic),
clerc et notaire du roi''; il reçut le 16 janvier de cette même
année, de Pierre de Berne, le trésorier, 32 livres parisis et six
sous pour les gages des mois d'avril, mai et juin 1348 et
pour un habit'. 11 changea bientôt de position, et sa vie est
assez bien connue: évêque d'Arras dès 1362, il passa ensuite
à Térouanne et à Cambrai, où il finit ses jours en 1378 ^
Il fut en relations suivies avec son demi-frère après que
celui-ci se fut établi en Chypre : on ne possède que deux des
lettres que dut lui écrire Philippe. La première ''' date de
1366 ; le chancelier de Chypre y parle de ses efforts pour
gagner les princes occidentaux à une nouvelle croisade. Il
était à Avignon et le roi venait de lui annoncer, à lui et à
son compagnon de voyage, l'amiral de Chypre, son prochain
départ contre les Sarrasins. Elle est très respectueuse pour
son frère qui y est appelé vestra po.ternitas ; il lui envoie
sa lettre par un rex heraldorimi, dont il fait l'éloge, et qui
devait lui exposer de vive voix les affaires du roi et son
propre état. Gérard est prié de lui accorder sa protection
« dans les affaires qui lui ont été confiées par le roi ». Après
1. Ibid.
2. « Defuncti Johannis de Dainvilla militis, quondam magistri hospicii
clarissime ineinorie carissiiiii doiuini genitoris nostri » {ibid.). 11
vivait encore le 24 juillet 1374, quand le roi lui accorda « decem et
scptem modiosetoctojaletosbladi et deceinmodios et très aissinosavene
vel circa, ad meiisuram laudunensem, annui et perpetui redditus »
pour des services rendus à lui et à son prédécesseur (Arch. nat., JJ,
105, n° 467).
3. « Magistro Girardo de Tainvilla, clericoet notario régis. » (Ibid.,
KK6, f»281).
4. « Pro vadiissuisAprilis, Mail et Junii cccxLvui, et pro pallie suo...
xxxn 1., VI s. p. »
5. Le roi conlirma en mars 1362 l'adjudication de plusieurs héri-
tages, qui lui fut faite cette même année (Arch. nat., JJ91, n" 426).
Sur sa vie. voyez Gnllia clirislinna. III, c. 46-7, 339.
6. Ms. 499 de l'Arsenal, f» 147.
N. JoROA. P/iilippe de Mézières. 2
— 18 —
avoir parlé de ses neveux qu'il lui recommande chaleureu-
sement, il lui offre ses services en Orient, s'il en a besoin, et
lui demande ses prières.
Quelques années plus tard, la carrière de Philippe était
finie en Chypre : Pierre P' avait été tué le 17 janvier 1369 et
son chancelier n'osait pas quitter Venise, où il se trouvait au
moment du crime. Il annonça ses malheurs à son frère ', qui
paraît l'avoir consolé dans sa réponse. Philippe lui écrivit en
1369 ou l'année suivante, en lui faisant savoir son état pré-
sent et celui de l'île qu'il ne devait plus revoir. Il le remercie
pour la bienveillance qu'il lui a témoignée tant de fois'^ et se
recommande à ses prières, tout en s'excusant sur la prolixité
d'une lettre trop longue pour les brefs loisirs du prélat.
Le recueil de ses lettres ne contient plus rien de relatif à
la personne de Gérard. Revenu bientôt en France, le chance-
lier de Chypre dut revoir son demi-frère dans une position
bien différente de celle de ses débuts. Avec Jean de Dainville
et Michel, le conseiller du roi, ses relations furent probable-
ment plus étroites encore. Peut-être même l'influence de cette
famille, apparentée à la sienne de si près, aida-t-elle, en
quelque sorte, les débuts de Mézières à la cour de France.
Ces renseignements, assez incertains et peu abondants, sont
tout ce que nous avons pu trouver sur une famille dont Phi-
lippe fut la seule illustration.
1. « Sicutvestrereverendissimepaternitati alias scripsi >->,ibid.J° 143.
2. « Vestram paternalem dulcedinem mihi indigno tociens in effectu
hilariter ostensam de corde meo nunquam eradicabo » (ibid.).
CHAPITRE II.
NAISSANCE DE PHILIPPE. — SA .JEUNESSE. — SON VOYAGE
EN ORIENT.
L'année de la naissance de Philippe a été beaucoup dis-
cutée : Becquet l'avait fixée, d'après ses abondantes sources
et avec beaucoup de raison, vers 1326'. Cette date fut admise
par la plupart de ceux qui s'occupèrent, en passant, de sa
biographie. Lebeuf fut le premier qui exprima des doutes, se
fondant sur un passage d'une de ces lettres qu'il était si fier
de connaître. Or cette lettre a été très mal datée. L'abbé, qui
ignorait l'histoire de Chypre^ au point de faire de Pierre I*""
le frère de celui qui fut réellement son père, de Hugues IV,
la déclara écrite en 1362, sans se donner la peine d'apporter
des preuves, qu'il n'aurait pas trouvées facilement. Elle est
certainement bien postérieure, comme il est facile de s'en
assurer du premier coup d'œil. Le jeune roi, juvenculus rex, lit-
on dans cette lettre, va bien, il progresse en âge et en sagesse,
expression bien singulière, on en conviendra, pour désigner un
prince qui, même en i36'2, était arrivé depuis longtemps à l'âge
d'homme. Puis il y est question du prince d'Antioche, « l)ailli »
du royaume, d'une ambassade au Soudan, qui était revenue sans
résultat, à la grande honte de la chrétienté, et des grands mal-
heurs qui l'avaient éprouvé lui-même l'année passée, allusion
évidente à l'assassinat du roi Pierre (1369). Au commencement
se trouve une phrase allégorique qui a causé toute l'erreur :
1. Recquet, Eloffia, p. 102 : « circa Redemtoris annum mcccxxvi ».
Les calculs qui suivent dans notre texte paraissent établir la date de
rj-27.
2. Qu'il aurait pu connaître cependant, trois histoires de l'île
étant publiées à cette épocjue; celles de Lorodan (traduction française
contemporaine, sous le nom de Giblot), d'Htienne de Lusignan et de
Jauna. Môme ce (iornier, <|ui abonde en erreurs des plus divertis-
santes, ne pouvait pas lui fournir ce renseignement.
— 20 —
« l'année passée entière, dit-il, dut être un jubilé pour moi,
le Très Haut ayant rempli mon cœur d'amertume multiple et
jusqu'à mon propre sang\ » Lebeuf crut qu'il s'agissait tout
bonnement d'une période de cinquante ans, ce qui le porta à
faire remonter la naissance de Mézières jusqu'à l'année 1312\
L'intention de l'écrivain est évidente, cependant, surtout
pour quelqu'un qui se piquait de connaître sa manière d'écrire
souvent si peu naturelle : il était très gai, le pieux. Philippe,
dans cette année de malheur, quand il perdit son ami et sa
fortune : Dieu l'avait éprouvé sévèrement comme il éprouve
toujours, d'après l'Écriture, ceux qu'il aime le plus''. Du
reste, en corrigeant l'erreur de date, on arriverait à 1320,
huit années plus tard par conséquent.
.Paulin Paris protesta dans un de ses articles'' contre cette
manière d'employer les sources; il objecta d'abord que le pas-
sage n'était pas cité, bien qu'il fût d'une si grande importance
pour la vie de Philippe : puis, pour faire concorder cette affir-
mation de l'écrivain, si elle était jamais prouvée, avec la
date fournie par Becquet, il parla du second voyage de Phi-
lippe en Italie, quand il pouvait bien avoir écrit une lettre
datée de Venise, comme celle que Lebeuf avait connue. Ce
second voyage aurait eu lieu en 1376 : on sait aujourd'hui que
Mézières n'alla pas plus loin que Milan. Un passage du tes-
tament fut cité aussi contre l'hypothèse de l'abbé : Philippe
était sexagénaire quand il l'écrivit, ainsi qu'il l'affirme lui-
même ; avec la première date on arriverait à un chiffre de
soixante-cinq^ ou plutôt de soixante-six ans, ce qui est tout à
1. « Totus annus preteritus mihi jubileus debuit esse, quia Altis-
simus animam meam replevit multiplici amaritudine, ot usque ad
sanguinem proprium. » Bibl. de l'Arsenal, n° 408, f" l'i'i.
2. « A l'égard du temps de sa naissance, dit-il, le manuscrit qui
contient se^ lettres, en renienne une de l'an 1362, où il déclare que
c'était alors son année jubilaire: d'où il s'ensuit (]u'il faut placer sa
naissance, non en 1327, mais en 1312 «(Lebeuf, Écrn. de tAcad. des
insc7-i/jt., Wll. p. 'i92).
3. Voyez Bévue historique, XLIX, l'''"fasc., pp. 43-44. Ce qui est plus
curieux encore, c'est que Philippe déclare emprunter cette expression
aux Ecritures.
4. Mém. de VAc. des inscr. el beUes-leltres, T série, année 1843,
p. 370.
5. Voici le passage (Arsenal, ms. 408, f" 241) : « car il approce {sic)
fort au terme de son pèlerinage et a la tin de son grant travel, qui a
duré plus de lx ans, es quelz par la miséricorde de Uieu il a passé maint
— 21 —
fait admissible, tandis qu'autrement il aurait été presque
octogénaire.
On pourrait multiplier les arguments : si Philippe ne donne
jamais lui-môme l'année de sa naissance, il la laisse deviner
assez facilement. Il déclare avoir navigué sur la mer du
monde pendant soixante ans environ, dans son Soliloquivm
peccatoris écrit vers l'année 1387'. Il avait plus de cinquante
ans (|uand il écrivit la ConLemplatio, qui semble dater pres-
que de la même époque\ Il était né, dit-il ailleurs, dans des
temps bien différents de ceux qu'il voit aujourd'hui : tout le
royaume était en paix, toute chose abondante « et le peuple
menu» si « cras et si très reveleus, qu'il avoyent aussy comme
oublié Dieu'^ ». « Et si estoit le royaume lors comme en pais,
riche et plain comme un œuf'.» Cela dura «un bon temps aprèsS).
Or, si la France était riche et en paix pendant les dernières années
de Philippe le Bel, l'espace de temps qui s'écoula jusqu'au com-
mencement de la guerre avec les Anglais (1340) était trop
grand pour pouvoir être représenté par l'expression approxi-
mative de Philippe. Les personnages et les événements, qu'il
mentionne dans son Songe du vieil pèlerin, appartiennent
grant péril et aventure sans nombre. » Il ne peut pas être question de ce
(lui fut le but de sa vie, son autre /î^/e?-?n(7^^. ses efforts pour la croisade,
l'n autre passap;e, assez difficile à exjjliciuer, ne peut |)as appuyer non
plus l'hypothèse de Lebeuf (//yn/., f" 242 v") : « c'est assavoir qu'il (Dieu)
t'a donné espace plus de ,\xx ans, voire de xl, et tant convenable, ou
darrain quartier de ta vie, de recognoistre tes defautes, et la bonté de
dieu en toy », etc. Si on applique le ternie de « darrain quartier de sa
vie » aux 30 et 40 ans mentionnés plus haut, Philippe devait avoir />/ms
de 160 ans en 1392 !
1. Bibl. de l'Arsenal, ms. 408 : « ferc lx annis. . . navigavi «(f" 228).
('f. sur la date de cet ouvrage le testament, ihid., f" 241 v". Le SoH-
loquinm est cité le second {)armi l(>s livres, qui précédèrent ce dernier.
2. i5il)l. de l'Arsenal, ibid.. f" 197: « quianon solumxx.wiii annis, quin
ymo quinquaginlnel ultra in lecto peccatorum paraliticus jacuisti».Une
autre mention, plus obscure, au f" 188 : « (\\\\ (Dieu) sua pietate, non
solum XV annos pueritie mee ad vitam crescendo adjun.xit, quamvero
XXX et ultra ad juventutem meain multiplicavit », ce qui revient au
même. La ConlvmpUino ne peut pas être celle qui est citée dans la Che-
valerie de la Passion (Ms. 2251 de l'Arsenal, f'^ 7 v°, « ou livre secret
de sa povre contemplacion »), la comparaison dont il est question
ici ne s'y trouvant pas.
3. Siinge du vieil pèlerin. Ms. de l'Arsenal 2682, f" 131 v«. V. sur la
prospérité générale vers cette époque, S. Luce, Jlisl. de li. Du Guesclin.
La jeunesse de Bertrand, Paris, 1876, pp. 55-83.
4. Ms. 2683, f» !)3.
5. Ms. 2682, f» 131 v".
— 22 —
tous ;ï une époque beaucoup plus réconte, au temps qui s'é-
coula entre sa première jeunesse et son départ définitif pour
l'ile de Chypre ( 1345-1 3G1). Il ne parle jamais de la cour
des fils de Philippe le Bel, dont il ne pouvait pas connaître
les règnes par lui-même. On trouve, au contj'aire, un certain
nombre d'anecdotes, qui révèlent le témoin oculaire, sur le
règne des deux premiers Valois, dont il servit le second
dans ses guerres: ^3i jeunesse, ce sont les premières grandes
batailles avec les Anglais — il mentionne Crécy\ — la guerre de
Bretagne ^ les règnes, en Bohème, de Jean de Luxembourg et
do Charles IV. Jamais il ne dépasse ces limites dans ses sou-
venirs. Il quitta le château paternel en 1345 et le manque
complet de renseignements sur sa vie antérieure nous montre
que son âge l'empêchait déjouer quelque rôle. Avant 1345, il
étaitencore, peut-être, à l'école des bons chanoines d'Amiens.
Enfin, — et c'est ce qui me paraît décisif, — dans le récit du
premier voyage fait par Pierre I''' en Europe, il déclare
qu'il avançait lui-même déjà dans l'âge d'homme, au moment
où le roi se décidait à commencer seul cette guerre contre
les Infidèles, que ne voulaient pas entreprendre ses frères
d'Occident '\ Il avait alors trente-huit ans, ce qui justifie
assez bien les termes emploj-és : si on adoptait l'hypothèse
de Lebeuf, c'est un homme de cinquante-trois ans, qui s'ex-
primerait de la sorte.
11 fut baptisé à Amiens, dans la belle église de Notre-Dame\
On n'a pas de données sur son enfance, dont il ne parle jamais
dans ses écrits ; il dut la passer dans ce vieux château de
Mézières, qu'il décrit si noir et si ruiné; cadet d'une nom-
breuse famille, il vécut dans l'obscurité et dans la pauvreté
1. Crécy et le comte Jean de Hainaut, ot d'autres exemples encore,
contemporains et bibliques, pour montrer que « aler en l'ost, et legie-
rement combatre, n'est pas un jeu de courre ou paale (.s/r). 11 y fault
aler meurement » (Ms. 2683, f° 172).
2. « Anciennement, et ou temps du viel pèlerin, les grans princes
et pers du royaume de Gaule en la guerre servoient le roy à leurs
propres despens, si comme le duc Jehan de Bretaigne » {ibid.^ f" 174).
3. Il partageait, dit-il, aussi l'opinion du roi, lui le «juvenis... sepe
tactus, jam in étale pleniludinis procedens » (Oratio tragédien, Bibl.
Mazarine. 1651, f» 191 V).
4. V. plus haut.
- 23 —
même, s'il faut l'en croire', bien que sa famille fût noble
« selon l'opinion de ce monde ^ ». Quoiqu'il paraisse avoir ha-
bité le château même de Mézières, ce n'est pas son père qui
en était le seigneur. En effet, un arrêt du parlement, daté du
13 juillet 13G2, nous donne le nom du seigneur de Mézières,
« enSancters » à cette époque, et Mahieu de Séchelles, frère
et successeur do Pierre de Séchelles, ne paraît pas avoir été
le parent bien proche de Philippe^ Est-ce de son père qu'il
veut parler quand il nous représente, dans son Songe du vieil
pèlerin^ ce vieux seigneur picard faisant la leçon à ses en-
fants : « Mes enfans, disoit-il, aprenés tant a dire voir, que se
en cas de nécessité vous avérés mestier d'une mensonge, elle
vous soit comptée pour voir?* » Philippe suivit fidèlement ce
précepte de son père : par malheur ce fut la seule chose que
ce dernier aurait pu lui donner. Malgré ses nombreux pa-
rents nobles, il commença bien difficilement sa fortune.
De bonne heure, le jeune « Benjamin, le dernier de ses
frères^ «, fut envoyé à l'école des chanoines de Notre-
Dame, à Amiens. Il y fit les études habituelles avec beaucoup
1. « Moyjooi^rcet dénué enfant, le maisné de mes frères » (Chevalerie
de la Passion, ms. 2251 de l'Arsenal, f» 10).
2. « Secundum famam hujus mundi nobilis » (Or. trag., f" 129 v").
3. Cet arrêt (Airh. nationales, X'« 13 a. 143) était dû à l'inter-
vention d'un conseiller du roi, le « noble homme et puissant monsei-
gneur » Simon de Bucy ; il mit fin à deux procès : entre Pierre de
Séchelles et Guillaume de Raineval (Renneval) d'abord, pour la terre
de Séchelles, dont le premier était seigneur; entre Mahieu et le même
ensuite, pour la terre de Mézières même, qui était dans la dépen-
dance de Guillaume, à cause de son château de Pierrepont. En ce
qui concerne cette seconde aflaire, Mahieu avait offert vainement à
son suzerain le tiers des revenus de cette terre pendant trois ans ; il
consentit à recevoir enfin trois cents royaux d'or à payer en trois
termes, pendant cette même année. Le procès avait été plaidé précé-
demment devant \e prévôt de Monldidier et le bailli du Vermandois.
Nous devons l'indication de cette pièce à M. Legrand, bibliothécaire
aux Archives. — Soixante ans plus tard, les terres de Démuin et de
« Maisiêres en Santers » étaient données par Henri VI, d'après la
recommandation du duc de Bedford, à Antoine de Lorraine, comte de
Vaudemont et châtelain de Boves en Picardie (c. Sains, ar. Amiens),
l^lles avaient été confisquées par le roi anglais à « feu Charles d'Esneval,
jadis chevalier, et sa femme «, pour s'être rendus coupables de
rébellion (2'i septembre l'i25). (S. Luce, Jeanne d'Arc à Domrémy,
Paris. 1886, p. 162).
4. Ms. de l'Arsenal, n" 2682, f» 78 v".
5. Contemplacio hore mortis, Bibl. Arsenal, n" 408, f° 208 : «hune Benja-
min, ultimum fratrum suorum duodecimum » {Soliloquium, f" 227).
— 24 —
do zèle, à ce qu'il paraît. Les œuvres de cet homme de guerre
abondent en citations : il connaît beaucoup de choses sur la
philosophie ancienne et contemporaine, il cite Aristote et son
fameux commentateur, Albert de Cologne \ sans compter un des
plus grands parmi ses propres contemporains, « le soUempnel
maistre en théologie et digne evesque de Lisieux ^ »,
maître Nicole Oresme. 11 connaît le Livre des moralités '\
qui lui fournit de merveilleuses anecdotes et comparaisons,
le Cat.holicon\ un de ses ouvrages favoris et « le livre moult
sollempnel, apelé dicionaire^ ». Il n'est pas moins savant sur la
théologie, bien qu'il proteste souvent de sa grande ignorance
sur les choses de la foi et ses profonds mystères, qu'il se
borne à croire, more bubulcorum^ . Il sait à fond toute l'his-
toire des guerres des Troyens et les exploits des douze preux,
les victoires d'Alexandre, d'après ce fameux livre d'Alexandre"
si répandu au moyen âge, et les grandes conquêtes du « très
1. .S. (L V. p., t. II, (nous désignons ainsi le ms. 2683 de l'Arsenal
qui contient la seconde partie du Songe; le ms. 2682 de la même
bibliothèque sera représenté par le tome I«'), f" 39 v. Epilre au roi
Richard, British 7nuseum, Hoyal H. IV, f" Il v°; Oralio tragedica, î°
162 v°. II cite une seule fois Platon, comme un modèle de vertu. ^S.
d. V. p., iind., f» 210 \°. Cf. aussi sa lettre au cardinal d"Albano, sur
la mort d'Urbain V. (v. plus loin).
2. 5. d. v.p., t. II, f" 40 v" II recommande « le romant de maistre
Jehan de Meun », et, aussitôt après, les œuvres de S. Bernard (ibid.
fo 43 v<'-44). L'œuvre de Nicole Oresme, qu'il cite dans son ouvrage,
c'est « le biau traictié » sur l'astrologie, qu'il combat aussi de toutes
ses forces. II en est tellement enthousiasmé qu'il l'appelle « le très
subtil et real phillozofe, des meilleurs qui fust depuis Aristote »
(fo 40 yo). Il admire aussi « le noble phillozufe Boesce » (dans la trad.
de.I. de Meung:'')(cf. f" 99). Il cite encore d'Oresme les livres -(d'etiques
et de politiques », ibid.
3. « Livre des moralitez»; il en tire l'histoire des deux rois Malavisé
et Vigilant (Epilre à Richard, f» 28). II cite aussi le « Livre de la pro-
priété des choses » (ibid., f" 55).
4. Songe du vieil pèlerin, t. 11, f" 69 v" : « livre de cathoHcon. » Il le
cite aussi pour le prix du talent biblique : « vide in catholico » (Oratio
trag., f» 159).
5. Cité pour éloigner Richard de la guerre : il est question de
l'oiseau indien Arpia de Slragopales, qui ressemble aux chrétiens
(Epilre, f»^ 50-51).
6. «... Et credo in Deumcotidie dicendoetfirmitercredendo, more bu -
bulcorum » (Contempla Ho, f" 204). V(ur 'pour ses connaissances en tliéo-
logie la réponse qu'il fit à S. Pierre, qui l'interrogeait sur la foi (ibid.,
f" 203 v"). Il cite surtout la Civitas Dei, S. Grégoire et Isidore de
Séville, Guillaume de Paris (Or. tr., f" 179), Hugues de S. Victor et
son auteur favori, «le bon bourguignon saint Bernard» (S. d.v.p.. I. f"5).
7. Ibid., fo 52 v°.
— 25 —
preu Julius César, qui à très grand paine et batailles périlleuses,
mist à conquerre x ans, et France et Angleterre, et grant
partie d'Almaigne' ». Lesnoms de Théodose^etd'« Éracle*»,
d'(( Ottovian'* », qui mourut sans postérité, et de « Constan-
cieux'' », qui eut le malheur de donner naissance à « Julius
Apostata », lui sont familiers et lui fournissent plus d'une
belle comparaison. Il aime à voir dans Charles VI et Richard,
devenus amis, « Roilant le vaillant et le très débonnaire
Olivier" »; dans le prince de Galles se choisissant une femme
au-dessous do son rang, Constantin le Grand épousant Hé-
lène, « lors une hostoiière très sage et aournéo de grans
vertus' ». L'histoire du moyen âge lui est tout aussi bien
connue : il parle de la bataille de Fontenoy^ qu'il fait
peindre sur los murs de son temple do la guerre, de Char-
Icmagne et d'Artus, le grand conquérant''', d'Henri V d'Alle-
magne, auquel il attribue les actes de haute moralité de
Louis le Débonnaire ^", de Godefroi de Bouillon, son héros de
préférence, qui vainquit les Sarrasins par la seule force de
1. Chevalerie de la Paasioii, f" .'^5. Suit l'exemple de Cliarlemagne.
2. Epislre, f" 18. En passant par Pavie, la reine Vérité regrette
S. Ambroise, Luitpraiid (S. d. v. p., 1, f" 76).
3. S. .'.r.séne le cite dans le Sonfj/e {ibid., i" 38). Son combat avec le
fils de Cliosroès (Chev. de la Passion, f" 23 v).
4. Epilre à Richard, f" 43. Un exemple sur lui, qui « se lit es
estoyres ronimaines » (5. d. v. p., t. Il, f° 85).
5. Il est nommé « frère de l'empereur Constantin. » {Epilre à Ri-
chard, f" 44).
6. Epilre, f" 81. 11 les compare aussi à S. Edouard et S. Louis (f° 34).
7. Ibid., f° 48 V". Il cite aussi la légende dorée (Chevalerie de la
Passion. P 68 \o).
8. Epitre à Richard, f"* 66-66 v". Il est question aussi d'Hannibal
« roy d'Aufricjue » (ibid.), qui fut frappé — les chrétiens devraient en
prendre exemple dans leurs saintes guerres — « en la teste et non pas
en la queue » (Epit. lamentnhle et consolai., ap. Froissart. éd. Kervyn.
XVI, p. 4'J4) par le « très-vaillant prince Cypion Aufricain » (Epitre
à Richard, f" 3 v"), d'après « les croniques autentiques » (ibid.). II
voudrait, dit-il ailleurs, (jue ce dernier ressuscitât pour venger les
chrétiens (A''owa relir/io Milicie Passionis. Bibl. Mazarine.n" 1943, fo20).
9. Aux(piels il compare les jeunes rois de France et d'Angleterre,
pour les animer à combattre contre les Infidèles (Epilre à Richard.
i" 81). 11 connaissait sur le premier des chroniques (« selonc ses cro-
niques )), Songe du vieil Pèlerin, t. II, f" 114 v"). Il connaît aussi la
piété de Robert de France (j/>îV/.. f" 117) et de Philippe-Auguste, « qui
commença sa sainte chevalerie a deslruire hérésie » \(ibid., f" 62).
10. Pupitre à Richard, f" 42. Il cite aussi Henri IV et Louis le Dé-
bonnaire (ibid., f» 44). Cf. 6'. d. v. PeL, t. H, f" 109.
- 26 —
sa chasteté '. Il recommande une bibliothèque entière à
Charles VI, son élève : la littérature sacrée et la profane s'y
mêlent d'une manière assez originale; les seuls « dittiés »
profanes doivent être évités par le jeune prince, qui ne doit
pas écouter les mensonges effrontés des trouvères". Après
chaque fait, il cite sa source, quelques « croniqucs et es-
tovres anciens" », les livres de « Titilivius », de « Valerius »
et de « Maximus, » dont il fait deux personnages différents, de
Végèce, sur la « chose chevalereuse», le« noble » livre sur le
gouvernement des princes*, ensuite les dialogues de saint
Grégoire et les chroniques de Terre Sainte, les prophéties de
Merlin% et les « hystoires autentiques des ix preuz ^ ». Comme
compositions littéraires, il aime les ouvrages d'Orose et de
Claudien, « souverains poètes'' », le roman de la Rose ' surtout,
qui a des similitudes avec quelques-unes de ses œuvres, et les
poésies d'Eustache, son ami, la chronique rimée du ((poure
homme appelé Cuvelier » '. Il admire la faconde de « Tulle*'»,
qu'il voudrait tant posséder, et ne manque pas de lire — en
original, peut-être — « la cronique autentique du dessus dit
marquis de Saluce et de Griseldis,.. escripte par le solempnel
docteur et souverain poète, maistre François Petrac de Puis"».
1. « Qui par la vertu de chasteté trencha parmi le Sarrasin à la
bataille d'Antioche » (Fpitre à Richard^ f» 42).
2. 5. d. V. Pel., t. II. f"* 98 et suiv.
3. Il cite des « cronicas autentiquas terre sancte », pour montrer
que les croisades continuèrent après la prise de Jérusalem (Orat.trag.,
f" 192). « Es hystoires autentiques des ix preuz, de la bataille de Troyes,
d'Alixandre etdes Romains... » (S. d. v. P.,t. II, f" 170 v»); « croniques
et estoyres anciens » (ib., f" 98). Il se goumet au jugement de l'Eglise
s'il a écrit quelque chose dans son livre, qui soit « autrement que es
hystoires et croniques anciennes », dans les écrits des docteurs et les
saintes Ecritures (ibid., f" 210 v").
4. S. d. V. P., t. II, f" 170 v°; cf. f" 99. II cite encore les Antiquités
de Josèphe (f" 99) elles relations de Pythagore avec « Pampelion, res-
gnant à Romme » et y donnant des lois (ibid., t. II, f" 33), d'après
Tite-Live.
5. Pour montrer que, depuis 60 ans, la chevalerie anglaise est de-
venue une « aguille ou aguillon de fer » (Epitre à Richard, f" 15 v").
6. V. note 8, page précédente.
7. S. d. V. P., t. II, f" 196.
8. « Le livre de la Hose » (Jbid.. t. I, f" 100 v«).
9. S. d. V. P., t. H, f" 99 V"; 108 v».
10. « 0 si rectoricam et eloquentiam haberemTulii » (Contemplntio,
f" 210).
11. Epitre à Richard, f" 49.
- 27 —
Il avait sur l'éducation de très bonnes idées, qu'il devait ex-
poser dans ce traité sur sa chevalerie de la Passion, dont on
n'a mallioûreusement que les rubriques'.
Il avait sans doute acquis la plupart de ses connaissances
beaucoup plus tard, dans ces voyages d'aventures pendant
lesquels il eut tant d'occasions de s'instruire, et surtout dans
sa retraite paisible aux Célestins. Son tempérament curieux
de savoir dut beaucoup l'aider à compléter son instruction :
il recueillait partout des informations sur les sujets les
plus différents. Il posait aux phijsiciens, pendant son séjour
à la cour des rois et des papes, dit-il, des questions « touchans
à medicine et à astrologie, pour aprendre tousjours et retenir
aucune conclusion de medicine-». C'est en agissant de la sorte
qu'il devint, sans contredit, un des écrivains les plus cultivés
de son temps. Il dut cependant beaucoup, surtout le maniement
facile du latin, aux leçons des chanoines d'Amiens. Nous
n'avons pas de données sur cette partie de sa vie, sur le temps
même qu'il employa à ses études : il ne les compléta pas d'ail-
leurs, décidé à embrasser, comme toute sa famille, la carrière
des armes. On a fait de lui, mais à tort, un docteur en droit ^,
car il ne connut jamais très bien cette matière. Quant à la
théologie, il déclare lui-même n'avoir été ni « docteur en
décrets ni licencié dans le conventus des théologiens* ».
Philippe garda toujours de la reconnaissance à ses premiers
maîtres. En Orient encore, après les événements de 13G5\ il
1. [iibl. Mazarine, n» 19'»3. f"'^ 103 et suiv.
2. Epilre à Bichard, i" 31». 11 savait le grec, par exemple, qu'il
apprit en Chypre, sans doute (il cite le mot ;:avay;a), et peut-être
môme quelques rudiments de ces langues orientales qu'il voulait faire
apprendre aux fils de ses chevaliers.
3. .\. Bostius, Dp. palronalu H. Virg. Marine, c. XII: « nobilis vir
Philippiis de Mazzeriis, regnorum Jérusalem et Cypri cancellarius,
doclor Leijinn et eques auratus. » P. Paris l'avait déjà qualifié de
« chevalier os lois », M. Rrants exprime, d'une manière plus précise,
cette hy])othèse : « Maizières devint jurisconsulte, chevalier es lois et
fut attaché comme chancelier de Chypre à la personne du roi Pierre l'""»
{Rev. calh. de Louvain, 1, p. 592).
'i. 11 n'est pas. dit-il, « doctor decretorum nec licenciatus in conventu
theologorum » (Contemplnlio, f" 204).
5. Le ton général de la lettre est assez vague : Pierre, l'athlète de la
foi, le second Machabée, a remporté déjà plusieurs victoires merveil-
leuses sur les Sarrasins, sans avoir trouvé pourtant aide et consolation
parmi ses frères de l'Occident. 11 est cependant toujours prêt à com-
battre pour l'accroissement de la foi catholique. 11 a lui-même beau-
- 28 —
leur écrivit, leur demandant des prières pour le roi -vain-
queur. Il gardait auprès de lui un de leurs diocésains, le
curé Jean Honoré, pour se souvenir, dit-il, de leurs p'crsonnes :
il demande dans sa lettre leur protection pour les bénéfices que
ce dernier avait laissés en Occident. La lettre est très affec-
tueuse pour sa ville natale et son pays : il est lui-même, dit-il,
un pauvre petit a,rhre{nr buse nia), transplanté en Orient pour le
service de la foi chrétienne. Il n'oublie pas cependant, au milieu
deses travaux, samère, «rimmaculéeViergeglorieused'Amiens
et sa maison merveilleusement élevée au-dessus des autres,
et son jardinier, le martyr Saint Firmin'w. Ce « jardin fleuri »
est toujours présent à sa mémoire, et toute chose accroît la
douleur de la séparation, « de sorte que, dit-il, quand le frêle
arbrisseau se souvient [contemplationepresentantur] des chants
de Sion, des voix de louanges sonores, d'exultation et de joie,
du divin office de jour et de nuit, que vous célébrez en l'hon-
neur [exJtibetis) do l'époux et de l'épouse et du très dévot jar-
dinier, dans la maison de notre mère susdite, vous, mes
seigneurs et mes pères, son esprit exulte dans le Seigneur,
son Dieu salutaire, et, s'il convient de l'écrire, son àme défail-
lit du désir de voir et d'entendre des choses pareilles, parce
qu'une seule journée à ton foyer, ô étoile du matin et remède
des pécheurs, vaut plus que mille autres ))^ Il se recommande
à leurs prières; certain d'être aimé encore par ses pères, il
leur offre ses services, en Orient ou ailleurs, et se recom-
mande à son « très vénérable père, l'évêque d'Amiens, son pré-
lat naturel », Jean de Cherchemont (1325-73). La lettre finit
par une fervente prière pour la paix et le bonheur de sa pre-
mière patrie: « que Dieu éloigne, dit-il, de mon premier
champ lacrimable, » c'est-à-dire de la France, « les ronces, les
épines, les sauterelles et tout malheur, par sa miséricorde^ ».
C'est peut-être le ton familier de la lettre, qui a fait croire à
coup d'affaires sur les bras. La lettre serait-elle antérieure au départ
de Pierre pour l'Occident? Je préférerais la date de i365-1366 (départ
de Philip})e pour Venise), comme justifiant beaucoup mieux le mécon-
tentement envers la chrétienté occidentale. Bibl. de l'Arsenal, ms. 499
f" 144.
1. Ihid.
2. Ihid.
3. Ihid.
- 29 -
Becquet, qu'il fut chanoine à Amiens, après son retour de
Jérusalem, hypothèse peu probable et que rien dans ses
ouvrages ne vient appuyer '.
Nourri des chroniques de Terre Sainte et des récits dou-
loureux, des pèlerins, l'enfant devint d'une ardente piété,
qui touchait au mysticisme. Il prit la Vierge pour patronne
et lui voua pendant toute sa vie une dévotion spéciale, qui
apparaît dans tous ses ouvrages : c'est son « espérance depuis
sa jeunesse »''^ ; il se nomme « son dévot continuel* » ; c'est
elle qui le défend devant le tribunal du Christ*. Il em-
ploiera plus tard des années entières pour obtenir la célé-
bration de cette nouvelle fête de la Vierge qu'il avait rapportée
de l'Orient.
En môme temps, commençait à se former dans l'esprit du
jeune homme une idée qui fut l'étoile de sa vie aventureuse.
Il avait lu dans les chroniques l'histoire des croisades,
l'enthousiasme premier des multitudes, le pape prêchant lui-
môme la croix à Plaisance et à Clermont, ces masses innom-
brables que conduisit en Orient un simple moine, son compa-
triote, Pierre l'IIermite. Sa communauté de patrie avec le
promoteur de la première croisade le fit pensera la possibilité
d'une nouvelle expédition, dont il serait, bien qu'indigne,
l'inspirateur. Il était, il le savait, un simple cadet de Picardie,
sans pouvoir et sans argent, mais c'était Dieu qui allait
combattre sous son nom : son prédécesseur, n'était guère de
plus grandes aptitudes, ni de noblesse plus haute ^
1. Je n'y verrais qu'une seule difficulté : Becquet est très ;)reVis, il
le fait rester à Amiens, dans cette qualité, pendant quatre ans. Cepen-
dant, revenu de rOrient, il eut des occupations beaucoup moins pieuses,
faisant le mercenaire au service d'Alphonse de ( astillc d'abord, puis
dans l'armée contre les Anglais, sous les ordres d'Audrehem. On ne
voit pas trop ce qui lui aurait fait quitter le service pour prendre l'habit
de chanoine. \'oir encore sur ses relations avec l'égliîse cathédrale
d'Amiens, le Salve sanclaparens, où il déclare y avoir été élevé (v. plus
haut). « U vos patres mei venerandi, in famulatu imperatricis Ambia-
nensium, in templo ejus miritico solempniter dedicati » (f" 24).
2. « Spes niea a juventute » (Conlemplalio, P 208 v").
3. « Devotus tuus a juventute sua sernper e.vtitit », dit Saint Jean à la
Vierge, dans le même ouvrage (f'^ 203). « liic devotus mi commissus a
sua juventute », s'exprime-t-elle ailleurs {ibid., 218 v').
4. Ibid.
5. « Sequendo desiderium militie Machabeorum, et ultime militiam
- 30 —
Des prophéties contemporaines \ de ces illusions enfantines,
si fécondes au moyen âge, firent une profonde impression sur
son âme superstitieuse et l'affermirent dans ses espérances.
La puissance des Infidèles n'était plus à craindre, malgré
leurs victoires. Si leurs armées étaient innombrables, leur
organisation solide et leurs possessions étendues, ils étaient
à la veille de périr. Dieu les avait condamnés, et ils le savaient
eux-mêmes. Les Francs, leurs parents, descendants de ce
Francio, frère de Turcus, qui prit part à la guerre de Troie,
devaient recueillir leur héritage -, on s'en était occupé au grand
conseil du Soudan, où les astrologues avaient révélé la catas-
trophe prochaine^. Peut-être même, croyait- il, leur mission
était-elle remplie, les chrétiens ayant été ramenés à Dieu par
le danger de l'invasion ^
L'ambition se mêlait aussi,' bien qu'il ne s'en rendît pas
compte, dans son enthousiasme, à ces projets pieux. C'était
une race très énergique que celle de ces Picards, dans le pays
desquels commença la guerre de Cent ans, et à toutes les
époques l'étranger les rencontra dans son chemin et leur résis-
tance fut désespérée devant l'envahisseur. Au xiv" siècle, avec
lesGascons et les Bretons, ce furent ceux qui fournirent le plus
grand nombre d'aventuriers. Dans ces familles nobles, assez
sanctam venerabilis Pétri heremite, compatriote sui,Ambianensis »
{Or. Irag., f" 129 v»)
1. Il parle, plus tard, dans le Songe du vieil Pèlerin, de ces pro-
phéties sur un roi franc, qui devait conquérir .Jérusalem; c'est à
Charles VI qu'il les applique (t. I, f" 3) : « Selonc l'escripture et d'au-
cunes visions et d'aucunes projjhesies, grant temps a, révélées », surtout
en ce qui concerne la croisade.
2. S. d. V. P., II, f° 190 V" : « pour ce que le souldain et son grant
conseil sont infourmés par leurs astrologiens, que la loy de Mahommet
briefment doit estre destruite, et si doubtent fort en ce cas de ta royale
Magesté ».
3. Il avait une conception semblable sur les guerres occidentales :
les Anglais devaient châtier, par mission divine, leurs ennemis, cor-
rompus par la paix. Cette mission remplie, la guerre n'avait plus de
raison, et ils devaient y renoncer, sous peine de s'attirer la colère de
Dieu. On retrouve la même idée dans un écrivain antérieur, Guillaume
Curti, auteur d'un mémoire adressé à Benoît XII. Jean de Hoque-
taillade aurait attribué la môme mission aux Anglais : « N'est-il pas
écrit par Virgile, que les Anglais ne sont qu'un fléau, dont dispose la
main de Dieu pour châtier le peuple français?» (Froissart, éd. Kervyn,
VI, 494). L'ouvrage a été publié par Ed*. Brown, dans l'app. à Or-
thuinus Gratius, Fasciculus rerum expetendarum et fugiendarian,
Londres, 1690, p. 496.
— 31 —
pauvres, qui habitaient les nombreux petits châteaux de la
province, les enfants n'attendaient guère longtemps pour partir.
Dans une famille, dit Mézières lui-même, il y avait des« cou-
sins » — tout le monde y était quelque peu parent — qui combat-
taient en Provence ou en Normandie, d'autres au service des
tyrans lombards, sans compter les plus aventureux, qui reve-
naient au pays après un voyage en Terre Sainte, assez fréquent
encore'. Aussitôt parvenus à l'âge d'homme, avant ce temps
môme, ils quittaient leur manoir pour chercher la fortune
et, comme ils étaient braves pour la plupart et très habiles,
ils la trouvaient souvent, très loin de leur patrie , en
Italie ou dans les pays presque fabuleux de l'Orient. Phi-
lippe avait les qualités de sa province et de sa ville, de ces
habitants d'Amiens, dit-il, « curieux de leur nature et disposés,
d'après l'interprétation de leur nom, à briguer les honneurs ^ »
(ambire honores).
Du reste, jamais temps ne fut plus favorable aux aventures
que ce commencement du quatorzième siècle, qui est peut-
être le bon temps de la chevalerie. Les distinctions nationales
ne s'étaient pas encore établies d'une manière précise: ce
qu'on cherchait en combattant, ce n'était pas la défense de
son pays, mais bien la gloire d'abord, puis ensuite ce qu'on
appelait « faire fortune ». Cette fortune, on la cherchait par-
tout, au prix de beaucoup de fatigues : on la trouvait plus
souvent et avec plus de facilité dans les pays éloignés, où la
guerre était presque continuelle entre les chrétiens de l'Orient
et les Infidèles. Des Allemands, dos Français, des Italiens
allaient combattre pour la croix d'abord, puis, quelque peu
aussi, pour leur propre profit; beaucoup se fixaient dans les
îles qui y représentaient encore la chrétienté, Chypre et
Rhodes. Chaque année, de nouvelles troupes y arrivaient, et
le bruit des richesses amassées, des grands exploits accom-
1. « Toutefois il est comme impossible que cotte cognoissance de la
dicte guerre emprinse puisse parvenir à tous ceulx (pii s'appellent
cousins, car Tun sera en France et l'autre en Noruiendie, l'autre en
Provence et l'autre en Lombardie » ^S. d. v. P., 11, f" 186-6 v". Puis,
plus loin : « Et que pis est, un vaillant preudomme chevalier vendra
d'oultre mer n(ilnd.). 11 est question des guerres civiles en Picardie.
2. « Ambianenses namquc a natura curiosi et, secundum interpre-
tacionem nominis, ambire honores » {Salve S. Paren.s, i" 20 v").
— 32 —
plis dans la guerre avec les Sarrasins ou les Turcs de la côte,
attirait de l'Occident, où les grandes guerres n'avaient pas
encore commencé, de nouvelles recrues.
Philippe en avait entendu, lui aussi, de ces histoires sur
rOrient, où tant de ses compatriotes devinrent riches et puis-
sants. Il se décida à partir pour ce pays des merveilles, où
de grandes choses pouvaient être encore accomplies. Son cœur
saignait au récit des souffrances des chrétiens orientaux, il
se révoltait à l'idée que des Infidèles profanaient par leur pré-
sence les lieux qu'avaient sanctifiés la vie et les souffrances
du Christ'. Ils devaient en être chassés, à tout prix, et le
royaume de Jérusalem rétabli, plus puissant et plus grand que
jadis. Quant aux moyens, ils lui paraissaient assez simples:
toute guerre devait cesser entre les chrétiens, une réforme
générale des mœurs précéderait le passage; toute la chré-
tienté occidentale, si riche et si forte, aurait bien raison de
quelques armées d'Infidèles^. Une nouvelle expédition allait
finir, quand Philippe quitta son pays d'origine: il sortit du
château de Mézières en 1347, à peine âgé de vingt ans. Il
ne devait pas y revenir bientôt.
1 « Quadam devotione singulari et injuria crucifixi Jherusalem,
terra sancta ab Agarenis facta et in quarto gradu ibidem régnante »,
dit-il en parlant de ce qu'il vit à Jérusalem {Or. Ira g-, f" 1^9 v).
2. « Desiderabat etenim idem, juvenis ille tune et nunc veferanus, ut
videlicet predicatione sua militari et aliorum inediante, principes
cathulici et populi cliristiani ad pacem et dilectionem inter se reiio-
varentur et ad sanctum belluin Dei devocius animarentur, et finaliter
terra sancta per virtutem sancte crucis de manibiis Agarenoruin féli-
citer eriperetur » (Or. trag., l. c). On ne s'imagine pas la facilité
avec laquelle on })artait à cette époque, pour guerroyer dans lespai/s
(le croisade, l'Urient et la Prusse. Sur le grand nombre de ceux qui
se trouvaient en Prusse vers la fin du xiv'' siècle, voir Chronique du
bon duc Loya de Bourbon, éd. Chazaud (Soc. de l'hist. de France),
pp. 6;)-6; et les comptes des deux expéditions du comte de Derby, plus
tard Henri IV d'Ar.gleterre, en Prusse, dans les années 1390-91 et i;{92,
publiés par M'i« Smiih (Camden society, 189i) et par M. Prutz (Publi-
cation des Vereins fiir die Geschichte der Provinzen Ost-und West-
preussen, 189:}).
CHAPITRE III.
LA CROISADE AU XIV* SIECLE. — EXPEDITION D HUMBERT II.
Bien que les grandes expéditions eussent cessé, jamais
l'idée de la croisade ne fut plus agitée, ni les tentatives pour
mettre sur pied une nouvelle armée chrétienne, plus nom-
breuses qu'au commencement du quatorzième siècle. La chré-
tienté jouit pendant de longues années d'une paix presque
complète et sa prospérité ne fit que s'accroître, tandis que de
grands changements, désastreux pour la puissance des Infi-
dèles, se produisirent en Orient. Les Mongols, plutôt favorables
à une alliance avec les chrétiens, avaient soumis la Perse :
l'empire d'Iconium, si florissant jadis, était en pleine déca-
dence, quand ces nouveaux conquérants le traversèrent,
dans leur vigoureuse expansion. Il se démembra bientôt, et
tous ces petits émirs qui se partageront son héritage, auront
bien de la peine pour résister à une armée chrétienne, assez
faible cependant, celle de Pierre I" de Chypre. Le centre de
l'Asie Mineure formait néanmoins un État compact, capable de
se défendre et de vaincre, celui de Kermian; tel aussi, au Sud,
celui qu'on appelait communément en Occident, le pays du
Grand-Caraman. L'Egypte était encore dans la plénitude de sa
force : Acre, dernière possession des chrétiens en Syrie, finit
sans doute par succomber devant les armées des Sarrasins, et
l'Arménie ne tarda pas à subir le môme sort. Mais la flotte du
Soudan était notablement inférieure, ses soldats, ramassis des
peuples les plus différents, étrangers au pays et sans attaches
durables, étaient prêts à servir les intérêts du premier émir
populaire qui leur proposerait une révolte. Pendant tout le
quatorzième siècle, l'Egypte ofi'ritle spectacle de révolutiohs
incessantes, destinées à produire des gouvernements tout
aussi éphémères que ceux qu'elles viennent de faire tomber.
N. JoRGA. Pfiilippe de Mézières. 3
- 34
La plupart des soudans périrent en prison ou sous le couteau
des assassins *.
En présence d'une telle situation, la chrétienté pouvait son-
ger à reprendre la guerre séculaire qu'avait interrompue le
désastre de Tunis. Dès l'année 1293, Jacques II d'Aragon
conçut le projet de recommencer la croisade : il envoya
Pierre Desportes pour obtenir le secours des Mongols de Perse
et demander l'alliance des rois de Chypre et de la petite Ar-
ménie^. Ces projets n'eurent pas de suite. — Vers le même
temps, la croisade recommençait en Chypre : les chevaliersde
Henri II attaquèrent, avec quinze galères, Candelore, qu'ils ne
purent pas prendre, et Alexandrie^; le pape, effrayé par la
chute,d'Acre, avait envoyé pour la défense de l'île dix galères,
armées à Anc(3ne, et dix autres, qui partirent de Gènes \ Le
Soudan Malik-al Aschraf s'en émut: il fut question de soumettre
ces nouveaux ennemis si acharnés à le combattre ; des révo-
lutions intérieures empêchèrent l'invasion sarrasine ^ Bientôt
une alliance contre le soudan réunit les Mongols, l'Arménie,
la Géorgie, Chypre et les deux ordres de chevalerie établis
en Orient; Ghazan, Khan des Tatars, demanda quelques
années plus tard, en 1299, le concours des chrétiens de
l'Orient (21 octobre) ^ Si l'ile n'envoya que trop tard son
contingent à l'armée de Syrie, à cause des mésintelligences
qui régnaient entre les chefs des chrétiens, le roi des Géor-
giens et trois mille Arméniens sous leur ancien roi Héthoum,
devenu le frère mineur Jean, prirent part à la bataille de
Hèms, qui décida de la campagne : les Tatars furent com-
plètement vainqueurs et le soudan s'enfuit vers Damas, avec
les débris de son armée ^ Bientôt deux galères et deux
« tarides » chypriotes partirent pour Batroun et atta-
1. Vingt soudans régnèrent pendant un siècle.
2. Cf. une seconde ambassade au pays des Mongols, en mai 1300, Cap-
many, Mem. hisl. sobre Barcelona. Madrid, 1792, IV, 28 et suivantes.
(\ég. avec le Soudan en 1292, p. 18). Sur les gestes des Catalans en
Orient, R. Muntaner, chap. 199 et suiv. (Valbonnais), Hisl. du Dau-
phiné, II, 151-52.
3. Gestes des Chyprois, éd. de la Société de l'Orient latin (G. Ray-
naud). p. 261.
4. Ibid., pp. 261-3; Amadi,éd. René de Mas Latrie, Coll. des Doc. iné-
dits, 189), 229; Bustron, édit. du même, même collection, 1886, 128-9.
5. Bustron, pp. 129-30; Amadi, 235; Gestes des Chyprois, 298-9.
6. Voyez la note précédente.
- 35 —
quèrent même, sans succès, le Port-Pèlerin, que venaient de
perdre les chrétiens \ Enfin, le gros de l'expédition, com-
posé de seize galères et cinq « saïties », qu'accompagnaient
aussi, dit la chronique, « aucuns pamfiles »*, partit de Fama-
gouste le 20 juin 1300. Raymond Visconti commandait
les troupes^. Ils rencontrèrent près de Rosette cinq galères
sarrasines qui se retirèrent dans larivière'. Lacôtefut dévas-
tée et brûlée : la flotte se présenta même encore une fois
devant Alexandrie qu'elle trouva préparée à la résistance'.
Acre fut attaquée, puis Maraclée, mais les Hospitaliers durent
se retirer eu désordre devant la garnison sarrasine^ Ils abor-
dèrent à Tortose aussi, avec quelque succès. Enfin, une nou-
velle ambassade du Grand Khan annonça la reprise des
hostilités pour l'hiver ; Amaury de Lusignan, frère du roi
et connétable de Chypre, alla l'attendre à Tortose, avec six
cents chevaliers. Son allié ne vint pas au terme fixé : le
froid dans les montagnes et les maladies le retinrent pendant
longtemps. Son général Koutlouk-Schah, arriva seul avec
40,000 hommes, beaucoup plus tard : les environs d'Alep
furent dévastés pendant cette campagne^. Quelques années
après ces victoires passagères, l'Arménie était ruinée par
les Sarrasins, qui brûlèrent Sis, sa capitale, pendant qu'une
flotte, partie de Tunis, chassait les Hospitaliers de l'île de
Ruad(1302)\
1. Amadi. pp. 255-6; Bustron, 130-31.
2. Gestes (les Chi/prois. p. 303. Amadi les appelle « pamfletti »
(p. 236), cf. Bustron. pp. 130-31.
3. « l^aimon Visconte » (Gesles. p. 303). L'n personnage do même
nom, Jean le Vicomte, fut tué par ordre du roi Pierre en 1368; « Ber-
mondo Visconte » (Amadi, p. 236). Cf. Bustron, 130-31.
4. « Contra el tiume », Amadi, p. 236; « ccntremont le flum »,
Gesles, p. 303.
5. Ihid. V. encore sur ces événements, Sanudo, Secr. fld. crucis, dans
Bongars, Gesta Dei par Francos, II, 242, Ilist. arm. des croisades,
1546, Rohricht, dans les Forsch. zur deutsch. Gesch. XX, 116, et les
Arch. Or. Int., I, 647-8.
6. Gestes des Chi/prois. p. 304; Amadi, 237; Bustron. 132.
7. « De Calepo iino a la Camélia» (Héms), .\madi, 238-9; Bustron.
132-3; Gestes des Chi/prois, 305-6.
8. Gestes, pp. 308-9; Amadi, 239-41: Bustron, 13.3-4. Le pape défen-
dait, le 3 avril 1304, le commerce des Vénitiens avec les pays musul-
mans {Mon. storic. publ. dalla /?. Dep. Veneta di st. pat., première
série : DociimeuttW , Diplomatariuni Veneto- Levant i num. . . a. 1300-
1350, Venise, 1880, pp. 19-20). Il confirme les décisions du concile de
Lyon contre les «mauvais chrétiens». (Diplomat.. 20-21). Pour la croi-
— 3G -
En même temps l'Occident s'agitait aussi. En 1306,
Charles de Valois se disposait à partir pour l'Orient au mois
de mars de l'année suivante, par Brindisi. Venise lui offrait,
pour son compte à lui, des vaisseaux de transport : une flotte
devait croiser dans les mers orientales *. Des mésintelligences
avec les Catalans empêchèrent l'expédition de ce prince,
qu'on croyait appelé à restaurer l'empire latin de Constan-
tinople^ L'agitation recommença en 1309 : on préparait déjà
des vaisseaux dans les ports de la Méditerranée, le pape
invitait le roi de France à prendre la croix comme ses ancê-
tres. Le concile de Vienne, qui devait se réunir bientôt, allait
proclamer cette nouvelle croisade. De nouveaux mémoires
apparurent : le roi de Chypre en envoya un, très pratique et
très détaillé ^ Il fut présenté au concile par Jacques de Ca-
siatis, chanoine d'Ancône, et Simon de Carmadino (1311-12)*.
L'expédition ne partit pas encore.
Les troubles intérieurs empêchèrent la croisade en 1316,
quand on croyait qu'elle allait commencer enfin: Louis, fils du
comte de Clermont, et Jean de Charolais, son frère, se dis-
posaient à partir déjà avec l'avant-garde des croisés, quand
éclata la révolte des Pastoureaux. Charles de Valois avait
pris la croix lui-même depuis trois ans, à cette époque; de-
venu roi (1322), il continua ses efforts: il était question
d'une flotte sous le vicomte de Narbonne, d'une armée de
terre sous le commandement du même Louis, plus tard duc
de Bourbon. On ajourna sans cesse le départ. La cession de
Jérusalem aux Francs, qu'on croyait possible en 1327, n'était
qu'une illusion''.
sade à cette époque, voy. encore Kohler et Langlois, Lettres inédites
concernant les croisades (dans Bibl. Ec. des Ch., LU, 1891, p. 46).
1. Delaville le Roulx, p. 45. Diplom., pp. 48-55. Heyd, Le colonie,
tr. G. Mùller, I, 3i4-5. II. Moranvillé, Les projets de Charles de Valois,
dans la Bihl. éc. ch., \890 (LI), pp. 63-86. Le départ fut sans cesse ajourné
(Delaville le Roulx, 75-6 ; 76-8). V. sur une expédition, que projetaient les
Hospitaliers à la même époque, ibid., II, pp. 3 et suiv. Foulquesde Villaret
s'excuse (27 janvier 1311) envers le roi de France de ne pas lui avoir
annoncé des intentions qu'il devait connaître par le pape et par des
lettres qu'on avait envoyées à Guillaume de Plaisians. On armait par-
tout à grands frais des galères, on achetait des chevaux et des provisions.
2. Gestes des Chyprois, p. 305.
3. Delaville le Roulx, I, pp. 58-9.
4. Mas-Latrie, Hist. de Chypre, II, 118-25; Heyd, l. c, 345, note 2.
5. Delaville le Roulx, I, pp. 79-85. Lot, Essai d'intervention de Charles
— 37 -
La tentative suivante fut la plus sérieuse ; Philippe de Va-
lois était tout à fait disposé à entreprendre cette expédition
tant de fois interrompue. Jean XXII, l'âme de ces derniers
efforts, lui accorda des privilèges en 1330 et 1331 \ On
demanda le concours de Venise, qui offrit des vaisseaux
de transport pour une nombreuse armée et des mariniers
pendant six mois à la solde de la République. En 1332, le roi
prit la croix, et des commissaires furent nommés pour pré-
parer le départ. Philippe avait à sa disposition la dîme
ecclésiastique pour six ans, les annates, le rachat des vœux
faits pour la croisade, les dons accordés aux églises sous
certaines conditions, les amendes, indulgences et confis-
cations". Le médecin de la reine-douairière, Jeanne, Guj
de Vigevano, le célèbre Brocard lui adressèrent des mé-
moires : il devait partir par mer, pour ne pas laisser deviner
son but, prendre les devants avec ses hauts barons et le
clergé, se réunir à Naples avec Robert d'Anjou et attaquer
les Sarrasins, après avoir reçu les troupes parties après
lui \ On traitait d'une ligue à faire avec les Vénitiens
en 1333, l'année même oi^i Philippe fut nommé général de
la croisade*. L'empereur byzantin y adhéra: on demanda
de Venise le consentement du roi de Chypre (18 no-
vembre 1333), en l'invitant à envoyer à cette fin des ambas-
sadeurs à Rhodes ou à Négrepont^ Puis, pour fortifier en-
core la position des chrétiens, la Sainte Union fut formée
le Bel en faveur des chrrtiens d'Orient, tenté avec le concours du pape
Jean XXII, dans la Dibl. de. ch., XXXVI, pp. 588-600.
1. Delaville le Roulx, I, pp. 86-102. Lot, Projets de croisade sous
Charles le Bel et sous Philippe de Valois, Bibl. éc. ch., 4» série, 1859
(XXV), pp. 50-1-9. Boislislc, Projet de croisade du premier duc de Bour-
bon. Ann.-Bull. de la Soc. de l'histoire de Fr., IX. 230-6, 2'i6-55.
2. Delaville le Roulx, I, pp. 87-88. Les Vénitiens lui envoyèrent à
cette occasion (le 11 mai) des ambassadeurs, qui exposèrent, entre
autres : « Quod dictum passagium fiât cum tanta provisione tantoque
exfortio et quantitate militum et peditum armatorum et bellatorum,
ac sic furnitoram expensis et aliis oportunis, quod possit viriliter et
audacter impugnari et resisti fortie et potentic inimicorum tidei chris-
tiane, et quod id quod recuperaretur, defendi et manuteneri par
futura tempora valeat. » (Dijuamatarium. p. 220.)
3. Mas-Latrie, Ilist. de Chiipre. III, pp. 725-6. La pièce a été publiée
depuis par Delaville le Roulx, II, pp. 7 et suiv.
4. Delaville le Roulx, o. c, I, p. 99.
5. Mas-Latrie, Nouvelles prcxives de l'histoire de Chypre, Bibl. de
l'éc. ch., XXXIV, p. 65, note.
— 38 —
k Avignon, le 8 mars 1334. Philippe y avait envoyé Hugues
Quiéret et maître Guy Baudet, doyen de Paris ; des am-
bassadeurs rhodiens, chypriotes et vénitiens assistaient aux
délibérations, que présidait le pape\ Quarante-six galères
devaient se réunir à Négrepont au mois de mai suivant
et combattre pendant cinq mois contre les Turcs : Rhodes
en donnerait dix, Venise le même chiffre; Chypre et l'em-
pereur byzantin figuraient avec six galères seulement ; le
reste aurait été fourni par le pape et le roi de France,
L'année suivante, la ligue devait déployer des forces plus
imposantes : 800 hommes d'armes, 32 galères et 32 vaisseaux;
le roi de Sicile, et peut-être aussi les Génois et les Pisans,
participeraient à l'expédition'. L'époque avancée de l'année
empêcha tout mouvement de. troupes sérieux pour le premier
terme. La mort de Jean XXII (4 décembre 1334) fut un grand
coup porté aux préparatifs. Cependant, malgré l'inac-
tivité de la ligue, l'idée de la croisade était encore très
vivace. Il fut question de partir en 1335: on arma des vais-
seaux pour l'avant-garde, Philippe fut confirmé dans sa fonc-
tion de chef des croisés par Benoît XII. Les rois de France,
de Bohême et de Navarre s'étaient réunis à Villeneuve-lès-
Avignon, la flotte de Venise et les Hospitaliers attendaient
en Crète, lorsque survint la guerre avec l'Angleterre ^ : l'ère
des croisades était entravée pour longtemps en Occident.
1. Commem., III, n° 321 (le résumé dans le second vol. de la publi-
cation du même nom [R. Predeili], / libri commemoriali délia Hepub-
blica di Venezia, rerjesli, ^'e^ise, 1876-83. 8", p. 54).
2. Le pape et le roi devaient fournir quatre cents lances et seize
vaisseaux, Rhodes six galères et huit vaisseaux de transport, deux
cents lances, Chypre six galères, quatre vaisseaux etmille lances (sîc),
le roi Robert de Sicile probablement quaire galères et quatre vaisseaux,
^'enise dix galères, l'empereur grec six et les Génois et les Pisans
d'autres contingents peut-être. Le pape ne s'engaj^e pas à remplacer
les vaisseaux qui ne seraient pas prêts à temps, ni à payer ses gens
d'armes plus de douze florins par mois ; il ne se considère comme
engagé qu'autant que la ligue contiendra la France, Venise et Rhodes.
V. plus haut note 1. C'est dans une réponse donnée à l'ambassadeur
de Venise à Avignon par le cardinal de St-Etienne sur le Caelius que
se trouvent ces renseignements précieux. Romanin (Sioria docum. di
Venezia, III, p. 113) parle de 40 vaisseaux seulement pour l'année 1334.
Chypre est taxée en 1335 pour 100 gens d'armes, ce qui est évidem-
ment le vrai chiffre (ibid., 114).
3. Delaville le Roulx, o. c, I, pp. 100-102. 11 y eut cependant des
combats sur mer entre les chrétiens, sous Jean de Cepoy, et les Turcs,
en 1334 (v. sources et récit ap. Ileyd, o. c, I, 376 et suiv.).
— 39 —
Néanmoins la ligue ne s'était pas dissoute, bien qu'elle ne
tentât plus rien pendant de longues années. Au mois de sep-
tembre 1338, André de Molino, bailli des Vénitiens en Chypre,
accuse réception d'une somme, qui lui a été envoyée par la
République, pro dobilo Sarace7iorum\ L'année précédente,
Hugues IV s'était signalé par une grande victoire sur les
Turcs et leurs alliés, « les ennemis de la foi catholique, les
chrétiens abâtardis » ^ victoire qu'on ne connaît guère que
par la lettre de félicitation du pape. Benoît XII parle de ses
grandes pertes, qui ne doivent pas lui causer de décourage-
ment, mais, bien au contraire, le rendre plus fort et plus
vigoureux, dans la poursuite de ses projets.
La position du vainqueur était cependant assez difficile :
pressé par les Turcs, Hugues demanda en 1341 le secours
des Hospitaliers. On lui promit d'entretenir le pape de ce
sujet, et le roi lui-même envoya Lambert, évèque de Li-
raassol, pour demander du secours contre les embûches de
ses ennemis, qui, dit-il, menaçaient de ruine la chrétienté
orientale. Dans son chemin, il devait demander l'intervention
des Vénitiens ^
Le pape fit tous ses efforts pour amener une entente entre
les deux puissances chrétiennes de l'Orient : une ligue fut
formée entre le roi de Chypre et les Hospitaliers, par l'in-
termédiaire de Henri, patriarche de Constantinople. Le même
fut envoyé à Venise avec des lettres pontificales, demandant
l'assentiment de la République, qui souffrait aussi dans ses
intérêts à cause des pirateries des Turcs. Guillaume Curti,
cardinal-prètre des quatre Couronnés, fut nommé légat apos-
tolique à Venise : il devait gagner à l'idée de la croisade une
quatrième puissance, Robert, roi de Naples*.
1. Commem., IH, n^ 421; t. II, 73. L'explication: per pagare il
Irihnlo al soldano? n'est pas, semble-t-il, fondée.
2. Les chroniques chypriotes (Amadi, Bustron) ne contiennent pas
de renseignemenis sur les guerres d'Hugues IV. Les rjestes s'arrêtent
au commencement du siècle. Mâcheras commence sa chronique avec le
règne de Pierre I<■^ ainsi que son traducteur, Strambaldi. Sur la lettre
du pape, voy. lîinaldi,.l?jnc//('srrc/e.s/ff.>î//r/. XXV.p. l'uS, ann. I;{:î8,5i72.
3. Commem.. 111, n» 563; t. 11, p. 'Ji); cf. .Mas-Latrie, Ilist. Chtjp..
II, p. 180. Il est question de Lambert Haldoino della Cecca, évèuuè de
Limassol, | 1348, (Delaville le Roulx, I, p. 104).
4. Commem., IV, n" 18; t. II, p. 117.
— 40 —
La politique des Vénitiens est alors la même que pendant
leur histoire entière: tout en gardant de bons rapports avec les
Infidèles, ils verraient cependant avec plaisir la destruction
d'une puissance dont ils espéraient hériter. Ils offrent leur
concours au pape, après la mission deCurti', tout en envoyant
leur grand chancelier au Caire, pour y traiter avec le Soudan \
Le 8 août 1343, Clément VI leur annonce la formation d'une
nouvelle ligue entre les Hospitaliers, Chj'pre et lui-même: les
Vénitiens devaient contribuer avec cinq ou six* galères à la
flotte de 20 gros vaisseaux, qui devait se réunir à Négrepont,
à la Toussaint. Les habitants de Négrepont devront fournir
leur contingent spécial \ ainsi que les seigneurs de Milo et
de Paros". Il avait demandé vainement, parait-il, le concours
du roi de France". L'empereur byzantin se rallia à l'expédi-
tion plus tard ' : les Génois, les Pisans et le roi d'Aragon louè-
rent quelques vaisseaux au pape^ La ligue, qui devait durer
trois ans, avait pour but de chasser les Turcs de la Grèce et de
défendre ^Arménie^
Aussitôt Clément VI prit les mesures propres à assurer le
succès de l'expédition. 11 déclare dévolue à la croisade la
dîme de tous les revenus ecclésiastiques, en France, en
Espagne, en Angleterre et ailleurs, sauf sur les possessions
des Hospitaliers. Il détermine la manière dont on devra la
percevoir et l'administrer, menaçant des censures ecclésias-
tiques, du séquestre des revenus, du bras séculier enfin, ceux
qui voudraient s'y opposer. Ceux qui emploieront d'une autre
1. V. la réponse de Clément VI (8 août 1343), Commem., IV, n° 53;
t. II, p. 124. 1000 ducats furent accordés par Venise au Dauphin le
10 nov. 1346 (Sanudo, Muratori, XXII, c. 777 d-e).
2. Nicolas Zeno (Chron. vénitienne depuis Attila, Bibl. nationale,
Italien, 16, f" llOV Cf. Romanin, 111, 148.
3. Eu égard aux avantages de l'entreprise. Commem., IV, n° 53.
4. Ihid.
5. Les héritiers de Niccolô Sanudo (Bosio, DelVistoria délia sacra reli-
gione di S. Giovanni Gerosolimitano, Rome, 1594, 11, 39).
6. « Delli quali (Venise, Rhodes, Byzance, Chypre et le roi de France)
faceva maggior stima, che de gli altri, per le loro maritime forze »
(Caroldo, ms. Bibl. nat., f^^ 123-3 v"). Cf. sur les motifs des efforts de
Clément VI, Heyd, o. c, I, 383.
7. Caroldo, /. c.
8. Mas-Latrie, L'île de Chypre, Paris, 1879, p. 253, note 2.
9. Rinaldi, XXV, ann. 1344, § 2; Bosio, 11, 39. Les Turcs infestaient
surtout la Remanie et Négrepont (Comm., IV, n° 66; t. II, p. 127).
— 41 —
manière l'argent recueilli, seront excommuniés'. Il ordonne
aux prélats do prêcher la croix dans les églises et de la dis-
tribuer à ceux qui voudront la prendre : il accorde aux
croisés et à ceux qui aideront l'expédition les privilèges des
pèlerins en Terre Sainte ^ Le général des Mineurs fut invité
à la faire prêcher par les frères mendiants''. Il écrivit à
Hugues, pour lui demander son contingent, en lui montrant
le danger qui le menaçait du côté de l'Orient \ Des demandes
de secours furent adressées à Jeanne, reine de Naples, à
Robert, prince d'Achaïe, plus tard empereur de Constan-
tinople, à Sanudo, duc de l'Archipel, qui envoya une tri-
rème, aux Génois, aux Pisans, aux Florentins et aux Siénois,
aux Ancônitains et aux habitants de Pérouse, à Jean Vis-
conti, archevêque de Milan, et à Lucchino, son parent, aux
délia Scala, Albert et Mastino, à Thaddée Pepoli, préfet du
fisc pontifical à Bologne et aux habitants de Pera". La paix fut
négociée, par son intermédiaire, entre Gautier, duc d'Athènes,
et les Catalans®. On écrivit aux prélats de France, d'Angleterre,
d'Allemagne, de Bohême, de Livonie, de Pologne, de Nor-
vège etc., pour leur donner des instructions relatives à la
croisade^.
Les armements se firent séparément. Les quatre galères
du pape partirent de Gènes sous le commandement de Martin
Zaccaria, leur propriétaire ^ avec Henri, patriarche de Cons-
tantinople, chef de l'expédition au nom de Clément YV ;
1. Bulle au patriarche de Grado et à ses suffragants (déc. 1343).
Comm., IV, n« 100; t. II, p. 134.
2. Bulle au même (20 sept. 1343). Comm., IV, n" 66; t. II, p. 127.
3. Wadding, Annales Minorum, VII, p. 322.
4. « Prudenter considerans quantum tibi et subditis tuis, si dic-
torum paganorum feritas ulterius invalescat, possit periculum immi-
nere. » Rinaldi, XXV, p. 311. 11 devait envoyer ses vaisseaux directe-
ment à Négrepont (ibid.).
5. Rinaldi, XXV, p. 311.
6. Ibid.
7. Ibid., pp. 308-9.
8. Bosio, p. 42.
9. 11 était encore à Venise, quand il fut déclaré citoyen de la répu-
blique, le 1" août 1343 (Comm., IV, n" 52 ; t. II, p. 124). Je croirais
plutôt qu'il partit de Venise; c'est Caroldo qui l'affirme (f" 123 v"). Cf.
Vila Caroli Zeni, Muratori, XIX, 209 n. Benoît Zaccaria présenta au
concile de Vienne un mémoire, qui n'est pas cependant relatif à la
croisade, Delaville le Roulx, I, 60, note i.
— 42 —
Venise envo3a, à Rhodes peut-être ', cinq galères que con-
duisait un homme de grande autorité, Pierre Zeno, le capitaine
de la croisade. Les galères catalanes et les cinq* vaisseaux
de Gênes s'y rendirent probablement aussi. Rhodes donna six
galères sous le frère Jean de Biandrà et Hugues de Chypre
quatre autres, sous le commandement d'Edouard, sire de
Beaujeu ^
Cela faisait une flotte assez importante, une trentaine de
galères bien armées et commandées par un capitaine expé-
rimenté. Elle partit de Négrepont au printemps de l'année
1344 : la mer fut débarrassée des pirates turcs qui infestaient
les côtes de la Grèce et les îles * ; les principautés d'Aïdin et
de Sarou-khan, leur repaire, furent attaquées ensuite '\ Leur
flotte fut brûlée enfin dans le port de Smyrne et, profitant de
l'absence de l'émir d'Aïdin, Umurbeg®, les chrétiens se
saisirent de la forteresse : la ville fut prise ensuite et les
habitants massacrés sans distinction ', le jour de la fête des
saints Simon et Jude (28 octobre)*. Cette grande cité, cédée
jadis par Michel Paléologue aux Génois, perdue par ces derniers
vers 1300*, revenait aux chrétiens, qui auraient pu l'employer
comme un excellent point de débarquement pour une nouvelle
expédition. La joie fut universelle en Occident: cette con-
1. Point de ralliement? Il le fut en 1365. Les vaisseaux du pape y
auraient abordé (Bosio, l. c, p. 42).
2. Delaville le Roulx, I, p. 104.
3. Hinaldi, XXV, année 1344, passim. Après la prise de Smyrne, Clé-
ment VI félicita sur sa bravoure sa femme, Marie (ibid.,'^ 3). Bosio et,
d'après lui, M. Delaville le Roulx (p. 104) font de Conrad Piccamiglio,
le commandant des galères chypriotes ; Serra (Storia di Genova e délia
Liguria, II, p. 298), celui des Génoiso. V. Vila Car. Zeni, l. c. Des
Siciliens, des Français, des Chypriotes prirent part à l'expédition.
4. Bosio. /. c.
5. Mas-Latrie, L'île de Chijpre, p. 252.
6. Morhassan est dans G. Villani le nom de l'émir (1. XII, ch. 39,
éd. Dragomanni, IV, 68). Jean Cantacuzène le nomme Amour, ce
qui est une mauvaise manière d'écrire le nom de sa dignité (1. III,
ch. 68). Mézières donne ce nom à un des trois grands émirs qui
régnaient pendant sa jeunesse (Epi/re consolnloire. PYoîssart, éd.
Kervyn, XVI, p. 510). — Sur la prise de Smyrne, v. Hammer, Ifist. de
Vempire ottoman, trad. Romanin (Venise, 1828). II, 279-81, et Baluze,
Vilae pap. Aven., I, 269; Rinaldi, ad ann.
7. Caroldo, f"« 123-3 v. Des vaisseaux byzantins se trouvaient dans
la flotte chrétienne le 28 octobre (ibid.).
8. Rinaldi, t. XXV, année 1344.
9. Ileyd, I, 318.
- 43 —
quête heureuse pouvait être le commencement d'une nouvelle
guerre sainte, telle que les siècles précédents en avaient vu. Le
pape ordonna des processions, il félicita le doge et lui demanda
de persévérer dans cette voie'. Il félicita aussi sans doute les
autres promoteurs de la croisade, et jusqu'à Humbert II
de Viennois \ dont le rôle ne semble pas avoir été bien
grand dans cette expédition. Edouard III fut invité à inter-
rompre ses guerres avec la France pour faciliter la for-
mation d'une nouvelle armée '. Plusieurs seigneurs, en quête
d'aventures, paraissaient disposés à partir pour Smyrne' :
on put se croire, un moment, au temps des grandes croisades
européennes.
On s'occupait, en même temps, de conserver cette conquête
si facilement acquise. Le Grand-Maitre y envoya aussitôt des
machines, des munitions et des vivres pour pouvoir se main-
tenir dans le château' : on s'attendait à un retour offensif
d'Umurbeg. Quelque temps après la prise de Smyrne, l'émir
arriva en effet devant la ville avec une grande armée et
l'assiégea. Une sortie des chrétiens la mit en déroute: on
pillait déjà et le légat rendait grâces à Dieu dans l'église voi-
sine de Saint-Jean-Baptiste pour cette nouvelle victoire,
lorsque les Turcs revinrent. Le légat lui-même, Zaccaria,
Zeno et vingt autres parmi les chefs furent tués ; on put con-
server cependant la ville, confiée ensuite à la garde des
Hospitaliers", qui revenaient de la sorte dans cette Syrie dont
ils avaient été chassés en 1302.
Le pape envoya un nouveau légat, l'évêque de Bologne ; Ber-
trand de Baux devait remplacer le capitaine pontifical tué,
Martin Zaccaria. Jusqu'alors ces offices avaient été remplis par
l'archevêque de Candie et Conrad Piccamiglio ; Jean de
Biandràeutle commandement sur les galères'. Puis, ému par
cette défaite des chrétiens, qui rendait leur position si
*•
1. Comm., IV, n» 174; II, p. 149.
2. Rinaldi, /. c.
3. Ihid.
4. BosiO, 0. c, p. 43. ^ ,■ rr ■ i
5. Ihid. V. encore sur la bataille qui suivit, Vita Caroli Zeni, l. c,
209 E-210 D. . .„ „ „„
6. Bosio, II. 42; G.Villani,!. XII, ch. 39, éd. Dragomanni, IV, 68-/0.
Le combat eut lieu en janvier 1345.
7. Bosio, II, 43.
— 44 -
dangereuse devant un ennemi nombreux et infatigable. Clé-
ment VI renouvela ses efforts auprès des princes et des com-
munes chrétiennes. Il écrivit aux Pisans et aux Florentins, aux
habitants de Pérouse et de Bologne: il n'obtint rien par ses
prières'.
Il n'y avait donc personne pour reprendre en Orient le rôle de
cette ligue si difficilement formée, qui s'était dissoute devant
la première défaite. La guerre entre la France et l'Angle-
terre occupait l'Occident ; les communes italiennes étaient
trop absorbées par leurs intérêts pour les sacrifier à des
expéditions, dont l'inutilité devenait de plus en plus évidente;
les Vénitiens n'avaient jamais interrompu ce commerce avec
les Infidèles, qui était une des grandes sources de leur ri-
chesse. A la veille de la croisade, ils avaient demandé au
pape des privilèges pour trafiquer avec le Soudan^ ; trois
grandes galères étaient parties aussitôt pour Alexandrie,
portant le nouveau consul, Pierre Giustiniani^ On leur avait
accordé quatre galères d'abord, le nombre en fut accru
jusqu'à sept, à cause des dangers*. Bientôt une autre guerre
commença entre Venise et le roi de Hongrie, et il ne fut plus
possible d'attendre aucun secours de ce côté. Ce fut en vain
que Clément VI ordonna des prières pour le rétablissement de
la concorde entre les princes chrétiens ''\ la guerre devint de
plus en plus favorable aux Vénitiens qui recommençaient la
conquête de la Dalmatie. Le 12 décembre 1345, le pape, eu
égard à l'utilité de la ligue, la prorogea pour deux ans : per-
sonne ne partit cependant pour l'Orient®.
Pendant ce temps la position de Smyrne devenait de plus
1. Delaville le Roulx, I, pp. 104-5.
2. Cronica venez., Bibl. nat., Italien, 16, f" 110. Deux ambassadeurs
spéciaux furent envoyés dans ce but à Avignon, Marin Faliero et
André Cornaro. Le privilège date du 27 avril (Comm., IV, n"122; t. II,
p. 137).
3. Cron.ven., l. c. Avant et non pas après Smyrne, ainsi que parait
le croire Romanin (III, 148). Il parle de deux galères de commerce
{ihid.).
4. Comm., IV, n" 172 ; t. II, p. 149. Le pape leur donnait en
même temps les dîmes ecclésiastiques pendant trois ans, pour con-
tinuer à défendre la chrétienté et la sécurité des mers (Romanin, III,
148).
5. Comm., IV, n" 179; t. II, p. 150.
6. Comm., IV, n° 182; t. II, p. 151.
— 45 —
en plus critique : les petits États chrétiens de l'Orient com-
mençaient aussi à s'inquiéter. Pour obtenir peut-être un
secours, Hugues IV annonça au pape que le Soudan, effrayé
par la prise de Smyrne, avait l'intention de faire tuer « tous
les princes catholiques du monde », par des sicaires, qu'il
avait engagés dans ce but \ Le pape nomma un nouveau com-
mandant pour l'armée de Smyrne, Jacques de' Priuli, prieur
de Lombardie ^ Peu de temps après, quelqu'un s'engagea
enfin k porter du secours aux assiégés, c'est Humbert II de
Dauphiné.
Dès le commencement de l'année 1345, il avait demandé
la dignité de capitaine de la croisade « contre les Turcs
et contre les non feauls à l'église de Rome ». Il offrait d'entre-
tenir à ses dépens 300 hommes d'armes et mille arbalétriers
pendant toute la durée de l'expédition, paraît-il, « par mer
et par terres »^ : il y aura dans cette armée cent chevaliers et
douze bannières. Il armera en plus cinq galères « qui seront
siens, dit sa demande, pour nagier, aler ou séjourner à sa
ordenance ». En échange, tous les autres chefs des croisés
devaient lui être soumis, à moins que le roi de France lui-
même ne prît la croix*. De plus, le pape lui donnera le
« plein pardon », à lui et à ses hommes : les frais de l'ex-
pédition seront payés par l'Église, qui emploiera dans ce but
le produit des amendes (« les deniers séquestrez ») et les
aides, qui seront imposées sur la chrétienté. Le Dauphin aura
aussi la dîme de ses États et de ceux, « esquels le dit dau-
phin ou ses subgiez ont terre, hors du royaume de France ».
Les conquêtes lui appartiendront, et il pourra les aliéner à
son gré, à moins que quelque chrétien n'y eût des droits anté-
rieurs. A ces conditions, il se proposait de partir dans le cours
de cette même année, à la Saint-Jean.
1. Rinaldi, XXV, p. 500 (ann. 1349). Ne serait-elle pas antérieure à
cette date? Le Soudan aurait employé bien du temps à s'effrayer, si on
devrait admettre la date donnée par Rinaldi.
2. Abbé C.-Ul. Chevalier, Documents sur le Dauphiné (Montbéliard-
Lyon, 1874), p. 106.
3. (Valbonnais], Histoire du Dauphiné, éd. de Genève, II, p. 507.
Réimpr. dans Paoli, Codice diplomatico del sacro militar ordine
Gerosolimitano, Lucques, \11Z-1 , 11, pp. 154-5.
4. Dans ce cas, et dans ce cas seul, « le dit Dauphin et sa compagnie
seront dessous lui » (ibid.).
- 4() -
La nominaiion par le pape suivit de bientôt cette de-
mande. La bulle de Clément VI est du 25 mai 1345 ^ Hum-
bert s'était présenté à Avignon et avait reçu des mains du
pape, après avoir accepté les conditions de ce dernier, la
croix et l'étendard de la sainte Église romaine. Il devait
partir le plus tôt possible, le 2 août de cette même année, au
pis aller, et arriver à Négrepont vers le milieu du mois
d'octobre, avec cent cbevaliers et écuyers au moins, qu'il
devait entretenir pendant toute la durée de la ligue ou pen-
dant trois ans, en tout cas. Son but devait être le môme que
celui de l'expédition qui partit l'année suivante : empêcher
les pirateries des Turcs en Remanie et leurs attaques
contre l'île même de Négrepont. Personne ne pouvait mieux
remplir cette mission, croyait le pape, que « sa personne,
illustre par la noblesse de sa famille, douée de puissance,
insigne par ses vertus* », et surtout profondément dévouée à
l'Église.
Des brefs avaient été envoyés aussitôt à l'archevêque de
Crète et à d'autres prélats de l'Orient, pour leur annoncer
la proclamation de la croisade. Clément VI écrivit vers
la même époque au doge Dandolo ; il déplore les calamités
des chrétiens, dont les souffrances s'accroissent continuelle-
ment, et lui annonce la nomination de « l'illustre » prince
Hurabert de Viennois, comme capitaine général des armées
chrétiennes réunies contre les Infidèles ^ Le doge est invité
à lui prêter secours, surtout en ce qui concerne les moyens
de transport*. Humbert espérait le concours d'une grande
partie de la chrétienté, des chevaliers de France — avec le
roi peut-être — , d'Angleterre, d'Allemagne, de Sicile etd'Ita-
1. Valbonnais, o. c, If, p. 511. Repr. dans Paoli, o. c, pp. 87-8. Il
prêta serment le l*:"" mai, et prit la croix le jour suivant.
2. « Personam tuam, generis nobilitate praeclaram, potentia prae-
ditam, virtutibus insignitam » (ihid.). Il devait empêcher aussi la
conquête de Cal'fa par les Tatars. Rinaldi, ann. 1344, § 6.
3. « Capitaneum sanctae sedis apostolicae, et ducem exercitus
Christianorum contra Turcos » (Valbonnais, II, p. 511). Cf. Arch. de
rOr. lai., I, 538.
4. Commem., IV, n" 161; t. II, p. 146; Rinaldi, § 6; cf. Caroldo, f"
127 v. D'après ce dernier, vers la même époque, Pancrace Giustiniani
avait remplacé Zeno comme capitaine de la ligue (Capitano délia
legà).
— 47 -
lie\ Un plan secret avait été formé à Avignon pour assurer
la victoire delà ligue: quelque temps après, le pape demanda
l'avis des anciens du couvent de Rhodes, et surtout du chef
des galères de l'ordre à Smyrne, Jean de Biandrà^
Cette même année 1345, Humbert II envoya à Venise Nicolas
d'Astribort pour annoncer son prochain départ. Il devait
s'embarquer à Marseille, au commencement du mois d'août
suivant et arriver vers la fin de septembre à Brindisi, où les
galères vénitiennes du golfe étaient invitées à venir pour le
recevoir. L'envoyé du Dauphin devait s'informer aussi du prix
pour le transport des chevaux de l'expédition à Clarentza^.
Trois patrons de Marseille lui fournissaient des vaisseaux pour
quatre mois ou, à sa demande spéciale, pour un an ; outre
la somme convenue, ils recevraient la moitié du butin fait
en mer par les croisés. La flotte devait être prête à partir
dans la dernière semaine du mois de juillet, il s'embarquerait
lui-même au commencement du mois suivant''. Le Dauphin
fut très exact : après avoir laissé l'administration du pays à
Henri de Villars, archevêque de Lyon, il arriva à Marseille,
au terme fixé, avec sa femme, Marie de Baux, et ses troupes \
Humbert II se faisait des illusions sur le résultat de cette
expédition, qui devait finir d'une manière si misérable. Ses
forces n'étaient pas assez nombreuses et la ligue, presque
dissoute, ne pouvait pas aider beaucoup au succès de cette
nouvelle croisade. Enfin, la personne même de son chef devait
être une des causes principales de la défaite.
Humbert II avait succédé à son frère, le Dauphin Guignes,
en 1333. Il signala son arrivée au pouvoir par un traité avec
le comte de Savoie (7 mai 1334), qui ne fut pas très glorieux
pour lui, et par des mesures financières contre les officiers
de son prédécesseur^ Des querelles entre les nobles de ses
1. Des chevaliers de ces nations se seraient décidés à faire le pas-
sage : ils en furent empêchés par les guerres (Bref de Clément VI à
Humbert, 28 novembre 1346, Valbonnais, II, 536, repr. par Paoh, II,
89-90 et Rinaldi, 1344, § 6).
2. Bosio, 0. c, II, 47.
3. Cotnm., IV, n" 183; t. II, p. 151.
4. Valbonnais, II, 510.
5. J. Homan, dans les Arch. de l'Or. Int., I, p. 537.
6. liihl. de l'éc. des Charles. I« série, t. I, p. 264-5.
— 48 —
domaines suivirent, et le Dauphin ne s'en mêla pas trop,
plongé lui-même dans des démêlés incessants avec tous ses
voisins. Il eut des difficultés avec la France pour Sainte-
Colombe, avec Eudes de Bourgogne (133G), et avec l'Église.
Bien qu'il fût très pieux (il fonda plusieurs établissements
religieux pendant son règne ' et autorisa, dès le commencement,
l'exercice delà juridiction ecclésiastique dans ses Etats ^), il se
trouva sans cesse en guerre avec les prélats et avec le Pape.
Après un voyage à Avignon, en 1336, il révoqua les actes de
sa minorité, entre autres celui par lequel il se reconnaissait
vassal de l'Église pour quelques fiefs^ A la suite d'une que-
relle entre l'archevêque de Vienne et son chapitre (1337), il
prit les armes et se saisit de la ville''. Il eut de nouveaux
démêlés avec le même prélat, quand une émeute éclata à
Romans, en 1341 ^ Il devait au Pape seize mille florins, qu'il ne
voulait pas payer, mais il y fut contraint par l'excommunica-
tion, et Romans fut réclamée par l'archevêque, que soutenaient
les menaces pontificales. L'archevêque de Vienne l'avait ex-
communié, et ce fut à Clément VI qu'il dut son absolution^
Ce prince, brouillon et faible en même temps, rêvait de
grandes conquêtes dans les pays lointains". Il inspira peut-
être la création de cet ordre de Sainte-Catherine, que fondè-
rent sous son règne les seigneurs du Dauphiné^ S'il refusa le
titre de roi de Vienne, que lui offrait l'empereur Louis de
Bavière, en demandant la reconnaissance préalable de ce
dernier par le pape^ il s'engageait, par une convention
1 . Il fonda douze chapellenies au chapitre de S. André de Grenoble, en
1345, et fit des donations au Prieuré des Bénédictins de S. Robert(Val-
bonnais, o. c, 1,333). 11 fit encore des donations aux Augustinsde Cré-
mieu, aux Chartreux de Chalais(?6ù/., 1,317), et fonda une congrégation
defilles nobles dans son château de Montfleury(Z/<6i. ec. c/i.,/. c.,p.268).
2. Valbonnais, I, p. 304.
3. Ibid., pp. 309-10.
4. Ihid., pp. 310-11.
5. Ibid., p. 323.
6. Ibid., p. 326. Clément VI succéda le 7 mai 1342 à l'ennemi du
dauphin, Benoit XII.
7. De sorte que ce n'était pas la première fois que se réveillaient dans
ce prince, fùt-il même « flasque », « les étincelles de l'ardeur belli-
queuse... » (André, Histoire de la papauté au xiv^ siècle, p. 238).
8. Dans le but de défendre leur suzerain, de se défendre entre
eux, etc., Chevalier, o. c, pp. 35-9.
9. Valbonnais, I, 306-7.
- 49 —
avec Louis d'Espagne, l'année même de son départ pour la
croisade, à construire un certain nombre de vaisseaux, pour
conquérir les Iles Fortunées que le Pape venait de constituer
en royaume pour ce prince'.
Depuis longtemps, cette idée de la croisade l'attirait. Il
avait ordonné qu'elle fût prèchée à Grenoble, dès l'année
1335^ Un nouveau voyage à Avignon l'affermit dans ses
dessoins : il alla à iMarseille, où il visita les reliques de
saint Louis d'Anjou, son parent et son patron. Puis, à la
demande du pape, il défendit dans ses Etats joutes et
tournois, pour ne pas distraire les chevaliers qui vou-
draient partir pour la Terre Sainte ^ Son fils unique étant
mort d'accident en L335, il se décida à se défaire de ses
domaines et à partir pour cet Orient, où de grandes choses
l'attendaient : il les ofi"rit d'abord au roi de Sicile, qui ne
consentit pas à ce marché, peut-être à cause de ses préten-
tions trop élevées*. Il réussit cependant à vendre ses posses-
sions de Normandie '' d'abord, tout son héritage ensuite, que
Philippe de Valois réunit à la France (1343) ^ Plus tard, quand
la croisade fut déclarée, il s'adressa à Robert de Sicile, pour
en obtenir 30.000 florins, lui offrant en échange les terres
qui lui restaient encore ; Guillaume Roger lui acheta enfin
ses possessions d'Auvergne et celles qui lui avaient été assi-
gnées par le roi pour le paiement de sa rente^
Son caractère explique pourquoi ses demandes avaient été
accueillies assez froidement à Avignon. Un ambassadeur qu'il
envoya auprès du Pape, « Guillaume de Rhuin », no réussit
pas, devant l'opposition des cardinaux ^ On le trouvait trop
peu sérieux pour cette grande entreprise, dont l'insuccès pou-
vait compromettre les tentatives ultérieures et discréditer
l'idée de la croisade. Ce ne fut que devant ses off'res réité-
rées que Clément VI consentit à le nommer chef de la ligue
1. Valbonnais, o. c, 334. Cf. t. II, p. 502.
2. HjùL, I, p. 307.
3. Ibid., p. 311.
4. Ibid.
5. Ihid., pp. 321, 330, .332.
6. Ihbl. PC. ch., 1" série, t. I. pp. 269 et suiv. ; Guiffrey, Hist. de la
réunion du Dauphiiié à la France, Paris, 1868, 8°.
7. Valbonnais, 1, pp. 330-2.
8. Ibid., 335.
N. JoROA. P/iilippe de iléziéres. 4
— 50 —
chrétienne : encore, en fixant le nombre des chevaliers qui
devaient le suivre et le terme précis de sa mission, prit-il
toutes les précautions possibles contre cette incurable légè-
reté. Elles ne devaient pas être bien utiles'.
Le faible prince partit de Marseille le2 septembre et se dirigea
vers Gênes (où il passa les 14 et 15 de ce mois), après s'être arrêté
dans une île voisine ^ pour régler certaines affaires. L'Italie,
qu'il traversa par Livourne, Florence et "Venise, ne lui fournit
que quelques centaines de chevaliers, 400 Florentins et350 Sien-
nois, malgré les lettres exhortatoires du Pape, qu'il apportait
avec lui^ Il arriva à Venise quelque temps après le 12 sep-
tembre, date où lui fut accordé le privilège de citoyen hono-
raire*, et, plus tard, mille ducats; il fut très bien reçu par le
dogeDandolo et la noblesse. On acheta pour lui des chevaux à
Trévise et, après un séjour assez court, il partit pour Négrepont
avec sa suite ^ Il y trouva sa flotte, qui s'était formée pendant
ce temps à Céphalonie : un grand nombre des chevaliers les
plus illustres de l'Occident l'y attendaient : Hugues de Genève
avec sa suite, le chancelier du Dauphiné, Pierre de Loye,
amiral delà mer et seigneur de Ligniers, le maréchal de l'ar-
mée, Aimon Brunier, frère de Jacques, Jean Allemand, Re-
naud de Revel, Etienne de Lucinges, le bâtard de Baux, etc. *.
1. L'évêque de Grenoble et quelques autres parmi ses •fidèles, qui le
connaissaient suffisamment, cherchèrent à le dissuader de partir
(Valbonnais, o. c, I, p. 335). Il n'avait pas l'argent nécessaire : les
sommes, que lui avait données Roger, étant insuffisantes, il fut réduit
à vendre par proclamation des privilèges particuliers ou « corporels »,
en échange d'une contribution volontaire. Il mit des impôts, que
ses sujets épuisés ne payèrent qu'après son retour (le « cas impérial »
de six gros par famille), il fit appel au clergé et aux chevaliers (ibid.).
Déjà, à Marseille, il demanda encore une fois, au roi de France, les
100,000 florins qu'on devait lui payer pour le Daupliiné (ibid.).
2. 11 fit une donation de 130 florins d'or sur la galère même de la
sainte croix (in galea srmcle Crucis), le 2 septembre 1345 (J. Roman,
Arch. de l'Or. Int., I, 538).
3. Stella, Muratori, XVII, 1085-6. Valbonnais. I, p. 337. Son inten-
tion était de débarquer a Porto pisano V. la lettre de recommandation
de son envoyé à Venise, et Villani, p. 70.
4. Comm., IV, n"i73; t. Il, p. 149. Passage à Ferrare, Muratori, XV,
424 E-5 A. V. p. 40, note 1 du présent ouvrage.
5. Valbonnais, I, p. 337. Composée presque exclusivement de
chevaliers français: on rencontre cependant quelques Italiens aussi
(Pierre de Carmignano, Buonaccorso, Paul de Parme). V. Chevalier,
pp. 95-9.
6. Ibid., pp. 99-105.
— 51 —
Six galères dos alliés l'y rejoignirent, quatre armées par le
pape, deux autres par le Grand-Maître et Venise'.
L'hiver finit sans actions d'éclat : le Khan des Tatars
continua le siège de Caffa^ sans être inquiété par le Dauphin.
On ne fit que saisir les vaisseaux qui faisaient le commerce
avec le soudan sans licence spéciale : les galères du légat de
Constantiiiople, Henri, s'emparèrent ainsi de deux vaisseaux,
l'un génois, l'autre grec, qui faisaient surtout le commerce
du blé ^
Une chronique italienne cite une victoire remportée dès le
commencement, à Métélin, par ses 3,000 hommes de troupes*.
Tout ce grand appareil de guerre, inutile dans les eaux de
l'Archipel ', coûtait cependant de l'argent. Humbert pressura
les Juifs de sou pays, les Lombards et les autres usuriers: il
en tira mille florins d'or. Le pape lui-même imposa la dîme
en France, en Angleterre, en E^spagne. On décida de choisir
l'île de Chio comme lieu de retraite pour les chrétiens, ce qui
amena, malgré les efforts du Pape ^ des collisions avec les
Génois, qui parvinrent à l'emporter le 16 juin 1346. Les évé-
nements qui suivirent sont assez obscurs. Une bulle de Clé-
ment VI, citée par Bosio, parle d'une grande victoire à Im-
bros, remportée par le Grand -Maître, avant le 24 juin 1347 " :
la flotte ennemie fut incendiée dans le port de l'île, et un
corps de Turcs, qui avait débarqué à Imbros, aurait été ré-
duit à se rendre. D'autre part, une pièce des Archives natio-
nales que Michelet publia en partie dans son Hùtoi7'e de
1. Valbonnais. I, p. 337. Il y avait aussi des galères de Chypre.
Cf. Valbonnais, II, 537.
2. Le siège dura trois ans, et la grande peste y parut (V. le récit
de Gabriel dc'Mussi dans le ms. lat. XIV, 264, f"*42 vetsuiv. de laBibl.
de S. Marc, à Venise).
3. Le vicaire en rendit compte aux maîtres d'hôtel du Dauphin, le
13 février 1346 (Chevalier, 0. c, pp. 105-6). Cf. sur Calïa, Bibl. éc.
ch., 1''' série, t. I, p. 276, et Stella, 1080 et suiv.
4. Isl. ((elle cose avvenule in Toscana (1300-48), Florence, 1578,
p. 198, et Muratori, R. II. Scr., XI, 514; nouvelles éd. (Istorie pistoiesi),
Pralo, 1835,Milan, 1845.
5. D'après la chron. de Toscane citée, le Dauphin aurait pris en
dix-liuit mois (s/c), jusqu'au 10 fév. 1346, Thèbes, /-'op^ie «oi't- (nouvelle
Phocée), la petite Smyrne, .\dramytti et « CoIIace » (/. c).
6. Le pape aurait promis à Ilunibert de demander l'ile à « l'Impé-
ratrice veuve .\nne », s'offrant à la lui rendre après trois ans (Valbon-
nais, 0. c, I, p. 339). Cf. lleyd, o. c, I, 384 et suiv.
7. Bosio, o. c, II, ann. 1347, p. 48.
— 52 -
France^, et qui a été analysée plus tard par M. de Pëligny*,
mentionne d'une manière excessivement fabuleuse une vic-
toire que les chrétiens auraient remportée la môme année
« en un plain, entre Smyrne et Haut Lieu ))^
La pièce a l'apparence d'une lettre. « Hue, roy de Cypre »,
(Hugues IV) écrit à Jeanne de Naples, « trez sainte dame de
la réal lingniée des Françoiz », le récit de cette grande vic-
toire, pour qu'elle s'en réjouisse avec lui et avec tous « lez
autrez crestienz, portans le singne de Ja croix ». La bataille fut
livrée près de Smyrne, le 24 juin 1347 : les Chypriotes se trou-
vaient rassemblés, avec les autres croisés, dans la plaine*, au
nombre imposant, qu'ils n'atteignirent jamais du reste en
réalité, de deux cents mille hommes : douze cent mille Turcs
vinrent les y attaquer. On combattit pendant toute la journée,
et les chrétiens, écrasés par le nombre, allaient se retirer vers
le soir, devant les ennemis, aussi « désireux, dit Hugues,
de boire nostre sanc, comme chienz sont désireux de boire
le sanc des lièvrez ». Désespérés, ils demandèrent le secours
du ciel, en criant énergiquement de leurs « voiz enroueez
de leur grant labeur et de leur grant feblesce ». Alors
apparut, sur un cheval blanc d'une merveilleuse grandeur, un
homme portant « baniere en champ, plus blanche que nulle
rienz, à une croiz vermeille, plus rouge que sanc ». 11
1. Michelet, liist. de France (éd. de 1837), t. III, p. 190, note.
2. liihl. (le Véc. des Cha7'les, I» série, t. I, pp. 275-8.
3. Ilaut-lieu est évidemment Allologo, sur la côte de l'Asie Mineure,
résidence d'un émir qui se soumit à Pierre I" après la prise de Satalie
(v. pi. loin). La place, située à 9 milles de mer, était une des plus im-
portantes échelles des Francs au Levant. Son vrai nom était "Ay;os
OcoXôyo; ; on en fit Altologo, Aïtologo (cf. Mas-Latrie, Vile de Chypre,
p. 25i, note 2), Alto-Lloch (Muntaner) Haut-lieu (seul exemple dans
cette pièce). Schiltherger en parle dans ses voyages « Die erst (parmi
les 300 châteaux qui appartiennent aux Turcs de Brousse) ist gênant
Asia, darinne ist sant Johaniis des evangelisten grab....aber die zu
land heist es hohes » (éd. .\eumann,. p 9'/). Elle était située, du reste,
à 10 lieues seulement au sud de Smyrne (Mas-Latrie, l. c, ihid.). M. de
Pétigny croit au contraire que la bataille eut lieu au nord de la ville
de Smyrne (25 lieues) prés du golfe d'Adramytti. Quant à la lettre elle-
même, elle e.st trop fabuleuse pour qu'on puisse l'attribuer à « la cour
d'Avignon » {Bib. éc. ch., 1, p. 276). — .Nous avons découvert depuis,
à la l)ibliothèque royale de Munich, un texte latin, en double copie, de
celle lettre : nous espérons le publier bientôt en entier (lat., 4.149, f°
300 et lat. 850, f"'' 124-5, xv« siècle).
4. Cf. « Nous. . . estions assemblez; nous n'en poyons plus », etc.
— 53 —
portait un vôtement de peau de chameau, sa barbe était « très
grant et très longue » ; son visage émacié brillait comme le
soleil. Il les encouragea à combattre les Turcs pendant la nuit,
sous les rayons de la lune, qui brillait aussi « comme le soleil
resplendissant». A l'aurore, les ennemis s'enfuirent, tandis que
les forces des chrétiens paraissaient plus grandes qu'au com-
mencement de la bataille. On célébra une messe en l'honneur
de la Vierge et de la sainte Trinité et, comme on voulait
séparer les morts des chrétiens de ceux des Infidèles, on de-
manda l'aide du mystérieux personnage. Il apparut de nou-
veau et, quand on lui demanda son nom, il déclara être « ce-
lui qui dit : Ecc(^ agnus Dei. Eccc qui tollit peccata mundi.
Celui de cui aujourd'huy vous célébrez la feste ». Quand on
alla relever les cadavres, les chrétiens portaient tous un si-
gne près de leur tète : une tige terminée par une grande fleur
blanche, toute ronde, comme la sainte hostie, avec ces let-
tres d'or tout autour: « Je suy crestien ' ». Des voix célestes
chantèrent l'office des morts, qui furent enterrés, au nombre
de 3,052, « jouste la cité de Tesbayde^ ». Les Turcs perdi-
rent 73,000 hommes [sic] dans cette merveilleuse bataille ^
La légende semble avoir été assez répandue vers cette
époque. Bzowski donne le récit semblable d'une victoire
qu'aurait remportée le fils du roi de Chypre dans la Tliébaïde,
1. Cf. Bzovius, Annales ecclesiastici posl Daronium, II, 958. V. plus
bas, p. 5'i et note 1.
2. Deux villes de ce nom se trouvent en Asie Mineure : l'une près de
Milet, l'autre dans la plaine, qui s'étend du golfe d'Adramytti au pied
de rida (Pétigiiy, BUd. ce. ch., l'^ série, t. I, p. 277, n. 2). (j'est ce qui
fait dire à M. de Pétigny que c'est làquc la bataille fut livrée et non
à Smyrne. Le témoignage de Méziéres (v. plus loin) est décisif et, du
reste, celui qui bâtit la légende sur le fait réel de la victoire, pouvait
bien se permettre une petite erreur de géographie. On pourrait observer
encore que cette ville de Thèbes ne se trouve pas précisément entre
Smyrne et les montagnes, puisqu'une autre chaîne s'étend à Magnésie
entre elles : puis, la lettre parle de la Thébaidc, qui pourrait avoir un
sens plus large. La place avec les environs avait été occupée par les
chrétiens « laquelle, avecquez le pays d'ileuc environ, nous tenonzpour
nous et pour loiaulx crestiens » Michelet, 192 ; Pétigny, ibid., pp.
227-8. M. de Pétigny rapproche (/AïW., note) la Tesbai/de de la lettre du
nom de Thébaïde que donne Etienne le Géographe à la ville d'Asie
Mineure.
3. Arck. mit., M. 105. La pièce provient de l'abbaye des dames de
Longchamp. Michelet la donnait dans sa note comme « un échantillon
des merveilleux récits par lesquels on tâchait de réchauffer le zèle du
peuple pour la croisade » (ibid.).
— 54 —
en citant comme autorité un « chroniqueur contemporain de
Pistoie M, qui a été publié en 1578, puis dans Muratori' et
séparément ; il n'y eut pas moins do 700,000 Turcs tués. Elle
ajoute quelques autres faits tout aussi fabuleux : dans une
église d'Aquila, dit-on, la Vierge apparut précédemment sur
Fautel portant le Christ d'une main et la croix de l'autre,
avec le corps brillant de lumière. Les enfants nés ce jour-là
portaient le signe de la croix sur leur épaule droite. Plusieurs
Italiens, émus par tant de miracles, partirent pour ^Orient^
Il y a un fait réel dans cette légende, qu'attestent deux
sources différentes, contemporaines toutes les deux : il y eut
une victoire des chrétiens près de Smyrne, victoire qui trouva
un grand retentissement en Occident. Le vaincu fut proba-
blement l'émir même d'Altologo, Zalabi, ou, pour lui donner
son vrai nom, celui qu'il porte dans le traité de 1348, « Ze-
labi Hiturbequi (TschélébiChidrbeg), fils de l'émir Mahabut
Mahamutbegh Aituni». C'est lui qui demanda, en effet, une
trêve aux chrétiens et qui envoya ensuite un ambassadeur au
pape, c'est enfin avec ce seigneur d'Altologo, que fut conclu le
traité du 18 août 1348. On ne s'expliquerait pas toutes ces
circonstances, si Zalabi n'avait pas été le vaincu de Smyrne.
Cette bataille fut livrée, à la vérité, près de la ville, et
c'est à une faute de transcription qu'est dû le nom de Suiure
que lui donne Mézières dans sa Chevalerie de la Passion.
Elle eut lieu en 1346, et non pas en 1347, ainsi que le ferait
croire la prétendue lettre de Hugues IV^ Philippe, qui y prit
part et gagna même ses éperons de chevalier dans le combat
suivant, la date de cette année. Un grand nombre de chevaliers
de l'Occident y assistaient, sous le commandement de Hum-
1. « Pistoriensis historiarum auctor, qui hoc tempore vivebat, memo-
rabat « (Bzovius, II, 958). V. le titre de la chr. p. 5J, note 4. Le récit se
trouve aux pp. 511 E-12 li de l'éd. de Muratori, aux pp. 93-5 do la
première. Il est fait évidemment d'après la lettre, que l'auteur con-
naissait en latin ou en italien.
2. Ibid.
3. M. de Pétigny déclarait déjà que la date de 1346 était la seule
vraie (« il y a évidemment ici une erreur de date.... », p. 278), se
fondant sur ce qu'une trêve fut conclue au printemps de Tannée 1347
entre les Turcs et les chrétiens, ce qui n'empêcha pas cependant la
bataille d'Imbros. Ce qui est très intéressant aussi, c'est que les mé-
moires inédits de Pilati, secrétaire du Dauphin, parlent de la nouvelle de
cette victoire (près de Smyrne), qui arriva en France au mois de septem-
bre, ce qui revient à la date de moisdonnéepar la lettre (cf. ïbid.,i\. 2).
— 55 —
bert II probablement, et non sous celui de Hugues IV, qui
n'y fut pas môme présent, ou d'un de ses fils aînés. Les chro-
niques chypriotes représentent généralement le règne du roi
Hugues comme celui d'un prince très pacifique, et c'est contre
cette politique de son père que s'irritait le jeune comte de
Tripoli, plus tard Pierre I". Ses galères prirent part, il est
vrai, à la prise de Smyrne et à cette seconde bataille près
de la ville, mais le roi lui-même ne se signala jamais par
une action d'éclat, en prenant lui-même les armes, ainsi que
le fit plus tard son fils et il ne l'aurait pas permis à ce dernier.
Enfin, Philippe, qui dit dix o\y servi le roi à Jérusalem, n'au-
rait pas manqué de parler de ce fils de Hugues IV, ainsi qu'il
l'a fait du « dauphin de Vienne », auquel il n'avait cependant
aucune obligation.
Si des centaines de mille de cadavres ne restèrent pas sur
le champ de bataille, ainsi que le ferait croire la légende, ce
fut cependant une action très importante. UmurbegS l'émir
de Smyrne, un des plus grands parmi les chefs turcs, dit
Mézières dans son Epître consolatoire , prince peu fanatique,
« large et libéral », était l'allié de son voisin et frère à cette
bataille de VEsmire^, que gagna le Dauphin lui-même^ La fleur
1. C'est, dit-il, le même Morbaissanl qui conquit les îles de l'Ar-
chipel, ce qui aurait rapport à ses attaques sur Négrepont et la Ro-
manie, attaques barbares, que décrit énergiquement le pape dans ses
bulles sur la croisade : les habitants étaient tués ou vendus comme
esclaves, on les contraignait à embrasser le mahométisme(v. Mézières,
Epislre, dans Froissart, éd. Kervyn, XVI, p. 510). Mézières énumére
encore parmi les chefs turcs « en celluy temps, cinquante ans a passés »
(1346), le Soudan d'abord, qui régna « non pas longuement » (Hadji,
134«j-47), « Careman », plus faible, en guerre avec l'Arménie, et l'émir
de « Carmien », beaucoup plus fort. Ces notions géographiques mon-
trent l'attention avec laquelle Philippe étudia l'état de l'Orient, dès
sa jeunesse: l'émir de « Careman » (Krmenek), le grand Caraman, fut,
en effet, avec les Egyptiens, le principal ennemi de l'Arménie au xiv«
siècle, bien qu'on s'étonne de voir déprécier de la sorte un prince, qui
disposait d'une armée de presque 50,000 hommes (Schehâb-Eddin ap.
Quatremère, Notices et extraits des mss. de In Bibliothèque nationale,
t. XIII, 342, 373). Le second émir est celui de Kermian ou de Kerminan
(capitale : Kutayeh) qui mérite de tout point les éloges de Philippe: il
avait 40,000 cavaliers aguerris, 700 villes et forteresses ; les Byzantins
lui payaient tribut. Ibid., (pp. 340, 354-5).
2. La « Suiure » de Mézières (Chevalerie de la Passion, Bibl. de l'Ar-
senal, f°5 12VO-13 v°) n'est évidemment qu'une mauvaise leçon du
copiste pour Smyrne. Cf. a la suiure, alesuiure. ala suiure (ibid.).
Il la nomme ailleurs {Epistre lamentable, p. hO'i)lesmire (de VEsmire).
3. Épistrc cons.. p. 509. Pour l'année, cf. « à la Suiure, qui estoit lors
l'an de grâce MCCCXL'VI ou environ »(Chev. delà Pass-j"^ 12v«-13 v»);
— 5G —
de la chevalerie chrétienne y combattit vaillamment. Mézières
cite parmi les combattants « Monsieur de Biauj, qui fu mares-
chal de France », Geoffroi de Charny, le premier Boucicaut,
qui fut aussi maréchal de France, Jean de Saintré et « Mon-
sieur Thomas de Waudenaj* » ; le bâtard de Lucingcs^ (qui
s'était embarqué avec son frère Etienne ou Estevenin^) y fut
« vaillamment mors ». Suivit, « assez tost après », un second
combat, que Mézières appelle « unç autre chevauchie et envaïe
des Turs », où, bien qu'indigne, il reçut lui-même l'ordre de
la chevalerie*.
Ce fut probablement la dernière action de la croisade.
Comme dans toutes ces expéditions, on se battit très bien et
on remporta la victoire dans toutes les rencontres avec les
Infidèles. Puis, le manque de plan et d'argent et l'incapacité des
chefs rendirent ces succès inutiles : on s'empressa d'accepter
les propositions des vaincus, qui voyaient leur commerce mis
en danger par l'expédition.
Ce fut le cas de la croisade d'Humbert II. L'été se passa
sans de nouveaux combats : ver.s l'automne, le Dauphin écri-
vit au pape pour lui demander son avis sur une trêve qu'a-
vaient demandée les Turcs ^ La réponse du Pape porte la date
du 28 novembre 1346 : il parle des guerres qui troublent
toute la chrétienté, en France, en Angleterre, en Sicile et
en Italie ; ceux qui seraient disposés à accourir à son secours
ne peuvent partir. Il lui est impossible de recueillir les dîmes
et les subsides qui permettraient de continuer la croisade.
La trêve lui paraît donc dans ces conditions, non seulement
utile, mais nécessaire [yion solum expediens, sed etiam ne-
cessarium) ; son seul souci doit être d'obtenir les meilleures
conditions possibles pour les chrétiens. Qu'il consulte sur
lequel (le bâtard de Z,cssm^e) l'année devant avoit esté... mors à laSuiure
(l'année précédant la création de son Ordre de la Passion, 1347) (ibid.).
1. Ils ne se trouvent pas parmi les chevaliers de l'hôtel du prince à
Venise (Chevalier, /. c, 96-î)). ni parmi ceux qui devaient recevoir
« gagia a domino » (ibid., p. 100). Philippe lui-même parait bien être
venu de Chypre.
2. « Vaillant et renommé chevalier et baron, appelle le bastard de
Lessinge » (C/iev. de la Pas., l. c).
3. Stephaninus de Lucinr/io, chambellan du Dauphin (Chevalier, /. c,
102, 119).
4. Chevalerie de la Passion, l. c.
5. Bosio, II, 47.
— 57 —
ce point le vice-légat, François, archevêque de Crète, le
Grand-Maître, Isnard d'Albarno, prieur de Capoue, que
Clément VI avait envoyé quelque temps auparavant à ce
dernier pour lui annoncer son grand projet, les patrons des
Chypriotes et des Vénitiens. Il est libre d'agir comme capitaine
général ou do conclure uniquement des préliminaires que
le pape ratifierait ensuite. Les négociations doivent être
cependant secrètes : ses propres ambassadeurs ne les con-
naissent pas encore ; la trêve ne doit durer en outre que dix
ans, les circonstances pouvant changer jusqu'alors. Les sub-
sides seront payés pour toute la durée de la ligue et pour les
deux années de prorogation, en plus; il ne peut rien débourser
ensuite, ses revenus mêmes ne rentrant pas. Ce qu'il a
donné jusqu'à présent, il l'a tiré en grande partie de ses
ressources privées'.
Clément VI écrivit vers la même époque au Grand-Maître
dans des termes semblables. Il exposait les propositions des
Turcs et son propre dénûment. Les revenus des chevaliers
mêmes ne pouvaient plus rentrera cause des guerres occiden-
tales : malgré la mission d'Isnard, envoyé antérieurement
pour lui exposer ses desseins, la trêve s'imposait dans ces cir-
constances. Il devait commencer les négociations, aidé par
le Dauphin et les autres chefs de la Ligue ^
Humbert dut être assez content de la réponse du pape.
Son enthousiasme avait disparu déjà : de nouveaux projets
se formaient dans son imagination fertile. Jean Cantacu-
zène lui demanda peut-être son secours pour détrôner son
parent, Jean V, Paléologuc, et se saisir du trône de Cons-
tantinople, ce qu'il fit en effet, l'année suivante (1347). Le
pape l'en dissuada dans sa lettre, en des termes assez mépri-
sants pour l'alliance qu'on lui offrait^ Enfin, un pèlerinage à
Jérusalem devait finir d'une manière plus digne la croisade.
Clément VI lui conseilla d'attendre jusqu'à la conclusion de la
trêve, quand les prohibitions pontificales seraient annulées*.
\. Valbonnais, II, 536, reproduite dansPaoli, II, 89-90 et dans Vertot,
éd. in-4", t. H, p. 565.
2. Lettre mentionnée par Bosio, II, pp. 47 et suiv.
3. « Et Graecis aliis ». Valbonnais, /. c.
4. Ibid.
— 58 —
En attondant, le Dauphin partit pour Rhodes, où il devait
passer l'hiver ; des maladies se déclarèrent dans son armée et
lui-même fut attaqué et pillé par les Génois '. Il arriva dans l'île
vers la fin du mois de novembre, avec le vice-légat, arche-
vêque de Crète, Pancrace Giustiniani, le nouveau commandant
vénitien de la mer, et les autres chefs : le grand-maître, Déodat
de Gozon, les reçut honorablement ; le Dauphin fit, pendant ce
séjour à Rhodes, son testament, avec des donations à l'abbaye
de Montfleury qu'il avait fondée^ La réponse du Pape, approu-
vant la trêve, l'y trouva: il ne semble pas cependant l'avoir
conclue lui-même'. Le Grand-Maître paraît, en effet, avoir
été seul chargé des négociations \
On était encore à Rhodes quand Marie de Baux mourut au
commencement du printemps^ et le Dauphin, après avoir
licencié ses troupes ^ se décida à revenir en Europe, sans avoir
visité les Lieux-Saints, ainsi qu'il se l'était proposé". Une bulle
spéciale, permettant à son confesseur de l'absoudre pour
n'avoir pas rempli le terme de trois ans, d'après son serment,
lui fut accordée pour calmer ses scrupules ^ Il arriva à Venise
vers la fin du mois de mai et traversa le nord de l'Italie muni
1. Fin d'août 1346 (Delaville le Roulx, I, 108). Cf. une pièce très
curieuse, publiée par M. de Pétigny {Bibl. éc. ch., série I, t. I, pp.
284-5). Ceux qui volèrent au Dauphin « certains chevaux, joiaulx,
harnois et autres pluseurs biens » auraient été, d'après la requête du
sergent Michel (11(64-5), « les pyrates et Janevois qui li avoient esté
députez par le commun de Jannes pour lui conduire en .x.xix. ga-
lées » (I) Deux évêques, envoyés par le Dauphin, re.stérent trois mois
à Gènes sans résultat. Le sergent Jean-Michel, qui arriva ensuite pour
traiter, au nom du roi de France, héritier d'ilumbert, fut battu à Gènes
par la populace. La plainte donne la date de l'affaire : « après .vni.
jours, il prindrent et gaingnèrent Lille de Soi (ou Sic, Chics) » (le château
tomba le 12 sept. [p. 285]).
2. Valbonnais, 1. 341; IL 541 et suiv. Ce fut un vrai testament, le
Dauphin n'espérant pas arriver vivant dans ses états (29 janvier 1347).
Pétigny, /. c, p. 279. Jacques Rrunier et son ancien ennemi, l'arche-
vêque de \'ienne, étaient parmi les dix exécuteurs testamentaires.
Ses sujets furent recommandés au roi de France et au duc de Norman-
die (p. 280).
3. Ainsi que l'affirme Valbonnais, qui ajoute que ses troupes furent
congédiées (L 343).
4. Bosio, II, 47 et suiv.
5. La nouvelle en arriva à Grenoble vers le commencement du mois
de mai (Valbonnais, L c, p. 343).
6. Ibid.
1. Ce qui serait un argument de plus contre la trêve (Voy. note 3, et
p. 57).
8. Valbonnais, l. c, pp. 343-4 (19 mars 1347); II, 541 et suiv.
— so-
dé lettres de recommandation envoyées par le Pape : il fut
très bien reru partout, surtout en Lombardie, par Jean et
Lucchino Visconti'.
La défaite n'avait pas changé son caractère : il fit de nou-
velles dettes à Avignon, afin d'acheter des bijoux et des orne-
ments pour sa chapelle ^ La haute position qu'il avait occupée
pendant la croisade, avait accru encore ses goûts magnifi-
ques et sa vanité : aussitôt arrivé dans ses États, il créa une
nouvelle garde de seize sergents d'armes, d'origine noble et
richement armés''. Puis il se mit à recueillir les impôts
arriérés. Le reste de sa vie ne nous intéresse plus : il chercha
à se remarier, puis, renonçant à ses grands rêves de con-
quête, il se fit dominicain au couvent de Beauvoir, et reçut
bientôt les ordres de la main du pape lui-même (Noël 1350" . Il
devint ensuite patriarche d'Alexandrie etadministrateurde l'é-
glise de Reims. Ayant demandé sa nomination comme évêque
de Paris, il mourut en chemin, à Clermont, le 22 mai 1355.
On le représente comme aimant les lettres et doué de goûts
assez élevés : la légèreté incurable de son caractère le rendit
cependant tout à fait incapable de mener à bonne fin la grande
mission qui lui avait été confiée en 1345.
Après son départ, ce fut le Grand-Maître qui conduisit les
hostilités. Les offres de Zalabi avaient été destinées, paraît-
il, à tromper les chrétiens, pendant qu'on se disposait à les
attaquer. Cent cinquante vaisseaux furent rassemblés par les
émirs pour surprendre quelque île chrétienne, ce qui aurait
rendu leurs vainqueurs plus conciliants. Ils débarquèrent à
tmbros, dont les habitants se retirèrent dans une place forte.
Le Grand-Maître en informa Pierre Arnaud dp Parietihus
tortis, prieur de Catalogne et nouveau commandant des ga-
lères de l'ordre. La flotte fut brûlée presque entièrement et
l'armée débarquée, contrainte de se constituer prisonnière.
Ce fut peut-être la plus grande victoire des croisés : le pape
en félicita chaleureusement le Grand-Maître (24 juin 1347),
1. Avec lesquels il conclut uti traité, le 16 août. Publié dans Val-
bonnais, II, 563 et suiv. Cf. mon Thomas de Saiiices {Paris, 1893, p. 42,
note 1.
2. Il était (le retour à Grenoble vers la fin de septembre (Pétigny,
l. c, p. 280).
3. Valbonnais, I, 3'ii-5.
— 60 —
qui se disposa à continuer les hostilités. Le Soudan avait
envoyé de nouveau des troupes en Arménie ; Lajazzo et
Alexandrette furent prises par les Égyptiens, qui avançaient
dans le pays sans défense*. Le roi Constantin IV envoya des
ambassadeurs aux Vénitiens pour obtenir leur médiation. Il
voulait la restitution de Lajazzo ou, au moins, la paix avec
ses ennemis ■\ Déodat do Gozon envoya ses chevaliers en Ar-
ménie : ses troupes, réunies aux Arméniens, chassèrent les
Sarrasins et reprirent Alexandrette^ Cependant l'île de Rhodes,
qui ne pouvait plus recevoir ses revenus de l'Occident, était
tellement affaiblie, qu'on se h:\ta d'accepter les nouvelles offres
des Infidèles. Le frère Dragonet de Joyeuse et le chanoine
Barthélémy des Tomarî, de Smyrne, furent chargés de négo-
cier avec les deux émirs*. La défaite et la mort d'Umurbeg
pressèrent les choses ^ La trêve fut signée, sous réserve du
consentement du pape, par les ambassadeurs chrétiens, au nom
du Grand-Maître et de François, archevêque de Crète et vice-
légat apostolique. Les conditions étaient assez humiliantes
pour les Turcs : les membres de la ligue pouvaient percevoir
la moitié des droits de douane à Altologo et dans tous les ports
de Zalabi, la garnison du château de Smyrne devra être bien
traitée, l'émir s'engageait à brûler dans un mois tous ses
vaisseaux, si le pape l'exigeait. Tout acte de piraterie sera
sévèrement puni et les dommages restitués. Les pirates chré-
tiens ne seront pas reçus ni aidés dans les domaines de l'émir;
il fermera ses ports même aux barques des Turcs, qui seront
aussi arrêtées, si elles y entraient par hasard, chassées par
les vaisseaux des alliés. Ses sujets secourront les vaisseaux
chrétiens naufragés, dont la propriété est garantie par l'émir.
L'évêque de Smyrne pourra oftîcier dans les églises de la
ville occupée par les Turcs, ainsi que celui d'Éphèse, et ils
seront protégés tous les deux par les émirs. Les créances des
chrétiens seront payées et l'on n'augmentera pas les droits
de douane. Les Vénitiens, les Chypriotes et les Hospitaliers
1. Bosio, l. c, p. 48.
2. Comm., IV, n° 214; t. II, p. 158.
3. Bosio, l. c.
4. « Calabi d'Âltoiuogo e Marbasano (sic), capitani Turchi, detentori
délia vecchia e superiore Smirna ». Bosio, II, p. 49.
ô. Rinaldi, i:i48, § 27. Cf. Ilammer, /. c, 289.
— 61 —
auront un consul spécial dans leurs Etats, avec le droit de
juridiction sur leurs nationaux; les galères de la ligue auront
la libre entrée dans les ports turcs. Enfin, si les esclaves
d'une partie s'échappent dans les possessions de l'autre, on
accordera un dédommagement à leurs maîtres '. Des ambassa-
deurs furent envoyés au pape pour obtenir la ratification du
traité au nom de l'émir d'Altologo. Ces ambassadeurs arri-
vèrent à Avignon vers le mois de juillet 1349^: le traité lui-
même, au moins entre l'émir d'Éphèse et quelques membres de
la ligue, avait été conclu l'année précédente, à Altologo (18
août 1348)*. Le pape y fît quelques modifications, puis, comme
le traité n'était pas encore reconnu par deux des principaux
membres de l'Union, Venise et le roi de Chypre — le légat
et les Hospitaliers étant les seuls qui traitèrent en 1348 —
il envoya Barthélémy desTomarî, un des ambassadeurs auprès
des émirs, pour consulter le doge et le roi, leur porter le
traité et demander l'envoi de plénipotentiaires à Avignon *.
Il engageait les Vénitiens à ne pas attaquer Zalabi", auquel
il avait ofïert une trêve, qui durerait depuis l'arrivée de ses
lettres jusqu'à la fèto de Noël prochain, et pendant une année
ensuite ". Des lettres pareilles furent envoyées au Grand-
Maître'.
Les ambassadeurs de la ligue arrivèrent à Avignon l'année
1. Com7n., IV, n" 239, 260; t. II, p. 162, 167. Repr. par M. de Mas-
Latrie dans la Coll. des doc. inôdlls, Mélarif/es et documpiils, III, 112-20.
11 n'y est question que de Dragonet de Joyeuse. On mentionne un traité
avec Rhodes, qui est confirmé. Le document porte la date du 18 août LJ j8.
Suivent les oblif^ations des chrétiens. Sur le nom de l'émir, Uopf, Grie-
chvnland im Milleldller (Ei\cycl. d'Ersch et Gruber), I, 465.
2. yVutrement on ne s'ex])li<[uerait pas comment le ti-aité a été conclu
le 18 août 13'»8, tandis que les ambassadeurs de l'émir se trouvaient
déjà à Avignon, le l^f juillet 1349. La lettre du pape au doge, lui
annonçant leur arrivée, est, de plus, datée du 5 octobre 1349 (Comm.,
IV, n» 295; t. II, p. 174).
3. Comni., IV, /. c.
4. Il devait aller aussi à Rhodes. Comm. IV, no 297; t. II, p. 174.
Lettre du cardinal-évêque d'Ostie et de Velletri, Pierre de Colombiers,
annonçant son départ (10 oct. 1349).
5. La trêve aurait été conclue pour une seule année. Comm., IV,
no 295; t. II, p. 174. V. plus haut, note 2.
6. Bosio, II, 151. Zalabi y e.st appelé Cnlahi et Calahis.
7. Ihid. La guerre durait encore en 1348, (juand le pape ordonna
que ceux qui feront le commerce avec les Infidèles, malgré sa défense,
rachèteraient leurs fautes en consacrant une partie du gain à la guerre
contre les Turcs (Rinaldi, XXV, 474).
— 62 —
suivante. Bien que les cardinaux eussent été disposés à
accorder la paix aux émirs à cause de l'année jubilaire qui
approchait', on refusa la ratification dans une forme que l'on
considérait comme peu honorable pour les chrétiens. Du
reste, la fidélité des Turcs à leurs engagements était assez
bien connue. Cependant, comme les ressources étaient épui-
sées, les ambassadeurs^ conclurent une ligue défensive pour
dix ans, qui remplaça l'ancienne. Une flotte composée de huit
galères seulement, trois appartenant aux Vénitiens, trois
autres aux Hospitaliers et les deux dernières au roi de Chypre,
devait se réunir le 1" janvier prochain, à Négrepont: un légat
du pape, ou celui qu'il nommerait à sa place, devait présider
un conseil de guerre, que composeraient les capitaines des
galères. Le pape fournirait le quart des dépenses pour la flotte
et pour la défense de Smyrne, qui s'élevait à la somme de
douze mille florins d'or par an. Pour la première année sa part
devait être payée par les trois autres membres de la ligue ^
Des protestations furent aussitôt formulées, les ambas-
sadeurs de Chypre, qui prétendaient n'avoir pas les ins-
tructions nécessaires. Dandolo s'excusa ensuite sur la guerre
avec Gènes, qui pouvait mettre en danger ses trois galères
et, bien que le Pape exhortât Hugues IV et le Grand-Maître
à envoyer leur contingent, en leur faisant espérer que le doge
lui-même reviendrait sur sa décision, la ligue de 1350, renou-
velée encore pour cinq ans en 1357, n'arriva jamais à mettre
de vaisseaux en ligne \
1. Bosio, II, 47-51.
2. Ces ambassadeurs étaient Simon, évêque de Laodicée, et Simon
le Petit, chevalier, de la part de Hugues; Raymond Bérenger, maître
de l'ordre en Roussillon, de la part des Hospitaliers; Nicolas Pisani,
Pancrazi Giorgio et Giovanni Sténo de la part du doge {Comm., \\\
n° 352; t. II, p. 184).
3. Bosio, II, 51-3. Rinaldi, XXV, 517 (fragments de deux lettres pon-
tificales).
4. Ibid. V. pp. 96 et suiv. du présent ouvrage. Mas-Latrie, Hisl. de
Ch., 218-9, 221-2; Comm., pp. 217, 218, 246, 261, note 5.
CHAPITRE IV.
PREMIERES ARMES DE PHILIPPE. TOYAGE EN ORIENT
ET CRÉATION DE l'oRDRE DE LA PASSION.
Par quelles circonstances Philippe de Mézières se trouvait-
il à la bataille de Smyrne et à celle qui suivit bientôt? Fai-
sait-il partie des chevaliers et écuyers qui se rassemblèrent
à Céphalonie, ou même de ceux qui accompagnèrent le Dau-
phin à Marseille et ensuite à Venise? Les renseignements
assez peu nombreux qu'il donne lui-même dans ses ouvrages
nous permettent cependant jusqu'à un certain point, de re-
constituer cette première partie, assez obscure, de sa vie.
Quand il partit de Mézières en 1347' ce n'était pas pour la
première fois. Très jeune encore, il avait quitté sa patrie
pour apprendre ailleurs le métier des armes. Il ne parle que
d'une manière assez vague de cette première jeunesse, on
pourrait cependant fixer cet événement vers l'année 1345 ;
la Franco était alors en paix ; après la bataille de l'Ecluse
et les guerres de Bretagne, les hostilités avaient presque
cessé des deux côtés. Elles devaient recommencer l'année
suivante. Philippe se rendit en Lombardie'.
Lucchino Visconti y était le maitre : des aventuriers de
tous les pays accouraient au service de cet homme éuergi-
1. « In illo tempore, videlicet circa annum Domini millesimum
.CGC et .XLVii. quidam juvenis, duodecimus fratrum suorum et soro-
rum, secundum famam hujus muiidi nobilis. ot utinam vita et moribus,
de modico Castro et semiruptis maserijs .•\inbianensis exiens, ac domum
patris et co[g]nationein suam reliiiquens, ad partes orientales per-
agravit » {() ratio trcvjedica. f" 129 v").
2. « Ardant désir, lors jeune homme et petitement fondez en prudence
et en science ne en la pratique du monde, combien qu'il eust esté un
bon temps soudoyer en Lombardie, pour aprendre le fait d'armes. ...»
(^Chevalerie de là Passion, f** 12 v°).
— 64 —
que, comme toute sa famille, et continuellement en guerre
avec ses voisins. Le jeune Picard se mit à sa solde'.
Ce fut une année très agitée dans presque toute l'Italie.
Lucchino combattit en même temps en Lombardie contre le
marquis d'Esté, Obizzo, et son allié, Mastino délia Scala,
seigneur de Vérone. Philippin Gonzaga, le protégé du tyran
lombard, entra dans le Véronaisle 22 janvier et se disposait à
avancer, malgré l'intervention d'un légat du pape, quand il fut
envoyé en Toscane par son allié, qui combattait depuis quelque
temps contre Pise. La paix fut conclue par les Pisans ruinés,
qui payèrent à Lucchino quatre-vingts ou cent mille florins d'or,
un tribut annuel en nature et rendirent leurs biens aux enfants
de Castruccio. La guerre dura pendant toute l'année en
Lombardie, où Obizzo s'était allié avec Mastino et Thaddée
Pepoli pour la défense de Parme. Ils entrèrent, le 16 mars,
sur le territoire de Reggio, pendant que Lucchino excitait
(4 avril) une révolte à Parme qui fut facilement apaisée par
le vicaire d'Obizzo dans la ville, François d'Esté. Ils essayè-
rent de s'emparer de Reggio (26 juin), qui leur était favo-
rable et furent surpris par les troupes de Philippin, qui mas-
sacrèrent les soldats des alliés dans les fossés mêmes de la
ville. Visconti, après l'arrivée des renforts de Toscane, prit
ensuite l'offensive, en se saisissant de la place de Soragna et
de Castelnuovo : il rencontra les alliés à Colecchio et se re-
tira, après avoir attendu quelque temps leur attaque, devant le
marquis François, leur commandant ". Philippe prit part pro-
bablement à CCS guerres de Lombardie.
Il y resta, dit-il lui-même, « un bon temps ». Le terme est
assez vague : probablement ce « bon temps » ne fut pas très
long; il dura tout au plus un an. Philippe devait être en
1. Il était assez pauvre à cette époque et le métier, qu'il faisait,
l'aidait à vivre : « Visitasti me, bone Jhesu, dit-il dans sa Contcmplacio
hore mortis, aliquando in crebris infirmitatibus visitasti in morte
videlicet regum terre.... item quoque pauperlate, in juvenlute rnea ».
(Bibl. Arsenal n" 408, f" 199 v»)
2. Muratori, Annali d'Italia, XII, 357-60. C'est bien en 1345 qu'il dut
servir Lucchino, puisque l'année précédente le tyran n'eut d'autres
guerres déclarées qu'avec les Pisans, c'est-à-dire hors de la Lombardie
même. Il n'eut pas ae guerres en 1343, après le 23 mars. Si on descen-
dait encore la date de son service, la mention de VOralio Inujedica sur
l'âge de Philippe en 1365 ne serait plus exacte.
— 65 -
Sicile avant le 18 septembre 1345*, quand le roi André, dont
il déplore la perte, fut assassiné.
Il parle plus tard avec horreur de cette vie de guerre, au
milieu des gens d'armes sans discipline^ : il se reproche de
n'avoir pas distingué entre les guerres justes et les guerres
criminelles', d'avoir versé le sang depuis sa jeunesse, comme
David'*, il est vrai, bien qu'il soit indigne de lui être com-
paré*. Dans son jugement, qu'il prévoit dans la Contempla-
tion de l'heure de la mort, les démons le qualifient de chef
de pirates, de commandant dans les guerres et les dissen-
sions, de spoliateur des églises*. S'il se rendit coupable de
ces graves péchés, s'il méprisa tant de fois les signes par
lesquels Dieu voulait réveiller son âme malade et endormie'',
il en fut puni par dos maladies et des blessures : on le laissa
même pour mort sur le champ de bataille ^ Il connaît, pa-
raît-il, toutes les misères du métier, la fatigue, les jeûnes, les
veilles, les innombrables blessures, la pauvreté, les embû-
ches et les dangers de mort sur mer et en chemin et mille
morts apparentes qui sont, dit-il, l'apanage de cette « vaine
milice^ ». Deux choses seules peuvent l'excuser de ses cri-
mes : sa pauvreté d'abord, qui le contraignait à prendre ser-
1. D'après Villani, la Chronique de Duhnicza et V Anonymus de
ohsidione Jadrensi contre Gravina (iMuratori, Rer. II. Script., XII,
c. 562), qui donne la date du 20 août. Cf. Chronicon Eslense, ihid., XV,
ann. 1345, c. 421. Muratori (.Annali d'Italia, XII, 356) admet aussi la
première date.
2. Contemplalio, î" 207 v".
3. Oratio trarfedicn. f"* 154 v°-5 : « prout tu, veterane, aliquando
fecisti, non ventillando prius utrum belliim justum indictum fuerit,
videlicet pro republica, pro fide, pro ecclesia, pro viduis et orphanis,
pro equitate et justicia. »
4. « Et quia in sua juventute, et, ut ita dicam, pro sustentacione sui
status et vite proprie, discrimina bellorum, in obsequium doininorum
suorum et alibi, socutus fuerat, de maie actisinde agendo peniteutiam,
non soluin septenallem, set septenam in trigonum, ut tactum est,
transfretavit » {Contemplalio, f" 219 v°).
5. « Vir bellator sum cum David a juventute, non tamen pari equa-
litate. Et heu me miserum, ego, vir sanguinis, multipharie terram
maculavi » (Contempl.ntio.î" 225 v"-6).
6. Contemplalio, f" 219.
7. « Intirmamet torpentem », ibid., f" 188.
8. « Quam pluiies in bellis volneratum, et quoque semivivum re-
lictum » {ihid., f" 199 v) ; « habandoiiné au champ, comme mort,
d'amis et d'ennemis » {Epistre lamenlahle. p. 445).
9. « Labores. jejunia, vigilias, vulnera plurima, paupertates, insidia
et mortis pericula in mari et in via, et mille mortes apparentes, tali
vane milicie aderentes » {Oral, trag., f" 155).
N. JoRGA. Philippe de Mézières. 6
- G6 -
A'icG, et ensuite sa fidélité envers ses maîtres. Dans ses ou-
vrages de vieillesse, il mentionne parfois les choses de Lom-
bardie, qu'il connaissait ainsi par lui-même, et son jugement
n'est pas favorable pour l'avarice des tyrans et leur manière
de recevoir les grands seigneurs étrangers, qui « ne scèvent
jugier, de tant qu'il y ont demeuré, quil(5«c) jour il ont esté
mains hounouré » '.
Comme on le voit, il n'aimait pas trop son premier sei-
gneur, ce Lucchino, qui n'est pas, du reste, plus sympathique
que toute sa famille avide et rusée. Le premier pour lequel
il conçut une profonde affection, parmi les six rois chrétiens
qu'il dit avoir servis ^ fut André de Naples.
Il entra au service de ce dernier peu de temps avant sa mort.
Tout dans le caractère du jeune prince était de nature à lui
plaire: il était impétueux et brave, son imagination ardente
le rendait accessible aux projets pieux, qui formaient déjà
la grande préoccupation de Mézières^ Il avait les mêmes qua-
lités et les mêmes défauts quo Pierre de Chypre, et devait
avoir aussi le même sort. Philippe devint son confident, son
(c singulier et indigne serviteur », dira-t-il*. Sa faveur ne dura
pas longtemps : venu trop jeune'', dans un pays dont il igno-
rait les mœurs, André s'attira des ennemis par la hauteur de
son caractère et par l'intention qu'on lui prêtait de changer, à
son avènement prochain, l'état des choses à Naples. Son plus
grand ennemi fut sa propre femme, cette Jeanne, qui devait
finir aussi d'une manière tragique : quand Robert, qui avait
fait prêter serment à Jeanne seule, mourut, André ne put
obtenir d'être couronné avec la nouvelle reine. Il ne fut
pendant toute sa vie que le duc de Calabre : son orgueil en
1. Songe du vieil Pèlerin, II, f» 155.
2. « Avoit, servi à .vi. roys crestiens, sans le blanc faucon au bec et
pies dorés ». {S. ci. v. P., t. I, f" 3). Ce furent André de Hongrie,
Alphonse XI de Castille("?), Hugues IV de Chypre. Pierre I'''' et Pierre 11
(il parle do trois rois de Chypre qu'il aurait servis « l'un après l'antre »,
Episire lamentable, p. 478) et enfin Charles V. On pourrait ajouter
Jean II, qu'il servit dans ses guerres avec les Anglais. V. plus loin.
3. Cf. les éloges de Pétrarque (Petrarchae Ép. l'ami liar . , 1. VI,
cp. v): « Mitissirnum. innocentissirnum hominum, . . . .rarae indolis
puerum. magnae ipei regem. »
4. Episire lamentable, p. «i45.
5. A six ans, en 1333 (26 sept.); il épousa la même année Jeanne,
âgée de sept ans.
- 67 -
souffrit. Il demanda au pape le droit de recevoir aussi la cou-
ronne; l'étendard qu'il avait préparé pour cette cérémonie,
portait un billot et une hache en même temps que ses armes
royales : il no cachait à personne son intention de châtier,
aussitôt couronné, les personnages qu'il soupçonnait d'avoir
éloigné de lui la reine. Ils le prévinrent : Louis de Tarente
excita les haines latentes par ses intrigues, une favorite
de Jeanne, Philippine Cabane, la Catanaise, prépara le
complot. André se trouvait au couvent d'Avcrsa avec sa
femme et la cour : on l'appela pour lui faire savoir des
nouvelles de Naples, puis, quand on l'eut attiré sur un bal-
con, des assassins lui jetèrent une corde au cou, tandis qu'un
des conjurés, Bertrand Artus, le retenait par les cheveux. Il fut
tué d'une manière atroce : on se vengea sur son cadavre môme.
La reine, qui fut peut-être la complice des conjurés', dut or-
donner cependant des poursuites ; accusée par Louis de Hon-
grie, frère de la victime, elle se fît absoudre par le pape,
en 1346, puis elle épousa cette même année (20 août) Louis
de Tarente, son amant.
Philippe quitta le royaume après l'assassinat de son maître,
pour la mémoire duquel il garda toujours de l'affection. Il le
met auprès de Pierre P'" dans ses souvenirs, comme les deux
seuls princes dont il devient presque l'ami. C'est pour lui « le
noble roi de Sicile Andrieu ». Il pleura sa mort, « sans cause
et par grant traïson », comme celle du roi de Chypre plus
tard; il en accuse formellement Jeanne". Plus tard\ quand
1. Tristan Caracciolo chercha plus tard à défendre Jeanne contre
cette accusation : il y réussit mal (v. sa Viln Johonnis /. Muratori,
lier. II. Scripl., t. XXII). Muratori (Ann. dit.. XII, p o56) croit que
("harles de Durazzo fut le principal iiistiji:ateur de l'assassinat. La
plupart des écrivains du temps font l'éloge de ce jeune homme mort à
dix neuf ans, d'une manières! misérable (v. Pétrarque. I:p. Familiar..
VI, ép. V; la Vila démentis VI, ap. Baluze, Vitae paparitm Aviniunen-
sivm, Paris, 1693, c. 2'i6). Sur l'assassinat, Dom. de (uavina. Muiatori,
Xlll, c. 559; r.iov. Villani. 1. Xll, ch. L. é i. Dragomanni. 111, 88-90:
Chron. h'steiisr, Muratori, XV, c. 421; ,1. do Bnzano. ihid.. XV. 612-;i,
et la letii'e de Jeanne (Aversa, 2'2 septembre l.'{'i5), publiée par Chris-
tophe, Histoire du goiivernemenl temporel, II, 'i64-5.
2. « Lesquels roys (Pierre et Andrieu) sans cause et par grant tra'ison
furent mors et murdris de leurs prochains pareils, barons et subgiés,
c'est assavoir le roy Andrieu, frère du vaillant roy Louis de Hongrie
et mari de laroyne Jehanne de Naples. » (Épistre lamentable, p. 445).
3. Son/je du vieil Pèlerin, t. II, f" 85. Le duc e.st proposé comme
— 68 —
il voudra recommander quelque modèle de justice à Charles
VI, il pensera aussi à un autre personnage de la même fa-
mille, à ce duc de Calabre, Charles, fils du roi Robert, qui ne
monta jamais sur le trône, qu'il aurait occupé dignement.
« Il te souviegne, dit-il, du duc de Calabre, père de la royne
Jehenne de Sesille et de Naples, et de sa bonne justice ».
On ignore ce que devint Philippe, après son départ de Sicile.
Est-ce à cette époque qu'on doit assigner son voyage en
Espagne et ses relations avec Alphonse XI de Castille ? Il
parle d'une manière très vague d'un séjour en Espagne, dont
il ne donne pas la raison' : il ne nomme pas non plus le roi
qu'il y servit. Becquet'^ croit que ce fut Alphonse XI, ce qui
est assez probable à cause des grandes guerres de ce prince.
Des chevaliers de toute l'Europe accoururent en effet à Algési-
ras, pendant qu'il en faisait le siège. Mais la ville se rendit
en 1344, et Philippe était probablement encore à Amiens
ou au château de Mézières, à cette époque. Après cette action
d'éclat, le roi de Castille n'attaqua plus les Maures, auxquels
il avait accordé une trêve de dix ans, avant l'année 1349
où il la rompit. Il mourut le 26 mars de l'année prochaine,
au siège de Gibraltar, et c'est peut-être à cette autre expé-
dition du roi que se rallia Philippe, revenu d'Orient.
Il demeura, dit-il, dans le Songe du vieil pèlerin, « un
temps » avec les « Espaignos », ce qui paraît désigner les Cas-
tillans, et aurait appris chez eux les sciences occultes, si
dangereuses pour l'âme. « Josne et fol », il s'était laissé en-
doctriner ainsi par ses camarades superstitieux et hérétiques,
et ce n'est qu'après de longues années d'efforts — « x ans
ou XII après qu'il se fu parti des Espaignes » — qu'il par-
vint à oublier cette « grant folie », si répandue parmi les gens
exemple aux clercs, au f" 115 v du t. I" (sur André, v. aussi Chev. de
la Passion, f" 12 v»). C'est bien de ce duc Charles qu'il est question. Ce
ne peut pas être Charles de la Paix, père de Jeanne II, puisque le Songe fut
écrit en 1387, longtemps avant Tavènement de cette reine (1414). Du
reste, il parle dans des termes assez méprisants de ce prince qui ne fut
rien moins que pacifique (ibid.. f" 67 v"). Il ne connut jamais Robert, roi
de Naples et //mwrf-père de la première Jeanne, qui mourut avant son
arrivée (1343).
1. « In terra Hyspanorum » (^Salve S. Parens, î° 25).
2. FAogia, p. 102 : Mariana, Hisl. de reb. Hispaniae (éd. de 1605),
II. 66. 73-5.
- 69 —
d'armes'. Ailleurs, le Songe mentionne « le destroii de
Maroch (Gibraltar), qui aucune fois a fait suer de paour
le viel pèlerin^ ». Il ne cite jamais néanmoins comme son maître
le roi Alphonse, qui n'entrerait que difficilement parmi les six
rois chrétiens, qu'il déclare avoir servis pendant sa vie active.
Il paraît être revenu en France après ces premiers faits
d'armes en Lombardie, après ces relations avec le roi « An-
drieu » et l'Espagne. Il n'y devint pas chanoine, certainement ;
peut-être prit-il du service dans l'armée de Philippe de Valois.
En tout cas, certaine? anecdotes inédites sur Philippe et sur
les rois contemporains, qui n'étaient plus vivants à son retour,
comme celui de Bohême, Jean de Luxembourg, semblent mon-
trer un témoin oculaire. Il y en a une surtout ', dans laquelle
il recommande à Charles VI la manière de vivre de son aïeul,
où les détails sur la table de Philippe de Valois, sur ses
dépenses, sur les princes* qu'il réunissait à ses repas, semblent
assez significatifs: peut-être même, c'est encore une hypothèse
qu'il faut ajouter à celles qui malheureusement composent
trop souvent sa biographie, peut-être fut-il attaché à la
personne ou à l'hôtel du roi après son retour.
Il n'y resta pas longtemps, s'il y entra jamais. Vers l'an-
née 1346^ il partit pour l'Orient. Il ne semble pas s'être
trouvé dès le commencement dans l'armée du Dauphin : pour
être nommé chevalier après la bataille de Smyrne, il est
probable que Philippe devait être écuyer à son départ.
Or, dans les listes des croisés, qui étaient à la solde du
1. Songe du vieil Pèlerin, t. I, f» 158 v" : « l'escripvain de cestiii
songe demoura un temps aveuc les dis Espaignos, et participa aveuc
eulx, comme josne et fol, en la dicte science, par telle manière que ledit
escripvain .x. ans ou .xn., après qu'il se fu partis des Espaignes, à sa
volonté ne pooit pas bien extirper de son cuer les dessusdis signes et
l'effectd'iceulx contre Dieu, qui (version: Ja soit que ) plus souvent
failloit que voir ne demonstroit, et toutefois par la bonté de Dieu, en
confessant et résistant, ledit escripvain fu délivrés de ceste grant folie,
qui est à l'ame crestienne anémie ».
2. Ibid., t. I, f" 54 V".
3. Songe du vieil Pèlerin, t. II, f"^ 144 i v. Cf. aussi sur Jean de
Luxembourg, ibid., t. II, f" 106 v".
4. Les rois d'Ecosse, de Majorque (v. plus loin) de Bohème et de
Navarre (ibid., f"^ 144-4 v.)
5. Bien qu'il déclare lui-même être parti de Mézières « circa annum
Domini millesimum .ccc. et .xlvii.'" » (Oralio tragédien, f" 129 v"). Il
n'aurait pas pu assister alors à la bataille de « l'Esraire », en 1346.
— 70 —
prince, on ne retrouve pas son nom, bien qu'elles contiennent
celui de tous les écuyers. Il aurait pu, il est vrai, se trouver
à la suite de quelque grand personnage, tel que Geoffroy
de Charny ou Boucicaut, mais il semble bien qu'il n'en
fut rien.
Une autre raison serait peut-être la suivante. En parlant
à Providence divine de ses projets pieux, il déclare avoir eu
la première idée de son ordre de la Passion, « estant au
service d'un grant prince oriental catholique », qui est évi-
demment Hugues IV \ Ce qui est certain, c'estqu'il combattit
à SmjTue avec l'armée du Dauphin, soit qu'il fût arrivé dans
ses troupes, soit qu'il fût parti de Chypre avec les galères de
Hugues IV. Dans une bataille suivante il fut armé chevalier.
Il combattit trop mal, dit-il, pour mériter cette récompense
qu'il reçut sans en avoir le droit [arroganter]- . Il n'avait pas
montré du reste, ajoute-t-il, assez de bravoure, en résistant
jusqu'alors à ses mauvais penchants.
Cette première croisade, à laquelle il prit part, dut produire
une profonde impression sur son esprit. Ses illusions s'éva-
nouirent. Malgré les avantages remportés dans ces dernières
expéditions, les Turcs étaient évidemment les plus forts, et
ils le devaient surtout à leur organisation militaire. Tandis
que les capitaines des croisades amenaient avec eux une
multitude désordonnée et prête aux révoltes, les émirs de la
côte disposaient d'excellentes troupes permanentes, qui ne
s'épuisaient pas après une défaite. De l'autre côté do la mer,
celui qui tenait les clefs du Saint Sépulcre, le Soudan de
Babylone, avec ses innombrables armées de Mamelouks, pou-
vait tenir tête à toute la chrétienté.
Pour atteindre le grand but, pour lequel tant d'efforts
avaient été dépensés en vain jusqu'alors, la délivrance des
Lieux-Saints, délivrance qui n'avait rien d'impossible pour
Mézières, il aurait fallu avoir des armées semblables. Si les
1. Chevalerie de la Passion, f" 10.
2. « Et licet dignitate milicie ibidem ab ipso juvene indigno nomine,
non pro meritosuo obtenta, sed pocius arrogantur(.9/tf) usurpata, contra
vicia et peccata, ut tactum est in prima distinctione milicie. viriliter
non certaverit, ut debuit » (Orolio trag., f" 129 v"). Cf Chevalerie,
f« 13 v» : « Le jeune et povre ardant désir avoit la pris l'ordre de cheva-
lerie, duquel il n'estoit pas digne ».
chevaliers de rOccident, que la cupidité seule et le désir de
la gloire rassemblaient, étaient incapables de combattre
ainsi qu'il le fallait, si l'Arménie, presque anéantie, et le fai-
ble royaume de Chypre ne pouvaient pas non plus se montrer
dignes de leur mission, si les anciens ordres de chevalerie
étaient bien déchus de leur ancienne vertu, il restait encore
un moyen pour former une armée chrétienne digne de ce
nom. On pouvait ranimer le vieil enthousiasme qui avait
amené la création des ordres de chevalerie, en fondant un or-
dre nouveau, qui aurait toutes les qualités de ses prédéces-
seurs, sans en posséder les défauts. Bien organisés et nom-
breux, éloignés de toute préoccupation mondaine et décidés
à employer leur vie entière à la guerre sainte, les membres
de cet ordre seraient évidemment en état de réaliser bientôt
leur grand idéal.
Depuis longtemps déjà cette idée germait obscure dans son
cerveau. Les chroniques qu'il avait lues ' à Amiens lui avaient
inspiré, avec le désir ardent de reconquérir la Terre Sainte,
la pensée vague des moyens par lesquels il pourrait y arri-
ver. Elle ne se précise dans son esprit que pendant ce
voyage en Orient, duquel il date, dans tous ses ouvrages, la
création première de l'ordre de la Passion.
Après la bataille de Smyrne et celle qui la suivit de près,
il semble, en effet, avoir accompagné Humbert II à Rhodes,
puis, quand au printemps le Dauphin, malade et décidé à re-
venir en Europe, eut licencié ce qui restait encore de son
armée, il partit pour Jérusalem. C'était son véritable but, en
quittant le château de Mézières : on s'imagine ce que dut
ressentir cet homme à l'imagination exaltée, sur les lieux
mêmes où le Christ vécut et souffrit. Il connaissait déjà par
ses lectures les souffrances intolérables des chrétiens de
l'Orient ; il les vit maintenant de ses propres yeux et son
àme fut remplie de honte et de douleur. Il fut « ému, dit-il
plus tard, d'une singulière dévotion par l'injure faite au
1. « Cronicas autentiquas terre sancte » {Oral, tragedica, f" 192 r").
— 72 —
Dieu crucifié à Jérusalem, en Terre Sainte, par les Agarènes,
injure faite au Dieu vivant, qu'il avait vue lui-même, de ses
propres yeux, non sans pleurer, et qu'il avait touchée de ses
mains». Blessé d'une amère douleur, il fut inspiré, ainsi
qu'il le croit pieusement, parle doux Jésus lui-même, pendant
son pèlerinage, et voulut, au lieu des richesses, honneurs et
délices de ce monde, « exercer sa faible milice, telle quelle,
surtout pour venger l'injure de la croix et amener la déli-
vrance de la Terre Sainte ' ».
Son intention était d'abord quelque peu différente. S'inspi-
rant de l'exemple fourni par la milice des Macchabées et celle
de Pierre l'Ermite, son compatriote, il voulait consacrer sa vie
à prêcher, avec quelques pieux compagnons, la croisade. Les
princes chrétiens et les peuples devaient être exhortés à faire
la paix et à renouveler entre eux l'amour qu'ils doivent res-
sentir les uns pour les autres. Puis, la chrétienté étant réu-
nie contre les Infidèles, la Terre Sainte serait conquise sur
les Sarrasins, le culte du vrai Dieu restauré sur la place
même de ses souffrances, et cette Passion de Jésus, si long-
temps et si injustement oubliée, pourrait être de nouveau
célébrée dignement par les vainqueurs, à Jérusalem,
Cette mission qui n'était, comme on le voit, que celle de
tous les promoteurs de croisades jusqu'alors, il se proposa
de la remplir pendant les voyages qui remplirent sa pre-
mière jeunesse.
En Lombardie, à Naples, en France, à son retour, il aurait
annoncé son « grand désir » aux princes qu'il servait. On
pense bien que la parole de ce pauvre cadet de Picardie ne
fît pas de miracles, dans un siècle qui n'y était guère dis-
posé : il trouva partout des dissensions, des guerres et des
1. ... « Nichilominus tamen, quadam devotione singulari et injuria
Crucifix! in Jérusalem, terra sancta. ab Agarenis facta et in quarto
gradu ibidem régnante, quam injuriam Dei vivi idem juvenis oculis
propriis non sine lacrimis viderat et palpaverat, amarissime ipse com-
motus ac doloris cordis intrinsecus tactus et totus pro modulo suo
gladiatus, in ecclesia dominici sepulcri et aliis locis sanctis terre
sancte, ipso peregrinante, a dulci Jhesu, ut pie crédit, inspiratus, pro
omnibus diviciis, honoribus et deliciis hujus mundi, Deus scit, desiderio
desideravit debilem miliciam suam talem qualein exerceri debere,
principaliter in vindictam injurie Crucifixi et liberationem terre sancte »
{Oralio Irag.. f" 129 v"; suite du passage publié p. 70, n^).
- 73 -
« malédictions ». C'était le fléau du Seigneur, qui frappait les
chrétiens dégénérés. Personne ne répondit à son appel, car
« chacun, dit-il, cherchait, dans sa condition, ce qui lui con-
venait à lui et non ce qui convenait à Jésus-Christ »'.
S'il renonça à devenir le Pierre l'Ermite d'une nouvelle
croisade européenne, une autre idée se forma dans son esprit
et ne tit que se fortifier avec les années, survivant aux dés-
illusions nombreuses et au découragement de la vieillesse.
A Jérusalem même, dans l'église du Saint-Sépulcre, il reçut
de Jésus-Christ les « tables de la loi »^ Ce fut en 1347'' qu'il
arriva ainsi, après de longues fatigues, par le désert d'Ara-
bie, soutenu seulement par le pain d'Hélie au mont Sinaï*.
Ces tables, qu'il devait à l'inspiration divine, contenaient les
premières lignes de sa chevalerie de la Passion. En voici le
plan tel qu'il le conçut alors et qu'il l'exprime dans la qua-
trième partie de son Oratio tragedica.
Les chroniques des croisades lui avaient montré le défaut
de ces expéditions, pendant que, tout jeune encore, il étudiait
les causes des malheurs de la chrétienté, comme le médecin,
1. ... « Ut videlicet, predicatione sua militari et aliorum median^e,
principes catholici et populi cliristiani ad pacem et dilectionem iriter
se renuvai'entur et ad sanctuiii beliuin Dei devocius aniinarentur et
finaliter terra sancta per virtutcm sancte crucis de manil)us Agare-
norum féliciter eriperetiir, et per consequens terra sancta, divino cultui
restituta, passio doinini nostriJhesu Christi, a fideiibus diu neglecta et
quasi oblita, in Jhcrusalem quasi recens cuin gratiarum actione et gra-
tiUuline restituta, noviter devocius recenscretur. Quia vero idem juve-
nis, discurrendo ac pro module suo anunciando desiderium suum
principibus cathoiicis, ecclesiasticis et seculai'ibus, ipsos invenit maie
dispositos quia occupati gucrris et maledictionibus, virga Dei per-
cussiente, (luilibet in gradu suo querebat ([ue sua erant, et non que
Jhesu Christi. » {Oratio, i'"-^ 129 vo-i;iO r").
2. « Unde, sic peregrinando, date suntPhilipino a Domino cum Moyse
due tabule lapidée, in quibus erant scripte, non solum x precepta, sed
quedam constituciones sacre legis divine, inscripte digito Dei, videlicet
substancia presentis régule miiicie passionis Jhesu Christi. » {Militia.
î" 45 v).
3. « Circa annos Domini .M.CCC.XLVII » {Militia. f» 45 v") « fere
viginti anni elapsi sunt », dit-il dans la première rédaction (1367-8),
f" 9 V". C'est ce qui lui fit donner, par confusion, cette date à son
départ en Orient {Orat. iragcdira, f" 129 v"). Cf. Chevalerie de la
Passion, f" 73 : « la substance de ccste chevalerie et le bon fruit en Dieu
d'icelle à venir en esperit oultre mer H furent révélés, voire environ
l'an de grâce .M.CCC. et .Xi^VlI. » Cf. Ibid.. {" 14: « sa longue messa-
gerie, qui a duré dès l'an de grâce .M.CCC.XLVII. »
^, Milicia, f" 45 v".
74
dit-il, s'occupe de celles de la maladie qu'il veut guérir. Il
découvrit deux grandes « infirmités », la mésintelligence en-
tre les chefs Ulivisio) et la désobéissance des soldats, ou,
pour employer ses propres termes, leur propria voluntas. Pour
les faire disparaître, les « guerriers de Dieu » devaient être
unis « dans un amour, qui ne fût pas feint » et leur volonté
« obéissante et bien réglée ». Pour arriver à ce but, les an-
ciens ordres militaires et religieux, les Templiers, les cheva-
liers Teutons, les Hospitaliers et les chevaliers de Saint-
Jacques en Espagne, même réunis (projet qui fut souvent
agité par les auteurs de mémoires sur la croisade, au xiv°
siècle), n'auraient pas été suffisants : la pureté première de
leur vie était définitivement perdue, dit-il ailleurs, par la cu-
pidité et la paresse : les richesses qu'ils avaient en Occident leur
avaient fait oublier Jérusalem et la mission qu'ils devaient
remplir encore en Orient. Un nouvel ordre les remplacera dans
cette mission : la Chevalerie de la Passion de Jésus-Christ,
formée de quelques chevaliers choisis, des cadets de faible
noblesse, de quelques bourgeois icivibus) riches et honnêtes,
et enfin des sergents de l'ordre, ouvriers et artisans [artis
mecanice et Inboratorle), relèvera le drapeau des croisades.
Ils renouvelleront par leur exemple le souvenir de la Passion
du Seigneur, bien oubliée aujourd'hui, ils convertiront à
une vie pure et agréable à Dieu les chevaliers errants, qui
dépensaient vainement leurs forces, et arriveront enfin par de
longs efi'orts, bien concertés, à délivrer la Terre Sainte.
Ils n'auront pas de prieurés ni de commanderies en Occident'
pour ne pas oublier leur devoir dans la mollesse.
Telle — ou même moins bien précisée encore — dut être au
commencement la grande idée de Mézières, celle qui forme
l'unité de sa vie aventureuse. Dès le début de sa carrière,
son idéal était formé : depuis cette année 1347, si importante
pour sa personnalité morale, jusqu'à sa mort, il devait lui
sacrifier toutes ses forces et tous ses désirs.
Il s'occupa bientôt de trouver des adhérents. Son en-
thousiasme — sa vie entière le témoigne — était commu-
1. Or. trag., f» 193 r° : « nec prioratus et commendatorias seu ali-
quas possessiones in partibus occidentalibus personaliter possidendo. »
10
nicatif : partout, en Chypre et en France, il gagna à ses
idées pieuses des hommes illustres, que leur nom et leur po-
sition sociale mettaient beaucoup au-dessus du simple che-
valier picard. Deux grands personnages se rallièrent à ses
projets, à Jérusalem même.
Il venait à peine de se voir confier la mission de délivrer la
Terre Sainte, par le moyen de sa chevalerie-, les « roynes
divines », Prédestination et Dispensation, et les « vénérables
dames », leurs conseillères, Sainte-Foi, Espérance et Pa-
tience, des qualités bien nécessaires à celui qui entreprenait
un pareil travail, s'étaient montrées au jeune chevalier pour
lui donner leurs instructions. Il les avait écoutées pieusement,
couché, « povre enfant à leurs piez », et avait demandé leur
secours. Elles lui parlèrent tour à tour. Sainte-Foi lui vanta
la récompense qui attend toujours une bonne volonté, Espé-
rance s'offrit à l'accompagner dans sa « legacion et longue
messagerie », pour chasser la « vile beste » du Désespoir,
et lui conseilla de se recommander aux deux reines, sans les-
quelles ses efforts seront comme la lumière, qui brûle et se
consume. La demande qu'il fit, la tête dans la poussière,
« comme font les hommes d'Orient », fut agréée : elles lui
donnèrent toutes les deux leur besant, qu'il devait garder
fidèlement pendant toute sa mission. Puis les deux reines,
leurs conseillères, et la chancelière « Doulce Amour Charité »
lui firent la leçon dans cette môme église du Sépulcre et
le quittèrent. C'est le récit allégorique qu'il donne dans sou
troisième traité sur la chevalerie'.
Il continue ensuite en racontant ce qui suivit « non pas en
esperit, ou en contemplacion, mais reaument et de fait ».
Réconforté par l'idée de cette mission, qu'il croyait devoir
remplir, il entra dans la chapelle du Sépulcre et fit célébrer
une messe par le chapelain « sur la tumbe de la sépulture du
doulx Jhesu ». Il remercia le Seigneur de l'inspiration qui lui
était venue et recommanda ensuite « à la divine bonté, et sin-
1. V"^ 10-14. Dans le commencement du traité, il relie en esprit
son état présent à celui où il se trouvait dans sa jeunesse, quand !a
mission lui fut confiée. Après le récit de cette merveilleuse allégorie,
il retournera donc « en la chambre de parlement », pour y rendre
compte devant les reines de sa messagerie.
- 76 —
gulièrement à la sainte Passion du doulz Jhesu sa messa-
gerie, son corps, son âme et tout ce qu'il aA'oit à faire » '.
Cette messe fut célébrée au nom du « prince oriental » qu'il
servait alors*, et c'est encore une preuve que Philippe séjourna
quelque temps en Chypre avant de partir pour la croisade.
C'est après la célébration de la messe, qu'il conféra l'ordre de
chevalerie à deux, nobles et leur fit promettre par serment
d'en accomplir <( à leur pouvoir l'effet ». Ces deux nobles,
dont le second est assez connu, furent Albert Pachost, « grant
baron du royaume de Polaine, lequel avoit esté parmi ix ans
sans mengier ne boire en séant » espèce de chevalier errant,
s'il faut l'en croire, et le frère du bâtard de Lucinge, qui
fut tué à la bataille de Smyrne, Estevenin ou Etienne de Lu-
cinge, originaire du Dauphiné et chambellan de Humbert II ^
Après avoir ainsi donné un corps à son rêve, il revint en
Chypre^ auprès du roi Hugues et de ce comte de Tripoli,
dont il devait partager le sort pendant si longtemps.
1. Chevalerie de la Passion, î" 13 v".
2. « Après la messe célébrée par le commandement et au nom de la
personne du grant prince oriental, son raaistre cy dessus recité »
(C/ievalerie, ibid.). On ne s'explique pas bien ce commandement d'un
prince, qui ne pouvait être que le comte de Tripoli (plus loin il parle
de l'ordre de l'Epée, créé par ce prince oriental). Pierre de Chypre
n'accompagna pas Philippe à Jérusalem et, de plus, quelques lignes
plus loin. Mézières déclare être revenu de Jérusalem auprès de ce
prince. Philippe fut probablement chargé, par le comte, à son départ,
de célébrer cette messe à Jérusalem même.
3. Chevalerie de la Passion, ibid.
4. Les termes sont exprès : « Le povre et jeune ardant désir retourne
de la sainte cité de Jherusalem, a son maistre, le prince oriental. »
(Chevalerie de la Passion, i" 15 v°). Ailleurs, il dit être parti de la
Terre sainte pour l'île « d'Engaddi », nom ordinaire de l'île de Chypre
dans ses ouvrages (Contemplatio. f" 218 v»).
CHAPITRE V.
MÉZIÈRES EN CHYPRE. HUGUES IV. VOYAGES EN OCCIDENT.
Hugues IV régnait alors en Chypre et c'est à sa cour que
Philippe semble avoir trouvé un bon accueil dès l'année 1346.
Comme tous ses prédécesseurs, il cherchait à renouveler
l'élément latin, qui faisait la force de son île, où la population
indigène était complètement éloignée des affaires. Aussi des
chevaliers de toute l'Europe y accouraient-ils, attirés par la
réputation de grande prospérité dont jouissait en Occident, et
avec raison, le petit royaume chrétien. Philippe y séjourna
quelque temps avant de passer en Syrie, il devait y revenir
bientôt.
Le roi lui-même n'était pas fort accessible aux idées mys-
tiques et guerrières du chevalier picard. Malgré ses fréquentes
guerres avec les Turcs, il n'y prit jamais de part personnelle :
c'était un prince énergique, il est vrai, dans sa jeunesse sur-
tout, mais de mœurs très pacifiques. « Il était adonné aux
études sacrées, dit Florio Bustron, et administra son royaume
avec une merveilleuse capacité... Il était d'un caractère doux
et d'une félicité royale digne d'éloges »'.
1. « Il quale era dato a sacri studii, et con maravigliosa virtù am-
ministrô il suo regno... Era de benigno ingegno e lodevole per félicita
reale » (Florio Bustron, p. 258). Lems.de la Bibl. nationale, contenant
la chronique de FI. Bustron (ital. n" 832), porte « lodevole félicita
reale » ce qui sennbic la vraie leçon (f" 5 v"). Cf. Jacques de Berne
(1346-7), dans Rôhricht et Meisner, Deutsche Pilfierreisen, p, 50 :... « und
sucht haim herren Haugen (IV), chunig zu Cippern, einen tugent-
hafîtigen geniidigen undandachtigen herren, der ail suntag und heilig
tag in seiner Cappelien hôrt dy predig von geistlichen lewten, und ich
habauch vor im gepredigt und er hat zehen capplàn gaistlich und lays-
cher briester, dy ail tag vor im mess halltent. » D'après Jauna {flisl. gén.
des rot/, de Chypre..., Leyde, 178o), il aurait été surnommé le Père
Commun par les Chypriotes, pour les secours qu'il leur donna pendant
la famine de 1330 ou 1351(11, 811). Par sa manière de traiter l'histoire,
Jauna est trop sujet à caution pour qu'on puisse prêter confiance aux
faits inconnus par ailleurs et qu'il est seul à mentionner.
- 78 -
Son règne, assez prospère, le plus prospère peut-être de la
domination latine, fut troublé cependant par des démêlés in-
cessants avec les puissances maritimes de l'Italie et par
d'autres malheurs. Les Génois, qui méditaient déjà la con-
quête de l'île, furent ses ennemis les plus tenaces. Dès le
commencement de son règne, Hugues IV fut menacé par la
République et par Robert, l'empereur titulaire de Constanti-
nople. Le pape, consulté, lui recommanda une politique de
conciliation. Un ambassadeur génois, Nicolino Fieschi, dit
Cardinale, vint en Chypre pour s'entendre avec le nouveau
roi ' : il amena la conclusion d'une paix avec les Génois en
1329\ Les pirateries des Génois continuèrent cependant,
suivies de nouvelles réclamations de la part des Chypriotes :
un nouveau traité fut conclu en 1338^ Bientôt, les préten-
tions recommencèrent et, devant l'opposition de Hugues, il
fut question un moment d'une expédition génoise en Chypre* ;
l'intervention de Clément VI amena la signature des prélimi-
naires de 1344. Les Chypriotes durent céder; ils permirent
aux Génois d'avoir leurs prisons dans l'ile, d'entrer dans les
ports sans l'autorisation des officiers du roi, et de cuire le pain
nécessaire à leurs marchands, étrangers à la colonie génoise,
dans le four de cette même colonie. En échange, ils promi-
rent de payer un impôt sur les contrats de vente faits entre
des Génois et des étrangers et admirent la juridiction
royale pour leurs nationaux, qui se trouvaient au service du
roi ou en avaient reçu des fiefs \ La paix définitive ne fut
cependant peut-être pas conclue '.
1. Rinaldi, XXV, 365 (1328, §86).
2. Heyd, llUl. du commerce du Levant, 2» éd., II, 16, note 4; Le Co-
lonie, II. 229.
3. Mas-Latrie, //. de Chypre, II, 166 et suiv.
4. Les ambassadeurs de Hugues furent éconduits d'une manière
honteuse (licentialis minus honesle). Le pape, sollicité par les envoyés
du roi. pria la république d'envoyer des amba>sadeurs à Avignon.
Devant les prétentions des Génois, les ambassadeurs chypriotes décla-
rèrent leurs pouvoirs insuffisant.s. Le pape les décida néanmoins à céder.
Des officiers du roi. cause du conflit, furent changés (Arch. nat. Bul-
laire L. ap. Mas Latrie. Bihl. èc. ch.. t. XXXW, 1873, pp. 65-8). Me-
liano Cattaneo, fils de feu Mallone, fut envoyé enfin à Avignon « pro
negociis Cipri » le 30 mars 1344 (Gènes, Arch. d'Etat, Rat. intr. et exi-
tus, 1343, f'^ 61 V").
5. Cf. Heyd, Ilist. du comm., II, p. 17.
6. Hevd, ibid.
— 70 —
Vers la même époque (1340) les déA-astations du coseigneur-
corsaire de Nisjros, Ligorio Assanti, vassal de Tordre, ame-
nèrent un conflit entre les Hospitaliers et le roi; leurs revenus
furent confisqués par Hugues IV \ mais il n'y eut pas d'autres
conséquences. Enfin les Vénitiens eux-mêmes, dont la con-
duite fut si bienveillante pour ses successeurs, cherchèrent
à étendre leurs privilèges au commencement de son règne:
Pierre Zeno, l'envoyé de la République, après avoir félicité
le roi sur son avènement, lui exposa ses demandes sans lui
offrir une compensation. Le roi n'ayant pas répondu d'une
manière précise, le sénat défendit le commerce avec l'île et
ordonna à ses sujets de la quitter immédiatement^ Le traité,
assez pou important, no fut conclu qu'en 1328. On accorda
aux Vénitiens un nouvel établissement à Paphos, mais l'at-
taque de la loge de Famagoustc par une bande de Siciliens et
de Chypriotes (1349) et la guerre qui éclata bientôt entre
Gênes et Venise, guerre qui sauva peut-être l'île d'une inter-
vention plus énergique des Génois, ne durent pas contribuer
beaucoup à favoriser le commerce vénitien en Chypre, sous
le règne de Hugues IV'. Enfin Guy, roi d'Arménie, son pa-
rent, lui demanda de délivrer à Bohémond et Jean de Lusi-
gnan les fiefs qui avaient appartenu à leur père, Amaury,
prince de Tvr : Bohémond alla même jusqu'à Avignon pour
demander justice au Pape*. Le règne de Hugues IV futattristé
par des inondations (1330), par la peste et les sauterelles^
Ces malheurs et le tempérament pacifique du roi, autant
que ses démêlés avec les voisins, empêchèrent Hugues IV de
prendre une part décisive dans les croisades de 1344 et
1345. Il adhéra aux ligues de 1334, 1350 et 1357, mais son
rôle fut assez effacé dans les expéditions qui furent organisées.
1. Bosio, II, an. 1340, p. 38 de l'éd. de 1594; Ilopf, Chron. gréco-
romaines (Borlin, 1873), table VII, n» 4.
2. Archirio Venelo, XVllI, pp. 319 et suiv. ; Mas-Latrie, II, 135. 137
et suiv., 142 et suiv.
3. Heyd. iht'd.. p. 21. Le colonie, II, 301 et note 5.
4. Arch. Or. Int., t. II, p. 5. Depuis. la chronique dont on y donnait
les rubriques, a été publiée dans le t. II des Hist. arm. des croisades,
qu'il nous a été imjiossible de consulter. Sur Guy, v. Rinaldi, 1345, § 7.
5. L. .Mâcheras, Chr. de Chypre, éd. Sathas et Miller. (Publ. de
l'éc. des langues orient, viv., Paris. 1882), I, 3fi-7; .\madi, 404-5. 407;
Bustron, 254-5, 257 : Lorédan, (trad. franc.), I, 341-5, 352-4; Et. de Lusi-
gnan, Description de Chypre (Paris, 1580), f" 144.
- 80 —
Co n'était pas l'homme que cherchait Philippe de Mézières :
il ne serait pas resté en Chypre, il n'y aurait pas habité pen-
dant une grande partie de sa vie, la plus belle, s'il n'y avait
trouvé que le bon sens pratique et la sagesse réservée du
vieux roi. Celui auquel il pensait dans ses projets d'avenir,
le vaillant « prince oriental », dont il attendait la délivrance
de la Terre Sainte, n'était pas Hugues IV, même en 1346,
mais son second fils, celui qui devait être plus t.ird Pierre le
vaillant et qui n'était encore que le comte de Tripoli.
Pierre de Lusignan naquit le 9 octobre 1329, le jour de
saint Denis \ Toutes les planètes se rassemblèrent, dit allé-
goriquement son biographe, Guillaume de Machaut, autour
du berceau de cet enfant destiné à de si grandes choses.
« Li clers solaus » s'y trouvait avec la lune et « des estoiles
la commune », les nymphes y étaient venues aussi, les dieux
et les déesses, les « satireaus » et leurs compagnes, les « tra-
gédianes ». Circé seule manquait à cette solennelle assemblée.
Mars prit la parole, il déplora la perte de ses grands amis :
...Li bon roy Alixandres,
Qui conquit Angleterre et Flandres,
Et tant qu'est terre et mer parfonde,
Qu'il fut seigneur de tout le monde,
Hector et César, Judas Machabée et David, Josué et Char-
lemagne, Artus, « qui ot mult de peine » et Godefroi de
Bouillon. On s'accorda à reconnaître la justice de ses plain-
tes : une « créature » merveilleuse devait être formée pour
persévérer dans leur voie. Mars et "Vénus présidèrent à sa
naissance, Vesta sacrifia à son berceau, Saturne, le père
des Dieux, demanda pour lui « li présent » de la bra-
voure, les autres s'empressèrent d'imiter sa libéralité. « For-
tune » ne se trouva pas peut-être dans la divine assemblée :
Car en la fin on le sara,
Selonc ce qu'elle li fera.
1. Machaut, La prise d'Alexandrie, Genève, 1877, éd. L. de Mas-
Latrie, p. 5. .\zario (Muratori, /?. //. Scr., XVI, 410 d.) le croit âgé de
vingt-cinq ans en 1363 ; il aurait eu onze ans an moment de sa fuite en
Occident (13'»9), ce qui est inadmissible. Cf. Mas-Latrie, ïhid.. note 1.
I
— 81 —
Trois déesses se chargèrent d'élever cet enfant extraordi-
naire: Hébé, (( des cieux boutiliière », pendant son enfance,
Jusque à Testât de congnoissance,
Ou plus avant, se me.stier yere,
puis Minerve et Junon, auxquelles Saturne recommanda
chaleureusement son protégé. Vénus devait « l'entroduire en
amours », Mars demanda pour lui une armure à Vulcain,
qui déclara vouloir lui en fabriquer une meilleure que celle
de feu Ajax, quand il combattit contre
...Ulixes, duc d'Uhxie.
Vesta enfin lui donna son nom, que le poète anagrammatise
avec délices, en y retrouvant le sien propret
Le jeune comte de Tripoli fit honneur à cette merveilleuse
éducation. Depuis l'âge de neuf ans, à peine « de norrice...
exiens », il manifesta les qualités qu'il devait développer plus
tard. Il faisait le plaisir
De dames et de demoiselles,
et montrait des dispositions évidentes pour le métier des armes.
Il était brave et pieux, tel qu'il le fut pendant toute sa vie.
Et avoit armes et honneur
Seur tout, après nostre Signour,
Car en ses œuvres et ses fais
Estoit en l'amour Dieu parfait '^.
Il eut bientôt des visions, qui enflammèrent encore d'en-
thousiasme mystique son ardente imagination. Il était à
Famagouste peut-être, ou au couvent des bénédictins de
Stavro-Vouni, près de Larnaca'\ lorsque la croix du bon
larron lui apparut dans l'air. Le jeune prince l'adorait dévo-
tement, quand une voix, lui annonçant sa mission, se fit
entendre quatre ou cinq fois, lui disant :
Fils, entrepron le saint passage.
Et conqueste ton héritage.
Que Dieus aus sains pères promist,
Et ou pour toy son corps tout mist.
1. Machaut, o. c, pp. 1-9.
2. Machaut, p. 9.
3. Cf. ibid., note 3.
N. JoRG.v. Philippe de Mézières. 6
- 82 —
Ce fut une révélation pour Pierre ; dorénavant cette pen-
sée seule dirigera ses actions ; aussitôt après, dit le poète-
chroniqueur, il se mit à
penser durement
Et souvent et parfondement
A la chose qui li fu dite^
Il n'était pas encore l'héritier de son vieux père : Guy, son
frère aîné, connétable de Chypre^ (1329), et plus tard, paraît-
il, maréchal de Jérusalem aussi (1336) ^ marié déjà (1330) à
Marie de Bourbon, fille de Louis de Bourbon, devait lui
succéder; il était décidé cependant à emploj'er toutes les
forces du royaume pour cette croisade qui devait lui rendre son
héritage, si jamais les couronnes de Chypre et de Jérusalem
devenaient siennes. « Depuis sa jeunesse, dit Philippe de
Mézières, Pierre désirait ardemment [desiderio desiderabat.) la
délivrance de son patrimoine et sa purification, se proposant
dans son cœur, que si le sceptre du royaume de Chypre lui
revenait jamais, grâce à Dieu, il exposerait pour l'acquisition
de la Terre Sainte sa personne, ses biens et ses Etats »'\
Hugues IV ne vit pas avec beaucoup de plaisir ces dispo-
sitions de son fils ; il voulait aussi la croisade, mais une
croisade défensive, très prudente et sans ces actions d'éclat
qui pouvaient amener des désastres. 11 prit part aux ligues
formées par les papes, parce que c'était presque leur but. 11
voulait un royaume paisible et prospère, des mers ouvertes
au commerce de l'Occident et débarrassées des pirates turcs
1. Machaut, p. 11.
2. FI. Bustron, p. 2f)4.
3. C'est le titre que lui donne une liste des membres de la cour
royale de Chypre en \'A'M-> (Commem.. lll, n" 393; t. II, p. 69). 11 signe
cependant comme connétat)le en 1338 (Mas-Latrie, II, 178). Le poste
de maréchal de Jérusalem était le seul vacant alors. Pouvait-il réunir
les deux titres? .le n'ose l'affirmer ou le nier.
4. Viln S. Pelri Thomae. Acla sanctorum de Janvier, 11, p. 1007 :
« Petrus.... a juventute sua desiderio desiderabat liberationem hae-
reditatis suae paternae, regni Jérusalem, necnon liberationem civitatis
sanctae et mundationem ejus, in corde suo proponens, quod si a Deo
sceptrum regni Cypri sibi eveniret, in acquisitione terrae sanctae
personam, bona et regnum exponeret. » On retrouve presque les mêmes
paroles dans la lettre du roi aux Florentins (15 juin 1362) ap. G. .Miiller.
Docum., sulle relaz. délie cilla Toscane coWUrienle, Florence, 1879,
in-4«, p. 108.
— 8.*', —
et chrétiens ; il ne pensa jamais sérieusement à reconquérir
ces États de l'Asie qui avaient appartenu à sa famille et qu'il
regrettait peut-être. Pendant tout son règne, Pierre dut ca-
cher ses grands projets de conquête.
Bientôt la mortde son frère (1346^) lui assurant lasuccession
au trône, l'encouragea encore dans sa résolution. Il pensa à
préparer les moyens par lesquels il pourrait délivrer plus
tard la Terre Sainte. Très jeune encore (avant 1.346^), il avait
conçu déjà l'idée de son ordre de ÏEpée, que Philippe lui
suggéra peut-être. C'était une époque très favorable à la
création de nouveaux ordres de chevalerie. Partout, dans
ce quatorzième siècle si fécond en aventures et en per-
sonnages curieux, des ordres pareils se formaient : les nobles
de Dauphiné en avaient fondé un pour se défendre eux-
mêmes et pour soutenir leur suzerain. D'autres, dont le but
était plus semblable à celui de l'ordre de l'Épée, ne tardèrent
pas à apparaître ; Louis de Bourbon créa l'ordre de « VEscu
d'or », pendant qu'il se préparait à partir pour la croisade ;
Amédée de Savoie, prince enthousiaste et guerrier, qui res-
semble beaucoup à Pierre P"", son contemporain, créa, àla veille
de son expédition de 1366 peut-être, l'ordre de V Annonciade'^
et Jean, roi de France, était le chef de celui deïEfoile^.
D'après Machaut, l'ordre de l'Épée date de l'époque à la-
quelle Pierre de Lusignan eut sa vision au couvent des béné-
dictins. 11 ne donne pas de renseignements plus détaillés sur
son but, qui était celui de délivrer la Terre Sainte. Il avait
vu lui-même des chevaliers de l'ordre et cela « mille fois »^
Leur devise était « entre toute gent » une épée d'argent, à
la poignée en forme de croix et sur un champ d'azur, tout au-
tour, cette devise : C'est pour loiauté maintenir^ . Les mem-
1. Arch. Venelo, XXI 2, 324.
2. En revenant de Jérusalem en 1347, Mézières mentionne cet ordre
comme existant déjà et en état de faciliter ses projets {Chevalerie de la
Passion, f" 15 v") : « et par le moyen de son gracieux ordre de l'espée
devant Dieu... ».
3. Marquis de Loray, Jean de Vienne, amiral de France, Paris, 1878,
8°, p. 36 note; Muletti, Memorie slorico-diplomatiche di Saluzzo,
Saluces, 1829-;{3, IV. 60.
4. Fondé en 1351 (Léopold Pannier, La noble maison de Saint-Ouen,
pp. 88-106).
5. Machaut, p. 11.
6. Machaut, ibid. On voit aujourd'hui encore, dit M. de Mas-Latrie
— 84 —
bres de l'ordre, dit Félix Fabri dans ses voyages, portaient
une épée d'argent à la poignée d'or, dont on a vu la forme,
et une bande bleue avec l'inscription citée. Ils portaient
aussi au cou une chaîne d'or en forme d'S, ce qui signifiait
silence. Le grand maître était le roi de Chypre ; les cheva-
liers devaient quitter toute autre guerre pour accourir à son
appel.
Des chevaliers étrangers venus de France, d'Espagne, de
Rome, de Lombardie, d'Allemagne et de Sardaigne furent
affiliés' par le jeune prince à son ordre qui fut peut-être un
facteur important dans la croisade de 1366. Les chevaliers
s'engageaient à mener une vie pure, l'épée signifiant, d'après
Machaut, « purté de cuer et nette vie »,• et la pointe étant
destinée à écarter les paresseux \
L'ordre prospéra, même après la mort de son fondateur,
avec la même organisation. En 1396, Jacques I"', son frère,
arma chevalier de l'Épée un pèlerine Ceux qui recevaient
à Jérusalem l'ordre de la chevalerie du Saint-Sépulcre, dont
parle Gumppenberg (1483)*, étaient affiliés en Chypre, à cet
autre ordre peut-être. Nicolas d'Esté et quatre des seigneurs
de sa suite furent armés par le roi Janus, en 1413, et le ré-
dacteur du récit que nous possédons de son voyage parle de
« sa devise de l'Épée, avec la brève inscription [attorno) qui
dit : Pour le aiut [sic) maintenir ». Le marquis revint du pa-
lais, portant au cou « une chaîne [collana) d'or sculptée, très
belle, avec un grand saphir sur la devise du roi^ Frédéric III
(ibid., pp. 277-8), ces insignes sur un des écussons qui décorent la
façade du palais du Municipe (à Venise), ancienne résidence des Cor-
nari de Piscopi, sur le grand canal. Pierre y habita pendant son pre-
mier voyage en Europe. C'est alors qu'il arma chevalier de son ordre
Frédéric Cornaro. Coronelli dédia la carte de Chypre à Jean-Baptiste
Cornaro de Piscopi, chevalier de l'Ordre de l'Epée, et en reproduisit sur
la feuille l'écusson (ibid, 278) Cf. sur l'Ordre de l'Epée Hist. de Chypre,
II, p. 250, note, et p. 433, note; III, p. 7, 815, 817 et Bibl. de l'école
des chartes, U" série, t. V, p. 421.
1. Machaut, ibid.
2. Machaut, pp. 13-15.
3. Mas-Latrie, Ilist. de Chypre, t. II, p. 433.
4. Rôhricht et Mcisner, Deutsche Pilgerreisen nach dem hciligen
Lande, Berlin, 1880, 8", p. 118.
5. N. da Este, Viaygio a Gerusalemme, dans les Miscellanea di
oposcoli inediti o rari nei secoli XIV et XV, Prose, 1, Torino, 1861,
p. 138 « la sua divisa délia spada, con lo brève attorno che dice : Puor
— 85 —
d'Allemagne fut affilié aussi à cet ordre comme pèlerin,
en 1436*.
Philippe de Mézières fut peut-être un des premiers cheva-
liers do l'Épée. Dès sa première arrivée en Chypre, des rela-
tions amicales durent s'établir entre le jeune prince et le
chevalier picard, venant de cet Occident, qui apparaissait si
brillant à l'imagination du comte de Tripoli et vers lequel
il devait s'enfuir quelques années plus tard, incapable de
retenir plus longtemps son désir. Le tempérament mystique
et guerrier de Philippe était fait pour lui plaire aussi : dans
cette cour de son père, si paisible et si monotone, il avait
trouvé enfin quelqu'un auquel il pût confier sans crainte et
avec plaisir ses rêves de guerres pieuses et de conquêtes
lointaines.
Un peu plus âgé que son maître et plus savant que lui, Mé-
zières lui communiqua probablement son intention de prêcher
une nouvelle croisade et les moyens par lesquels il espérait
réussir. Aussi, bien qu'il quittât l'ile en 1346 pour gagner ses
éperons à la croisade, il resta toujours le serviteur du prince.
Quand, après la fin de l'expédition, il eut accompli son pèle-
rinage à Jérusalem, il se hâta de revenir en Chypre, où
l'attendait ce « jeune roi oriental, énergique, magnanime et
élégant de sa personne )>^ auquel il pensait confier le nouveau
projet qu'il venait de former sur les lieux mêmes de la
passion du Seigneur^
lo aiut mantenir », « una collana d'oro lavorata, bellissima, e con un
grosso zaffirosopra alla divisa del re ».
1. Herquet, Cyprische Kônigsgestallen, p. 31: « wodurch uns nocli
die Statuten erhalten sind ». La fondation de l'Ordre de l'Epée par
Pierre ^''' expliquerait la différence entre ses monnaies et celles de son
fils : les premières représentent un roi barbu, portant dans sa main
droite une grande épée nue ; les autres remplacent cette épée par un
sceptre (cf. Schlumberger, Numismatique de l'Orient latin, p. 194).
L'épée était gravée aussi sur son sceau (Mas-Latrie, Bibl. éc. chart.,
l'e série, t. V, p. 423). Pagano {Délie imprese e del dom. dei Genov.
nella Grecia, *Gènes. 1852, p. 223) parle d'une épée nue que le roi
portait habituellement à son cou par naine des Sarrasins (!).
2. « Quemdam regem orientalem juvenem, s. strenuum, magnani-
mum et in persona elegantem, calculo utique et igné hujus desiderii
non mediocriter percussum et accensum » {Oratio Iragedica. f" 191).
3 « Visitavit terramsanctam, ipsamquepromoduloexplorando,
quo facto, transfretavit ad Engadi insuiam, ubi moram non modicam
cum rege insuie (c'est évidemment Pierre, bien qu'il ne fût pas
encore roi) elegit, et mores infidelium orientalium, et maxime terrara
- 86 -
Il rosta pendant longtemps, dit-il, auprès des deux rois,
le père et le fils. Si Hugues ne devint pas plus favorable à
ses idées, Pierre lui accordait toute sa confiance. Il n'avait
pas l'intention de passer sa vie cependant en Chypre, et ce
n'est pas à cette époque qu'il prêta serment au prince, qu'il
devint son homme lige et son collateralis\
Ce séjour en Chypre lui fut très utile. Il profita de la
proximité des différents états musulmans, de la présence des
innombrables pèlerins et marchands qui s'arrêtaient en
retournant de l'Orient dans cette île, qui était une étape pour
toutes les expéditions, militaires et commerciales, de ses
relations avec les chevaliers chypriotes mêmes qui avaient
combattu avec les Infidèles sous Hugues IV et son prédéces-
seur, pour obtenir les renseignements les plus nombreux et
les plus précis sur l'état où se trouvaient les pays de l'Orient.
Il rapportait, dit-il, tout ce qu'il entendait dire à la cour des
princes et des grands, à son idée de prédilection, le passage'.
« Pour lequel désir du dit solitaire, ajoute-t-il ailleurs, être
mis en l'euvre par la chevalerie de la chrestienté, en sa jeu-
nesse demeurant au service des deux roys de Chippre, le
père et le fils, il demandoit continuelment et enquéroit
ardemment à ceulx du pais en Surrie et ailleurs, à merchans
et anciens chevaliers et aux Sarrasins convertis, c'est-assa-
voir de Testât des princes de Egipte, de Surrie, de Turquie
et de Tartarie »'. C'est alors qu'il apprit la force des émirs
turcs de l'Asie et celles du Soudan et ces données curieuses
sur le « grantcaan » de Tartarie, sur la Nubie et les pays fabu-
leux de l'extrême Orient qui rendent si intéressante la lecture
du Songe du vieil pèlerin. Les équipées chevaleresques, sans
organisation et sans but, lui firent toujours horreur ; si la
sanctam occupancium, vigilanter inquisivit, ut videlicet, in posterum
exercitatus, ac de pratica (sî'f) acquirendi terram sanctam competenter
instructus, catholicis regibus ad tam sanctum opus annunciando, invi-
taret, ac fratribus suis catholicis vituperium christianorum et passagium
sanctum suo modo predicaret » (Co7iteinplatio, î° 218 v»).
1. Oratio tragedica, i° 191.
2. Nova religio (Milicia), f" 10.
3. Epistre lamentable, p. 508, cf. Contemplatio, f<>218v". Il nomme,
dans le Songe du vieil Pelei-in, un de ses informateurs, un certain
Bargadin, né à Metz, qui passa huit ans à Cambalech (I, f° 52 v"). Sur
les récits d'un marchand génois, qui passa cinquante ans dans l'Inde,
V. f» 50 V.
— 87 —
chrétienté devait partir encore une fois pour délivrer les Lieux-
Saints, elle devait connaître l'état des pays, où allait se livrer
la bataille.
Pierre de Lusignan suivait avec intérêt les recherches de
son anrii. Puis, quand l'Orient lui fut suffisamment familier
pour qu'il pût mesurer les chances d'une nouvelle expédi-
tion, il se décida définitivement à l'entreprendre. Ceux qui
connaissaient en Chypre ses projets, approuvèrent aussi' le
plan de Philippe de Mézières*.
Les difficultés étaient trop grandes cependant, pour que le
seul royaume de Chypre pût remplir la grande mission de la
délivrance. Pour la première fois, le jeune comte de Tripoli
se proposa de demander le secours de ses frères de l'Occident,
dont les pays étaient si étendus et si riches. En attendant
son avènement au trône, qui le rendrait libre de commencer
l'expédition proposée, et pendant la vie de son père trop pru-
dent, qui « se courroussait ^i durement, » en apprenant les in-
tentions de son fils et héritier, c'était l'œuvre que devait rem-
plir son conseiller. Philippe lui-même lui proposa peut-être
ce voyage, content de jouer enfin ce rôle de nouveau Pierre
l'Ermite auprès des princes et des communes de l'Occident.
Il devait s'adresser d'abord au Pape, le chef des ligues
défensives formées jusqu'alors, puis ensuite à un jeune
prince français, dont le tempérament chevaleresque et
enthousiaste, destiné à lui causer bien des malheurs, était
1. Epistre, l. c. « Et fu trouvé tel conseil notable et autentique dès
lors, en la présence du vaillant roy Pierre... que la confirmation de
l'emprinse de la dicte chevalerie par bonne volonté et par veu fu dés
lors détei'minée » (p. 508). Cf. Chevalerie de la Passiox, f° 1.
« Laquelle chevalerie pour estre produite en lumière de la crestienté,
un roy oriental très vaillant et très catholique, par le conseil des plus
sages, vaillans et preudommes clers, chevaliers, bourgois et marchans
crestiens des parties d'Orient an l'espace de temps de .XL. ans dé-
votement ont receue » Cf. ibid., f" 15 v<> : « Lepoureet jeuneardant
désir, retourne de la sainte cité de Jherusalem a son maistre... et
faite sa relacion pour la sainte chevalerie estre mise en lumière en
son temps par le dit prince, par veu et par promesse et par le moyen
de son gracieux ordre de VEspée devant Dieu, elle fu par lui dévotement
accordée, et vaillament déterminée, comme il appert plus clerement
en l'espitre de la première invencion et inspiracion de la dicte cheva-
lerie. » Si Philippe fait allusion à la première rédaction de son ou-
vrage (1367-8), il se trompe sur le nombre des détails qu'il y donne
sur cet événement.
— 88 —
fait pour plaire au comte de Tripoli et à son ardent ami.
Peut-être même Jean, duc de Normandie, avait-il manifesté
déjà son désir de passer la mer pour délivrer les Lieux-Saints
et était-ce Philippe de Mézières, qui en avait apporté le
message en Orient. Ce qui est certain, c'est que Jean, devenu
bientôt roi de France, fut toujours très disposé à entre-
prendre une nouvelle croisade : de plus, en 1362, quand il
prit enfin la croix avec Pierre I" et quelques autres sei-
gneurs, il déclara au pape qu'il ne faisait que remplir un
vœu conçu depuis longtemps, dans sa jeunesse'.
On ne connaît pas l'époque précise du départ de Philippe;
on pourrait cependant en fixer les limites approximatives. Il
dut revenir de Jérusalem vers la fin de l'année 1347^ ; il
n'était plus en Chypre vers le mois de septembre de
l'année 1349, quand Pierre de Lusignan quitta l'île pour
s'enfuir en Occident. Il n'aurait pas manqué de suivre son
maître dans cette escapade ou plutôt de l'en dissuader, et
les chroniques qui donnent le récit très détaillé de la fuite
ne le mentionnent pas. C'est donc en 1348 ou en 1349, au
commencement de l'année, qu'il dut se séparer du comte de
Tripoli, et peut-être les nouvelles qu'il lui envoya sur la dis-
position des esprits en Occident ne furent-elles pas étran-
gères à la décision violente et assez inexpliquée du jeune
prince'.
La mission ne fut pas heureuse.
1. Chevalerie de la Passion, f" 15 v°. « Encores ledit jeune prince
oriental, lors appelle conte de Triple, manda ledit ardant désir, pour
anoncier la dicte chevalerie au pape Innocent et aux autres princes
d'Occident, et par especial au filz ainsné de Philippe de Valois, roy de
France, Jehan, lors duc de Normendie. »
2. 11 déclare avoir visité minutieusement la Terre-Sainte (cf. Con-
templalio, fo 218 v»), et les croisés de Humbert II ne furent licenciés
que vers le commencement du printemps de l'année 1347.
3. Ce premier séjour de Philippe de .Mézières en Chypre est tout à
fait certain. Il parle des habitudes pieuses de Hugues IV « de veue et
douye » (5. du vieil Pèlerin, t. Il, f» 113 v"). Le passage a été reproduit
par M. de Mas-Latrie dans ses notes à YHist. de Chypre (11,207 note).
Philippe garda toujours un bon souvenir de ce prince, dont il admirait
la piété. Après avoir raconté la manière violente dont il imposait le
silence à ses chevaliers pendant l'office divin, il ajoute : (/. e.) «Quel
merveille? car il se faisoit ray.sonnablement doubter, et comme vray
catholique, a grant révérence et silence; il faisoit célébrer l'office divin
devant lui, et par la vertu de la foyet révérence sustouchée, en milieu
des mecreans, il régna grandement et puissament... » Cf. P. Paris
1
— 89 —
Le pape Clément MV, bien que partisan, comme tous ses
prédécesseurs, de l'idée de la croisade, et promoteur des
ligues qui amenèrent les deux victoires de Smyrne, était trop
affaibli dans ses ressources par les guerres qui ruinaient la
chrétienté entière, pour pouvoir mettre sur pied une nouvelle
expédition. Quant au duc de Normandie, qui ne tarda pas à
succéder à son père — que Philippe devait visiter aussi —
les guerres avec les Anglais le contraignirent bientôt à res-
ter dans ses États. Ces guerres devaient d'ailleurs faire avorter
pendant tout le xiv" siècle les tentatives de croisade.
Pierre voulait-il essayer lui-môme là où son envoyé avait
échoué? Était-ce uniquement le désir de voir l'Occident, qu'il
se représentait si brillant, avec ses fêtes chevaleresques et
ses tournois?'^ Était-il plus mécontent que de coutume de la
conduite de son père envers lui? Ce qui est certain, c'est qu'il
se décida à partir, sans qu'on sache le but de son voyage.
Il prit le conseil de quelques chevaliers et, après s'être en-
tendu avec son frère Jean, déjà connétable de Chypre, il
partit vers la côte, avec deux de ses intimes, Simon de Norès
et Pierre de Couches ^ qu'on retrouve plus tard parmi ceux
(mémoire cité, p. 375) : « rien dans la vie du chancelier de Pierre I"
n'indiquant qu'il ait pris la moindre part aux affaires sous le règne de
Hugues IV... » C'est très probable; mais il y résida, et même à deux
reprises.
1. Ce ne peut pas être Innocent VI, élu en 1352, ainsi que le croit
Mézières, puisqu'à cette époque il y avait déjà deux ans que Jean n'était
plus duc de Normandie. Chevalerie de la Passion, f" 15 v". La fuite
de Pierre en 1349, la manière dont Philippe raconte, dans la Vita,
l'arrivée de Pierre Thomas en Chypre (sans mentionner leurs relations
à cette éj)oque) nous font admettre que le départ de I^hilippe ne
dut pas arriver en 1352. Il y a évidemment une confusion dans le
rapprochement des deux noms d'Innocent \'l et de Jean, duc de Nor-
mandie, et, bien que Philippe eût pu plus facilement se tromper
sur la qualité du prince, qu'il visita, que sur le nom du pape auprès
duquel il fut envoyé, la seconde hypothèse serait plus probable. Il ne
mentionne jamais en effet (|ue quatre papes l'ayant connu et ayant
approuvé ses projets: Clément VI, Innocent VÎ, Urbain V et Gré-
goire XI. Cf. Chevalerie de la Passion, f"* 1 et 5. La Chevalerie fut
écrite en 1396 et il n'eut pas de relations avec Avignon, après son
voyage de 1375 (le schisme et par conséquent l'élection de Clément VII.
auquel il se rallia, date de 1378), mais « le pape Uenedic » demanda
son livre sur la chevalei'ie « de son propre mouvement » (ihid., 1 14 v).
2. C'est l'opinion de M. de Mas-Latrie (Machaut, p. xi.\). Cf. « lus-
trandi orbis cupiditate », dans la lettre de Clément VI au roi (Rinaldi,
1349, §31: cf. Mas-Latrie, //. de Ch., IL p. 206).
3. Sur la famille, v. Mas-Latrie, L'ile de Chypre, p. 351.
— 90 —
qui l'accompagnèrent dans ses expéditions. Un troisième
chevalier, Jean Lombard, qu'il aimait spécialement, mécon-
tent du salaire que lui donnait le roi', lui demanda la permis-
sion de quitter l'île : il devait se réunir aux deux princes et
s'enfuir avec eux. Un page du comte de Tripoli informa le
roi de ce qu'on avait décidé^: Jean Lombard, arrivé à Fa-
magouste, avait trouvé ses maîtres déjà partis sur deux
petites galères du port de Stelaria ou de Stelargia; Thomas
de Montolif, lieutenant du bailli de Famagouste, arrêta leur
confident et le mit à la torture pour lui faire confesser sa
participation au complot. On l'envoya ensuite à Nicosie, où
il fut enfermé dans le palais même du connétable. Deux vais-
seaux furent armés pour chercher les fugitifs: le premier'^
explora la mer jusqu'à Chio, sans les trouver; puis tous deux,
sous le commandement de messire Denis ^ et de Louis" de
Norès partirent pour l'Occident, portant des lettres pour le
Pape et pour les autres princes, leur demandant de retenir
les fugitifs. Le 23 avril, pour se venger de sa complicité,
Hugues IV fit couper la main et le pied de Jean Lombard qui
ensuite fut pendu^
1 800 perpères par an. Le roi refusa d'auc:menter son revenu.
Machoras, Chronique de Chypre, éd. Sathas et Miller, Paris. 1886, dans
la Bibliothèque de l'école des langues orientales, I (texte), p. 44. Loré-
dan le nomme « chevalier aux gag-es du prince et son premier favori »
{l. c, p. 357); il était chevalier stipendié du roi.
2. Lorédan, ihid. Le roi serait accouru aussitôt à la marine, ce qui
aurait causé le départ précipité des princes, qui ne purent pas attendre
l'arrivée de Lombard. Lorédan avait écrit beaucoup de romans.
Nous ne connaissons pas le port de Stelaria (SrT)Xap;a. STriXâpyia, Mâ-
cheras, p. 44, et n. 6. Stelaria, ap. Strambaldi.)
3. Mâcheras, p. 45 : Ka'; è'-S'^sv xo sva (■/.^t'tspyov) àroù to'tiov e!; to'tïov...
•/al £-fiyav to; Tr,'/ Xi'Jv... y.a'i xô aXXov y.âxEpyov èyor/exov si; xôv X'.jAiovav ttj;
'A[jLao'/oj(Txoj. D'après Amadi, les deux vaisseaux partirent d'abord pour
Chio (p. 407). Cf. Lorédan, /. c, p. 364.
4. !\iachéras (p. 45) le nomme Tsv^; (n. 6) et Nsv^;, ce qui est évi-
demment une erreur. Strambaldi écrit : Tenes. Dans sa traduction. M.
Miller croit que ce nom correspond à Antoine (II, p. 49). Amadi le
nomme « messer denis.sa » (« nisso» en marge du Ms. de Paris, f" 12,
édition, p. 407; Denisia, 408, Deni.ssa); Bustron : « di Nissa (Ms. de
Paris, f" 4 v», édition René de Mas-Latrie, p. 257 : de Nizza). Lorédan
en fait .lean de Nice ! /. c p. 364.
5. Alvise. Un autre Alvise de Norès (et non Thénouri) vivait vers
l'époque d'Etienne de Lusignan (p. 13 « Àloyse Denores »). Notre per-
sonnage mourut le 12 octobre 1369 (Mas-Latrie, Vile de Chypre, p. 362;
cf. p. 363).
6. Mâcheras, p. 45.
— 91 —
On les retrouva enfin, vers le mois de septembre 1349, en-
tre les deux Siciles et, malgré leur résistance', les deux prin-
ces furent ramenés en Chypre. Hugues IV récompensa ma-
gnifiquement les patrons des galères : Antoine eut une rente
annuelle de 1,000 besants pour lui, de 1,000 lijperpères pour
ses héritiers ; Louis de Norès fut autorisé à lever 2,000 be-
sants par an, lui et ses héritiers, sur les meilleurs revenus
du roi. Toute l'affaire coûta à Hugues IV quelques dizaines
de mille de besants ^
Les coupables furent amenés à Cérines, où Hugues les atten-
dait : on les enferma dans le château où se trouvait le roi
lui-môme. On s'imagine bien que cela ne dura pas longtemps ;
après une prison de trois jours, Pierre et son frère revinrent
avec lui à Nicosie et furent rétablis dans leurs dignités^
1. Lorédan bâtit un roman entier sur leur prise ; c'est lui qui en
fixe la place (/. c, pp. 364-6).
2. Ci. Lorédan, l. c. ; Bustron, p. 257 ; Amadi, p. 408.
3. Un nouveau roman dans Lorédan. Lo roi aurait voulu tuer le
prince qui aspirait peut-être à la couronne et qui insulta son père pour
se venger de la mort de Lombard. 11 aurait été converti par la mort
arrivée par accident de Thomas et d'Isabelle, ses enfants, et par les
conseils de son confesseur. Pierre serait resté en prison jusqu'en 1352
(cf. pp. 370 et siiiv.) Il attribue la fuite à une intrigue d"auiour(pp. 357
et suiv.), ce qui est admis par le seul archevêque Cyprien dans .son
histoire de Chypre (Venise, 1788, en grec, p. 156). V. pour le vrai
motif, Mâcheras, pp. 43-4.
CHAPITRE VI.
MÉZIÈRES EN OCCIDENT. — DERNIERES ANNEES DU REGNE DE
HUGUES IV. — AVÈNEMENT DE PIERRE l".
Sa mission achevée, Mézières ne revint pas en Chypre et,
pendant quelques années, on le perd de vue. Peut-être la fuite
du comte de Tripoli indisposa-t-elle contre lui le vieux roi,
qui le soupçonnait d'avoir trempé dans cette affaire et qui
lui aurait interdit le retour.
Il ne continua même pas les voyages destinés à faire con-
naître ses projets en Occident. Après ces premières années
d'activité heureuse au service de .''idée de la croisade, il se
résigna à recommencer sa vie de guerres et d'aventures. S'il
ne fut pas chanoine à Amiens, ainsi que le croyait Becquet',
si l'on ne trouve plus de traces de son séjour dans cette
ville , il se pourrait bien qu'il eût servi en Espagne
Alphonse XI, roi de Castille^
On pourrait croire aussi que Jean II, devenu roi de France,
le prit à son service et qu'il l'attacha à sa personne, car
Philippe de Mézières connaît bien ce roi ; il donne sur
lui dans ses ouvrages des détails très minutieux que tout
le monde ne pouvait pas connaître. Il cite à Charles VI
la manière dont son grand-père traitait les rapporteurs,
manière blâmable, qui amena « pluseurs maulz... en la nave
1. « Rediens ad propria (après ses guerres en Lombardie et à Naples)
obtinuit canonicatum in ecclesia Ambianensi, quo per sexennium rite
defunctus, anno 1357 (erreur pour 1347?) peregrinationem in Palaes-
tinam aggressus est. Inde ad Cyprum insulam ad Hugonem...» (p. 102).
Faut-il y voir l'indication d'un nouveau voyage en Terre-Sainte? Je ne
le crois pas, bien qu'il y soit allé plusieurs fois, d'après son propre
témoignage. 5. d. v. p., I, f" 7 : « J'aye esté pluseurs fois oultremer »
(dans les guerres de Pierre !'=■■ évidemment). Il semble être revenu en
Chypre après la mort de Hugues, qui serait mort au contraire paulo
post, d'après Becquet, ibid. Cf., p. 29 du présent ouvrage, note 1.
2. V. pages 68-69 du présent ouvrage.
^ 93 —
françoise, qui ne sont pas à reciter, pour la révérence des
personnes »'. Plus loin, en critiquant les réceptions qu'on
faisait en France aux grands princes étrangers, réceptions
trop enthousiastes au commencement pour que cette « vaine
gloire » pût durer longtemps, il cite* l'exemple des visites
que firent au roi Jean le duc de Lancastre et Charles IV, roi
de Bohème. Peut-être est-ce à lui-même qu'il pense, quand,
dans ce même ouvrage, il parle de la coutume qu'avaient
les rois de France d'accorder des présents aux vaillants
chevaliers revenant d'outre-mer : « le roy li faisoit donner
.c. livres tournois, et à un bon escuier cinquante. ' » Mais
cette hypothèse se heurte à un fait certain, c'est qu'il n'était
plus au service du roi de France en 1349, quand on le retrouve
à Avignon. Jacques II, le roi détrôné de Majorque^, préparait
une dernière expédition contre Pierre d'Aragon, qui lui avait
pris ses États. Il avait vendu au roi de France, pour avoir
l'argent nécessaire (avril 1349), la seigneurie de Montpellier
et le château de Lattes ; le contrat fut signé à Vilieneuve-lès-
Avignon, le 18 avril 1349. Jacques devait recevoir en échange
pour ces États 120,000 écus d'or à payer en trois termes
jusqu'à la Saint-Jean de l'année prochaine \ Il garda cepen-
dant, — bien qu'on l'appelât à la cour de son ennemi Jacques
de Clarence tout court, d'après le nom de sa mère, — le
titre de baron de Montpellier. Aussitôt après avoir reçu le
premier terme (20 juillet), il commença ses préparatifs pour
attaquer en même temps Majorque et Roussillon.
1. Sonçie du vieil pèlerin, t. II, f" 105 v°.
2. Ibid., f" 155.
3. Ibid., f"* 108-108 V".
4. Songe du v. pel., t. II, f" 40 : « Ou temps du viel pèlerin, lui estant
a Avignon. * Pierre d'Aragon prit le titre de roi de Majorque en 1343.
Le 21 juillet, le Koussillon fut attaqué et soumis. Jacques essaya vaine-
ment de résister. L'intervention du roi de France amena seulement la
restitution de la famille royale (Ilermilly, Histoire de Majorque,
309-10). Une flotte qui se présenta devant Majorque, sous Charles Gri-
maldi (juin), ne réussit pas : le Roussillon fut recouvré et perdu de
nouveau. Le pape, auprès duquel Jacques s'était réfugié, lui donna
les moyens de vivre. Les dernières espérances s'évanouirent en 1348,
quand Pierre, ayant reconnu Ferdinand, son frère, comme héritier,
huit la guerre civile en Aragon (p. 323). Cf. Lecoy de la Marche, Les
relations politiques de la France avec le royaume de Majorque {iles
Baléares, Houssillon, Montpellier, etc.), t. II (1892), pp. 159-60.
5. Hermilly, /. c, pp. 313-4. Le roi d'Aragon protesta contre cette
vente (Baluze, Vit. pap. Aven., t. II, c. 636).
- 94 -
C'était, dit Oresme, un prince « très enclin à l'astrologie »'.
Il consulta sur son expédition les plus grands maîtres en cet
art^; il y eut, d'après Mézières, « grant conseil et longue
determinacion ))^ pour choisir l'heure du départ, heure mer-
veilleuse qui devait lui assurer la victoire. Les conseillers lui
donnèrent de grandes espérances, et ce pauvre roi sans États,
qui vivait des libéralités du pape, « se tenoit à seur de recou-
vrer son royaume » *.
Tout en consultant les mouvements des astres, Jacques
prenait cependant des mesures plus pratiques pour rendre
plus certain le succès de son expédition. La reine Jeanne de
Naples, qui devait épouser plus tard son fils, Jacques III, lui
permit de faire des armements sur la côte de Provence et d'y
embarquer des troupes. Le roi d'Aragon craignit pour ses
nouvelles conquêtes'' : on lui annonça que l'armée de son
ennemi s'élevait à 1,500 chevaliers et 11,000 fantassins.
Jacques n'avait que 1,400 chevaliers et 3,000 gens d'armes
à pied. II offrit aux aventuriers qui voudraient le suivre, de
leur partager son pays ; Charles Grimaldi, noble génois, qui
accepta ses propositions, devint baron de Manacor, de Soller
et d'Alcudia; un autre Grimaldi fut nommé comte de Ba-
gnols". Philippe fut tenté, lui aussi, par ses propositions ; la
sympathie que devait lui inspirer le roi, si indignement traité
par son voisin, son penchant pour les aventures, le firent hési-
ter un moment sur la conduite qu'il devait tenir, a Et paou
failli, dit-il dans lo Songe, que le viel pèlerin n'ala avec
lui ))^ Il ne partit pas avec le roi de Majorque, malgré les
brillantes prédictions des astrologues. II n'aurait pas fait
sa fortune, en combattant pour la cause de ce prince mal-
1. « Multum erat astrologie inclinatns ». Oresme, ms. lat. Bibl.
nat., n" 10709, f"53 r". Cité par Charles Jourdain: A'icolns Oresme cl les
aslroloques de la cour de Charles V, dans la Rev. des Questions histor.
t. XVIl'l (1875), p. 153, note.
2. Ibid. : « qui cura semel horam recedendi de Avinione per hanc
.scientiameleiii>sent... » (et non .1 mmone =: Elne, Jourdain, /. c. p. 15'i).
y Songe du vieil pèlerin, t. II, f' 40.
4. Ibid.
5. Hermilly, o. c, p. 327.
6. Ibid., p. 328.
7. Sonf/e du vieil pèlerin, t. II, f° 40.
- 95 —
heureux. Jacques, parti de Fos en Provence, le 3 octo-
bre', réussit, il est vrai, à débarquer secrètement dans son île^,
mais son armée était trop faible pour lui assurer la victoire.
Le gouverneur, don Giiabert do Centelhas, sortit do Palma
trois jours plus tard, avec 20,000 fantassins et 800 chevaux.
La bataille fut livrée dans la plaine de Lluchmajor, le diman-
che 25 octobre, à l'aube. Jacques chargea avec sa cavalerie
française. 11 fut bientôt entouré par les Aragonais, qui lui
demandèrent de se rendre ; il refusa, tomba de cheval en
combattant, et un soldat lui coupa la tête. Son fils Jacques,
sa tille Isabelle, plus tard comtesse de Montferrat, et sa
seconde femme tombèrent au pouvoir de l'ennemi ^
Pour la suite, on n'a pas de données certaines sur la per-
sonne de Philippe, jusqu'en 1354. 11 était à Pontorson le
22 avril de cette même année, servant dans les guerres de
Normandie, sous Arnoul d'Audrehem, maréchal de France
(depuis 1351) et lieutenant du roi « es dictes parties ». Il
s'était lié pendant cette campagne à Mermet d'Arue, écujer,
qui employa le sceau de son ami, en l'absence du sien, pour
sceller une lettre de reconnaissance *. 11 s'y trouvait encore
le 21 septembre, dans une « compaignie » formée de trois
chevaliers, cinquante-deux écuyers et vingt-six arbalétriers
génois ; c'est lui qui reçoit pour ses compagnons 660 livres
5 sols et qui en donne quittance à Jean Chauvel, trésorier du
roi. La somme était en partie leur solde, en partie un prêt
sur leur salaire à venir". Il dut prendre une part assez insi-»
1. Thalamus Parviis ou le Pclil Thalamus de Montpellier, publié par
la Société archéologique de Montpellier, Montpellier, 1836, 4", p. 349
(« Fors »).
2. Le 11 du même mois (ibid.).
3. llcrmilly, o. c, p. 330; Lecoy de la Marche, o. c. II, 162-63. Il
avait régné vingt-cinq ans. Son tils mourut, peut-être empoisonné,
en févr. 1375. Hinaldi, XXV, pp. 499-500. Pctil Thalamus de Mont-
pellier, l. c. ; Oresme, /. c. ; Méz'ères, /. c. 11 était le frère do ce Fernand
ou Ferrand de Majoniue, vicomte d'Aumelas, qui épousa, en 1338,
Echive, tille de Hugues IV, et qui eut de si grands et de si comiques
chagrins à souffrir, h cause de son beau-pere (.Mas-Latrie, Uist. de
Ch., Il, p. 179). 11 finit par s'enfuir, et Ecliive, restée seule, mourut
en Chypre en 1341 (ilj., 203, note 2). Cf. Muntaner, tr. Buclion,
535-6.
4. Bibl. nationale, cabinet des titres, pièces originales, 1940, n" 4.
5. Hibl. nationale, cabinet des titres, pièces orig., 1957, n" 2.
- 9G —
gnifiante aux joutes qui, patronnées par lo sire d'Audrehcra
et organisées par Bertrand du Guesclin et Baudouin de Lens,
sire d'Annequin', occupèrent le temps des chevaliers des
deux armées pendant cette longue trêve de Guines, qui, plu-
sieurs fois renouvelée, dura du mois de mars 1353 jusqu'au
!*■■ avril de l'année suivante*. Il fut commis cependant à
garder le champ, à Pontorson, dans un combat singulier
entre deux chevaliers, dont l'un est assez connu, le seigneur
de Woincourt, un des nombreux Quiéret de Picardie ^ et un
homme d'armes allemand au service d'Angleterre, Éric
[Cric/i) àeRiedehourg [Rideboiirc)''; ce dernier, qui avait rai-
son, dit-il dans le Songe du vieil pèlerin, était vainqueur,
et son adversaire venait de confesser sa faute, quand, « par
orgueil et outrecuidance », Éric « proposa une petite acces-
soire », que Quiéret nia. Le combat continua, au détriment
du vainqueur, qui fut tué, à cause de l'injustice de ses pré-
tentions. « La bataille fu grant et longue, et toutefois par la
sentence divine ledit Crich, appelant, de sa propre espée, par
ledit Quiéret fu occis » " (1354).
Pendant ce temps, comme on l'a vu, le pape faisait de
vains efforts pour venir au moins au secours de Smyrne, me-
1. Chronique normande du xiv^ siècle, publ. par A. et E. Molinier (Soc.
de l'hist. de France), p. 108.
2. Ryraer, Fœdera. 3« éd. (de Holmes), IIP, pp. 83-4, 85-6, 87, 91,
94, 95-6: cf. S. Luce, Du Guesclin, p. 121 et notes. Le gouverneur de
Pontorson était à cette époque Pierre de Villiers, le conseiller et l'ami
du duc d'Orléans (/6îrf., pp. 120-1).
3. Quiéret de Woincourt était chevalier dès l'année 1349 (Luce, ibid.,
p. 122, n. 4). Sur la famille, voy. Luce, o. c, pp. 121 et suiv. et les
notes correspondantes.
4. Chronique normande, l. c. : « Et tantost après combati Eriq de
Ridebourc, qui estoit Alemant et e.stoit du costé devers les Englois,
à Quiéret de Voincourt, qui estoit François, et fut la bataille en champ
clos à Pontorson devant le maréchal d'cMenehen (dont Pliilippe fait un
court éloge dans le Sonf/e du vieil pèlerin). Et combati Eriq de Ride-
bourc moult vaillamment et pourchaçoit fort son ennemi, car il estoit
appclleur, mais en la fin il fust desconfit et mort en champ » (p. 108).
Les renseignements du chroniqueur, qui concordent si bien avec ceux
de Mézieres, sont d'une parfaite exactitude. 11 y assistait probablement
lui-même (CVu*. norm.. p. xv). Éric de Riedbourg était peut-être ori-
ginaire du bourg de Ried, en llaute-.\utriche. Le combat eut lieu,
d'après la chronique, après celui de Dinan, dont les proportions furent
plus grandes (« tantost après »), et ces joutes elles-mêmes suivirent
l'affaire de Moritmuran (10 avril 1354).
5. Songe du vieil pèlerin, t. Il, f"* 125 vo-126 : « come il avint du
champ à Pontorson que le vieil pèlerin, ad ce commis, garda. »
- 97 -
nacée par les Infidèles. Venise, en guerre avec Gènes, refusait
de remplir les conditions du traité de 1350 '. Les trois ambas-
sadeurs de la république, Nicolas Pisani, Pancrazio Giorgi
et Giovanni Sténo, s'excusaient à Avignon sur l'impossibilité
où elle se trouvait de secourir la ville, à cause de la guerre
avec Gènes d'abord, puis par suite des dépenses qu'entraînait
sa querelle avec l'évêque de Castello, auquel Venise devait
payer 28,000 ducats pour les « dîmes des morts ». Le car-
dinal de Bologne ne parvint que difficilement à mettre les
deux parties d'accord". Le pape ne se découragea pas cepen-
dant : il avait écrit déjà au doge, le 11 septembre 1350, lui
demandant de contribuer à la défense de Smyrne^ Il lui
écrivit encore, le 13 janvier de l'année suivante ; il s'étonne
de le voir refuser les trois galères destinées à secourir la
ville, à cause des hostilités avec Gênes. Il ne peut pas violer
les traités de la sorte : Chypre et Rhodes pourraient se décou-
rager aussi, et la position du légat apostolique deviendrait
difficile. Ses trois galères n'ont rien à craindre, elles seront
sous la protection du Saint-Siège, qui écrira à Gènes. Il
envoie sa part, trois mille florins d'or, à un marchand
de Lucques, qui devait la remettre au doge^. Il le remercie
cependant pour l'envoi de sa propre cotisation en argent ^
Clément VI proposa sa médiation pour mettre fin à cette
malheureuse guerre entre les deux grandes puissances mari-
times; il ne réussit pas. Il s'en excuse le 6 juillet 1351,
tout en envoyant comme légat, pour ce même but, l'évêque
de Capodistria^ Ce fut en vain : si le château de Smyrne
résista aux attaques des émirs, — il ne tomba que beau-
1. Voyez page 62. Ce qui est curieux, c'est que, en 1349, le doge de
Gènes, Giovanni da Murta, proposa à Dandolo la réunion de leurs forces
contre les Turcs (Romanin, l. c, t. 111, p. 158).
2. Romanin. ihid., p. 161; pp. 163-4. Cependant, pendant tout le
quatorzième siècle, la politique de Venise fut assez favorable à la croi-
sade, mais à une croisade très sérieuse. V. plus loin.
3. Covim. IV, f" 180. Cf. Mas-Latrie. Archives des Missions scienti-
fiques, t. I (1850), p. 104.
4. Comm. IV, n" 366, t. II, p. 187; ibid., n°367, sur les combats entre
Génois et Vénitiens en Orient, v. V. Lazzarini, La battaglia di Porto-
longo. Venise, 1894, extrait de VArchivio venelo, VIII '.
5. Ibid.
6. Comm. IV, n" 384; t. II, p. 192. V. les propositions faites par le
patriarche de Grado, la même année (ibid., IV, n" 403; t. II, p. 196).
N. JoRGA. Philippe de Mézières. 7
— 98 -
coup plus tard, au commencement du xv" siècle, devant les
armées de Tamerlan, — il n'y eut pas de grand effort en
Occident pour rendre sa position plus assurée. Le successeur
de Clément, Innocent VI, réitéra les demandes déjà faites aux
membres de la ligue ; on pensa à se rendre favorable l'em-
pereur byzantin Jean Cantacuzène, qui donnait des espé-
rances de conversion ; il fut recommandé chaleureusement
par le pape à Hugues IV' au commencement de l'année 1353
(avril). Puis, Smyrne étant en danger, il écrivit au doge
pour lui demander le paiement anticipé de sa part. Il a en-
voyé déjà lui-môme la sienne au Grand-Maître, chargé
spécialement de la défense. Un bon commandant serait néces-
saire pour empêcher la chute de cette avant-garde des chré-
tiens, si utile. Il écrira aux autres membres de la ligue,
l'Église étant trop appauvrie pour pouvoir soutenir seule les
dépenses ^ Enfin, la situation s'aggravant, une nouvelle lettre
adressée par le pape à Dandolo, annonce le départ de deux
vaisseaux nolisés par l'Église, Chypre et les Vénitiens, pour
porter des provisions à Smyrne : il lui demande sa cotisation
et un sauf-conduit pour ces navires^.
Bientôt Smyrne, que continuaient à assiéger les Turcs, eut
besoin de nouveaux secours, et le pape continua, sans beaucoup
de succès, ses efforts. IlreprocheauxHospitaliersleur inaction:
les chevaliers Teutoniques leur sont de beaucoup supérieurs.
S'ils continuent à vivre de la sorte, leurs biens leur seront ôtés
et un nouvel ordre sera formé. Il leur conseille de transférer
leur résidence en Asie pour pouvoir être à même de reconqué-
rir les Lieux-Saints et de favoriser une révolte de ces chré-
tiens de l'Orient qui se plaignent de leur inaction. Un chapitre
1. Il lui demanda de l'aider à revenir dans le sein de l'Eglise catho-
lique : « auxiliis et favoribus opportunis » (liinaldi. XXV, p. 587; cf.
pp. 500-1).
2. Comm. IV, n" 21, d'après M. de Mas-Latrie, V, f" 21, cf. Arch. des
missions scient., t. I (1850), p. 104; t. II, p. 217. Cf. Mas-Latrie, Hist.
Chypre, t. II, p. 221, note 1. Je ne crois pas qu'un autre traité ait été
conclu en 1353; la cotisation de 3,000 fl., d'après le traité d'Avignon,
est mentionnée déjà en 1350 (v. page 62). Cf. Wadding, Ann. minorum,
t. VIII. pp. 88-9.
3. Comm. IV. n» 23; t. II, p. 218; cf. Mas-Latrie, Ilist. Chypr., l. cit.;
Arch. des missions scient., î. c. Des dîmes triennales d'abord, puis
biennales, furent recueillies en Chypre par l'évêque de Paphos (Rinaldi,
XXV, p. 500-1). Cf. p. 13'i, note 6.
- 99 —
tenu à Montpellier ou à Nîmes devait décider la ques-
tion (1355)'. Il écrivit ensuite au Grand Maître, Pierre de
Corneilhan, pour lui demander sa part en argent: il devait
envoyer, outre le capitaine et le gouverneur, des gens connus
par leur probité pour surveiller le paiement de la solde.
L'évèque de Paphos avait été chargé de recueillir et d'en-
voyer l'argent du préside : c'est lui qui lui donnera les som-
mes nécessaires^. Cette même année, Hugues IV offrit enfin de
payer les 3,000 florins d'or promis par le traité de 1350,
ou de les échanger contre deux galères armées^. Le pape en
informa (27 octobre) le Grand-Maître auquel il demande son
avis : il devait donner au roi la réponse qu'il trouvera rai-
sonnable'*. La proposition fut peut-être admise et la guerre au-
rait été conduite d'une manière plus vigoureuse : au parlement,
que tint à Rouen, l'année suivante, Charles, duc de Norman-
die, on remarquait, dit la Chronique des quatre Valois,
« monseigneur de Binville, le bon chevalier, qui fit le beau
COUD d'armes en Turquie. Car il fendi ou couppa et trancha
ung Turcq tout au long parmy devantde roy de Cypre^ ».
Ce qui était impossible aux grands princes, réussissait
ainsi aux petits dynastes, et même aux pirates. Les Catalans
livrèrent au xv" siècle des batailles rangées aux Turcs ; au
xiv°, et justement à cette époque (oct.-nov. 1350), un vaisseau
franc, de nationalité inconnue, entra dans l'ancien port
d'Alexandrie, attaqua un transport turcoman, échappa sans
avaries aux flèches des gardes de la côte, qui s'embarquèrent
pour le défendre, passa dans le nouveau port, y séjourna à son
aise, réclama avec succès, par le moyen des consuls envoyés
pour l'éloigner, de l'eau, du poisson, des bananes et des grenades
1. Rinaldi, année 1355, § 38; Paoli, II, 91-2.
2. Bosio, t. II, p. 57.
3. D'après Lorédan, Ilupues. dont les galères étaient ruinées par les
tempêtes et qui n'avait pas l'équipage nécessaire pour en armer de
nouvelles {sic), offrit de ])ayer 3,000 florins en échange. La proposition
fut acceptée par le pape, et l'argent aurait été employé à armer deux
vaisseaux auxquels Venise fournit les agrès. C'est évidemment une
erreur (t. I, pp. 35i-7 de la traduction française).
4. liosio, t. II. p. 57. La lettre de Hugues suivit de près la visite de
Charles IV à Rome (135'.).
5. Chronique des quatre Valois, édition Luce, 1862, in-8° (Soc. de
rHist. de Fr.). p. 35.
— 100 —
et partit, sans empêchement aucun, après s'être saisi d'un
navire syrien!'. Quelque temps après peut-être ^ une galère
débarqua des troupes sur la péninsule opposée à Rosette '', et
le poète sarrasin, qui nous raconte ces faits, dut inventer les
exploits d'une vache qui arrêta les chrétiens jusqu'à l'ar-
rivée des troupes, pour sauver l'honneur de ses coreligion-
naires \
En même temps, la guerre entre Gênes et Venise cessa:
une trêve fut conclue en 1355. On pouvait s'attendre à une
reprise plus énergique des hostilités contre les Infidèles : il
n'en fut rien. Innocent VI s'adressa, en effet, aux membres
de la ligue le P'" avril 1356, leur rappelant les succès rem-
portés précédemment par les alliés, avant cette malheureuse
guerre qui avait rendu confiance aux ennemis. Il les invi-
tait à envoyer leurs vaisseaux, à Smyrne peut-être, qui
remplaça, pendant quelque temps, Négrepont, comme point
de ralliement, le P"" juillet prochain. L'archevêque de
Crète, légat apostolique pour la croisade, devait mettre un
homme expérimenté à la tête des troupes qui défendaient
le château. Enfin, des plénipotentiaires allaient se réunir à Avi-
gnon, le P"" novembre, pour renouveler l'alliance".
C'est alors qu'éclata la guerre entre Venise et le roi de
Hongrie, allié aux comtes de Goritz et au patriarche d'Aquilée.
Louis traversa le Frioul et vint mettre le siège devant Trévise: le
nouveau doge, Giovanni Delfin, qui remplaça Gradenigo (13
1. Bibl. royale de Berlin, mss. Wetzstein, II, 359-60 (numérotation
unique), f"^ 95-5 ^ C'est une espèce de pot-pourri littéraire et historique,
qui emprunte son titre à la prise d'Alexandrie par le roi Pierre de
Chypre, mais qui contient bien d'autres choses, pour la plupart (il
compte 538 feuillets d'écriture fine) inutiles. — Le style naïf et pit-
toresque rachète le désordre dans l'exposition des faits. — Nous devons
une traduction des passages relatifs à la croisade à M. Marc Lidz-
barski, un des plus savants parmi les jeunes orientalistes allemands.
2. Ce récit suit le précédent (f"^ 95 v"-96), mais, eu égard à la manière
de raconter de notre auteur, il ne faut pas trop s'y fier.
3. Il est question probablement de la langue de terre qui limite, à
l'est de la ville, le lac Burlus. Les Francs y firent des prisonniers,
parmi les bergers qui habitaient la côte sans doute.
4. L'auteur s'étend très longuement sur le meurtre de la bête, qui
excita cette action d'éclat, et sur les insultes qu'on fit subir au cadavre
du Franc tombé.
5. Comm. IV, n° 153; t. II, p. 246; Rinaldi, XXVI, pp. 19-20; cf.
Mas-Latrie, IJist. de Chypre, t. Il, pp. 221-2; Arch. miss, scient., t. I
(1850), 7. c.
PONTIFICAL IN8TITUTE OF MFDIAEVAL STUDIES
59 QUEEN'S P.^!^.:. C^-SCENT
TORUNTU— 5, CmNaDA
— 101 —
août 1356), revint en fuyard à Venise. Des défaites et des
révoltes menaçaient de toutes parts la puissance de la répu-
blique. Pour cette année encore, tout effort commun était
impossible. Innocent VI se plaignait à son prédécesseur
(10 août 1356) de cette nouvelle guerre qui entravait la croi-
sade'. Il envoya des ambassadeurs au roi de Hongrie pour
amener la conclusion de la paix: il ne réussit qu'à imposer
une trêve pour cinq mois, depuis le 16 novembre 1356 jus-
qu'au 9 avril de l'année suivante ^
Les plénipotentiaires se réunirent enfin à Avignon, en
mars 1357. Rhodes, Chypre et Venise y étaient repré-
sentés : une nouvelle ligue fut conclue pour cinq ans ; chaque
membre devait fournir deux galères qui se réuniraient à
Smyrne vers la Notre-Dame de septembre. La flotte devait
rester dans les eaux de la Romanie pendant toute la durée
de cette nouvelle union. Si les Hospitaliers se décidaient à
porter à trois le nombre de leurs galères, Venise était obligée
de s'y conformer aussi''. Un légat apostolique devait comman-
der la flotte. Aussitôt après, le pape écrivit au doge Delfin
pour lui demander sa cotisation de 3,000 florins pour la défense
de Smyrne, « d'après l'obligation prise précédemment par
Sa Sainteté, le roi de Chypre et la seigneurie de Venise* », et
la demande fut réitérée le 20 juin de cette même année, aucun
des membres de la ligue n'ayant envoyé la somme que leur impo-
sait le traité^ Une nouvelle lettre, datée du 30 juin de l'année
suivante, montre encore les mauvaises dispositions des alliés qui
n'avaient pas versé leur part du subside: le pape y engage
Delfin à intervenir auprès des autres membres de la ligue pour
empêcher une catastrophe ^ L'eff"et produit par cette nouvelle
sommation dut être médiocre: la ligue de 1357 ne dura
pas plus que les précédentes ^ Mais déjà celui qui devait
1. Comm. IV, n" 182; t. II, p. 251.
2. Ses alliés y étaient compris. Romanin, /. c, pp. 200-1.
3. Paoli, Codice diplom.. t. II, p. 93; Caroldo, f"* 121-1 v. Hugues IV
avait envoyé à Avignon l'archevêque de Mcosie; Venise, Marin Grade-
nigo. Cf. ilist. Cil.. Il, 218 et p. 62 du présent ouvrage.
4. Caroldo, fol. 121 v». Il semble bien qu'il soit ici question de la
ligue de 1350, qui n'aurait pas été abolie.
5. Comm. IV, n" 2'il; t. Il, p. 264.
6. 30 juin 1358, Paoli, t. Il, pp. 93-4.
7. Estienne de Lusignan {Généalogies, p. 19; Description, Paris,
— 102 —
relever le drapeau des croisades apparaissait. Affaibli par
l'âge, le vieux roi Hugues se décida à faire couronner son
fils comme roi de Chypre, gardant pour lui-même la couronne
de Jérusalem. La cérémonie eut lieu à Nicosie, le 24 novembre
1358, dans l'église de Sainte-Sophie. Guy d'ibelin mit la
couronne sur la tète de Pierre P'^ Le même jour peut-être ^
1580, f° 144 V"); Bosio (t. II, 64), l'inimitable Jauna (t. II, 836-40),
Reinharà (Geschichle voH Cypern, 1. 1, p. 236) et Michaud (éd. Ilouillard,
t. IV, p. 447) s'accordent à faire venir Hugues IV luiinèrne en Europe
pour demander le secours des rois chrétiens. 11 aurait eu l'intention de
recouvrer son patrimoine : Ptolémaïs, Tyr et surtout le comté de Tri-
poli (Lusignan, f" 144 v" de l'ouvr. cité). On date ce voyage fantastique
de l'année 1357 parfois, quand le vieux roi était sur le point de résigner
son pouvoir, ou bien de l'année 1359, quand il mourut (Hosio, 11, 64).
La ressemblance de nom entre le roi de Chypre et son petit- fils, le
prince de Galilée, est la cause de l'erreur, et comme ce dernier devint
ensuite sénateur de Rome, on accorde ce titre à Hugues IV lui-même!
11 aurait mis à profit ce voyage pour marier son fils, Guy (Reinhard, I,
p. 236, d'après Jauna, II, 808), qui épousa Marie de Bourbon dès l'année
1330. Enfin, Jauna se surpasse lui-même en pariant des derniers de-
voirs, rendus (avant de partir) par le vieux roi « à la reine, son épouse,
dont la perte lui fut d'autant plus sensible, qu'ils avaient toujours vécu
dans une parfaite union... » Or, Alix d'ibelin, reine de Chypre, sur-
vécut à son mari et à son fils même, remariée à Philippe de Bruns-
wick. De plus, il accuse Lorédan d'« inexactitude « (pp. 839-40).
1. Mâcheras, p. 47, donne cette date de 24 novembre 1358. 11 revient
quelques lignes plus loin pour en donner une nouvelle, qu'il aurait
trouvée ailleurs (-/.al àXXoj tupa Ypa[j.;jL£vov, p. 48), et qui diffère d'une
année (24 nov. 1359) de la première. Il est évident, cependant, qu'elle
se rapporte au couronnement de Pierre comme roi de Chypre con-
trairement à ce que croit M. Miller (t. II, p. 51, note 1 : « Anniversaire
de son premier couronnement »), il ne fait que mentionner une seconde
version du fait qu'il exposait déjà d'après une autre source (ippa.
Ypaau^vov) à la page 47, et rnutre date qu'il donnerait plus loin
(5 avril) est la seule sur son couronnement comme roi de Jérusalem,
la seule et la vraie. Ce qui a causé l'erreur, c'est qu'aussitôt après cette
seconde mention du couronnement à Nicosie (puisque c'est dans cette
ville que se trouve, et uniquement dans cette ville, l'église bien connue
de Sainte-Sophie, dont la Bibl. i\at. de Paris possède le cartulaire : lat.
10189) commence une digression sur P'amagouste. — Strambaldi ne
donne que la tiaduction de ces renseignements. FI. Bustron (p. 257) et
Amadi (p. 408) ne mentionnent l'événement que d'une manière très
brève; le second donne la date de 24 novembre.
2. Mâcheras, p. 53. Cette distribution des offices aurait eu lieu après
son couronnement (âviav ÈaTscpO/jv), le dimanche 17 octobre 1360. D'autre
part, il dit ailleurs que le prince fut couronné à Fauiagouste (comme
roi de Jérusalem) le 5 avril 1360 (p. 48). Tous les officiers nommés
appartiennent au royaume de Chypre cependant, et il est très pro-
bable que la première date est complètement fausse : d'abord le 17 oc-
tobre de l'année 1360 est un samedi et non un dimanche (zupia/.f)).
L'année même est une erreur de la part du chroniqueur: dont le récit
est assez confus pour tout le règne de Hugues IV; les dignitaires
durent être nommés aussitôt après le couronnement, et, si on admet
— 103 -
il nomma ses officiers : Philippe d'Ibelin' devint sénéchal de
Chypre, Raymond Babin, bouteiiler^ Pierre MaloseP, cham-
bellan, et le médecin Hugues Ognibono, chancelier *. Hu-
gues IV se retira au monastère de Strovili, qu'il avait fait
bâtir et y mourut bientôt, un an après' avoir résigné la
couronne, le 10 octobre 1359 \ Il fut enterré comme toute
la date de 1360, sept mois le séparent de la distribution des offices.
11 se pourrait que la distribution eût été faite le jour môme du couron-
nement (24 novembre). Cf. la phrase même de Mâcheras : « /.al âvTxv
ÈaT£cpOr)v ô pi^Y*? ô pÈ Htàp, zaOwç avfoOsv SriXoT, rjpxev 10 izpS.yu.oi.w x^ xuptay.-fî
'0 aùxo; pÈ lï'Àp ti'jpoivi'aaev /al à'Sw/.sv xa i/.ia. xoij priyàxou xà yrjpâxa »
(p. 53). 11 aurait créé aussi à la même date son frère Jean, prince
(TAntioche, connétable de Chypre, et son autre frère Jacques, conné-
table de Jérusalem. Mais nous avons, dans la chronique même de
Mâcheras, des preuves du contraire : Jean est nommé déjà connétable
à l'occasion de sa fuite, et la même qualification est donnée au « petit
seigneur Jacques » (ô Ti^ouàv xè Ao-j^ouvla; 7:p;vx^7)? xfjç 'Avxtoysiîa; -/.al
•/.ovxoaxauXT]; K'JT:pou, /al ô [xr/.po? atp TÇazèx xovxoaxaûXr]; xôJv 'lepoao-
ÀûijLwv, p. 43, cf. 61). D'après les deux chroniqueurs italiens (Bustron.
p. 257 ; Amadi, p. 408), Hugues lui-même aurait donné les deux titres de
prince et de connétable à Jean, en résignant la couronne de Chypre.
1. Le texte de Mâcheras le nomme Tou[j.à;; le vrai nom du seigneur
d'Arsur (de Sur, d'après FI. Bustron) est cependant Philippe. Il prit
part au meurtre de Pierre 1"^'' (Bustron, p. 276. Amadi, p. 426). Mâcheras
lui-même lui donne son vrai nom (p. 156) quand il raconte le meurtre.
Tout le passage est reproduit à la page 127. Son père (?) était « sinescardo
de Cypro » en 1315 (Amadi, p. 397 et ailleurs). V. sur lui et sa famille
un récent article de M. de Mas-Latrie, dans la Bévue des quest. hist.,
XXVlll ({"■ avril 1894), pp. 585 et suiv.
2. C'est dans sa maison que fut décidé, d'après Mézières (Or.
trag., f" 97), l'assassinat de Pierre l*""". 11 était « molto intrensico » du
prince d'.\ntioche en 1373 (Bustron, p. 308). V. la table de Mâcheras
(p. 413 du t. 11).
3. Bustron l'appelle Malocello, Malosello, Marocello (V. table, p. 521).
Cf. Amadi, p. 428. 11 était génois d'origine (Malocello) et joua un
grand rôle en Chypre. 11 fut parmi les magnâtes qui en 1366 visitèrent
Pierre Thomas mourant (A. S. jan., II, 108). 11 y est appelé Petrus
Marcelli, chambellan du roi (camerarius régis). Sur sa famille, v. Arcli.
st. liai., 1876, p. 475.
4. V. Table de Mâcheras: « Knebès ou plutôt Ommebon ou Nimbé » (/).
Mâcheras, p. 53 et 127 : « xôv alp "Oy^t) EvcarjÈv (Ognibuono) xov ïaxpov
x^avaeXXis'pTjv xoD aùxoù priyâxou xr); Kû;:pou. » Philippe ne se trouvait pas
encore en Chypre par conséquent. Le médecin inconnu qui le précéda
semble être mort bientôt ou avoir quitté l'île. Pendant son premier
voyage en Europe, Pierre I<"" avait déjà comme médecin Guy de Heggio.
V." Mâcheras, p. 80.
5. Lorédan, se souvenant de ses premières œuvres d'imagination,
traite ces derniers jours de Hugues IV comme un roman. Il parle de la
prospérité générale de ces années avec beaucoup de détails, nous re-
l)résente le vieux roi « accablé d'années et d'intirmitez », des intrigues
du confesseur royal, qui amenèrent l'abdication, qu'il décrit d'une
manière très Imaginative et pathétique. C'est lui qui parle de .sa retraite
à Strovili, qui paraît être un fait réel; il cite des mots de Hugues IV,
— 104 —
sa famille, au couvent des Dominicains de Nicosie, d'une
manière très modeste. « Sa tombe, dit Etienne de Lusignan,
est contre terre, seulement d'un simple marbre, mais beau
toutefois, et vis à vis y a une autre pierre dedans le mur, qui
contient son épitaphe*. »
Son règne fut le plus paisible et le plus prospère parmi
ceux des Lusignan en Chypre. S'il sut défendre son royaume
et sa foi contre les Infidèles et contre les chrétiens avides de
conquêtes, il ne prit jamais part à une bataille, et semble avoir
été pendant toute sa vie l'ennemi des expéditions aventureuses.
Les dispositions de son fils aîné, dans lequel tout le tempéra-
ment énergique et violent de sa race semblait revivre, ne
pouvaient pas lui plaire : il les combattit de toutes ses forces ; tant
que son père vécut, Pierre de Lusignan dut cacher ses projets
de croisade et de grandes victoires lointaines. Il réprima sévè-
rement sa tentative de fuite en Occident, et le pape lui-même
dut intervenir pour réconcilier le père si prudent et le fils si
aventureux^. Dans les dernières années de sa vie, il semble
s'être habitué au caractère ardent de son fils et héritier ; il
lui avait laissé, avant de mourir, cette couronne de Chypre
que Pierre devait porter d'une manière si brillante.
Bien que ses droits à la couronne ne fussent pas hors de
doute, puisque son frère Guy avait laissé un fils, Hugues de
Lusignan, et que son contrat de mariage avec Marie de Bour-
bon stipulait expressément que les enfants nés de cette union
seraient préférés à leurs oncles^, Pierre fut universellement
reconnu comme roi de Jérusalem, ainsi qu'il l'était déjà pour
le royaume de Chypre. Hugues était absent et ses protestations
dégoûté des affaires (tr. fr. I, 374-81). Vient ensuite le récit de l'avè-
nement de Pierre, qui aurait dédaigné d'accepter la couronne de Jéru-
salem comme de peu d'importance (Hugues, on le sait, la retint jusqu'à
sa mort)! 11 attribue la modicité de ses funérailles à l'avarice de Pierre,
qu'il traite assez durement dans son ouvrage. 11 signale son véritable
règne par des violences; les officiers qu'il avait retenus d'abord, par
crainte de son père, auraient été destitués (pp. 380-4).
1. Description, p. 19. Sur la date de sa mort, voir Mâcheras, p. 47;
Amadi, p. 408; Bustron, p. 257.
2. Innocent VI invita l'archevêque de Nicosie, en 1350, à intervenir
dans les querelles de la famille royale et à réconcilier le plus tôt pos-
sible le comte de Tripoli et son père. Rinaldi, t. XXV, p. 517.
3. Peut-être même était-ce la cause de cette abdication de Hugues IV,
dont on ne pénètre pas bien les motifs.
— 105 -
furent assez tardives, paraît-il. On ne le connaissait pas en
Chypre, caril avait quitté l'île tout enfant, avec sa mère, tandis
que son oncle, par son élégance physique et par son carac-
tère enthousiaste, jouissait des sympathies de tout le monde.
Pierre P'' ne fut pas couronné roi de Jérusalem aussitôt
après la mort do son père, bien que les compilateurs italiens
des chroniques de Chypre le laissent croire'. Deux sour-
ces, dont la première est contemporaine, nous donnent, par
comparaison, la vraie date de ce couronnement: Philippe de
Mézières, dans sa Vie de Piéride Thomas d'abord, puis la
chronique de Mâcheras, dont les renseignements pour le
règne de Pierre sont généralement très exacts, bien qu'ils
soient exprimés parfois d'une manière assez confuse, ce qui
est peut-être la faute des copistes.
Mâcheras semble donner deux dates. En parlant de l'arrivée
du légat Pierre Thomas en Chypre, il fixe comme jour de
son débarquement à Cérines, ce qui n'est pas très exact non
plus, le 20 décembre de l'année 1359, qui serait — nouvelle
erreur- — un lundi. Or, il est tout à fait certain que Pierre P""
fut couronné par le légat : les détails si nombreux et si précis
que donne Philippe de Mézières, la manière dont il pouvait
les savoir (c'était le doyen de Nicosie, Bérenger Grégoire,
son compagnon, qui les lui avait certainement racontés), ne
laissent pas de doutes sur ce point; ce qu'on pourrait prendre
pour une indication contraire dans le texte de Mâcheras, se
rapporte, en effet, au premier couronnement, à Nicosie et dans
l'église de Sainte-Sophie : ce n'est qu'une seconde version,
1. Bustron, p. 258 : « dopo morto »; Amadi, p. 408 : « mon il re Hugo,
et alhora si corono... »
2. C'était un veudredi. L'erreur serait due peut-être au copiste, qui
aurait écrit K ' (2u)aulieude /.y' (23). Tn autre ms. donner)', date qu'ad-
met Amadi (p. 409 : « A di 8 di Decembrio »). Bustron se contente de
déclarer que les deux événements, le couronnement et l'arrivée du
légat, furent contemporains (p. 258 : « In detto tempore »).
3. « Herengarius Gregorensis » A. Sancl. Janvier, II, p. 1004. On
le retrouve au chevet de Pierre Thomas mourant; il était, à cette
époque, collecteur des dîmes au nom du pape (Papae collectorem)
(/l. S., p. 1018). Il fut son exécuteur testamentaire avec Philippe et
l'archevêque de Nicosie (ibid.). Il assista, d'après Carmesson (Vita S.
Pétri, éd. par Daniel de Sainte-Marie, Anvers, 1650, in-12, p. 102),
avec quelques amis du défunt, à l'exhumation du saint {Berengarius
Gregorij, doyen de l'église de Nicosie et docteur es lois).
- 106 —
erronée comme date, qu'ajoute le chroniqueur, d'après do
nouvelles sources, à ce qu'il avait dit précédemment'. On
sait encore que le couronnement du roi suivit de près l'arrivée
du légat ^ ce qui est, du reste, très logique, le légat n'ayant
aucune raison pour perdre des mois entiers en Chypre. Or,
d'après une seconde indication, Pierre de Lusignan partit pour
Famagouste et s'y fît couronner comme roi de Jérusalem, le
5 avril 1360^. C'est la vraie date, puisque ce fut le jour môme de
Pâques 1360 qu'eut lieu le couronnement. Pierre 1"' connaissait
Pierre Thomas depuis son premier voyage en Chypre, en 1357,
quand son père, qui régnait encore, reçut avec de si grands hon-
neurs le saint personnage : il lui confia peut-être ses projets de
croisade et le Carmélite enthousiaste, qui employa toute sa vie
à défendre cette cause, dut l'encourager chaleureusement dans
ses desseins. Après la mort de Hugues, devenu roi de Jérusalem
« réellement et par héritage », ajoute Mézièrcs, il invita le
légat, qui se trouvait alors à Rhodes'', à venir le couronner.
Pierre Thomas était très malade à cette époque et sa maladie
dura depuis les fêtes de Noël jusqu'à celles de Pâques de l'an-
née suivante ■\ Ce dernier terme que Pierre P"" avait fixé pour
son couronnement approchant, il ordonna qu'on le portât dans
une galère et partit. Ses forces s'épuisèrent pendant le trajet :
on crut qu'il allait mourir avant d'arriver en Chypre. Quand
enfin le vaisseau aborda à Paphos^ son compagnon de voyage,
le doyen de Nicosie, descendit à terre pour préparer la mai-
son oii le cadavre du légat être devait déposé bientôt. Quand
il revint, il fut bien étonné, dit Mézières, de voir le malade
!.• Voyez note 1, p. 102.
2. A. S., p. 1004.
3. Mâcheras, p. 48 : « Ètc^yev s'h; T7]v Afifioyouatov xai laze'oOrjv ^rîya; tàiv
'l£poaoXû[j.tjjv TT) e' àjiptXiou aiÇ' Xota-ou... » cf. p. 55.
4. Les termes sont assez clairs : il parle d'abord de la fête qui appro-
chait, puis il ajoute : « et termino coronationis régis imminente » (^4. «S^.
II, p. 1004). Mâcheras est plus clair encore. Le roi partit de Nicosie le
mercredi 23 mars 1360 (c'était un lundi); il traversa le pays en chas-
sant et arriva à Famagouste le 27. Le dinnanche suivant (des /?a-
meaux, 29 mars), il nomma quelques officiers, et fut couronné par
Pierre Thomas le 5 avril (Mâcheras, p. 55).
5. « Rodura » (yl. S., l. c).
6. Mâcheras (p. 53) et Bustron (p. 409) parlent du port de Cérines,
et non de celui de Paphos. Cf. ^.5., /. c. et Strambaldi, ms. de Rome
(ap. Mas-Latrie. //. C. II, 282, n. 1), f" 34 v". Pour Strambaldi, il m'a
été impossible d'employer la récente édition de M, R. de Mas-Latrie.
i
— 1U7 —
« gai et souriant » ' qui l'attendait sur la proue. La fièvre
l'avait quitté par miracle. Il partit aussitôt pour Nicosie, où
l'attendaient le roi et les deux, reines, Alix, sa mère, et sa femme,
Éléonore d'Aragon ^ Il fut reçu tout aussi bien que jadis,
sous le règne de Hugues IV, et prêcha plusieurs fois avant le
jour du couronnement, puis, ce jour arrivé, « à la demande
de tous les barons et les nobles du royaume, ainsi que de tout
le peuple, qui n'avaient qu'une voix pour l'acclamer », il mit
la couronne de Jérusalem, en grande pompe, sur la tête de
Pierre I*"", roi de Chypre \ Les fêtes durèrent plusieurs jours
à Famagouste et à Nicosie, puis le légat se mit à prêcher de
nouveau, excitant le roi et son peuple à commencer la grande
œuvre delà délivrance des Lieux-Saints*. Pierre, maitre enfin
1. Ibid. : « laetus ethilaris ».
2. C'était sa seconde femme. Il avait épousé la première, Echive ou
Chive de Montfort, fllle de Rupin de Montfort, vers l'année 1,342,
(Mas-Latrie dans VArch. Venelo, a. c, 333 ; Machaut, note 1).
Comme elle était sa parente. Clément VI lui accorda les dispenses né-
cessaires, dans une lettre à Elle de Nabineaux (Nabinaud), archevêque
de Nicosie {Ann. eccles., t. II, p. 658; Bzovius, année 1342, § 23;
Wadding, Ann. Minor., t. VII, p 254), datée du 28 juin 1342. Iln'eut
pas d'enfants, parait-il. Ducange se demande {Ann. d'Outremer, ms.
I5ibl. nat., f» 29 v^) si Mariette de Lusignan ne fut pas sa fille. On ne con-
nait pas plus l'époque de sa mort. II épousa Eléonore ou AIix.(v. Amadi,
p. 408, ou même Constance, {Ann. d'Outremer, l. c. : « quelques titres
la nomment encore Constance »), fille de Pierre d'.\ragon, comte de
lîibagorça, quatrième fils de Jacciues II, et plus tard frère mineur
(après là mort de sa femme ; mort lui-même à Barcelone, en 1398) et de
Blanche d'Anjou-Sicile (Mas -Latrie, Généalogies, dans VArch. Venelo.
pp. 325-26). On en a fait la fille « d'un roi d'Aragon » (Descr. di Cipro,
ms. de la Bibl. nationale, f" 5), de Pierre IV (Sainte-Marthe, Hisl. des
Lusignans, f" 22 v"), et enfin celle de « Pierre le Cérémonieux ou le
Cruel »! (Jauna, t. IL 815). Vm passage du Rubriquaire de Druniquer
(Arch. municipales de Barcelone, t. I, p. 130, i^ xiii, cité par M. de
Mas-Latrie, Généalogies, pp. 25-6) donne la date de son départ pour
Chypre : elle arriva à Barcelone le vendredi 1" février 1353 et en partit
le mercredi 21 août pour se rendre dans l'île « en la coca de très
cubert.es de la compania de Barcelona... » (ibid.). Guy, frère aine de
Pierre, était déjà mort en 1346 (Mas-Latrie, Généalogies, L c, p. 16),
en tout cas avant 1347, quand sa veuve épousa Bobert de Sicile (Du
Cange, Annales d'outremer, f" 27). Elle lui apportait la dot de 42,000
besants ou talents, qui lui fut restituée en biens par son fils, à son
départ (Mas-Latrie, I/ist. Ch.. t. III, p. 778). Je ne crois pas que ce
mariage, qui n'était pas si brillant, eût assuré à Pierre « une plus
haute place que celle dont jouissaient ses prédécesseurs dans l'estime
des rois de l'Occident » (Stubbs, Lectures, p. 196).
3. « Ad requisitionem omnium baronum nobilium necnon et totius
populi, una voce clamantium » (.1. .S., l. c, p. 1004).
4. Jbid. Les fêtes durèrent huit jours (Mâcheras, p. 55).
— 108 —
de toutes les forces du royaume, n'attendait que le moment
favorable pour partir.
En attendant, le légat commença par convertir les schis-
matiques. Les prêtres grecs furent rassemblés, avec la per-
mission du roi, à Sainte-Sophie, la cathédrale do Nicosie ; le
légat, accompagné, dit Mézières, par « une foule de Latins
savants' », leur prêcha pendant quelque temps avec succès.
Plusieurs clercs — un seul prêtre, dit Mâcheras, un certain
Mantzas, qui fut contraint d'âhinver — consentirent à faire une
conversion complète, grâce, ajoute plus loin Philippe, « à sa
douce doctrine, qui employait, tantôt des menaces, tant(3t de
bonnes paroles ^ ». La foule s'était rassemblée devant l'église,
attirée, dit encore le chroniqueur grec, par les cris des vic-
times : les portes furent enfoncées par la multitude indignée,
aux cris de : périsse le légat ! tandis que d'autres y mettaient
le feu. Le légat, que le martyre n'effrayait pas, attendait, dit
son ami, devant l'autel, tenant la croix dans la main. Le prince
d'Antioche, l'amiral Jean de Sur et le vicomte de Nicosie^
accoururent avec une troupe de chevaliers et, selon la cou-
tume, les assaillants furent dispersés à coups de bâton. 11
aurait continué sa mission, aidé par le roi lui-même, et une
grande partie du clergé grec aurait consenti à se soumettre à
l'archevêque de Nicosie*. Des Arméniens et des Nestoriens
1. « Sapientum latinorum turba associatus » (.4. S., l. c, p. 1004).
2. Mâcheras, pp. 53-4. Il semble que quelque fragment ae la chro-
nique manque, puisque Mâcheras déclare qu'il revient sur les affaires
du légat (p. 53). Cf. A. Sanct., l. c, : « modo cum minis, modo cum
bonis verbis. »
3. Peut-être Henri de Giblet, qui occupait cette charge vers la fin du
règne de Pierre I". Cf. Mâcheras, p. 54.
4. C'est la version de Mézières, bien entendu : « Quod autem per
legatum, aut prselatum nunquam factum fuerat et usque hodie per
manus archiepiscopi Nicosiensis confirmati sunt, et Papœ et Romanae
EcclesiaB obediunt » (.4. 5.. /. c), tandis que premièrement il y avait
de fréquentes conversions à la religion grecque {ibid.). D'après Mâ-
cheras, le résultat des efforts faits par le légat aurait été bien diffé-
rent; on recommanda aux prêtres grecs de continuer à servir Dieu à
leur manière. « Quant au légat, il reçut l'ordre de quitter l'île. Ainsi
finit le scandale » (tr. de M. Miller, p. 57). Le résultat pouvait être en
effet douteux, mais ce serait se tromper étrangement sur le caractère
de Pierre li"" (cf. Sathas, Dibliotlieca rjraeca medii aevi, II, Venise
1873, in-8°, préface p. 95, « Ata/pw; à:io5[w/0eî; t^ç KÛTipou, » etc.) Ce
n'était pas, du reste, une tentative sans exemple en Chypre : en 1231
déjà, Grégoire IX ordonna à l'archevêque de Nicosie d'excommunier
les moines grecs qui attaqueraient la doctrine catholique sur les azymes
— 109 —
furent convertis aussi par le zèle du légat. Puis il quitta l'île
pour aller à Rhodes et ensuite en Turquie '.
Philippe de Mézières n'était pas encore arrivé en Chypre.
Un autre occupait en 1360, peut-être, la charge de chancelier
de Chypre, le médecin Hugues, et il semble bien que Philippe
obtint cette dignité aussit(jt après son arrivée en Chypre,
sous le règne de Pierre ^ En outre, il parle de ce voyage du
légat avec beaucoup de détails, il est vrai — ses sources d'in-
formation étaient nombreuses et excellentes, — mais sans
mentionner ni sa propre personne ni les relations qu'il aurait
eues, à cette époque, avec le saint. Au contraire, quand, après
la conquête de Satalie, Pierre Thomas reviendra pour la troi-
sième fois en Chypre, il s'exprimera dans les termes les plus
enthousiastes sur l'amitié qui commençait à se former entre
eux^
Son arrivée en Chypre ne dut pas tarder cependant: s'il
n'assista pas lui-même à la prise de Satalie, ce qui serait
assez possible (il n'en parle jamais avec beaucoup de détails
dans ses ouvrages, où il la mentionne souvent), il se trouvait
dans l'île après le retour du roi. Aussitôt revenu auprès de
son ancien maître, leurs relations d'amitié, autrefois si étroites,
furent renouées. Il devint son collatornlis ; le roi l'appelait
toujours pour discuter avec lui les affaires importantes. Il
prêta bientôt le serment et devint l'homme lige de Pierre I".
En même temps. Dieu seul aidant et sans qu'il eût rien fait,
dit-il, pour obtenir cette dignité, le roi lui confia son sceau et
le nomma chancelier de Chypre, en ordonnant « que tous les
habitants du royaume obéissent à sa voix comme à celle de
Joseph en Egypte *. »
(Mas-Latrie, //. C, III, 629-30). Philippe de Chamberlhac, archevêque
de Nicosie, essaya, au xiv" siècle,, de convertir les Arméniens (Mas-
Latrie, Arch. Or. lat., II, p. 271). Élie de Nabineaux, son successeur
(1332-44), convoqua un concile provincial à Nicosie pour amener la
conversion des Arméniens et des Jacobites; un symbole en huit articles
fut adopté (Hardouin, Conc.il., t. Vil, p. 1753; Rinaldi, ann. 1338, cf.
Arch. Or. lat., l. c, p. 264). Jean XXII lui en avait donné l'idée en
1326 (Rinaldi, ann. 1326); Benoit XII l'en félicita en \m(ibid.. XXV,
p. 148).
1. Act. Sanct., l. c
2. Oratio trogedica, f" 191.
3. Act. Sanct., II, p. 1006.
4. Oratio tragédien, l. c.
- no —
Pendant ce temps, Pierre Thomas était en Achaïe, où il
se proposait de visiter sou diocèse de Coron. Ses amis lui
conseillèrent de ne pas s'exposer, en y allant, à la colère de
la princesse, Marie de Bourbon, qui, « mal conseillée par
certaines gens », pourrait se venger sur sa personne de ce
qu'il avait couronné ce Pierre P"" qu'elle accusait d'avoir usurpé
le trône de son fils. Il fut cependant très bien reru par les
barons, et on le voit recommencer bientôt, contre les nou-
veaux schismatiques, l'œuvre de conversion qui lui avait
réussi si bien en Chypre. Il fit môme des miracles : le seigneur
d'Arcadie eut un fils, paraît-il, grâce à ses prières, et Philippe
nous raconte ensuite un autre miracle qu'il aurait opéré en
vaisseau, à Paphos'. Bientôt la guerre sainte réunira ces trois
hommes qui devaient lui consacrer toute leur vie.
Elle avait commencé déjà si l'on veut considérer comme
telle l'occupation de Gorigos prise sans coup férir.
« Le royaume d'Arménie, dit Mâcheras, était alors occupé
par le roi Livon qui était pauvre. Il y avait deux cents
villes et châteaux forts, mais il les avait perdus.. » S'il n'avait
pas encore quitté ses États pour se réfugier en Occident, sa
situation était désespérée. Arrivé au trône grâce à beaucoup
d'efforts, après la mort de Constantin IV. qui n'était pas un
Lusignan^ le dernier des rois d'Arménie eut un des règnes
des plus désastreux, même dans ce pays qui était habitué
cependant aux malheurs. Il ne fut pas reconnu par toute la
nation et des troubles religieux, des dissensions civiles, accé-
lérèrent encore la chute de ce royaume agonisant, le dernier
des états chrétiens sur la terre d'Asie, Les émirs de la côte, les
Sarrasins de l'Egypte s'étaient partagé ses États : le port de
Lajazzo et Tarse, la capitale; les villes principales: Adana,
Malmistra, Pilerga, avaient succombé déjà^ et les Lusignan
1. Acta aanct., l. c.
2. Historiens arméniens des croisades, p. 713-15. Il était le fils d'une
mère arménienne. Sur sa prétendue parenté avec Constantin IV,
V. Hinaldi, année 1365, § xxi : le pape le déclare le roi légitime du
pays. Des Roupénides, des Léthouniens de Lampron lui disputaient
la succession (ï/ist. Arm., ibid.) V. la Chronique arménienne publiée
dans le 2" vol. de la publication citée.
3. Saint-Martin, Mémoires sur U Arménie, t. I, pp. 198-203; cf. Mâ-
cheras, p. 58.
— 111 —
(l'Arménie ne possédaient plus que quelques châteaux, conti-
nuellement menacés par les Égyptiens : Gaban, Pardserpert,
et le plus important des trois, Gorigos. Léon VI était trop faible
et trop pauvre pour pouvoir défendre longtemps les derniers
restes de ses états : déjà les Turcomans avaient dévasté Gori-
gos, dont la population s'était réfugiée dans la citadelle. Bien
que cette dernière résistât encore énergiquement aux assail-
lants, elle ne devait pas tarder à se rendre, si elle était aban-
donnée à ses propres ressources. C'est alors, le 8 janvier 1359,
qu'une ambassade composée de Michel Psararis et de Costas
Filitzis, grecs de Gorigos, se présenta devant le roi de Chypre,
lui demandant son secours'.
Une semblable demande avait été faite, quelque temps au-
paravant, au roi Hugues qui refusa, par amour de la paix
probablement, et aussi, d'après ses propres paroles, pour ne pas
prendre un château qui était à son neveu ^ Pierre P'' n'eut
pas de tels scrupules. Gorigos était pour lui une conquête
nécessaire : avec une garnison chrétienne dans sa citadelle,
une nouvelle croisade aurait retrouvé enfin ce point de débar-
quement qu'elle avait perdu par la chute d'Acre. L'origine de
Léon VI n'était pas pour lui un empêchement, et l'Arménie,
que se disputaient d'innombrables prétendants, se serait ralliée
peut-être à la branche aînée des Lusignan, si une armée chy-
priote, assez puissante pour la secourir, s'était présentée
devant une de ses forteresses. La réunion de ce royaume
si riche, avec ses grandes voies commerciales, aurait accru les
forces de l'île et sa prospérité : c'était peut-être le rêve de
Pierre I*"" que cette union des deux derniers Etats chrétiens
de l'Orient, union qu'il pensait accomplir, devenu roi d'Ar-
ménie, dans ses dernières années de combat, et que sa mort
rendit pour toujours impossible.
Situé sur le bord de la mer, entre la Cilicie trachée et la
Cilicia campestris^, entre le Sélef et le Lamas, près de l'an-
1. Mâcheras, p. 59.
2. Ibid. : « Ms to OeXrfar) ô Gsô; va 7:âpw tô xiatpov tou àvT)(|<ioS {loCÎ ! »
3. On lui donnait au moyen âge les noms de Gorigos, Curchi (Lan-
glois, Trésor des chartes de l'Arménie, p. 149\ Curco (Géof/r. d'Aboul-
fédn, tr. Reinard, t. H, p. i, p. 277), Korghos (Mas-Latrie, La prise
d'Alex., note 38), Cure, le Coure et le Court, syrien Kurikus (Mas-
Latrie, Ilist. Ch.. t. II, p. 75, note 1), Corkos (Tudela, tr. Bergeron,
— 112 —
cien Korykos', Gorigos occupait une' des positions les plus
fortes du littoral. La ville s'étendait sur la côte et sur un écueil
qui s'avançait dans la mer^; c'était un des ports les plus
importants au xiv" siècle^; les Génois le préféraient* comme
étant le mieux situé pour le commerce avec Iconium". En
1375, sa douane produisait un revenu de 3,000 florins ^ Les
environs, bien que très fertiles, sont montagneux et faciles à
défendre: un voyageur italien les comparait avec l'Istrie^
Le château lui-même, le Karak, se trouvait à six milles du
littoral, un second défendait l'écueil : il était en ruines lors-
que Barbaro le vit, mais paraissait avoir été « fort beau et
bien bâti ». Des inscriptions arméniennes, d'un caractère très
ancien, dit le même voyageur, étaient sculptées sur les murs^
Hayton, puis Schaban^ l'ambassadeur de Léon VI en Occi-
dent (1380), furent comtes de Gorigos.
Pierre P"" n'hésita pas à y envoyer une garnison chypriote
le 15 janvier 1359. 11 continuait à fournir des vaisseaux pour
la défense de Smyrne'", ainsi que l'avait fait son père. Les
deux vaisseaux furent mis sous le commandement de Robert
de Lusignan", chevalier anglais, appartenant sans doute à la
p. l'j), Corico, ap. Ramusio (t. II, 99-100), Qurc (Caumont, Voy. en
Terre-Sainte, p. 79).
1. Langlois, Trésor des chartes, p. 126; Voyage en Cilicie, pp. 197-
199. V. les ruines dans le Voyage en Caramanie, de Favre etMandrot.
2. Barbaro, ap. Ramusio, pp. 99-100.
3. Mas-Latrie, L'ile de Chypre, pp. 297-8.
4. Mas-Latrie, Des relations de l'Asie mineure avec l'île de Chypre,
Bib. de l'éc. des ch., 2« série, t. I, p. 303.
5. Heyd, o. c, t. I, p. 370.
6. Mas-Latrie, LHle de Chypre, p. 298. Les Turcs y revinrent comme
marchands après la conclusion de la paix. Il était important déjà sous
la domination byzantine, AnneComnène, éd. Bonn, t. II. pp. 120-21.
7. Barbaro, il>id., « montuosi esassosi». Le territoire de Gorigoss'é-
tendait, dit Mâcheras (p. 58), de l'église de la Sainte-Trinité jusqu'à
Pilerga, où se trouvait la douane : « xal va y.a-on^jr, È;-à 'ESpaî-z.a (oSpaîxa;
Strambaldi : Zueca) vàixr) £■.; to Koupîxoç, ToOrtsaTiv t6 xaateÀÀ'v Tou Koj-
pi/.ou. » Barbaro cite parmi ses productions, du blé, du coton,
du bétail et de très beaux fruits ; l'air, dit-il, y est tempéré (ibid.).
Cf. Machaut, p. 136.
8. Barbaro, ibid. L'autre château se trouvait à « un trar d'arco »
(ou de baliste, dit-il ailleurs), de la mer.
9. « Cornes de Curco » (Langlois, Trésor des chartes d'Arménie, p.52).
10. KaTepya t^ç MûpvTjÇ, Machéras, p. 59. Cf. Strambaldi, « le galère
de Smirne », et non de Myra, que Pierre ne possédait pas encore
(Machères, t. II, p. 63).
11. Machéras, TeXqu^S, Strambaldi (seul) : de Lusignan, cf. Bustron
— 113 —
branche de Poitou. Il partit à cette date, de Srnyrne
môme, peut-être. Les habitants, heureux d'échapper enfin aux
dévastations périodiques des Turcomans et des Sarrasins,
sortirent à sa rencontre. Robert, que Pierre avait nommé
capitaine de la ville', entra avec cinq compagnies d'arbalé-
triers et leur fit prêter le serment dans la cathédrale, où se
conservait cette image miraculeuse de la vierge de Gorigos
qui avait tant contribué à la défense de la citadelle ^ Le roi
annonça au pape cette conquête facile, si importante pour
ses projets futurs, et le pria de l'autoriser à envoyer
chaque année à Gorigos les deux vaisseaux qu'il était tenu
de fournir pour la défense de Smyrne^ Sa proposition fut
et Amadi. M. de Mas-Latrie serait disposé à y voir un Lusignan du
Poitou, venu pour faire sa fortune au service de ses parents {L'ile de
Chypre, p. 161). Il y avait cependant, en Italie, un village de Lucignano,
cité dans la (.'hronique de Minerbetti {Rer. It. Scr. de P'iorence, col.
100), et une famille de Lusignano, en Lombardie (Chron. Berg., Mur.,
XVI, 900 I)). (3e qui plaide pour la première hypothèse, c'est que Robert
était un chevalier « anglais ».
1. « Ka7:cTavov toû ajToj xâaTpou », p. .59. Il semble Cependant que la
ville elle-même n'était plus occupée par les Turcs; leurs expéditions,
qui avaient pour but principal la prise de la citadelle, se bornaient à
dévaster les environs de Gorigos, qu'ils quittaient ensuite. Mâcheras
(p. 58) parle du territoire de Gorigos (r) y.wpa toù Kouoixo;) qui n'était
pas encore soumis aux émirs, conquérants de presque toute l'Ar-
ménie. Les habitants s'étaient cependant retirés de la ville (dans une
île près du port ëÇoj 'ç tô vrialv et dans la citadelle), pour ne pas être
surpris par de nouvelles invasions, d'autres s'étaient enfuis en Chypre.
2. Mâcheras, p. 60 « xf^c, Oauixaax^; S'.y.ovo; xr]; Ko'jpoj/.i(oT;aaa; sî/ovo;
(y a-t-il une erreur?) toû Oeou. Elle se montra dans une vision, au grand
Caraman, qu'elle rendit aveugle pour quelques jours. L'émir se retira
et chercha a l'apaiser par des cadeaux. Un morceau de coton frotté à
l'image le guérit (ihid.).
3. La plirase est assez obscure. Kat ètîoîxîv -o vrja'tv toCî r^i-Ka,
xa'i Èî^rjxrjaî'v tou p' xâxîpya xà rf-:o'/ xo vr)a';v xf); K'jrcpO'J xpaxrjaiva va
-£t];r) cïçxrjv [ilér^riaiv xi^; Mupvr]; (Machéras, p. 60. Strambaldi traduit le
passage» alla guardia délia Smirne», ce qui est la vraie leçon. M. Miller
admet la version KupTÎvT]ç, où il voudrait voir Gorigos (II, j). 63). II est
bien question des galères de Smyrne, dont c'est le nombre. Le récit
de Machéras, d'après les papiers de la cour royale (KaOw; x6 r,Zjav
Ypa(^rj.cvov £1? xr)v aùXr]v x^v pr(Yâxtx7]v, p. 58), est très circonstancié et
parait exact. Les informations de Macliaut sont complètement fausses:
la pitadelle n'étant pas occupée par les Turcs, les troupes du roi n'eu-
rent pas à la prendre de vive force (p. 20) ; cf. « Tout fu mort quan
qu'il trouva » (ibid.). Personne ne fut tué certainement, puisqu'il n'v
avnil pas d'ennemis. La version est admise par M. Herquet (p. 9).
La date est bien 1859 et non 1361 (Delaville le Roulx, p. 119). Le récit
de Lorédan est fantaisiste (I, o87-9). Cf. les récits très courts de Bus-
tron (p. 259) et d'Amadi (411) qui abrègent Machéras, etJIisl. Annén.,
I, 639, 711.
N. JonG.\. Philippe de Mézières 8
- lli —
acceptée par Innocent VI, et Gorigos se défendit vaillamment
contre les Turcs jusqu'en 1448.
Une garnison chrétienne dans Gorigos était une menace
perpétuelle pour les États du grand Caraman, qui ne pouvait
pas souffrir tranquillement cette agression des chrétiens, depuis
si longtemps paisibles. Il comptait réunir toute l'Arménie,
dont il était le principal ennemi, à ses possessions, et la ten-
tative heureuse de Pierre P'" le menaçait de lui faire perdre sa
sécurité. Ibrahim Bey, prince énergique et actif, était sans
doute parmi les plus puissants des émirs qui s'étaient
partagé l'ancien empire d'Iconium, dont la capitale Konieh
allait devenir la sienne. Ilpossédait toute l'ancienne Cappadoce
et une partie de Lycaonie'; ses forces étaient imposantes.
II avait sous ses ordres 40,000 hommes au moins ^ Son
territoire contenait 150 forteresses et 14 villes ^ parmi les-
quelles Alaiïa « que le vulgaire nomme Alaïa^«, ou Candelore,
l'ancien Coracesium peut-être, sur la frontière de la Cilicie
trachée^ (ville dont on voyait encore les ruines importantes
au siècle passé '^ et qui, surplombant le bras de mer qui
sépare Chypre de l'Anatolie, dominait le bassin oriental de la
Méditerranée;, Larendah, qui donna jadis son second nom de
Caraman à la principauté, et la capitale de l'émir, Ermenek.
Le grand Caraman n'entretenait pas de très bonnes rela-
tions avec ses voisins. Tout en recherchant, avec beaucoup
d'habileté, l'amitié des Mongols et celle du Soudan d'Egypte,
il pensait à s'agrandir aux. dépens de ses voisins de même
religion. L'Asie Mineure, démembrée après la chute de
l'empire des Seldjoucides, le tentait: aussi était -il sans
doute craint et haï, ainsi que l'affirme Schehàb-Eddin pour
son voisin de Kermian, par tous les autres émirs plus faibles^
1. Hist. Armmiens des croisades, p. 711.
2. Schehàb-Eddin, d'après les récits du scheïk Haïder-Orian (tr.
Quatremère, dans les Notices et extr., Xlll, p. 342).
3. Ibid., p. 373.
4. Ihid.
5. Sur son identification avec Coracesium, v. Corancez, Ilinéraire
d'une partie peu connue de l'Asie mineure, Paris, 1816, 8", p. 369-70.
« 11 est certain que Coracesium ne pouvait estre éloigné d'Alaïa » (ibid.).
6. Corancez, l. c, p. 365.
7. « Les émirs turcs le (l'émir de Kermian) haïssent et font tout ce
— 115 —
Cependant, devant le danger d'une invasion chrétienne,
l'inimitié entre Musulmans disparut : une ligue se forma entre
Ibrahim-Bey et deux émirs de la côte, celui de Satalie et de
Monavgat, sur les bords de l'ancien Mêlas '. Des vaisseaux
furent rassemblés dans les ports de l'Asie Mineure pour châtier
cet ennemi si entreprenante
Pierre 1*"' prévint leur attaque. Il aurait commencé plus tôt
la guerre sainte, si les affaires de l'île ne l'avaient retenu pour
quelque temps. Il donna la chasse aux pirates catalans qui
infestaient les eaux de Chypre (1359)*, puis une querelle
éclata à Famagouste entre les troupes qu'il rassemblait pour
la croisade, et ses anciens soldats, chypriotes et syriens, que-
relle sanglante qui fut terminée par des pendaisons*. Enfin,
sa position même fut ébranlée par les plaintes qu'adressa son
neveu, Hugues, au pape et au roi de France. Celui-ci prit cha-
leureusement sa défense. Hugues vint demander justice à
Avignon avec des lettres de Jean 11 et de l'empereur Robert,
à qui sa mère s'était remariée ë II trouva le pape bien dis-
posé en sa faveur, sans doute par le souvenir des démêlés
du comte de Tripoli avec son père, démêlés où Innocent VI
avait été contraint d'intervenir. Il écrivit au nouveau roi
qu'ils peuvent pour le détruire » (Schehâb-Eddin, ap. Quatremère,
/. c, p. 340).
1. Aupurd'hui Manavgat, sur les bords de la rivière de Manavgat-Sou
(Mêlas?). H. de Mas-Latrie, Citron, d' Amadi, p. 411, note 3. Cf. Mâcheras:
Tot àpEvxriv Tov MovoGyâxriv (ce qui ferait croire que c'était le nom même
de l'émir, p. 61) et Strambaldi: «signer Monungati », Amadi: « Monov-
gati » (p. 4tl), Bustron, « Monogati » (p. 259), ms. de Paris : « Monan-
gati », Méziéres, Vila S. Thomae, A. 6'., Janv., 11, p. 1006, « Monon-
gati », Lorédan (1, 389): « Monoaguti ». Ce n'est pas en tout cas le
« seigneur Monougati » (Dclavillele Roulx, I, p. 130, n" 3), L'alliance ne
fut pas conclue non plus entre les émirs de Lajazzo et d'Alaïa (Can-
delore, ihid., 119). Alaia appartenait au grand laraman, à l'époque de
Schehâb-Eddin (« principauté d'Ermenek », dit-il). Cf. Ilisl. A}-m. l,
p. 711 : Monavgal.
2. L'archimandrite Cyprien, dans son Ilisloire de Chypre, croit pou-
voir donner le nombre des vaisseaux turcs (30 phystes, fnsle., it.),qui
auraient dévasté les côtes de l'ile (ÈxaxâTfc/^av Ta TOftyiséXia -^; vrjaou,
p. 159). L'archimandrite est ordinairement assez exact, et avait de très
bonnes sources, inconnues peut-être.
3. Mâcheras, p. 54. Un certain Lucas le Catalan les commandait.
Les commandants des galères chypriotes, François Spinola et François
Cattaneo, deux génois, s'en plaignirent au roi d'Aragon (ibid.).
4. Mâcheras, p. 58.
5. Maciiéras, p. 57. Bustron, pp. 258-9. Amadi, p, 410, Buchon,
Nouv. rcch. sur la Morée, II*, Paris, 1843, pp. 131-4,
— 116 —
de Chypre, dès le 23 juin 1360, une lettre très sévère,
qu'il envoya par un sergent d'armes, son familier Angelo
de Lucques \ Il objecte le droit de succession du premier
né, Hugues, fils du premier né de Hugues IV, Guy, repré-
sentant la personne du mort^ De plus, une clause formelle
insérée dans le contrat de mariage de Marie de Bourbon
attribuait à son premier né la succession aux couronnes
de Chypre et de Jérusalem l Hugues de Lusignan était
donc le légitime héritier-, il aurait pu poursuivre ses droits
d'une tout autre manière : il a préféré le jugement de
l'Église. Qu'il pense donc à la guerre qui le menace, son
compétiteur ayant des parents et des amis qui l'aideront à
recouvrer son héritage : il doit sacrifier ses intérêts à la jus-
tice, ne pas vouloir « ce qu'il veut, mais ce qu'il doit vou-
loir* ». Il serait digne d'être nommé usurpateur^ s'il refusait
d'écouter ces conseils: Hugues de Lusignan serait du reste
assez bienveillant pour lui accorder sa faveur s'il renonce au trô-
ne. Il lui demande enfin, puisqu'il se pourrait aussi que la justice
fût de son côté, de lui envoyer des ambassadeurs solennels
pour décider sur cette affaire. Les ambassadeurs envoyés par
Pierre pour annoncer à Innocent VI son avènement, arrivèrent
bientôt ; ils furent interrogés par le pape sur les droits qu'avait
leur maître pour se saisir de la couronne. Leur réponse, assez
belle, mérite d'être citée : « Seigneur », répondirent les envoyés,
Raymond Babin, Pierre Thénouri et Jean de Carmadino', « que
1. Rinaldi, XXVI, 55-6.
2. « Qui dicti sui patris noscitur repraesentare personam et pruno-
genitus dicti Guidonis extitit » ibid., p. 55.
3. « Ac praeterhoc temporetractatus matrimonii... contrahendi, pro
parte et nomine dicti Kegis conventum fuerit soleinniter et tîrmatum,
quod priinogenitus exipsisGuidone et Maria nasciturus in regno succe-
deret praelibato », ibid.
4. « Gonsiderantes, quod idem Hugo generosis et potentibus valla-
tum se invenit consanguineis et amicis, qui ad prosequendum ejus
jura tam favorabiliter quam potenter sua eidem praestare valerent
auxilia et favores (ibid.).
5. « Non régis titulum meruisse apud homines, sed occupatons
nomen », ibid.
6. Trouàv Kaptxaf;v, génois (Machéras, p. 54). Cf. Rinaldi, XXVI, p. 54
« de Carmayriô ». Carmadino est son vrai nom (et non Carmadin,
Machéras, I. p. 58, cf. note 1). Quant à Pierre Thénori, la forme
grecque est Tevoj.o^v et TcvoJp ; Strambaldi : Tcnor. C'était, sans doute,
un parent de Simon Thénouri. La lettre mentionnée du pape n en
parle pas.
— 117 -
Ta Sainteté sache que nos parents n'ont abandonné leurs
maisons, leurs parents et leurs biens et qu'ils ne sont venus
habiter un rocher jeté au milieu de la mer, qu'à la condition
de faire des traités et de rédiger des assises pour garantir
leur sécurité. Si un chevalier, un baron ou un roi a plusieurs
enfants qui meurent, les enfants des morts n'hériteront pas,
ce droit appartenant aux enfants qui vivent encore, Guy
étant mort sans avoir pris possession du royaume, comment
son fils Hugues pourrait-il hériter ? ' »
Le pape ne fut pas convaincu cependant par cette fîère ré-
ponse : il objecta le droit que ne peuvent pas détruire les lois
particulières, et demanda au roi de se justifier en cour de
Rome, dans le délai d'un an après la réception des lettres. Ce
fut probablement sa réponse orale aux ambassadeurs : les
lettres elles-mêmes sont de beaucoup plus bienveillantes ;
en effet. Innocent VI y remercie le roi pour ses offres bien-
veillantes à l'égard de l'Église ^ il l'engage à continuer, imi-
tant ainsi l'exemple de son père. Il doit être juste cependant
et surtout envers son neveu, ainsi qu'il l'a déclaré à ses am-
bassadeurs''. — On pense bien que ces nouvelles ne furent
pas agréables à ce roi si pieux, qui aurait voulu commencer
son règne d'une tout autre manière ; il pensa partir, et de-
manda l'avis des barons, qui lui conseillèrent d'offrir une pen-
sion au prétendant. Deux nouveaux ambassadeurs furent en-
voyés à Avignon, Jean du Morf, comte de Rochas, et Thomas
de Montolif, auditeur de Chypre*. Ils partirent de Fama-
1. Mâcheras, p. 56. Nous avons reproduit, avec quelques change-
ments, la traduction de M. Miller, II, pp. 59-60. Il nous semble que
c'est la traduction la plus raisonnable du passage assez obscur de Mâ-
cheras dans lequel xoù; à;io6a;x£vou; est répété pour la seconde fois, par
erreur du copiste : Ka! av Tioîar) xaSaXXàoT);, îj :rapouvT];, T) prjya; TUoXXà
Jtaioia -/.où àpaacjTOÙ'v /.a: ':ïaiOxvo'jv Ta 7iat8;a, xâ 'y^ovia toj; à7:oOa[i.£vou; va
[/.Èv (lisez : ;i.r) [v ]) !tX£povO[ji.(ao'JV, ruapâ xa ra;S'!a xoù; àjroOaaî'vouç, xà
euptixoù'vxai Çwvxavâ » (p. 56).
2. « Ceterum de eo quod tam per dictos ambasiatores, quam literas
easdem, te ad omnem reverentiam sanctae Romanae ecclesiae atque
nostram, liberaliter obtulisti, » etc.
3. « In causa dilocti Hlii, nobilis viri Hugonis de Lusignano, nepotis
tui, benignus tui censor existas, prout requirere videatur ipsa ius-
titia... » (Hinaldi, t. X.WI, p. 55).
4. Et maréchal de Chypre, p. 57. Cf. Amadi,p. 410; Bustron, p. 259.
Les premiers ambassadeurs étaient partis de Chypre le 18 sept. 1359 (?)
d'après Mâcheras (p. 54) ; les seconds le 9 avril (Mâcheras, p. 57) ou le
— 118 -
goiisle le 18 septembre 1360 et opposèrent à la Curie de nou-
velles raisons, les assises et une attestation des membres de
la haute cour, qui déclaraient la succession de Pierre légale'.
Le pape continuait cependant à défendre les droits de Hugues.
Les ambassadeurs intervinrent alors auprès de ce dernier qui
consentit à renoncer à ses prétentions pour un revenu annuel
de 50 mille aspres^
Cette somme ne fut pas payée, paraît-il, et pendant long-
temps encore, Marie de Bourbon réclamera pour son fils, à
Avignon et ailleurs. Innocent VI écrivit de nouveau au roi pour
s'en plaindre, mais sa lettre resta sans réponse '^ Des ambas-
sadeurs de la part de Marie et de son fils se présentèrent
devant le nouveau pape, Urbain V, le 29 novembre 1362. Urbain
envoya à Pierre I" une copie de ces réclamations* et lui de-
manda de se rendre favorables ses parents, ainsi que l'exigent
l'union qui doit exister dans les familles royales, sa position
difficile (« in faucibus hostium Ihesu Christi »), son honneur de
chevalier et l'obéissance envers l'Eglise. Hugues est « l'os de
ses os et la chair de sa chair » : il doit lui servir de père et
prendre soin de lui, pour mériter les remerciements du pape.
Il off're enfin d'être médiateur entre eux, si des ambassadeurs
10 avril 1360 (Amadi, p. 1310). Les deux dates sont impossibles : Pierre
ne pouvait pas annoncer la mort de son père avant le 10 octobre 1359,
donc c'est de l'année 1360 qu'on doit dater le départ des premiers
ambassadeurs. D'autre part, ces ambassadeurs étaient arrivés à Avignon
avant le 28 juin 1360, quand Innocent VI répondit au roi en men-
tionnant leur arrivée. // faut changer donc les deux dates entre elles :
la première ambassade partit le 9 ouïe 10 avril 1360 de Chypre ; après
quelques semaines de traversée, elle arriva à Avignon, aussitôt après
renvoi de la lettre pontificale du 23 jtiin qui ne les mentionne pas (23
iuin-28 juin); ils retournèrent en Chypre vers la fin du même mois et
durent arriver vers le commencement de septembre 1360. Le roi eut
quelques jours pour se décider et l'envoi d'une nouvelle ambassade le
18 septembre est dans ce cas très logique. Autrement il faudrait re-
tarder jusqu'en 1361 l'envoi de la seconde ambassade, après quelques
mois de réflexion de la part du roi : et la première serait assez tardive
pour annoncer le couronnement de Pierre I (5 avril).
1. Bustron, p. 259.
2. Mâcheras, p. 57; Amadi, p. 410; Bustron, p. 259.
3. « Non miserit, quod vix credere possumus, responsivam » (Arch.
du Vatican, Sécréta, 245, f"' 16 v"-7).
4. « Presentibus interclusum ». C'était, dit la lettre, « des suppli-
cations accompagnées d'arguments et de très humbles prières », /. c.
Suivent des lettres adressées dans le même sens au prince d'Antioche
(f° 17) et à Pierre Thomas qui se trouvait, dit le pape, en Chypre,
pour « les affaires de sa légation » (f°s 17-18 v").
(
— 119 —
compétents étaient envoyés à Avignon. Pierre ne reçut proba-
blement pas cette lettre : il était déjà parti pour l'Occident.
Si l'accord de 1361 ne fut pas définitif, il assura la position
de Pierre l" envers le pape et le roi de France, mit fin aux in-
trigues qui auraient pu se tramer en Chypre, et lui permit de
tourner ses forces vers l'Orient. 11 se décida à prévenir l'attaque
des émirs par une invasion.
11 avait cherché dès son avènement à accroître ses forces.
Les chevaliers et les troupes chypriotes ou syriennes*, que lui
avait laissées son père, étaient insuffisants pour combattre
des ennemis aussi puissants et aussi aguerris. Jean de Vé-
rone fut envoyé pour lever des troupes en Lombardic ; Morf
et Thomas de Montolif l'accompagnèrent : ils prirent un grand
nombre de gens d'armes à la solde du roi\ Des Florentins,
attirés peut-être par leurs offres ou par la renommée de
Pierre, vinrent en Chypre vers la mêmeépoque^ Les troupes
étrangères se trouvaient à Famagouste, le 22 avril 1361*.
quand éclata une querelle sanglante avec les anciens soldats.
Bientôt les chevaliers furent avertis de se tenir prêts
pour une expédition : des galères furent demandées aux Hos-
pitaliers, qui en envoyèrent quatre, sous le commandement de
l'amiral de l'ordre, Jean Forbin, du gouverneur militaire de
Rhodes et de plusieurs frères. Le roi lui-même rassembla qua-
rante-six vaisseaux : le pape lui en envoya deux, et douze vais-
seaux de corsaires se rallièrent à l'expédition. Le tout formait
plus de cent voiles, dont la moitié était composée de galères^.
1. Mâcheras « xooc Xa; xwv àpfxotTWV, toÙ; ve'ou; [xè, TOÙ; jîaXi^ou;, Toù;
KuTtpttÔTai; (sic), xoù; Suptavou; », p. 58.
2. Mâcheras, p. 57. C'est bien Jean de Vérone (T^ouàv T£6£poùv£;),
ainsi que le nomme Strambaldi, et non Jean de Verni (trad. t. Il, p. 61,
cf. note 1). C'était probablement un Lombard, qui fut envoyé dans
son /i(i>/s pour y lever des troupes.
3. Mâcheras cite un certain Galiot Tapères (TaTXc'pai;) qui nous est
inconnu, et Barthélémy Traré (p. 57).
4. rind.
5. Mâcheras en compte ll'i, y compris les vaisseaux du pape et des
Hospitaliers (p. 61). Les vaisseaux chypriotes n'étaient pas composés
exclusivement de galères (ijnzpà [jLsyaXa). Ceux qu'envoya le Grand-
Maitre sont nommés d'une manière générale y.izzz^x (ibid.). D'après
Bustron, la flotte (de nouveaux vaisseaux avaient été ajoutés à Fama-
gouste, après l'arrivée du roi, « érspa ÇJXa », Mâcheras, p. 61), était forte
(le 'i6 galères, 20 vaisseaux (nove) et 12 « fustes ». Des « petits navires »
(navigli picoli) la faisaient montera 106 voiles, y compris le contingent
— 120 —
Sauf le pape, personne, parmi les princes de l'Occident,
n'avait envoyé do troupes ni de secours en argent ' ; les
dépenses furent supportées par Pierre P"" seul et ses barons \
On ne connaît pas le nombre des soldats : des chevaliers de
l'Épée s'étaient embarqués, paraît-il, pour l'expédition''.
Le roi lui-même arriva à Famagouste le lundi* 12 juillet
1361, ayant avec lui la plupart de ses officiers et barons:
Philippe d'Ibelin, sénéchal de Chypre et son fils, Jean d'Ibelin,
connétable de Jérusalem, Jean de Lusignan% son propre frère,
Jean de Sur, amiral de Jérusalem, et Jean de Montolif, amiral
de Chypre, son fils Thomas de Montolif et Hugues, Phi-
lippe de Brunswick, Jean de Morf, Raymond Babin, Guy de
Mimars, Jean de Carmadino (Cremeno), le turcoplier Jacques
de Norès, Henri de Giblet, etc/. Des étrangers montèrent
aussi sur les galères : un « fils du comte de Savoie »,
qu'on n'identifierait pas facilement', le soigneur de Passit
ou de Passes (?), le commandant de Rhodes, neveu d'Inno-
cent VI, etc. Si le légat était encore en Achaïe, Pierre
du pape el la galère du légat (pp. 259-60). Les chiffres que donne
Amadi sont quelque peu différents : il compte 46 galères, 20 navires,
12 « gripparie » et six brigantins ; avec les petits navires, cela faisait
106 voiles, y compris les vaisseaux que mentionne aussi Bustron (« la
gallia che venue il legato »,p. 44). Cette dernière n'est pas mentionnée
par Mâcheras : d'après Mézières, le légat ne vint à Satalie qu'après
avoir ctr informé de la victoire (/. c. p. 1006; « Legatus vero talem
victoriam inauditam cum gaudio andienx, Sathaliam venit... »), ce qui
est très probable. Villani donne des chiffres impossibles : 24 « galères
armées» seulement, 3 galères de l'ordre, ce qui, avec les autres voiles
(Jegni), et les vaisseaux de transport {di carico), arriverait au chiffre
de 100 voiles (Villani, 1. X, c. ixu: éd. Dragomanni, v. c, p. 359).
Lorédan, et d'après lui Cyprien, mentionnent 20 vaisseaux catalans
(les y.ouoaao'.y.â de Machéras) et 50 galères (et 12 barques), Lor., I,
389-91, 'Cypr., p. 159.
1. « Per.sonalibus laboribus et expensis » (Rinaldi, XXVI, p. 89).
2. Machéras, p. 61 : « àr.ô ttjv Kû~pov. ■/.«'• ixtzô ôcàXqjç â^c'vTaw »; tr. :
« Aux frais du royaume et des seigneurs ("?)» (t. 11, p. 65). Il y avait aussi
deux vaisseaux génois qui avaient amené le podestat (Machéras, p. 62).
3. Mézières, Chevalerie, f° 15 v" : « par la grâce de dieu mist main
à l'espèe de son ordre ».
4. Ce n'était pas un dimanche, ainsi que le croit Machéras, p. 61.
Cf. Bustron, p. 259, Amadi, p. 411. C'est le 24 juillet qu'il serait parti,
d'après Matteo Villani (I. X, c. Lxn, éd. Dragomanni, p. 359).
5. C'était le prince (d'Antioche), Machéras, p. 61.
6. Machéras, pp. 61-2.
7. A moins qu'on n'y veuille voir un des trois frères illégitimes
d'Amédée VI. V. Guichenon, Ilist. généal. de la roy. maison de Savoie
(réimpr. de Turin, 1778), I, 398.
— 121 -
de Chambcrlhac, archevêque de Nicosie, avait armé lui-
môme une galère. Celles que l'île devait fournir pour la
défense de Smyrne se réunirent à la flotte.
Pierre I""" s'embarqua le môme jour avec ses troupes. On ne
connaissait pas la destination de l'expédition, qui fut enve-
loppée d'un secret tout aussi grand que celle d'Alexandrie K
On s'arrêta à Salines pour prendre 200 chevaux de guerre ^
puis à Myloi'', où on embarqua les provisions et le fourrage.
Des envoyés du seigneur de Satalie, qui prévoyait le but de
l'attaque, se présentèrent devant le roi avec des lettres et
des présents : Pierre prit avec lui les vaisseaux des ambas-
sadeurs et se dirigea vers la ville*.
Satalie est située en face du cap de Saint-Épiphane, qui
termine l'île de Chypre au nord-ouest, au fond de ce golfe si
effrayant et si dangereux pour les navires, avant l'arrivée
bienfaisante de Sainte-Hélène \ Le port est à l'orient de la
rade, une rade étroite, creusée dans les dernières ramifica-
tions du Taurus. De hautes montagnes le surplombent à
l'ouest: il est défendu par une double muraille, que termi-
naient jadis des tours, aujourd'hui en ruines*. Au-dessus de
la mer s'étend une très belle plaine que la chaleur rend in-
salubre; on y remarquait d'admirables bosquets d'orangers
et de limons doux. Plus haut s'élevaient des platanes et des
groupes d'arbres de l'Occident". Pour arriver à la ville", on
1. Au moins d'après Villani, /. c. : « non sapendo dove si dovesse
andaro », mais Maclioras déclare que l'émir connaissait ses projets : il
envoya, du reste, des ambassadeurs pour apaiser le roi (p. 62).
2. Bustron, p. 260.
3. « Eî; Toj; MjIou; », Machéras, p. 62.
4. Machéras, pp. 62-3.
5. Et. de Lusignan. « l'espouvantable goulTrc de Sathalie » (f" 'i v),
d'après les chroniques. Cf. lieauvau de .Manonville et M. de Brèves,
Relation d'un voyage en Asie mineure. 1610, pp. 113-4.
6. « 11 (le port) est petit et défendu par une double muraille... Les
deux extrémités du mur étoient autrefois garnies de tours qui tombent
aujourd'hui en ruines » (Corancez. o. c. p. 385).
7. u Assez forte (ville) et ancienne, mais bien plaisante, à cause de
plusieurs fontaines et ruisseaux qui passent par la ville, et aussi beau-
coup de jardins pleins de citrons et d'oranges «(Beauvau, o.c .p. llo-I'i).
Cf. Corancez, l. c, p. 387 : « Des eaux courantes les arrosent dans
tous les sens, les orangers, les limons doux et les citronniers y forment
des bosquets. En dessus s'élèvent des platanes magnifiques, et tous les
grands arbres de nos climats ». Cf. le voyage Lebruyn, p. 522.
— 122 —
prenait un escalier taillé dans le roc' : la porte qui le terminait
donnait accès au quartier habité par les Turcs seuls. On voyait
encore au xviif siècle des croix de Jérusalem sculptées sur ces
premiers murs et même « un escusson avec une croix... et
trois aliénons^ ». Puis une seconde muraille séparait cette
ville fortifiée, d'un autre quartier ou de deux autres même,
situés plus au nord, sur la cime même du rocher*: les mar-
chands chrétiens et juifs y habitaient séparément, et Ludolphe
de Sudheim parle d'une église célèbre où se trouvait une de.s
trois images de la Vierge peintes par saint Luc.
Au quatorzième siècle, la ville était la capitale d'une prin-
cipauté turque assez puissante. Tacca (l'émir du Tekké-IU),
le prince qui s'était allié avec ses voisins contre les armes
des chrétiens, possédait douze villes et vingt-cinq forteresses.
Ses troupes se composaient de 8,000 cavaliers^, de 40,000,
d'après d'autres sources. C'était une forteresse presque im-
prenable^ et en même temps un des ports les plus riches de
la côte d'Asie. Les vaisseaux vénitiens, revenant de l'Egypte,
s'y arrêtaient. Elle échangeait les productions de la Cara-
manie et du centre de l'Asie Mineure, l'adragante solide entre
autres, pour les draps de Chàlons, de Narbonne, de Perpignan
et de Lombardie^. La ville devait être très peuplée à cette
1. « Lorsqu'on va de là (le port) à la ville, on rencontre d'abord une
rue qui va en montant, au bout de laquelle est une des portes, où l'on
voit encore les armes de Jérusalem » (Lebruyn, Voyage au Levant,
p. 522). « La ville en (du port) est séparée par une muraille qui
forme son enceinte, et on n'arrive dans l'intérieur qu'en montant un
escalier taillé dans le roc », Corancez, /. c, pp. 388-9.
2. Beauvau, o. c, 114 : « Armoiries chargées de croix » et pp. 114-15.
Cf. Lebruyn, p. 522.
3. Corancez mentionne un « faubourg assez étendu » au nord de la
ville : il était habité par les Juifs et les chrétiens (p. 388). D'autre part,
la ville était bâtie sur le penchant et la cime d"un rocher qui domine
le port. Cf. Ludolphus de Sudheim, c. XLir : « Scacalie eciam tria gênera
diversorum hominum degunt. In prima parte... Greci... In secunda
parte... Thurci... In parte qua degunt Greci est ymago béate Marie in
tabula depicta. quarum très sunt in mundo, una Rome, alla Constanti-
nopoli, tercia Scacalie ». Cf. Mas Latrie, Vile de Chypre, pp. 263-4,
Villani, p. 82, Arck. Or. latin, II, 347.
4. Schehâb-Eddin, o. c, pp. 371-2. On la nommait aussi Antaliah,
Adalia, Scctalia, Seplalia, Antalia (ihid.). « Les troupes du souverain
d'Antalia s'élèvent environ à 40,000 (sic) cavaliers » (Schehâb-Eddin,
d'après le scheïk Haïder-Orian, p. 338).
5. « Civitatem invictissimam » (.4. S., l. c, p. 1006).
6. Depping, Hisl. du comm. du Levant, 1832, t. I, p. lit.
— 123 —
époque', mais les habitants étaient loin de pouvoir opposer
quelque résistance à une armée d'invasion. « Sa population
n'est nullement belliqueuse, dit Schehàb-Eddin, et peu capable
d'inspirer de l'effroi à ses ennemis^ » Ce n'était pas la
première fois qu'elle était attaquée par des chrétiens : la flotte
de Louis Vil s'y était déjà réunie pour cette conquête de
la Syrie qui finit d'une manière si lamentable. Les Chy-
priotes avaient dirigé une expédition contre elle dès le com-
mencement du règne de Hugues P'"^.
L'émir ne se trouvait pas à Satalie même, à l'arrivée des
vaisseaux chrétiens, qui abordèrent à Tétramili, le 23 août
1361 ^. La ville n'était pas préparée à se défendre et la
conquête fut facile. On débarqua d'abord deux cents chevaux,
les engins et quelques troupes sous le commandement du
frère du roi, le prince d'Antioche^ Il mit le siège devant la
ville, qui ne tarda pas à se rendre. Pierre P"" arriva lui-même
le 24, et la forteresse fut prise d'assaut* le soir du même
jour. Le roi y entra « glorieusement ^ », dit Mézières, tandis
que ses soldats mettaient à sac la ville et, probablement, le
port. Les cruautés ordinaires dans les guerres entre chré-
tiens et musulmans se répétèrent, s'il faut en croire Froissart
et Machaut : d'après le premier, les habitants auraient été
tués sans distinction d'âge ; le second raconte avec enthou-
siasme l'incendie de la ville qui fut « arse et brûlée »,
tandis qu'on pillait les draps de soie et d'or qui s'y trou-
vaient en abondance ^ Ces informations paraissent assez
1. Elle n'avait, on 1816, que trois à quatre mille maisons et de quinze
à vinst mille hal)itants, Corancez, /. c.
2. P. 372. Cf. Villani, l. c.
3. Mas-Latrie, L'île de (Ihi/pn-, pp. 212-3. Elle fut restituée aux
Turcs après l'assassinat de F'ierre I'"'". Elle était célèbre au xv" siècle
encore pour les aromates, les épices et les autres produits de l'Asie {ibid.
212-3). Les Francs en avaient fait, au xviii"-" siècle, une échelle pour le
commerce des cuirs et des tapis de Caranianie (Fieauvau, o. c. p. 1 14-5).
4. Mâcheras, p. 62 (TexpaijLiXtv); Strambaldi : Tramil. L'èmxv se serait
retiré devant les chrétiens, d'après Villani (/. c): « il signore che v'era
con poca gente, se ne usci. » Cf. Amadi, p. 411.
5. Mâcheras, ibid.. xov ::p!v-:rr,v.
6. « Personaliter adiit, eteam /bWmme expugnando... » C'est ce qui
explique la férocité des troupes {Act. SancL. .Jan., II, p. 1006).
7 « Adeo gloriose triumphavit. .. » (ibid.).
8. Machaut, pp. 20-21.
— 124 —
exactes : des chevaliers de l'Occident, des Français môme
avaient pris part à cette expédition '.
Tacca revint bientôt de Stenon, où il s'était retiré : il avait
rassemblé une armée de trois mille cavaliers et fantassins et
Satalie allait être reprise, si les chevaliers de Rhodes, qui
connaissaient la manière de combattre des Turcs, n'avaient
pas été sur leur garde. Ils soutinrent l'attaque des Turcs
jusqu'à l'arrivée des autres troupes et Tacca dut se retirer.
Il allait revenir bientôt, et, pendant tout le temps de la domi-
nation chrétienne, la garnison eut à combattre contre les
armées de l'énergique émir^
La prise de Satalie anéantit la ligue de 1360: l'émir de
Monovgat, puis celui d'Alaïa ou de Candelore, qui repré-
sentait dans la ville l'autorité du grand Caraman, envoyèrent
au roi des ambassadeurs pour demander la paix. Ils offraient
de payer un tribut, de recevoir ses drapeaux et de reconnaître
sa suzeraineté. Ces conditions furent acceptées et Pierre, ayant
t. « Plusieur.s autres, tant du royaume de France comme d'ail-
leurs », Les grandes chroniques de France, édition P. Paris, t. VI,
p. 225. M. Stubbs croit que c'est à la pri.se de Satalie qu'assistait cet
énipmatique Robert de Lusi^nan ou de Toulouse qui serait « an En-
glishman by courtesy, a Knight of Rhodes of the langue of England,
which would contain Knights drawn from the continental estâtes of the
Plantagenets » (p. 193). Ce n'était pas évidemment un chevalier de
Rhodes, mais bien un nf/icier du roi de Chypre, quelle que fût, du
reste, sa nationalité. Voir sur la prise de Satalie, Lorédan, t. 1, pp. 385-
91. Les grandes chroniques (VI. p. 225) donnent une fausse date («celuy
jeudi, premier jourde juillet »), tandis qu'on la trouve exacte dans la
Chronographia regum Franconnn : « die sancti Bartholomei appostoli
anno Domini .m".ccc".lx"[i]. » Ed. Moranvillé, Société de l'Histoire de
France, II (1894). p. 300.. laun a reporte cet événement jusqu'après la prise
d'Alexandrie (II, 848). Il traite très sévèrement Lorédan qui donnait
la vraie date. « Cependant, comme il y a apparence que cet auteur a
écrit sur de mauvais mémoires, ou qu'il a manqué d'exactitude, on
ne doit pas s'étonner si, après avoir bien examiné tous les autres, qui
parlent des affaires de Chypre, et môme de celles des Turcs, je suis
obligé de le réfuter si souvent » (ibîd.). Lebeuf donne des détails
quelque peu différents, empruntés à une Qucdam scriplura breviler
recoÙecla de laudabili et devota inlencione... régis Pétri de Lizin-
gniaco.., qui précède dans le ms. 499 de la bibl. de l'Arsenal les lettres
de Philippe (f" 134. La première partie (f"^ 134-5), est autre que le
récit de la Vita ; le reste fournit des corrections importantes au texte
des Acla Sanclorum.
2. Une autre version est donnée par Mâcheras (p. 63). Tacca aurait
tenté une surprise en entrant dans la ville, « àroù £vav totîov -/.pusov »
(un couloir souterrain ?) (cf. Lebruyn, p. 523); il se serait retiré en
voyant la citadelle occupée par les chrétiens.
— 125 —
pris conseil de ses barons, décida de retenir Satalie. Le
turcoplier Jacques de Norès fui nommé capitaine de la ville ;
on lui laissa trois galères, deux cents chevaliers, écuyers et
gens d'armes et cinq cents soldats. Puis, après avoir fait
prêter serment aux habitants, qui eurent la permission de
rester ou de se retirer en Chypre, Pierre 1" partit, après deux
semaines de séjour, le 8 septembre, avec le reste de l'armée ';
voulant s'assurer cependant des dispositions de l'émir d' Alaïa,
il débarqua devant la ville avec ses troupes : le seigneur sortit
à sa rencontre avec ses hommes et des présents. Il offrit même
les clefs de sa capitale au vainqueur. Pierre les lui rendit ;
il ne prit qu'un rubis parmi les présents, mais il exigea la
conclusion d'un traité. L'émir dut prêter serment au roi de
Chypre et devenir son vassal « comme un esclave soumis^ ».
A vrai dire il s'engageait à peu de chose, car les princes musul-
mans ne se faisaient pas scrupule d'enfreindre les traités
qu'ils venaient à peine de conclure ^ L'émir de Monovgat
refusa cependant inôme ce serment qui ne lui coûtait guère :
il fut profondément attristé \ dit la chronique, à la nouvelle
de l'arrivée de Pierre, et lui envoya des ambassadeurs et des
présents, tout en s'excusant de ne pouvoir pas venir lui-
même à sa rencontre. Le roi se borna à déclarer qu'il le
considérait tout de môme comme son vassal '' et partit ensuite.
Passa-t-il par Satalie à son retour^ ? C'est peu probable. 11
1. Mâcheras, pp. 63-i; Amadi, pp. 411-2; Bustron, p. 260; Villani,
l. c, p. 83.
2. Mâcheras, p. 64, « ooùXoç tou ôouXwjjlevo; ».
3. En 1408, par exemple, l'émir de Satalie, cédant à quelqne intérêt,
promettait aux Vénitiens de se baptiser, de leur confier ses trésors et
leur léguait ses états (Sanudo, Muratori, XXI, 840-41 A).
4. « "Htov r.olXx r-spilu-oç, », ibid., p. 65.
5. Il répondit aux ambassadeurs, d'après Mâcheras (p. 65) : « / a'.pETrjasTe
Tov Kai ïyix) "Ov o;à èôty.ov [i.O'J. »
6. C'est la version que donne Villani (/. c). Le roi aurait laissé
même une garnison à Candelore, ce qui ne paraît pas être possible,
Lorcdan parle de voyages faits par le roi dans quelques autres villes de
Cilicie, qu'il ne nomme pas (t. I, pp. 391-2). Ludolphe parle d'une cer-
taine ville du nom de « Scalanwa », qui payait tribut au roi de Chypre :
« Multa eciam loca et civitates et insulai regni {sic) Cypri danttributum
scilicet Sandalor (Candelore, .\la'ia), .Sca/a/mm (.\namour?), Satalia, et
alla Turcorum loca », Arch. Or. lai., t. Il, p. 337; cf. dans le texte
même de Ludolphe, ch. xui : « Item maritima Turchie régi Cipri dant
tributum, scilicet Candelor, Scabinir sive Scacalia et alia certa loca et
— 12G —
était à Cérines, le 22 septembre 1361. La flotte fut envoyée
à Famagouste et licenciée'.
Le légat ne tarda pas à revenir, lui aussi, dans l'île :
aussitôt qu'il fut informé de la prise de Satalie, Pierre Thomas,
rempli de joie pour cette « victoire inouïe »^ s'était hâté
d'aller voir cette nouvelle conquête des chrétiens. Il consacra
l'église, nomma des prêtres et des religieux pour la célébration
du divin office, distribua des privilèges parmi les habitants
et leur fit de pieuses exhortations. Puis, de retour en Chypre,
il félicita le roi victorieux et remercia Dieu « pour la mort des
ennemis de la foi ». 11 y eut des processions et des messes
solennelles, et la parole enthousiaste de l'ascète « anima
merveilleusement le roi, les barons et le peuple de Chypre,
pour la destruction des ennemis de la foi » '.
Les temps qui suivirent furent assez difficiles : le roi, qui
se proposait de partir pour l'Occident, en fut empêché par des
troubles en Asie et par la peste, qui arriva bientôt en Chypre.
Tacca ne pouvait pas se résigner à voir sa capitale au
pouvoir des chrétiens. Aussitôt après le départ du roi, il y
eut une nouvelle tentative de sa part, qui ne réussit pas. En
se retirant, il défendit à ses Turcs d'approvisionner la ville,
qu'il comptait réduire par la famine. En effet, pendant
l'hiver, les galères de Chypre n'arrivant plus pour* apporter
des vivres, les chevaux furent réduits à manger des feuilles
d'oranger '*. Au commencement du printemps, 13 avril 1362,
castra. » Mézières mentionne (C/ieî;a/e?'î>, fol5v°) parmi les conquêtes
de Pierre 1"' le « chasteau » de « Saint Nicolas de Ftamirre » (c'est
Myra, où saint Nicolas fut évèque), « Stanauiur » (Anaraour) et
« Antiocete » (Antiochette, près d".\namour).
1. Mâcheras, p. 65; Amadi, p. 412; Bustron, p. 260.
2. « Talem victoriam inauditam » (AcL Sanct., Janv., 11, p. 1006).
Pendant son premier voyage en Occident, Pierre I'^'" demanda au pape
de restituer à Satalie son ancien évèché. Urbain V demanda des infor-
mations sur l'existence de ce dernier aux patriarches de Grado et de
Constantinople et à larchevêque de Nicosie, 1"' sept. 13G8. (liibi. nat.,
ms. lat. 898'i, f" 219, ap. E. Rey, Recherches gcofjraphiqucs et his-
toriques sur la domination des Latins en Orient. Pans, 1877, in-8",
p. 61).
3. « Et postea venit in Cyprum et manus régis pie confortans, necem
inimicorum fldei Deo iaudabiliter regratiari fecit, processiones et
missas solemnes pro Victoria Satiialiae instituit, et regem et nobiles
populumque Cyprium in destructionem inimicorum hdei mirabiliter
in IJeum animavit » {Vita H. Pétri, A. S., Janvier, 11, c. 1006).
4. Mâcheras, p. 65 : « •/.«'; ti àXoya oèv ii/jx va ©av 7:apà xà ziTpofxïjXo-
— 127 -
Tacca se présenta de nouveau devant la citadelle : Jacques
de Norès, sommé de se rendre, déclara fièrement qu'il voulait
se battre et qu'il ne lui permettrait jamais de remettre le
pied à Satalic. Les Turcs furent repousses pour la troisième
fois, et comme les pillards infestaient les environs, voulant
détourner l'eau d'après l'ordre de l'émir, il fit démolir les
vieilles maisons qui environnaient la forteresse et couper les
bosquets qui couvraient leurs tentatives \ La citadelle fut
fortifiée encore, les murs réparés et garnis de tours.
Puis les Turcs du littoral furent attaqués de nouveau.
Jean do Sur, amiral de Jérusalem, partit de Chypre avec
quatre galères, six taforesses et quatre vaisseaux corsaires^,
pour prendre le commandement de Satalie, à la place du
turcoplier. Il rallia en passant les trois galères, qui se
trouvaient ordinairement dans le port de cette ville, et
débarqua à Mvra, la patrie de saint Nicolas. La ville, qui
faisait partie des États de Tacca, fut assiégée et prise :
on suivit la même ligne de conduite qu'à Satalie ; tout
fut détruit et pillé par les chrétiens, qui se retirèrent en
brûlant la ville, où ils laissèrent, paraît-il, une garnison.
Tacca, surpris pour la seconde fois, offrit de racheter
Satalie, proposition qui fut repoussée avec indignation par
l'amiral. Le roi, dit-il, ne voulait rien vendre, il achèterait
plutôt. Ses menaces sont vaines : il a tenté trois fois la
fortune, sans rien gagner. « Si tu veux .recommencer, je suis
à tes ordres, et. Dieu aidant, je te réserve de beaux présents n'\
L'image de saint Nicolas fut prise par les vainqueurs et
cpuXXa. » Les hommes ne partagèrent pas cette nourriture frugale
(cf. trad., 11, p. 69).
1. Les fossés mômes furent comblés; ibid., p. 66: « Toù; yoû^i-ou;
£Yc[jLtoaev. »
2. Ce sont les chiffres donnés par Mâcheras, p. 66. Cf. Araadi, p. '»12
(6 fustes, 4 galères et 4 gripparie); Bustron , p. 260 (8 galères,
4 « fustes » et les 3 galères de Satalie). La Smin'a de Bustron et
d'Amadi, c'est Myra, la ftamirrc de Mczières. Myraest située sur une
petite rivière qui débouche à l'ouest de la baie que le cap Chélidoni
sépare du golfe de Satalie. (andelore et iMonavgat (Menougat, Allas </u
voyage d'Olivier (lîjOG), 3^ livraison) se trouvent plus près (le la mer,
sur la côte orientale du golfe même de Satalie, Menongat plus au nord
sur la rivière du même nom.
3. Mâcheras, p. 67; traduction, p. 70.
— 128 —
apportée en Chypre, où on la plaça dans l'église de Saint-
Nicolas-des-Latins \
Pendant que la nouvelle conquête des Chypriotes étendait
la domination chrétienne à l'ouest du cap Chelidoni, la peste
dévastait l'île. La maladie, venue de Syrie, était arrivée
bientôt dans les États des émirs turcoraans^ et peut-être
Pierre P'' l'avait-il apportée avec lui en revenant de ses
conquêtes. Famagouste était le centre du fléau : il y eut,
dit Mézières, jusqu'à trente et quarante morts par jour. La
peste se déclara bientôt à Nicosie même '.
Philippe se trouvait maintenant en Chypre où il était
devenu le chancelier'' et l'ami intime du roi. Il fut le témoin
1. Ibid.
2. Acla Sanct., janv. II, p. 1006.
3. Ilnd.. pp. 1006-7.
4. Les chanceliers de .Jérusalem cessent, paraît-il, après le xii» siècle,
avec Guillaume de Tyr {Annales d'Outremer. Bibl. nat., n. c, f" 221 v");
Philippe ne porte dans ses actes et sur son sceau que le titre de cancel-
larius Ci/pri. Le premier chancelier de Chypre dont on connaisse le
nom est Alain, évêque élu de Nicosie (20 février 1196, 3 janv. 1197,
l""" nov. 1197) : « A. cancellario Cypri. » (Mas-Latrie, Hist. Cliypr.,
t. III, pp. 599-601, 605-6, 606-7). Celui qui occupait cette dignité au
mois d'octobre 1217 était Raoul, archidiacre de Nicosie : « data per ma-
num Rad(ulfi), venerabilis cancellarii régis Cipri, archidiaconi Nico-
siensis ». (Mas-Latrie, l. c, 111, p. 609). Le même, en mars 1220, sous
Henri 1""'(/6(V/.,611), etcnoctobrel220(/i'j/â?.,614). Bon vassal d'Aude était
chancelier de Chypre le 4 octobre 1232 (Mas-Latrie, ibid., t. III, p. 636),
au mois de juillet 1234 {ibid., p. 638), au mois d'août de la même année
(« Bonvassalus de Aida, » ibid., p. 639) et en décembre 1239 {ibid.,
p. 643). Un simple notaire, « Guido Burgundus, deSancto Leodegario»,
signe un acte daté d'Acre le 27 juin 1286 {ibid., p. 673). Le chancelier
de Chypre était peut-être encore « Pierre, evesque de Baphe (Paphos)
et cancelier du reaulme de Cipre », mentionné en octobre 1270 (Mas-
Latrie, Hist. Chypre, t. III, p. 662). Henri de Byblos {de Biblio), archi-
diacre de Nicosie, porte ce même titre en septembre 1328 (Mas-
Latrie, 0. c, t. II, p. 143), le 15 janvier {ibid., p. 162) et le 31
janvier 1330 (/6?'(/., 164). Ct Anna/es d'Outremer, f" 226 v», d'après ces
mêmes titres de la mai.son de Bourbon. Philippe de Mézières (nommé
en 1361) porta ce titre toute sa vie, même après son départ pour la France.
Les affaires étaient régies, en son absence, par un vice-chancelier
d'abord, .Jacques de Saint-Michel (Mas-Latrie.//. Ch.,t. III, p. 781, note 1);
puis on nomma un chancelier à sa place (avant le 16 aoîit 1395), Manuel
« de Valente», qui signe àcetteépoque«imperialiauctoritatenotarius et
sujjradicti serenissimi domini régis cancellarius » (Mas-Latrie, II,
p. 428). M. Léon Dorez nous signale un ms. de l'ancienne bibliothèque
du baron Stosch {Bibliotheca Stoschiana, pet. in-4o, Lucques, 1758,
p. 82), qui contient une collection de privièges de l'église du Saint-
Sé})ulcre d'abord, puis d'autres pièces {alin) relatives au royaume de
Jérusalem et aux Hospitaliers. Le ms., qui se trouve peut-être au
Vatican, appartenait à « Philippe de Mézières, chancelier du royaume
— 129 —
des souffrances des habitants et des efforts pieux du légat.
Pierre Thomas ordonna des processions et des messes d'ex-
piation. Il prêcha la pétiitence devant le roi et la foule. La
maladie continuant ses ravages, il y eut une grande assem-
blée des prêtres de toute confession dans l'église cathédrale
de Nicosie : le légat lui-même pria pour le salut du peuple.
Puis toute l'assemblée traversa la ville pour aller au cime-
tière où elle écouta avec admiration un grand discours du
légat, discours digne de saint Augustin, dit son ami et
disciple. On célébra ensuite une seconde messe à Sainte-
Sophie ; quand Pierre Thomas eut déposé ses lourds
habits pontificaux, il était presque mort de fatigue. Un peu de
pain et d'eau, sa nourriture habituelle, lui rendirent des
forces ^
Il partit ensuite, accompagné peut-être par Mézières, à
Famagouste « le foyer de la maladie »'\ Des processions
générales furent organisées, avec des flambeaux. Des Sarra-
sins, des Turcs, des Juifs, effrayés par le danger, suivaient
avec piété le légat qui était, comme toujours, inimitable. Un
nouveau sermon, qu'il prononça devant le peuple, lui gagna le
cœur de tout le monde, sans distinction de religion. Le
miracle ne tarda pas à suivre ses prières. Deux cents malades
étaient mourants à son arrivée, un seul succomba^.
C'était la première fois que se rencontraient dans des circons-
tances si tragiques, ces deux hommes énergiques et pieux, si
bien faits pour s'entendre. Pierre Thomas exerça dès le com-
mencement une influence décisive sur le jeune chevalier. Il
voyait et il entendait, dit-il, les actions admirables du légat,
le roi l'envoyait souvent auprès de lui pour lui communiquer,
bien qu'indigne, des secrets politiques et « de hautes affaires » *.
4
de Chypre », et sa découverte mettrait en lumière peut-être bien de
points obscurs relatifs à l'hisioire de Chypre à cette époque et peut-être
môme à la biofj;raphie de Philippe.
1. Acta Sanrlorum, l. c., pp. 1006-7.
2. « Fornacem pcstilentie » (ibid.).
3. Ibid., p. 1007.
4. « Eiîo cancellarius regni Cipri indignus, pn-edicta mirabih'a
per manum legati sui videns et audiens, et sanctifatem ejus conside-
rans, aliquando et communiter referendarius mei domini régis ad
legatum, et legati ad meiim dominum. in secretis et altis negotiis
ipsorum indignus eram « (ibid., p. 1007).
N. JoHGA. Philippe de Mézières. , 9
^ 130 —
« Je confessai au légat, ajoute-t-il, mon état et mon intention, et
je trouvai un tel amour dans sa douce paternité que, si je
voulais le raconter, le temps me manquerait et ma raison
serait trop faible pour l'écrire. Je ne dirai qu'une chose, c'est
que, depuis cette époque, je le choisis, grâce à Dieu, comme
mon père très singulier et lui-même me considéra comme
son fils indigne'. » Philippe décrit ailleurs ces commencements
de leur amitié. Dans son discours sur la mort de son ami, il
parle de ces <( épîtres divines », qu'il lui envoyait jour et
nuit, écrites de sa propre main, « épîtres que peu de gens
auraient pu lire » ^ Il était « enivré de son amour » '* et
pouvait en pénétrer le sens, lui seul. Il comprit, pour la pre-
mière fois, grâce aux paroles révélatrices du saint, « que
l'homme ne vit pas de pain seulement, mais de toute parole
qui vient de la bouche divine* ». C'était sa nourriture spiri-
tuelle et, « en entendant tes discours, ô mon père bien-aimé,
j'étais consolé, s'écrie-t-il, réchauffé [refovehar], protégé et
je m'instruisais dans la voie du Seigneur ». L'amour, que lui
témoignait son ami était comme celui du maître pour son
disciple, du docteur pour son élève, de celui qui voit pour
l'aveugle, de celui qui parle pour le sourd, du père pour son
fils adoptif. Il n'était qu'un publicain indigne, qu'un pauvre
cadet de Picardie auprès de ce prélat de langue « occitane »,
si savant et si grand par la mission qui lui était confiée.
« Qu'as-tu vu dans ce malheureux pécheur, continue-t-il en
«'adressant au mort, pour lui témoigner ton amour bien-
faisant, puisque tant de fois tu me disais secrètement du fond
de ton cœur aimant: « 0 mon frère très aimé, le chancelier, il
est vrai que nos corps sont différents, mais nous n'avons
qu'une âme, qui ne peut jamais se séparer, grâce au Christ? »
Tu te vantais même, en disant que Paul et Barnabas durent
avoir plus de discordes entre eux que ta paternité et ma per-
sonne infime, et tu terminais toujours tes discours en disant
que tu m'aimais entre tous les hommes du monde et plus que
1. Acta Sanct-, l. c.
2. Bibl. de l'Arsenal, ms. 499, f° 137 v° : « quas pauci légère pote-
rant».
3. « Ego vero amore tuo inebriatus... » {A. S., l. c).
\. Ms. cité. ibid.
- 131 -
tous ces hommes et ce qui est plus encore, tu me recomman-
dais à moi, le pécheur, ton Ame très heureuse, ô mon doux
amour. » Il entendit pendant trois années entières ces paroles
aimantes et« enflammées » [igiiita); son cœur et ses entrailles
en étaient pénétrées et « alors, ajoute-t-il, je ne pouvais plus
savoir, ni comprendre clairement '. »
Pierre Thomas était un fervent défenseur de la croisade,
à laquelle il avait consacré sa vie entière et c'était la cause
première de son amitié pour ces deux hommes, que le hasard
aussi avait mis en contact et que la mort seule devait séparer,
le roi, dont il fut la main droite, et le chancelier, qui défendit
avec la plume et la parole leur idéal commun.
Nous nous arrêterons quelque temps sur la biographie de
ce prélat actif et enthousiaste ", qui fut un des trois promo-
teurs de la croisade de 1365, qui la prépara par ses efforts en
Occident et qui mourut de désespoir, en voyant la défaite
suivre de si près le grand succès d'Alexandrie. Plus expéri-
menté que le roi de Chypre et plus prudent que lui, plus
savant que le chancelier et jouissant d'une grande considé-
ration due à sa piété et aux services qu'il avait rendus à
l'Église, Pierre Thomas joua un très grand rôle pendant la
première partie des expéditions de Pierre P"" et peut-être, s'il
avait vécu plus longtemps, serait-il arrivé à convaincre le
pape de l'utilité de cette guerre, qui se serait terminée alors
d'une tout autre manière.
Pierre Thomas ou Thomashis'' naquit dans le Périgord.
dans un village de la paroisse de Salles-de-Belvès\ d'une
i. Ibid. Il se dit (^l'bid.) « super omnes ab ipso specialiter magis
dilectus ».
2. Cette biographie a été faite une première fois (après W'addin<r)
par l'abbé Christoplie dans le tome II de son Histoire de la Papauté
pendant le xiv» ,<?/Vr/^ (Paris, 18'»5). L'auteur n'emploie que la vie écrite
par Mézières. qu'il parait connaître seule. On peut ajouter encore la
Vie admirable de saint Pierre Thomas. Paris, 1652. et Pedro de la
Epifania, Vida y niHaqros de S. Pedro Thomas..., Sevilla, 165'i,
in-'i.
3. « Thomas seu Thomasius » serait la vraie leçon (et non Thomae),
d'après le père Daniel de Sainte-Marie, qui, dans son édition de la
vie du saint, écrite par Carmesson (v. plus loin), cite « le registre de
l'église de Sarlat « : « An proprium hoc cognomen, vel Thomae filius
indicatur? » se demandait déjà Wadding, dans sa biographie (p. 66).
Mézières donne la forme Thomae.
4. « De Sehreil (.</>) parochiae de Sales de Caravet. prope urbem de
— 132 —
famille obscure; son père était serf, il élevait des bestiaux et
Mézières le déclare « très pauvre, même pour sa position '. » Il
avait eu deux garçons et une fille: un des premiers mourut;
le second, Pierre, quitta son village, contraint par la misère
et se rendit à Montpazicr, où il se mit à l'étude avec beau-
coup de zèle et de patience : il mendiait et étudiait, dit son
biographe". Il devint bientôt maître d'école dans cette ville, mais
sa curiosité et son ambition peut-être n'étant pas satisfaites,
il partit, après trois ans de travail courageux', pour Agen,
où il continua la même vie d'efforts et de misère. Son père
ne lui envoyait rien '' ; il dut travailler et mendier de nouveau,
pour apprendre la grammaire, la logique et la dialectique,
(ju'il enseignait à ses camarades plus riches. Telle fut sa vie
jusqu'à vingt ans '".
Il quitta à cette époque Agen pour revenir à Montpazier '', dans
les mômes intentions ; son intelligence, frappa l'attention du
prieur et du lecteur du couvent de Sainte-Marie-du-Carmel,
qui l'amenèrent à Lectoure '. Après y avoir enseigné pendant
une année encore la logique et la grammaire, il fut remarqué
par le prieur de Condom, qui l'attira dans son couvent, où
Beluer » (Belvès, Dordogne, ar. Sarlat). Carmesson, p. 46, d'après le
registre mentionné. Le père Daniel connaissait aussi des lettres « isti
extracto annexis » qui contenaient une donation du prélat à l'église de
son village natal : « Ecclesiae dictae parochiae ubi natus fuit » {ibid.).
Ses informations sont très dignes de foi, par conséquent. Cf. Mézières,
Acl. SancL, janv. Il, p. 995 : « Villa quae dicitur Salimosa (Sales de
Thomas, d'après Henschen, d'où son nom), dioecesis Sarlatensis »;
Carmesson : « villa quae dicitur de Balisinato de Thomas » (p. 4). Wad-
ding (p. 1) admet le « vicus Salinorum ». L'abbé Chevalier, Bép.
hibiiographique, l'identifie avec le Breil (Lot), village situé entre Salles
et Sainte-Foy-de-Belvès.
1. « Massarius et terrarum non suarum cultor... in gradu suo pau-
perrimus ». Act. SancL, l. c.
2. Ibid., « castrum vocatum Mampesier » {ibid., p. 995), Momperier
(Carmesson, p. 5), « Montispenserij castrum » (Wadding, p. 2).
3. Acla Sanct., p. 995. Cf. Wadding, p. 2 : « tribus fermé annis viri-
liter... »; Carmesson, p. 5.
4. Acla Sanct., l. c: « in sola vita sua a pâtre vel domu propria un-
quam habuit valorem viginti florenorum »; Carmesson, p. 6 : « quam
graviter etiam in Agenno toleravit paupertatem novei'unt illi qui tune
temporis cum illo fuerunt... proposuit etiam multoties a vino abstrahere
carnem suam... »
5. Acla SancL, L c.
6. Carmesson, p. 6 : « de montis Pezanij studio. »
7. ... « Duxit eum in Lectoria», Mézières, L c; Carmesson, p. 7 :
« ad conventum suum Lalour. »
- 1,33 -
il revêtit bientôt l'habit des Carmélites comme profès'. Il
y instruisit quelque temps les jeunes frères, puis recom-
mença ses leçons de logique à Agen, où il étudiait lui-même
la philosophie : après trois ans, il fut consacré prêtre. Il était
à cette époque, dit son biographe ^ vierge de corps et animé
d'une profonde dévotion pour la vierge Marie, qui fut sa pro-
tectrice pendant ces années difficiles. Il ne dormait jamais
« sur la plume », sans sa haire et son scapulaire, et la Vierge
l'en récompensa. Sa pauvreté devenant chaque jour plus
grande, il n'avait plus de quoi s'acheter des vêtements, des
chandelles et de l'huile ; il pria sa patronne : un chevalier
riche se présenta aussitôt pour se confesser et lui donna pour
sa peine cinq « royaux d'or^ » Envoyé par l'Ordre à Bor-
deaux, il y professa pendant une année, puis il partit pour
Albi, revint à Agen, et fut nommé, après avoir passé quelque
temps à Paris*, lecteur à Cahors, où se forma sa réputation
de faiseur de miracles. Dans un temps de sécheresse, la
pluie tomba abondamment grâce à ses prières ; on accourait
à ses prêches éloquents, savants et enjoués, tour a tour,
mais toujours graves et sévères ^ Des aumônes abondantes
en résultèrent, pour lui-même et son couvent. On le fit partir
pour Paris, où il devait prendre le titre de « bachelier en
théologie ». Do retour dans sa province, il devint procurateur
de l'Ordre, nomination qui fut acceptée assez froidement par
le préfet général, à cause de la petite taille et de l'aspect
chétif du jeune moine®. Appelé cependant chez le cardinal de
Périgord, qui connaissait sa réputation de piété et de sagesse,
il y traita, après le repas, devant toute l'assistance, une
question théologique avec une si grande science que sa répu-
tation d'orateur fut établie. On l'autorisa à revenir à Paris ^,
t. Mézières, /. c: « faciens professionem. »
2. Mézières, l. c. (p. 995).
3. Mézières, ibid. Le père Daniel de Sainte-Marie écrivit tout
un livre sur cette apparition de la Vierge, qu'il place en 1351, vers
la Pentecôte : Disscrlalio apologetica pro revelalione ac sponsione
IL Virq. Deipnrae Marine, fada S. Pelro T/iomasio... Anvers. Meursius,
1689.111-12.
4. Trois ans, Acta Sanct., ibid.; quatre ans, Wadding, p. 8.
5. Acta Sanct.. p. 996 : « nec domino Papae, nec cuicumque. » Cf.
Wadding, Vila, pp. 10-11.
6. Acta Sanct., 995 : « parvum corpore et modicae apparentiae. »
7. Ibifi. Ses protecteurs furent Talleyrand d'abord, puis Etienne
- 134 -
où il devint docteur in sacra pagina, après trois années
d'études seulement, grâce à un nouveau miracle : il fut le
seul })achelier dans les ordres qui réussit à être admis avec
les quatorze séculiers'. Rien qu'il fût nommé bientôt « régent
de théologie à la Curie » in theoloqia recjens in curia ^ il
garda ses habitudes modestes, prenant ses repas avec les
autres moines, dans le réfectoire '*. Sa popularité en fut accrue:
ses discours firent quitter aux femmes, comme plus tard ceux
de Jean de Capistrano, leurs parures de perles*; une de ses
quêtes rapporta 1000 florins d'or au couvent d'Avignon''. Ses
discours énergiques n'épargnaient personne, pas même le
Pape. Ceux qu'il prononça aux obsèques de Clément VI, à
Sainte-Marie-du-Puy, furent de véritables chefs-d'œuvre
d'après Mézières*.
Bientôt un champ plus vaste s'offrit à son activité. Inno-
cent VI le nomma nonce apostolique en Apulie. Sa mission
réussit et le pape l'en récompensa en lui donnant, dès le
16 novembre 1354,révêché dePattiet deLipari''. Etienne Dou-
chan, le roi de Serbie (1331-55), donnait des espérances de con-
version ^ Il avait envoyé au mois de décembre 1354, trois
ambassadeurs, Bossidarius, son juge général [judicem gene-
ralem), Nestegius Cephalias Geren et Damien, bourgeois de
Aubert, évêque d'Ostie et doyen du Sacré-Collège, qui devint pape
ensuite (Wadding, pp. 13-4).
1. Acta Sanct., l. c, p. 996. Cf. Wadding, pp. 9-10. Il aurait pris ce
titre en 1349.
2. Ibid.
3. « Nunquam in vitâ suâ, quousque fuit episcopus... in conventu
suc comedit e.xtra refectorium, nec alium cibuin voiebat comedere quam
pauperes fratres. » Acta Sancl., l. c, p. 996.
4. Ibid.
5. Ibid., Wadding., pp. 15-6.
6. 11 avait été envoyé d'abord à Gênes et à Milan, pour amener la
conclusion d'une trêve entre les Vénitiens et les Génois (octobre 1353).
Son compagnon dans cette mission fut le patriarciie de Grado,
de l'ordre des frères Mineurs, qui alla dans le même but à Venise.
Voir la bulle qui recommande Pierre Thomas à tous les prélats, dans
Wadding, Vila S. Pclri, pp. 81-3 : ils devaient lui fournir trois florins
d'or par jour pour son entretien et celui de sa suite {ibid.). Cf.
Henschen, éd. séparée de la Vila par Mézières, pp. 232-3.
7. A. S., L c, p. 992, .§15.
8. Ses relations avec l'Eglise catholique étaient déjà assez mauvaises
le 13 mai 1350, quand on voit le cardinal de Bologne, légat apostolique,
demander l'intervention du doge pour les fidèles persécutés par le roi
(Comnl., II, n« 329, t. IV, p. 182).
— 135 —
Cattaro \ pour offrir au Pape sa soumission : il ne persécu-
tera plus les catholiques, restituera leurs bénéfices aux. pré-
lats dépossédés et renoncera à exiger un second baptême de
ses sujets latins. Il demandait en échange le titre de capi-
taine de l'Église contre les Turcs. Barthélémy, évéquo de
Trau, et Pierre Thomas furent envoyés, ainsi que ce dernier
l'avait demandé, comme légats du Saint-Siège \ Des lettres
de recommandation furent adressées à la reine Hélène et à
son fils Ourosch, ainsi qu'au patriarche serbe, Joannikios, le
6 janvier 1355 ^
Les deux légats visitèrent l'empereur d'Allemagne d'abord,
puis l'Italie, la Hongrie et l'Esclavonie pour arriver à la
cour du roi serbe. Des miracles signalèrent leur voyage : la
barque qui les portait de Venise en Dalmatie échappa mer-
veilleusement à une attaque des Turcs \ Ils n'arrivèrent
qu'avec peine et à travers des dangers innombrables auprès
d'Etienne qui était, d'après Mézières, « l'homme au visage le
plus terrible, parmi ses contemporains »'. Ils furent reçus
d'une manière assez inattendue, et Pierre Thomas, qui eut
comme toujours le beau rôle dans cette affaire, dut montrer
un grand courage pour sauvegarder la dignité du Pape et de
l'Église ^ De retour en Hongrie, le légat encouragea le roi
dans ses projets belliqueux envers la Serbie, projets qui
avaient amené de la part d'Etienne l'envoi de l'ambassade
de 1354. Il devait entrer dans les États du schismatique et
restaurer dans leurs possessions les prélats catholiques qui
en avaient été chassés. Louis de Hongrie l'autorisa à
1. « Bossidarium Judicem generalem et Nestegium Cephaliam Geren.
(sic) ac Damianum de Calhara, civem Catarensera » (Wadding, Vita S.
Pétri, p. 87).
2. Les lettres de recommandation du pape sont datées du mois de
décembre 1354; elles ont été publiées dans les différentes vies du
saint (Waddinij:, pp. 87-97; Henschen, pp. 236-243; cf. Bzovius,
onnce 1354, et Rinaldi, XXV, pp. 607-10). Les instructions données aux
l.-gats, Wadding, pp. 103-7; cf. 108-9, 109-10.
3. Lettres à la reine et à Ourosch, Wadding, p. 97, à Joannikios (6 jan-
vier); ibid., pp. 98-102. La correction de cette date, correction que
l'époque à lafjuelle le légat revint, rend assez probable, est donnée par
Henschen, A. S. l. c, p. 991, § 4.
4. Ad. Sanct., janv. II, pp. 996-8.
5. Ibid., p. 998 : « qui quidem rex inter omnes homines mundi suo
tompore erat terribilis facie. »
fi. Ibid.. pp. 998-9.
- 136 —
demander au Pape de sa part le titre de capitaine de l'armée
chrétienne contre les schismatiques, et lui adjoignit comme
ambassadeur de sa part Etienne, frère mineur, évêque élu
d'Agram'. Ils arrivèrent à Avignon avant le l""" mai 1356; le
11 août, Louis fut nommé capitaine général contre les schis-
matiques ^
Le légat traversa la Lombardie et arriva à Venise où il fut
très bien reçu. 11 partit ensuite pour la Hongrie, au milieu de
dangers sans nombre, à cause des mercenaires qui infestaient
les routes. Louis fut gagné à l'idée de faire la paix avec
Venise. 11 reçut des mains du légat l'étendard de la croix,
que lui avait envoyé le pape et la lettre de nomination, et pro-
mit de partir pour cette croisade contre les schismatiques, qui
se termina à son avantage^; Venise refusa cependant les
propositions assez favorables du roi, qui offrait, selon une des
vies du légat, de restituer la Dalmatie en échange pour le
présent annuel d'un cheval blanc*. Les miracles de Pierre
Thomas ne changèrent pas leur décision: ils en furent punis,
dit un de ses biographes, par la perte de la Dalmatie'. Il n'y
eut qu'une trêve de conclue.
Pierre Thomas revint à Avignon, où une nouvelle mission
lui fut confiée, quelque temps après, celle de ramener à
l'obéissance envers Rome l'empereur de Constantinople,
Jean V, Paléologue, qui avait fait des offres de soumission^ lui
aussi : Guillaume, évêque de Sizeboli'', l'accompagnait. Ils
furent recommandés à l'empereur par une lettre du 21 juillet
1356^ mais ne partirent pas avant la fin du mois d'août de
1. Wadding, Annales minorum, t. VIII, p. 111 et suiv. ; Theiner,
mon. Slav. mer., I, 234.
2. Wadding, Vita, pp. 110-9; Henschen (éd. séparée), pp. 252-7.
3. Wadding, Annales Minorum, t, VIII, pp, 111-6.
4. Carmesson, o. c, pp. 60-66.
5. Ibid.
6. A cause de l'effroi que lui inspirait l'approche menaçante des
Turcs. Les ambassadeurs étaient Paul, archevêque de Srnyrne, et
Nicolas Sigeros(« megateriarchi »). Wadding, Vita. pp. 128-34; Annales
Minorum, t. VIII, p. 107 et suiv. Ils auraient reconnu par serment de-
vant le pape, les dogmes de l'Église catholique, demandant des secours
contre les Turcs et les « rebelles » (Mathieu Cantacuzène, qui n'avait
pas abdiqué en même temps que son père, Jean VI).
7. Wadding. /. c; Acl. Sanct., jan. Il, p. 1000. D'après Henschen,
Chrysopolis (= Scutari d'Asie).
8. Wadding, Vita, pp. 128-34.
— VSl -
la môme année'. Ils portaient une formule d'abjuration que
devait lire l'empereur lui-même en public et devant le
patriarche, dans l'église de Sainte-Sophie ou ailleurs ^ A
cette condition le pape aurait écrit au roi de Chypre et de
Hongrie, aux doges de Venise et de Gênes et aux Plospitaliers
pour leur demander de le secourir ^
Chemin faisant, il devait prendre part à d'autres négocia-
tions qui n'étaient pas de moindre importance. La guerre
entre Louis de Hongrie et Venise empochait toute nouvelle
tentative de croisade et favorisait les Infidèles et les scliis-
matiques. Les Turcs continuaient leurs dévastations en
Orient, et Venise venait d'accorder des privilèges de cité à
Etienne « empereur des Grecs et roi de Serbie », et à sa
famille''. Dos lettres furent adressées au doge et au roi de
Hongrie pour les exhorter à la concorde ■\ Bongiovanni, évo-
que de Fermo, avait été envoyé déjà à Venise pour empêcher
les relations criminelles avec le roi de Serbie et conseiller la
paix. Dans une nouvelle lettre, du 10 août 1356, Innocent VI
annonça au doge les intentions pacifiques du roi, qui aurait
consenti* à la médiation de l'Eglise, et l'arrivée prochaine du
légat, Pierre Thomas".
Les deux légats, que le pape qualifie de « gens pauvres
d'esprit, mais insignes par leurs vertus nombreuses » ^ expo-
sèrent le but de leur arrivée. Ils n'obtinrent presque rien de
l'empereur , qui continua la politique traditionnelle à
Byzance, en renouvelant des promesses qu'il refusait d'ac-
complir pour le moment. Il s'attendait, parait-il, à voir une
1. Le pape recommanda les deux légats à Gattelusio, seigneur de
Mételin.le 18 août 1356 {ihid., pp. 138-9), et écrivit à la même époque
et dans le même but au patriarche de Constantinople(i6/rf., pp. 135-8).
2. Wadding, Ann. min., t. VIII, pp. 107-111.
3. Ibid.
4. Comm., IV, n" 341: t. II, p. 182.
5. Wadding, pp. 121-3; ibid., pp. 124-6; Henschen, pp. 250-1.
6. La vérité était seulement que l'évéque d'Agram avait parlé des
intentions pacifiques du roi (v. plus haut).
7. Wadding, pp. 126-8; cf. Henschen, éd. sép., pp. 258-62. Les pa-
triarches d'Aquilée et de Grado et l'archevêque de Salzbourg furent
invités en même temps à empêcher l'union des Vénitiens avec les héré-
tiques (Wadding, pp. 119-21).
8. Wadding, Ann. minor., t. VIII, p. 110 : « viros quidem pauperes
spiritu, sed virtutibus insignes »; « viros quidem pauperes spiritu sed
locupletes multis virtutibus », p. 110.
- 13S —
flotte, armée par le pape, venir à Constantinople pour le
défendre : il n'accorda rien aux deux prélats. Les miracles
de Pierre Thomas n'eurent pas d'effet : seuls trois nobles
grecs passèrent en Syrie et se convertirent *. Jean Paléo-
logue, qu'il instruisit pendant son séjour à Constantinople
sur les articles de foi et l'autorité de la sainte Eglise romaine,
lui donna, à son départ, une lettre très byzantine, où il se
déclarait catholique dans l'âme, tout en regrettant les
exigences de son peuple qui l'empêchaient de se déclarer. Il
n'oserait défier l'opinion de ses sujets que lorsque le légat se
présentera avec des galères pour le soutenir ^ Il chasserait
alors le patriarche lui-même.
Pierre Thomas se décida à visiter les Lieux-Saints en reve-
nant. 11 arriva en Chypre, au commencement de l'année 1357,
et fut très bien reçu par le roi Hugues, qui le conduisit
solennellement à Nicosie, bien que le légat refusât ces
honneurs. « Je ne suis ni légat, ni nonce du pape, s'écriait-
il, mais un pauvre frère pèlerin » ^ Le roi lui répondit, en
vantant ses vertus, qu'il honorait de la sorte. Il tomba gra-
vement malade pendant ce premier voyage en Chypre, et ce
fut la reine Alix elle-même, qui le soigna. Rétabli, il visita
la ville sainte, malgré l'avis contraire de Hugues, qui crai-
gnait pour sa personne *. Il y prêcha courageusement devant
les chrétiens sur la montagne de Sion, bravant les menaces
des Sarrasins, et revint en Chypre, où l'admiration du roi
s'était accrue devant les actes d'héroïsme du prélat. Plus
tard, Mézières raconta les miracles qui signalèrent son séjour:
il priait pendant des nuits entières et finissait par tomber en
extase : un chapelain marcha sur son corps, sans qu'il le
sentit; les Arméniens, qui habitaient aux environs de sa rési-
dence, et d'autres voisins virent une flamme descendre sur
la chambre où il priait et où, longtemps après, les Carmé-
1. Un noble byzantin, ayant calomnié le pape, mourut pendant la
nuit, ainsi que l'avait prédit le saint. Mézières, l. c. Carmesson,
f" 67 v°.
2. Mézières, pp. 1000-1001.
3. « Non sum nuntius, sive legatus, sed quidam frater peregrinus
pauper... » Mézières ibid., p. 1001.
4. Mézières, ibid. Des Sarrasins ou de faux chrétiens pouvaient,
dit-il, dénoncer son arrivée.
- 139 -
lites célébrèrent la messe, en sa mémoire '. Il partit de Fama-
gouste, cette même année, et arriva à Avignon, où il fut
reçu avec honneur par le Pape et les cardinaux.
Innocent VI, qui admirait sa piété et son zèle pour la con-
version des Infidèles et des schismatiques, se décida à lui
confier alors une mission plus importante. Il' fut nommé
d'abord évêque do Coron, sur les côtes de la Morée, à la
place de Louis Torriani, noble milanais ^ qui fut élevé à la
dignité de patriarche d'Aquilée''. Sa nomination date du
10 mai 1359\
Puis «le pape, après avoir pris le conseil des cardinaux, décida
une nouvelle croisade, dont Pierre Thomas serait le promoteur.
Des vaisseaux fournis par Venise, le Grand-Maître et « les
autres fidèles », devaient se réunir sous son commandement
pour aller en Orient, défendre Smyrne, et prêter secours à
l'empereur grec, qui se convertirait peut-être, après ce ser-
vice. Orso Delfin, archevêque de Crète, légat en Orient et com-
mandant de Smyrne au nom du Pape, dut résigner ces deux
fonctions". Nicolas Benoît", précepteur de la maison des
Hospitaliers, à Venise, devait être vicaire du Pape et capi-
taine de Smyrne. Il allait partir en Orient sur des vaisseaux,
armés au nom de l'Église et servant sous son drapeau',
réunir pour la défense de la ville cent cinquante soldats
catholiques, bons et suffisants, élever, dans sept ans au
moins, des murs, les munir de tours et entretenir enfin deux
galères armées ^ Des subsides lui seront fournis par l'Eglise':
1. Méziéres, /. c.
2. Sur ce personnage et sa famille, voir Carmesson, p. 127, note, et
Ughelli, Ilalia sacra, Koine, 1653, V, c. 120 et suiv.
3. Wadding, Viln, p. i'iOd.
4. Wadding, ihid., ilenschen. pp. 272-7.
5. Lettre à Orso, ap. \\'ad(iing, Vila, pp. 157-61; Henschen, l. c,
pp. 281-3. Sur Orso, Rinaldi, ann. 1359, et surtout Cornélius, Crela
sacra, Venise, 1755, II, 48. Cf. Ughelli, Ilalin sacra, éd. citée, V, 1218.
6. « Benedicti. »
7. « Cum certis galeis, sub nostro et ipsius Romanae ecclesiae nomine
et vexillo tenendis », Wadding. p. 14i.
8. Lettre à Or.so (cf. supra) : « et ad ipsius custodiam centum quin-
quaginta bonos et sufficientes stipendiarios Latines tenere, sed etiain
infra septennium pro.ximum futurum inuris cingere, turribusque
munire »
0. Bulle de nomination, Wadding, /. c, pp. 44-50. Lettre à Orso.
— 140 —
sa mission devait durer cinq ans'. De son côté, le légat
allait proclamer la croisade, donner des indulgences à ceux
qui y prendraient part personnellement, pendant une année
entière, à ceux qui donneraient de l'argent pour ce but, qui
seraient blessés ou mourraient en combattant pour la cause
sainte ^. Il espérait de la sorte mettre un terme aux dévas-
tations des Turcs, qui avaient recommencé leurs attaques en
Orient et qui menaçaient même ce qui restait encore de l'em-
pire de Constantinople ^.
La bulle du pape nommant Pierre Thomas son légat en
Orient et sa lettre à l'archevêque Orso, sont datées toutes les
deux du 11 mai 1359*.
C'était la dernière croisade avant celle de Pierre P"" ; elle
a passé inaperçue jusqu'à présent, cependant elle eut des
résultats assez importants, plus importants que ceux de l'ex-
pédition du Dauphin, qui fit cependant tant de bruit. Les
vaisseaux soldés par le Pape partirent avec le légat et le
nouveau capitaine de Smyrne : ils avaient été nolisés par
Pierre Thomas lui-même \ La petite flotte arriva à Cons-
tantinople, où elle trouva l'empereur en guerre avec les
Turcs, et l'encouragea à combattre. Les galères pontificales
et impériales attaquèrent, sous le commandement du légat, la
ville de Lampsaque, qui fut prise d'assaut par les forces
réunies des chrétiens, pillée et brûlée, selon la coutume. Des
1. Lettre à Orso, v. supra.
2. Bulle de nomination reproduite par Henschen, pp. 277-81.
3. Ibid. Lo pape parle des tentatives des schismatiques aussi contre
Smyrne (« atque schismatiei illarum partium »), la Remanie et le Pa-
triarcat de Constantinople (Lettre à Orso).
4. Cf. pour la première, Bullarium Carmelilarum, t. I, p. 46-8;
pour la seconde, Rinaldi, 1359, § 19. Pierre Thomas est nommé dans
la première « vir honoratus et providus, et in lege Domini, ipsaque fide
catholica admodum eruditus, ac fréquenter in arduis, et praesertim in
iilis partibus comprobatum, clarus scientia, plenusque multis virtu-
tibus... » ; dans la seconde, « scientia clarum, opère et sermone poten-
tem... » La légation s'étendait sur le patriarcat de Constantinople, les
archevêchés de Chypre, Crète, Smyrne, Patras, Athènes, Thèbes, Co-
rinthe, Kolocza, Naxos, Corfou, Durazzo, Lépante, Néopatras; cf. sur
le but de sa mission, Mézières, p. 1001 : « et in partibus praedictis
aedificare, plantare, evellere, contra inimicos fidei bellare, schismaticos
ad unionem Ecclesiae reducere... », et Wadding, /. c. : « ut ibidem
ip.sorum fidelium populorum, et partium salutem, fideique negotium
utiliter prosequantur. »
5. Mézières, p. 1002 : « officie suo fungens. » Mézières croit que
Smyrne lui était confiée : « sibi comroissam » {ibid.).
— 141 —
Hospitaliers, des Génois, des Grecs, des Anglais même se
trouvaient dans la petite armée de Pierre. Par malheur, les
Turcs attaquèrent au retour les galères chrétiennes, un
grand nombre des soldats périt des deux côtés, et les Turcs
perdirent leur capitaine. L'action fut défavorable cependant
aux chrétiens, et le légat ne dut son salut qu'à la bravoure de
ce que Mézières appelle sa garde*.
On continua à combattre malgré ce revers de fortune ; le
légat fut infatigable, « prêchant, instruisant, combattant,
baptisant les Infidèles, ramenant à l'Église les schismatiques,
et multipliant l'Église de Dieu... tantôt à Smyrne, tantôt à
Rhodes, tantôt à Constantinople, tantôt en Chypre, tantôt
dans l'île de Crète, et tantôt en Turquie, avec beaucoup ou
avec peu de galères »^ Les Turcs furent battus de nouveau et
le seigneur d'Altologo^ sans doute Zalabi, le vaincu de 1346,
consentit (vers le mois d'août) à payer un tribut au pape ; Pierre
passa ensuite en Crète, où il commença la guerre contre les
« schismatiques », soutenus par le duc lui-même, beau-frère
du chef du parti grec. Les vaisseaux vénitiens, qu'il avaient
retenus trop longtemps, lui furent redemandés : il employa
cependant l'excommunication et l'interdit, et vainquit la résis-
tance du duc et la révolte des indigènes. Le beau-frère du
premier fut brûlé à la Canée avec les os d'un autre hérétique *.
Puis il accourut à Smyrne où il paya ses soldats et les conduisit
de nouveau contre les Turcs. « Et tout ce qu'il pouvait avoir de
Chypre, de Rhodes, des républiques de Gênes et de Venise,
il se faisait gloire de l'employer de la sorte » ^ Il revint en
Chypre pour couronner le jeune Pierre P"" comme roi de
1. L. c, pp. 1002-3.
2. « Talibus autem operibus, videlicet praedicando, docendo, bel-
lando, infidèles baptizaiido, schismaticos reducendo. et Ecclesiam Dei
multiplicando, dominus legatus continue militabat, modo in Smyrnas,
modo in Rhodum, modo in Constantinopolim, mudo in Cyprum, modo
in insulam Cretae, modo in Turciam, modo cum multis galeis, modo
cum paucis » (Mézières, /. c, p. 1003).
3. Dominus de llatelogo (Mézières, p. 1003); cf. Bostius ap. Car-
messon, pp. 109-111; Wadding, pp. 29-30, Buchon, Nouv. rech., II',
135-6; cf. 145-6.
4. Mézières, pp. 1003-4. II déclara au duc que l'Église reprendrait
l'ile et la donnerait à d'autres que les Vénitiens {ibid.).
5. « Et quidquid habere poterat de Cypro, de lihodo et communita-
tibus Januensibus et Venetis, in tali usa se gloriabatur ponere » (ibid.,
p. 1004).
- 142 —
Jérusalem ; désormais son activité sera employée à favoriser
les projets de ce prince, dont il partageait les sentiments.
Pierre I" ne tarda pas à partir pour cet Occident dont il
attendait des merveilles. Il s'était adressé déjà aux Florentins,
le 15 juin 1362, pour leur demander des secours. Il parle de
sa victoire merveilleuse de Satalie, des dépenses qu'elle
entraîna, de l'état des Lieux-Saints et des persécutions que
souffrent les chrétiens. Quant à lui, il a désiré leur déli-
vrance depuis son enfance ' et il continuera ses efforts. Ils
auront le temps de se préparer, puisqu'il ne compte partir
pour la croisade que le 1" mars 1364, terme qui était donc
fixé avant son départ de Chypre \ 11 écrivit aussi dans le
même but au sénéchal de Sicile, Nicolas Acciajuoli.
Quand la peste eut disparu, Pierre pensa de nouveau à
partir. Il envoya Jean de Carmadino comme capitaine de Satalie
avec des vivres : il devait fortifier encore la citadelle. Trois
galères etunegaléasse furent équipées ensuite à Famagouste ;
elles se rendirent à Myloi pour le conduire en Asie. Puis le
roi partit lui-même de Nicosie, dans la direction de Paphos,
où il s'embarqua le 24 octobre 1362, avec sa suite^ Il
emmenait le légat, son chancelier, les deux Thénouri, Pierre
et Jean*, et Jean de Gaurelle, qui devait être un de ses assas-
1. « A pueritia in senscilibus nostris primitivis, Deus, motus pietate...
pro operis consiimatione cor nostrum rapuit. »
2. Mas-Latrie, Hisl. Ch., t. Il, pp. 236-7. G. Mûller, Documenli sulle
relaz. délie città Toscane coW Oriente cn'stintm e coi Turchi fino air
anno MDXXXI, Florence, 1879. in-i", p. 119: 1 Capitdi del comune di
Firenze, Inveyilario e i-egesto, II, Florence, 1893, 4°, pp. 543-4 (texte
plus correct). Sylvestre Bolonchini fut envoyé avec cette lettre à Flo-
rence. V. une lettre adressée par les Florentins au roi, en mai 1360,
pour lui recommander un marchand; il y est question des bonnes
dispositions du roi Huirues envers Florence. .Mùller, o. c, pp. 118-123.
Cf. ibid.. pp. 123-4 et^Buchon. o. c. 134-5.
3. Mâcheras, p. 67. Le roi de France avait renouvelé son intervention
en faveur de Hugues, et le pape avait demandé au roi de venir répon-
dre en cour de Rome (Jhid.). Il était encore à Nicosie le 15 juin et le
15 sept. (v. plushaut et Buchon,.VoMu.rec/t.su7-/rt.1/oree, 1834,t. II, part.
i,pp. 134-5). Méziéres donne le principal but du voyage: « prosuccursuet
adjutorio habendo ad regeset imperatorem Occidentales ire proposuit. »
{Vita, l. c, p. 1007). La. Chronique des quatre Valois (pp. 125-6) ajoute
une autre cause assez énigmatique : c pour plusieurs causes, et princi-
palement pour sa délivrance et de ses hostages plus briefment expé-
dier... (?) ». Le roi de France, excité par le prince d'Antioche et des
princes syriens (sic), se serait plaint parce que Pierre ne lui aurait
pas annoncé son avènement (Lorédan, I, 395-6).
4. Ce personnage mourut cependant au mois d'avril de l'année sui-
- 143 —
sins, Jean d'Ibelin, Jean de Fenio et d'autres encore '. Il avait
avec lui quatre galères et cinq frégates ^
vante. Mas-Latrie, Vile de Chypre, pp. 258-9. V. d'autre.s inscriptions
sépulcrales, très importantes pour l'histoire de Chypre, dans un livre
récent, d'une composition très curieu.se, Lacrimae Nicossienses, par
le major Tankerville J. Chamhsrlayne, Paris, Leroux, 1894, t. L
1. Bustron, p. 261. Trois galères et une « fu.ste armata » (Amadi,
p. 412). il avait avec lui ses chevaliers, ses écuyers « et altri de la sua
fameglia » (ihid.). V. Carmesson : « et in societatem dicti domini régis
Cipri (le légat) ad curiam remeavit » (/. c). Cf. sur les affaires de
Satalie, Mézières, Vita, p. 1007 : « civitate Sathalia munita et confor-
tata. » II n'avait pas avec lai son fils, ainsi qu'on l'a cru (Herquet,
Cypn'sche Kônigsgealallen des Hanses Lusignan, Halle a. S. 1881, in-8",
p. 10; Alfred Leroux, Belalions entre la France et V Allemagne, p. 271),
d'après les chroniques génoises, beaucoup postérieures aux événements,
Philippe de Brunswick (le « da Bressing «des chroniqueurs arméniens,
Hisl. ann., I, p. 716), père d'IIéloïse, la femme de Jacques, frère du
roi, l'accompagnait aussi. Sur ce personnage, voirHerquet, l. c, p. 10.
Sur le légat, Mézières, Vita, p. 1007 : « Legato papali associatus. »
2. Trois galères, d'après Villani (I. XI, ch. XXXIV, éd. Dragomanni,
0. c., 429; quatre galères et une frégate, d'après Lorédan (I, pp. 396-8).
II avait avec lui à Venise, d'après Caroldo, deux galères seulement,
et trois autres formant la flotte du légat : « e lo legato (délie Smire)
n'avea un altra armada lui che era in suma III galie ».
CHAPITRE VII.
VOYAGE DE PIERRE l" EN OCCIDENT. — LA CROISADE DE 1362.
— MÉZIÈRES A AVIGNON.
Pierre P"" se dirigea vers Rhodes avec sa petite flotte \ Il
y fut très bien reçu par le Grand-Maître, Roger de Pins, qui
lui avait fourni des galères en 1360, à la prise de Satalie. Bien
que les relations entre les deux îles voisines ne dussent pas
tarder à se gâter, puisque le roi fut contraint de demander
en 1364 l'intervention du pape pour empêcher l'union des
Hospitaliers avec les Génois ^ ses ennemis alors, Roger céda
aux prières du légat et du roi ; le Grand-Maître et son cou-
vent s'engagèrent par écrit à aider le roi de Chypre dans ses
guerres futures avec les Infidèles '. Pendant ce séjour à
Rhodes, qui fut très court, un parent de l'ancien commandant
de Satalie, Pierre de Sur et Jacques le Petit se réunirent aux
chevaliers qui formaient la suite du roi*. La flotte se dirigea
ensuite, par un vent favorable, vers Venise ^
1. Sur Guy de Bagnolo, de Reggio. Averroïste et ami de Pétrarque,
établi à Venise, en 1367. mort vers 1370, dans la même ville, et enterré
aux Frari, où se lit son épitaphe, v. Tiraboschi, St. délia lett. ilaliana
(éd. de Florence, 1807), t. V, pp. 187, 270-2. Le même, Bibl. mo-
denese (Modène, 1781), I, 134 et suiv. G. degii Agostini, Notizie dei
scrilt. viniz. (Venise, 1752), I, 5, Pétrarque, De sui ipsius et multorum
ifjnoranlia. passim. 11 rédigea son testament à Nicosie, le 12 oct. 1362
(.\. Taccoli, Memorie di Begaio. Il, 251 et suiv.) 11 écrivit des chroni-
ques (Muratori, R. II. S., XVIIl, 2). — J'ai été amené à faire ces recher-
ches par la lecture d'un passage de Tiraboschi, St. délia hadia di
S. Silveatro di Nonantoln (Modène, 1784-5), II. 339, note 1, que m'a
signalé M. Arthur Ferretto, de Gênes.
2. Archives du Vatican. Lettres secrètes, 247, f" 54 v, reproduit par
Wadding, Vita, ad dat. Cf. Bosio, t. Il, p. 66.
3. « Sed prius transiens per Rhodum, admonitionibus divinis ipsius
legati, et requisitione régis, consensum passagii magistri Hospitalis
et Conventus rex in scriptis aulhenlicis habuit » (Mézières, Vita,
p. 1007).
4. Mâcheras, p. 68.
5. Etienne de Lusignan parle d'un voj^age à Naples oîi régnait le
beau-père (sic) du roi (f° 144 v»). M. Herquet se demande pourquoi
— 145 —
Pierre P"" s'attendait à y voir ses propositions bien reçues.
Bien qa'une croisade dût causer quelques pertes commer-
ciales à la république, celle-ci était très bien disposée, et le fut
toujours, pour une expédition puissante, qui lui aurait donné
peut-être l'héritage des Infidèles en Orient. Si l'attaque de
Satalie avait amené dos mesures préventives de la part du
conseil des Prégades pour la sauvegarde des intérêts véni-
tiens ', on ne tarda pas à rétablir les bonnes relations anté-
rieures avec l'île. Le roi lui-même était un grand admirateur
de la république ainsi que son frère Jacques *. Mézières parle
toujours avec un grand enthousiasme de cette ville, dont on
ne peut faire dignement l'éloge sans aimer le bon sens et la
justice'''. Les Cornari, une dos plus grandes familles de
Venise, étaient étroitement unis aux intérêts de l'île, à cause
des possessions importantes qu'ils avaient à Piscopi et ail-
leurs *. La question de la croisade y fut discutée probable-
ment avant l'arrivée du roi, en 1.360, époque à laquelle
(7 mai) Gui de Bagnolo, médecin du prince, se trouvait à
Venise, où on lui accorda le droit de cité \
Le nouveau doge, Laurent Celsi, qui venait de succéder à
Giovanni Delfin, le 16 juillet 1361 ^ était assez disposé lui-
Pierre ne se serait-il pas adressé à Pierre IV d'Aragon, dont sa femme
était la nièce : « Entweder versprach er sich von Aragon keine beson-
« dere Hùlfe oder er stand schon damais in einem schlechten Verhàltnisse
« zu seiner Gemahlin » (o. c, p. 50). La première hypothèse pourrait
bien être la vraie, eu égard au caractère très pratique du roi d'Aragon.
Quant aux relations de Pierre I'^'" avec sa femme, elles étaient excel-
lentes en 1361. Cf. Mâcheras, p. 68.
1. Ordre des Prégades, du 6 septembre 1361, pour la sauvegarde du
commerce vénitien dans les eaux de Chypre : « propter nova que habita
sunt usque de armata et maximo apparatu domini régis Cypri » (ap.
Mas-Latrie, liisl. Cit., t. 11, p. 235).
2. « 11 quale, dit Caroldo, favoriva la natione Veneta » (ms. Bibl. nat.,
f» 264).
3. « Judicium et justitiam diligit » {Soliloquium. peccaloris, Bibl. de
l'Arsenal, ms. 408, f" 233 v").
4. V. Mas-Latrie, llisl. C/i., t. 111, p. Sliotsuiv., note. On leur permit
d'y établir un facteur pour «aliqualoca vel territoria » situés dans l'ile,
dès l'année 1334 ((7(/r/., t. Il, p. 363). Ces possessions sont souvent men-
tionnées dans les traités entre les deux nations(1378, 1381. 1396) (ihid.).
Sur le rôle des Cornari dans la conclusion de la paix entre Chypre et
Gênes, v. Caroldo, L c, f" 299 et ms. 499 de la bibl. de l'Arsenal, 160
\°-'S.
5. Comm. IV, n" 195, t. II, p. 312.
6. Caresino, ap. Muratori, t. Xll, c. 428. Delfin mourut le 12 juil-
let 1361. Celsi avait été ambassadeur auprès de Charles IV (Romanin,
N. JoROA. Philippe de Mézières. 10
— Mfi —
même à former des projets aventureux. On l'accusa après sa
mort d'avoir conçu celui de renouveler la tentative de Marin
Faliero et de se saisir en maître du pouvoir ; sa correspon-
dance fut détruite par l'ordre du Grand Conseil, pour étouf-
fer le scandale. Il était jeune encore, bien que ses services fus-
sent déjà nombreux : on se souvient de l'anecdote qui raconte
que son père refusa de saluer ce jeune doge, qui ne parvint
à tiéchir sa résolution qu'en mettant une petite croix sur son
béret ducal. « Il était magnanime, dit Caresino, et d'un âge
très robuste, et désirait faire du bien à la république et
l'agrandir heureusement. » « C'était un homme bénigne et
doué de toute bonne qualité et douceur », ajoute une autre'.
Sa cour était très brillante; il entretenait pour son plaisir une
véritable ménagerie de bêtes sauvages et curieuses « et autres
gentillesses ^ )>. On le voyait chevaucher à la Giudecca, accom-
pagné d'une nombreuse suite de jeunes gentilshommes et y
jouter avec eux". Il aimait les chevaux et les promenades
somptueuses sur la mer ''. Quelque temps avant l'arrivée de
Pierre P'', le duc d^Autriche avait été reçu avec un luxe sans
exemple : 10,000 ducats furent dépensés par la république
Sloria documenlala di Yen., t. III, p. 208-9). Il revenait à Venise par
Segna, quand la fausse nouvelle d'une victoire remportée par lui contre
les corsaires décida de son élection. Celsi avait à peine cinquante ans.
Il avait été podestat à Trévise, capitaine du Pasnadego, cavalerie dal-
matienne de la république, et enfin capitaine du golfe; il fit son entrée
à Venise le 21 août 1361 (/6?cf., pp. 209-11).
1 . « Hic rnagnanimus, et robustissime aetatis fuit, bonum Reipublicae
procurare et féliciter augere pluriirium anhelavit » (/. c. p. 428 ; CJiron.
di Yen. (ino al 1362, nis. II 85 inf. de l'Ambrosienne à Milan, f'^ 85;
Cron. di Yen. 1327-1425, Bibl. de Saint-Marc, it. VU, 662).
2. « Questo doxe fo nobelissimo homo, etteniva chorte... de ogni sorta
bestie selvadege, et etiam chorseri et altrc zentileze, e deletavase moite
volte chavalchar per la terra clion zcntiluomini, o cosi etiam barche-
za.'ido... ed era... acoinpagnato da zentilomini assaisimi ». Cf. llliron.
allrib.à Dan. Barbaro ou ,\. Trciiisan. liibl. de Saint- .Marc, it. VU, 92,
126, 790, f" 315 V" ; Chron. véniliennc, Bibl. nat. Paris, italien, 16,
f" 122. iiomanin parle de bêtes et d'oiseaux embaumés qu'il aimait
à collectionner (/. c. pp. 211-2). Les genliUcsses dont il est (luestion
étaient à la mode à cette éjjoque: Isabeau de Bavière possédait, outre
un grand nombre d' « oiselets chantants », une chouette, « un singe
fourré de gris » et une « lieparde » (S. Luce, Jeanne dWrc, {>. li.x). sur
le « garde des lions » du duc de iNortnandie, le même, Du Guesciin, p. 44
et note 4 ; Moranvillé, art. cite, 378, 380. V. sur l'anecdote du béret,
Sanudo, Yite de' duchi, ap. Muratori, t. XXII, p. 655.
3. Ms. cités, ibid.
4. Sanudo, c. 655.
— r.7 —
à cette occasion, et le doge lui-môme, à cheval et suivi de
toute la noblesse vénitienne, montra la ville à son visiteurV
Le roi de Chypre arriva à Venise la veille de la Saint-
Nicolas ^ le 5 décembre de l'année 1361. Il fut reçu par le
dogo lui-même, qui alla à sa rencontre sur le Bucentaure,
avec toute sa noblesse, jusqu'à Saint-Nicolas du Lido. La
foule était si grande, qu'un pont se rompit et que le roi lui-
même tom1)a dans l'eau. « Je suis devenu vénitien », s'écria-
t-il'*. Il logea dans la maison qu'avait habitée quelque temps
auparavant Albert d'Autriche, le palais Cornaro, près de
Saint-Lucas, sur le grand canal. La maison appartenait
alors à André Zane, dit el guerzo'', podestat de Trévise,
que le roi arma chevalier à cette occasion dans l'église de
Saint-Marc '\ On donna des chasses sur le territoire de Tré-
vise en son honneur''.
Des présents très riches furent faits au prince lui-môme et
à sa suite par le doge". Nicolas d'Esté, marquis de Ferrare,
1. Romanin, t. III, pp. 212-3. Le duc d'Autriche arriva à Venise le
29 septembre 13G1 avec 30 chevaliers et 200 nobles, ramenant avec lui
les deux ambassadeurs vénitiens pris pendant la guerre {ibid.. p. 212).
11 repartit le 5 octobre (Sanudo, /. c. c. 655).
2. C'est la version que donnent Sanudo (c. 655) et la Chronique véni-
tienne depuis Altila (lUbl. nat. Paris, italien 16, f" 120 v"). Caroldo
(f» 195) donne le l»"" du même mois (« nel primo del mese di décembre »),
la Chronique d'Esté (Muratori, t. XV, c. 485) et le Polystor (ibid., X.XiV,
c. 8'i3 C) le 6 décembre. La preuiière date est ordinairement admise
(1362 évidemment et non pas 1361)(Mas-Latrie, //. Ch., 11, p. 239, note 1 ;
Romanin, o. c, III, p. 212). Il n'y resta pas vin f/t-deux jours, ainsi que le
croit Sanudo (/. c).
3. Chron. il. de Ven. à la Bibl. de Saint-Marc (la notice se rapporte-
rait-elle à ce premier séjour à Venise?)
4. Sanudo, c. 655. Sabellicus, Ber. Ven., libri XXXIIl, dans les
DegV ist. dellc cose Ven., I (Venise, 1718). p. 331, Cron. Zancaruola,
Milan, Bibl. nat. AGX 16, II, f" 315 v et Verci, St. délia marca tre-
visana. XIV, 39. Le palais est aujour dhui le Municipio de Venise
(Mas-Latrie, éd. de Machaut, Prise dWlexandrie. Genève, 1877 note 12).
Cornaro n'était pas encore le propriétaire du palais, et le roi ne
pouvait pas lui donner en échange pour son hospitalité le casai de
Piscopi (Keinhard, Geschichte von Cijpern. I, 252).
5. Caroldo, f" 195 A Trévise, d'après la Zancaruola, l. c. Zane
obtint la permission de revenir à \'enise, pour y voir son hôte, le 10
déc. (Arch. d'Etat de Venise, Senato Misli. X'XX, f" 124. Cf. Lihro
novella, 88 v" et Mon. del passa (/gio per lo stato veneto di princ. e
soqgetli esteri (1347-77), Bibl. de Saint Marc, it. VII, 707.
6. Ordre ducal du 20 déc. 1362, ap. Verci, Storia délia marca
Trev., XIV, 39.
7. Voyez sur ce premier séjour de Pierre I^"" à V^enise, Sanudo, Vite
de' duchi, ap. Muratori, XXII, c. 655, Chron. ven. dep. Att., f° 120 v»
— 1-48 —
l'invita à le visiter aussi. Pierre le remercia pour ses offres,
en s'excusant sur la nécessité où il se trouvait de partir ail-
leurs '. Le marquis, qui aurait désiré voir de près ce per-
sonnage héroïque, dont la réputation en Occident était si
grande, dut se contenter de lui envoyer des présents,
moins brillants que ceux du doge, mais tout aussi utiles.
L'auteur du livre du Polistor assista lui-même à la réception
de « six beaux chevaux couverts d'écarlate, quatorze san-
gliers, vingt veaux et quarante paons, deux cents paires de
perdrix et deux cents autres de chapons ^ ». « Lequel présent,
ajoute-t-il, fut reçu par le roi à grande fête et très gracieu-
sement'. ))
Le seigneur de Padoue ne manqua pas non plus d'envo3'er
six chevaliers avec une suite nombreuse, pour féliciter le roi
sur son heureuse arrivée et lui offrir sans doute des présents*.
Des questions plus sérieuses occupèrent le roi de Chypre
pendant son séjour à Venise. Il exposa au doge l'état de la
chrétienté orientale, lui parla des progrès incessants des
Turcs, qui venaient de prendre Andrinople^ et menaçaient le
reste de l'empire grec, du danger où se trouvait l'Occident
même de voir la puissance et la religion des Infidèles s'éten-
dre jusqu'au delà de ses frontières. C'est pour éviter de
pareilles calamités qu'il s'était décidé à quitter son île pour
(ed esendo per andar a Treviso per podestade messer Andréa Zane),
Caroldo (le plus détaillé, d'après des documents inédits), f°* 195-5 v",
Lihro dei Polistore (Muratori, XXIV. c. 843 C), Chronique iV Hâte (Mura-
tori. XV, c. 485-6), Cron. di lutta la prov. di Ven. (jusqu'en 1455),
Bibl. de S. -Marc, it. VII, 788, f" 67 v» ; Cromica Zane, Bibl. roy. de
Dresde, ad ann., Chron. véii. 1444, et F. 160. f*- 46 v. « Honoratus
fuit mirabiliter, » dit la Chr. d'Esté (l. c). Lorédan confond ce séjour
avec celui de 1365 (tr. fr., t. I, pp. 396-8).
1 . Polistore, c. 843 C : « perché avea dato ordine di fare altro camtnino».
Chr. d'Esté, c. 485. Les ambassadeurs étaient venus « incontinente »
(Pol., ibid.).
2. « Sei bellissimi cavalli coperti di scarlatto, e quatordici porci
ciguali, venti vitelli, e quaranta pavoni, dugento paia di pernici, e du-
gento paja di capponi » (Pol.. t. c.) Cf. la Chr. d' Este, qui supprime les
chapons de ce succulent présent. « E io scrittore era ivi présente,
quando tutte le predette cose furongli presentate » (Polyst., l. c).
3. « Il quai présente fu ricevuto dal dette Re con gra'ndissima festa,
e molto graziosamente » (Pol., ibid.).
4. Pnmum addil. ad Cortusium. Muratori, XII, 966 a.
5. Des ambassadeurs byzantins se trouvaient à Venise, le 22 nov.
1362. Archives d'État de Venise, Senato misli, XXX, f° 118.
— 149 —
demander des secours au pape, à Tempereur, au roi de France
et à tous les autres princes et communes de la chrétienté
occidentale, qu'il espérait gagner à une nouvelle croisade.
Quant à lui, il n'épargnera ni les fatigues, ni sa vie même,
pour atteindre ce but, si noble et si utile en même temps.
La réponse du doge fut favorable. Cclsi loua son projet
d'aller visiter les grands princes de l'Occident qui pourraient
le secourir dans ses guerres. Quant à la république, elle sui-
vra ses traditions, en lui donnant des navires et des vivres
et en exposant ses propres forces pour le saint passage. En
revenant de ses voyages, le roi le trouvera suffisamment dis-
posé à l'aider de tout son pouvoir pour qu'il puisse faire
l'éloge de la seigneurie de Venise. L'entreprise devait être
tenue secrète, cependant, pour ne pas mettre en danger l'ex-
pédition elle-même et sans doute aussi le commerce des
Vénitiens'. Les ambassadeurs vénitiens, qui devaient partir
presque en même temps que le roi pour Avignon, obtinrent
la permission d'appuyer ses négociations ^
Un traité fut conclu probablement, et le roi se hâta de partir
vers la Lombardie. Le doge obtint du grand Conseil l'auto-
risation de sortir du territoire, le 1°'" janvier 1362^; le jour
suivant, il conduisait son hôte jusqu'à Malghera*. André
Zane, son hôte, l'accompagna jusqu'aux frontières. Pierre
amenait avec lui Carlo Zeno, très jeune encore, qui devait
le suivre à travers l'Europe entière". Il avait dû son succès,
1. Caroldo, f"» 195-5 v». « Ben loesortava a tener tal cose secrète, accio
publicandole non segua (ch' Iddio non voglia) qualche sinistro ail' im-
presa » (f" l'.)5 v).
2. Senato misli. l. c, f" 124(31 déc). Ordre aux ambassadeurs de
partir jusqu'au 3 fév. 1363 (ibid., f° 128 v°).
3. Mas-Latrie, //. Ch., II, 247 : « qui cras recedit et facit viam de
Mestre ». Cf. Romanin, III, p. 213 et Sanudo, ms. autographe de la
bibl. de S. -Marc à Venise, it. VIII, 800, f" 380. 11 ne partit donc pas
en déceiiibre (« uell' istesso mese di décembre »). ainsi que le dit
Caroldo (f" 195 v"). Ce n'est pas au roi lui-même que fut délivrée
Tautorisation ((/autorisation... lui fut donnée... parle grand conseil.
Delaville le Koulx, oitn-. cite, I, p. 120. note 2).
4. .\vec la seigneurie et beaucoup de gentilshommes (C/tr. dep. Alt.,
l. c . Caroldo, f" 195 v), sur le Bucentaure (« con il busintoro », Chr.
dep. Alt., ibid.). Il monta à cheval ensuite et partit vers la Lombardie
avec le podestat (cf. Romanin, III, p. 213).
5. Vila C. Zeni. l. c. f" 212 A-E.
— 150 —
dit Mézières, au légat, qui prit la parole en son nom' et reçut
de Celsi la réponse éloquente que rapporte Caroldo ^
Le roi traversa l'Italie septentrionale par Mestre, Padoue,
Vicenceet Vérone^ Cansignorio dut lui offrir une magnifique
hospitalité dans ces deux, dernières villes*. François Carrara
avait quitté Bassano, où il s'était retiré devant la contagion,
pour recevoir le roi à Oriago (distr. de Dolo). Pierre s'arrêta
quelques jours à Padoue, où il habita le palais du seigneur; il
reçut de lui au départ quatre superbes chevaux". Il fît enfin son
entrée à Milan le 21 janvier ^ avec une suite de deux cents che-
valiers et écuyers\ 11 y resta quelques jours, auprès de ce
Bernabô Visconti, si habile et si rusé, qui ne se fit pas scrupule
de lui promettre tous les secours imaginables, malgré son
scepticisme prudent envers les croisades et sa guerre avec le
Saint-Siège^ Pierre T'"' se rendit ensuite à Pavie, résidence de
Galéas, l'autre Visconti, où il fut reçu d'une manière magni-
fique. Le marquis Jean de Montferrat, gendre de ce malheureux
Jacques II de Majorque, que Philippe de Mézières fut sur le
point de servir, lui fit une réception tout aussi pompeuse à
Voghera', le P'' février. Le jour suivant, Pierre arrivait à
Tortone avec sa suite et ses chevaliers '" ; il ne fit qu'y passer
1. Mézières, A. S. p. 1007. On intervint même auprès du Pape pour
qu'il confirmât une nomination faite par Pierre Thomas, comme évêque
vénitien de Coron (27 déc. 1362, 5en. misli, l. c, f" 124). Les Vénitiens
lui auraient promis uniquement des vaisseaux.
2. Caroldo, l. c, f" 191 v".
3. Libro del Polislore, Muratori, XXIV, c. 843 D : « ando a Padova, e
a Verona... »
4. Verci, St. délia marca trev. XIV, 141, Zagata n'en parle pas dans
sa chronique de Vérone (1747), I.
5. Prirn. add. ad Corl., l. c, 966 A-B.
6. Donato Bossi, ap. Baluze, Vitœ pont. Aven.. I, c. 983.
7. ... « De mense Januarii... venitMediolanumcum comitivaccarmi-
gerorum ». Ckronicon Placnnlinum, Muratori, XVI, p. 507 B; cf. Gai.
de Carrello Chr. dans les Mon. Jlist. Patriae de Savoie, 111, c. 1206
(le 22).
8. Mézières : « scriptis eorum autenticis (des tyrans et des communes)
mediantibus, omnes adjutorium magnum pro passagio regiobtulerunt»
{Vila, p. 1007). Cf. Chr. Plac, l. c: « et ibi (à Milan) .stetit pluribus
diebus, implorando auxilium contra soldanum Babyioniae. »
9. « Deinde perrexit Viqueriam » {Pelri Azarii Chronicon, ap. Mura-
tori, XVI, p. 411 b; Carretto, l. c, c. 1207).
10. Azario, l. c. Il arriva à Gênes « exeunte Januario », d'après
Stella, écrivain de beaucoup postérieur aux événements (Muratori,
XVII, c. 1096).
— 151 -
la nuit et partit avec le jour pour Gênes, où il arriva peut-
être le lendemain.
Le doge, Simon Boccanegra, parvenu au pouvoir grâce à
l'appui du parti populaire, était un homme très énergique et
très habile. Son alliance avec le marquis de Montferrat, qu'il
aidait à combattre la puissance menaçante des deux Visconti,
devait le rendre favorable au prince qui avait été si bien reçu
par son allié, à Voghera. La réception faite au roi à Gênes,
fut en effet magnifique': plusieurs milliers de livres furent
dépensées pour lui faire honneur ^ Pierre arma chevalier
Baptiste, le fils du doge. Pierre Malosello, son chambellan,
lui offrit ensuite un grand repas dans sa maison de campagne
de Sturla. Le doge y fut, dit-on, empoisonné par les nobles ^ Il
mourut au commencement du mois de mars \ et les espérances
que le roi venait de fonder sur sa collaboration s'évanouirent
avec l'élection du nouveau doge, Gabriel Adorno ''. Au lieu
1. Stella, Annales Genuenses, ibid. (il n'était pas venu « cum Petro
nato suo »), Giustiiiiani Aniiali delta rcp. di Genova, éd. de 1835, t. Il,
100 (mrme observation), Uberto Foglietta, ffixt. Gen., libri X// (Gênes,
1585), f" 143 v, Caroldo. f° 196 v^ : « et universalmente da tutta quella
città, fu rice^uto con moite honorevoli demo.strationi », Bizarro, Senalus
popvliqup Genucmrs... Annales (Anvers, 1579), p. 137.
2. Archives d'Etat à Gênes, Magislror. ralionalium inlroilus et
exiliix, reg. 54, f" 89 (paiement fait en 1364): « in Paulo .Justiniano et
soc, olim deputatis super expensis domini régis Cipri in c. lxxxvh,
lib. iiii'"i)i,xv, s. XVI. d. X » ; f" 99 (avril même année): « pro Paulo
Justiniano et soc, olim deputatis super expensis domini régis Cipri in
c. i.xxxvii, lib. v"'cxxii, s. vin. d. xi. » La livre génoise valait en
1370, 6 fr. 50 de notre monnaie, v. les tables comparatives données
par C. Desiinoni dans Belgrano, Délia vita privala dei Genovesi, 2» éd.,
Gênes, 1875, p. 514.
3. Dans une boisson (Foglietta, f° 143 v"). Stella, l. c. : « in domo de
Sturla, » qui se trouverait « ad rura », Foglietta, /. c. : « in suburbano
suo. » Pierre Malosello porte dans les chroniqueurs génois — il était gé-
nois lui-même — son vrai nom de Marocello {Marocclhis) ou Malocello
(Giustiniani, H, 100). Il était, d'après Foglietta, l'ami du roi et mar-
chand établi en Chypre (« Cypri negotiantem », f" 143 v").
4. Le 13 mars, la nouvelle de la mort de Boccanegra se répandit
dans la ville. Les frères du doge mourant. Barthélémy, Jean et Nicolas,
furent enfermés dans le palais pour empêcher leur élection (Foglietta,
fo 14;^ V"). Une commission de 20 membres fut élue; elle désigna à son
tour 60 autres, qui devinrent, par des élections successives, 40, 21 et 10.
Ces derniers choisirent Gabriel Adorno, marchand gibelin (v. chron.
citées et M. Villani, XI, ch. xi.ii, pp. 434-5). La famille de Boccanegra,
sauf sa femme et ses enfants, fut exilée. Le doge défunt fut enterré
obscurément dans l'église de Saint-François (Giustiniani, II, 100).
5. Ibid.
— 152 -
de l'alliance qu'il attendait, on lui fit des menaces de guerre
très sérieuses, en 1364 et 1365.
Pierre était encore à Gènes le 5 mars 1363, quand il renou-
vela, sur leur demande, le privilège accordé jadis par Henri I"
aux Génois'. On retrouve le nom de Philippe de Mézières
parmi les témoins ^ Il ne paraît pas avoir assisté à la révolu-
tion, qui aurait rendu sa position difficile. Il est probable
qu'aussitôt après la conclusion du traité le prince se diri-
gea vers la France, sans doute par la route de la Corniche'.
Pierre Thomas était déjà parti pour Avignon, ainsi que
parait l'avoir décidé le roi lui-même. Il y trouva le nouveau
pape, Urbain Y\ assez favorable à ses projets, qu'il men-
tionna avec des éloges ^ Les cardinaux l'écoutèrent aussi
avec plaisir ; les intentions du roi de Chypre furent approu-
vées, et lui-même reçut pour sa peine le titre d'archevêque
de Crète, à la place d'Orso Delfin, l'ancien légat en Orient
et capitaine de Smyrne, qui venait de mourir. 11 se hâta sans
doute d'anuoncer à son maître ce résultat favorable, et c'est
alors seulement que le roi se dirigea vers Avignon,
C'est ce qui explique le long séjour qu'il fit à Gênes, oii des
propositions de secours lui furent faites dès le commence-
ment par le doge.
En venant en Europe, Pierre 1" n'avait pas demandé
l'avis du pape, et Innocent VI, avec ses sympathies pour la
cause du jeune Hugues, avec ses réminiscences sur l'ancienne
conduite du roi envers son père, ne devait pas recevoir avec
beaucoup de plaisir des projets qu'il avait vus, du reste, tant
de fois échouer. Le roi de Chypre ne connaissait pas le nouvel
élu, dont il dut apprendre l'avènement en Lombardie. 11 ne
1. Voyez sur le traité du 10 juin 1232, Mas- Latrie, IIisl. Ch., II,
p. 248 et suiv. (dans le Liher Jurium Reip. Gen. ; Mon. IIisl Pat.
de Savoie, II, p. 720 et suiv.). Il y eut un projet de traité entre Gênes
et le roi de Chypre en 1.320-9 (Mas-Latrie, dans les Archives de lOric.nt
lalin, II, 173-4). V. les préliminaires de 1344 (Mas-Latrie, Bibl. e'c. ch.,
1873, p. 6 5 et suiv.) et le présent ouvrage, p. 78.
2. « Philippo de Mayzeriis regni Chipri cancellario ». On retrouve
parmi les témoins Simon de Norès, Guy de Reggio (Mego, ap. Pagano, qui
donne aussi ce traité), Jean d'Ibelin et Philippe de Brunswick.
3. Mas-Latrie, ouvr. cité. II, 239, note 1.
4. Consacré le 6 novembre 1362.
5. Mézières, Viln, Act. Sanct., jan. II, 1007-8.
— 153 —
pouvait ni craindre ses mauvaises dispositions, ni en espérer
du secours ; cependant, l'événement dut lui être plutôt agréa-
ble. C'est pour connaître les sentiments d'Urbain V que Pierre
Thomas fut envoyé à la curie, et le roi attendit à Gènes le
résultat de sa mission '.
Innocent VI était mort le 12 septembre 13G2; c'était « un
homme d'une vie simple et honnête et de bonne renommée » ^
Bien qu'il fût un juriste et un théologien distingué, il n'aimait
pas les lettres profanes et croyait à l'astrologie ; son pontifi-
cat, peu brillant, se signala par des luttes incessantes contre
les Infidèles et par des efforts énergiques pour restituer la
concorde entre les princes de l'Occident. Cette politique de-
vait être aussi, avec moins de constance en ce qui concerne
la croisade, celle de son successeur''.
Les cardinaux se réunirent pour l'élection, le jour de Saint-
Maurice. On ne parvint pas à s'entendre ; le premier qu'ils
élurent refusa cet honneur \ On tomba d'accord enfin sur la
1. Les lettres du pape annonçant son avènement (7 nov. an I, Ar-
chives du Vatican, l. c. 2'i5, f" 7 et suiv.; Comrnem., VU, n" 32 ; t. III, 9)
arrivèrent à Venise après le départ du roi. Les ambassadeurs vénitiens
qui devaient le féliciter (Marc Cornaro, Pierre Trevisan et Matteo Ter-
me (?) partirent de Venise le 29 janvier (Caroldo, f" 195 v")- La lettre de
notification adressée à Pierre lui-même est conçue dans des termes
très généraux (.Irc/t. du Val.. 2'j5, f" 10).
2. Villani, 1. XI, ch. xxvi, éd. c. p. 422; Grandes Chroniques, VI,
p. 226-7; cf. Theiner, II, Cnd. dipl. dom. Icmp., p. 403; Luce, Du
Guesclin, p. 235 et suiv.
3. V. plus loin, p 157. « Sauver la France, établir la paix et l'équi-
libre en Lurope, réprimer la prépondérance envahissante de Barnabe
Visconti », tels sont, d'après André, Histoire politique de la monar-
chie pontificale au xiv siècle, p. 391. les princi])aux objets que se
proposa le nouveau pape. En remplaçant le premier point par l'idée
d'une nouvelle croisade, ce serait bien là ce qu'il désirait.
4. Villani, /. c. Cf. Spécimen historiic Sozonteni. ap. Muratori,
t. XVI, c. 1069 c. Sur les chances (ju'avait à celte occasion l'arche-
vècjue de Prague, Ernest de Pardubitz, voyez la Vila Arnesti. par Guil-
laume de Wisscgrad ou de Plindenburg, édition Ilotler, dans les /^'unlcs
rer. Auslriacarum . i" partie, t. VI (Vienne, 1865), pp. 9-10 : « Mortuu
quoque Innocentio... })oscentibus ipsius moribus atque virtulibus, per
certes cardinales fuit in summum pontificem nominatus et fuisset indu-
bitantcr electus ab omnibus, si promotionem suam non impedisset
natio aliéna ». V. aussi Koelho/f'sche Chronik, 1358-62, in Chron. der
deutschen Stàdle. KOln, III, 691, 1. 19-25.
— 154 -
personne d'Urbain de Grimoard, simple abbé de Saint- Victor,
à Marseille'.
Né à Grisac, d'une famille noble, le nouveau pape avait
pris, jeune encore, l'habit de Bénédictin au prieuré de
Chirac, où il étudia les lettres^ Devenu docteur en décrets,
il enseigna pendant longtemps à Montpellier et à Avignon.
Abbé de Saint-Germain d'Auxerre ensuite, une mission en
Lombardie lui fut confiée par le pape et il s'y rendit en 1352
avec Azzo de Reggio, dojen d'Aquilée^ Il fut mal accueilli
par les tyrans ; une anecdote, évidemment fausse, attribue
même à Bernabè un de ces traits qui étaient pourtant bien
dans sa nature : il aurait fait avaler au légat les lettres peu
respectueuses qu'il lui avait apportées ''. Devenu ensuite abbé
de Saint- Victor, une nouvelle mission l'amena en Italie^; il
revenait de Naples, où il était allé porter des subsides à la
reine Jeanne, quand la nouvelle de son élection vint le trou-
\. « In aliquem de suo coUegio concordare non valentes » (Contin.
de Nangis, Chroniques. Soc. de l'iïist. de Fr., t. IF. p. 320). Cf. p. 321 :
« qui ciim haberent de suo collepio multos probos dominos et. valentes,
nullos de cis elicere (sir) curaverant. » Puis il ajoute: « Causam autem
Spiritus Sanctus, ut firmiter credo, non ignorât » (ihid.). Le peuple
aurait été mécontent de ce choix (p. 321). Cf. Grandes Chroniques, VI,
p. 226. Le père d'Urbain, Duillaume de Grisac, était un « grandaevus
miles» à cette époque (2'' vila Urbnni V, ap. Baluze, I, 406). Il mourut
le 17 octobre 1366 (C/ir<m. Martini cnne. f"* 158-8 v). Sa mère était
Amphélise de Montbéliard (Prou, Elude sur les rapports de Charles V
et d'Urbain V dans la Bihl. de Vêc. des H. Etudes, fasc. 72. etc.. p. 4,
note 1). Le pape avait lui-même soixante ans {Spécimen, c. 1069;
Villani, /. c).
2. Baluze, I, p. 363. Le prieuré de Chirac dépendait de Saint-Victor
(ibid.). Cf. Duchesne, Histoire des cardinaux français, I, 582 il avait
enseigné encore à Toulouse et à Paris.
3. Ms. cité par Baluze, I, c. 978.
4. V. cette anecdote dans les Ann. MedioL, Muratori. XVI, c. 800,
E-1 C; Gataro. ibid., XVIf, c. 160. E-2 D, Tritheira (ap. Baluze, l. c,
p. 979), les chroniques d'André de Ratisbonne et de Jean Kraft (Rccard,
Scriptores, I, 2110). Une première version, dans des termes assez
vagues, est donnée par la 3=> Yita Urbani V (Baluze, c. 417-8): « Et
dominum de Milano... qui ipsum in minoribus constitutum... ferè
inhonestè tractavit ». Cf. aussi Cronica di Bologna, ap. Muratori, XVII 1,
p. 485 d: le pape aurait persécuté Bernabô parce que jadis, étant
ambassadeur du Saint-Siège, ce dernier « gli fece una gran ver-
gogna ». Et l'auteur ajoute ; « non so che ne sarà » (ibid.).
5. Ce n'était pas en Lombardie ( « apud Lombardiam existante
in legatione », 3» Vita, Baluze, I, 412). Il était passé par le Mont Cassin
(Tosti. Sloria di monte Cassino, IV, 53) et par Florence, où il avait
fait des promesses pour le temps où il serait pape (Villani, p. 422-3J.
— 155 —
ver en chemin '. Il accepta, à cause du triste état où se trou-
vait l'Église ^ et débarqua à Marseille le 28 octobre ^. Son
élection, dont on avait gardé le secret jusqu'alors, fut pro-
clamée le 29. Le dimanche 6 novembre enfin, Urbain V fut
couronné dans la cathédrale d'Avignon par Audouin Aubert,
évoque d'Ostie.
Le nouveau pape était un homme très sévère et très pieux*.
Pendant tout son pontificat, il porta la haire du moine sous
ses habits*; le luxe qui avait envahi l'Église lui était odieux
et on ne le vit pas traverser la ville, à grande pompe, le jour
de son couronnement ^ Les archevêques de Reims et de Sens
furent mandés à Avignon et repris sévèrement sur leurs abus
de pouvoir, ainsi que l'abbé de Saint-Germain d'Auxerre, qui
l'avait tiré jadis par la barbe en lui disant : « Quand tu seras
pape, si t'en venge » ''. Il ordonna aux évêques qui vivaient
à la curie de se retirer dans leurs diocèses et convoqua des
1. « In Italige partibus, » dit-il lui-même (Theiner, o. c, II, 403), « in
partibus Neapolitanis » (Baiuze, I, 363). « in regno Siciliœ » (1, 400),
entre Florence et Naples, d'après Papon (Histoire de Provence, III,
207).
2. Lettre à Gilles Albornoz (Theiner, II, 403).
3. Villani, l. c. (le 30 octobre à Avignon); 2» Vita, Baiuze, p. 363.
C'est la bonne version (cf. celle qui est donnée par la l'" Vie, ibid.,
p. 400). Sponda déjà le faisait remarquer {Ann. Ecoles. I, 772). Le
secret aurait été gardé parce qu'on ne connaissait pas encore les
dispo.sitions de l'élu (Baiuze, I, 363). Il aurait été simplement appelé
à Avignon par les cardinaux, qui ne lui annoncèrent pas son élection
(Gr. Chroniques, VI, 237). Bzowski croit que cette mesure fut prise
pour qu'il ne fût pas retenu par les Italiens {Ann. Eccles., II, 277).
M. Prou adopte aussi la version de la 2» Vie : il croit de plus que
l'élection formelle ne fut pas faite avant le 31 octobre, le lendemain de
son arrivée à Avignon. Sponda admettait aussi que la confusion faite
par les Grandes Chroniques et la l'"'' Vie provenait de ce qu'il arriva à
Marseille le 28 octobre et annonça son acceptation (Prou, /. c, pp.
5-6). Cette acceptation devait être connue, du reste, par le retour du
courrier, qui aimonça à l'rbain son élection. Les termes de la l'« Vie
même sont assez vagues et finissent par atténuer la première version.
L'inondation empêcha .son arrivée (Baiuze, I. 400).
4. Baiuze, Ly76. Chron. martiniennc,i" 157. Cent, de Nangis, 11. 323
(« infra octabas omnium Sanctorum »). Villani, p. 178. Lettre à Albor-
noz, l. c, p. 403. Gr. Chron.. VI, p. 227.
5. « Homo honestissimae vitae » (Spécimen, c. 1069 c), « honcsto e
di religiosa vita, pratico e intendente assai » (Villani, p. 179), « homo
strictus fuit, pompositatos odio habens, et maxime sumptuosos status
Cardinalium nnos invenit » (:V' VHo. Baiuze, 1, c. 414).
6. 2" Vita, Baiuze, I. 400 : « fastum vitans, prout dicebatur ».
7. Chronique de Vabbé de Saint-Vincent de Laon. ap. Lebeuf, Dis-
sertations sur ihistoire de Paris, t. lU, p. 439.
— 156 —
synodes provinciaux pour la réforme du clergé'. Adversaire
déclaré du cumul des bénéfices, il chargea les évêques de
Toulouse et de Narbonne d'empêcher dorénavant de pareils
abus^ 11 voulait rendre plus expéditive cette justice ecclé-
siastique si lente jusqu'alors, et punit sévèrement les concù-
binaires et les usuriers ; 200,000 florins de source suspecte
furent restitués par ses soins ''. 11 prit des mesures pour ren-
dre les jeûnes plus respectés et appela auprès de lui plu-
sieurs clercs des meilleurs de chaque royaume pour en obte-
nir des informations sur la vie du clergé dans ces différentes
contrées *. Très savant lui-même, il aimait les savants et leur
donnait de préférence les bénéfices^; il fonda un collège à
Montpellier ''' et une école de musique religieuse à Toulouse \
Bien qu'il menât une vie très modeste, qu'il refusât de faire
des dons à sa famille et d'en recevoir pour elle, il dépensa
des sommes considérables pour élever de nouvelles églises ^
Il était très laborieux et très exact dans l'accomplissement de
ses devoirs', très résolu dans ses décisions. Aux cardinaux
qui voulaient l'empêcher d'aller à Rome, il répondit qu'il en
avait suffisamment dans sa capuce ", En apprenant son
élection, Talleyrand de Périgord, qui se connaissait en
1. Sponda, Ann. EccL, II, 793. Rinaldi, Ann. EccL, XXVI, 1178.
2. Rinaldi, ibid. Pelrarchae Senilia, 1. VII, ep. 1. 1» VUa^ Baluze, I,
395-8.
3. 1" Vila, l. c.
k. Ibid.
5. « Viros quoque literatos multum dilexit, eos in beneficiis conferen-
dis prœferendo » {Martini Fuldensis Chronicon, ap. Eccard, Scriplores,
Leipzig, 1723), p. 1729 (cette chronique est contemporaine); « ... in
studiis universis quosdam viros notabiles tenebat in habitu dilïormato
pro explorandis meritis studentium, et labores quos affectabat dignos
nimium promovere » (3'' Vila, Baluze. I, 416).
6. « Quamdiu vixit in papatu, suis expensis tenuit mille studentes, in
diversis studiis», en leur donnant les livres nécessaires (l-' Vita, l. c).
7. « Studio Tolosano... qui in Missa majori... voce dulci harmonisa-
rent atque in aliis facultatibus proficerent et erudirentur » (S-* V7/a, I,
416).
8. 1^' Vila, Baluze, 1, 398.
9. Ibid.
10. « Asserens quod in capillo capucii sui sufficientes habebat cardi-
nales ». Il nomma aussitôt deux cardinaux (3^ Vila. Baluze, I, 414-5).
Cf. Martin de Fulda (Kccard, l. c, 1, 1729) ; « pompam et arrogantiam
Cardinalium repressit ac compescuit ». L'abbé de Saint-Paul lui ayant
offert de l'argent pour être nommé cardinal, il reçut la somme, l'em-
ploya à la réparation de l'église de Saint-Paul et ne le nomma pas
(3-' Vila, I, p. 415).
— 157 —
hommes, s'écria, dit-on : « Nous avons un pape mainte-
nant ! »*
En dehors de ses préoccupations de réforme dans l'Église,
Urbain V se proposa un triple objet pendant son pontificat :
rendre le pape puissant en Italie, rétablir la paix en Occident
et donner une nouvelle impulsion à la croisade.
Pour atteindre le premier but, il dut combattre Ber-
nabô. Il défendit aux nobles romains de venir à la curie pour
y prendre ces titres de vicaire qui leur donnaient la pos-
session des terres de l'Eglise ^ Il leva des dîmes pour sou-
mettre les rebelles.
En même temps, dès le commencement de son pontificat,
il commença son œuvre de pacification. Il écrivit au doge de
Gênes pour lui recommander de cesser ses attaques contre
l'église d'Albenga'*. Pierre de Clermont, évéquc de Cambrai,
puis Raymond de Scangenia furent envoyés en Gascogne
pour faire la paix entre les seigneurs de Foix et d'Arma-
gnac'*. Le pape invita Charles le Mauvais à l'aider dans
ses efforts ^ L'archevêque de Ravenne alla faire la paix
entre Florence et Pise, d'après les instructions déjà données
par Innocent VI ". Pierre Corsini, évoque de Volterra, fut
envoyé avec une semblable mission auprès de Charles IV, le
roi de Hongrie, le duc d'Autriche et le marquis de Moravie".
Quelques jours après son avènement **, Urbain V écrivit
1. « Modo habcmus F'apam » {ibid., p. 424). V. le portrait que trace
de lui la Chronique de Mayence dans les Chron. der deutschen
Stddle, Mainz, 11, i, p. 172, 1. 16-20: « Quia fuit (Urbain V) lux mundi
et via vcritatis. ainator jnslicie, recedens a malo et timons Deuin, cui
invidebaiit ([uidaia cardinales ut beato Jheronimo, quia reprehendit
vicia eorum etavariciainetduxit eus Homam ». Cf. Umbiirger Chvonik,
pp. 40-54. 'l'iiomas 111 de Saluées, son contemporain presque, en fait
un très bel éloge dans son Chevalier errant, en citant une de ses
expressions sur Vavarice (.\. Jorga, Thomas III de Saluées, Paris,
Champion, 1893, p. 182).
2. « Suij titulo vicariatus vel custodie » (lettre à Albornoz, 29 déc.
1362)(Theiner, II, p. 406), Arch. du Vat., l. c. 245, f" l.
3. Arch. du Vatican. 245, f" 66 sqq.
4. Ibid., f» 77. Cf. f"^ 52 sqq., 58 et GalUa christ.. III, 44-5.
5. Ibid-, f" 46. Lettre de recommandation, f" 47.
6. Arch. du Vatican, 245, fo 45. Lettres aux deux parties (ibid.).
7. Arch. du Vatican, 245, f" 67 et suiv. Suivent les lettres aux parties
(ibid.). Cf. Scip. Ammirato, Islorie FioroUine, l''-^ partie, t. II
(Florence, 1647), 1. xu, p. 618. Il passa par Florence dans les derniers
jours de 1362 (ibid.).
8. Le 19 novembre 1362.
— 1P>8 —
enfin une lettre à l'archevêque de Nicosie et à ses sufFra-
gants, lettre où il manifeste les mêmes sentiments sur la
croisade que son prédécesseur. Il parle des dévastations
commises en Orient par les barbares « qu'on appelle vulgai-
rement Turcs »' et qui désirent la destruction de la foi chré-
tienne. La Remanie et d'autres contrées encore ont eu à souf-
frir leurs ravages. C'est pour pouvoir secourir les chrétiens
de l'Orient qu'il s'est décidé, d'après l'exemple de Clément VI
et d'Innocent VI, à imposer la dîme en Chypre et ailleurs.
Innocent l'avait imposée d'abord pour quelques années, puis
il se vit contraint d'en prolonger le terme ; comme ses
lettres paraissaient ne pas être parvenues aux prélats chy-
priotes, il renouvelle ses ordres. L'Église est trop affaiblie
par la guerre contre les tyrans pour pouvoir fournir des sub-
sides, et l'île elle-même et la ville de Smyrne- ont besoin de
secours. La dîme durera trois ans ; elle sera recueillie par
Pierre Demandi, archidiacre de Limassol et nonce aposto-
lique ^
Dès le 7 novembre, Urbain avait écrit au Grand-Maître, lui
annonçant son avènement et lui demandant de continuer la
guerre contre les Infidèles*.
Pierre P"" trouva donc à Avignon un partisan de ses pro-
1. « Qui Turchi vulgariter nuncupantur. »
2. « Civitas nostra. » On y envoya Pierre Racanelli, comme capitaine
pour dix ans {ibid., f» 188 v" ; Rinaldi, 1863, § 28, 29 janv. 1362j. La
dime devait être recueillie en deux termes (!«'■ mars et Nativité de saint
Jean la première année; Noël et saint Pierre et saint Paul les années
suivantes). Elle commencerait à la Toussaint {Arch. du Vatican, 245,
fos 31 v°-2 v»). Il ne peut pas être question de la croisade, qui ne fut
prêchée que vers Pâques, en 1363.
3. Même date. Lettres à Pierre Demandi (Archives du Vatican,
215, f" 31). Les Hospitaliers seuls devaient être exemptés (v. lettre
précédente).
4. Hosio, Storio, t. Il, p. 65. C'était donc bien, ainsi que l'appelle un
ms. cité par Duchesne (Preuves à rilist. des cardinaux, p. 601), « le
défenseur infatigable de l'Eglise » et non le personnage très politique
qui aurait vu dans la croisade un moyen d'éloigner les grandes com-
pagnies (Prou, /. c, p. 31). Son amour pour la croisade n'allait pas ce-
pendant jusqu'à lui faire oublier ses propres intérêts en Italie. Pierre
Thomas ayant levé de l'argent pour la croisade au delà du Phare, en
Sicile, qui ne faisait pas partie (le la léf:;ation, Gilles Albornoz fut invité
à défendre de continuer la levée de la dime; les biens recueillis de-
vaient être employés pour les affaires de la péninsule. Les contrevenants,
même ornés pontificali dignilate, doivent être excommuniés (Arch.
du Vatican, 245, f" 76 v).
— 159 —
jetsV II arriva (Lans cette ville le mercredi saint, 29 mars 1362^,
après un voyage difficile, à cause du grand froid et des inon-
dations qui signalèrent l'hiver de cette année'. Il fut très
bien reçu par le peuple et le clergé. « Lequel roy Pierre », dit
la Chronique de Valenciennes, « y fut recheu moult autentic-
quement, saintement et très honnourablement. Tous les car-
dinaulx, le clergiet de la cité et tous sains collèges alèrent, à
croix, confanons, eawe bonite et moult grant pienté de relic-
ques et saintuaires, à l'encontre et au devant de luy en grant
solempnité » *. Les cardinaux qui étaient allés à sa ren-
contre, le conduisirent au palais du pape, où il trouva celui
qu'il rêvait de voir depuis longtemps, le duc de Normandie,
vers lequel il avait envoyé, des années auparavant, Philippe
de Mézières. Le pape reçut « liement et doucement » ce
champion de l'Église, venu de si loin, et les deux rois s'en-
tretinrent quelque « espasse » dans le palais même, en pre-
1. C'était sur une véritable croisade qu'il se basait, en allant à Avi-
gnon, et non sur une simple levée de truupes que favorisaient les cir-
constances (iMichaud, Ilist. des Crois., éd. Huillard-Bréholies, t. 111,
p. 362).
2. C'est la date que donnent Philippe (i4c<. 5rtnc<., janv. II, p. 1008;
« quarta feria septiniane Passionis Jtiesu ( hristi »), Qucdam scriplura,
Bibi. de l'Arsenal, 4yy, f" i;54, le Pelil Thalamus (Muntpellier, 18'i0, p.
362 : « En lan mccclxui, lo dimercres sans »), la (lliruniijue mar-
liin'enne (ï" 157), la '2" Vie d'Urbain K(Haluze, I, 401). C'est aussi la
date généralement admise (Mas-Latrie, llisl. de C/ii/pre, t. II, pp. 239-
40; Prou, /. c, p. 24; Rinaldi, t. X.WI, p. 85). La Chronique des Pai/s-
Bas. (le France, etc. (de >met, Corpus C/iron. Flandriae, 1837-45,
t. 111, })p. 2UU-1) l'cprésente le roi de (hypre et celui de France comme
étant aiTivés avant la mort du pape Innocent (12 sept. 1362). Kroissart
parle de la (.ihaiidelcur (« environ le Candeler, l'an de grâce mil rcc
et L.xn »). Amadi se rapproche de la Chron. des Pays-tas, ainsi que
les tiécils d'un hoiirfjeois de Valenciennes (p. 314). Cf. « de menso Ue-
cembris » (S/,ccinien hist. Soz., ap. Muratori, t. XVI, c. 1070 I)), le
l^f février (Caroldo, f" 196 v")- H serait arrivé en 1364, d'après VEulo-
(jium Jlislorianim (éd. Haydon, coll. du maître des Kôles, Londres,
18()3, t. 111, p. 333); sous Charles V, pour admirer sa sagesse, d'après
Christine de Pisan ! (Livre des faits, etc., éd. Petitot, X\l, p. ()0). ('f.
Arch. Or. lai.. Il, 6 (mention d'une chronicjue arménienne, qui a été
publiée ensuite dans le tome II des JJist. arm.).
3. Cf. 3« Vie d'Urbain V, ap. Baluze, I, 418. Les rivières étaient
gelées, on mourait de froid, etc. Le Rhône avait cjunize pieds de glace,
dit-on, dos chevaliers gelaient sur leurs chevaux (ibid.). En Italie,
inondations du Po et à Florence (Villani, 1. XI, ch. .\xnui, éd. citée, p.
188). CL Chron. Mogunlinum, dans les Chr. der deulschen Slddte.
Mainz, I, p. 166, 1. 2U-23; II, p. 117, 1. 9-11.
4. Froissart, éd. Kervyn,t. VI, 503; éd. séparée, Lou\ain,1877, p.3l3.
L'auteur croit que le pape était encore Innocent VI (ibid.).
- 1G0 —
nant « vin et espisses ». Puis ils retournèrent chacun à leur
hôtel \
Jean II était parti fie Paris vers la fin du mois d'août 1363*
pour visiter le pape Innocent, voyageant à petites journées.
11 apprit à Chalon-sur-Saône peut-être ^ où il se trouvait le
19 octobre, la mort du pape*. Le nouvel élu lui annonça son
avènement le 7 novembre; il lui parlait de son dévouement
spécial pour la maison de France, dont il était né le sujet, et
le priait de venir le visiter '. Le roi était à Lyon le 2 novem-
bre"; quelques jours plus tard, le 20 du môme mois, il entrait
à Avignon'', où il fut « grandement conjoïs et festùés dou
pape et de tout le collège d'Avignon » ^ Il y dîna avec
Urbain ^ qui lui donna une vaisselle d'or et cent florins à ses
jongleurs"* et se retira ensuite à Villeneuve-lez-Avignon, où
l'on avait préparé des logements pour lui et pour sa nom-
breuse et brillante suite*', dans la maison qu'avait habitée
jadis le pape Clément VI '^
En venant à Avignon, il méditait divers projets. Il avait
appris, au moment de partir de Paris, l'arrivée prochaine de
l'héroïque roi de Chypre ; la prise de Satalie avait eu du
retentissement en Occident et Jean II était curieux de voir ce
1. Froissart, Chroniques, éd. S. Luce, t. Vf, p. 82.
2. « Au moys d'aoust » {Grandes Chroniques, éd. P. Paris, VI, p. 226),
« entours le saint Jehan Baptiste » (Froissart, Chron.. éd. Luce, VI,
p. 78). C'est de la Décollation de S. Jean qu'il s'agit (29 août). Cf. Prou,
/. c, p. 2, note 1.
3. « In Cabilonensi. » Cf. Prou, p. 2, note 2.
4. Ibid.
5. Rinaldi, Ann. ecclcs., a. 1362, § 10. V. la lettre elle-même, Archives
du Vatican, L. S., 245, f"^ 20-20 v".
6. Où il fut reçu par Raoul de Louppy (Prou, /. c, p. 7).
7. C'est la daté que donnent la 2<^ Vie d'Urhain (Baluze, I, p. 400),
les Chron. martinicmœii" 157), les Grandes Chroniques : « le diman-
che devant la sainte Katherine » (VI, p. 227). Froissart parle de « la
feste de Noël » (éd. Luce, t. VI, p. 78). Cf. aussi Haluze (o. c. I, c. 982),
qui donne le 16 nov. 1362.
8. Froissart, Chron., éd. Luce, t. VI, p. 78.
9. 2« Vie d'Urbain V, ap. Baluze, I, c. 400; G. Chron., VI, p. 227.
10. Prou, 0. c, p. 8.
11. Elle comprenait Jean d'Artois, cousin du roi, comte d'Eu, le pre-
mier Boucicaut, maréchal de France, les comtes de Tancarville et de
Dammartin, Arnould d'Audrehem, le grand prieur de France. Tristan
de Maignelay, etc. (Froissart, éd. Luce, VI, p. 78). Cf. sur ses dépenses,
S. Luce, Du Guesclin, t. I, p. 418.
12. « Dominus Clemens. » 2» Vie, Baluze, I, 400.
— IGl —
jeune prince chevaleresque, qui ressemblait quelque peu à
celui « qui de son corps fit tant de faits d'armes » \ Il était
lui-même assez disposé à entreprendre une nouvelle expédi-
tion croisée, maintenant que sa guerre en Occident était ter-
minée. Son père avait fait le vœu de partir, sans remplir
cependant ses promesses ; il avait dépensé même l'argent
que l'Église lui avait donné pour le passage. Ce vœu, c'était
lui qui devait l'accomplir, et depuis longtemps encore cette
idée de la croisade, qui charmait par ses côtés aventureux
son caractère enthousiaste et batailleur, germait dans son
cerveau ^ La guerre sainte était d'autant plus opportune en-
fin, qu'elle l'aurait débarrassé peut-être de ces grandes com-
pagnies qui commençaient déjà à infester le royaume.
Il voulait aussi demander la création de quatre cardinaux
français, exiger les revenus de l'ÉgHse pendant six ans pour
payer sa rançon, proposer une paix entre l'Église et Bernabù,
auquel l'Église aurait versé 400,000 florins en huit ans,
payables au roi de France, et obtenir la main de Jeanne,
reine de Naples, pour son fils'*. Il ne réussit dans aucun
de ces desseins * : bien que le pape écrivit à la reine
Jeanne, en lui recommandant chaleureusement cette union
avec un prince du même sang, à la famille duquel, toujours
fidèle envers l'Église, elle devait la création même de son
royaume, qui gagnerait de la sorte un puissant protecteur,
Jeanne épousa bientôt après Jacques, infant de Majorque \
1. Anonyme, Chr. de Bertrand Du Grœsclin, dans Ruchon, Panthéon
littéraire, pp. 18-9. Froissart, éd. et l. c, p. 79 : « Si dist le roi de
France. » etc.
2. Rinaldi, XXVI, p. 89, lettre dTrbain V à Charles IV : « quod
diutius (ut asseruit) gessit in corde ». Cf. Prou, o. c, p. 9. V. Caroldo,
fo 19 yo ; „ per condur fuori del Hegno di Francia le genti d'arme, che
rubbavano, et rovinavano tutto il paese, et non meno per far opéra grata
a Dio. »
3. Villani, 1. XI, cli. XXXII, éd. citée, pp. 428-9, Spécimen hist.
Sozom., Muratori, t. XVI, b c. Cf. Prou, pp. 11-12. 11 aurait demandé
pour lui-même la main de Jeanne : « ut copularet sibi in uxorem domi-
nam Johannam, viduam reginam Appuliae et Sioiliae » (Continuatio
chronic. (iuill. de Nangiccn, t. 11, p. 321). Il aurait profité de sou sé-
jour à Avignon pour combattre la politique de l'empereur (Gottlob,
Karls IVprivate und polilische P,eziehun(jen zu Frankreicli, Innsbruck,
1883. p. 97), ce qui est extrêmement peu probable.
4. Villani, l. c.
5. Prou, L c, pp. 11-12 et pièces justificatives. Voir les félicitations
N. JoRGA. Philippe de Mézières. 11
- 162 -
Il parla au pape avec tout aussi peu de succès sur les affaires
de Bourgogne'. Le roi passa tout l'hiver à Villeneuve. Des
envoyés de Charles le Mauvais vinrent le visiter pour la ques-
tion de la Bourgogne ^ Il assista à l'inhumation définitive
d'Innocent VI à la Chartreuse de Villeneuve, qu'il avait fon-
dée ^ Enfin, il fut parmi les spectateurs du célèbre duel
entre Amanion de Pommiers, grand seigneur gascon *, et
Foulques d'Archiac, de l'Aquitaine ''. Il prit « le descort sur
luy »** et les réconcilia" (6 décembre 1362).
Contrairement à ce qu'en disent les chroniqueurs ^ Walde-
mar IV, roi de Danemark, ne se trouvait pas à la curie vers
cette même époque". 11 venait à peine de terminer par une
trêve (8 octobre 1362) sa guerre avec les villes de la Baltique,
du pape à Jacques III (Vatican, L. S., 245, f»» 83, 85). Sur le but du
voyage de Jean, Luce, Du Guesclin, pp. 367-9.
1. Chérest, VArchiprêlre, pp. 208-9; Prou, p. 2»
2. « L'évèque de Tosque, messire Jehan de Rimeriz, doyen de
Tudèle, et Jean de Hancourt » (Secousse, Mémoires sur Charles le
Mauvais, t. II, p. 67).
3. 22 novembre 1362 (fête de S. Cécile), 2* Vita Urb. ap. Baluze, I,
400. Il avait été enterré provisoirement à Notre- Dame-des- Dons.
4. Aymon ou Amanion de Pommiers prit part aux batailles de Poi-
tiers, de Najara et de Roosebeke; il fut enfermé plus tard, pour 10,000
francs de dettes, à la Conciergerie (Froissart, éd. Kervyn, t. IX, p.
497). II avait combattu à Poitiers sous le prince Noir et passa plus
tard au service du roi de France (Moranvillé, art. cit., p. 377).
5. On le rencontre pendant toute sa vie auprès du roi de France, au-
quel son adversaire ne se rallia que plus tard. Ils combattirent bientôt
ensemble, avec l'A rchiprêtre (Chérest, o. c, pp. 212-3), en Bourgogne.
6. Grandes Chroniques, t. VI, pp 227-8; 2« Vita Urb., Baluze, I, 400.
Le combat eut lieu « ultra ponlem Rhodani » (ibid.). il y eut tant de
monde rassemblé pour les voir, que la sénéchaussée de Beaucaire dut
dédommager les habitants dont les vignes et les champs avaient été
foulés à cette occasion (K. Molinier, Arn. d'Audrehem, dans les Mé-
moires présentés par divers savants, t. VI, Paris, 1883, 4°, p. 124).
7. Froissart place ce duel pendant le séjour de Pierre I^"" à Avi-
gnon, ce qui est une erreur, la date étant donnée d'une manière très
précise par différentes sources (Froissart, Chroniques, éd. et L c, pp.
82-3). La même erreur dans Caroldo (f" 196 v°).
8. Ils placent son arrivée à la même époque que celles des rois de
France et de Chypre (2^ Vita Urhani V, Baluze, 1. 1, p. 401 ; 1» Vita, ibid.,
I, p. 366; Chronique martinienne, pp. 157 et 157 v": « Celluy roy Jehan
selon que racontent les croniques dalphinalles avoyt esteou Daulphiné
el avec luy le roi [de] Dasie et le roy de Chippre ». Des érudits mo-
dernes ont admis la présence du roi à Avignon au printemps de cette
année 1363. (Delaville le Roulx, La France en Orient au xiv* siècle.
I, 120).
9. II serait entré à Avignon, d'après ces chroniques, le 26 fé-
vrier 1363.
- 1G3 -
et le mariage de sa fille Marguerite avec le roi de Norwège eut
lieu au mois d'avril de cette môme année 1363 (9 avril) '. Wal-
demar ne quitta ses États que vers la fin du mois d'octobre,
quand l'état de ses aff'aires commençait à devenir pour une
seconde fois menaçant^; le sauf-conduit qu'il obtint du pape
date du 25 décembre ^ Il était à Prague, auprès de l'empereur,
le 2 janvier de l'année suivante* ; il se dirigea pendant ce même
hiver vers Avignon, où il est permis de croire que des raisons
autres'^ que la croisade l'appelaient. Il était à Cologne, puis
à Strasbourg, où il ne passa qu'une nuit, vers cette époque^;
son entrée à Avignon eut lieu le 26 février 1364'. Le pape
reçut son royaume et sa personne sous la protection de l'Église,
lui promit de l'aider* et intervint en sa faveur auprès du haut
clergé danois. Le roi reçut, outre des reliques précieuses, un
morceau de la vraie croix et la rose d'or'. Son adhésion à la
croisade semble assez douteuse, ainsi qu'on'" l'a remarqué.
On lui reprocha en effet son indifférence envers les souf-
frances des chrétiens ". Il n'était plus à Avignon vers le com-
1. Dahlmann, Geschichte von Dœnemark, t. II, pp. 10-19.
2. Ibid., p. 19.
3. Arch. du Vatican, L. S.. 246, f« 544 v»; cf. Rinaldi, XXVI, p. 85.
4. Il signe parmi les témoins d'un diplôme impérial (2 janv. 1364)
publié par Liinig {Cod. II. dipL, I, 2469).
5. Des raisons de piété et surtout l'intention de demander au pape
d'intervenir dans les affaires de son pays.
6. Die Chronihen dcr dentschcn Slddlcvom 14 his ins 16 te Jahrhun-
dert, IX (die Chr. der oberrheinischen Stiidte. Strassburg, t. 11), Leipzig,
1871, p. 859, 893 : « Do men zahlte 1364 jor in dem winter... do koment
der hertzoge von Hrobant und der hertzoge von Lutringen gen Stros-
burg... desselben jores kom oueh der Kiinig von Tennemarggen Stros-
burg uud was nuvent (nur) iiber nacht do und also heimeliche das es
wenig lûtes bevant ». L'éditeur remarque la faute de chronologie de
la Vita Urbnni{v. der... gleichfalls genannte K. v. D... kam erst ein .lahr
spiiter », p. 858, n. 3). Pour Coloçne, Lateinische Reimschronik, dans
les Chr. d. d. St. Coin, II, 205. 1.' 33-5.
7. Sur la date du mois, v. les chroniques pontificales déjà citées. Il
ne pouvait pas assister au mariage de Charles I\' (mai 1363? Cf. Bôhmer.
Die Reçieslen des Kaiscrreichs unter Kai.ter Kaî'l IV(['3i(3-~8)her, und
ergiinzt von Alfons lluber, Innsbruck, 187 4. ad. dal.) ni accompagner
à travers la Flandre le roi de Chypre (v. plus bas), ainsi que le croit
Dahlmann (o. c, p. 23). Sur son voyage en Angleterre, v. plus loin
(cf. Dahlmann. ibid.).
8. En le faisant participer « bonorum omnium quae in Dei eccle-
sia... ex nunc fieri contigerit » (Lettre d'Urbain V ap. Rinaldi, XXVI,
p. 99).
9. Ibid. Cf. Dahlmann. p. 23.
10. Ibid. : « bleibt zweifelhaft. »
11. Ibid.
— 164 —
mencement du mois de mars ' ; après avoir visité la tombe
des trois mages à Cologne, il revint en Danemark, et on le
retrouve vers la fin du mois d'août dans son château de War-
dingborg ^.
Le comte de Savoie se trouvait-il aussi à Avignon ? Les
chroniques ne le mentionnent pas ; il serait parmi ceux qui
prirent la croix, mais un passage d'une bulle d'Urbain V,
que cite Datta dans son livre sur la croisade d'Amédée VP,
paraît concluant \ Il y aurait néanmoins des doutes en ce qui
concerne cet événement ; il est vrai que la bulle en question
parle dans des termes assez clairs d'un voyage à Avignon
du comte de Savoie, qui aurait fait le vœu de partir pour
la Terre-Sainte en prenant la croix. La date^ pourrait bien
être erronée cependant, d'autant plus qu'une bulle précé-
dente, lui accordant des subsides analogues, est datée du
1" avril 1364 ^ En tout cas, le silence des chroniqueurs est
significatif : Froissart, par exemple, ne pouvait pas oublier
un hôle aussi brillant.
Grâce aux efforts du légat, les négociations entre les deux
rois et le pape ne furent pas longues. Elles ne durèrent pas
tout le carême, ainsi que l'affirment quelques chroniqueurs",
mais bien trois jours, * et
Il besogna plus en III jours
Qu'il ne cuidoit faire en III ans '.
1. V. dans la lettre citée du pape (9 mars 1364) : « Apostolica sedes,
quam nuper ex immensae devotionis affectu personaliter visitasti. »
2. Dahlmann, p. 23. Le voyage aurait duré au moins dix mois
(p. 19).
3. Spedizione in Oriente di Amedeo VI, conte di Savoia, provata con
documenti inedili dall' avvocato Pietro Datta. Torino, 1826, in-8".
4. « Cum autem in dicto passagio vei ante cura tua potentia tras-
fretare {sic) disponas, prout hoc apud apostolicam sedem corporaliter
iura.sti et recepisti venerabile signum cruels. » Datta, o. c, p. 242, cf.
pp. 12-3.
5. 1 avril 1363.
6. Ibid. (Archivio di Corte, Bolle e brevi), pp. 227-40 (an II).
7. « Et passa lyver, et, en quaresme on ne faisoit fors que estre en
consistoire pour enchargier la croix » (Hi'cits d'un bourgeois de Valen-
ciennes, p. 315). Froissart, /. c, p. 83 : « Insi se tinrent cil doi roy tout
ce temps et le quaresme en Avignon ou priés de la... » Cf. Caroldo,
f» 190 v.
8. Act. Sanct., jan., II, p. 1008.
9. Machaut, pp. 21-3.
— If).-) —
Pierre renouvela le récit qu'avait déjà fait Pierre Thomas
sur les souffrances des chrétiens de l'Orient. Ces souffrances
étaient intolérables : elles devaient cesser enfin, et la chose
était très possible. Les Turcs avaient perdu leur ancienne
énergie ; la prise de Satalie les avait démoralisés déjà, bien
qu'il fût seul à les combattre. Des discordes intérieures les
affaiblissaient encore. Une attaque générale de toute la chré-
tienté ne tarderait pas à leur reprendre les Lieux-Saints et
à mettre fin à leur domination en Orient'. Il montra au pape
et aux cardinaux réunis en consistoire, au roi de France et
à sa nombreuse suite, les moyens de ramener aisément
la victoire aux chrétiens, qui écraseraient ainsi les forces
« des Agarènes et des Turcs »\ Il n'eut pas de peine à les
convaincre '.
Le vendredi saint, le pape lui-même célébra la messe dans
sa chapelle devant les cardinaux, les deux rois et leur suite.
Ensuite, il donna la croix « rouge d'Oultremer » au roi
Jean d'abord, puis au roi de Chypre, au cardinal de Périgord,
aux comtes d'Eu*, de Dammartin^ et de Tancarville^ à
1. Nomination de Pierre Thomas comme légat, Rinaldi, XXVI, p. 106 :
« de statu dictorum infidelium, quem ipse rex ex ipsorum mortalita-
tibus et discordiis debilitatum, et prostrationi dispositum asseruit...» Il
parle ensuite de la prise de Satalie et des châteaux : « suis prudentia
})ersonalibusque laboribus et expensis.., ex quo infidèles ipsos multus,
ut asseritur, timor mvaserat. »
2. Rinaldi, ibid. : « vias et modes, per quos tune temporis poterat...
faciliter eorumdem Agarenorum et Turcorum elidi potentia, et fier!
recuperatio terrae praedictae, ostendente prudenter oraculo vivae
vocis. » Cf. Froissart, /. c, p. 83; Caroldo, f" 196 v".
3. Caroldo, f"* 196 v"-7 : « p]t con ciascuno de loro principi haveva
grandissiina estimatione, et la presenza di sua Maiestà dava maggior
forza per indur Francesi a questo santo passaggio, che ogni altra essor-
tatione... »
4. Robert d'Artois, comte d'Eu (1321-87). Il avait reçu le comté d'Eu
en 1354; il était le cousin-germain du roi par sa mère Jeanne de
Valois.
5. Charles, comte de Dammartin, depuis 1338. Il prit part à la
bataille de Poitiers et suivit le roi en Angleterre. (1 tint Charles VI sur
les fonts baptismaux. Il vivait encore en 1394 (Delaville le Roulx,
I, p. 121, n. 4),
6. Jean II de Melun : il combattit les Anglais à Caen et se rendit à
Thomas HoUand. A son retour, Jean le favorisa beaucoup. Il était grand
chambellan héréditaire de Normandie du chef de sa mère, connétable
héréditaire de la province par sa femme, Jeanne Crespin, maître des
eaux et forêts de France. 11 fut nommé comte de Tancarville le 4 fé-
vrier 1352, prit part à la bataille de Poitiers et contribua à la conclu-
sion de la paix. 11 était très riche (Deville, lUst. de Tancarville. p. 157);
— 166 —
Arnoul d'Audrehem ', à Boucicaut" et au grand prieur de
France ^ ainsi qu'à « pluiseur aultre chevalier qui là
estoient présent et dedans le cité d'Avignon pour le jour* ».
Après le service divin, un dîner fut donné par Urbain aux
deux rois. Jean invita Pierre à venir s'asseoir auprès de lui,
ce qu'il refusa en disant : « Très chier sires, il ne m'apar-
tient pas de seoir jouxte vous, qui estes le plus noble roy des
crestiens. » 11 n'était auprès d'un si grand prince qu'un
simple chevalier. « Et toutes voyes, continue la chronique,
falust-il qu'il se seïst jouxte le roy de France'.» Quelques
jours plus tard, le 12 avril 1363, le pape prêcha le passage
général devant les rois et la multitude ^ Jean II devait être
le chef de l'expédition ^ le cardinal Talleyrand de Périgord,
gouverneur de Bourgogne, de Champagne et de Brie, né avant 1328,
mort en 1362, quelques jours après Brignais (6 avril). P. Anselme, His-
toire généalogique et chron. de la maison royale de France, Paris, 1726,
V, p. 226; Luce, Du Guesclin, 366, note 1.
1. V. plus haut, p. 95.
2. Jean I le Meingre, le premier Boucicaut. Camarade de Du Gues-
clin et de Jean de Saintré. Il fut parmi les signataires de la paix de
Brétigny comme lieutenant général de Touraine, assista à la bataille
de Cocherel et amena la conclusion du traité de Guérande, mars 1368
(Delaville le Koulx, p. 122, n. 2). Il visita Saint- Jacques de Compostelle
(1354) et les Lieux-Saints, ilnd., p. 162.
3. Robert de Juilly, plus tardGrand-Maître de l'Hôpital (1374-6), ancien
précepteur de Flandre et de Saint- Vaubourg (Archives, de Malte,
Reg. Bull. Mag., 1, f° 102 v" ap. Delaville le Roulx, /. c, p. 122, note 1).
Il occupa la dignité de grand prieur entre les années 1362 et 1373 (Mon-
nier, les Commanderies du grand prieuré de France, 1872, p. x.xxv).
Ce n'était pas à coup sur Jean Fernandez de Heredia, alors prieur à
Saint-Gilles (llerquet, /. Fernandez de /fereofm, Miihlhausen i. Th.
1878, p. 50, note 2).
4. Chronique des Quatre Valois, éd. Luce, pp. 126-7.
5. Ibid. Voir sur la prise de la croix, Mézières, /. c, p. 1008; Chron.
des Pays-Bas, de France, etc., éd. de Smet, III, p. 201; Caroldo, l. c.;
Rinaldi, XXVI, p. 85; Récits d'un bourgeois de Valenciennes, p. 315.
11 n'y eut pas peut-être de « colation, exortation et prédication » (ibid.)
de la part du pape. Petit Thalamus, p. 363; Grandes Chroniques, VI,
p. 228, 2' Vita Urb., Baluze, I, 401; C/ir. marliaienne, fo 157 (la croix
ne fut pas donnée après la déclaration du « passaige général »)• Quel-
ques chroniques croient que Philippe, fils du roi et duc de Bourgogne,
prit la croix à cette occasion (2=> Viia\ Urb., Baluze, I, 401; Chron.
anc. de Valenciennes, ap. Froissart, éd. Kervyn, VI, p. 510: « le roy
Jehan et Philippe, .son fils »). Cf. Rinaldi, t. XXVI, p. 85, d'après
le ms. du Vatican 3765.
6. Mézières, /. c, p. 1008 : k posl dies non mullos Papa in quodam
sermone publiée coram Rege et aliis passagium générale indixit... »
Rinaldi, t. XXVI, p. 85, d'après le ms. Vatican 3765, qui donne la date de
12 avril 1363. Cf. Chroniken der Deutschen Slàdle, l. c, p. 858.
7. Dans un livre assez récent, M. Gottlob attribue Tinsuccès de la
— 167 —
son légat. Dans un bref daté du 31 mars', il exposa les
causes de cette expédition, la honte que devaient ressentir
les chrétiens pour la perte de Jérusalem, l'état de faiblesse
des Turcs et la facilité de la victoire. Le 1°'" mars 1365 était
le terme fixé pour le départ ; le roi lui-même prêta serment
de partir à cette époque ou avant même". D'autres lettres
durent être envoyées en France pour annoncer le pas-
sage et offrir grâces et indulgences à ceux qui y prendraient
part ^
Des lettres, datées du 31 mars aussi, avaient été préparées
pour tous les évêques français, leur annonçant la proclamation
de la croisade et donnant des ordres dans ce but. Le capitaine
de l'expédition devait avoir pour ses dépenses toutes les
donations faites en France pour la délivrance des Lieux-Saints
pendant les dernières douze années et pendant six autres
encore, sauf les sommes qui seront contiées à des personnes
désignées par le donateur ; les produits des amendes et des
pénitences qui ne seraient pas employées déjà pour quelque
besoin urgent de l'Église, la dime de tous les revenus
ecclésiastiques de France enfin, sauf ceux des cardinaux et
des ordres militaires, ainsi que ceux des clercs qui prendront
croisade au choix qu'on fit du roi de France pour son chef (l. c, p. 98 :
« Warum hatte man auch gleich den Kônig von Frankreich zum Oberbe-
fehlshaber fiir denselben ernannt? SoUten sich denn der Kaiser und
der Konig von England oder auch die deutschen Fiirsten und englis-
chen Grossen dem unterordnen? Schon durch diesen Fehlgriff allein
war der Zug ûberhaupt in Frage gestelll... »). On pourrait répondre
facilement que l'empereur ne fut jamais disposé, par son caractère peu
chevaleresque, pour ainsi dire, à de pareilles expéditions; que le roi
d'Angleterre était trop vieux, ainsi qu'il répondit lui-même au roi de
Chypre, pour se mettre à la tète d'une croisade; que si les princes alle-
mands n'encouragèrent pas la nouvelle expédition, de grands seigneurs
anglais, lord Grey, Stapleton, Guillaume Roger, allèrent se ranger
sous la bannière d'un bien plus petit roi, Pierre I'''' de Chypre.
1. Le 2 des calendes d'avril (31 mars). "V. Rinaldi, XXVl, pp. 85-6.
Elle était adressée au roi Jean.
2. « In cisdem kal. vel ante » (ibid.).
3. Ibid. Le bref adressé au roi cite certaines conditions, consignées
ailleurs. Le roi de Chypre ne fut pas nommé à cette époque « precur-
sorem generalem passagii » ainsi que le croit Mézières (/. c, p. 1008).
Il n'était question alors que d.hme seule expédition sous le roi de France
(Cf. Datta, qui en distingue trois, pp. 13-4 : « ciascuno faceva la parte
sua indipenclente degli altri »). Jean se serait engagé, d'après Romanin,
à procurer le consentement du roi d'Angleterre {Storia documentala
di Yenczia, III, 213).
— 168 —
part à la croisade, en vertu d'une licence spéciale. Elle
devait être levée deux fois par an, à la Purification de la
Vierge d'abord, puis à la Nativité de saint Jean. Les diocé-
sains recueilleront les subsides, qui seront confiés à des
« burgenses ydonei « par les collecteurs. L'argent sera
dépensé d'après le mandat d'une commission de quatre pré-
lats, deux nommés par le roi et deux autres par le pape *,
qui seront responsables de l'emploi. Les prélats et les bour-
geois qui recevront l'argent seront tenus de prêter serment,
en déclarant qu'ils ne l'emploieraient pas dans d'autres
buts. Ils devront en référer au Saint-Siège à chaque
demande de cette nature. Les nobles qui recevront pour leurs
préparatifs quelque somme par ordre du roi devront s'enga-
ger à la restituer, si le passage était empêché par les cir-
constances. Des lieux sùrs^ devaient être trouvés pour y
conserver l'argent de la croisade, si l'expédition ne pouvait
pas partir. Des précautions très minutieuses étaient prises
encore pour empêcher toute espèce de dépenses qui ne répon-
draient pas au but qu'on se proposait. Le roi ne devait rece-
voir tout le montant des subsides que s'il passait un an en
Terre-Sainte et que des circonstances graves le contraignis-
sent à revenir en Occident ; encore devait-il donner la moitié
pour la défense de ses conquêtes, ou, si elles venaient à
tomber dans le pouvoir des Infidèles, pour la conservation
des places environnantes, c'est-à-dire des royaumes chré-
tiens de l'Orienta Ces lettres ne furent pas envoyées, du
reste ; on connaissait l'emploi qu'avait fait le roi de subsides
pareils, pendant qu'il était encore duc de Normandie* et on
n'osait pas lui confier l'argent de l'Église, qui lui aurait été
si nécessaire pour le paiement de sa rançon, sans des garanties
suffisantes. Jean et son fils devaient prêter d'abord un ser-
ment spécial et ensuite seulement les lettres seraient délivrées
aux procurateurs^; cette condition n'était pas encore remplie
1. Ou même deux prélats seulement.
2. « Congruis et securis. »
3. Prou, l. c, pp. 91 et suiv.
4. En 1344, Clément VI absout le père et le fils des censures qu'ils
auraient pu encourir pour avoir mal employé des subsides accordés
pour la croisade par Jean XXII et Benoit XII (Prou, p. 271, note 3).
5. Pierre d'Aquila et l'abbé du monastère prémontré de Merval (Aisne,
— 169 -
au commencement de l'année suivante et Robert de Lorry,
envoyé par Jean II pour demander des prêts au pape, revint
avec la formule du serment qui lui avait été confiée \
Des lettres d'exhortation au passage furent envoyées par
Urbain V à tous les prélats de la chrétienté. Personne ne
devait empêcher Jean II de partir, sous peine d'excommuni-
cation. Les clercs séculiers et réguliers prêcheront la croi-
sade, donnant la croix à ceux qui voudraient partir et les
rassemblant dans des places convenables ^ Les biens de ceux
qui partiront doivent être placés sous la protection de l'au-
torité apostolique. Los fidèles doivent être exhortés à prier
pour le passage, les pirates qui infestent les mers détruits,
les guerres privées empêchées par des menaces d'excommu-
nication. Enfin, dans toute l'Église, une messe sera célébrée
chaque semaine pour la délivrance des Lieux-Saints*.
Les princes de la chrétienté entière furent invités à termi-
ner leurs dissensions et à favoriser le passage. Le 16 avril,
Urbain V écrivit au roi de Navarre, en le conjurant de faire
une paix définitive et complète avec Jean II, son beau-père,
et avec le roi d'Aragon, et à effacer même de son cœur le
reste de ressentiment qu'il pourrait avoir encore envers son
égard. Il proposait sa médiation et lui racontait avec en-
thousiasme les commencements de la croisade^. Une lettre
pareille fut envoyée le 25 mai à l'empereur d'Allemagne,
Charles IV'', aux rois d'Angleterre et de Bohême ^ à Wences-
las de Luxembourg', à Rodolphe d'Autriche ^ à Rodolphe de
dioc. de Toul) étaient les « procuratores pro expeditione literarum
passagii » (5 janv. 136i). Prou, /. c 107-8.
1. Hoherlus de Lauriaco. conseiller du roi : si le roi prêtait serment
« litterasque ipsas extunc eisdern procuratpribus faciemus dico exhi-
ber! ». Prou, /. c. Lettre au chancelier de France, évèque de Fieauvais.
2. « Loca idonea ».
3. Le pape envoie dans ce but une oraison spéciale, qui devra être
dite après les oraisons de la fête (Rinaldi, XXVI, pp. 86-8). Lettre à
l'archevêque de Reims et ses suffragants.
4. Jean Crozat, doyen de Sainte-Marie de Tudèle, chapelain du
pape et auditeur des causes du sacré palais, était chargé de porter la
lettre, comme ambassadeur du Saint-Siège (Arch. du Vatican. L. S.,
245, f»' 127-9).
5. Arch. du Vatican, L. S., 245, f"' 161-3.
6. Ihid., f« 163-163 \°.
7. Ibid., f" 136 yo (la mention seule de la pièce).
8. Ibid. (même observation).
— 170 —
Saxe', aux ducs de Bavière ^ Le doge Celsi fut invité à don-
ner des vaisseaux, des troupes, des armes et des vivres au
roi de Chypre, qui devait partir le premier. Le pape lui mon-
trait l'utilité de cette alliance, dont lui avait parlé Pierre P^
contre les Turcs, qui ne cesseront jamais d'être les ennemis
de Venise'. Ses intérêts mêmes recommandent l'expédition.
Une lettre pressante fut adressée, vers la même époque, au
roi de Hongrie ; elle lui représente la nomination du roi de
France comme un hommage envers tous les princes d'origine
française et demande son secours pour le roi de Chypre, qui
avait reçu de grandes promesses de sa part. Sa position
même, sur la frontière de la chrétienté, et ses forces nom-
breuses rendaient son consentement nécessaire*. On ignore
les réponses qui arrivèrent. Quant à Venise, elle venait de dis-
cuter (2 mai) la question de savoir si le consul d'Alexandrie,
tout en présentant au Soudan des plaintes sur l'emprisonne-
ment des sujets de la République, ne devrait pas lui annoncer
l'intention des deux rois. On craignait que les marchands
vénitiens ne payassent une tentative de leurs personnes et
de leurs biens \
Les lettres du pape représentent toutes l'expédition de Jean
comme assez éloignée, tandis que Pierre P"' devait partir long-
temps avant le terme comme « le précurseur magnifique « ® du
passage. D'après Mézières, il aurait reçu ce titre, qui rendait
son expédition presque indépendante du passage général, le
jour même du vendredi saint. L'avait-il demandé lui-même ?
Voyait-il avec un certain mécontentement la position supé-
rieure du roi de France ? Son ardeur de combattre ne pouvait-
1. Ibid. (même observation).
2. Ibid., f°s 163 v"-4. Qui pourrait craindre pour le passage, s'écrie
le pape, si les ducs de Ravière se déclarent pour l'expédition?
3. « Grandia promissa, » Arch. du Vatican, r. c, f"s 164 vo-5 ;
Comm., VII, n" 60; t. III, p. 14; Rinaldi, XXV, p. 88; Caroldo, 197.
4. Archives du Vatican, L. S., f"* 66-168 v (1" juin ?). Theiner,
Vêlera monumenta historica Hungariam sacram illustraniia, Rome,
1860, t. II, p. 56 (25 mai 1363).
5. Senato Misli, XXXI, f" 2 : « Et si tune aliqua mentio sibi fiet de
Eassagio vel consul a se videret esse necessarium aliquid dicere pro
ono nostrorura, in dicto casu excuset et dicat [illa verba et rationes
quas viderit convenire, ut nostri aliqua sinistra vel damna non incurrant
ullo modo. » On rejeta l'idée d'envoyer un ambassadeur, ce qui aurait
fait quelque bruit (ibid.).
6. Arch. du Vatican, r. c, ï" 165 (lettre à Celsi).
— 171 -
elle pas attendre jusqu'au terme assez éloigné qu'avait fixé
le pape, par égard aux difficultés actuelles du roi Jean ? Cette
seconde hypothèse est la plus vraisemblable. Le pape avait
reçu avec plaisir sa proposition. Il fut recommandé chaleu-
reusement à tous ceux qui lui avaient donné des espérances de
secours : au doge Celsi, au nouveau doge de Gênes, Gabriel
Adorno\ au roi de Hongrie. Une bulle lui fut adressée le
1*"' juin 1363 : le pape y faisait l'histoire de la croisade. Les
Lieux-Saints devaient redevenir chrétiens, après que l'épreuve
sera terminée. Il parle avec éloge des guerres passées. Pierre
est venu en Occident inspiré par le Saint-Esprit ; l'expédition
avait été décidée heureusement, mais le roi de France, capi-
taine général de la croisade, a déclaré ne pouvoir pas se
mettre en route avant le terme. Il lui accorde le pouvoir de
commencer la guerre sainte avec ceux qu'il pourra rassembler
parmi les chrétiens. Ses soldats jouiront des mêmes grâces et
indulgences que ceux qui suivront le capitaine général du
passage ; il pourra rassembler deux cents chevaliers en
France, ainsi que deux mille autres chevaliers et six mille
gens à pied dans les autres régions de la chrétienté. Des
troupes pourront être rassemblées sans conditions dans les
patriarcats de Grade, d'Aquilée et dans l'évêché de Saltzbourg,
dans les royaumes de Hongrie et de Chypre, dans l'Escla-
vonie, la Sicile et les îles voisines, ainsi que dans la Roma-
nie et les contrées ultramarines. Des subsides lui furentaccor-
dés dans les provinces orientales", ainsi que les legs faits
pour la délivrance des Lieux-Saints. Tous les prélats étaient
invités à donner la croix à ceux qui voudront le suivre*. Des
1. Arch. du Vatican, r. c, f"» 165-166. On lui demande des
navires, des troupes, des armes et des vivres, etc. Dieu l'en récom-
pensera. 11 y est question de leurs magna promissa envers le roi.
2. Salzbourg, Grado, Gran, Kolocza, Zara, Spalato, Raguse, Antivari,
Durazzo, Patras, Corinthe, Athènes, Lépante, Rhodes, Crète, Corse,
Nicosie, Palerme, Messine, Monréale, Aquilée, Concordia (Caorle),
Trieste, Capo d'istria, Pola, Parenzo, Città nova (Illyrie), Sis, Ipek
(Uassie), Caiïa et contrées ultramarines. Rinaldi, XXVI, p. 88 (dès le
31 mars).
3. A7'ch. du Vatican (1" juin?), 245, f"" 172 v"-3, ibid., 173, v^'i,
Rinaldi, XXVI, p. 88 (8 cal. juin). Le pape attribuait encore au passage
les biens confisqués aux voleurs, quand le propriétaire n"est pas connu,
et aux usuriers, les aumônes mises par les fidèles dans les troncs
{capsas) des églises.
— 172 —
lettres avaient été adressées aux grandes compagnies ; Nico-
las Brohoin, Augustin, pénitencier du pape, devait visiter
leurs chefs pour les inviter à donner leur concours à la croi-
sade, comme étant le plus en état de le faire à cause de leur
longue expérience guerrière'.
Quelques jours plus tard, Pierre P"" quittait Avignon. Il y
avait passé deux mois entiers ; le pape accorda des bénéfices
aux personnes de sa suite, et lui-môme reconnut les privi-
lèges des habitants de Montpellier, pour lesquels le pape était
intervenu dès le mois de novembre 1362 ^ Pierre P"" partit le
31 mai 1363 \ Il allait solliciter les princes de l'Europe pour
son entreprise, qu'il espérait réaliser d'une manière très
brillante. « Si estoit cilz dis rois tant creus et honnourés, dit
Froissart, et de raison, que on disoit que, parmi son travel et
la certainneté qu'il remonsteroit à tous signeurs de ce
voiage, avanceroit plus tous coeurs que aultres predica-
cions »*. Le roi de France était déjà parti; il fit ses adieux
au pape le 9 mai ' et quitta sa résidence de Villeneuve-lès-
1. Arch. du Vatican (25 mai), 245, f°s 168 v°-170.
2. Lettre du pape au roi de Chypre (Vatican, 245, f" 16-16 v). Il de-
mande de faire cesser les abus de ses officiers envers les habitants de
Montpellier, où il avait enseigné jadis le droit canonique, in minori
statu constituti et qui étaient ses voisins (22 nov. 1362). Pour la re-
quête des consuls de Montpellier adressée au roi vers la même époque
voir Germain. Ilisl. du comm. de Montpellier, 1861. II, 506-11. La de-
mande fut faite pendant le premier séjour de Pierre à Avignon (.Mas-
Latrie, Hist. Cit., Il, p. 240). Pierre adressa une lettre à son frère, Jean
d'Antioche, régent de Chypre, pour demander la cessation des abus (21
avril 1363; v. Germain, fl, p. 512). Une charte tut octroyée aux, mar-
chands, le 14 juin 1365 (mentionnée dans Vaissete, Hist. de Languedoc,
t. IV, p. 517, d'après l'original dans les Archives locales. M. Germain dé-
clare ne l'avoir pas retrouvée, tout en ne doutant pas de son existence,
/. c, II, p. 512). Urbain V était intervenu encore une fois pour .ses bour-
geois bien aimés, le 23 juillet 1365 {Arch. du Vatican, 247, f" 132 v),
ce qui complique la question. Le 2 avril, un canonicat, avec expec-
tative de prébende, fut donné, « consideratione Pétri régis Cipri », a
Chrétien « Momiachus », son familier {familiari sua), et un autre
à Jean de Luxembourg, parent du roi (/4rc/i. Vatic, Reg. Chanc, t. II,
fos 428-432).
3. 2=» Vita Urbani, ap. Baluze, I, p. 401 ; Chronique martinienne
(fo 157 v); Chron. Pontif., ms. Vatic. 3765 (ap. Mas-Latrie, Hist.
Chyp., II, p. 239. note 1). Cf. Froissart, éd. Luce, VI, p. 85 : « tantost
après Pâques »; cf. « dopo Pasqua » (Caroldo, f° 192). Le pape lui fit
des présents au départ (ibid.).
4. Froissart, /. c, p. 84.
5. 11 avait exempté de plusieurs servitudes les habitants des com-
munes de la sénéchaussée de Beaucaire, où vivaient les sujets de Guil-
- 173 —
Avignon entre le 15 et le 17 du même mois*. 11 était à Lyon
le 28-.
Quel est le chemin que prit Pierre P"" après son départ
d'Avignon ? Froissart le fait partir pour l'Allemagne : il serait
allé à Prague pour y voir l'empereur, puis sans doute en
Pologne, où le roi de Chypre aurait assisté au mariage de
Charles IV avec Elisabeth, la nièce du roi Casimir l On a fait
observer avec raison que ce voyage aurait été singulièrement
rapide, puisque Pierre V était de retour en France au mois
de septembre de la même année '\ Du reste, le roi ne se
borna pas à visiter seulement l'empereur et le roi de Pologne,
il demanda le concours de plusieurs princes allemands, qu'il
alla voir séparément, et revint très lentement, au milieu des
fêtes et des tournois, par la Hongrie, le Brabant et la Flan-
dre. De plus, il était en Misnie, auprès du margrave Frédé-
ric, dans la seconde moitié du mois de juillet ou au commen-
cement d'août 1364^; et enfin, ce qui est encore plus décisif,
Urbain V, dans une bulle adressée au doge de Gênes,
déclare que le roi se trouvait par son ordre dans certains
royaumes des fidèles, « et alors particulièrement dans les
parties d'Allemagne »^ en 1364, pendant l'été'. Il ne fit pas
évidemment deux voyages en Allemagne pour le même but.
laume Grimoard, père du pape, ce même mois de mai (Baluze, II,
756-7). Cf. I, p. 976, et 2" Vila Urh., ibid., p. 401.
1. Froissart, /. c, p. XLU, note 2.
2. Ibid.
3. Ibid., pp. 85-6. Pour le voyage en Pologne, Mézières, Vila, l. c,
p. 1008; Cromer, pp. 214-5; Michovius, 1. IV, ch. xx.
4. Froissart, L c, p. XLii, note 3. La version de Froissart est répétée
par Caroldo, qui écrivit sa chronique d'après des documents inédits,
mais qui paraît l'avoir connu et utilisé à cette occasion (f» 197), ainsi
que par la Chronique des quatre Valois, pp. 127-8, avec quelques dif-
férences : « Et Pierre, le bon roy de Cyppre, vint en PYance... et vint
par devers le comte de Flandres. » Machaut reporte ce voyage en Alle-
magne après le couronnement de Charles V (mai 1364), p. 27 et suiv.
Il aurait été de retour en France « in mense septembris » (Cont. Chr.
G. de Nanjiaco, II. p. 330), époque à laquelle il se trouvait à Rouen, où
il fut reçu par le duc de Normandie.
5. Ermisch, dans le Neues Archiv fiir sachsische Geschichle, I, p. 185.
6. « In estate nuper elapsa, dum carissimus in Christo tilius noster
Petrus, rex Cipri illustris,...pro promotione subsidii passagii generalis,
de nostro beneplacito et mandato, certa régna fidehum, et tune pre-
sertim partes Alamanniac peragraret » (bulle du 20 février 1365), Arch.
du Vatican, L., S. 247, f"* 51-51 v"; repr. dans Wadding, Vila, p. 175-81.
7. Ibid.
— 174 —
Selon d'autres sources, le roi de Chypre partit pour la Flan-
dre ', ce qui s'accorderait assez bien avec les dartes. Il semble
cependant n'avoir visité ces contrées qu'en commençant son
grand voyage en Allemagne. Il serait allé en Savoie, d'après
la Chronique de Valenciennes^ \ il serait revenu à Gênes,
d'après Mâcheras'*, Pierre I" passa probablement tout l'été
en France. Il traversa le pays à petites journées, recrutant
des adhérents pour son expédition future. Un grand nombre
de seigneurs français répondirent à son appel, attirés par la
grande réputation guerrière du conquérant de Satalie.
Il quitta donc la France vers la fin du mois de juin et
alla prêcher la croisade dans les pays du Rhin ; on comprend
donc fort bien que Froissart le fasse partir pour l'Allema-
gne à cette époque. On retrouve le roi à Bâle dans les
premiers jours de juillet; il remonta ensuite le Rhin et fit
son entrée à Strasbourg vers la fête de saint Ulric (4 juillet)*.
Il fut reçu, au son de toutes les cloches, par le clergé
de la ville ; des fêtes brillantes célébrèrent sa présence.
Comme ses goûts belliqueux étaient suffisamment connus,
des tournois furent ordonnés en son honneur sur le Mar-
ché aux Chevaux, au nord-ouest de la ville, près du fleuve*;
un grand nombre de dames assistaient aux joutes, aux-
quelles le prince prit probablement une part active. On lui fit
présent enfin de trois tonneaux de vin « dont l'un était vieux,
l'autre nouveau et le troisième rouge » ® ; de seize livres de
poisson et de cent quartiers d'avoine'. Son séjour ne fut pas
1. Chron. des quatre Valois, l. c; Petit Thalamus (k en Flandre et
pueys en Angleterre »), pp. 362-3. Cf. Herquet. Cyprische Konigsges
lallen, p. 11. Cf. aussi p. 175 du prés. ouvr. , n. 1.
2. Récits d'un bourgeois de Valenciennes, pp. 315 6 (« et s'en ala en
Savoie », etc).
3. Mâcheras, p. 71 (<ï>oayx(av y.at sic Trjv Pivouav) ; Chronique des Pays-
Bas, éd. de Smet., III, p. 201.
4. « Umb sant Uiriches tag des vorgenanten jores », Chr. der deuts-
chen Stàdte, Strasshurg, II, p. 858. D'après le ms. A-B (p. 859), il serait
arrivé dans cette ville « umb die sungichten (= Sonnenwende, Johan-
nistag (24 juin), v. le Glossaire).
5. « Und men hovierte ime mit den frowen und mit stechen an
den Rossemerkete » (ms. A-B, p. 859). Cf. la carte de 1599, publiée
dans le même volume.
6. « Drii voder wines, der was eins virne (^ ait), eins nuwe und
eins rot » (ibid.).
7. « Und wider 16 phunden vischen und 100 viertel habern (ibid.).
— 175 -
long; il se rembarqua le troisième jour', pour se diriger vers
la ville de Majence, où il fut reçu vers la fête de saint Jacques
(25 juillet). Il était peu de jours après à Cologne, où il visita
les « trois rois mages ». Les réjouissances furent tout aussi
brillantes que dans le reste des voyages de Pierre P^
« C'était, écrit Koelhoff, le chroniqueur de cette ville, un
jeune homme frais et solide, qui traversait avec sa suite de
chevaliers somptueux beaucoup de royaumes et d'autres
régions encore, pour observer le pays et prendre du plai-
sir^ ». Il revint bientôt en France. Il était peut-être à
Paris au mois d'août', où il revit le roi Jean et lui parla
de nouveau de ses projets de croisade. Froissart donne
un récit très développé de ce séjour de Pierre P"" à Paris.
Le duc de Normandie aurait été présent, avec une foule
de seigneurs « barons et chevaliers de France », que
le duc avait rassemblés pour faire honneur à son hôte. Après
les « grans reviens et grans esbatemens » suivirent de
« grans parlemens et grans consaulz » sur le fait de la
croisade. Des objections auraient été présentées à cette occa-
sion par les adversaires du passage, qui invoquèrent l'état
du royaume, menacé par les grandes compagnies : il aurait
fallu au moins faire la paix avec le roi de Navarre. Cepen-
1. « Uiid an dem dirtem tage fur er enweg mit schiffen aise er ouch
dar was komen den Rin ab » (ihid.). Il aurait manifesté à cette occa-
sion le désir d'aller « gein Oche (Aachen, Aix-la-Chapelle) zu unser
frowen und dernoch zùm Keyser die merfart werben » {ihid.).
2. Clirnn. Mogiintinum (1362-4), Chron. d. d. Si-, Mainz, II, 1,
p. 167, 1. 25-6. KoelhofJ'sche Clironik. Coeln, 111, 15-31 : « ein junk vrisch
gerade man : der zoich mit sinre ritterschaf, und die koestlich zogereit,
durch vil koninkrich ind andere lantschaf, umb die lande zo beschau-
wen ind sich verlustieren. » Cf. Laleinische Beimchronik, 1081-1472,
ap. Coeln, II, 205, 1. 32 et suiv., et les Coelner Jalirhllcher (ibid., 38,
I. 3-6). V. aussi la Chron. quorundam regum. Hambourg, Bibl. de la
Ville, ms. llist. 31^ (cf. Chr. der dcutschen Si-, Coin, I, lxxui-l.xxv, et
Arthur Wyss, Ueber die Chr. quor. regum, etc.), f° 114 v" : « Circa
hec tempora fama Pétri, illustris régis Cypri, de probitate armorum
et militaris gliore apud multas Europe provincias et populos longe
lateque plurimum vulgabatur ; idem... militaris exercicii sectator
avidus ».
3. Froissart, éd. Luce, VI, p. xuii, note 3. Le roi de France était à
Saint-f)uen le 23 juillet 1364 (p. xLii,note2): il passaà Paris la première
quinzaine du mois d'août. Luce croit que cette entrevue des deux rois
fut précédée par une autre à Lyon (« Pierre I*''' alla rejoindre le roi
de France à Lyon », Froissart, ibid., p. xui, n. 2). Il l'aurait accom-
pagné jusqu'à Paris.
— 176 —
dant, le zèle pieux du roi Jean aurait fini par l'emporter; de
plus, il s'engagea envers le roi de Chypre, à partir au mois
de mars de l'année prochaine, c'est-à-dire une année avant
le terme prescrit par le pape*.
Ce récit paraît assez exact : si Pierre P'' s'était décidé à
partir avant le 1" mars 1365, il ne voulait pas que son expé-
dition seule représentât la croisade. Il n'était que le « pré-
curseur du passage » et non le capitaine ; avec ses seules
forces, il aurait été bientôt réduit à la défensive. Ses con-
quêtes auraient été perdues bientôt, et son but n'était pas
seulement de les conserver, mais de restaurer le royaume de
Jérusalem dans ses anciennes limites. Pour obtenir un pareil
résultat, toute la chrétienté devait prendre les armes, comme
aux temps héroïques des croisades. En allant en France, en
Angleterre, en Allemagne et en Hongrie, il ne cherchait pas
seulement les aventuriers qui devaient former sa petite
armée. De Paris, Pierre I" se dirigea vers la Normandie*.
Il y trouva le duc et les fêtes recommencèrent, ainsi que
les négociations pour la croisade, à Rouen et à Caen, où le
roi se rendit bientôt. Le futur Charles V reçut avec de
grands honneurs son hôte ; il lui fit, entre autres, cadeau
d'une aiguière d'or et d'un gobelet « à façon de rose'*. Quant
à ses sollicitations pour le passage, il semble les avoir reçues
assez froidement. Très pieux, il est vrai, mais trop occupé de
l'état déplorable où se trouvait le royaume pour rêver de
lointaines aventures, il ne fut jamais le partisan de la croi-
sade, à cette époque et dans ces circonstances.
Les agissements de Charles le Mauvais étaient une des
causes qui empêchaient le plus la réalisation des projets de
Pierre I". Malgré les exhortations du pape, malgré les de-
mandes de Jean, le roi de Navarre continuait son œuvre d'in-
trigue, qui devait aboutir bientôt à la reprise des hostilités.
Pierre se décida à intervenir, sinon auprès de Charles lui-
1. Froissart, /. c, pp. 87-8. Cf. 281-2.
2. Chron. des quatre Valois, p. 128. Il y passa un mois et on sait
que le duc y résida entre le 13 août et le 11 septembre 1363 presque
continuellement (Froissart, /. c, xliv, note 1).
3. « 11 est a sçavoir que Monseigneur donna au Roy de Chipre une
aiguière d "or à un gobelet d'or à façon de rose, qui ne sont à nul inven-
taire » (« En Tan .m.ccc.lxui. », Bibl. nat. fr. 21447, f"^ 7 et suiv.).
— 177 —
même, qui paraît n'avoir pas quitté son royaume', au moins
auprès de ses frères, Philippe et Louis. Le premier était
assez favorable à la croisade et avait offert même sa collabo-
ration au roi de France. Le roi de Chypre alla le trouver à
Cherbourg. Il y eut encore des fêtes, comme partout, malgré
la suite peu nombreuse qui accompagnait les deux princes.
Les négociations ne furent pas très heureuses : aux demandes
présentées par le roi avec son éloquence ordinaire, étant, dit
Froissart, « sires de grant avis et bien enlangagiés », les
frères du roi de Navarre répondirent par des protestations
pacifiques, sur lesquelles il était impossible de se méprendre.
Ils désiraient la paix à une seule condition, qu'on leur rendît
leur héritage, injustement détenu par le roi de France. Il
n'y eut pas de résultat pratique, car, dit le même chroni-
queur, « leurs trettiés ne s'estendirent mies si avant m^.
Pierre P'" se décida alors à demander le secours du roi
d'Angleterre, dont le royaume était assez paisible et prospère
pour lui permettre de prendre part à la croisade. Il partit
de Cherbourg et passa la Seine à Pont-de-l'Arche^ Puis il
entra en Ponthieu, passa la Somme à Abbeville et arriva à
Calais par Rue, Montreuil et Boulogne. Il y trouva les trois
princes, fils du roi Jean, qui y étaient captifs, et auprès des-
1. Froissart, l. c, p. xliv, n. 2. II serait allé en Bretagne, d'après
la Chi'on. des quatre Valois, ce qui parait assez peu probable, eu
égard à la situation oîi elle se trouvait alors, tandis que Charles les
^lauvais était réellement dangereux, malgré l'intervention du pape.
2. Ckron. des quatre Valois, p. 129. Le roi aurait écrit à Philippe,
lui annonçant la prise de la croix et ce dernier lui répondit,
lui promettant de l'accompagner avec mille hommes « et que c'estoit
la clioso du monde dont il avoit plus grant désir que de guerroier les
ennemis de la foy ». Le reste est probablement une confusion: « Puis
escript à monseigneur Philippe de Navarre le roy de France comme
il le laisoit maistre et gouverneur de toutes ses gens à icelle emprinse
d'aller sur les mescreansSarrazins, ennemis de la foy » (ibid.. p. 129).
Rien dans la correspondance d'Urbain V, du roi de Chypre et de Phi-
lippe de Méziéres ne nous autorise à le croire. Ce qui permet d'assi-
gner une date à ces négociations avec les frères de Charles le Mauvais,
c'est que Philippe de Navarre, un de ces derniers, mourut à Vernon,
le 29 août VMA (Luce, Du Guesclin, p. 409).
3. Froissart. pp. 88-9. Froissart n'admet pas l'entrevue du roi avec
le duc de Normaiulie à Rouen ou à Caen, de sorte que c'est en se
dirigeant vers Cherbourg que le roi passe par la première ville, où il
est reçu par l'archevêque, Jean d'Alençon, « ses cousins ». Il partit le
quatrième jour vers Cherbourg, et passa la Seine par le gué de S. Clé-
ment (ibid.). Cf. p. 282.
N. JoBOA. Philippe de Méziéres. 12
— 178
quels il passa « moult doucement » plus de douze jours, ou
même quinze'. Il était arrivé déjà dans la ville le 20 octo-
bre 1363, quand il écrivit au doge, louant les bonnes dispo-
sitions des nobles français, allemands et autres pour la croi-
sade. Son intention était de venir s'embarquer avec une
suite choisie au mois de mars suivant. Il demandait enfin
des subsides et les secours qui lui avaient été promis ^ Quel-
ques jours plus tard, il s'embarquait pour l'Angleterre : il
monta après minuit dans ses vaisseaux et mit à la voile le
lendemain, après être resté deux semaines à Calais'.
Il était à Douvres ce jour même, à l'heure de nones, et y
passa deux journées, pendant qu'on déchargeait les vais-
seaux, puis il partit vers Londres avec sa suite *. Il avait
avec lui, outre ses chevaliers, deux princes étrangers, un
certain « roi de Jérusalem »", qui, baptisé par le roi d'An-
gleterre, aurait pris en conséquence le nom d'Edouard, et le
roi de Lithuanie, son prisonnier'''. Ce roi de Lithuanie n'était
probablement que le tils du roi Keinstut, ce Waydot men-
tionné par Wigand de Marbourg, qui fut pris par les Teutons
dans une expédition de 1362 (16 avril) avec le châtelain,
son fils et trente-sept autres païens".
1. Froissart, p. 90 (« si furent là ensemble plus de douze jours »);
p. 283 (ms. d Amiens) : « Et séjourna li dis roys à Calais bien quinze
jours, atendans bon vent, car li mers estoit adonc moult tempestée par
heurez. Au seizime jours, ses nefs furent cargiés, si entra en son
vaissiel et touttez ses gens ens es autrez, che fu environ heure de
mienuit et demy (et demoura) à l'ancre devant Calais toute la nuit».
2. Lettre du 'doge au roi, datée du 27 nov., ap. Mas-Latrie, Hist.
Ch., t. 111, p. 743.
3. Froissart, l. c. C'était probablement le 2 novembre. Le roi arriva
à Londres le 6 du même mois, il passa à Douvres deux jours et son
voyage jusqu'à la capitale se fit « à petittes journées et à son aise »
(un jour, ou tout au plus deux). En admettant les quinze journées de
séjour, données par Froissart, dans sa seconde version, il serait arrivé
à Calais le 17 octobre, ce qui s'accorde assez bien avec la date donnée
par la lettre au doge (v. note précédente).
4. Froissart, /. c, pp. 90 et 283.
5. « Et unum alium magnatem, non prisonarium sed paganum
vocatum « Uominus de Jérusalem », qui conversus est ad fidem Cliris-
tianam, quem rex Angliae de sacro fonte levavit et ipsum Edwardum
nominavit » (Eulogiiim hisloriarum, éd. llaydon. Londres, 1863, coll.
du maître des Rôles, t. III, p. 233).
6. « Conducens secum unum regem paganum, de Lecto dictum, pri-
sonarium » (ibid.).
1. Wigand de Marburgin Th. (Hirsch, M. Tôppen, E. Strehlke, Script.
Res. priissicarum, Leipzig, 1861-74, II, p. 537). 11 aurait été pris,
— 179 —
Pierre P"" arriva à Londres le 6 novembre. Des chevaliers
français et anglais étaient venus à sa rencontre : le comte de
Hereford, Gautier de Mauny, Despenser, Raoul de Ferrières,
Richard de Pembroke, Alain de Booksell, Richard Stury et
d'autres encore'. Ils le conduisirent à travers la ville, au son
des « trompes et de tous autres instrumens ))^ à l'hôtel qui
avait été préparé pour lui.
Les mêmes réjouissances et les mêmes fêtes recommen-
cèrent à Londres. Le roi Edouard et Philippe de Hainaut, sa
femme, reçurent avec de grands honneurs ce visiteur venu
de si loin. « Et, au voir dire, bien y estoient tenu dou faire,
car il les estoit venus veoir de loing et à grant fret et tout
pour enhorter et enditter le roy que il voisist prendre la ver-
meille crois et aidier à ouvrir ce passage sur les ennemis de
Dieu » '. Le lundi suivant, le roi d'Ecosse, David, attiré
peut-être par la réputation de Pierre I'"", arriva à Londres, et
les fêtes redoublèrent de splendeur ^. Des dons précieux
furent faits par le roi et la reine à leur hôte ; on lui fit
d'après Wigand, dans un grand combat à Kauen, « ad portam
contra Nergarn sitain », où il y eut 3,500 païens de tués (ibid.). Il est
nommé ailleurs Bulaiv ou Bulaut {ibid., p. 550, n. 759). Cf. Chronicon
Livoniae, ibid., 11, pp. 81-2 : « tilius régis Keinstut, et capitaneus castri
cum Hlioipsius aliique XXXVll ». Cf. sur son baptême (1365, 25 juillet),
ibid., p. 85, eiDetmar. Chronikvon 1105-1386, inChron. der deulschen
Stddle. Liibeck, 1, 173, 1. 39 40 ; sur ses invasions, Clir. Liv., p. 86. — 11
aurait été donné au roi de Chypre par quelque chevalier teuton accouru à
son appel. Après son baptême (à Kônigsberg, avec quinze chevaliers; il
prit le num de Henri), la liberté lui fut rendue par Tempereiir, qui en
îit un de ses généraux : il Ht plusieurs incursions dans le territoire de
son père, pillant et brûlant, .selon ses anciennes habitudes. 11 devint
même le héros d'une chanson populaire publiée à Constance, en 1826,
sous le titre de Einschoen und ainmurtig yedicht. une der Litlower wun-
dcrbarlick bekerl ivart. vor mer den filnf hunderl Jnren durch Bnider
Huijen von Langenstein, par Martin Schondoch {Scr. rer. pruss, t. c n. 7).
1. Froissart, éd. Luce, VI, p. 90.
2. Ibid., p. 283.
3. Froissart, l. c, p. 90. V. sur les présents que lui firent le roi et la
reine, ibid., p. 91 ; cf. Polgchronicon Ranulphi de Higden, t. VIII,
p. 362-3 : « qui hotiorificc a rege .\ngliae susceptus, et inultis donariis
honoratus... » Cf. ibid., p. 436. Il lui fit « un grant semblant» {Chron.
des quatre Valois, p. 128), Cf. Caroldo, f" 197 : « et tanto honorata, et
prcsentata di gioie (sic), vasi d"argento, et d'oro, quanto si conveniva
ad un re venuto da si lontano paese. »
4. « Uie Lunae proxima » {Eulogium hisloriarum, III, p. 233).
« Die Lunae proxiino po.>t adventum régis Cipriae » {Poljchr. Ban. de
Higden. VIll, pp. 362-3). C'était le 13 novembre. Le roi venait aus.si
pour ses affaires « ad tractandum cum rege Angliae de certis causis
ipsum tangeatibus » (Eul. hisL. III, p. 233).
— 180 —
cadeau même d'un grand vaisseau, la Catherine, destiné
jadis à porter Edouard III en Terre-Sainte \ Quelques années
plus tard, Froissart revit le vaisseau, encore à Sandwich et,
malgré ses demandes, il ne put pas obtenir d'explications sur
ce retard apporté à son départ pour l'Orient. « Si croy mieux,
dit-il, que li roys de Chippre le laissa pour l'ensommiement
qu'il ewist eut dou mener c'autre chose » \ Le présent était
trop coûteux et le point de départ de l'expédition trop éloi-
gné pour que le roi de Chypre pût en tirer parti.
Le roi de Danemark voulait passer aussi en Angleterre ; il
avait demandé môme un sauf-conduit, qu'il n'employa jamais
peut-être et qu'il n'avait pas encore employé certainement à
cette époque ^. Jean II n'arriva que plus tard ^, de sorte que
les cinq rois dont parle la chronique, rappelant les temps
héroïques du roi Arthur, qui réunit seul un si grand nombre
de princes autour de sa table ronde à Kaerléon '', doivent être
réduits à trois, le roi d'Angleterre lui-même y compris.
Edouard III donna deux festins à ses hôtes dans le palais de
Westminster'', et quelques jours après la Toussaint, aussitôt
après l'arrivée du roi de Chypre probablement, un grand tournoi
fut ordonné à Smithfield. Pierre P^ut y faire des merveilles,
comme partout ailleurs. Le roi d'Angleterre lui avait donné
l'habit de guerre qu'il y porta, ainsi que plusieurs autres
1. Froissart, l. c, p. 91: « trop belle et trop grande malement ». Elle
avait coûté, d'après le même chroniqueur, 12,000 francs {ibid.). Cf.
p. 284 : « plus de di.K mil florins au faire ».
2. Ibid., p. 284; cf. p. 92.
3. « Circa idem tempus rex Daciae voluit venisse in Angliam ad
dominum regem nostrum, sed ad hoc non potuit obtinere licentiam. »
(Polijchr., VIII, pp. 362-3). Il venait de quitter à peine le Danemark, se
dirigeant vers Cracovie {Dâhlmann, Geschic/Ue von Dunemark, 11, p. 23).
V. p. 163, note 7.
4. Le 24 janvier 1364.
5. « Hoc autem fuit invisum a tempore régis Arthuri, quia in con-
vivio suo apud Kairlegion vi reges interfuerint et ipse septimus, et
omnes sibi fuerint tributarii » {Eul. hist., III, p. 233).
6. Sur ces festins, v. Froissart, /. c, p. 91: « et leur donna de recief
li rois d'Engieterre deux fois à souper ou palais de Wesmoustier ».
Sur l'époque du tournoi qui suivit, v. les comptes d'Henri Snayth
(29 juin 37 Ed. 111-29 juin 38), au Public Record Of/ice, Archives de la
Garderobe, 39, repr. dans Mas-Latrie, Hist. Ck., II, p. 247 : « pro has-
tiludiis factis in Smithfield post festum Omnium sanctorum » (et non
ce jour même, Pierre 1^'' n'étant pas même à Londres à cette époque,
cf. Mas-Latrie /. c).
— 181 —
ornements '. Dans les entrevues du roi de Chypre avec
Edouard III, la question d'une croisade générale fut plu-
sieurs fois agitée. Le royaume d'Angleterre était en paix et
rien ne paraissait plus facile que le consentement d'un roi
qui avait manifesté autrefois son désir de visiter la Terre-
Sainte. Ce consentement fut refusé cependant. Edouard objecta
sa vieillesse, qui ne lui permettait pas les expéditions loin-
taines, qu'il laissait à ses enfants ^ Il ne doutait pas, du
reste, que plusieurs de ses sujets prissent part au passage.
Pierre aurait demandé son autorisation pour ceux qui vou-
draient le suivre, « car li chevalier et liescuier de cette terre
travaillent volentiers ». Le roi déclara qu'il ne les empêche-
rait jamais, à moins que des circonstances extraordinaires
ne rendissent la mesure nécessaire '. Les efforts de Pierre
furent vains ; il ne put rien obtenir de plus que ces promesses
vagues et des « disners et... grans soupers »*. Edouard III
lui aurait parlé même de ses prétentions sur l'île de Chypre,
qu'il serait décidé à faire valoir, si le roi parvenait à recou-
vrer son héritage en Orient. « Le roy de Chypre aperçut et
entendi bien les paroles du roy d'Angleterre, et parla d'autres
paroles, comme se il ne l'eust point entendu'. » Quelque
temps après, il prenait congé de ses hôtes, qui payèrent
toutes ses dépenses à Londres®, et se dirigea vers la côte. Il
1. Ibid.
2. Froissant, /. c, p. 90 : « Certes, biaus cousins, j'ay bien bonne
volenté d'aler en ce voiage, mais je sui en avant trop vieulz, si en
lairai convenir mes enfants. » Cf. p. 284 : « Trop vies et trop foibles. »
Il devait, du reste, garder son royaume et le tenir en paix {ibid.).
3. Ibid.. p. 91 : « Ne aultres besongnes ne me sourdent et à mon
royaume, dont je ne me donne de garde. » C'était la guerre et on sait
que personne ne pouvait se soustraire pendant son règne au service
militaire.
4. Ibid., p. 91. Il en aurait été content, d'après la seconde rédaction,
grâce aux arguments très sages des Anglais (ibid., p. 284).
5. Chronif/iie des quatre Valois, p. 128 : « N'avez-vous pas emprins
à conquerreia Saincte Terre? Quand vous l'aurez conquise, vous devrés
rendre le royaume de Cyppre que jadiz mon anceseur le roy Richart
bailla à garder à vostre prédécesseur (ibid.).
6. P'roissart, l. c, p. 284. Voyez une anecdote sans indication de
source, sur un banquet donné au roi par le maire de Londres, Henri
Picard, sur la perte aux dés qu'aurait faite le roi de Chypre et sur la
restitution que lui fit ce dernier de son argent, à cause de sa pauvreté
(Froissart, Kervyn, I' introduction, p. 245. repr. par M. Stubbs, o. c,
p. 194). Cet événement n'eut pas lieu pendant un voyage dans l'in-
— 182 —
fut volé en route par une troupe de bandits, dont la punition
fut confiée par le roi d'Angleterre aux bourgeois de Londres'.
Le roi de Chypre passa en Angleterre un mois environ^.
Il devait être de retour en France au commencement du mois
de décembre. Il débarqua à cette époque à Boulogne-sur-
Mer^ et se dirigea vers Amiens, où le roi de France, arrivé
dès la fin du mois de novembre*, avait convoqué son conseil
pour le consulter sur le fait de sa rançon ^ et de son prochain
retour en Angleterre. Il y trouva le duc de Normandie et son
frère, Philippe de Bourgogne ^ Une réception pompeuse lui
fut faite par le roi Jean', auquel il exposa le résultat de son
voyage en Angleterre * et son dessein d'aller voir le prince
térieur de l'Angleterre pour y trouver le roi David. (Herquet, Cî/jor.
Kôn., p. 12).
1. « Rex Ci'pri itinerando (in) Anglia perdidit plura per latrones.
Ob ouam causam rex Eduardus concessit Londom'ensibus potestatem
impios malefactores justiticandi, et incarcérâtes infra civitatem libe-
randi, justiciariis régis, ut prius solebant, ad hoc non vocatis » (Chro-
nicon Arif/liae auctore monacho quodamSancti Albani, éd. Thompson,
coll. Maître des Rôles. Londres, 1874. p. 54). La même Chronique
parle d'un tournoi à Smithfield dans les premiers cinq jours du mois
de mai 1362, auquel assistaient le roi, la reine et des chevaliers de
France, d'Angleterre et d'ailleurs. « Ad quae venerint Hispani, Ciprii
et Armenii milites, auxilium régis Angliae requirentes contra paganos
qui invaserant fines suos » (p. 51). Faut-il y voir des ambassadeurs de
Pierre [<"", alors en Chypre?
2. Froissart, l. c, p. 284 : « Si demoura la cose enssi. Pluisseurs
parlemens, le tiertne d'un mois que li rois de Cipre fu en Engleterre...»
3. Froissart, p. 92; p. 285.
4. Dès la S. André (Cont. chr. G. de Nanginco, H, p. 331). Froissart
le dit « nouvellement venu » (p. 92 ; p. 285). 11 y resta pendant les pre-
miers douze jours de décembre (Froissart, ibid., p. xlvi, note 3); il était
à Hesdin le 15 (cf. ibid., xlvii, note 2).
5. Cont. chr. G. de Nanffiaco, t. II. p. 331. L'entrevue des deux rois
ne se fit pas à Hesdin, ainsi que l'affirme la Chronofjiraphia regum
Francorum: « de Francia (.Ieanll)venit Quesdinium in Arthesio. ubi
reperit regem Cipri ab Anglia revertentem » Vol. , p. . L'itinéraire
donné par l'auteur, assez bien informé, de cette chronique est très
exact ; il mentionne le séjour de Pierre I""" à Paris, avant son départ
pour l'Angleterre (ibid.): « venit Parisius et inde per Kalesium pro-
fectus est in Ancliam ». Ce séjour à Hesdin est impossible, à moins
que le roi de Chypre ne fût parti beaucoup plus tard de Londres.
6. Et non Louis d'Anjou, qui s'échappa de Calais vers la saint Thomas
(jeudi 21 déc.) ou quelque peu avant (Cont. chron. G. de Nang., II,
p. 332 : circa istud tempus vel modicum ante). Louis ne rendit compte
au duc de Normandie de sa fuite qu'à Paris, vers les fêtes de Noël
(ibid.). Froissart parle de ce prince comme assistant à l'entrevue
d'Amiens (l. c, pp. 92, 285).
7. « Si en fu grandement conjoïs et festiiés » (ibid., p. 285).
8. Ibid.; cf. 92.
— 183 -
de Galles', dont le tempérament ardent serait plus accessible
peut-être à l'idée de la croisade.
Il accompagna d'abord, par Beauvais et Pontoise, le duc de
Normandie, nommé régent du royaume', à Paris. Des dépen-
ses énormes furent faites pour le recevoir ; la duchesse eut
pour cette occasion un chapeau « bordé d'or et de perles »,
ainsi qu'un « cercle » d'argent, engagé jadis par la reine Bonne
à Benoît Belon. Les orfèvres du roi, Claux de Fribourg^ et
Jean de Picquigny, fabriquèrent des hanaps d'or émaillé à ses
armes, des aiguières d'or fin, des ceintures d'or garnies de
perles et de pierres précieuses. L'hôtel de Saint-Paul devait
recevoir le roi de Chypre : trois chambres furent meublées
avec un grand luxe pour lui-même et pour sa suite*.
Le roi arriva à Paris vers les fêtes de Noël ; il assistait,
quelques jours plus tard, à l'arrivée de Louis, duc d'Anjou,
qui avait quitté honteusement la ville de Calais, où il était
détenu avec les deux autres princes de la fleur de lis. Il s'en
excusa devant son frère, le roi de Chypre et les bourgeois
réunis en conseil au palais : il était seulement, disait-il,
revenu par compassion pour les misères du royaume ; il pro-
mettait de chevaucher sur les pillards qui le dévastaient, de
les chasser de leurs châteaux et forteresses et, avec l'aide
de Dieu, de rétablir la paix les armes à la main. Il demanda
dans ce but le concours du duc de Normandie, qui lui fit une
réponse évasive".
Ce séjour à Paris fut plus long que le premier. Pierre P'
s'y trouvait encore vers la fin de février, quand il assista au
jugement de la querelle entre du Guesclin et Guillaume
Felton. Il fut présent aux débats, auprès du duc de Norman-
1. Ihid.
2. Pendant l'absence du roi Jean, qui était parti pour l'Angleterre
(il s'embarqua à Boulogne le mercredi soir, 3 janvier, et débarqua à
Douvres le lendemain), P>oissart, /. c, VI, p. xLvn, n. 3; il arriva à
Londres par Canterbury et Eltham, le 24 du même mois. Cf. Froissart,
l. c, pp. 23 et suiv.; Réc. d'un bourg, de Val., p. 316.
3. Hibl. nat. fr. 21447, f» 8.
4. J'emprunte tous ces détails au beau livre de S. Luce sur Du
Guesclin (I, pp. 418-20).
5. Cont. car. G. de Nangiaco, II, 332: « post nativitatem Domini ».
11 s'était enfui d'abord au château de Guise, auprès de sa femme,
Marie de Blois (ibid.).
— !84 —
die, pendant les trois jours que dura le procès. On ne connaît
pas la date de son départ pour l'Aquitaine ; il ne dut pas tar-
der, cependant, à partir*.
Il se dirigea vers Poitiers. Le prince Noir était alors à
Angoulême, où il préparait une grande fête pour la naissance
de son fils Edouard. Il envova à sa rencontre Jean Chandos,
avec un grand nombre de chevaliers de son hôlel, qui con-
duisirent le roi dans cette dernière ville, où le prince le reçut
« ossi humlement et grandement en tous estas que il avoit
esté nulle part receus sus tout son voiage »^.
Pierre assista au tournoi, où il combattit peut-être lui-
même avec sa bravoure et son habileté ordinaires ; quarante
chevaliers et quarante écuyers prirent part à cette fête. Le
roi de Chypre trouva parmi les assistants la fleur de la no-
blesse anglo-française: Louis d'Harcourt, Guichart d'Angles,
le vicomte de Touars, le sire de Pons et celui de Parthenay,
Thomas Felton, parent de l'adversaire de du Guesclin, Neël
Lorinch, Richard de Pontchardon, Simon de Burgley (Burlé),
Baudoin de Fréville, messire d'Agris et d'autres encore,
qui se montrèrent très disposés à prendre la croix rouge.
« Li princes et li chevalier li respondirent, dit Froissart,
moult courtoisement que c'estoit voirement uns volages où
toutes gens d'onneur et de bien par raison dévoient bien
entendre, et que, s'il plaisoit à Dieu que li passages fust
ouvers, il ne le feroit mies seuls, mes en aroit de chiaus qui
se désirent à avancier. » Pierre y resta un mois entier, au
milieu des fêtes et des réjouissances, très « festoyé » parle
prince lui-même, auquel il ressemblait par son énergie et sa
bravoure, par la princesse, sa femme et par toute cette vail-
lante chevalerie de Saintonge et de Poitou \
Jean Chandos l'avait accompagné déjà avant la fête, dans
1. S. Luce, Du Guesclin, pp. 405-6: « presentibusillustri principe rege
Chipri, consanguineo nostro », Arch. nat., X-a, 7, f" 143; ihid., n° 2).
Ce voyage à Paris est mentionné par la Chron. reg. franc, l. c. :
« Cum'que simul locuti essent (à Amiens), rex Cipri Parisius et rex
Francie per Kalesium transmeavit in Angliam. »
2. Froissart, /. c, p. 93. Le prince aurait été à Bordeaux (Chr. des
Pays-Bas, ap. De Smet, III, p. 201).
3. Froissart, l. c, pp. 93, 285; 97-8, 289. Rec. d'un bourg, de Valenc,
pp. 315-6.
• - 185 —
un voyage qu'il fit, recrutant des adhérents pour la croisade,
dans les deux provinces; ils entrèrent dans la « bonne ville
de la RoccUe ». où ils furent très bien reçus par les Rochel-
lois, qui leur donnèrent une « grant feste » '. Il voulut lui
tenir compagnie à son départ et ne le quitta qu'à la frontière
des possessions anglaises du Midi^
Il revint vers la France à petites journées, espérant retrou-
ver le roi Jean à Paris'\ Il ne comptait plus continuer ses
voyages, parait-il. Il aurait connu les dernières dispositions
du roi, dont le voyage en Angleterre était destiné peut-être
à terminer définitivement ses démêlés avec Edouard III et as-
surer la paix à peine conclue, et serait parti pour Venise avec
les chevaliers qu'il était parvenu à gagner à ses projets pour
pouvoir partir au terme nouvellement fixé par le doge ("juin
1364). Il espérait voir la révolte de Crète bientôt apaisée ou
comptait l'apaiser lui-même pendant sa route vers la Terre-
Sainte. Ses négociateurs étaient partis déjà pour exiger du doge
l'accomplissement de ses promesses ^ Les affaires de Crète,
assez désagréables, il est vrai , n'étaient cependant qu'un
retard apporté à l'expédition. Un plus grand coup rendit défi-
nitivement impossible tout projet de croisade générale. Déjà
le cardinal de Périgord, prélat mondain^ et de mœurs assez
1. Froissart, /. c, p. 97. 11 aurait visité le château de Lusignan,
berceau de la famille, à cette occasion (Herquet, Cypr. Ki'migsgest.,
p. 12). Il ne fut pas conduit par le prince Noir {ibid., p. 12).
2. Froissart, l. c, p. 98.
3. Ibid., cf. p. 289 « à petittez journées et à grans despens arriei-re
fiar deviers Franche, atendans qu'il oyst nouvelles dou roy .lehan qu'il
ust râpasses la mer, et qu'il pewist encorres parler à lui et puis si se
retraire viers Lombardie et à Venisse pour raller en Cippre ».
4. Cf. Gr. Cliron.. VI, 228-9. Sponda croit que la croisade fut
une des causes du voyage de Jean en .\ngleterre (I, 779). V. la
version du continuateur de Nangis, III, 333 et la Chron. quor. reg.,
fo 114 V".
5. Ainsi que le dit son épitaphe à Rome, à Saint-Pierre aux Liens:
Religione fui tenuis. terrena sequeiido (v. abbé .Arbclot, dans la
Bévue des Soc. sav., 6" série, I, 1875, pp. 573-8): Moutfaucon l'avait
d(\jà vue sans pouvoir l'attribuer à une personne dotenninée, cf. Diar.
Ilalicum, 1702, p. 131. Il contribua, comme évèque d'.^lbano (1352)
à l'élection d'Innocent VI. Légat du pape en France, en 1356, il
essaya de rétablir fa paix. Il conclut une trêve pendant son voyage à
Londres (juillet 1357). Il disputa en 1362, à Guy de Boulogne, lé siège
pontifical, qu'occupa Urbain \' (cf. Arbelot, ibid. et p. 153, note 4 du
présent ouvrage). Précédemment évèque de Limoges (10 oct. 1324)
et d'Auxerre (1328) : cardinal à 30 ans, en 1331.
— 186 —
faciles*, mais partisan fervent de la croisade, à laquelle il
s'était toujours intéressé ^ venait de mourir, le 17 jan-
vier 1364^ Le roi Jean lui-même ne tarda pas à le suivre.
Dès le mois de mars, le roi de France était tombé malade
au palais de Savoie, qu'il habitait à Londres, et Boucicaut
était revenu auprès du duc de Normandie pour le lui faire
savoir*. Peu de temps après, le 8 avril ^ il mourut. On lui
fit de très pompeuses funérailles à Saint-Paul; le roi d'An-
gleterre offrit à ses frais plusieurs chevaux, avec les armes
de France sur leurs housses, des chevaliers vêtus de la même
manière, 4,000 torches hautes de douze pieds et le même
nombre de bougies de cire. On conduisit le corps jusqu'à la
côte, où s'embarquèrent les seigneurs qui avaient suivi le roi
en Angleterre, avec son cercueil. Le mercredi 1 mai 1364,
le corps était arrivé de Boulogne à Saint-Antoine, près de
Paris \
Le roi de Chypre était déjà entré à Paris, revenant de
l'Aquitaine. Il y apprit la mort de Jean II et décida de prendre
part à ses funérailles '.
Elles eurent lieu le dimanche 5 mai, « après dinner ». La
procession parfit du couvent de Saint-Antoine. « Et quant
tous les seigneurs qui conduisoient le corps du roj, furent
près de Paris, on prépara et aorna le corps du roy Jehan,
ainsy qu'on debvoit faire, et le coucha-on dedens ung lit, tout
1. On l'accusa d'avoir amené les grandes compagnies en Provence
(Chérest, VArchiprèlre, pp. 46-7), d'avoir été le complice de son neveu,
Charles de Duras, dans l'assassinat d'André II de Naples. Il était très
lettré, connaissant le droit civil : nobilissimus vir el juris civilis
perilus {De gestis episc. Aulissiod., p. n,cap. LXX, dans Aligne, Patr.
lat., t. 138, col. 370) et fonda le collège de Périgiieux, à Toulouse. Wad-
ding le cite comme protecteur des Mineurs {Ann. Min., VII, p. 293).
2. Guillaume de Boldenslève lui dédia son Hodoeporicum terrae
sanclae (Art. Sanct., Jan. II, p. \(S\T) ow Liber de partibus qnibusdam
vUramarinis el praecipue de Terra Sancla (Reiffenberg, Monuments
pour servir à Vhisloire des provinces de Namur, de Ilainanl et de
Luxembourg, IV, pp. 277-80). Sur Boldenslève (pèlerin en 1336) v. son
itinéraire, dans Canisius, Lcctiones antiquae, IV, 338.
3. 2 » vita Urb., ap. Baluze, o. c.. 1, p. 405.
4. Froissart, VI, p. 98.
5. « Octava die aprilis vel décima » (Conl. chron. G. de Nangiaco,
II, p. 339).
6. Ibid.
1. Froissart, VI, p. 108. 11 arriva avant le corps : les deux autres fils
du roi Jean s'y trouvaient déjà, l'attendant.
- 187 —
ainsy comme s'il dormist, et lui mist-on la couronne aux
fleurons d'or dessus le chief, et le couvry-on de draps d'or,
et le porta-on avant Paris, ne plus, ne moins comme s'il
dormesist. Et ses enfants aloient après luy, tous noirs vestus,
et le roy de Chippre ossy, et puis après eulx tous seigneurs
ducqs, contes, viscontes, seneschaulx \ » Le jour suivant,
après une messe solennelle à Notre-Dame, le^corps fut dirigé
vers Saint-Denis, suivi par les trois princes et le roi de Chypre.
Ils allèrent à pied jusqu'à Saint-Lazare, où ils montèrent à
cheval pour descendre de nouveau à l'entrée de Saint-Denis.
Jean II fut enterré dans l'église, le 7 mai, « au bout du
grant hostel, à la senestre », et, aussitcjt après la messe,
Charles V reçut les hommages des pairs et des barons dans
le préau du cloître. Le 9 mai, le nouveau roi et sa suite par-
taient pour le couronnement, à Reims ^ Pierre l'accompa-
gnait, ainsi que ses deux frères, le duc de Brabant et « moult
de haulz et nobles hommes, de prelas et autres gens d'estat »^.
La cérémonie eut lieu le jour de la Trinité, 19 mai 1364. Le
roi fut couronné avec sa femme, Jeanne de Bourbon, par
l'archevêque Jean de Craon : « Sil'adestroit le roy de Cipre,
le duc de Braibant*, ses oncles, le duc d'Anjo, ses frères, et,
cà l'autre lé, le duc de Bourgongne, sen frère, le conte d'Eu,
le conte de Dampmartin ))^ Les ducs de Lorraine et de Bar,
Jean et Robert, le comte de Tancarville, Robert d'Alençon,
le sire d'Albret, les comtesses de Flandre et d'Artois
1. Récils d'un bourrjeois de Valenciennes, p. 320. Il confond les trois
jours des funérailles dans un seul.
2. Grandes Chroniques, VI, pp. 230-2. Cf. Jean de Venette (Cont.
Chr. G. de Naugiaco, II, pp. 339-40); Chron. des Pays-Bas, etc., p. 201,
et, pour les dépenses, très grandes, Bibl. nat. Quittances, XV, n" 21
(ap. Froissart, /. c., VI, un, note. 3), V. encore Viilani, XI, ch. xcr, éd.
Dragomauni, II, 490.
3. Chronique des quatre Valois, p. 144.
4. Wenceslas de Luxembourg, que visita plus tard le roi de Chypre,
en revenant d'Allemagne.
5. Chronique des Pays-Pays, de France, etc., ap. de Smet. III, p. 202.
Cf., Récits d'un bourgeois de Valenciennes, p. 324, qui ajoute le comte
d'Ktampes. Une planche publiée par Montfaucon dans ?,es Monumen's de
la monarchie française, Paris, 1729-33, f", t. 111. p. u, p. 2, représente
parmi les assistants au couronnement un roi au sceptre terminé par
une fleur de lis : la robe royale est bordée d'hermine autour du cou,
son chapeau est entouré d'une couronne, il parle à un individu en
capuchon, à la robe parsemée de croix. « C'est certainement Pierre,
roi de Chypre » (ibid.).
— 188 -
assistaient aussi à la cérémonie, ainsi que l'archevêque de
Sens et les évêques de Laon, Beauvais, Langres et Nojon*.
Le sacre fut suivi par un grand dîner, que terminèrent des
joutes « grandes et belles », où se distingua le roi de
Chypre'. Puis Charles V partit avec sa suite, pour se rendre
à Saint-Denis d'abord, et ensuite à Paris*.
Ils entrèrent dans cette ville le 28 mai vers midi *; le roi
alla d'abord à Notre-Dame, tandis que la reine se dirigeait
vers le palais, à cheval, avec les duchesses d'Orléans et
d'Anjou et Madame Marie, sœur du roi, devenue plus tard
la duchesse de Bar. Philippe de Bourgogne, à pied, tenait le
frein du cheval de la reine, Louis de Chàlon et le seigneur de
Beaujeu se trouvaient auprès de la duchesse d'Orléans, le
comte d'Eu auprès de sa belle-sœur. Le même jour, un grand
dîner réunit tous les hôtes du roi « environ nonne » ; tous
les prélats se trouvant à Paris y assistaient. Il y eut des
joutes dans la cour du palais, ce jour-là et le lendemain, « et
à tous les deux tours jousta le roy de Chypre et pluseurs
autres ducs, contes et barons » ''. Une « grant richesse de
paremens » ornait toute la ville, dont les bourgeois avaient
revêtu pour cette occasion un costume de fête, vert et
blanc ^
Le roi de Chypre resta encore à Paris, auprès de Charles V,
1. Grandes Chron., V, 232-4. Froissart, VI, p. 133. Cf. p. 312.
2. « Et après furent les joustes grandes et belles, et y jousta le roy
de Cyppre >>. Chronique des quatre Valois, p. 148.
3. Chronique des Pays-Bas, l. c. Bée d'un bourg, de Val., l. c.
Il serait resté deux jours à Saint-Denis, d'après ces deux sources.
Il y resta cinq jours, d'après Froissart (/. c., p. 133). « Si y eut grans
dons et grans pi-esens donnés et présentés as signeurs estrangers... »
(Froissart, ibid.), cf. p. 312 : « Et vinrent à Laon, à Soissons et puis à
(yompiègne... à Senlis et puis à Saint Denis ».
4. Grandes Chroniques, V, p. 234.
5. Grandes Chroniques, V, 232-4. « On ne vous poroit mies dire ne
recorder, en un jour d'esté, les solennités ne les grans reviaus que on
li f]st en le cité de Paris, quand il y entra » (Froissart, p. 133). Les
combattants de Cocherel (24 mai 1364) étaient revenus et le roi leur
fit « grant fieste » : il y avait parmi eux Du Guesclin et Aymon de
Pommiers (ibid., 134), le sire de Beaujeu, Jean de Chàlon, comte
d'Auxerre, Thibaut de Chantemerle, Oudard de Renty (p. 312).
6. « Et furent les bourgeois de Paris vestus de vert et de blanc, et
parmi la ville de Paris ouït grant richesse de paremens et y ouït
joustes à Paris es quelles le dit roy de Cyppre jousta » (Chron.
des quatre Valois. Y>p- 148-9).
— 189 —
jusqu'au 11 juin', quand le roi envoya sa femme à Melun-
sur-Seine^ et partit lui-même vers Rouen'. Il employa ce
temps à lui demander de remplir le vœu qu'avaient fait son
père et son grand-père; il ne réussit pas à le rendre favo-
rable à ses projets. Dans sa lettre de condoléance, Urbain V
avait déploré la mort du chef de la croisade au moment
môme où elle devait partir, sans solliciter le nouveau roi de
remplir le rôle de son père*. Il ne se faisait pas d'illusion sur
les sentiments de Charles V envers cette expédition : très
pieux, plus pieux que son prédécesseur même, le roi de
France n'était pas disposé à quitter son royaume, que mena-
çaient la guerre civile et la guerre étrangère, pour aller
chercher de lointaines aventures. Pour lui, la croisade n'était
pas une question de vie ou de mort : ce qui attirait d'abord
ses regards et demandait impérieusement ses efforts, c'était
l'état déplorable où la guerre avait mis son royaume.
Il donna peut-être de l'argent au roi de Chypre' et, tout en
se déclarant le partisan le plus sincère de son expédition, lui
conseilla de s'adresser à cet empereur d'Allemagne qu'on
disait si riche et qui était si puissant ^
Pierre P'' partit de Paris dix-sept jours après le cou-
ronnement\ Il ne parait pas avoir vu de nouveau le pape ^
1. Cont. Chron. G. de Nangiaco, II, p. 348.
2. Chronique des Pays-Bas, etc., /. c.
3. Chronique des quatre Valois, p. 149.
4. « Oquantusinoeror(31iristiani exercitus, ad recuperationera terrae
sanctae profecturi de proximo, teiientisse ducis amisisse ducatiim »,
Hinaldi, XXVI, p. 101. Le 17 juillet de la même année, le pape lui
accorda un subside (aliquod compelens siibsidium lirilum et honestum
de bonis ecclcsiasticis), à condition de renoncer au subside imposé
pour la croisade (dunimodo a soluiione décime ver nos duduin in ipso
regno imposile in subsidiiim pnssagii gênerai is et ab omni alio novo
suhsidio obstineatur. Prou, o. c, app. n° x.xxvi, pp. 115-G). Une
dime })onr deux ans lui fut accordée en 1367 (20 oct.), un autre subside
le 21 juillet 1309 (Prou, app. n" lxxv, pp. 154-5; ibid., lxxxv, pp.
164-5) sans mention du i)assage.
5. Caroldo, f" 197 v"; Bosio, II, p. 66.
6. C'est pendant ce dernier séjour de Pierre V' en France, que le
roi donna 80 francs d'or « aux menestrelz du roy de Chypre ». Bibl.
nat., Chartes royales, t. VIll, n° 542, ap. Delisle, Mandemens. n"211 a,
p. 96 (« \'ers 1364 ou 1365 »).
7. Machaut, /. c, p. 26.
8. Ainsi que le croit Bosio, II, 66. Il aurait demandé la permission
du pape qui lui donna un cardinal pour l'accompagner. 11 serait parti
pour Mantoue où se trouvait alors (1364) l'empereur qui venait de
délivrer la ville des mains de Bernabô! (ibid.).
— 190 —
qui ne mentionne pas dans sa correspondance une seconde
visite. Il se dirigea vers Cologne', d'après Machaut, dont le
récit est très détaillé et très exact. C'est probablement à
cette époque qu'il alla visiter en chemin le comte de Flandre
et les ducs de Brabant et de Juliers. Il fut reçu avec de
grands honneurs par Louis de Maie, à Bruges « et fîst tant
que li dis rois se contenta grandement de lui et des barons et
des chevaliers de sa terre ». Il rencontra dans cette ville, où
il se trouvait vers la fin du mois de juillet, le roi de Dane-
mark, qui revenait d'Avignon'. Il fut tout aussi brillamment
honoré à Bruxelles et à Juliers ; le roi avait pu connaître à
Reims, pendant les fêtes du couronnement de Charles V, le
duc Wenceslas, fils du chevaleresque roi de Bohême. Ce
prince et sa femme « le reçurent grandement et iiement en
la bonne ville^deBrouxellesen disners, en soupers, enjoustes,
en reviaus et en esbatemens, car bien faire le savoient, et 11
donnèrent au département grans dons etbiaus jeuiaus »'.
Selon Machaut, il traversa l'Allemagne parla Franconie et
la Thuringe. Il passa par Esslingen et arriva à Erfurt, où il
exposa ses projets aux bourgeois, chevaliers et écuyers, leur
annonçant ce qu'il venait de faire pour la croisade pendant
« bien ii y vers et un esté ». Beaucoup prirent la croix dans
cette ville^ et les contrées environnantes. Il était en Misnie
ce même mois, pour demander le secours du margrave. C'était
alors Frédéric le Fort, fils de Frédéric le Sérieux, qui gou-
1. Machaut, p. 27 : « au chemin de Coulongne. » Il y serait resté deux
mois, « en besongnant de jour en jour ». Machaut, si bien renseigné
sur les autres points, ne connaît pas cependant le voyage du roi en
Flandre, Brabant et Juliers.
2. P'roissart, VI, pp. 85-6, 279. Cf pp. 163-4 du présent ouvrage. Il croit
que ce voyage fut postérieur à la visite de Pierre I*''" en Allemagne. La
date qu'il'donne (p. 279) pour son séjour à Bruges est impossible cepen-
dant si on reporte ces événements en 1363. « Che fu environ le Made-
lainne l'an mil trois cens soissante trois » (22 juillet). Le roi de Chypre
était à Paris vers la fin du mois de juillet ou le commencement du mois
suivant (Froissart, ibid., p. xliii, note 4). On pourrait objecter que
Pierre l"' aurait pu visiter la Flandre et le Brabant en revenant d'Alle-
magne, même en 1364, mais on connaît son itinéraire par Machaut qui
le fait revenir à Venise par la Carinthie et la Lombardie. D'autre part,
l'époque'à laquelle il arriva dans cette ville, d'après des sources d'archi-
ves (v. plus loin), rend impossible Ihypothèse d'un retour par la France.
3. P'roissart, p. 85.
4. Machaut, pp. 27-9.
— 191 —
vernait le pays en son nom et comme tuteur de ses jeunes
frères, Balthasar et Guillaume '. Les chroniques contempo-
raines le représentent comme « un prince de taille haute
et élégante, de beau visage, avec des cheveux blonds et frisés
et des yeux clairs, d'un caractère très doux » ^ Fils d'un
ancien compétiteur à l'empire, il s'était attiré bientôt les
sympathies de Charles IV, qui lui permit d'acquérir, par
voie de mariage et d'achat, des possessions en Franconie et
dans la Haute-Lusace. Le mariage de son frère Guillaume avec
la nièce de l'empereur avait resserré encore les liens qui
l'unissaient à la famille de Luxembourg. Le traité que venait^
cependant de conclure Charles IV avec la maison de Wit-
telsbach avait changé quelque peu ses bonnes relations avec
Frédéric, qui dut restituer à la Bohême la Lusace, en rece-
vant son argent*.
Le margrave reçut très bien son illustre hôte et lui fit des
présents. Quant à sa participation à la croisade, il voulait
connaître d'abord les intentions de l'empereur. « Ce qu'il
fera, je feray », déclara-t-iP.
Pierre I" alla trouver le duc de Saxe
« Qui à Lubecque tient et marche ».
C'était un grand ami de l'empereur, Rodolphe II, qui avait
pris part à la bataille de Crécy ^ Il commença par sourire en
entendant les demandes du roi, et lui donna les mêmes con-
seils que son voisin. Les fêtes qu'il ordonna à cette occasion
durèrent huit jours ; des joyaux d'or et d'argent furent pré-
1. Wcnck (Cari), Die Wettiner ïm XIV Jahrhunderl, insbesondere
Markgraf Wil/ielm itiid Kônig Wcnzel. I.eipzig, 1876.
2. joh. Tylich, ap. Mencke, Srriptores, II, 2180. Une récente thèse
de Berlin (G. J. Capitanovici, Die Eruberung von Alcxandria, Berlin,
189'i) combat, sans que les arguments soient développés, l'opinion
d'Ermisch; l'ierre aurait visité le marquis Guillaume (p. 20 et 52).
3. Le 12 avril 1364.
4. V. l'ouvrage cité de M. Wenck. Cf. Bbttiger, Gcschichle des
Kurataales und Kiinigrcichcs Sachsen, coll. Ileeren et Ukert, I, pp. 250
et suiv. V. sur le séjour de Pierre 1"" en Misnie, Ermisch, dans le
Nettes Archiv filr Siichsisc/ie Geschichle, p. 185.
5. Machaut, p. 29.
6. Botiigor, l. ('.. I, pp. 306-7. C'est le duc de Saxe-Wittenberg, qui
jouissait de la dignité électorale.
— 192 —
sentes au roi de Chypre, qui prit une part active aux bril-
lants tournois donnés en son honneur :
Car li roys joustoit volentiers
Et li plaisoit moult li mestiers,
Et par tout si bien le faisoit
Qu'a tous et a toutes plaisoit '.
Le roi ne se dirigea vers Prague que le neuvième jour, pour
y trouver enfin l'empereur
Li secons Salemons :
11 aime Dieu et sainte église
Honneure, croit et sert et prise,
Justice en la balance poise^
Il est très pieux, ajoute-t-il.; il fonda plusieurs églises pen-
dant son règne :
Ja n'est félons ne despiteus,
Einsois est humble et piteus,
Plus que turtre ne colombele •'.
Le jugement de Mézières est quelque peu différent de celui
que porte Machaut, bien qu'il dût avoir des sympathies pour
cet empereur lettré et protecteur des savants*. Il lui reproche
son avarice et s'indigne de ce qu'il ne contribua pas au suc-
cès de la croisade \ Il n'y a qu'un point sur lequel ils sont
d'accord : les grandes richesses de ^empereur^ Quant à sa
libéralité, Machaut, qui fut le serviteur de son père, avoue
qu'elle n'était pas grande.
1. Machaut, pp. 29-30.
2. Ibid., p. 30.
3. Machaut, pp. 30-1.
4. On connaît ses oeuvres historiques, ses relations avec les juristes
et les chroniqueurs italiens, pendant son voyage de 1354-5, sa corres-
pondance avec Pétrarque et Cola di Kienzo. 11 rapporta de France,
en 1377, un manuscrit de la traduction de Tite-Live par Bersuire.
(Sur ce traducteur, voir Bibl. Éc. des Chartes, XXXIII, 1872, p. 325).
Cf. tout le chapitre intitulé Karl IV als Fôrderer der Kunst, dans
l'ouvrage de M. Friedjung {Kaiser Karl IV und sein Antheil am geis-
tigen Leben seiner Zeit, Vienne, 1876). 11 fonda la fête de la lance
qui blessa et des clous qui servirent à attacher le Christ sur la croix
(Chr. (juornmdam regum, f"* 115 v 6).
5. Songe du vieil pèlerin, I, f" 62 v"; II, f" 106 v" : « si echars et si
avaricieux ». Cf. chr. q. reg., f» 116 v°: « erarii congestor avidissimns ».
6. Machaut, p. 33.
— 193 —
Il ne porte pas d'habits pompeux et
...ne vuet pas foie largese,
Ne escharseté qui trop blesse
L'onneur de tout prince terrien ^
Charles IV alla lui-même au devant de son h(3te, avec ses
barons et ses prélats, à une demi-journée de Prague. Une
foule nombreuse suivait, curieuse de voir ce grand roi oriental
sur lequel on racontait tant de choses invraisemblables.
..Ils furent plus de xx mille
Qui tuit issirent de la ville 2,
d'après le chroniqueur, que les grands chiffres ne paraissent
pas effrayer. Au retour, l'empereur et son hôte furent reçus
aux portes de la ville par les chanoines en capuces de soie,
et de longues
... processions qui venoient
Et hympnes et respons chantoient.
C'était la plus brillante fête, ditMachaut, qui eût été célébrée
dans la chrétienté entière, depuis le retour de saint Louis'.
L'empereur mena le prince au château du Hradschin, situé
sur une « roche taillié à fissel », où il le présentai sa femme
Elisabeth, qu'il avait épousée l'année précédente, et à ses
dames, « que toutes serabloient déesses »*. La réception fut
merveilleuse, au son des cloches de toute la ville et d'innom-
brables instruments. Le roi Pierre en fut étonné et déclara
« qu'onques en sa vie
Ne vit si très grant mélodie » ■^.
Suivit un grand repas dans la salle principale du palais,
ornée de
1. Ibid., pp. 31-3.
2. Ihi'/.. pp. 3;j-4.
3. Quand il « revint de Tunes » (ibid., p. 35).
4. Jhid.. p. 35.
5. Ibid^, p. 36.
N. JoRGA. Pfiilippe de Mézièren. 13
— t94 —
... (Iras de soie
Et de fin or qui reflamboie '.
Le roi de Chypre fut placé par son hôte à la place d'hon-
neur. Des joutes, où Pierre se distingua comme toujours par
son adresse, terminèrent les réjouissances. On lui décerna
le priK du tournoi, où il avait été complètement vainqueur
« par sa lance et son escu ». Les fêtes durèrent encore trois
semaines, d'après Froissart".
Quant au secours demandé par le roi de Chypre, l'empereur
l'aurait loué sur ses nobles intentions, tout en lui déclarant
que cette guerre lui paraissait trop difficile pour que ses forces
seules fussent suffisantes. Il décida donc de convoquer dans
ce but une grande assemblée à Cracovie, où devaient se
rendre aussi les rois de Pologne et de Hongrie, Casimir et
Louis \
Le roi quitta Prague avec l'empereur, au commencement
de septembre, pour se diriger vers Cracovie. Ils traversèrent
la Bohême '" et la Silésie et arrivèrent dans cette ville par
Schweidnitz, Liegnitz, Glogau\ Kosten, Posen^ Neustadt Ka-
1. Ibid. Cf. Herquet, Cyprische Kônigsgestalten, p. 13.
2. Froissart, p. 85. « Si fu li rois de Cipre à Praghe et là environ
bien trois sepmainnes. »
3. Baluze place ce voyage après celui que fit Charles IV à Avignon
(1365) {Vit.pap. Aven., I, 989). D'après Bosio (II. 66), Charles aurait
objecté les difficultés insurmontables de l'entreprise. Même si l'on par-
venait à faire des conquêtes, elles ne pourraient pas être conservées
« e che il non hauere consideratione a questo, gli pareua piu tosto cosa
da carnéfice, che da pio e da deuoto principe christiano ». Il serait
disposé, du re.ste, pour montrer qu'il n'était pas retenu par des con-
sidérations pécuniaires, à payer les sommes que lui imposerait le pape.
Il le congédia enfin, en lui donnant « una buuna somma di danari ».
On peut admirer l'imagination de l'historien qui se garde bien d'in-
diquer la source. Bzowski (Annales ecclesiastici, II, pp. 1297-8) donne
un récit encore plus fantastique emprunté au livre 22 de l'histoire de
Bohême par Dubravius. Charles IV aurait parlé de l'insuccès des ex-
péditions antérieures et de ses causes. 11 aurait mentionné l'exemple
de Frédéric l*""" et aurait déclaré que la prise même de Jérusalem ne
changerait rien à l'affaire. Ces belles choses furent débitées « in con-
sessu principum » (ibid.).
4. Pendant trois jours, Machaut, p. 39.
5. « Glagouve » ihid.
6. « Pa>serent » (ibid.). Cf. sur la possibilité d'un passage à Posen
Iluber, Ersles Ergcinzungsheft aux Hegesla de Bôhmer (Innsbruck,
pp. 742-3). L'empereur était le 17 à Oppeln (Bôhmer, ibid., p. 332,
V. n° 4082).
— l'jr. -
lisch, Baranow*, Oppeln et Beuthcn^ Ils s'étaient arrêtés
même pendant trois jours au moins (11-14 septembre), à
Breslau. Les chroniques polonaises le font assister aux grandes
réjouissances qui accompagnèrent le mariage de Charles IV
avec Elisabeth, nièce du roi Casimir. Il serait venu par mer,
en traversant ensuite la Valachie et la Russie'* et aurait pris
part aux fêtes avec le roi de Danemark*, de Hongrie et de
Pologne. Il aurait été ensuite parmi les hôtes du célèbre
repas que donna le consul de Cracovie, Vicrzinek^ noble
allemand, originaire des pays du Rhin et intendant du roi
Casimir, à l'occasion du mariage. Il prit place après le roi
de Hongrie et avant Waldemar IV*. Ces récits sont d'une
inexactitude remarquable : même en admettant la présence
impossible du roi Pierre, pendant les noces de l'empereur
(mai 1363 ?)\ il ne pouvait pas venir des pays d'outremer. Les
chroniques qui donnent cette version sont, du reste, assez pos-
térieures aux événements, pour la plupart, et le roi de Chypre
n'est pas mentionné parmi les hôtes du roi Casimir par les
Annales S. Crucis Polonicœ, dont le récit paraît assez bien
fondé ^ En 1363, Pierre P"" était encore en Occident.
1. « Bassenouve » (ibid.). Cf. sur cet itinéraire Herquet, dans la Zeit-
schrift des Vereins fur Gesch. und Allerthum Schlesiens, XII, 521 et
suiv. et Huber, /. c.
2. « Buton » Machaut, /. c.
3. Cromer, pp. 214-5. « Ponto et adversolstro in Valachiam, et inde
terre.stri itinere per Russiam Cracouiain aduectus », cf. Stanislas Sar-
nicius, lib. YII (année 136»). C'est l'itinéraire que suivirent (« atque
inde (la Mer .Noire) porro terrestri itinere non sine mapna diflicultate
in Russiam et Poloniam »), en l'i32. le.s ambassadeurs du roi Janus, qui
venaient demaiider au roi de Pologne la main de sa fille, Hedwige,
pour le tils du roi de Chypre, ainsi qu'une assez forte somme, comme
emprunt (Cromer, p. 302 a).
4. Le roi Waldemar n'assista pas probablement aux fêtes du mariage,
étant encore en Danemark à cette époque (Dahlmann, Gcschichte von
Danemark, t. Il, Hambourg, 1843, pp. 16-17, cf. Chruniken der deitt-
schen Stddle, 1. c, p. 8Î.8, note).
5. Micboviiis, L II, ch. xx, cf. Jean de Czarnkow, ap. Bielowski,
Monumenta Poloniae (Lemberg, 1972), II, 630. « Verinciis. consul
Cracouensis », ap. Cromer. Des présents en argent auraient été faits
aux hôtes, d'après ce dernier: le roi Casimir reçut lui-même de la
part de son oiïicier la somme de 100,000 florins.
6. Michovius, /. c. Casimir occupait la place d'honneur; venaient
ensuite l'empereur d'.\llemagne et les autres princes.
7. fiegesta, l. c. Cf. Cromer, p. 214. « Nuptiis dictas locusCracouiae
ad Liberalia, quod Carnis priuiuin uulgo vocant » (p. 214).
8. Annales Sanclae Crucis Polonicae, ap. Pertz, Mon. Germ. Iltst.,
XIX, 684 « anno domini 1363 ». Files citent parmi les assistants les
— 190 —
Machaut raconte les choses d'une manière différente et la
grande exactitude avec laquelle il décrit l'itinéraire minu-
tieux du prince, prouve la véracité des récits qu'on lui avait
faits sur ces voyages. En arrivant à Cracovie (vers le 22 sep-
tembre), le roi et l'empereur y trouvèrent Louis et Casimir'
qui s'empressèrent d'aller à leur rencontre. On leur offrit
encore des fêtes et des repas comme partout ailleurs. Dans
le parlement qui suivit enfin, l'empereur se déclara pour la
croisade ; il convoquera les électeurs, demandera leur con-
tingent aux princes et aux communes et écrira au pape ; il
fournira de plus les dépenses de l'expédition '\ Des lettres
furent envoyées aussitôt par des courriers ^
rois de Hongrie, de Danemark et de Pologne, l'empereur, Wenceslas
de Bohême, Otto de Bavière, Boleslas de Schweidnitz, etc. Cf. au con-
traire Bielowski. l. c: « cui quidem convivio Karolus... cum suis prin-
cipibus, rex Ungarise..., rex Ci/pricnsis, rex Daciae, omnes principes
Polonie diversarumque terrarum milites interfuerunt ».
1. Machaut, p. 39. V. sur lejourde l'arrivée des princes à Cracovie,
Hiiber, l. c.
2. Ibid., p. 40.
3. Pp. 40-1. N'étaient-ce pas ces courriers que les « deux cheva-
liers qui sont venuz par devers nous, l'un d'Alemaigne et l'autre de
Chippre n et auxquels le roi fit délivrer la somme de 300 francs d'or,
le 25 octobre 1364? (^Chartes royales, t. VJ, n" 31, ap. Delisle, Mande-
menls, n° 158, p. 55). M. Alfred Leroux (Recherches critiques sur les
relations politiques de In France avec i Allemagne (1292-1378). Paris,
1882, Bibl. des Haules Études, pp. 27'i-4) a voulu voir dans l'arrivée de
ces deux chevaliers à Paris une quantité de choses assez ingénieuses,
mais qui ne s'accordent pas malheureusement avec ce qu'on peut
connaître sur l'état des négociations pour la croisade, à cette époque.
D'après M. Leroux, Pierre I'^'', après avoir visité le roi de France, serait
parti pour l'Allemagne dans le but d'y apprendre les dispositions de
l'empereur et se décider ensuite sur le choix d'un nouveau capitaine
général de la croisade. Il aurait préféré à Charles V l'empereur d'Alle-
magne, qui lui paraissait plus digne de cette mission : ces deux che-
valiers étaient parmi les négociateurs de cette affaire si embrouillée.
Nous ferons observer d'abord que le roi de Chypre n'avait pas le
moindre pouvoir de nommer celui qui devait diriger le passage général,
dont il n'était lui-même que le très humble promoteur : c'était évi-
demment le pape qui devait choisir et nous savons quTrbain V ne
jugeait pas Pierre 1-''' digne de cette mission. Il n'y eut pas de capitaine
général après la mort du roi Jean (Pierre l^"- ne fut pas nommé à sa
place, ainsi que l'affirme M. Prou, ouvr. cité, p. 37): le pape lui-même
parle de cette nomination comme a.ssez éloignée, dans une lettre
adressée à rem))ereur de Constantinople. Enfin, si les dispositions de
Charles V n'étaient pas favorables à la croisade, qu"il n'aida jamais ni
en aucune manière, son voisin d'Allemagne parait avoir cherché dans
de pareilles expéditions un moyen de .se débarrasser des grandes com-
pagnies qu'il voulut envoyer en Orient, en 1365. Son rôle à cette
époque s'explique, du reste, assez bien sans qu'on ait besoin d'invoquer
— !97 —
Le roi de Hongrie, défenseur ardent de la foi, qui si^ala
son règne par d'incessantes expéditions contre les païens de
Lithuanie d'abord, puis contre les schisraatiques de Serbie,
et qui demanda même le titre de capitaine général de l'Eglise,
se déclara prêt à fournir sa part pour la croisade, Casimir,
roi de Pologne, était dans les mêmes sentiments : prince
assez faible et malheureux ', il était très dévoué au pape,
malgré ses querelles avec l'évêque de Cracovie ^. Pierre P''
devait visiter lui-même les princes de l'Empire pour obtenir
leur consentement. Des joutes où le roi « estrange » rem-
porta la victoire comme toujours, terminèrent l'entrevue.
Charles IV lui-même j prit une part active, d'après une chro-
nique presque contemporaine et assez bien informée sur les
affaires de la croisade et, comme on manifestait quelque sur-
prise en voyant un empereur jouter, il répondit, dit-on, que
jamais roi de Chypre n'avait été vu non plus dans ces régions ^
Bientôt après*, Pierre P' partit de la ville, reconduit « longue-
ment » par les autres princes qui lui firent de riches présents.
l'hypothèse qui en ferait le chef de la croisade : en 1365 encore, après
son voyage à Avignon, le passage général était considéré comme im-
possible et on pensait seulement à la conclusion d'une ligue, comme
celles qui furent formées, sous l'influence des papes, au commence-
ment du siècle. Voir aussi la Vita Urh. V, ap. Baluze, I, 374, où il est
dit expressément que l'expédition de Pierre I"'' remplaça le passage,
dont on venait de constater l'irrémédiable impossibilité.
1. Il aurait été battu par le prince de Moldavie à « Ploniani »
(Cromer, p. 213, cf. A. D. Xenopol, Isloria Rominilor, II, lassy. 1889,
146). La peste emporta sous son règne vingt mille hommes à Cracovie
seulement. 11 vit la famine dévaster son pays en 1362 (Cromer, /. c).
L'auteur anonyme et presque contemporain de la Chronica pn'ncipum
Poloniae, mentionne un entretien de Pierre et Charles à Bresiau sur
un sacrilège qui amena l'incendie de la ville eu 1341 (^Scriptores rerum
Silesiacnrum, hergg. von G. A. Stenzel, I (1845) ad ann.; Sommers-
berg, Scr. Ber. SU., I, Leipzig. 1729, p. 541. Le passage a été signalé
pour la première fois par M. Herquet dans l'article que nous venons de
citer (p. 526). V. sur sa participation à la croisade, Machaut. p. 41-2.
En 1364, les Tatars venaient à peine de quitter son royaume (Chron.
nioguntinum, dans Chron. der deulschen Stàdle , Mainz, II, p. 167, 1.31-2.)
2. Querelles qui furent apaisées par l'évêque de Gnesen, Jaroslaw
(Cromer, l. c).
3. L'empereur était à Kôniggrâtz le 18 oct., le 21 à Karlstein (Huber,
0. c, ad dat.).
4. Chronogrnphia regum Francorum, f° 365 : « Cumque hastiludiasset
imperator, dictum est ei quod nunquam visum fucrat quod imperator
liastiludiaret. Tune imperator respondit quod et nunquam aliquis rex
('ipri visas fuerat in illis partibus. lit recedens inde rex Cipri abiil
Venelias ». Comme on le voit, la chronique citée place ce voyage en
Allemagne on 1364, la vraie date.
— 198 —
Dans ses nouveaux voyages, dit Machaut, l'infatigable roi
... a tant serchié et tant quis
Que les signeurs a tous requis,
Car il n'i a ne duc, ne conte.
Ne noble, dont on face conte,
Qu'il ne priast et requist '.
Il alla d'abord, « par froit, par chaut et par jalées », à
Vienne pour y voir le duc Rodolphe d'Autriche : il y arriva
après dix jours de voyage et trouva le prince %
Un noble duc, puissant et riche,
qui le reçut avec de grandes démonstrations de joie. Sollicité
par le roi au sujet de la croisade, il promit d'y contribuer
aussi, si le roi de Hongrie remplissait ses promesses, car il
était disposé à faire le pèlerinage de Terre Sainte. Un grand
tournoi fut ordonné ensuite pour faire plaisir à cet hôte qui
les aimait tant.
Là ot une feste si noble
Que de Mes en Constentinoble
N'ot depuis C ans la pareille^.
Inutile de dire que le prix fut gagné, cette fois encore,
par le roi. Les présents du duc et de sa femme furent magni-
fiques, et le prince, qu'on s'imagine trop souvent comme une
espèce de mendiant couronné*, aurait distribué en passant
1. Machaut, p. 42,
2. Machaut, p. 44. Et li rois de Chipre
Qui n'ert pas vestus de drap d'Ipre,
Mais d'un draz d'or fait à Damas.
Cf. pour tout le voyage en Pologne et Hongrie, Mézières, dans les
Acta Sanctorum, II, 1008.
3. Machaut. pp. 45-6. .
4. M. Stubbs, par exemple, dans le chapitre (paru séparément aussi)
sur les royaumes chrétiens de l'Orient, de ses Lectures on the sludy
of médiéval and modem Hislory, Oxford, 1886. L'ile de Chypre avait
cependant une grande réputation de richesse à cette époque Cv. Lu-
dolphus de Sudheim, ch. xl et xi.ii. éd. Neumann, pp. 32-3). Les rois
menaient une vie très luxueuse, comme de véritables princes orientaux :
Jacques 1'='', frère et un des successeurs de Pierre, étonna le bon sire
d'Anglure par ces chapeaux v d'or, de pierres et de perles » que portait
toute sa famille. {Voyage du sire d'Anglure, éd. de la Soc. des anc.
textes, p 86). Le « drap d'or fait à Damas », dont parle le chroniqueur
— 199 —
dix mille francs à la suite du duc. Il ne garda de ses cadeaux qu'
... un gerfaut que souvent tint
Seur son poing, car trop bien voloit ;
Pour ce donner ne le voloit
Et s'avoit la plume plus blanche,
Que n'est la noix dessus la branche:
Pour ce l'ama fort et prisa K
Ce fut la dernière fête de ce premier voyage en Europe.
Pierre se dirigea, après son départ de Vienne, vers la Carin-
thie qui, est un « fort pais », en passant par deux défilés
...longs et estrois.
Grans montaignes a tout entour ^.
Il traversa ce pays que Machaut dit plein de châteaux,
passa le « Tarn » (la Drave ?) et « le Joure » (la Save ?) et con-
tinua son chemin vers le patriarcat d'Aquilée et Venise, sur
les bords de la mer, en laissant la Lombardie à sa droite \
Des ordres furent donnés par le Conseil pour le recevoir dans
cette dernière ville, dès le 26 octobre* : il fit son entrée le 11
du mois suivant".
Il n'avait retiré de ses longs voyages qu'un seul profit, des
promesses, « des grandes paroles sans effet », dit Philippe de
Mézières ^
Pierre arriva à Venise par la voie de Trévise. Le Conseil
avait décidé que trois nobles iraient à sa rencontre pour lui
présenter du bon vin, de la cire et des confeciones ' . On élut
poète, pouvait être tout bonnement du «drap d'or deChipre », célèbre
au xiv siècle {Mande)nen!i de Charles V, n" 827, p. 423, cf. duc d'.\u-
lazXe, Notes el documents relatifs à Jean, foi de France, etc., ip. 158: «vu
quarreaux d'or de Chippre »). La vente de franchises aux périéques
avait produit des sommes assez considérables, d'après Mâcheras, et la
reine Eléonore s'était empressée d'envoyer à son mari, en France, la
somme de 7000 florins, somme qui était, il est vrai, détenue fraudu-
leusement par les héritiers du marchand provençal Sanalhem, qui
l'avait apportée, et que le roi n'avait pas encore touchée le 24 dé-
cembre 1363 (Bibl. nat., lat. 10002, fo* 45-5 v").
1. Machaut, p. 46.
2. Ibid., p. 47.
3. Ibid.
4. Verci, Sloria délia marca trevisana, XIV, 20 — Sanudo, Muratori,
XXII, col. 775.
5. Machaut. /. c.
6. « Nisi in verbo jactante et effectu carente » (Mézières, Vita S.
Pétri, p. 1012).
7. « Âliquos caratellos boni vini diversarum manerierum, et ceraraet
— 200 -
pour cet office Marin Bono \ Andréa Paradiso et Benedetto
Gauro^Dix orateurs, accompagnés chacun d'une suite de
deux hommes ^ le reçurent à Conegliano et le conduisirent à
Venise ^. Des ordres furent envoyés aux podestats et aux
recteurs de la première ville, de Trévise et de Mestre, pour
leur recommander de faire au prince ane réception honorable,
en dépensant jusqu'à 300 livres chacun \ Douze gentilhommes
furent choisis pour armer les barques du doge, qui devaient
aller à sa rencontre jusqu'à Malghera, avec deux conseillers,
un chef de conseil et douze nobles®. Le doge lui-même vint au
devant de son hôte sur le Bucentaure, à San-Secondo et le
conduisit à son hôtel, près du canal du Rialto \ la maison
qui fut plus tard la Cà Corner.
La réception faite au roi fut très chaleureuse, dans cette
ville « où, dit son biographe, on l'aimme forment et prise* ».
Plus de deux mille habitants accompagnaient Laurent Celsi.
Le pont se rompit et le roi lui-même tomba dans l'eau.
« Je suis devenu vénitien », s'écria t-il en riant, quand il
toucha de nouveau le pont '.
« Et li firent feste gringnour
Qu'à leur droit naturel signour » '"
confeciones » (Mas-Latrie, Bibl. de l'éc. des chartes, 1873, t. XXXV,
pp. 73-4.)
1. Buono, ap. Sanudo, l. c, Dono in Bthl. éc. ch., l. c.
2. « Sir Benedetto Guoro », ap. Sanudo, /. c.
3. « Famuli », Bib. éc. ch., L c.
4. Ce furent Marc Morosini « quondam Roberti », Jean de' Priuli,
Pierre Mocenigo, Paul Loredan, Pierre Bragadin, Marin Contarini,
Marc Giustiniani « quondam Pancratii », Marc Uomani, Pierre da Mosto
et Barthélémy Quirini (Arch. d'État, à Venise, Notatorio del CoUegio,
Reg., 1292-1393, ^ 3 v", ap. Mas-Latrie, l c, p. 74). Cf. Sanudo, l. c.
et Memorie del passaggio di Prencipi, ms. cité, f» 6 v°.
5. « Et inde infra ». Bib. éc. ch., l. c.
6. « Plati domini ducis, cum aliquibus ganzarolis (ganzaruoli) et pa-
raschelmis (palischerrai) armatis usque Margariam » Ibid.
7. « Et vadant cum platis (piatti) duo consiliarii, unum caput et usque
XX. nobiles cum eis » {ibid.). V. les noms de ceux qui furent préposés
à l'armement des barques, ibid., p. 74.
8. Ibid.
9. Cron. di Donato Contarini, ms. de la Bibl. de S. Marc, it. VII, 64.
10. Machaut, p. 47. C'e.st lui qui donne la date de l'arrivée (ibid.).
Caroldo la reporte au mois de septembre (« nel me.se di settembre 1364 »,
f" 204). Pour montrer sa reconnaissance, le roi donna aux Vénitiens
deux maisons à Famagouste et à Nicosie, sans doute quand il fut
revenu en Chypre ; les Prégades en approuvèrent la donation, d'après
le rapport du bailli, le 1 septembre 1366 (Mas-Latrie, Hist. Chypre, II,
362).
— 201 —
On lui fit de très beaux présents et, quelques jours après,
il obtint l'autorisation de compléter l'armement d'une de ses
galères ^ Un repas lui fut offert enfin par le doge, le 6 décem-
bre, jour de la Saint-Nicolas \ Deux années de déceptions
étaient passées depuis son débarquement à Venise.
Comme la première fois, le marquis d'Esté fit tout son
possible pour honorer l'illustre roi oriental. On le voit s'in-
téresser de son arrivée dès le 17 août*. Il ne tarda pas à
se rendre auprès de lui et, le 9 décembre, un recond repas
« très somptueux et excellent » fut offert au roi et à un cer-
tain nombre de seigneurs, par le marquis '\
Les réjouissances continuèrent probablement, et des mois
s'écoulèrent encore avant que le roi partît pour cet Orient
où l'attendaient encore de grandes victoires et de grands
malheurs.
1. Machaut, p. 48. Cf. les termes d'une lettre de remerciement
écrite par le prince en 1365, peut-être :« exigentibus illis grandibus
honoribus, solennibus jubilis et i'estivis exultationibus, nobis in ultimo
nostro adveiitu per commune vestruia impensis, ut crediinus, corde
puro ac si faissemus eorum dominns naluralis, ingentibusque sump-
tibus », etc. (Mas-Latrie, Hist. Chi/p., II, p. 286).
2. Le 14 novembre 136'i. La galère devait être envoyée pour des
affaires (Mas-Latrie, ibict., II, 248).
3. Sanudo, Muratori, X.KII, col. 775 (6 di novembre), cf. Bibl. éc.
ch., 1. c.
4. « Quem intellexerat in brevi Venecias accessurum ». On prend des
mesures pour recevoir le marquis {Sen. Misli, 31, f» 73) (comm. de
M. V. Lazzarini).
5. « Molto eccclontc e sontuoso », Polùtore, Muratori, XXIV, col. 84.'j
a; Chrunicon Estcnse, ibid., XV, col. 487, b-c.
CHAPITRE VIII.
EFFORTS DU PAPE POUR LA CROISADE (1363-4). ACTIVITE DU
LÉGAT ET DE PHILIPPE DE MÉZIÈRES.
Pendant que le roi de Chypre traversait l'Europe entière,
en quête d'adhérents qui ne venaient pas, auprès des princes
qui avaient d'autres intérêts et de plus pressants que celui
de la croisade, joutant et négociant, le pape continuait ses
efforts pour organiser cette ligue générale de tous les princes
chrétiens, qui devait délivrer les Lieux-Saints.
S'il refusa de permettre au cardinal légat de quitter Avignon
pour se rendre à une invitation du roi de France (mai 1363*),
s'il objecta les dangers qui menaçaient la ville pour empêcher
le départ de Jean Fernandez de Hérédia, que le roi avait
appelé pour se consulter avec lui sur la croisade ^ ces pré-
cautions s'expliquent assez bien par ses incertitudes sur les
véritables projets du-roi Jean. Maître Simon, de l'ordre des
Prêcheurs, fut envoyé le 15 avril comme nonce apostolique
auprès de celui qui paraissait plus disposé à contribuer à la
croisade, Louis de Hongrie. Il devait lui parler sur l'état de
l'église et le passage d'outremer ^ Une lettre très pressante
lui fut adressée le 5 décembre de la même année : on lui parle
des espérances que le roi de Chypre avait formées sur son
1. 2.5 mai 1363 (Prou, l. c, p. 103). Cette mission était-elle relative
à la croisade? Cf. « missionem... faciendam ad partes de quibus nobis
dixerat tua sublimitas ». Les cardinaux refusèrent sa demande : quant
à lui, dit le pape, il essaiera de nouveau (ibid.).
2. Bosio, II, p. 65. Fausse date (1362). Il était à cette époque châ-
telain d'Emposte.
3. Des ambassadeurs du roi se trouvaient à la curie au mois de juillet:
Jean,évéque deCsanad,auj.Temesvar,Jean de Bredensched, docteur es
lois, et Conrad, archidiacre de Nyitria. Ils allaient partir vers cette
époque (le 10 juillet) (Theiner, iî/o»,. //Mn7., t. II, p. 57). V. sur la mission
de maître Simon, ibid., t. H, pp. 53-4 : « Quedam ardua, sacram fidem,
statum sancte Romane ecclesie et passagium uUramarinum tangencia »,
— 203 -
concours ' et du succès obtenu par Pierre I" dans ses voyages.
Il vient d'annoncer récemment qu'un grand nombre de nobles
et d'autres fidèles s'étaient réunis à son expédition, il compte
s'embarquer à Venise pendant l'été de l'année prochaine. Il
aurait l'intention de visiter aussi le roi de Hongrie, qui est
prié de l'aider à recueillir les subsides accordés dans son
royaume au précurseur du passage^. Vers la même époque
des lettres furent envoyées au roi de Chypre, l'exhortant à
terminer ses voyages et à revenir dans son royaume : les
Turcs se disposaient à attaquer de nouveau la ville de Sata-
lie. Antoine, évêque d'Amalti et confesseur du prince, fut
envoyé vers le roi, alors à Paris, probablement ^
En 1364, la révolte de la Crète et la querelle qui éclata
entre Gênes et le prince d'Antioche, gouverneur du royaume
de Chypre, rendirent la situation de la croisade encore plus
difficile. Cependant le pape ne se découragea pas : il continua
à exhorter et à reprendre les princes sur leur tiédeur à l'égard
de la croisade. Une lettre très sévère fut adressée, le 5 juin.
1. « De qua idem rex plurimum sperabat et sperat ».
2. « Prout, nobis notificare curavit, nonnuUas partes fidelium pera-
gravit et presentiam aliquorum regum et principum adiit, multosque
magnâtes et potentes ad transfretandum secum induxit et tempore
verisproximi futuri sperat cummultitudinenobiliumetaliorumfidelium
esse Venetiis et intérim, vei postquam inde recesserit (sic), inclitam
tuam videre personam. » il l'invite de plus à donner au roi des galères
ou autres choses nécessaires au passage (.4 re/j. du Vatican, 246, f°* 31-2 ;
publiée par Theiner, Mon. Ihmg., Il, p. 58; Wenzel, Mon. Hung. hist.,
Acta cxlera, t. Il, pp. 599-600; "cf. Rinaldi. XXVI, p. 91).
3. « Antonius, episcopus Malfiensis. confessor tuus, lator presentiufn,
qui expeditionem litterarum ipsarum (les lettres accordant le subside)
et alia que sibi commisit regia celsitudo diligenter pro.^ecutus extitit,
tue magnitudini referet oraculo vive vocis » {Arch. du Vatican, 246,
fus 13 v"-14). L'évêque d'Amalfl avait été donc laissé à Avignon par le
roi à son départ. La même lettre parle des conseils que le Pape lui
aurait donnés sur son retour et sur les dangers qui pouvaient menacer
le royaume en son absence (« tune apud sedem Apostolicam exis-
tentem »). Il a visité maintenant les princes, qu'il se proposait de voir;
(« decrevcras visitandos »), il doit partir (« quam cite ») pour l'ileque
menacent les « pei'tidi Turchi ». Les lettres accordant le subside
seront envoyées bientôt (« nos enim litteras apostolicas super subsidiis
que tibi concessimus quantum potest tieri faciemus expediri »). La
lettre est assez mal interprétée par Rinaldi, t. X.WI. pp. 90-1. — La
dime ecclésiastique pour six ans et différents autres revenus furent
accordés au comte de Savoie en avril-mai 1364 (}' Inventaire porte 1363,
voy. page 164, note 6), des privilèges à ceux de ses sujets qui contri-
bueraient d'une manière quelconque à la croisade. {Inventaire des
Rolle et Brevi aux Archives d'Etat de Turin^.
— 204 -
au roi de Chypre qui se trouvait encore en France. Les pro-
curateurs du Grand-Maître en Occident ' lui avaient montré
des lettres de ce dernier, datées de Rhodes, qui contenaiant
des « nouvelles de l'Orient, déplaisantes pour nous » K II lui
en envoie la copie et lui conseille de revenir en Orient, pen-
dant qu'il est temps encore. Ceux qui sont accourus à son
appel seraient fatigués déjà de l'attendre à leurs dépens'. 11
écrivit à Pierre Thomas pour lui reprocher (29 octobre) la
conduite du roi, qui ne pouvait plus partir pendant l'hiver *
à cause de ses interminables voyages. 11 déplorait le sort de
ceux, qui étaient déjà partis pour la Terre-Sainte ou jusqu'à
Venise seulement^ et l'invitait à passer l'hiver dans cette ville,
en vivant sur les revenus de ses évèchés et non sur ceux du
clergé vénitien, qui est suffisamment imposé \ Déjà, depuis
le 8 juin ' 1364, Pierre Thomas avait remplacé Talleyrand,
comme légat du pape pour la croisade \
1. « Arnaldus Bernard! Eberardi, preceptor domus Burdegalensishos-
pitalis sancti Johannis » et « nobilis vir Bernardus de Mascrino, miles,
dominus de Planis, procurator. » Les lettres du Grand-Maître étaient
datées du 27 février.
2. « Quedam nova displicibilia. »
3. « Et illi qui tecum volunt transfretare, sencientes te in gallicanis
partibus nimis longo tempore immorari, prout audivimus et verosinii-
liter credendum existit, expectationis tedio pregravantur » (Arch. du
Vatican, 246. f»* 208-8 v»).
4. « In diversis cismarinis partibus commoratus, quod in instanti
hyeme non poterit transfretare. »
5. ... « De quo nos videntes differri nirais générale passagium, et
nobiles ac alios qui iam transfretarunt, seu super terram iverunt, expec-
tationis tedio affici, gravarique inutilibus -sumptibus, non modicum
condolemus » (Arch. du Vatican, 246, {°^ 358-8 v^).
6. Jbid.
7. V. plus loin.
8. Le roi rendait compte au pape du résultat de ses voyages par des
messagers. Un de ces derniers, .\lbert de Voulte (de Voûta), damoiseau
du diocèse d'Apt, venant d'Allemagne à la curie avec un clerc (« mitte-
bantur de partibus Alemanniae ad Curiam Romanam ») furent pris près
de Lausanne par les gens de Louis de Neufchâtel, dépouillés de leurs
chevaux, de leurs biens, de quelques joyaux du roi et de ses lettres
adressées au pape et à d'autres personnages à Avignon. Ils furent en-
fermés ensuite à Neufchâtel. Le pape écrivit à Amédée de Savoie, dont
les officiers avaient participé au butin, pour lui demander de les déli-
vrer et de leur faire rendre ce qui leur avait été pris (Arch. du Va-
tican, 246, f"* 309 v°-10). Des lettres pareilles furent écrites à l'évéque
de Lausanne, dont les gens avaient pris un cheval (umtm curserium)
(f° 350) au damoiseau lui-même, qui fut menacé de censures ecclé-
siastiques. Les ambassadeurs avaient été arrêtés entre Lausanne et
Morges (f»'^ 310-310 \°). Toutes les lettres sont datées du 9 sep-
— 205 —
Il écrivit au contraire une lettre d'éloges au roi de Hongrie
(5 février), qui venait de lui offrir des soldats pour combattre
les ennemis de l'Église en Italie. Tout en le remerciant pour
ses offres, il insista sur sa conduite de roi pieux, éternelle-
ment en guerre avec les ennemis du Saint-Siège, les schis-
matiques et les fauteurs d'hérésie, les Infidèles et les gentils'.
L'empereur de Byzance venant d'être attaqué par les Turcs,
qui se vengeaient sur lui des succès obtenus en Asie par les
chrétiens, Michel Malaspina, Génois à son service, vint à
Avignon pour offrir l'union des deux Eglises et demander du
secours. Le pape l'exhorta à persévérer dans cette voie, qui
rendrait plus puissante la ligue contre les Infidèles. 11 le
recommandera, au moment du départ, au légat et au capitaine
général, qui sera nommé à la place du roi de France^
(16 octobre). Deux évêques furent envoyés la même année à
Constantinople, et l'empereur leur déclara qu'il n'avait jamais
cessé d'être catholique, ainsi que l'avaient été ses prédéces-
seurs \ Cette idée d'un concours de la part des Grecs se
développera l'année suivante, et il sera question un moment
d'une véritable union chrétienne, contenant tout l'Occident et
les restes de l'empire byzantin. Robert de Juilly, élu Grand-
Maître en 1364, fut invité à prendre le commandement de
Smyrne pour cinq ans à la place d'Ottobone Cattaneo. Trois
mille florins lui étaient alloués sur les revenus de l'Église de
Chypre'' (21 septembre). Enfin, des lettres de recommanda-
tion furent accordées par le pape, à Thomas de Beauchamp,
comte deWarwick, qui partait pour la croisade avec plusieurs
nobles et d'autres gens''.
tembre 1364. Quant à ce Nicolas Tenaeghel, éciiyer allemand, qui prit
du service en France le 11 avril 1354 (Arch. nat. J 21, n" 68), il n'a
rien à faire certainement avec « la suite du roi de Chypre » (Leroux,
Hech. cri t., p. 272, note 1).
1. « Nunc contra chri.stianos iniquos hostes ecclesie, nunc contra
scismaticoset heretica feditafe respersos, nunc contra infidèles etethnicos
satagis exercere (se. potentiam). Tu vere rex et princeps christianis-
simus — » Theiner, Mon. Hung., t. II, p. 59.
2. Archives du Vatican. 246, >* 313 vo-4; Hinaldi, XXVI, p. 108.
3. 2» vila Urb. ap. Hahize, 1, 403.
4. Herquet, J. F. de J/eredia, pp. 62-3.
5. « Nobilis vir Thomas de liellocampo, comes Warwichi.... cum
nonnuUis nobilibus et aliis suis gentibus. » Le 13 juillet, les envoyés
du comte se présentaient à Venise, demandant les moyens de trans-
— 206 -
Pendant que le pape continuait ainsi à défendre l'idée de
la croisade et à faciliter le passage, deux autres personnages,
pour lesquels cette expédition était le résultat de longs
efforts, se consacraient entièrement à la rendre possible. On
les rencontre partout, à Avignon, à Milan, à Bologne, à Ve-
nise, exhortant et priant, négociant et apaisant les discordes,
ayant toujours, jusqu'à la fin, l'espoir de soulever la chré-
tienté entière contre le grand danger qui s'accroissait à
l'Orient. Philippe de Mézièreset Pierre Thomas avaient suivi
le roi en Occident : c'est aux efforts du premier que
Pierre P'" dut l'assentiment donné par le pape à ses projets;
les talents diplomatiques du second lui assurèrent le con-
cours de Venise.
Quand le roi de Chypre partit pour l'Occident, dans ce
long voyage qui dura deux ans, et qui n'eut pas de résultats
appréciables, les deux amis restèrent à Avignon. L'Église
était encore en guerre avec les tyrans de Lombardie : tant
qu'elle était retenue en Italie, où s'épuisaient toutes ses
forces et tout son argent, elle ne pouvait pas se consacrer à
l'œuvre de la croisade. C'était le premier grand obstacle
que devait rencontrer toute tentative de ce genre.
La guerre entre l'Église et les tyrans lombards remonte à
l'année 1347, quand une grande révolte contre l'Église éclata
dans la Romagne, la Marche d'Ancône et dans tout le reste du
Patrimoine. Jean et Jacques Pepoli conduisaient le mouve-
ment. L'absence du recteur, Astorge de Durfort, rendit la
victoire des révoltés plus facile. De retour, Astorge assiégea
Jean Pepoli dans Bologne et ce dernier, pressé par les troupes
pontificales, offrit la ville aux Florentins d'abord, qui la
refusèrent, à l'archevêque de Milan, enfin (1350), qui ne
craignait nullement une excommunication éventuelle.
port: on leur accorda « ob reverentiam domini régis Anglie » la per-
mission d'armer deux galères (Arrh. d'Etat, à Venise, Scnato Misti,
reg. 31. fo 69; comm. de M. le professeur Victor Lazzarini de Venise,
un des plus profonds connaisseurs de l'histoire de la République pen-
dant le xiye siècle\ Lettre au comte de Savoie, le 8 mai 1364 {Arch. du
Vatican, 246, f" 179 v»). Lettre à Laurent Celsi, doire de Venise (5 juin
II): dans cette dernière lettre le pape parle du départ récent (nuper)
du comte pour l'Italie, d'où il comjjte passer en Orient (Arch. du
Vatican, 246, f" 208 v»). Lettre à Cansignorio et à François de Carrare
(même date). Cf. Stubbs, o. c. p. 194.
— 207 -
Des guerres suivirent jusqu'en 1352 (27 avril), quand Pe-
poli et l'archevêque se décidèrent à faire la paix avec l'Église.
Il furent absous par le pape, envers lequel ils s'engagèrent
à payer un cens annuel et à fournir un contingent de troupes
pour le Patrimoine. Le vicariat de Bologne fut accordé à Jean
Visconti et à ses successeurs, pour douze ans '.
Cependant les hostilités ne tardèrent pas à recommencer.
L'archevêque mourut en 1354, laissant -trois neveux, Ber-
nabô, Matteo et Galeazzo, qui se partagèrent l'héritage, sauf
Gênes et Milan, qu'ils devaient administrer en commun.
Matteo mourut bientôt, tué par les débauches, le poison de
ses frères y aidant, dit-on, et les deux autres restèrent les
maîtres de la Lombardie% où ils suivirent la même politique
que leur oncle.
Bientôt ils eurent en Italie un adversaire digne de leur
habileté et de leur énergie. Ce fut le célèbre cardinal
Albornoz, qui arriva en Italie, vers le commencement du pon-
tificat d'Innocent VI, le 30 juin 1353'\ 11 était originaire de
Cuenca *, de très grande famille : son père descendait d'Al-
phonse V et sa mère, Thérèse de Luna, de Jacques d'Aragon^
Il fut d'abord le favori du roi Alphonse XI de Castille et
occupa le siège archiépiscopal de Tolède. Pierre le Cruel,
successeur d'Alphonse, lui retira sa confiance et projeta
même de le faire mourir*. Il sollicita et obtint alors une
mission à Avignon, où il fut nommé cardinal par Clé-
ment VF : bientôt après, son successeur lui donna cette
légation en Italie, qu'il exerça pendant dix ans, avec un
grand zèle et en déployant de grands talents diplomatiques
1. Henri de l'Épinois, Le gouvernement des papes et les révolutions
dans les Etala de /'/Tç/ise, " Paris, 1865, in-8, pp. 271 et suiv. ; Verri,
Storia di Milano, éd. de Florence, Lemonnier. I, 339-il.
2. Pétri Azarii Annales Mediolanenses, Muratori, /?./L Scr., t. XVI,
ann. 1354; Verri, 364-5.
3. L Épinois, /. c.
4. Son père s'appelait Garcia Alvaro Albornoz. Le cardinal eut un
frère, Alvaro Garcia. Son neveu, fils de ce dernier, Gomez Albornoz,
fut gouverneur de Bologne sous le pontificat d'L'rbain V (Sepulveda,
Historia de bello administrato in Ilalia, f° nii v").
5. Sepulveda, /. c, f" m.
6. Sepulveda, ihid., i° m v°. Il prit une grande part à la déclaration
de guerre contre le roi des Maures Benemarin (f°* ni-ni v»).
7. Sepulveda, ibid., î" un.
— 208 —
et militaires. Il était infatigable dans la guerre presque con-
tinuelle qu'il fit aux deux. Visconti ; après avoir souffert de
la fièvre, il venait à peine de recouvrer ses forces, quand on
lui annonça les intrigues de ses ennemis à Bologne. Il monta
aussitôt à cheval et réconforta les siens '.
Son principal ennemi fut Bernabô Visconti, un des per-
sonnages les plus énergiques et les plus violents de cette
époque. Les chroni-ques italiennes citent des anecdotes féro-
ces sur son règne : il aimait la justice et se vengeait cruel-
lement sur ceux qui violaient la paix publique. Des bandits
qui infestaient ses états en 1363, eurent les yeux arrachés,
après quoi on les pendit ^ D'autres étaient jetés dans des fours
ardents ^ Il voulait qu'on pût traverser son territoire avec un
bâton à la main, jour et nuit^. Grand chasseur, il faisait entre-
tenir d'innombrables meutes par ses sujets qui étaient con-
damnés, si ses officiers les trouvaient en mauvais état*. Il
était célèbre par ses traits de sanglante ironie : il répondit
à la sommation que lui fit Cansignorio de ne plus attaquer le
domaine de l'Église, en lui envoyant une vaisselle en argent
portant pour armes une échelle appuyée contre un gibet*. Des
1. Ibid., fo XXXIX. « Aegidius vixdum morbo explicitas et plane
viribus receptis. conscenso equo in conspectum suorum venit. » Il
mourut le 24 juin 1367 (2^ vil. Urh., Baluze, I, 406) ou le 24 août de
la même année (l'» inla, Baluze, I, 378).
2. Corio, Stnria di Milano, fo 177 v°. Cf. Azario, /. c.
3. Cf. Azario. /. c.
4. « Vulea sopra il dominio suo solo con uno bastono nocte e piorno
si potesse aiidare. » (Corio, f" 177 v"). V. sur sa justice l'élojïe du
même Azario (Muratori. R. II. Scr., t. XV\, c. 385 b) : « Est enim do-
minus Bernabas veridicus, amans justitiam, constans, impatiens et
nimium virtuosus, lamen aliquando voluntalem sunm- excedens. »
La restriction est assez plaisante. V. les ordonnances de Galéas sur la
torture, ibid., 410-411.
5. « Certe in cura et studio venandi, et a.iïros potiundi, omnes alios
nobiles antecedit, et nimium in canibus delectatur. Et dum praedictas
venationes facit, segregatur ab aliis imfinitis secum ductis, paludes
intrat, et opaca majora nemorum. quamouam solus» (Azario, c. 393 e).
Cf. Goro Dati, Sloria di Firenze, pp. 10-11. Il n'était pas, du reste,
avare de sa meute et en faisait des présents mairnifiques : le prince
d'Achaïe reçut un transport de 36 chiens en 1384 (Misclifinea di storia
ilalinna, X>C 2« série, 5. Torino, 1882, Rpgpsio dei principi di cnsa
d'Acnja, p. 278. (V. l'anecdote dans Vlslnria di Pnrmn, Muratori,
t. Xli, p. 75 (« un soldo di estimo »). 11 aurait fait démolir quatre
moulins à Parme, près de la porte de Bologne, en prétextant que « per
quelle il conte.stabile non poteva udire le gnardie » (i'n'd.).
6. M. Villani, I. X, ch. 96, éd. Dragomanni, II, 386-7. Il s'écrie à la
nouvelle de cette intervention : Essi sono malti fanlisini (ibid.).
— 209 -
présents pareils furent faits aux autres alliés du pape qui
avaient pris part à cette démarche*.
Il s'assura le concours de plusieurs princes allemands par
des mariages. Etienne de Bavière épousa une de ses filles. Il
donna l'autre à Albert d'Autriche \ Il en avait besoin, car la
guerre avec l'Eglise avait recommencé, aussitôt après la
mort de l'archevêque. Jean d'Oleggio se révolta à Bologne,
(7 décembre 1355) et, après un nouveau complot Bernabô se
décida à l'attaquer (décembre 1359). La ville fut livrée par
les révoltés au cardinal-légat. Bernabô enrôla des merce-
naires et dévasta les environs, malgré les efforts du pape,
qui appela à son secours l'empereur, le comte de Savoie, le
marquis d'Esté, les Gonzague et Rodolphe d'Autriche. Des
révoltes furent fomentées à Forli, à Rome -même, par le
tyran. Des négociations ne réussirent pas en 1360, mais Ber-
nabô perdit la bataille de Savenna et la ville fut délivrée de
ses attaques \
Les hostilités reprirent avec plus d'acharnement au mois
d'avril de l'année 1362. Le vicariat de Bologne avait été
accordé (13 mars), pour quatre ans, à Aldobrandin d'Esté,
marquis de Ferrare\ Une ligue fut conclue au mois de mai
de la môme année, entre l'Eglise, François de Carrare, Con-
signorio, Nicolas d'Esté et Feltrin de Gonzague, seigneur de
Reggio \ Au mois de juillet, 900 chevahers de Bernabô furent
battus par ceux de Vérone, entre Pandegoli et Smaccano^
Chaucer le nomme « god of délit, and scourge of Lumbardie ». Poetical
Works, éd Roulledge p. 438.
1. Au seigneur de Padoue des colombes volant, à Gonzague un
fouet (Villani, /. c). Il avait cependant des goûts très élevés et « araa
fort » les livres (Ch. Fii^eac, Louis et Charles d'Orléans, pp. 146-7).
2. Corio, l. c, p. 178. Viride fut mariée à Albert d'Autricheen 1364
{ibid.).
3. Lépinois, /. c.
4. La concession fut accordée par Albornoz. Voyez le consentement
du pape, ap. I.ùnig. Cod. liai. dipL, I, pp. 597-602.
5. Corio, l. c, f" 176 v. D'après Mathieu de' Griffoni, Nicolas
d'Esté aurait fait cette même année (mention après des événements
datés du mois de mai) sa paix avec l'i'lglise. et Albornoz lui aurait
accordé comme fiefs les châteaux de Bazano et de Nonantula {Castra
Dazani), qui appartenaient à la commune de Bologne, ce qui causa du
mécontentement dans la ville {Mallhaei de Griffanihus Memnriale liisto-
ricnm. Muratori, fier. It. Script , t. XVllI, p. 178 d-e). Alliance par
mariage entre Cansignorio et Nicolas au mois de mars (Corio, f» 177).
6. Villani, 1. XI, ch. ix, éd. Dragomanni, II, 405.
N. JoROA. Philippe de Mézières. li
— ?10 —
Bologne était menacée cependant par Bernabo au moment
de la mort d'Innocent VI. Les cardinaux écrivirent pendant
la vacance du Saint-Siège, pour exhorter les habitants à se
bien défendre'. On craignait peut-être un coup de main de
la part de cet ennemi si entreprenant. Nicolas, Hugues et
.\lbert d'Esté, les deux seigneurs de Vérone, Cansignorio et
Paul-Alboïn, François de Carrare enfin, furent invités à les
secourir au besoin ^.
Urbain V résolut d'agir avec énergie. Il écrivit aussitôt
après son avènement au cardinal Albornoz, pour lui
recommander la vigilance'. Les ambassadeurs envoyés par
Bernabô pour féliciter le nouveau pape, (décembre 1361),
virent leurs offres refusées, malgré l'intervention du roi de
France*. La paix était impossible sans la restitution de tout
ce que Bernabô venait de prendre à l'Eglise ^ Le légat fut
invité à demander à Meinhard de Bavière le contingent qu'il
avait promis pour être absous de l'excommunication®. Le
roi de Hongrie envoya des troupes à Bologne.
Déjà un procès d'hérésie avait été commencé contre Berna-
bô, qui fut cité à comparaître, le 28 novembre. Il était accusé
d'avoir insulté Robert, archevêque de Milan, qui dut s'age-
nouiller devant lui, d'avoir déclaré qu'il était pape et empereur
dans ses domaines et que Dieu lui-même ne pouvait rien y faire
sans son consentement, d'avoir enfermé l'archevêque, d'avoir
persécuté le clergé, pris pour lui les revenus ecclésiastiques
et donné le nom de pape à un de ses familiers". La lettre fut
1. Theiner. Codex diplomaticus dom. temp. S. Sedis, II, Rome, 1861,
366; lalettre dans les Arch. du Vatican, 245, f" 1.
2. Ihid., f's 2-4. Home elle-même était agitée : les nobles essayèrent
vainement d'y reprendre le pouvoir (l'Épinois, p. 314).
3. Archives du Vatican, l. c, f° 4.
4. Villani, 1. XI, ch. xxxi, éd. citée, pp. 428-9; Sponda, I, 773-4.
C'étaient Galdisio de Lovixellis et Fr. Chambasilica. Ils arrivèrent le
17 décembre (cf. lettre du pape à Albornoz; ap. Theiner, o. c, II, pp.
405-6).
5. Ibid. Cf. lettre du pape à Albornoz (1 févr. 1363). ap. Theiner,
0. c, p. 407 : restitution des châteaux bolonais et bienveillance envers
les personnes du clergé de ses élats (ibid.). La lettre dans les Jrc/t. du
Vatican, 245, f" 49.
6. Archives du Vatican, 245, f" 33, publiée par Theiner, Codex diplo-
maticus domina temporalis S . Sedis, II, p. 404-5 (23 novembre 1362).
7. Arch. du Vatican. 2«5. f" 29. publ. par Theiner, II, p. 405 (citation
— 511 —
publiée le jour même à Avif^non', et tous les prélats furent
invités à la publier dans leurs diocèses. La réce:)t-ion faite
aux annbassadours qu'envoya Beruabù pour se justifier fut
assez bienveillante cependant, bien que le pape craignît les
intrigues de cet homme si habile^.
Le 3 mars enfin, Bernabô n'ayant pas encore comparu ^
l'excommunication fut lancée contre lui en plein consis-
toire*; puis le pape se leva de son siège et, se mettant à
genoux, invo(iua, les mains levées au ciel, l'aide du Christ « et
de messire saint Pierre et de messire saint Paul et de toute
la cour céleste ))^ Le jour suivant, la sentence fut publiée
dans toute la chrétienté". Le cardinal-légat devait prêcher la
croisade contre le fauteur d'hérésies'.
Bernabô avait dirigé vers cette époque une grande armée
vers Modène, qu'il assiégeait avec Annequin de Baumgarten,
le célèbre condottiere^ : le marquis demanda le secours de la
ligue. Les Véronais, les soldats de Padoue et de Reggio arri-
vèrent sous le commandement de Feltrino. Le canal séparait
les deux armées : les confédérés le passèrent et attaquèrent la
chevalerie lombarde, qui fut détruite ou prise' : il y eut trente-
huit morts et un grand nombre de prisonniers'". La bataille
de Bernabô), cf. Sponda, I, 5773-4; 2" vila Urbani, ap. Baluze, o.
('.. I, :599. Cf. Arch. du Val., l. c, fos 1.4; s (procès de Galéas).
1. I/nd.
2. Le légat considérait cependant la paix comme possible, bien que
douteuse, dans une lettre au doge ('2h janvier 1362; ne faut-il pas lire
1363?) Comm., VI, n° 287; t. il, p. 328).
3. Prolongation due aux ambassadeurs de Bernabô; le premier terme
était pour le mois de févr. (v. Villaiii, I. c).
4. 2« vita Urb., ap. Baluze, I, p. 401.
5. Villani, 1. XI, ch. XLI, éd. citée, pp. 434-5... « si levé ritto,
e missessi in ginoccbione culle mani giunte e levate al cielo, e corne
vicario di N. S. Gesii Cristo, invocô l'aiuto suo, e di M. S. Pietro
e di M. S. Paolo e di tuttala ceiestiale corte... » Le roi Jean était présent
{ibid.).
6. Lettres aux évéques d'Italie, Arch. du Vatican, 245, f»* 20-20 v°.
Lettres aux patriarches et aux évoques de la chrétienté, ibid., f° 36.
7. Theiner, Codex diplomaticus dom. temp.. H, 407-8. Diverses
personnes « etiam magni status », dit-il, étaient intervenues déjà en
faveur de Bernabô.
8. « De Mongrado », ap. Corio, 0. c. f" 177.
9. Corio. ibid. Bernabô avait, d"aprés Villani, deux mille cinq cents
hommes de troupes d'élite.
10. Villani, 1. XI, ch. XLIV, éd. cit., pp. 435-6.
— 212 -
se livra près du château de Solaro\ le 16 avril 1363*. Berna-
bô, qui se trouvait à Crepacuore, s'enfuit pendant la nuit,
avec dix chevaliers seulement, à Parme, où il se mit à
réorganiser son armée\ Le pape, qui apprit cette victoire le 21
avril*, se hâta d'écrire au marquis d'Esté pour lui demander
de* hâter la ruine définitive de l'ennemi \ De l'argent avait
été mis à la disposition du légat ** : la ligue devait être éten-
due, en comprenant les communes de l'Italie'; le doge fut
invité à interrompre tout commerce avec le vaincu de Solaro^
Les Florentins reçurent l'invitation de ne pas lui permettre
de faire des enrôlements en Toscane*.
Cependant il ne semblait pas s'opposer non plus à une paix
favorable à l'Église. Des instructions furent données dans ce
sens à Albornoz, le pape oyant appris que Bernabô serait
assez disposé à faire des concessions*". De l'argent fut donné
au légat pour les négociations". On lui permit de recevoir
l'abjuration des alliés du tyran *^
Des personnages considérables avaient déploré, au com-
mencement du mois de mars, cette excommunication, trop
hâtive peut-être, qui ne pouvait que rendre plus acharnée la
guerre entre l'Église et les tyrans. Le roi Jean s'était dé-
claré dès le commencement pour la paix. Pierre I" écrivit
d'Italie encore pour la conseiller aussi. Il comprenait que
cette guerre, qui absorbait toutes les forces et tout l'argent
du Saint-Siège, ne pouvait pas permettre au pape de penser
à autre chose qu'à défendre ses possessions en Italie. Arrivé
1. Ibid. Cron. di Bologna, Muratori, t. XVIII, c. 467. Stellara, ap.
Corio (/. c).
2. Viilani, /. c. Corio la place au mois de mai (ibid.).
3. Corio, l. c, î° 177 v.
4. Prou, /. c, p. 29, note 5.
5. Theiner, o. c, II, pp. 408-9 (27 avril).
6. Ibid., pp. 372 et suiv., cf. ibid., p. 408 (dès le 17 avril).
7. (1-- mai 1363). ap. Tiieiner, II, p. 409.
8. Ibid., p. 409 (Arch. du Vatican, 245, f"^ 149-9 v»). Venise protesta
dans une lettre à Pierre Thomas, qui devait savoir que ce peuple
« victum suum querat extrinsecus et ex solo mercandi misterio subs-
tentetur » (Sen. Misti, 30. f" 144, 9 avril 1364; unanime).
9. Capiloli di Firenze, II. p. 505 (20 mai 1363).
10. 1" Mai 1363. ap. Theiner, II, pp. 409-10 {Arch. du Vatican, 245,
f°s 175-176 v).
11. Cf. f°» 147-7 v».
12. Archives du Vatican, 145, f« 191 v° (21 mai).
- 213 —
à Avignon, il recommença ses sollicitations' et offrit même
d'être, avec le roi de France, le médiateur entre Bernabô et
le légat. Urbain V se résigna à tenter cette expérience, bien
qu'il doutât du résultat qu'elle pouvait avoir.
Nicolas Spinelli^ ou Spinola fut envoyé en Italie, le
V mai 1363, pour porter au légat cette permission de traiter.
Il devait voir les alliés de l'Église, Cansignorio et Paul-Al-
boin à Vérone, les trois marquis d'Esté à Ferrare, le trésorier
de l'Église en Toscane, Angelo Tavernini et Lapo de' Ricasoli,
châtelain de Corneto''. Il était porteur d'instructions écrites*.
En même temps, et dans la lettre apportée par le même
envoyé, le pape parlait de la médiation des rois de France
et de Chypre. Leur zèle pour la croisade leur avait fait
choisir des ambassadeurs destinés à obtenir une paix équi-
table pour l'Église, qui recouvrerait tous les châteaux du
territoire de Bologne ainsi que celui de Lugo. Le légat de-
vait attendre le résultat de leur mission : ils ne devaient pas
traiter eux-mêmes de la paix entre Bernabô et l'Église avec
ses alliés avant de connaître les dispositions du tyran à cet
égard. Il est libre de se décider ainsi qu'il le croira conve-
nable; il pourra déclarer une nouvelle guerre au perfide.
1. Il parla de la paix à Bernabô lui-même, pendant sa visite à Milan
en février 1363 (Mézières, Vita, Act. Sanct., Jan. II, p. 1008).
2. Nicolaum Spinellum, legum doctorem. C'était le protecteur
de Gênes à la curie, le « Nicole de Naples » qui joue un rôle sous
Charles VI (Arch de Gènes, Inlroitus et exitm, 136'i, f" 95 v ). Un
Aron Spinola était le correspondant de Philippe de Mézières à Milan,
le 26 mars 1364, quand il écrivit sa lettre, si importante, au comte de
Savoie (Ms. Arsenal, 499, f"* 145 v"-146 v. Cf. Bev. hisl., XLIX,
309). Des Spinola se rencontrent en Chypre vers cette même époque :
François (Mâcheras, pp. 54, 72, 77) fit la chasse aux pirates génois en
1361, et fut noyé en combattant contre les pirates de Mohamet-Reis,
en 1365 (p. 72); Léon accompagna le roi dans son expédition contre
les révoltés de Satalie (p. 108). On trouve sous le successeur de
Pierre l" les noms de Lucas et de son fils Jean, de liobert, d'Etienne,
de Thomas et peut-être d'un autre François («tpaac' i;-'.vof,X. p. 380)
Spinola (v. Mâcheras, pp. 289. 354, 328, 375, 380)! Ils étaient d'origine
génoise : Lambert Spinola fut un des commandants des galères
génoises dans l'expédition contre Chypre, en 1372 (FI. Bustron, éd.
R. de Mas-Latrie, p. 294).
3. Archives du Vatican, 245, f° 147 v». V. les lettres de recomman-
dation, ibid., f"5 148-148 v". Il y en a une adressée au conseil et au
recteur de la civilas Joisan. (?)
4. Lettre de recommandation, adressée au cardinal légat (ibid., 245,
fo 149) :
— 214 —
Des subsides lui seront accordés dans ce but, et la même
lettre l'autorise à faire les ligues nécessaires contre l'ennemi
commun des fidèles*.
Ces ambassadeurs partirent peut-être ce même jour^. Le
roi de France avait nommé pour cette mission difficile Roger
de San-Severino, comte de Mileto, et Tévêque de Nevers,
frère du cardinal'. Philippe de Moulins, licencié es lois, les
accompagnait. Ils se réunirent, à Avignon même, aux deux
ambassadeurs nommés par le roi de Chj'pre, Pierre Thomas
et Philippe de Mézières\
Ils partirent pour Milan d'abord, et les dissentiment ne tar-
dèrent pas à éclater : les ambassadeurs du roi Jean, fiers
1. « Ut omnia castra Romane ecclesie, que detinet in territorio Bo-
noniensi etcastrum Lugi ante omnia libère restituât etdimittat ecclesie
prelibate, et deinde de pace ipsius cum eadem ecclesia et coiligatis
ipsius ecclesie tractaturos ». Archives du Valican 245, fo 147 v°.
2. Et non pas après le départ du roi de Chypre (31 mai, cf. p. 172 du
présent ouvrage), ainsi que le croit Mézières {Vila, l. c, p. 1008).
3. Philippe de Mézières (/. e.) ne mentionne que c/ei<x ambassadeurs
de la part du roi de France, un grand comte (le comte de Mileto) et
« un évéque. frère du cardinal ». La Chronique de Bologne (ap. Mura-
tori, B. II. Scr., t. XVII 1, c. 496 b) parie de l'arrivée dans cette ville
de Messere il conte di Malelo siniscalco délia Provincia di Francia
et de l'évêque d'.Anvers (e il vescovo di Anversa) {sic). La lettre
du pape au roi Jean (Arch. duVatican, L. S.. 245, f'^^^ 229-30) cite comme
ambassadeurs ad parles Italie, d'abord Roger de San-Severino
{Rofjerius de Sancto Severiiio, cornes Mileli), et ensuite l'hilippe de
.Moulins, licencié es lois (Philippus de Molinis. licentiatus in leijihus).
dont le nom ne se retrouve pas dans les récits précédents. Plus loin,
l'évêque de Nevers est mentionné comme troisième ambassadeur,
(episcopus Nivernensis etiam, ad hoc ambaxiator tuus.) C'est évi-
demment l'évêque, frère du cardinal, dont parle .Mézières, l'évêque
à.' Anvers de la chronique italienne. Il était arrivé déjà à la cour du roi
Jean, tandis que ses deux collègues venaient de retourner à peine à
Avignon. L'évêque fut probablement le principal ambassadeur avec le
comte, Philippe de .Moulins jouant un rôle trop inférieur pour que
Mézières le mentionnât. Après l'insuccès des négociations, le premier
partit aussitôt pour en rendre compte au roi, et c'est ce qui explique
l'arrivée séparée des amba.>sadeurs. Ce Philippe de Moulins devint
plus tard évêque de Noyon, et il fut choisi parmi les exécuteurs testa-
mentaires de Louis d'Orléans (Beurrier, o. c, pp. 332-5).
4. Ils ne furent pas envoyés par le pape (Delaville le Roulx. o. c,
p. 202). Mézières avait suivi le roi dans ses voyages jusqu'à .\vignon :
le pape lui accorda, à cette époque peut-être, cette « absolution dar-
raine », dont il parle dans son testament (ms. .\rsenal. n" 408, f" 246 :
« ceste absoluciun darraine, dévotement otroié au povre pèlerin par le
benoit pare {sic) Urbain V' »). 11 était peut-être parmi les ambassa-
deurs qu'envoya, de Venise, le roi au marquis d'Esté (ils arrivèrent le
5 janvier à Ferrare, Chr. Est.. .Murât, XV. c. 486 .\ ; Polistore. ibid.,
XXIV, 0.843 d).
— 215 —
de la puissance de leur maître, traitaient avec arrogance ce
légat à l'aspect sordide et ce chancelier d'un très petit
royaume, dont la noblesse personnelle était si mince. Mézières
en fut touché, bien qu'il ne parle dans son récit que de l'in-
jure faite à son père.
Ce récit est malheureusement trop court ; l'auteur ne veut
pas insister sur la part qu'il prit lui-même à ces négocia-
tions, et il se hâte de passer au récit de la prise épique
d'Alexandrie, aux derniers moments, si pieux et si édifiants,
du légat. Au lieu de parler en détail de ces interminables
voyages auprès du tyran et auprès du légat, où il dut mon-
trer tant de zèle et de désintéressement, il s'applique à mettre
en lumière quelques faits miraculeux seulement, dus aux
prières de son ami et compagnon. Son témoignage est par-
fois moins développé que celui de la Chronique de Bologne.
Les négociations avec Bernabô ne furent d'abord pas heu-
reuses. Les ambassadeurs lui exposèrent la cause de leur arri-
vée et obtinrent une réponse destinée uniquement à faire traîner
les choses en longueur. Il ne consentit pas probablement à
rendre les territoires qu'il avait pris à l'Église et à ses alliés.
Les ambassadeurs partirent vers le légat avec ses proposi-
tions \
Ils passèrent par la ville de Bologne, où ils firent leur en-
trée le mardi 13 juin". Trois jours après, ils se dirigeaient
(jeudi 15 juin) vers la Romagne, pour y trouver le cardinal
Albornoz, qui résidait à Césène^. Ils avaient pu voir, à Bo-
logne, son neveu et confident, Gomez Garcia, gouverneur de
la ville*.
1. Mézières, Vila, l. c, p. 1008.
2. « Si disse che venivano da Milano per cagione di fare acconcio
colla Chiesa, e con Messer Bernabô de' Visconti e di tutta la Lega, e che
erano mandati da i loro signori, perché volevano fare il passaggio al
Sepolcro di Christo, e aveano tolta la Croce in Avignone. » Cronica
di Bolofina, c. 460 B.
3. « Comoii de questo maie lo Re di Francia e lo Re de Cipri, man-
(larono ambasatori alo Legato che stateva a Cesena pregandolo che
rendese pace ali Vcsconti » Cronica di G. Pietro Cagnola. Bibl.
nationale, It. n" 261, f" 47. Cf. Cronica di Bologna, l. c.
4. Il offrit sa démission au mois de juin de celte même année. Elle
fut refusée par le pape qui déclara ne pas pouvoir lui donner un plus
digne successeur. Arc/i. du Vatican, r.c.jï"" 198 v (25 juin 1363), pu-
bliée par Tiieiner. Doc. S. Sedis, II, p. 410,
— 216 —
La réception du cardinal ne fut pas plus encourageante
pour les ambassadeurs. Albornoz haïssait son adversaire, qui
le lui rendait bien, et tout accommodement fut impossible
tant qu'il occupa la dignité de légat du Saint-Siège en Italie.
La réponse que rapportèrent à Milan les envoyés ne fut pas
sans doute du goût de Bernabù, qui rompit brusquement les
négociations. Les ambassadeurs français se retirèrent alors ' ;
1 evêque de Nevers partit le premier, les deux autres ne tar-
dèrent pas à le suivre. Ils étaient de retour à Avignon le
5 août 1363, époque à laquelle Urbain V écrivit au roi de
France pour lui annoncer l'insuccès des négociations. Ber-
nabù seul est le coupable, Bernabù l'hérétique et le « fils de
la malédiction »^; ses offres de l'année passée n'étaient donc
que des subterfuges, des mensonges, comme il en avait
l'habitude*; il se moque des rois, ainsi qu'il l'a fait déjà
de l'Église, qu'il compte soumettre. Quant à lui et au légat,
ils persistent dans leurs dispositions pacifiques pour favoriser
ce passage d'outremer, que Bernabù s'efforce d'empêcher*.
Cependant Bernabù ne tarda pas à changer d'idée. Deux
jours après le départ des ambassadeurs français, il fit appeler
les envoyés du roi de Chypre, qui n'avaient pas encore re-
noncé à leurs espérances. 11 s'assit entre le légat et Philippe ^
et leur demanda de lui exposer leurs vues sur la paix. Pierre
Thomas aurait pris la parole, d'après Mézières, lui par-
lant des forces inépuisables de l'Église et de la nécessité du
saint passage. Ses arguments touchèrent, parait-il, le tyran,
qui l'écouta avec une grande attention. Il lui répondit, en
soupirant, après quelques moments de silence, que sa déci-
sion aussi était de faire la paix avec l'Église et de redevenir
son fidèle serviteur ^ Il offrit de rendre ses conquêtes en
échange d'une somme d'argent que lui paierait l'Église. An-
drouin de la Roche ', cardinal de Ciuny, devait remplacer en
1. Mézières, l. c, pp. 1008-9.
2. « Maledictionis alumpnum hereticum. »
3. « Deceptiones et mendacia consueta. »
4. Archives du Vatican, L. S., 245, f»* 229-30.
5. « Inter Patrem meum et me sedens. » ( Vita, l. c).
6. Vita, pp. 1008-9.
7. Androuin de la Hoche, abbé de Cluny d'abord, puis cardinal sous
Innocent VI. Il ne vota pas à l'occasion de l'élection d'Urbain V, le
- 217 —
même temps son ennemi, le cardinal Albornoz, comme légat
du pape en Italie'. Les deux ambassadeurs furent autorisés
à offrir ces propositions et à conclure le traité en son nom\
Pendant qu'ils recevaient à Milan les conditions de Ber-
nabô et se dirigeaient vers la Romagne, la guerre continuait
entre le tyran et l'Église dans les environs de Bologne. Après
leur départ, une brigade d'étrangers et de citoyens de la
ville attaqua et prit le mont Veglio, en criant : « Vive
l'Église ))■'. D'autres forteresses encore furent attaquées par
les bourgeois, Cucherla d'abord, puis Zirone\ Le 11 juillet,
le 14, le 15, le 17, le 20 et 25, des quartiers partirent en
expédition vers les châteaux ; les tentatives se répétèrent au
mois de juillet et au commencement d'aoùt^ Les ambassa-
deurs traversèrent la ville, où régnait une anarchie presque
complète, vers le commencement de septembre, en se diri-
geant vers la Romagne. Le 3 du même mois, le bruit se ré-
pandit dans la ville que tout bourgeois était libre d'aller aux
châteaux occupés encore par les Lombards. Cette permission
s'étendrait aux membres de la ligue. On ne savait pas trop
si c'était une trêve qui avait été conclue, ou bien une « paix
libre » seulement^: on croyait communément que c'était la
paix. Le commerce était interdit cependant entre les belli-
gérants ; des troupeaux furent volés quelques jours plus tard.
L'absence du recteur, qui était allé voir son oncle en Ro-
titre ne lui ayant pas été conféré encore. Il siégea cependant dans le
sacré collège lamquain in ipsa vocem habens (l'' vita Urbani, ap.
Haluze, o. c, I, 36.'i). 11 était cardinal-prêtre de S. Martin et « grande
ainico » de Bernabù (Cr. di Boloyna, ap. iMuratori, Her. II. Scr.,
t. XVIII, c. 485 d).
1. V. Sepulveda, /. c, f" xl v°.
2. Mézières, Vita, l. c.
3. Cronica di Bologna, c. 469. Des Hongrois campaient près de la
ville (v. plus loin). Des Allemands arrivèrent pendant l'été de 1363
(sauf-conduit de cette époque, Archives du Vatican, L. S., 245, f° 222).
4. Cron. di Bologna, ibid.
5. Le 5 et le 7. Le 27 juillet, Bernabô attaqua de nouveau Modène
(Cron. di Bologna, ibid.). A la suite de ces petits succès le pape félicita
(le 23 juillet) chaleureusement le recteur de Bologne, Gornez Garcia,
en exprimant l'espérance de voir ces châteaux revenir à l'Église aussi
rapidement qu'ils avaient été perdus : le château de Montebello (Mon-
tisnclij) venait d'être repris par le recteur (Archives du Vatican, 245,
f" 218).
6. « Pace libéra », Cronica di Bologna, l. c, c. 470. La proclamation se
fit le dimanche 3 septembre : « andô la grida alla Renghiera del com-
mune di Bologna » (ibid.).
— 218 —
magne, rendait l'incertitude plus grande'. Après son arrivée
même, l'anarchie continua, car il ne tarda pas à quitter la
ville. Un vice-podestat arriva le 15 septembre; Guelfo de' Gi-
rardini, Florentin, le remplaça comme dans ces fonctions au
commencement du mois suivant ^
Pendant ce temps, les ambassadeurs continuaient leurs
efforts auprès du cardinal et de Bernabù. Ils eurent à com-
battre de nouvelles difficultés suscitées par ce dernier, qui
était, dit la Chroniqne de Bologne, un « capricieux sei-
gneur ))^. Ils parvinrent cependant à former un projet de
traité, qui fut approuvé par les deux parties, et partirent de
Milan avec Gualdrisio de Lovixellis, ambassadeur de Ber-
nabô, pour se rendre auprès d'Albornoz, qu'ils réussirent à
convaincre*. Ils revinrent par Bologne, où on les retrouve au
moment même de la proclamation de cette trêve, qui était
due principalement à leurs efforts". Ils quittèrent la ville le
lendemain même' (4 septembre) pour aller à Milan annoncer
au duc l'acceptation du légat ^ Bernabô leur associa trois
ambassadeurs, le même Gualdisio, qui joua un très grand
rôle pendant ces négociations'', le chancelier de Lombardie,
Francescolo Cajmbasilica, son collègue à Avignon en 1363,
et Bruno de G/MJCi'awo, bourgeois de Milan*. Ils se rendirent
1. « E questa parte molto maie si senti per alcuno, che il rettore cioè
il governadore (Gomez Garcia) di Bologna era andato da Monsignor
Cardinale (à Céséne), e stettevi molti di, sicche non v'era alcuno, che
sapesse dare ordine » {Cron. di Bol., l. c, c 470 c) ; « ma dopo la
venuta del dette rettore si mandô aile fortezze, che dovessero rimanere
di ciô, e cosi fu fatto {ib.) ». Cf. ibid., c. 470: « E fu volta che non
era nella città di Bologna rettore, ne podestà, ne vescovo, che nessuno
era in questa terra, e non si trovava che nella città fossero se non pochi
rumori e pochi malefizj. »
2. Cron. di Bol., ibid.
3. « Uissesi, che messer Bernabô era un vario signore, che non
tenera cosa che promettesse » {ibid., c. 472). Ils allèrent plusieurs fois à
Milan et à Césène (« assai volte », ibid., c. 470 d). Cf. Vila, l. c.
4. « Ivi si fece ogni cosa, che si avea a fare » {Cron. di Bologna,
c. 470d) : « a questa venuta non erano tutti insieme (les ambassadeurs
du roi de France manquaient) se non due di loro, et quello di messer
Bernabô Visconti »e que la Chronique appelle « messer Gualdrisio »
tout court. {Ibid.).
5. Cron. di Bologna, c. 470 d.
6. Ibid.
1. « Gualdisius de Loveschis » (Theiner, II, p. 412). Il était docteur
es lois et citoyen de Crémone.
8. Theiner, /. c.
- 219 —
ensemble à Avignon pour y demander le consentement du
pape'.
Leurs propositions étaient très favorables à l'Église : Ber-
nabô offrait sa soumission; il rendait les châteaux du comté
de Bologne et celui de Lugo, et s'engageait à détruire les
forteresses qu'il avait fait construire dans le Modenois. 11 de-
vait recevoir en échange 32,000 florins", et un nouveau légat
allait être nommé à la place du cardinal Albornoz.
Cette dernière condition fut remplie, bien qu'à regret, par
le pape. Albornoz gardait son titre de légat, et des lettres lui
furent envoyées pour lui annoncer les termes de sa légation.
Sa puissance en serait accrue, disait la lettre ^ Un nouveau
légat devait recevoir cependant le gouvernement de Bologne
et des châteaux : Androuin de la Roche, appelé ordinaire-
ment le cardinal de Clunj, fut choisi dans ce but vers le
commencement du mois de décembre. Des lettres de recom-
mandation pour le recteur de Bologne et ses officiers lui
furent délivrées le 13 du même mois* : il était autorisé à con-
1. « Tandem praefatus reverendus pater dominas Legatus pridem in
Cescna certoseliciens modoscumambassiatoribusetprocuratoribusdicti
domini Bernabonis sub certis articulis et responsionibus ordinatùs per
Reverendum patrem... Petrum Archiepiscopum Cretensem, et nobilem
militern dominum l^hilippum de Maserii.s... ejusdem domini régis Cipri
ambasiatores... Ambassiatores, procuratores et nuntios suos uria cum
dictis Ambassiatoribtis regni Cipri ad Romanam Curiam redeuntibus
de.stinavit... » (Theiner, o. r., H, p. 412). Le légat avait envoyé donc aussi
ses ambassadeurs. Cf. Cron. di Bolof/na, c. 470 d ; « e poi si disse
ch'essi andarono a Corte », etc.
2. Lettre du pape à Albornoz (23 décembre 1363). Arch. du Vatican,
L. S., 246, f»s 41-2.
3. Ibid.
4. Ils devaient lui rendre les châteaux et rester à son service, s'il
les retenait (Ai'ch. du Vatican, 246, f" 377 v"). Une autre du même
contenu est adressée aux Anciens et au peuple de la ville (ibid., f^^ 37
vo-38) : il se félicite d'accorder la paix à la ville si cruellement éprou-
vée. Une autre lettre « au recteur, aux docteurs et à l'université des
études à Bologne » se trouve plus loin : le nouveau légat restaurera
ce « studium olim famosum » (f" 28). Lettre à l'évêque et au clergé
(f'« 38-38 V"), aux marquis d'Esté pour l'aider avec leurs forces, au
besoin (f"^ 38 v-O). De pleins pouvoirs lui furent accordés par des lettres
pontificales du 3 décembre (Theiner, o. c, H, p. 412). Sur Androuin,
qui contribua au traité de iJrétigny. avec deux autres envoyés du pape,
v. Lucc, Du Guesclin. pr. 356, 259, 3. Le même auteur cite
sa justification, après une première légation en Italie, en 1357 (Bibl.
nat. lat. 4115, f" 75): « Certe dulcis fui, non quantum voluissem aut
forte debuissem, sed quantum potui ». etc. Le chapeau de cardinal lui
fut remis en décembre 1361 (Martène, Thés, anccd.. il, col. 1068). — Les
Vénitiens le félicitent le 3 fév. 1364 {Scn. Misti. 30, f" 51 v°).
— 220 —
dure la paix, si Bernabô consentait à y comprendre la famille
des Gonzague et les nobles des Roberti et des Boiardi'. Il
pouvait absoudre le tjran des condamnations ecclésiastiques
qu'il avait encourues par sa désobéissance^, recevoir les châ-
teaux et les rendre à Bernabù, si l'Église ne tenait pas ses
engagements \ lui restituer ses prisonniers*.
Androuin ne tarda pas à partir % mais le pape était loin de
croire à la conclusion heureuse de la paix. Il écrivit aux
alliés pour leur demander de renouveler la ligue ( 31 dé-
cembre) ^ Il défendit au nouveau légat de donner l'argent au
prince avant la reddition des châteaux \ Le légat devait forti-
fier la ligue* et prendre des mesures, si la guerre venait à
recommencer". Il n'annonça à personne la conclusion prochaine
de la paix. Charles IV en reçut la nouvelle de la part de ses
vicaires, et le pape s'excusa sur l'incertitude où il se trouvait
quant à l'issue des négociations ^^.
Philippe de Mézières et l'archevêque de Crète partirent
d'Avignon avant le départ d'Androuin. Ils se dirigeaient vers
l'Italie pour aplanir les derniers points de litige et recevoir la
garde des châteaux, qu'ils devaient remettre ensuite au légat
à son arrivée. Ils passèrent par la Savoie, où le comte se
préparait à commencer son expédition à grand apparat '\ Il
venait de faire le vœu de croisade à Avignon et se proposait
1. Lettre à Albornoz : « Nobiles de Robertis et de Boiardis ».
2. Lettre du mois de décembre (?) 1363 (Arch. du Vatican, 246,
f-'s 29-30).
3. F"* 30-31. Androuin n'était pas parti encore pour l'Italie (desti-
nemus).
4. Ibid., f°= 31-31 v». Quelques jours plus tard (le 28 décembre), il
fut autorisé à absoudre les ecclésiastiques qui avaient soutenu Ber-
nabô {Arch. du Vatican, 246, f" 93).
5. Il fut envoyé en Italie « anno domini 1363 praedicto » (2» Vita,
ap. Baluze, o. c, I, 401).
6. Arch. du Vatican, 246, f« 60 v" (« revocatione et refirmatione »,
évidemment rénova iioné). La lettre est adressée à Albornoz; elle en
contient cinq autres, adressées aux alliés.
7. L'argent avait été déposé à Gènes, sous la garde d'Etienne, abbé
de Saint AUyre de Clermont Arch. duVatican, 246, f" 72 \° (28 janv.),
cf. Theiner, p. 411 (I2févr.).
8. 24 déc. 1364 {Arch. du Vatican, 246, f»^ 41-2). Lettre aux alliés
{ib., f" 43 v°).
9. Lettre à Albornoz. Arch. du Vatican, 246, f"' 41-2.
10. Theiner, II, 411 (lettre du 15 de févr. 1364).
11. Florence, Bibl. Capponi, Lib. secretorum, f° 60 v", apud Mas-
Latrie, //. Ch., t. III, pp. 744-5 « non modicum apparatum ».
— 2?l -
de prêter main-forte au roi de Chypre dont on attendait l'ar-
rivée prochaine à Venise*. Ils lui parlèrent de ses projets et
l'exhortèrent à persévérer dans ces bonnes intentions. Le
comte se déclara prêt à suivre le roi Pierre en Crète d'abord,
pour y soumettre les rebelles, et ensuite en Terre-Sainte '■*.
Les assurances les plus formelles sur son concours furent
données aux ambassadeurs, et Philippe se hâta d'en informer
tous ses correspondants, sauf ceux d'Angleterre et de Prusse.
Il remarqua cependant avec douleur le grand nombre des
adversaires du passage, qui devaient finir par changer la ré-
solution du prince.
Philippe était à Crémone, le 6 janvier, d'où il écrivit au
doge pour lui annoncer les propositions du comte et lui deman-
der « avec de grandes instances « de ne pas oublier le passage^
Il ne tarda pas à arriver à Milan, d'où il se dirigea avec l'ar-
chevêque vers Bologne*.
Pendant leur absence, les lettres du pape annonçant à Albor-
noz l'arrivée de son successeur avaient été apportées à Césène.
Aussitôt le légat écrivit à son neveu pour lui ordonner de
revenir auprès de lui, en nommant un autre recteur à Bologne\
Dans cette intention, il lui envoya Daniel, de la famille des mar-
quis de Carretto, frère hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem.
Dans un conseil tenu le 5 janvier, le recteur déclara la paix
conclue et annonça l'arrivée d'Androuin. Le 12 du même
mois, il confia à Daniel^ le bâton de commandement et partit
deux jours après. Les Anciens lui donnèrent à son départ un
casque d'argent avec un cimier en forme d'ange, et une
1. Le voyage du comte à Lyon, où il vit le roi Jean, aurait eu lieu
en mai 13G3. Cibrario, Origine e progressi délia casa di Savoin, II,
Specchio cronologico, Turin. 1855, pp. 160-1). On le trouve au Bourget
le 14 mai, le 17 juin à Moiitniélian (comptes de Pierre Gervais, rouleau
n° 25, à VAf'chivio camerale de Turin). V. aussi p. 206 du prés, ouvr.,
en note.
2. Lettre au comte de Savoie (26 mars 1364, Milan), Bibl. Arsenal,
ms. 408, fo* 145 vo-146.
3. .Mas-Latrie, l. c. La lettre arriva à Venise le 13 janvier, et le doge
lui répondit aussitôt, avec des propositions favorables (ihid., c. 745).
4. Cronica di Bologna, ap. Muratori, t. XVlll, c. 472-3: « sicchè
questi due Ambasciadori partiti da Milano... »
5. Sepulveda, o. c, p. .\l-xli.
6. La Chronique d Este le nomme frère Emmanuel Qlanuellus). Mu-
ratori, XV, c. 786-7.
— 222 -
couronne de perles valant plus de cinq cents ducats d'or '. Il in-
troduisit cette image dans son blason. Un grand nombre de
citoyens, parmi lesquels François des Ramponi, docteur
es lois, l'accompagnèrent jus(iu'à Ancône*.
Les deux ambassadeurs étaient arrivés à Bologne avant
cet événement, parce que c'est peut-être à ce même Ramponi
qu'ils durent leur salut ^ Ils se rendirent sur le territoire
de Modène, où ils reçurent les clefs des châteaux bâtis par
Bernabô sur les terres des marquis de Ferrare*. Puis ils pas-
sèrent du côté de Bologne et prirent possession des châteaux de
Crepacuore, Castelbranco, Piumazzo% Crespelano, Serravalle,
Rossellino, Aiano etSamodia, ainsi que tous ceux qui avaient
été élevés dans les États du pape et de ses alliés. Ils étaient
accompagnés par Aimerv, évéque de Bologne, qui payait les
garnisons au nom de l'Eglise^. Les soldats prêtèrent serment
devant les ambassadeurs, qui dressèrent sur les murs les
drapeaux de l'Église et du roi de Chypre^ Ils allèrent ensuite
à Lugo, à Manfredi et dans les châteaux révoltés de la Ro-
1. Cronica di Bologna, c. 471-2; cf. Sepulveda, /. c, i° xli. Il parle
d'une couronne « gemrais in orbe ambientibus frequens, imposita
galeae serico intectae, in cujus cono crista erat a qua imaguncula ar-
gentea prominebat similis angelo dextra gladium, sinistra aureum
pomum tenenti ». Au mois d'avril 1364, Albornoz demande la per-
mission de revenir à la curie, permission qui lui fut refusée (le 13)
à cause de l'état de l'Italie (Theiner. n. c, II, pp. 415-6). Il fut nommé
légat en Sicile (ibid.). 11 publia la paix dans les parties qui ne la connais-
saient pas encore le 3 juin (ibid., II, 416) et ne partit dans sa nou-
velle province que vers le mois de novembre, quand Petrocino, évêque
de Ravenne, le remplaça dans le gouvernement de la Romagne (ibid.,
p. 418 (19 nov.) Il ne vécut pas longtemps après : son testament con-
tenait une clause accordant de l'argent pour racheter les captifs des
Turcs (Sepulveda, f" xliv et suiv.).
2. Cronica di Bologna, l. c.
3. 'V. plus loin.
4. « Et tolsero la tenuta di due bastie, che avea fatte raesser Bernabô
sul terrenodel Marchese di Ferrara » (Cron. di Bologna, c. 472). (Castro
Formiginio et Galoni di Cesio, cf. le traité de 1364. ap. Theiner, o. c,
II, pp. 411 et suiv.). Une de ces bastilles, très forte, fut élevée par
Bernabô à la suite de la bataille de Solaro. \ . sur les noms des châ-
teaux les deux chroniques citées et le traité de 1364 (Theiner, /. c).
5. Que Mathieu des Griffoni nomme Plumacium.
6. Il assistait aussi à la prestation du serment. Malthaei de Grif-
fonibus Memoriale historiciim. ap. Mtiratori. t. X\"III, c. 179. Cf. c. 180.
7. « Quando tolsero la tenuta délie dette fortezze. ponevano le
bandiere all'arma délia Cliiesa et del Re di Cipro, imperocchè pareva
ch'egli fosse stato molto volenteroso di questa pace... » (Cron. di Bol.,
c. 472-3).
I
— 223 —
magne, où ils recueillirent le serment et remplacèrent les
recteurs*.
On remplaçait aussi parfois les soldats de Bernabô', et la
mission n'était pas sans danger. Des embûches furent ten-
dues aux ambassadeurs par tous ces mercenaires, que la paix
allait laisser sans moyens de subsistance. Des Hongrois
avaient été envoyés au secours de l'Église par le roi Louis :
ils étaient venus camper près de Bologne, en dévastant d'une
manière atroce les pays qu'ils traversaient. Ils firent plus de
5,000 livres de dégâts dans la seule marche de Trévisel Ils s'indi-
gnaient contre ces négociateurs, qui venaient couper court à
leurs profits en terminant la guerre. Trente mercenaires, suivis
d'une cohue entière, se jetèrent sur eux « au galop des chevaux,
« avec les épées tirées* », pendant qu'ils passaient près d'un
de leurs camps. Philippe se crut perdu en les voyant : la pré-
sence d'esprit du légat, qui les arrêta par un énergique « Que
« voulez-vous?'' » les sauva d'une mort certaine. Ils passaient
souvent, sans armes, par des chemins dangereux, pendant
qu'on pillait et assassinait derrière eux^
Le 20 janvier, le recteur convoqua le conseil à Bologne et
proclama définitivement la paix entre l'Église et Bernabô'. Le
prince avait accepté les modifications apportées par le pape
à ses propositions'. Le 22, l'évêque de Bologne, Airaery,
trésorier de l'Église et vicaire d'Androuin, arrivé dans la ville
le 19 janvier», tint un second conseil. Le père Daniel résigna
1. « E ad altre fortezze ribelli per la Romagna e a queste diedero il
sacramento di dover far quello che messer Bernabo volesse, mettendovi
rettori a sua posta » (Cron. di Bologna, c. 473).
2. Matk.de Griff. . c. \79. Us prodamaient la paix en passant (îô/rf.)
.i. Le doge cita cet exemple en 1364 au ban de Dalmatie, qui de-
mandait des dédommagements pour les dévastations des mercenaires
allant en Crète (Wenzel, Mon. Hunq. hist., Acta exlera, t. 11, p 610)
"'inno I ^^"^'""^ urgentibus, et gladiis extractis ». Mézière.s, Vita
p. 1009 L attaque n'eut pas lieu en Hongrie, ainsi que le croit Wad-
dmg(Vita S. Pétri, -p. ^-3). a . ^
5. Mézières, l. c.
6. Ihid.
7. Cron. di Bologna, Muratori, XVIII, c. 473
nh.?^J:^v^^ï^'^^''^^'' ')'• O'^^einer, o. c, il, p. 411) « cum certis
nostris modihcationibus a dicta parte acceptandis ».
«Jo.,ÎT" ^'.^^"^"^'/na, L c. Si Aimery accompagna les deux ambas-
sadeurs dans leur mission, cette date pourrait bien représenter celle
ûe leur arrivée a Bologne. r ^
— 224 —
ses fonctions et réunit le gouvernement au vicaire, d'après la
volonté des ambassadeurs qui administraient véritablement
la ville II prêta serment dans leurs mains, au nom d'Androuin,
ainsi que les Anciens et le podestat \ Le 27 du même mois,
il quitta même la ville, tandis que « l'archevêque et le chan-
celier restaient au palais, comme recteurs, jusqu'à 1 arrivée
du cardinal* ». Ils écrivirent au doge pour la seconde fois,
lui demandant son concours pour le passage' (24 janvier).
Cependant la ville n'était pas très contente de cette paix,
qui froissait les intérêts d'un certain nombre de ses habitants
les plus influents. Aibornoz s'était formé une espèce de clien-
tèle qui, vivant de ses largesses, était menacée du même
sort que les mercenaires. Des émissaires traversèrent la ville
« de quartier en quartier, de métier en métier », répandant
l'idée d'une trahison de la part des recteurs. Ils voulaient
livrer la ville à Beniabô, qu'ils connaissaient si bien. On
sonna les cloches, et la foule se rassembla furieuse aux cris
de « A mort les traîtres », tandis que les partisans du gou-
vernement essayaient de calmer les agitateurs.
Par bonheur, Philippe et son ami se trouvaient hors de la
ville, ce jour-là, dans un de ces châteaux des environs dont
ils devaient prendre possession au nom de l'Éghse. Ils re-
vinrent le lendemain vers Bologne, sans se douter de ce qui
les menaçait au retour. Ils observèrent avec étonnement que
personne n'était venu à leur rencontre, tandis qu'auparavant
une multitude enthousiaste accourait au devant de l'arche-
vêque Des amis du dehors* leur annoncèrent la révolte, leur
conseillant de ne pas rentrer dans la ville, bien qu'innocents.
Ils se décidèrent cependant à braver les menaces et y péné-
trèrent. . ,
On les reçut, sans les saluer, avec des murmures. Arrives
1 « Di volontà d'essi ambasciadori, che ildisegnarono e rifermarono
rettore e il fecero giurare tra le loro mani in nome d< me.sere An-
droTno.' E cosi fecero giurare gli Anziani e il Podesta ». ^Cron. de Bol.,
'^f\ L'arcivescovo et il cancelliere stavano in palazzo corne reggitori
^t Ï^Ui^rU^^i^ l^n^'et celui du notajre vénit^n Deside^.
{Desîderati nolarii nostri), ap. Mas-Latrie, H. C, t. III, p. 745, note
4. « Forenses ».
— 225 —
à leur hôtel, l;i raultitiule se rassembla pour les tuer : il n'y
avait presque plus d'espérance de leur échapper. Le légat se
mit à prier alors, et « moi, dit Mézières, qui ne voyais aucun
« moyen d'évasion, j'attendais de moment en moment la voix
« qui dira: Qu'ils meurent' ». Pierre Thomas célébra la messe,
app(da ensuite auprès de lui sou ami pour lui annoncer ce
qu'il atteudait de Dieu. Puis ilordonnade sonner au palais la
cloche d'alarme.
La foule accourut avec les mêmes murmures. Les deux
recteurs entourés de leur petite suite paraissaient, dit Phi-
lippe, être deux « accusés allant au jugement" m. Ils purent
traverser à peine la foule et s'asseoir sur leurs sièges habi-
tuels*. Les nobles qui conduisaient le mouvement, prirent
place à coté d'eux, observant leur attitude et celle du peuple.
Alors l'archevêque se leva et prononça un admirable dis-
cours, si heau et orné de tant d'exemples tirés des Saintes
Ecritures « que les oreilles des auditeurs en tintaient^ ». 11
montra ([ue l'insulte n'était pas pour lui, mais pour le roi de
Chypre et le pape, qu'ils représentaient, il protesta de son
innocence et reprit sérieusement les auteurs du tumulte, en
leur conseillant la paix. Un docteur es lois, qui comptait parmi
les premiers de la ville, et qui était peut-être François des
Rasponi, qui accompagna Gomez à son départ', se leva
ensuite et, en répétant ce que venait de dire le prélat, demanda
pardon pour la ville coupable. Il n'y eut plus de troubles
ensuite, et les ambassadeurs administrèrent paisiblement Bo-
logne, jusqu'à l'arrivée du cardinal de Cluny ". « Car ce jour-
ce là, dit Mézières, j'avais la garde de la ville elle-même, de
1. « Ego vero nullum remedium evasionis vidcbam. auribus apertis
continue expectabam illara vocem diceutem: Moriantur ».
2. « Et quasi ad judicium euntes ».
3. « Ad sedeui assuetam ». •
'i. « Uuod aures auditMitium tinniebant ».
5. La Chronique de liolotjne le mentionne d'une manière qui montre
la haute considération dont il jouissait dans la ville, et Tautorilé du
docteur, mentionné par Mézières, est significative.
6. Mézières, Vita. l. c, pp. 1009-1010. La révolte fut favorisée par
la grande tidélité des bourgeois de Bologne envers le pape. En IMi'S,
une députation des habitants était venue protester de son dévouement
envers l'Eglise, à Avignon même : elle était composée de Jean Calda-
rini, docteur en décrets, et Catalo de Lala, chevalier. Le pape les en
remercia le 28 mars (Arrh. du Vatican, 245, f'' 115. dans Theiner, o. c,
II, p. 'i08). '
M. JoROA. Philippe de Mézières. 15
— 2^26 —
« son château et les clefs de cent vingt autres, quej'admi-
« nistrais au nom de mon père' ».
Le dimanche, 28 janvier, l'archevêque et le chancelier^
allèrent changer les garnisons des châteaux, à Lugo et
ailleurs. Les étrangers furent payés pour le service qu'ils
avaient fait depuis la prostation du serment'', et remplacés.
Pendant ce temps Androuin s'approchait de Bologne, par
un hiver excessivement rigoureux*. 11 passa par les États du
marquis de Montf errât'' et entra à Milan le 27 janvier ^ La
paix fut proclamée le lendemain dans la ville ', et le cardinal,
qui fut très bien reçu par Bernabô, son ami**, se dirigea vers
Bologne, par Ferrare et Cento^ Il fut reçu, au pont do Cor-
ticella'^ par quatre brigades de jouteurs^ une pour chaque
quartier", par les compagnies des notaires, des changeurs, des
marchands de drap et de soie, des bouchers et des apothicai-
res '^ tous à cheval. L'entrée se fît par la porte Galliera, le 7 fé-
vrier 1364 '■'; de jeunes nobles, vêtus d'un habit de même tour-
1. « Nam illa die custodiam liberalem, claves civitatis, castri ejus,
et claves centum viginti castrorum in manu mca vice Patris mei libère
tenebam et regebain « (Vila, l. c, p. 1010).
2. La Chronique de Bologne, l. c, ne mentionne que le premier.
3. Dal di chcssi aveano giuralo sollo l'Arcivescovo (Cronaca di
Bol.., L c). On leur paya aussi les munitions se trouvant encore dans
les châteaux (ibid.). La Chronique attribue à Pierre Thomas la conclu-
sion de la paix entre la France et l'Angleterre, Venise et Crète [ilnd.).
4. Le froid dura deux mois et demi, à commencer par les fêtes de
Noël (ibid.).
5. 11 s'était entendu avec lui avant d'arriver à Milan {Benev. de S.
Georgio Hisloria .Montis Ferrati, ap. Muratori, R. II. Scr., t. XXIIl,
c. 549-550).
6. Ibid. Cf. Annal. Mediolancnses, ap. Muratori, XVI, c. 734 e.
7. Azario, l. c., ann. 1364 (le 28). Les Annales donnent la date du
27 janvier.
8. Il devint à cette occasion « suo compare » (Corio, /. c., î" 177 v").
9. Cron. di Bologna. l. c.
10. Cron. di Bologna, ibid. « Et Antiani portaverunt sibi claves Bo-
noniae usque ad pontem extra Portaui Galleriae » {Mat. de Gri/fo-
nibits, dans Muratori, t. XVIII, c. 179-80).
11. c( Iverunthomincssocietatum Bononiensium... et magnae brigatae
bagurdatorum bagurdando, et magnum festum faciendo » (ibid.). Cf.
Chron. de Bot., l. c.
12. (( Beccai », « speziali ».
13. La Ckronique de Bologne, principale source pour ces événements,
donne la date du 7 février, mercredi, qui paraît être la vraie. Les ré-
jouissances commencèrent cependant la veille de ce jour. .Mathieu des
Griffoni indique très précisément le 5 («die festi S. Agathae. v. mensis
Februarii (et fuit prima dies Quadragesimae) ». La Cliv. de Bologne le
— m —
mire', portaient sur sa tête un baldaquin d'écarlate. Le c*«;*-
roccio l'attendait avec les gonfanons de la ville : il alla en grand
apparat, précédé des musiciens et suivi par une nombreuse
suite, dans laquelle on voyait Nicolas d'Esté, marquis de
Ferrare, jusqu'à l'église de Saint-Pierre, où on célébra la
messe". Les Anciens lui offrirent les clefs de la ville '^i il
reçut celles des châteaux appartenant à l'Église de la main
de Philippe de Mézières* et s'installa dans le palais même
qu'avaient habité les ambassadeurs, le palais délia Biada. Les
fêtes durèrent jusqu'au dimanche suivant''.
Les ambassadeurs se succédaient sans cesse dans la ville,
où on attendait la conclusion définitive de la paix^ qui ne f\it
signée que le 13 mars suivant. Elle fut annoncée au son de
la cloche, en présence do l'évéque de Syracuse, envoyé par
le cardinal Albornoz'. Bernabô s'engageait à rendre les châ-
teaux en recevant de la part de l'Eglise cinq cent mille florins
d'or, àpayer en huitans. Le premier terme devait suivre d'un
mois la conclusion de la paix\ Si l'Église ne tenait pas ses
engagements'', les châteaux devaient revenir à leur premier
possesseur "^. Une clause séparée s'occupait de ceux que
Bcrnabù avait bâtis sur le territoire des marquis de Ferrare,
à Modène. 11 était autorisé à les reprendre, s'il ne parvenait
fait séjourner treize jours à Milan, ce qui est impossible. La date est
attestée aussi par la Chronique d'Esté (Mur., XV', c. 486 a).
1. « A un taglio », Cron. di Bolof/na, 1 . c. Cf. sur toutes ces fêtes la
réception pareille du cardinal de Bologne. Ange Grimoard {Cron. di
Bol., l. c, c. 'i84-ô).
2. Cron. di Boloqna, l. c.
3. V. note 10 de la page 22().
4. Vita, l. c, p. 1010.
5. Cron. di Bol., l. c. : elles furent défendues le vendredi par le
cardinel, quel(|ues compagnies étant « nudatedi vestimenti » (c. 474).
11 y eut des tournois (M. de Gril]'., L c. c. 180). Nicolas d"Este, qui
y jouta peut-être, arma chevalier Thomas di Puccio des Ghisilieri {Cron.
di Bol., Mai. de Griff., II. rc).
6. Cron. di Bologna, ibid.
7. Cron. di BuL, c. 474». Il arriva dans la ville le 2 mars.
8. 11 ne devait être que de o 1250 florins : l'argent se trouvait déjà
dans les mains du cardinal de Bologne. Le traité fut signé défini-
tivement le la mars, dans le palais du nouveau légat, à Bologne,
devant plusieurs grands personnages ecclésiastiques (m cjus caméra
pnramenli). Cf. sur les conditions Tlieiner, Cod. diploin. domin. tem-
par. S. Sedi-s, il, p. 411-415; et Cron. di Bol., c. 485 o.
9. Si elle ne payait pas son terme, un mois après le temps fixé par
le traité (ibid.).
10. On ne devait pas prendre les armes cependant qu'un mois après.
— 228 —
pas à conclure une paix avec les d'Esté. En cas contraire, ils
seraient démolis par ordre du cardinal *. Des amendes étaient
décrétées contre ceux qui violeraient les premiers cette paix
si difficilement conclue ^ Bernabù restitua les lettres aposto-
liques qui le nommaient vicaire de Bologne*.
Androuin s'était entendu déjà avec le marquis de Mont-
ferrat; il négocia avec les procurateurs de Nicolas d'Esté, de
François de Carrare, de Feltrin et de Louis de Gonzague à
Milan. Cansignorio et Alboin délia Scala adhérèrent au traité
à Bologne et la paix s'étendit à la ligue entière*. Elle dura
jusqu'en 1368, et rendit à l'Église la tranquillité, qui lui était
si nécessaire après de longues années de combat. « Et on
« ne se souvient pas, dit Mézières vers cette époque, d'une
a paix en Lombardie qui durât aussi longtemps que la paix
(( présente''. » Cette paix, dont il parle avec orgueil, était son
œuvre surtout, bien que, dans son récit, tout le mérite en soit
attribué à son « père » l'archevêque. Le cardinal légat recon-
nut ses services, en le recommandant chaleureusement au roi
de Chypre et à l'empereur, que Philippe comptait visiter bien-
1. Ihid. Quant au château de Lugo, le cardinal devait faire une
enquête sur son véritable propriétaire, le retenir ensuite ou le rendre
à Bernabôou à l'église de Ravenne {ibid.).
2. 200,000 florins pour chaque clause violée et le double des dégâts.
3. Ihid.
4. Ibid. La paix avec Nicolas d'Esté était conclue dès le 3 mars
(Chron. Esleme, Muratori, XV, c. 487). Elle aurait été notifiée à Mont-
ierrat dès le 11 février {B. de S. Georgio, l. c, c. 5't9-50). Androuin
continua à être légat jusqu'en 1367, quand le cardinal de Bologne, Ange
Grimoard, frère d'Urbain V, prit sa place (nommé le 17 déc. 1366,
v. Theiner, II, 450 et suiv.). Il entra dans la ville â grande pompe,
le 5janv. suivant (Oon. di Bologna, l. c, c. 484-5, .)/. de Gri/f., 181,
b-d). On accusa son prédécesseur d'avoir été trop bon envers ses offi-
ciers qui en abusaient (Cr. di Bol., c. 485). V. aussi Primum addit. ad
Chron. Corl., Maratori, XII, c. 974 b-5 B.
5. Mézières, Vita, l. c, pp. 1008-9 : « quae usque ad diem présen-
tera adeo laudabiliter durât. Et non reducitur ad memoriam aliciijus
viventis. pacem in Lombardiam tantuin unquain durasse, sicut prae-
sens pax. » Bernabo renonça à 100,000 florins, en 1365 (Theiner,
II, p. 429). Cf. sur les causes' de la paix la lettre du pape à Cliarles IV :
« quia civitas Bononiensis ac civitates et terre provincie Romandiole
ex longis et duris guerris nim.is erant conçusse, alieque terre ejus-
dem ecclesie... erant importabiliter aggravate, ac tua et aliorum
principum, cum quibus dictam habebas discordiam, petita et diucius
expectata subventionis subsidia non poterant amplius... expectari »
(Theiner, II. p. 411). La paix n'eut rien de honteux pour l'Eglise, ainsi
que le croit Villani (1. XI, ch. lxu, éd. c. pp. 451-2).
— 229 —
tôt (9 mars)'. Il y fait l'éloge sincère de sa fidélité, de sa pru-
dence et de son habileté diplomatique^ Des lettres pareilles
furent envoyées par Bernabô lui-même au roi de Chypre
(28 mars)l
Si la guerre de Lombardie empêchait l'Église de prendre
intérêt au passage, une autre guerre, qui éclata vers la fin de
l'année 1363, menaça de rendre l'expédition impossible, en
lui (Haut les moyens de transport. Pendant que Pierre I" tra-
versait la France, gagnant des adhérents à ses projets et
exhortant les princes à prendre la croix, une grande révolte,
la plus terrible parmi colles qui agitèrent les possessions de
Venise, éclata en Crète.
Le régime colonial des Vénitiens était assez doux et, dès le
commencement, l'île de Crète fut traitée avec une grande
bienveillance. Les indigènes gardèrent leurs propriétés et
leurs lois civiles ; on leur accorda même une part au gouver-
nement*. Cependant, pour s'assurer de leur obéissance, des
colons vénitiens furent envoyés en 1209, par le doge Ziani^
des fiefs leur furent accordés dans l'île, ainsi que des privi-
lèges. C'était une véritable occupation militaire du pays, qui
ne coûtait rien à la Républi(iue.
La communauté des intérêts ne tarda pas cependant à rap-
procher ces nouveaux habitants des anciens. Une révolte
éclata en 1332 dans l'île, à cause de l'armement de deux
galères qui devait se faire à leurs frais ". Un autre soulève-
mont excité par un Grec, Costa Kapsokalini, suivit en 1342 \
La grande révolte de 1363 eut des causes semblables. Un
impôt fut décrété pour des réparations à faire au port de Can-
1. Lettres de Mézières, Bibl. de l'Ar-senal, ms. n" 499, f"-- l'iô, li6-
146 V" : « a quo (Philippo), ad veslre Screnilatispresenciam accedente,
super hiis seriatiin poterit Imperialis Majestas... informari » ({" l'*6 v").
2. « \'ir uti(iuo industria et tide preclarus, discrecione preditus et
milite soUicitiKiinis providentia circumspectiis » (f" 146 v"). La lettre
ne fut pas écrite, paraît-il, à l'instigation de Mézières, qui en remercia
le cardmal par une lettre de 1365 (f" 144 v").
3. Lettres de Mézières, f" 146 v".
4. Mas Latrie, Rapport sur les Patti, dans les Arch. des missions
scientifiques. I, p. 291, note.
5. Sanudo, Muratori, /. <?., t. XXII, c. 656. Cf. Carcsino, ibid.,
t. XIL c. 428. Les colonies furent envoyées en 1206.
6. Ronianin, Sloria docum. di Venezia, III, p. 114.
7. Ihid., p. I'i6.
. 230 —
die. Les colons, forts de leurs privilèges, refusèrent de le
payer et menacèrent le duc d'une révolte, s'il le publiait '.
On leur objecta que la République gardait la propriété des
biens, qu'ils ne tenaient qu'en fief : un grand nombre de
colons s'entendit avec les chefs des Grecs pour résister. Les
principaux meneurs appartenaient à la famille des Grade-
nigo et des Venier; les Calergi représentaient les indigènes'.
Les mécontents, réunis dans l'église de S. Titus, renou-
velèrent leur refus de payer Timpùt avant l'envoi de \mgi sages
à Venise pour y défendre les intérêts de l'île '. Le duc, Léonard
Dandolo, ne tint pas compte de leurs menaces et l'impôt fut
décrété. On avertit ceux qui s'étaient réunis à l'église, que la
confiscation de leurs fiefs et la mort même les attendaient,
s'ils essayaient d'exciter une révolte. Ils répondirent à sa som-
mation, en prêtant serment de ne pas se séparer, durant
les événements qui allaient suivre.
Le lendemain, les nobles attaquèrent avec leurs gens le
palais ducal. La porte fut brisée et le duc, qui montra un
grand courage à cette occasion, ne parvint que difficilement à
leur échapper. Il fut emprisonné ainsi que les officiers, les
marins et les marchands vénitiens, et leurs biens pillés par la
multitude. Marc Gradenigo, surnommé le Vieux, fut gagné
par les révoltés, qui en firent leur duc ; un conseil de quatre
colons lui fut adjoint pour le gouvernement de l'île, qui rêvait
peut-être la fondation d'un Etat indépendant. Les prisonniers
pour crimes ou pour dettes furent délivrés, à condition de
fournir six mois de service militaire, ce qui forma une armée.
Bientôt tout le pays chassa les recteurs vénitiens, qui furent
envoyés à Candie : l'étendard de saint Marc fut remplacé par
celui de saint Titus, le patron de l'île (13 aoùt)\ Dix Grecs
1. Navagero, Muratori, XXIII, c. 10't6.
2. Giorgio et Zanachi Calergi se trouvaient parmi les chefs, ihid.,
c. 1050, ainsi que Marc Gradenigo le Sage (il .savio, spiritello), Jean,
Titus, Léon, François, Nicolas et Antoine. Trois frères Venier condui-
saient le mouvement: Titus, indigné de l'injustice qui lui avait été faite
à Venise, où un autre, plus jeune que lui, avait été nommé capitaine
(Romanin, /. c, 217), Teodorello et Gerillo. On retrouve les noms de
trois Cornari (Marc, dit Calzina, Franguli et Louis « dalla Cà Mazor »)
(Xavagero, l. c, c. 1046).
3. Romanin, L c, p. 217; cf. Navagero, c. 1046.
4. Navagero, c. 1046 et suiv. ; Sanudo, c. 656; Caresino, c. 428 ; de
Monacis (v. p. 231, note 1), 172 et suiv. Cf. Romanin, L c, 217 et suiv.
— 231 —
furent choisis dans le conseil des feudataires, d'autres furent
admis dans le Grand conseil, l'ordination de leurs prêtres
devint libre, on parla même d'introduire le rite grec dans
l'église cathédrale'.
Domenico Michèle, capitaine du golfe, annonça la nouvelle
de la révolte à Venise, vers la fin du mois^ Trois galères
furent armées aussitôt pour conduire en Crète des plénipoten-
tiaires, André Zono, Pierre Soranzo et Marc Morosini ^ Ils
devaient employer la douceur pour réduire les révoltés. Leur
mission ne réussit pas : ils furent congédiés par les chefs du
mouvement, aussi t(3t après avoir annoncé le but de leur arrivée.
Cinq autres, qui arrivèrent ensuite, ne réussirent pas davan-
tage. Les instructions furent données le 12 septembre à André
Contarini: ils devaient empêcher toute intervention étrangère
(des Catalans étaient signalés déjà dans les parages de l'île)
et demander les secours des Turcs mêmes pour réduire les
révoltés*. Le doge invita la chrétienté entière à venir à son
secours, en interrompant toutes relations avec là Crète'. Une
lettre du 11 octobre annonça au roi de Chypre cette triste
nouvelle, qui mettait en danger son expédition. Celsi lui de-
manda ensuite de ne pas permettre des relations entre l'île
révoltée et son propre royaume et de lui donner des secours. Si
les révoltés n'étaient pas soumis bientôt, ces affaires de Crète
pourraient, ajoute-t-il, retarder beaucoup le passage®.
Le roi venait à peine d'écrire au doge une lettre très enthou-
siaste, dans laquelle il lui annonçait ses succès en Occident,
où il venait de gagner à la cause de la croisade un assez
grand nombre de nobles Français, Allemands et autres, lui
1. Laitrenlii de Monacis (chanc. de Crète vers 1419) Chron. (Venise,
1758), pp. 174. 179, 181.
2. Navagcro, l. c. Il donne la date du 22 et Sanudo du 12 septembre.
;>. Sanudo, l. c.
'i. llornanin, /. c, 219. La chronique de Laurent des Monaci est, sans
doute, une des plus importantes pour l'histoire de la révolte. On trou-
vera quelques renseignements dans la Cro». Zoîiconiola, II, f» 31(i et
suiv. du nis. de Milan, à la Bibl. de Brera (AG.X 16).
5. Honianin, p. 220.
6. Multum impedimenti , Mas-Latrie, Hisl. Ch., t. III. p. 742. D'autres
lettres encore furent envoyées à la même époque (cf. ibid.). \'oyez
celle que le doge adressa au roi de Hongrie, dans Ljubic, Monumenta
spcctanlia hist. Slavonim meridionalitim, .\gram, 1874, t. IV, p. 58.
Réponse du roi {ibid.).
— 232 —
demandant (le remplir ses promesses'. Cette nouvelle dut le
surprendre douloureusement, l)ien qu'il ne doutât pas de la
victoire facile des Vénitiens. Il écrivit aussitôt au prince
d'Antioclie^ gouverneur du royaume, pour lui ordonner de
traiter les habitants de l'ile révoltée comme ses propres sujets
félons ". Des lettres furent envoyées au doge, à la même épo-
que : il protestait de la douleur que venait de lui causer
cette nouvelle. Il souffrait comme si la révolte venait d'éclater
dans ses propres États. Il reviendra bientôt ^ à Venise, avec les
chevaliers d'élite qu'il était parvenu à rassembler'*, pour
aller lui-même en Crète et y soumettre les révoltés, qui
s'étaient montrés si indignes des bienfaits que leur avait prodi-
gués la République'. Il espère cependant que le doge lui-même
parviendra bientôt à réprimer leur insolence ''.
11 comptait que ce langage déciderait le doge à. lever son
refus concernant les moyens de transport de son expédition.
Il pensait qu'il aurait vite fait de réduire les révoltés avec
ses propres troupes et celles que devaient lui fournir les Vé-
nitiens : il serait libre ensuite d'employer pour le passage
les vaisseaux de la République. Il fut bientôt détrompé. En
réponse à sa lettre du 20 octobre, le doge lui écrivit que,
bien que ses dispositions fussent les mêmes, le passage était
impossible pour le moment, tous les vaisseaux étant néces-
saires pour soumettre la Crète. Une fois cette guerre termi-
née, il s'empressera de mettre des vaisseaux à sa dispo-
sition, ainsi qu'il l'a fait autrefois. Il finit en l'assurant do
1. Mas Latrie, /. c. , p. 743.
2. Cornélius, Crela sacra, pp. 326-7 : lamquam rebelles 7ioslros.
Les Chypriotes étaient empêchés d'aller en Crète ou d'y envoyer des
vaisseaux (24 novembre). Cf. Mas Latrie, Jl. Cfi., l. c, 742, note 3 et
ibid.. II, p. 252.
3. « Quantum cellerius et comode poterimus ».
4. « Cum electa manu nobilium bellatorum, quos ex diversis regio-
nibus procuravimus ».
5. « Antiquis et quotidianis civitatis vestrae favoribus, et tamquam
de paterno cespite palmites vestris educati alimentis, et vestris de fon-
tibus irrigati ».
6. « Majorera insolentiam in brevi tempore conculcandam ». La
lettre, datée du 24 novembre, a été publiée par l'auteur de la Crela
sacra d'abord (pp. 327-8), puis par M. de Mas Latrie, I/ist. Ch., t. II,
pp. 250-2. Voyez un résumé dans la publication des Comm.,t. III, p. 23
(original dans le vol. VII, n" 110). La lettre au prince d'.-Xntioche, ibid.
(n° 111).
— 233 —
ses sympathies pour la croisade et des soucis qu'il avait pour
son hoiinour'. Mézières se trouvait lui-même à Venise vers
cette époque, et c'était après avoir discuté avec lui sur la pos-
sibilité du passage, dans ces circonstances, que le doge écri-
vit au roi la dernière lettre'. Il ne tarda pas à revenir à sa
mission de Bologne, et bientôt après, il se dirigea vers
Avignon avec l'archevêque et les ambassadeurs lombards.
Les demandes du doge furent reçues partout avec bien-
veillance. Louis de Hongrie'', Jeanne de Naples', Robert
d'Achaïe'', les Génois même, se butèrent d'interrompre toute
relation avec l'île révoltée ^ Le pape, qui s'indignait de voir
la croisade encore une fois empêchée, intervint avec beaucoup
de zèle et d'énergie. Il écrivit aux révoltés, le 15 octobre,
pour les reprendre sur leur conduite et leur conseiller de se
soumettre. Ils ne tarderont })as, s'ils persistent dans leur aveu-
glement, à. être absorbés par les Turcs, (jui ne craindront
plus Venise, leur protectrice : ils f(;ront ensuite une mau-
vaise action, en empêchant le passage". Il écrivit au doge
dans le même sens^ Il songea ensuite à envoyer un média-
teur en Crète et choisit pour cette mission Pierre Thomas. Il
devait aller à Venise et apaiser cette discorde qui mettait en
danger la chrétienté entière, en exposant les conséquences
désastreuses qu'elle pourrait avoir. Le pape l'autorise à con-
clure une paix ou une trêve ou,.au moins, à annuler les alliances
et les serments des deux parties, à employer enfin les cen-
1. 29 novembre. Publiée par M. de Mas Latrie (//is^ de Chypre, III,
p. 743). La lettre fat envoyée avec celle du 11 octobre en double copie à
l'agent de la République en Mandre pour les envoyer au roi par deux
courriers différents (ibid., note 3).
2. « l'ridie babito novo », dit le doge en parlant de la révolte de
Crète, et ensuite il mentionne la présence du cliniicelier seul à Venise
(« vestro cancellario Iniic Veneciis présente nobiscuin illico », ibid.).
3. 6 novembre 1363 (Comm., Vil, n° 98; t. III, p. 21). Cf. Ljubié,
l. c, p. 58.
4. 9 novembre (Comm., w lO'i ; t. 111, p. 22).
5. 14 novembre (Comin., n" 105; ihid.).
(). 9 novembre, avec quchiues conditions (les vaisseaux i)nrtis déjà,
de l'argent à recouvrer, sous serment). (Comm., VII, n" 102, t. III,
pp. 21-2. Cf. n" 103).
7. « Générale passagium per nos dudum... indictum, ad quod pros-
père dirigendum totis mentis anelamus affectibus. » Arch. du Vatican,
245. f"s 273-3 v". La lettre est adressée poptdo rivitatis Caridiensis.
8. Très insigniliante. Arch. du Vatican, 245, f*'" 273 y"-4.
— 234 —
sures ecclésiastiques'. Des lettres lui furent remises pour le
doge pour l'inviter de nouveau au passage ^
L'archevêque ne partit pas pour Venise directement. Il
arriva à Bologne et y resta jusqu'à l'arrivée du cardinal légat.
Pendant ce temps le pape continuait ses efforts. 11 avait reçu
de nouvelles lettres de la part du doge, sur le fait du pas-
sage, avant le 19 janvier 13G4, quand il lui répondit, en lui
reprochant la décision qu'il avait prise, de ne plus fournir
son contingent à la croisade, à cause des affaires de Crète. Il
parle encore de la mission de Pierre Thomas'', et espère que
la paix sera bientôt rétablie, lui permettant de secourir d'au-
tant plus le passage, qu'il l'espérait le moins'. La puissante
armée qu'il est en train de préparer contre les Candiotes,
serait employée alors contre les Infidèles'.
Le 6 janvier déjà, Philippe et l'archevêque avaient écrit de
Crémone au doge, lui annonçant leur prochaine arrivée à
Bologne pour y traiter de la paix au nom du roi. Ils lui
parlent du voyage à Venise qu'ils comptent faire ensuite pour
y préparer le passage. Le comte de Savoie est disposé aussi à
y prendre part et ils viennent de le voir en passant. Ils adres-
sent enfin à Celsi de ferventes prières pour obtenir de lui que
le passage fût rendu possible. Les lettres arrivèrent le 13 du
même mois à Venise et le doge se trouva très embarrassé
pour leur répondre. Il leur offrit cependant d'employer pour
le passage les vaisseaux qu'il destinait à la guerre de Crète,
1. 6 décembre 1363 {Arch. du Vatican, 246, f"« 46 vo-8).
2. Même date ; cf. « tam vos quam iidem Candienses, tamquam
athlète Christi, illud (le passage) prosequi uberius et potentius va-
leatis » (Arch. du Vatican, 246, f""^ l{'i vo-35). Suit la mention d'une
lettre pareille adressée aux Candiotes (ihid., î" 35). Cf. Comm., VII,
n" 114; t. 111, p. 23.
3. Hiis dielms. La lettre résume celle du doge : « contenta in eis,
videlicet quod sancto ultramarino passagio, prout afToctabas,.. ])ropter
guerram Candicnsem. que libi necesssrio imminebat, subvenire ne-
quibas, non intelleximus jocundanter. »
4. « Ubi putabas minus possedictum juvare passagium, plus juvare
poteris et juvabis».
5. <( Tuum potentem mai'itimum et terrestrem exercitum
convertcndo ». Arch. du Valicnn. 246, f^^ 68-8 v". Résumé dans la
publication des Conimon., t. II, p. 25. V. sur toutes ces négociations
la chronique de Caroldo, ms. de la Bibl. nat., f" 199 v, cf. f" 203 v".
Les renseignements de Caroldo sont assez exacts, cependant il est
permi-s de douter que le Pape ait proclamé une croisade contre les Can-
diotes (Caroldo, f" 203 V").
— 235 -
à condition que le roi et le comte soumettraient d'abord les
révoltés. La tlotte, qui doit recevoir les mille chevaliers et
deux mille piétons destinés à aller en Crète, pourrait
attendre alors jusqu'au milieu du mois de mars. D'autres vais-
seaux transporteraient ensuite, de temps en temps', les croisés
qui arriveraient plus tard à Venise. Ces propositions furent
communiquées au roi par une lettre du 28 janvier ^
Une nouvelle lettre fut adressée par les deux ambassadeurs
au doge, le 24 janvier, quelques jours avant leur départ de
Bologne. Le notaire vénitien Desiderato, qui avait apporté
peut-être une réponse à la lettre du 6, s'associa à leurs pro-
positions. On ne connaît pas le contenu de ces dernières ; le
doge leur écrivit le 28, en leur demandant d'envoyer à Ve-
nise, au terme prescrit, mille chevaliers destinés a l'expédi-
tion contre la Crète*.
Mézières avait reçu déjà une lettre autographe du roi, l'in-
vitant à partir avec Pierre Thomas pour Venise, où il devait
préparer, au terme fixé par le pape, 1" mars 1364, les choses
nécessaires pour le passage*. Des lettres de recommandation
avaient été données aux ambassadeurs par le pape, auprès
duquel ils se trouvaient encore le 6 décembre '.
1. « De tempore in tempus ».
2. Florence, Bibl. Capponi, Lihcr secretorum, f»* 60 v" et 71 v",
extraits dans Mas Latrie, Ilisl. de Chi/p., t. Il[, pp. 7V'i-5.
3. Florence, Bibl. Capponi, IJher sec7'elonim, i"6'i (répon.se du doge),
ap. Mas Latrie, Jlist. de Ch., t. Il, p. 745, note 1 : « pro récupérations
insuie nostre ».
4. V. Wenzel, /. c, H, p. 609: « dénotantes, (]uod curn per suas
littcras et nuncios ipse dominas rex, nobis existentibus pro pace Lom-
bardiae jam.... féliciter consummata, significaverit, se futuruin Ve-
neciis per totum mensem Aprilis, transiturus cum nobili comitiva
duorum millium miiitum ellectorum pro inchoando passagio inter quos
sunt cornes Sabaudio, et niulti alii nobiles et magnâtes ». Mézières,
Vita, p. 1010. Ces lettres arrivèrent à Bologne, où se trouvait le cban-
celier à cette époque, au mois de janvier (après le 6, quand il était à
Crémone encore), parce qu'il se plaint de ce que deux mois seu-
lement le séparaient du terme fixé pour le départ (ihid.). Cf. dans
Carmesson : « Misitque littcras propria maïui scriptas nobili mi-
liti domino Philippo de Maseriis, cancellario regni Cipri, adhuc, cum
Dei famulo, in Hononia existent!, quatenus iret \'enecias festinanter,
et navigia pro passagio disponeret et alla necessaria sine mora ».
5. Lettre du pape au doge Celsi (6 déc. i;i63) : « X'enerabili fratri
nostro Petro, archiepiscopo Cretensi, et dilecto filio, nobili viro, Phi-
lippo de Maseriis militi, régis prefati cancellario, lalorihus prescntium,
pro hiis ex parte dicti régis ad ve.stram presentiam venientibus, velis
tribucre consilium et lavoreni ». Arrli. du Vatican, 2'i6, f"^ ;J4-o'i v".
— 236 —
Philippe fut très surpris de voir ces lettres arriver deux mois
seulement avant le terme fixé pour le passage : les difficultés
qu'il devait rencontrer à Venise, ne Tencourageaient pas trop
à partir. Il n'aurait pas voulu fatiguer l'archevêque qui avait
été si occupé pendant l'année qui venait de finir : cependant
il se décida à demander son conseil. Pierre Thomas accepta
de le suivre dans sa nouvelle mission, dont le succès était
tout aussi incertain que celui de la première \
Ils arrivèrent à Venise, le 8 février ou le 10", et y trou-
vèrent les choses dans un état plus triste encore qu'ils ne le
croyaient. Les tentatives réitérées de pacification faites par le
doge'\ avaient échoué devant l'opiniâtreté des insurgés, qui ne
daignèrent pas même faire connaître leurs conditions. Le 2 fé-
vrier, le chancelier de Venise^ Raffaïno des Caresini, avait
traité, comme procurateur du doge, avec le célèbre condottiere
Lucchino dal Verme, qui allait commander l'armée d'invasion.
Deux nobles Vénitiens devaient l'accompagner comme gou-
verneur et conseiller, en lui laissant cependant la direction
des affaires. L'expédition devait partir de Venise vers le
milieu du mois de mars ^
On pense bien que les demandes, assez élevées, de Phi-
lippe de Mézières durent être reçues avec froideur par le
doge, qui avait d'autres préoccupations que le passage. Phi-
lippe réclamait aux Vénitiens des vaisseaux pour 2,000 che-
valiers qui devaient partir avec le roi vers le mois de mars.
On s'engageait à payer toutes les dépenses '\
L'arrivée du roi y est représentée comme prochaine (il viendra bientôt
à Venise, « et inde cito recedere et Deo comité cum eisdem nobilibus
et aliis fidebbus transfretare »). Cf. la lettre au roi de Hongrie (5 dé-
cembre 1363).
1. Mézières, Vila, p. 1010.
2. Ils partirent de Bologne après l'arrivée du cardinal de Cluny
(5 février ou 7), puisqu'il est impossible que les lettres de recomman-
dation aient été écrites à la requête de Mézières et confiées à lui-même
(9 mars), l^ne lettre employait environ trois jours pour arriver de Ve-
nise il Bologne et les ambassadeurs étaient pressés.
3. Romanin, l. c. V. p. 231 du présent ouvrage.
i. Aoir le contrat, conclu à .Milan, le 2 février, Com?nem., VII, n° 129,
pp. 26-7 du t. III. Des ingénieurs de mines, Moïse et Nicolas, condot-
tiéres hongrois, furent engagés, vers la fin du mois de janvier (2i janv.)
(v. le contrat ap. Ljubic, IV. pp 61-'»; cf. Romanin, /. c. p. 220).
5. Lettre du doge au roi (22 février), ap. Mas Latrie, Nisl. de Cit.,
t. III, pp. 745-6. Cf. lettre du même au pape (26 février), ap. Mas
- 237 -
La réponse fut « faible », dit Philippe: les Vénitiens ob-
jectèrent le terme trop rapproché \ les craintes i)our leur
commerce, s'ils provoquaient une guerre avec le Soudan
d'Ég-jpte, l'absence des facteurs que devaient envoyer les
autres puissances qui participaient à la croisade, enfin et
surtout^ la révolte de Crète, qui absorbait toute leur attention
et toutes leurs forces. Ils refusèrent tout, les moyens de
transport et le prêt d'argent, le passage fùt-il général ou
particulier '.
Telle est la version que donne Mézières lui-même, dans sa
Vie de Pierre Thomas. Sa mémoire le trompe quelque peu et
son désir de mettre en lumière les miracles opérés par son
compagnon le conduit certainement à dénaturer les faits
qu'il raconte. Les lettres du doge antérieures à l'arrivée des
ambassadeurs prouvent l'inexactitude de son récit. Laurent
Celsi ofl'rait les moyens de transport demandés, à une seule
condition: les croisés devaient soumettre d'abord les révoltés
de Crète. Ils étaient libres ensuite d'aller, en Chypre ou ail-
leurs, sur les vaisseaux de la République. Le grand mérite de
Mézières à cette occasion, c'est qu'il obtint un plus grand
nombre de vaisseaux sans cette condition préliminaire qui
s'accordait assez bien cependant avec les offres faites par le
roi lui-même et par le comte de Savoie, son allié.
Les ambassadeurs firent valoir les demandes du pape*, ils
montrèrent au doge les bonnes dispositions d'Amédée VI, qui
était décidé à passer par la Crète ^ Ces dispositions avaient
été rendues plus certaines par une lettre que le comte écrivit
Latrie, l. c, pp. 746-7 et Chronique de Caroldo. f" 192. La lettre
adressée au pape nomme les ambassadeurs « viri laudabiles verequç
laudabiles {sic) et magno digni toto oi'be preconio ». Ils demandaient
les vaisseaux suis sunijUilms et e.i'j)ensis.
1. La mort du roi Jean, dont parle Mézières à cette époque, n'ar-
riva que plus tard (8 avril) : il ne j)eut être question, vers le milieu
de février, que de (;elle du légat.
2. « Quantum et majus impedimentum ».
3. Mézières, Vila S. Pétri, Act. SnncL, janv., IL p. 1010.
4. Lettre du 20 février (v. plus haut p. 23(), note 5).
5. Philippe écrivit au comte do Savoie « quod duxpredictus et suuni
consilium, audita sirenua et bona voluntate ve.stra tangente sanctum
passagium et insulam Crète, multum vobis regraciatur » (lettre du
26 mars, Bibl. de l'.^rsenal, ms. 499, f" l'i5 v-6).
— 238 —
à Philippe ' et par l'arrivée d'un de ses chevaliers ^ Ils espé-
raient obtenir de meilleures conditions, en montrant l'intérêt
que devait avoir la République elle-même pour le passage.
Philippe ne réussit pas cependant à convaincre le doge et
le conseil. « C'est alors, dit-il, que l'archevêque intervint,
« mettant la main à la charrue^ ». Il leur montra la fausseté
de leur opinion sur le passage et réfuta victorieusement tout
ce qui lui fut objecté*. Une commission fut nommée par le
doge pour examiner ses propositions : elle était composée de
deux clercs* et deux laïques, parmi les plus sages et plus expé-
rimentés de la ville *. Les conférences durèrent quarante jours :
il y avait une réunion, ou même deux, par jour. Le chance-
lier assistait aux délibérations sans y prendre part, ajoute-
t-il modestement '. Enfin les délégués de la République cédèrent
et Philippe put annoncer bientôt au roi le succès définitif des
négociations, tout en admirant l'éloquence de son père et le
désintéressement manifeste de la République \
Le doge offrait en eff"et des vaisseaux, des armes et des pro-
visions pour deux mille chevaliers, pendant trois mois, sauf
le « juste empêchement » habituel. La moitié des vaisseaux
était à la charge de la République"; ils attendraient à Brindisi
ou à Otranto l'arrivée des croisés, dès le commencement
jusqu'au milieu du mois de juin '". Le roi pourrait noliser des
vaisseaux pour l'autre moitié de ses troupes et le doge s'en-
gageait à empêcher des prétentions trop exorbitantes de la
1. Par l'intermédiaire d'Aron Spinola.
2. « Certifîcatus ab vesfro milite fideli » (ihid.).
3. « Ad aratrum, sicut consueverat, manum apposuit », Vila, l. c.
4. Ihid. Philippe était présent â ces discussions (cf. « me audiente »,
ibid.).
5. « Litteratos ».
6. « Sapientiores et magis expertes totius civitatis » {ihid.).
7. « Me praesente ».
8. Vila S. Pétri, l. c.
9. « Absque solutione alicujus nabuli » (lettre du 22 février, ap.
Mas Latrie, /. c.pp. 7i5-6). V'oir .sur ce traité la lettre au pape (26 fév.),
Mas Latrie, ihid., 746-7, et surtout la lettre de Méziéres à .\médée VI
et le récit de la Vila S. Pétri. Cf. aussi Caroldo, f» 197 \°. La lettre
des ambassadeurs au roi de Hongrie, dans Wenzel, /. c , II, pp. 608-9.
10. « A principio mensis .lunii usque ad médium, in Ijrandisio
vel in Autrento » (lettre à Amédée VI, L c). Le fait e.st assez curieux:
une partie des croisés devait-elle se diriger vers le sud de la Pénin-
sule, tandis que le roi partait pour Venise avec sa suite ?
— î?39 -
part des marchands \ Des galères, au nombre de trois ou
quatre, furent accordées, pour le roi et les barons et che-
valiers qui formeraient sa suite, à leurs dépens ^ Des lettres
furent envoyées par le doge en Occident, pour annoncer à
Pierre P'' (22 février) et au pape (26 février; la conclusion de
ce traité qui assurait l'accomplissement du passage''. Philippe
envoya à son maître le texte même du traité \ en lui faisant
l'éloge de la conduite de Pierre Thomas. Les ambassadeurs
écrivirent ensuite, le 2 mars', d'après le conseil des Véni-
tiens ", une lettre au roi de Hongrie, dont ils connaissaient
les sympathies pour leur maître ', en lui annonçant ce qu'ils
venaient d'obtenir ^ Ils faisaient l'éloge des Vénitiens, qui
leur avaient donné aux frais de la République la moitié des
vaisseaux, malgré leurs premières offres moins brillantes' :
ceux-ci avaient montré encore une fuis leur fidélité envers
1. Lettre à Amédée, ibid.: « Item quod si cives Venetorum vellent
excdere vel nimis accipere de nauio pro navigiis suis, dux promisit
apponere remediuin et de facto ». Voir sur la destination de l'expé-
dition : « in terram soldani vel cujuscumque fidei inimici ». La Crète
n'est ])as mentionnée (Vita, I. c).
2. Ibid. VA. lettre a Aniédée: « et hoc pro pequnia predictorum »,
malgré l'exjjédition de Crète (lettre du 22 février) (« usque quatuor
galeas », Wenzel, 11, pp. 608-y). — On approuva à Venise, le 23 avril,
les dépenses faites par le bailli à l'occasion du baptême du jeune
Pierre, fils du roi de Chypre; son coparrain était le podestat génois
(Senalo inisli, 31, f" 58).
3. Lettre au roi (22 février), ap. Mas Latrie, //. Ch.. III, pp. 745-6
(orig. à la Bibl. Capponi de Florence ; ms. cité, f" 71 v"). Le doge l'in-
vite à lui annoncer a temps son arrivée. Lettre au pape (26 février).
Florence, Bihl. Capponi, Liher gecr., f°72,dans Mas Latrie,/. e.,pp. 746-7.
4. Vila, I. c: « huilas authenticas oblationis praedictae dominationis
Venetorum ». Mézières et son compagnon avaient envoyé déjà une
lettre au roi le 19 janvier et ils en avaient reçu la réponse encore à
Bologne (cl poslca replicalas), cf. lettre du 22 février.
T). La lettre fut-elle réellement envoyée? Elle j)orte ce titre « F'orma
litterarum miltcuddrum domino régi Ungariae pro parte domini ar-
chiepiscopi Craetensis et domini cancellarii régis Cipri ».
6. Le notaire André d'Oitedo fut envoyé vers les deux ambas-
sadeurs (à Venise, et le 5?) pour leur inspirer cette idée (Sécréta ron-
silii rogalonon, ap. Ljuhié, /. c, IV, p. 64).
7. « Et quare nubis est uota (lisez nota) spes et fiducia preci})ua
quam gerit serenissiinus dominus noster rex Cipri in Majestate vestra
circa inceptam per cum (lisez cnm) negocium sancti l'assagij prose-
(luendum ».
8. ils étaient allés à \'enise « pro parte domini Pape, domini Legati
(Talleyrand), régis, et comitis (de Savoie) predictorum ».
9. « Nostris sumptibus et expensis ».
— 24U —
l'Église et leurs sympalhios pour le passage', comme « des
fils très dévots do notre Sainte Mère l'Eglise' ». Ils prient
Louis P'' de donner des ordres à ses officiers de la côte pour
que les croisés puissent trouver en chemin les choses néces-
saires à leur subsistance'. Du reste, le roi lui-même le visitera
bientôt et lui exposera ses demandes''.
Déjà un grand nombre de chevaliers anglais et allemands
s'étaient réunis à \'enise'', où ils attendaient leur chef, qui
ne devait pas tarder à venir*, d'après l'avis qu'il avait donné
à son chancelier. 11 y en avait qui étaient arrivés dès la fin
de l'année 136:}. En les voyant si nombreux, Mézières ne
douta pas du succès de l'expédition; mais le roi ne vint pas
au terme qu'il avait fixé. Le désir de trouver de nouveaux
combattants pour la croisade dans les pays qu'il n'avait
pas visités, les préparatifs de ses alliés qui n'étaient pas
encore terminés, peut-être aussi sa passion pour les fêtes et
les tournois le retinrent en Occident. Il écrivit au doge le
16 février pour le remercier de ses offres de secours'' et s'ex-
cuser sur le retard qu'il était contraint d'apporter à la croi-
sade ; elle ne devait commencer que vers le mois d'août de la
même année. Il espérait que, la révolte de Crète étant apaisée
à cette époque, aucun empêchement ne retarderait plus le
passage".
1. « Qui pro honoribus fidei Christiane semperprimi et principales
hactenus in hujusmodi passagiis extiterunt ».
2. « Velut sancte Matris Ecclesie devotissimi filii ».
3. « Ut etiam in terris et locis vestris maritirnis dari possit ordo,
quod génies dicti passagii déclinantes ad illas (sic) possint invenire
pro sua pecunia de victuaiibas opportunis ».
4. « Et quamvis ipse dominas noster rex, sicut firraiter credimus,
Vestram Excellenciam visitaturus personaliter sit, qui de hoc et aliis
vos seriosius informabit. » La lettre a été publiée par M. Wenzel dans
les Mon. llung. IlisL. Acln exlera, pp. 608-9, daprès le Liber secre-
torum.
5. Cf. lettre à Amédée VI; « In Venetiis, jam venerunt de .\nglia et
de Almania muiti nobiles, expectantes dominum meum regcm et con-
tinue veniunt. »
6. « Significaverit, .se futurum Veneciis per totum mensem Aprilem,
transiturus » (lettre au roi de Hongrie, Wenzel, H, p. 608).
7. Il est question évidemment d'une autre lettre ducale que celle du
22 février. V'A\e dut être écrite pendant le mois de janvier, à l'époque
des propositions de soumettre la Crète.
8. Comm., VU, iv loi, [«36, dans Mas Latrie, llist. de Ch,, II, p. 252,
— '241 —
Pierre donnait comme prétexte du retard le terme trop rap-
proché, qui ne pouvait pas convenir à ses alliés et surtout au
comte de Savoie qu'il venait de consulter par son envoyé,
Roland de Vaissy, peut-être'. En effet, grâce aux intrigues de
certains de ses conseillers, hostiles à l'idée du passage,
Amédée VI s'était décidé, paraît-il, à ajourner son départ
jusqu'au mois de septembre \ Mézières reçut la nouvelle
probablement à Milan : il en fut indigné. La lettre qu'à cette
époque il écrivit au comte pour l'exhorter à continuer l'œuvre
commencée, est datée de cette ville, le 26 mars ; il parle des
affaires de Venise et des offres bienveillantes du doge, des
chevaliers étrangers qui y arrivent de tout côté pour suivre le
roi en Terre-Sainte. Quant au retard qu' Amédée aurait apporté
à son départ, il peut y croire à peine. Ce serait une honte
pour le prince, car il a écrit partout pour faire connaître aux
chrétiens la participation au passage du comte de Savoie.
Celui qui laboure et tourne la tête n'est pas digne, ajoute-t-il,
du royaume des cieux. Qu'il n'écoute donc pas les conseils
des adversaires du passage : comme un seigneur énergique et
fidèle, il doit continuer la grande œuvre qu'il a entreprise.
Quant à lui-même, Philippe se borne à implorer le Seigneur
pour qu'il lui inspire ce qui était digne à ses yeux^.
Il n'était donc plus à Venise à cette époque, bien qu'il se
proposât d'y revenir bientôt*, pour recevoir le roi, dit-il, et
lui communiquer le résultat de ses efforts. Le roi de Chypre
note 1. Résumée dans le volume des libri Commemoriali, t. 111, p. 27.
La lettre était datée de I^aris probablement, et non de Padoue(cf. ihid.,
p. 27). Cf. Caroldo, f" 197 v", qui donne la date de 12 février.
1. « Per littcras suas vobis presentatas per dominum Rolandum de
Vaysy, egregium militem vestrum et fratrem meum » (lettre à
Amédée VI, /. c). Roland de Vaissy (Vassy?) avait été pris à la ba-
taille de Poitiers et le Dauphin le dédommagea de ses dépenses par une
rente (1303, Charles roijales, VI, n-^ 12 ; Mandemeiis de Charles V, p. 21,
n" 34). Le Roland de Vasxiaco cité dans le registre JJ 128 des Arch.
nat. ne paraît pas être le môme : le premier était déjà mort en 1387.
2. « Audivi con tristicie {sic) non modica propositum vestrum sanc-
tum prolongatum usque ad mensem septembris, de quo multum doleo
in visceribus cordis » {ihid.).
3. Lettre citée au comte de Savoie.
4. 11 termine sa lettre au comte de Savoie en le priant d'envoyer sa
réponse à son ami, Aron Spinola, dans le palais de Hernabô (« in domo
magnificentis domini Bernabonis »). Spinola devait la lui envoyer
ensuite « Venise: « qui quidem dominus Aronus statim eas mihi mittet
Veneciis » (f" 146 v).
N. JoRGA. Philippe de Mézières. 16
— 242 -
avait-il changé sa décision, aussitôt après avoir écrit la lettre
au doge? C'est peu probable: il serait à croire plutôt que Mé-
zières ne connaissait pas encore cette lettre, qui devait lui
produire une triste impression. Il dut en apprendre le contenu
à son retour à Venise, après ce voyage à Milan où il était
aller voir Bernabô, pour le fait de la croisade, peut-être.
Pierre Thomas venait de le quitter aussitôt après la con-
clusion du traité, à Venise ^ Il allait à Avignon directement
pour « de grandes affaires concernant le passage du roi ^ ». La
séparation se fit à Venise même, vers la fin du mois de mars '\
à moins que l'archevêque n'ait vu le cardinal légat à son
retour de Venise, car il fut présent à la proclamation de la paix
à Bologne (3 mars), où il était venu dès le commencement du
mois*. Arrivé à Avignon, il rendit compte de sa seconde léga-
tion et reçut l'approbation du pape et des cardinaux. Le pape
Urbain vit dans le prélat ce personnage « selon son cœur, dis-
« tingué par son honnêteté et d'une piété éprouvée, illustre
« par sa science et sublime par son humilité, généreux par
« sa douceur et doué d'une grande prudence, très éruditdans
« la loi du Seigneur et la foi catholique ^), qu'il cherchait
pour remplacer le cardinal de Périgord comme légat de la croi-
sade. Il fut nommé à ces fonctions le 10 juillet 1364*; on lui
accordait la faculté de lever les subsides, de réformer l'Église
et de conclure des traités, en employant les censures ecclé-
1. Vita, l. c. Cf. la lettre au comte.
2. « Et quia dictas archiepiscopus habuit ire ad curiam recta via
pro aliquibus negociis arduis, tangentibus passagium domini mei régis »
(ibid.).
3. Mézières étant seul à Milan, le 26 mars, époque à laquelle il
mentionne le départ de l'archevêque pour Avignon comme un fait
assez éloigné.
4. Il était arrivé dans la ville avant l'évéque de Syracuse, qui entra
à Bologne le 2 mars. V. Cronica di Bologna, ap. Muratori, R. It.
Scr., t. XVIII, c. 474 D : « e prima era venuto l'arcivescovo di Candia,
il quale avea trattato questa pace... »
5. « Secundum cor nostrum, honestate conspicuum, religione pro-
batum, praeclarum scientia, humilitate sublimem, mansuetudine
generosum, multa providentia circumspectum, et in lege Domini
ipsaque fide catholica admodum eruditum ».
6. \^ la bulle dans Wadding, Vila, pp. 164-71. La légation s'étendait
sur les diocèses de Constantinople, Chypre, Crète, Smyrne, Patras,
Athènes. Thèbes, Corinthe, Rhodes, Naxos, Corfou, Durazzo, Lépante
et Néopatras « et aliis ultramarinis partibus, ad quas per nos est indic-
tum passagium supradictura pro subsidio ejusdem régis Cypri »,
V. Rinaldi. XXVI, pp. 106-7, Arch. du Valican, 246, f»^ 271-3.
— 243 -
siastiques contre les adversaires du passage. Des lettres furent
adressées à Pierre I"% pour lui recommander le nouveau légat
qu'il croyait devoir lui être sympathique (31 juillet)'. 11 fut
recommandé à la même époque au comte Amédéo, qui fut
inviié à favoriser le passage, conformément à ses promesses ^
aux doges Celsiet Adorno^ aux Hospitaliers, au podestat et à
la communitéde Pera\ aux prélats orientaux^ et au comte de
Warwick, qui fut peut-être le chef des croisés anglais à
Venise*. Quelque temps après, il revenait dans cette ville,
pour y retrouver le roi de Chypre, dont le pape représentait
le départ comme prochain dans ses lettres de nomination''.
Cette fois encore, l'expédition ne partit pas.
Pendant ce temps Philippe était peut-être en Italie. Il
resta à Milan pendant une grande partie du mois de mars *
et y assista aux fêtes que donna Bernabù pour célébrer la con-
clusion du traité do Bologne. Des princes, des barons et un
grand nombre d'autres invités y assistaient. Elles furent très
brillantes: deux troupes de chevaliers, habillés, les uns de
blanc, les autres de vert, combattirent dans les tournois, et de
riches présents furent donnés par le prince aux vainqueurs ^
1. Wadding, Vita. pp. 172-3: «et, prout per experientiamnovimus,
tuae sublimitati acceptum » (il donne la date de u cal. Juillet, qui paraît
impossible, au lieu de celle de n cal. .'\oùt (31 juillet). Cependant la
même date se retrouve dans la copie des Archives du Vatican (ibid.,
f" 241 V").
2. Arch. du Vatican^ 246, fo242: « Hortamur attente quatenus nego-
tium dicti passagii, per te dévote assumptum, solicite prosequaris ».
3. Ibid., {"■' 241 v"-2, 243.
4. ¥^^ 242-2 V», f" 243.
5. Arch. du Vatican, f"*- 273-3 v" (10 juillet 1364). Suit une autre
reconuiiandation portant la même date : les prélats sont invités à lui
fournir pour le transport et la nourriture dix florins par jour. Puis une
troisième lettre contenant les mêmes ordres (ibid., f"^ 274 v"-275 v").
Cf. Vita, l. r. Recommandation aux personnages laïques pour lui, ses
familiers et ses biens (même date,.lrc/t. du Vat., loc. cit.J"^ 275 v"-6).
6. Mention dans les ylrc/i. du Vatican, 2'i6, f"242. V. Rinaldi, XXVI,
p. 107.
7. « Cum dictus rcx Cypri... velut athleta Christi et praecursor
intrepidus, proponat in brève cum auxiliis citramarinoruiii tidelium
transfretare » (/. c). Cf. Uinaldi, /. c, p. 107. Du reste, la bulle ne fait
que copier les lettres antérieures du pape, relatives à la croisade.
8. 11 y arriva peut-être aussitôt après la conclusion du traité de
Venise (conclu déjà le 2 mars et Philippe se trouvait encore à Milan le 26).
9. « In quibus obtentorem ipsarum acierum duxit remunerandum
de florenis .ce. in uno dono, videlicet de uno cingulo. et alterum
de una ghirlanda tanti valoris » (P. Azarii Chronicon, ap. Muratori,
- 244 —
La mort de Lodrisio Visconti interrompit Ifts réjouissances, le
7 avril- elles recommencèrent avec une plus grande splendeur,
doux jours après, quand eut lieu la bataille décisive entre les
blancs et les verts. Bernabô et son frère Galéas, ainsi qu Am-
broise Visconti, fils du premier \ assistaient au tournoi .
Il revint à Venise, quelque temps après, et c'est tout ce
qu'on peut savoir de son activité pendant cette année entière.
Peut-être attendit-il le roi, qui devait arriver vers le mois de
juillet pour s'embarquer en août 13G4. Il serait resté dans
cette ville jusqu'au mois de mai, quand la mort du roi de
France obligea Pierre P-" à commencer une nouvelle série de
voyages pour obtenir ailleurs le concours qu'il n'csperait plus
de Charles V. , i ••
Ce qui est plus certain, c'est que Philippe parle du séjour
que fit le légat à Venise après sa nomination dans des termes
assez brefs et sans mentionner sa présence auprès de ui.
Comme il est très expansif dans ses récits, il n'eût pas oub le
de nous parler, à cette occasion encore, des miracles accomplis
par son « père » et de ses entretiens avec lui. Il ne le fait pas
jusqu'au départ pour Alexandrie, où les faits commencent a
être plus abondants et le récit plus coloré. D'autre part, on
connaît sa présence à Venise, dans la suite de son maître, le
28 janvier 1365^ .
Il paraît être parti pour l'Allemagne, ce qui expliquerait
la lettre, dans laquelle le cardinal de Cluny le l'ecommande a
Charles IV, dans des termes très chaleureux (9 mars ISbô):
l'empereur pourrait entendre de sa bouche, dit la lettre, e
récit de ses négociations à Bologne \ 11 connaît assez bien le
pavs dont il fait la description dans le Songe du vieil pèlerin,
Il parle, avec beaucoup d'exemples à l'appui de ses assertions,
de toutes les régions du nord de l'Europe, de la « Witefale »
/ .. + vvi r 401-2^ I es fêtes ne commencèren/ pas le 9 avril, elles
a en ■con.^e; à ^etfrépoque, après la mort de ^od^^^^ ---
elles étaient données pour la conclusion de la pa,x elles durent
de près cet événement (13 mars). Cf. .^?rio, t".lV/ v
1 Et grand condottiere : il avait ete pris a Solaro et ^enalt aeire
délivré (cf. Azario, l. c).
2. Az
zir 0 S' Orf-profila des fêtes pour conclure la paix entre le
marquis de Montferrat 'et Galéas Visconti (Azario, xbid., c. 414).
t Ie£'ïi?Me?/^l; Bibl. de l'Arsenal, ms. 499, f^s 146-6 v».
— 245 —
(Westphalie), où « qui piiet pillier, si pille », du « Brande-
« bourcli », de la Hollande, de la Zélande et de la Frise. Puis la
reine Vérité, son allégorique héroïne, revient par le Rhin en
« Germanie », où elle visite tour à tour Francfort-sur-le-Mein
{Franquefort), Nuremberg [Noremberch), et se dirige, en pas-
sant en ligne droite, vers la Bohême, où elle fait son entrée
à Prague. Comme elle faisait son voyage en 1387, elle n'y
trouva plus cet empereur quelque peu avare que Philippe
cite comme exemple au jeune roi Charles VI : Wenceslas, son
fils, dont l'élection avait été due, dit-il, à « un compaignon
« qui avoit en nom Synion », en violant « les lois anciennes»
de l'empire, régnait alors sur la Bohème'. Philippe le déclare
indigne de la couronne impériale : les forêts de son pays et
ses « riches mines d'or et d'argent », devraient lui suf-
fire ^
Il connaissait évidemment toutes ces choses par lui-même.
Ce ne serait pas cependant un argument bien fort pour
admettre un voyage de Mézières en Allemagne, en 1364. En
effet, après la prise d'Alexandrie, quand le roi se décida à
faire un autre appel aux princes de l'Occident, Mézières fut
chargé d'aller les visiter en 1366 et ce second voyage pour la
croisade dura jusqu'à la mort du roi. Il aurait pu connaître
toutes ces régions pendant cette seconde et dernière mission
en Europe.
Les souvenirs de Philippe sont loin d'être précis, il ne
parle de ces voyages qu'en bloc et sans en indiquer la date.
Il ne fait qu'une seule exception à son procédé: dans sa Con-
tcmplalion de l'heure de la mort, il se représente comme un
athlète médiocre^, traversant l'Europe entière, avec le signe
du roi sur son escarcelle et celui de la croix sur son habit,
tout aussi bien que dans son cœur * : il visita tous les princes
et les communes, le nord, le midi, l'occident, pour en
1. Songe du vieil pèlerin, ms. de l'Arsenal, I. f"^ 61 v-GS.
2. « Assés li doivent soufïire les forés de Behaigne et les riches mines
d'or et d'argent qui sont en son rovaume » (f" 63).
3. « Athleta tuus (de Dieu) modicus », f° 218 v" dums. 408, Bibl. de
l'Arsenal.
4. « Carratere (.sic) sui régis pretacti in pera propria continue mu-
nitus, ac sigiio tuo divino superuis in instnunento inipresso par gra-
tiani tuam non minus in anima signatus » (Jbid.).
- 246 —
obtenir la rédemption d'Israël et la purification de la maison
de Dieu, à Jérusalem. Il annonçait partout le passage que
venait de proclamer le pape Urbain et qui était commencé déjà
par le roi de Chypre'. Sa mission ne fut pas sans danger:
il se vit menacé parles tempêtes sur mer et dans les fleuves ^
par les troupes armées qu'il traversait sans défense ', par les
adversaires de la croisade qui recevaient, en riant ironique-
ment*, ses propositions et ses prières. Tout cela est décrit
dans des termes très généraux et sans aucune indication de
date. Vers la fin cependant, remerciant Dieu pour sa protec-
tion, qui le sauva dans ces occasions dangereuses, il parle de
sa mission à Gènes (1365), où il faillit être tué par la multi-
tude ^ et mentionne la prise glorieuse d'Alexandrie ^ Tout
en faisant des réserves à cause de la confusion des récits de
Mézières, on pourrait admettre que les événements rapportés
avant ces deux dates appartenaient au premier voyage de
Philippe en Europe.
Ce qui est plus intéressant encore, c'est la fin du voyage de
dame Vérité. Après avoir visité à Prague l'empereurWenceslas,
elle traverse la Moravie, la Souabe, la Bavière, revient vers
l'archiduché d'Autriche et s'en va observer le besant en Hon-
grie. Suit une critique très vive des affaires de ce pays : l'au-
teur conduit ensuite la reine en Carinthie (en Carantane), en
Frioul où — le détail est très important — « quel qui est sages
il chemine entre II solaux(?) », et enfin, en passant par Aqui-
lée et Grado, « à la dame desyaues, la merveilleuse cité de Ve-
nise »\ Or ce voyage de la reine Vérité est tout à fait pareil à
celui du roi de Chypre en 1364 : nous y retrouvons une visite à
1. « Eisque sanctum opus tuum, per regem suum jam inceptum
(par la prise de Gorigos, de Satalie, etc.) et passagium a pio Urbano...
jam indictum... annunciaverit » (ihid.).
2 « Ac tempestatibus non modicis maris et fluminum » (ihid.).
3. « Nimirum phalangas sepe armatorum cbristianorum non sine
metu inhermis (sic) peregrinando penetravit » (ibid.). N'était-ce pas
un souvenir de l'afïaire de Bologne ?
4. « Cachinacione obloquentium » (ibid.).
5. « Et mortem propriam in Januis quociens vidit! » (ibid.).
6. « Sed et finaliter in miraculosa capcione Alixandrie (sic) eamque
dimittendi... sibi revelasli... quomodo desiderium suum, silicet des-
tructionem Machometi actque (sic) suorum et exaltacionem crucifixi
christianorum per christicolas paratus eras adimplere. . . » (ibid.).
7. Songe du vieil pèlerin, I, f° 64.
— 247 —
Bude, assez possible, les défilés du Frioul, que décrit Machaut
avec tant de verve, et le passage par Aquilée. 11 ne serait donc
pas impossible que Philippe eût accompagné le roi de Chy-
pre pendant la fin de son voyage en Allemagne, en octobre
et novembre 1364.
D'autre part, il commença sa mission par une visite à Pra-
gue, dont témoigne la lettre de recommandation du cardinal
de Cluny. S'il quitta Venise vers le mois de mai, il était au-
près de l'empereur en juin ; le roi de Chypre était en France
encore ou bien en Flandre, et la visite de Mézières aurait pré-
paré peut-être celle du roi. Pendant que ce dernier se dirigeait
vers l'Allemagne, son chancelier aurait pu visiter ces régions
du Nord qu'il décrit avec tant de détails dans le Songe du
vieil pèlerin et VOratio tragedica. 11 alla à Konigsberg pour
y demander le concours du Grand-Maître et connut ces che-
valiers Teutons qui « chascune nuit se lièvent à matines et
en leurs chastiaux et convens mainent vie de raoisnes, et as
chevauchies contre les anemis de la foy, quant il sont armés
soulz la banière de la croix, chascun ressamble un prince » '.
11 vit la chambre du Grand-Maître qui est reliée à la chapelle
par un « petit retrait de la dicte chambre », qu'il connaît si
bien et d'une manière si précise ^ Des chevaliers, avec les-
quels il se lia, lui parlèrent de l'histoire de leur ordre, avec
la légende des douze précurseurs prêtant serment autour du
chêne de Thorn'', et lui racontèrent cette merveilleuse légende
du chevalier prisonnier en Lithuanie qui allait être brûlé selon
la coutume du pays à cause du grand amour que lui portait le
roi défunt*. « Ceste histoire », dit-il, qui n'est pas si ancienne%
« me fu contée pour vraye des anciens et vaillans chevaliers
de la religion susdite® ». Des chevaliers de l'ordre prirent
part à ce premier passage du roi de Chypre, et ce fut peut-être
aux exhortations de Mézières que Pierre P"" dut leur concours.
Ailleurs, en racontant, avec beaucoup d'abondance et de
1. Sonqc du vieil pèlerin, I, f° 58 v».
2. Ibid., f" 57.
3. Ibid., fo 58.
'i. F" 56 v. Il la raconte « pour faire un paou rire les lisans de cestui
songe » (ibid.).
5. « Et n'a pas trop long tamps qu'il avint » (ibid.).
6. Ibid., fo 56.
— 248 —
talent, la pêche du hareng dans le Siind, « entre le royaume de
Norwègue et le royaume de Dannemarque », il déclare avoir
assisté lui-même à cette grande « merveille ». Les pêcheurs
lui firent l'histoire de leur profession et lui présentèrent le
produit de leur pêche. 11 allait en Prusse par mer, dit-il,
« en une grosse nave... du long du bras de mer susdict par
biau temps et en la saison susdicte que le herenc se prent, et
vis lesdictes barges ou batiaus et nefs grosses et mengay du
herenc, en alant, que les peecheurs nous donnèrent, lesquelz
et aultres gens du pays pluseurs me certefièrent des ii mer-
vailles susdictes » ^ Comme le hareng n'arrive dans le détroit,
d'après son propre témoignage, que pendant les mois de sep-
tembre et d'octobre, nous avons la date approximative de son
passage par le Sund. 11 fut émerveillé de voir la quantité de
poisson qui s'y trouvait et le nombre des bateaux, rassemblés
dans toute l'Allemagne et la Prusse, qui prenaient part à la
pèche. Il parle de 40,000 barques, de cinq cents navires plus
gros, qui recueillaient et salaient « en quaques » le hareng: le
nombre des pêcheurs s'élevait à plus de trois cent mille. Une
partie habitait à terre, dans des huttes, sur les côtes de la Suède,
où elles s'étendaient sur quinze lieues de terrain, toute la lon-
gueur du canal. Et, en voyant un si grand nombre de chré-
tiens rassemblés dans un même endroit, avec une si admira-
rable flotte, il pensa aux services que pourrait rendre une telle
armée à la cause du Christ et, dans son imagination enthou-
siaste, il les vovait déjà accourir en Orient et se saisir, non
seulement de la Palestine, mais de la Syrie entière. « Quant il
me souvient, dit-il, de xl"' batiaux et v'^ naves grosses et me-
nues, et iif mille crestiens assamblés ensamblc ir mois, il
souffiroit pour conquerre, non tant seulement la Terre-Saincte
et Jehrusalem [sic], mais Damas et toute la Surie, car avec
ces gens de mer susdictes, et fussent mains la moitié, les
nobles hommes d'armes de la crestienté leur tendroient com-
paignie » ^
1. Ihid., fo^ 61-61 v«.
2. Sonf/e du vieil pèlerin, I, f" 61 v". Une partie de ce passage a été
reproduit par l'abbé Lebeuf dans son article cité sur Philippe de
Mézières. Les villes de la Baltique avaient des stations de pêche à
Skanoer et Falsterbode (Dahlmann, Geschichte von Dœnnernark,
II, 15).
— 249 —
Il n'alla pas en Danemark, où il aurait trouvé le roi Wal-
deraar revenu de ses voyages en Europe à la recherche d'un
secours. Il passa peut-être en Scandinavie, à moins qu'on ne
veuille borner son séjour dans ces pays au passage par le
détroit du Sund. Il parle dans son Oratio Iragedica et ^ans le
Songe du vieil pèlerin de ces régions de l'extrême Nord, où
les brumes régnent pendant toute l'année et rendent la navi-
gation dangereuse. Los naufrages y sont fréquents, à cause de
la grossièreté et do l'ignorance des septentrionaux, qui ne con-
naissent pas la boussole, employée fréquemment dans le midi.
Ils ne peuvent pas se diriger d'après l'étoile polaire qu'ils ne
voient que la nuit et avec l'œil libre. Pour deux naufrages
dans la Méditerranée, il y en aura quarante dans le pays des
Teutons, qui sont très arriérés dans leur métier, malgré leur
piété digne d'éloges. On assura à Philippe que quatre-vingt
vaisseaux furent perdus pendant une seule année. Il fut
lui-même en danger: une de ces tempêtes, si fréquentes
dans les pays éloignés du soleil ', les surprit pendant la tra-
versée. Ils furent entraînés dans la haute mer et durent errer
quinze jours avant de revenir au port, d'où ils étaient partis,
« non sans anxiété des moelles et sans danger de mort » '\ Ils
partirent de nouveau et la tempête les jeta encore une fois
dans des mers inconnues, pendant un mois : leur vaisseau était
tout brisé et Dieu les avait soumis aune dure épreuve, quand la
terre apparut enfin. On ne voyait, dit Mézières, qu'une côte
basse et des montagnes qui se perdaient dans la brume : per-
sonne ne connaissait le pays, vers lequel ils étaient menés
ainsi par le vent. Un vieux matelot expérimenté, le pilote
Jean *, les tira de leur incertitude : il jeta une sonde de
plomb enduite de suif que Philippe décrit tout au long dans
ce passage, et retira des pierres et du limon qui lui permi-
rent de désigner minutieusement les parages où ils se trou-
vaient. « Et il y eut une grande joie parmi nous, qui étions
1 « Quia elongati a sole et dies brèves sunt et noctcs longe »,
SoHloquinm peccatoris. Bibl. de l'Arsenal, n" 'i08, f" 232. Le passage
est très important pour faire connaître exactement les idées que se
formait Mézières sur ces régions.
2. « Non sine anxietate medullarum et tedio, ac mortis periculo »
{ihid.).
3. « Quidam veteranus Johannes nauclerius » {sic) (Jbid.).
— 250 -
comme rappelés de la mort à la vie; la tempête cessa et notre
ignorance fut satisfaite : revenus dans le droit chemin, nous
arrivâmes finalement sains et saufs dans le port » \
Allait-il en Norvège alors? Cet accident n'arriva-t-il que
plus t^d, pendant son second voyage ? Le passage môme n'est
rien moins que précis. Il paraît cependant qu'il pénétra réel-
lement dans le pays, où il entendit des choses très curieuses
sur les grands voyages des matelots du Nord. Les posses-
sions du roi s'étendaient si loin que des vaisseaux qui allaient
recueillir les tributs, dans les dernières contrées presque
inhabitables de ces régions, employaient trois ans pour le
voyage. On lui racontait des choses terribles sur ces traver-
sées : la plupart des vaisseaux étaient submergés dans les
mers glaciales ^ c'était un hasard heureux si le tiers de ceux
qui partaient revoyaient leur pays^ Cent voiles se dirigeaient
vers ces pays lointains, le voyage se faisait sous l'étoile po-
laire; à mesure qu'on avançait, les jours devenaient plus
courts. Ils étaient ordinairement de trois à quatre heures :
dans le Nord extrême, il n'y avait même plus de jour, mais
une espèce de lumière affaiblie*. Des îles fabuleuses appa-
raissaient devant les matelots dont les provisions ne tardaient
pas à s'épuiser ; ils entendaient des voix surnaturelles et
voyaient maintes « mervailles, fantosmes et deableries que
c'est une mervaille à ouir »"'. L'île était située près du
« Godlant », très loin « devers la tremontane^ ».
Il serait revenu de ces pays du Nord pour accompagner le
roi en Italie ; il obéissait peut-être à un ordre de Pierre I",
1. Contempl. hor. mortis, ihid.
2. « Et de inpedimento glacierum, quibus navigantes cruciantur »
{Oralio Irag., f" 158 v°). Cï. Songe du vieil pèlerin^ I, fo* 61 v°-62.
Ces choses lui furent racontées par les habitants pendant le séjour
qu'il fit en Norvège : « prout plenius sibi veterano ad partes illas par
fidèles habitatores illarum regionum narrata fuerunt », « si comme il
me fu conté pour vray, ou royaume de Norwègue ».
3. Or. trag., l. c.
4. K (Haritate non dico solis, sed lucis obumbrate fere consolantur »
(ibid.). Cf. « les jours y sont si cours que à grant paine aucuns jours y
peut-on jugier s'il est ou jour ou nuit » {S. du v. pèL, l. c).
5. .S. du vieil pèlerin., ibid. Cf. Orat. trag.: « de fantasmatibus dia-
bolicis, quibus navigantes juxta certas insulas in via non sine tremore
mortis realiter sepe illuduntur » (Or. Irag., ibid.).
6. Songe du vieil pèlerin., l. c.
— 251 -
qui voulait connaître le résultat de ses négociations. Si cette
hypothèse est la vraie, Philippe serait revenu à Venise au
mois de novembre 1364, ce qui s'accorderait assez bien avec
l'époque de son voyage en Prusse. Il retrouva dans cette ville
Pierre Thomas. Le légat était arrivé à Venise, aussitôt après
sa nomination, pour assister au départ du roi et prendre part
à l'expédition.
Il avait même été chargé précédemment d'une nouvelle
mission relative à la révolte de la Crète, mais il ne
quitta la Cour de Rome que plus tard. Il devait ménager
une réconciliation entre la République et les colons'. La ré-
sistance était devenue désespérée en Crète : les indigènes, ex-
cités par Zanachi Calorgi, qui, voulait se saisir du pouvoir,
avaient attaqué les casais des Vénitiens, dont un grand
nombre — des Venieri, des Corneri, des Gritti — avaient été
tués par leurs bandes. Une tentative contre le duc Grade-
nigo ne réussit pas, et le chef des agitateurs fut jeté par la
fenêtre'. Cependant, malgré des dissidences pacifiques qui
commençaient à se manifester, les oflfres de cinq nouveaux
provéditeurs, annonçant aux rebelles l'arrivée prochaine de
l'expédition, furent encore une fois refusées. Lucchino était
arrivé déjà à Venise, le 3 mars : il prêta serment à Saint-Marc
et reçut l'étendard de la République de la main du doge.
Une grande revue des troupes, sur le champ de la Tana^ pré-
céda le départ. La flotte^ partit le 10 avril, sous le comman-
dement de Domenico Michiel da Santa Fosca^ : elle portait
2,000 piétons et 1,000 chevaliers''. Ils débarquèrent à Fra-
schia, le 7 mai'.
1. Archives du Vatican, 2'i6, f» 206 v° (juin). Résumée dans Rinaldi,
Ann. Eccl:, XXVI, p. 96. Cf. pp. 233-4.
2. Sanudo, c. 657. Le duc ne fut pas tué par les Candiotes eux-mêmes,
ainsi que le croit plus loin le même auteur (c. 657), à cause de ses
conseils pacifiques. Il est question de Marc Gradenigo Spiritello, v.
Zancaruola, II, f° 220.
3. Sanudo, c. 657-8. Le doge assistait lui-même à la revue, avec la
seigneurie.
4. Composée de 33 vaisseaux de guerre, sauf ceux qui se trouvaient
déjà en mer, et de 12 vaisseaux de transport pour les vivres, Nava-
gero, /. c.
5. Sanudo, c. 657.
6. Navagero, l. c.
7. Sanudo, c. 657. Cf. Navagero, l. c. : Frasolia. Sur les cruautés
des Grecs, v. Lorenzo des Monaci, p. 182.
— 252 —
Devant la menace d'une invasion, on s'était décidé enfin à
demander le secours des Génois. Léonard Gradenigo, dit le
Moine [Calogero), à cause de son changement de religion S
avec Zanachi di Rizo, était parti dans ce but, sur une galère,
le P' mai". Leur départ fut signalé à Venise par Giorgio da
Molino, évoque de Coron, qui se trouvait en Crète à ce mo-
ment ^ Des lettres furent adressées par le doge à son collè-
gue de Gènes, pour lui demander de ne pas secourir les
révoltés et le pape réunit ses prières à celles de Celsi, dans
une lettre du même mois de juin. Il annonçait l'arrivée de
Pierre Thomas, chargé de négocier la paix entre Venise et sa
colonie, ainsi que celle du roi de Chypre, qui ne manquerait
pas d'employer tous ses efforts pour amener une réconcilia-
tion'.
Le roi de Chypre n'arriva pas cependant au mois d'août et
l'intervention de Pierre Thomas devint inutile. La ville de
Candie se rendit aux Vénitiens, le 10 mai\ Le duc fut délivré
de sa prison, où son successeur le remplaça ^ Jean Moce-
nigo soumit en quelques jours les deux autres centres de
la révolte, Retimo et la Canée. Les châteaux ne tardèrent pas
à tomber au pouvoir des vainqueurs, qui punirent cruelle-
ment les chefs des insurgés. Le duc Gradenigo, dit le Vieux,
fut décapité à Candie, sur la place publique, les têtes des
conjurés de l'église furent mises à prix et un grand nombre
tombèrent victimes des paysans, qui apportèrent leurs têtes au
nouveau gouverneur. D'autres furent exilés, on confisqua les
biens des familles Gradenigo et Venier. La guerre ne finit pas
1. V. Romanin, Irc, p. 222. Il était parmi ceux qui voulaient rétablir
l'ancien état de choses dans l'île.
2. Sanudo, l. c, c. 658.
3. Sanudo, l. c, c. 657; Zancaruola. ms. de Milan, II, f" 220 v».
Ils se trouvaient à Gênes le 14 juin ; ils y furent reçus honorablement
(Arch. de Gênes, Introilus et exitus, 136'4-5, f"^ 99 v", 119): trois délé-
gués du gouvernement furent chargés de veiller à leur entretien.
4. Archives du Vatican, l. c. « ... lUustris qui in eisdem cismarinis
partibus adhuc constitutus, ad dictas ultramarinas partes de proximo
cum potenciafidelium in subsidium prefati passagii conferre se débet. »
Pierre Thomas est encore à la curie (« nunc apud dictam sedem cons-
titutum »), il partira bientôt pour sa mission (« de proximo »).
5. Navagero. L c. La date est confirmée par la Chronique de Bo-
logne (/. c, c. 477 u).
6. Navagero, ibid.; Zancaruola, ms. cité, II, f" 221.
— 253 —
cependant avec ces représailles, les Calergi et les Gradenigo
continuèrent la résistance, avec le plus énergique des chefs du
mouvement, Tito Venier. Ils levèrent la bannière de l'empe-
reur de Constantinople ( 10 août) et déclarèrent combattre pour
la foi grecque contre les latins. Ils dévastaient l'île entière,
se retirant dans les montagnes devant les soldats de Venise,
et cette petite guerre, qui n'avait plus qu'une importance
locale, fut terminée seulement sous le règne du doge Marc Cor-
naro, quand les chefs, livrés par les habitants, furent mis à
mort; la province fut alors définitivement pacifiée'.
La nouvelle de la victoire de Candie fut apportée à Venise,
le 4 juin, par la galère de Pierre Soranzo, qui entra dans
le port au son des trompettes, avec ses mâts ornés de bran-
ches vertes : les matelots portaient des couronnes de laurier
sur leurs têtes-. Lucchino et ses capitaines, parmi lesquels
Pasqualino Minotto, arrivèrent dans la ville, le 25 du même
mois et furent logés à l'archevêché de Castello.
De grandes réjouissances suivirent: des grâces furent
accordées, il j eut des feux de joie dans les rues, des fêtes,
données par les marchands de soie toscans, à Saint-Barthé-
lemj, des « bals, jeux et réjouissances » à Saint-Lucas, dans
la maison d'André Dandolo, et un brillant tournoi (10 août),
qui dura quatre jours. 11 eut lieu sur la place de Saint-Marc,
en présence du doge et d'un grand nombre d'invités, parmi
lesquels on remarquait, à la droite du prince, Pétrarque, qui
décrivit la fête, avec une grande admiration, dans sa lettre
à Pierre de Bologne ^ Vingt-quatre jeunes gentilshommes, en
habits « de joute «, combattirent à cette occasion, vêtus magni-
•
1. Lor. des Monaci, pp. 186 et suiv. ; Navagero, c. 1049-50; Sanudo,
c. 659-663.
2. Sanudo, /. c, c. 659 (28 mai); Zancaruola, ms. cité, II, f"^ 321 v",
Loi", des Monaci, p. 18'i: Romanin, /. c. 224 et la lettre de Pétrarque
(5e/i., liv. IV, 2).
3. Sanudo. /. c, c. 659. Lettre citée de Pétrarque. Pétrarque fait
l'éloge le plus chaleureux du doge Celsi, qu"il appelle « vir, nisi me
forsitan anior fallit, ot inagnitudiue animi et suavitate morum et vir-
tutum studio, suporquo omnia singulari pietate atque amore patriae
meinoi'andus, sciens nil rite nilque féliciter tieri, nisi sumptum
fuerit a religione principium » (ibid.). C'est vers cette époque peut-être
que l'hilippe connut le poète italien auquel il annonça plus tard, dans
une lettre, dont la réponse seule nous a été conservée, la mort de leur
ami commun, Jacques des Rossi de Parme, v. plus loin.
— 254 —
fiquement, avec leurs lances garnies de flammes rouges'. Sur
des estrades, plus de mille dames etgarzo7ie,<( c'est-à-dire jeunes
dames », assistaient au spectacle: elles offraient des présents
aux autres femmes « et des bonnets aux petites filles [mamole],
par allégresse pour cette victoire. » Il y eut au moins 400 ducats
de dépensés pour chacune des trois compagnies de gentils-
hommes ayant organisé les fêtes, qui occupèrent en tout huit
jours. Le « métier » des orfèvres avait fourni les présents.
Parmi ceux qui assistaient aux combats, Pétrarque cite des
nobles anglais, parents du roi^: c'était peut-être le comte de
Warwick avec sa suite, qui attendaient encore à Venise l'ar-
rivée du roi de Chypre ^
Déjà, le 26 avril 1364, des lettres avaient été envoyées
par le doge aux provéditeurs de Crète, Domenico Michiel et
Paolo Loredano, pour leur ordonner d'annoncer^ au consul
d'Alexandrie les offres faites au roi Pierre et la réponse que
le prince avait donnée le 16 février. Il avait ajourné son départ
jusqu'au mois d'août, ajoutait la lettre, mais il est probable
qu'il ne partira pas cette année '. En conséquence, on rede-
manda à Avignon des licences pour les vaisseaux qui devaient
se diriger vers le pays des Infidèles*. Quelque temps après,
Raffaïno des Caresini, notaire de la cour ducale et ensuite
1. « Signa purpurea » (Pétrarque, l. c). Le doge donna au premier
vainqueur, qui fut Pasqualino Minotto, une couronne d'or pur, ornée
de pierres précieuses, au second un ceinturon d'épée en argent « prae-
clari operis ». Ils n'étaient que 24, d'après cette lettre (25, d'après Sa-
nudo), et ne prirent part qu'au premier combat, où les étrangers ne
furent pas admis. Les jeux avaient été organisés par un certain Thomas
Bambasio, que Pétrarque compare à Roscius.
2. « Comités et consanguine! régis ». Ils seraient venus, d'après
Pétrarque, attirés seulement par le goût des voyages.
3. Chr. de Do)tnlo Contarini, ms. cité, sans numérotation; Cron. di
tutla la provincia di Venezia — 1455, f" 67 et suiv. ; Senato misli, 31,
fo 73 (copie fournie par M. V. Lazzarini).
4. « Oretenus. »
5. Venise, Archiv. gen. Ducali ed atti diplomatia', boîte 12, dans
Mas Latrie, Bibliolh. de rÈc. des Charles, t. XXXV (1873), pp. 72-3.
Cf. p. 240 du présent ouvrage.
6. Ibid. Le privilège avait été déjà accordé par le pape, sous les
conditions habituelles, le 7 avril 1364 (Co??îm., V'II, f" 36, dans Mas
Latrie, Archives des missions scienlifîqves, t. II, pp. 375-6). Voyez le
résumé de ce privilège dans la publication des iihri commemoriali
(t. 111, p. 128), où on lui assigne la date du 8 avril. Il s'étend à deux
vaisseaux seulement.
— 255 —
chancelier de Venise, se présenta à la Curie, probablement
dans le même but (12 juin ').
Cependant, quand le légat arriva à Venise, il trouva des
dispositions assez favorables pour le passage. Beaucoup de
chevaliers avaient reçu la croix de ses mains, en route; d'au-
tres, des princes et des nobles, attendaient, dans la ville
même, l'arrivée du roi, au terme qu'il venait d'annoncer au
doge ". Le pape avait écrit aussi pour demander au doge de
céder au roi de Chypre les troupes nombreuses, qui se trou-
vaient encore en Crète (27 juillet) ^ Malgré tous ces efforts et
ces circonstances favorables, le passage ne se fit pas cette
année encore. Pierre P' n'arrivait pas à convaincre ses frères
de l'Occident : il n'obtenait partout que des promesses vaines
et pas un soldat. « Ils s'excusèrent tous et le laissèrent seul et
plein de tristesse*. » Les croisés, qui attendaient depuis si
longtemps, se découragèrent et retournèrent dans leurs pays,
malgré les prières du légat. Les Vénitiens se déclarèrent
délivrés de leurs engagement et « certains marchands », qui
voyaient dans cette expédition la ruine de leur commerce,
s'en réjouirent '\
Bientôt, malgré l'arrivée du roi lui-même au mois de no-
vembre, de nouveaux événements vinrent empêcher le passage
jusque vers le milieu de l'année 1365. Une querelle éclata en
Chypre entre le prince gouverneur et les Génois.
Vers le commencement de l'été ^ pendant qu'on armait les
1. Il écrivit à cette époque une lettre pour rassurer le doge sur les
bonnes intentions du pape (Comm., VII, n" 156; t. III, p. 131). Voir la
lettre du pape du 11 juin (ibid., n° 156, même page). Il devint chan-
celier après la mort de Benintendi Ravagnin (Sanudo, c. 662 d).
2. « Aliqui principes et nobiies Occidentales caussa passagii in
satis bona quantitate » (Mézières, Vita S. Pelri, I. c, p. 1011).
3. Kinaldi, XXVI, p. 97... « de gente tua videlicet, ut audivimus,
numerosa e.\istente in dicta insula... ». ¥A plus loin : « ... in subsi-
dium dicti passagii vestram subventionem magnitîcam... augmen-
tantes, gentem eamdem in dictum passagium, prout poteritis, conver-
tatis. »
4. « Omnes se régi Cypri excusaverunt, et ipsum vacuum et lacry-
mantem remiserunt. » (Vila, l. c).
5. Iliid.: « tune mercatores reprobi gavisi sunt, et de passagio tru-
favei'unt. »
6. « In estate nuper elapsa, dum carissimus in Christo filius noster
Petrus, rex Cipri illustris... pro ])romotione subsidii passagii gene-
ralis... certa régna fidelium, et tune presertim partes Alamannie pera-
graret. » Aixh. du Vaiican, 217, f"^ 51-1 y°. Il est question ici de l'épo-
— 25G —
quatre galères de Satalie \ doux Génois s'enfuirent de leur
vaisseau, après avoir reçu leurs salaires. Ils furent pris et on
leur coupa l'oreille droite au son des trompettes, selon la
coutume. Ils abordèrent une galère de leur nation, qui se
trouvait aussi à Famagouste et devait partir bientôt pour
Satalie avec des vivres, tuèrent les Chypriotes qui s'y étaient
embarqués et se saisirent de la cargaison; après quoi ils se
dirigèrent vers Chio. Le prince, indigné, ordonna aussitôt
d'arrêter les garants des Génois et de demander au podestat
la restitution de ce qui avait été pillé par ses compatriotes.
Bientôt le vaisseau revint de Chio ; il fut attaqué par des
soldats siciliens servant sur la flotte qui attendait encore à
Famagouste les ordres du gouverneur. Plusieurs Génois
furent tués par représailles^. Le podestat, Guillaume Ermi-
no'\ s'en vengea à son tour en se saisissant d'un soldat
pisan au service du roi, qu'il réclama comme étant son con-
national, et le soldat ayant protesté, on lui coupa la langue.
Les Pisans s'en émurent et des troubles éclatèrent dans la
ville. Jean de Soissons*, le bailli, en informa l'amiral, et Jean
de Sur alla à cheval à la loge des Génois, pour leur deman-
der de se retirer tranquillement, afin qu'il ne fût pas con-
traint d'employer la force. Le podestat répondit fièrement
que d'autres Génois étaient prêts à venger l'insulte qu'on
ferait à leurs nationaux de Chypre. Une bagarre s'ensuivit
et plusieurs Génois y trouvèrent la mort.
Une commission de quatre chevaliers fut chargée par le
prince d'Antioche de faire l'enquête. Elle était composée de
Thomas de Montolif, auditeur de Chypre, du turcoplicr
Jacques de Norès, de Jean du Morf, maréchal de File, et de
Jacques de Saint-MicheP. Ils arrivèrent à Famagouste et
que à laquelle on fut informé en Occident sur les événements de
Famagouste. Les galères de Satalie partaient chaque année vers le
mois de mars (v. Mâcheras, pnssim).
1. C'est la version donnée par Bustron (p. 2G1) et Amadi (p. 413).
D'après Mâcheras (p. 75), ces vaisseaux étaient destinés à la garde de
Vile (?) (o'ro-j jçjÀayav -q vr,a'iv).
2. Mâcheras, p. 75.
.3. A£,caf,v, Mâcheras, ibid., p. 76. Cf. le traité du 13 avril (v. plus loin,
pp. 264-.5).
4. Tsaaaojv (ibid.), de Sasso (Strambaldi).
5. TcaavtajjL'.y.eX (Mâcheras, ibid.).
— 257 —
s'adjoignirent deux moines latins : le podestat fut invité à se
rendre à l'église de Saint-Nicolas, où il vint, accompagné
d'une nombreuse suite. On ne parvint pas à s'entendre, tout
le monde réclamant satisfaction et dédommagement. Ermirio
jeta, en sortant, le bâton, symbole de sa dignité, et invita les
Génois à quitter l'ile, jusqu'au mois d'octobre. Le prince
essaya vainement d'empèchor de plus grandes complications,
en les assurant de sa protection et en leur demandant de
rester. Un envoyé génois arriva bientôt pour faire une
enquête (12 septembre 1364) : il ordonna aussi à ses nationaux
de quitter le royaume avant le mois de février de l'année
suivante \
Pierre P"" se trouvait alors en Allemagne. Il fut informé
de ces événements pendant l'été, par des lettres du prince ',
que lui apportèrent le connétable Jacques, et son cousin
Bohémond'', qu'il avait appelés auprès de lui en Occident.
Gênes avait interrompu tout commerce avec son royaume et
des vaisseaux se rassemblaient dans le port pour une expé-
dition*.
La nouvelle arriva à Avignon, vers le mois de juin% et
le pape en fut douloureusement ému : malgré tous ses efforts
et toutes ses prières, le passage était donc impossible. Le
roi de Chypre était le seul qui fût disposé à partir, parmi
tous les princes chrétiens, et cette querelle avec les Génois,
1. Voyez sur ces événements Mâcheras d'abord, qui donne la version
la plus complète (pp. 75-6), Bustron (pp. 261-2) et Amadi (p. 413).
Fausse date dans Kinaldi (1364; t. XXV, p. 317).
2. Mâcheras, p. 79 (le prince les aurait envoyés en France tou otiyôç
etç T7)v ^tpay/iav), avant le mois de juillet par conséquent.
3. Il avait été proposé, comme roi d'.Vrménic, par Pierre !«'' à .Avi-
gnon. Cf. Chron. arménienne de Uardel, dans les II is t. arm. des crois.,
II, p. 35: « Comment le roy de Cippre Pierre alladevers le Saint Père...
pour le passaige de oultremer et pour faire couronner messire Hernon, le
premier fîlz de la dicte dame (Soldane, qui s'était réfugiée en Chypre,
sous le règne de Hugues IV), en roy d'Armenye ». Sur leur voyage en
Occident, Mâcheras, p. 77 (il ne mentionne que le départ de Jacques),
Bustron, p. 262 (« e Belmondo de Lusignan ») et Amadi (p. 413). Des
galères vénitiennes les portèrent en Europe (Mâcheras et Amadi, II. ce).
4. Voyez la correspondance d'Urbain V en 1364 et 1365, j/assim.
Cf. Mâcheras, p. 79, « va Tiapouv tr-jv Kûresov » et Carmesson: « ad damp-
nilicandum et invadendum verisimiliter se parabant. » Cf. Mézières,
Vita, p. 1012.
5. Il déclare avoir reçu la nouvelle nuper, dans ses lettres du 19 juin.
V. plus loin, p. 257.
N. JoROA. Philippe de Mézières. 17
— 258 —
qui menaçait de devenir une guerre, allait mettre en danger,
non seulement la croisade, mais l'existence même de ce
royaume d'Orient, dernier avant-poste de la chrétienté.
Il se décida à intervenir aussitôt. Des lettres furent
envoyées à Pierre I" et au doge, le 19 juin. Le premier est
exhorté à punir les coupables'; on parle au second de l'im-
pression triste qu'avait produite la nouvelle de la retraite
des sujets de la République et de cette guerre menaçante. On
le prie de considérer la position du roi en Occident, ses rares
qualités de bonté et de justice : ce serait un crime que d'em-
pêcher le saint passage, lui surtout, sur lequel le prince
fondait de si grandes espérances de secours. Qu'il accepte
donc la médiation de l'Église et ne refuse pas d'accomplir ce
qu'il a promis ^
De nouvelles lettres furent envoyées, le 25 juin, au doge
Adorno. Le pape avait appris des choses plus tristes encore
sur ses intentions : on armait à Gênes un vaisseau, destiné à
provoquer le roi et son royaume^ Qu'il se garde bien de
prendre une pareille décision, qui causerait de grands
dangers au roi d'abord, qui travaille pour le passage, comme
un « combattant du Christ » *, à l'expédition ensuite et même
à ses propres intérêts ^ 11 l'invite à attendre quelque temps,
s'offrant à lui payer lui-même ce que ses nationaux
venaient de perdre en Chypre, si le roi refusait un dédom-
magement ^ Le même jour, Philippe de Varesio", qui se
trouvait à la curie pour certaines affaires du doge ^ fut
envoyé à Gênes pour lui communiquer de vive voix ses pro-
positions et ses prières ^
1. Archives du Vatican, 246, P 219.
2. Ibid., ï°' 220-220 V.
3. « Diffidare. »
4. « Pugil Christi. »
5. Le pape pouvait lui retirer le privilège qu'il venait d'accorder
à son envoyé Corradin de Corvaria, le 18 février 1364 (Archives du
Vatican, 246, f"* 100-100 v"). Ce dernier se trouvait encore à Avignon,
le 17 mai (Arch. de Gênes, Intr. et ex., 1364-5, f» 99 v).
6. Arch. du Vatican, l. c, f°s 219-20.
7. « Philippum de Varesio, praepositum Januensem. » Il gardait le
château d'Albenga pour le pape, le 2 avril 1364 (Arch. de Gênes, r.
cité, f" 81). Garessio?
8. « Certis negotiis. »
9. Archives du Vatican, 246, f«s 228-228 v».
- 259 —
Le doge ne répondit pas à ces lettres : il continua ses
armements pour une expédition, que l'absence du roi devait
favoriser. Il rêvait peut-être la conquête de cette île, que
Gênes devait attaquer plus tard, avec tant de perfidie et de
cruauté. Le pape ne se découragea pas cependant : Jannot
Adorno, qui revenait de France \ s étant présenté à la curie,
Urbain V lui parla des affaires de Chypre et, comme il le
trouva très bien disposé envers le roi, il lui confia cette
mission et d'autres encore ^ Raphaël di Torre fut délégué le
même jour pour régler les affaires de l'église de Gênes ^; il
devait appuyer peut-être les propositions de Jannot Adorno.
Enfin arriva la réponse de Gênes. Le doge et les Anciens
consentaient à attendre la justice du roi contre les coupables
et ceux qui n'avaient pas fait leur devoir en les punissant \
Le pape se hùta d'en informer le prince, le priant de profiter
de ces offres pour faire cesser « cette source des scandales »,
qui ne pouvait que mettre en danger le passage ^ Adorno
fut invité à persister dans ses bonnes dispositions : quant à
lui, il renouvellera envers le roi de Chypre ses prières, par
des lettres et des ambassadeurs *.
Les négociations, qui suivirent peut-être, ne sont pas con-
nues ; on attendait à Gênes l'arrivée du roi en Italie, qu'on
représentait toujours comme prochaine, pour en obtenir satis-
faction. Pierre ne revint, on l'a vu, que le 11 novembre à
Venise '.
La première chose qu'il fit dans cette ville, fut d'ordonner
un nouveau tournoi pour fêter la victoire de la République en
1. « De partibus Francie. » Jannot {Jannoctus) Adorno était le frère
du doge Gabriel.
2. La paix entre Pise et Florence et les démêlés du doge avec l'é-
glise de Gènes (.Irc/i. du Vatican, 2i6, ï°^ 244 v°-5).
3. Il fut nommé légat apostolique en cette qualité. V. la lettre de
recommandation, Arch. du Vatican, 246, f" 245.
4. « Tarn contra delinquentes, quam contra neglectores justicie. »
Arch. du Vatican, 2'i6, f" 255 (lettre au roi de Chypre, 17 juillet).
5. « Tollatur materia scandalorum, presertim isto tempore passagii
generalis. » {Ibid.).
6. Arch. du Vatican, 246, f° 255 v°. Même date que la lettre précé-
dente.
7. Ordre fut donné par le doge, le 26 octobre, de sortir à sa rencontre
à Concgliano (Verci, Storia délia marca trivigiana, XIV, 20-1).
V. pp. 199-200 du présent ouvrage.
— 200 -
Crète \ La fête eut lieu sur la place de Saint-Marc comme
les autres, le prince lui-même jouta contre le jeune fils de
Luccîiino dal Verme, âgé de 18 ans, un des correspondants
de Pétrarque, comme l'était son père^
Venise offrit au roi de Chypre, à sa demande, des vais-
seaux de transport et de l'argent. La République ne se
considérait plus comme obligée par le traité de mars 1364 ;
la députation qui vint le visiter solennellement,
Parez et vestis cointement
Comme se fussent duc ou conte ^,
lui demanda de payer le nolis des vaisseaux *. Trois autres
galères devaient l'accompagner aux frais de la République,
jusqu'à Rhodes ou même à Satalie, selon sa volonté. Elles
étaient commandées par André Gritti, Marino Zen et André
Paradiso : le premier fut choisi comme capitaine de la petite
flotte \
Les Vénitiens avaient aussi des plaintes à porter contre
Gênes : leurs concitoyens avaient été insultés par les officiers
génois de Péra. Ils offrirent leur médiation au roi qui donna
des instructions aux ambassadeurs choisis pour traiter à
Gênes surtout de ses affaires et ensuite de celles de Venise ^
François Bembo, dont le nom se rencontre pendant les négo-
ciations avec le Soudan, et Zacharie Contarini furent chargés
de cette mission, le 23 décembre 1364^
1. Chr. de Donalo Contarini et It. VII, 95, de la Bibl. de S. -Marc,
II. ce. K Giostra ordinata per i'acquisto di Candia. » (Caroldo, f" 204);
« e siando in questa terra, e vedendo far feste e allegreze per rea-
quistar dell' isola, lui etiam volse far una bellissima zostra per quella
alegrezza » (Cron. di Venezia, Bibl. nat. de Paris, Italien 16, f» 122).
2. Les barons de Chypre assistèrent à la fête, et y joutèrent « chon
molti di suo baroni » (Cro)i. di Yen., l. c).
3. Machaui, /. c, p. 48.
4. « Et avec ce juste nol pris » (p. 49).
5. « Et ballottati questi tre sopracomiti, rimase capitano .Andréa
Gritti « (Caroldo, f" 204).
6. La querelle de Pierre I'^'" avec les Génois est qualifiée de but
premier et plus important {primo et importante fine). Le doge déclare
n'avoir rien à ajouter aux instructions données déjà par le roi {non
videnuis quod .super hoc aliam informacionem, nllrasuam,dare valea-
mus vobis). On leur défend de recevoir des présents, etc.
7. Florence, Bibl. Capponi, Lib. secr., f" 133, ap. Mas Latrie, Hist.
Chyp., III, pp. 747-9. Cf. Caroldo, f" 204 : « quelle che ne seguiva non
si trova scritto ».
I
— 261 —
Ils ne réussirent pas : pour des causes qu'on ignore, les
Génois refusèrent de commencer des négociations avec le roi
de Chypre et continuèrent leurs armements*. Les deux
ambassadeurs du doge étaient revenus à Venise vers la fin
du mois de janvier, quand le roi envoya en son propre nom,
le 28 janvier 1365, Pierre Thomas et son médecin, Guy de
Bagnolo^
Parmi ceux qui assistaient, dans la chambre du roi, « pré-
parée pour son repos de nuit », à l'expédition des lettres de
créance, on retrouve le nom de Philippe de Mézières^ Il était
donc de retour à cette époque, même si l'on n'admet pas
l'hypothèse qui le fait accompagner son maître vers la fin
de son voyage et revenir avec lui en Italie. Il semble aussi
qu'il fut, sinon un des ambassadeurs du roi à Gênes*, au
moins parmi la suite de Pierre Thomas. Il parle en eff"et
dans un de ses livres de vieillesse, des dangers qu'il courut
à Gênes, où il craignit d'être tué".
Pierre Thomas fut très mal reçu à Gênes, malgré les
sympathies dont il jouissait jadis dans cette ville*. On défen-
dit aux habitants de sortir à sa rencontre et de lui accorder
le logement. Le peuple garda une attitude menaçante pen-
dant tout son séjour : on murmurait, on jeta même des
pierres contre sa suite, qui fut en danger de mort. Il fut
1. Cf. la lettre du pape au doge Adorno (20 février), Arch. du Va-
tican, 2'i7, f"s 51-51 v, reproduite par Wadding dans la vie du saint,
pp. 75-81. Ils revinrent sans aucun résultat (vacui).
2. Lettre de créance accordée aux deux ambassadeurs (Mas Latrie,
Hist. de Ch., H, pp. 253-4).
3. « In hospicio quod tune inhabitabat idem dominus rex,scilicet in
caméra pro sua requie noctuali ordinata Philippe de Maizeriis,
cancellario regni Cipri » (ibid.). Le prince de Galilée, Hugues de
Lusignan, se trouvait aussi parmi les témoins. Son oncle venait de lui
fixer une pension.
4. Ainsi (]ue le croit Mâcheras, qui n'est pas très exact sur tout ce
qui se rapporte au voyage du roi en Occident. 11 nomme aussi Simon
de Norès, mais il laisse de côté le légat (v. p. 80: tote? (ôpS-.vîaaiv y'
xaSaXXâpiSs; irJj tt^v auvtpoyiâv tou va Tcàatv s'.; ":r)v rsvojoav 8:à va' aâaouv Tr)v
8ta<popâv 01 TCOtYOtr,aavô[j.i(J£p <I»iXtj;;:£ Tsii-avî^/lcpe; (var. Tî;jLav:r'.c'p£;), ô T!^av-
TÇr)Xl£'pï]; x^; K'JJÏpOU, M'. Ô [Aisip SljJ.OÛ'v TsvOpE;, y.Ct'. TOV flâa-pc IVt TOV
tafpôv ) 11 ne parle pas de sa participation dans la Vita. Alla-t-il à
Gènes vers la fin de l'année 1364 ?
5. Voyez page 246.
6. « A Januensibus, qui semper ejus ainici antea fuerant. » (V7/a,
p. 1012).
— 262 —
logé, grâce à sa qualité de légat, dans une église appartenant
à l'ordre de l'Hôpital : il ne réussit pas à apaiser le doge et
son conseil, qui lui donnèrent une réponse peu satisfaisante.
Des menaces furent proférées contre le roi, en sa présence *.
Pierre Thomas revint-il à Venise après ce voyage à Gênes ?
11 paraît bien qu'il n'était plus ^ dans cette ville, quand le pape
lui donna l'ordre d'y aller pour apaiser cette discorde, qui
s'aggravait sans cesse. 11 lui confia cette mission le 20 février
de cette môme année ''\ Dans la lettre privée, qui accom-
pagnait ses lettres patentes, il parle des espérances qu'il
fondait sur l'arrivée du roi en Italie et sur l'intervention des
« vrais pacificateurs » *, les Vénitiens. Il vient d'apprendre
avec douleur la réponse contraire à la paix que viennent de
rapporter les ambassadeurs. Il doit partir sans retard et em-
ployer toute son habileté diplomatique à ménager la conclusion
de la paix ou d'une trêve assez longue. Si les Génois refusent,
il est autorisé à employer les censures ecclésiastiques pour
leur faire envoyer des ambassadeurs à la curie ^ Le roi de
Chypre fut invité en même temps à dédommager les Génois
de leurs pertes, pour qu'il ne fût pas le coupable dans cette
aff"aire^. Urbain écrivit aussi au doge pour attirer encore une
fois son attention sur les dangers de son attitude et lui déclarer
sa ferme intention de travailler personnellement à amener un
accord". Une lettre fut écrite quelques jours après, 27 février,
au Grand-Maître pour lui défendre de s'allier à une des deux
parties, ce qui pourrait amener de grands malheurs '. C'était
1. Ibid.
2. La lettre au doge le déclare. Italie nunc degentem.
3. Archives du Vatican, 247, ï°^ 223-4 (20 fév. 1365).
4. « Sicut veri pacificatores » (et non « viri pacifici » ainsi que lit
Wadding).
5. Arch. du Vatican. 247, f°s 50 v°-51. Repr. par Wadding, Vila,
pp. 173-5.
6. Même date. Arch. du Vatican, fo^ 50-50 v». Il doit s'entendre avec
Pierre Thomas, comme un « reverens filius, amicus pacis ac zelator
sincerissimus dicti passagii ».
7. Même date. La lettre commence par l'histoire des négociations.
Cf. « cum nos parati sumus in premisso negotio personaliter laborare ».
Arch. du Vatican, 247, £"^51-1 v. Hepr. par Wadding, Vïto, pp. 179-80.
Les lettres furent envoyées par le même ambassadeur qui porta la
lettre adressée au roi de Chypre.
8. Archives du Vatican, 247, i° 54 v». Bosio, qui la résume, croyait
le roi revenu en Chypre à cette époque (II, p. 66).
— 263 —
le roi de Chypre qui, craignant une attaque de la part des
Hospitaliers, avait demandé cette intervention. Le pape l'in-
vita par une lettre datée du 4 mars, à dénoncer les autres
fauteurs de la discorde \
Le légat resta à Gênes jusque vers la fin du mois de mars,
il alla voir ensuite le roi à Venise ^ pour lui demander son
avis, probablement sur quelque point des négociations. Le
pape désapprouva cette conduite de Pierre Thomas, bien qu'il
connût son intention de revenir. Il lui écrivit, le 22 mars,
pour lui conseiller de l'énergie et de la promptitude, de ma-
nière à ne pas retarder le passage *. Il devait porter au doge
Adorno une lettre par laquelle on l'invitait à terminer ces
choses honteuses pour la chrétienté : le roi devait partir
pour la croisade, il ne quittera pas cependant Venise sans
avoir conclu la paix ''. Ces lettres furent envoyées par l'inter-
médiaire de Guy, archevêque de Gênes *.
Des ambassadeurs génois ne tardèrent pas à arriver à
Avignon" où se trouvaient déjà des envoyés du roi de Chy-
pre^ On ne connaît que d'une manière assez vague la mis-
sion des premiers. Ils étaient venus, dit le pape dans la lettre
au doge (26 mars), pour certaines affaires d'outremer ^
Urbain V refusa de répondre sur ces propositions avant
1. Arch. du Vatican, 247, f»» 57-7 v. Repr. par Wadding, Vita,
pp. 181-2.
2. « Ad dictum regem degentem Veneciis accessurus » (Ai'ch. du
Vatican, 247, f« 66).
3. Arch. du Vatican, 247, f»s 66-66 v". Repr. par Wadding, Vila,
pp. 183-4.
4. « Ita quod idem rex non recédât de citramarinis partibus infecto
negotio prelibato » (môme date). Arch. du Vatican, 247, f" 66. Le légat
n'alla pas en Chypre pour apaiser la querelle (Stubbs, o. c, p. 194).
D'autres « princes et comtes » (le comte de Savoie peut-être) inter-
vinrent auprès du doge à la môme époque (Mézières, Vita, p. 1012).
5. « Litterasque nostras venerabili fratri nostro Guidoni, archiepis-
copo (îenuensi, manda vimus assignari » (lettre du 26 mars, Arch. du
Vatican, 247, f"s 67-7 v»).
6. « Ambaxiatores vestros nuper ad nostram presentiam destinâtes »
(lettre au doge (26 mars), Arch. du Vatican. 247. f»^ 67 v-S).
7. « Kt hic apud nos sunt aliqui pro eodem » (ibid.).
8. « Incepimusque tractare de ultramarino negotio, pro quo prin-
cipaliter eos ad nostram presentiam destinastis » (ibid., f" 68). Cf. la
lettre au légat (iln'd., f"' 67-67 v°) : « ex nova causa per ipsos ducem et
commune mota ». Les Génois sont appelé.s dans la lettre à Adorno
principaux promoteurs du passage (« quod vos provide atque dévote
principaliter promovetis », i" 68).
— 264 —
qu'un accord eût été conclu avec le roi Pierre. Le doge fut
invité à envoyer des procurateurs à Avignon s'il ne parvenait
pas à s'entendre avec le légat *. Des lettres analogues furent
envoyées au roi ^ et à Pierre Thomas '\ Un ambassadeur
spécial du premier était attendu à la curie pour les affaires
de Gènes \
Les ambassadeurs génois, Tedisio Fieschi et Cristiano
Curlo^ restèrent pendant quelque temps encore à la curie
pour cette affaire d'outremer qui était probablement la ques-
tion des licences commerciales : ils envovèrent le chancelier
Aldobrando de Corvaria (7 avril) annoncer au doge le résultat,
et le pape profita de cette occasion pour l'exhorter de nou-
veau à finir cette querelle, qu'on disait insignifiante ^
Après tant d'efforts, Pierre Thomas parvint à conclure
le traité du 18 avril 1365, qui fut signé le même jour,
à l'heure de vêpres, dans le palais de la commune '. C'était le
renouvellement de celui de 1232, avec quelques privilèges de
plus pour les Génois : le podestat devait juger toutes les
causes de ses compatriotes et exécuter la sentence, sauf
dans trois cas ; le roi ne pouvait plus contraindre corporelle-
ment les sujets de la Pv.épublique, si ce magistrat se trouvait
dans la ville ; il ne devait plus retenir les personnes et les
biens, si un conflit venait à éclater ; le commerce des Génois
était libre, sauf avec les possessions du Soudan. On décida
enfin l'exil de Jean de Soissons et de l'amiral Jean de Sur,
1. Arch. du Vatican, 247, î°^ 67 v"-68.
2. Même date, ibid., f" 67 v°. Pierre Thomas devait accompagner les
procurateurs à la curie.
3. Même date, ibid., fo» 67-7 v". Repr. par Wadding, l. c, pp. 184-5.
4. « Nichilominus quia unus ambaxiator ejus propter hoc specialiter
ad nostram presenciam asseritur de proximo accessurus » (Arch. du
Vatican, 247, f"^ 67 v-B). Cet ambassadeur dut arriver bientôt : c'était
Pierre Malosello (Petrus Marosellus, miles et ambaxiator tuus), qui
revint à Venise avec la réponse orale du pape, après la fin de sa
mission, au mois d'avril (lettre d'Urbain V au roi de Chypre, Arch.
du Vatican, 247, f»'- 77 v-B (17 avril 1365).
5. « Nobilis vir Thedisius de Flisco, licentiatus in jure ci vili, ac Chris-
tianus Curulus, cives, ambaxiatores vestri « (f» 71 v). Ils étaient « nuper
electi », le 22 janvier (.Arch. de Gênes, Introitus et exitus, 1364-5, f"^
59, 64, 67 v°, 216 v°).
6. A7-ch. du Vatican, 247, {°^ 71 vo-2.
7. « Scilicet in terratia, ubi consilia celebrantur », Mas Latrie, Hist.
de Ch., II, pp. 254-66.
— 265 —
qu'on considérait à Gênes comme les auteurs du conflit* :
les Siciliens qui avaient attaqué la loge de Famagouste
devaient être punis aussi. Le légat prêta serment, les mains
croisées sur la poitrine, selon l'usage des clercs; son collègue,
le médecin du roi, jura sur l'évangile '\ Ils traduisirent les
articles on français et les présentèrent au roi, qui approuva
tout, sauf l'exil de ses deux officiers ''.
Les affaires de Gênes terminées, Pierre se prépara à partir.
Les forces dont il pouvait disposer étaient insignifiantes, la
plupart des chevaliers qui avaient accouru à son appel
avaient quitté depuis longtemps Venise, où ils ne pouvaient
plus l'attendre. Lccomtc de Warwick et les nombreux nobles
anglais, qui étaient venus avec lui en Italie, ne s'y trouvaient
plus à l'arrivée du roi. Cependant, Pierre P'" ne perdit pas
courage et ne changea pas ses intentions ; le légat d'abord,
puis Philippe de Mézières, qui travaillait comme Marthe pour
le passage*, lui apprirent à dédaigner le secours des hommes
frivoles et envieux, et à mettre sa confiance en Dieu seul. Il
attendit la victoire que devait lui donner le ciel, comme jadis
Judas Machabée, et beaucoup de choses qu'il ne croyait pas
1. Cette clause ne fut pas remplie cependant : l'amiral annonça en
Europe, après la prise d'Alexandrie, les victoires de son maître (Î366).
Il alla même à Gènes. Le traité définissait encore la qualité de Génois.
V. le traité dans Mas Latrie, Ilist. de Ch., II, 254-66. II a été publié
précédemment par Pagano (pp. 29'»-307), qui donne aussi la liste des
témoins (Pagano a publié aussi les lettres de créance du mois de
janvier). V. la version de Mâcheras (pp. 79-81), qui connaissait
le texte du document (Xaiivixa sî; /apTlv pivTîoivov) : il le divise en
20 articles. Douze conseillers auraient conduit les négociations au nom
du doge (v. leurs noms, ibid.). V. aussi Sperone, Grnndezza di Genova,
ad ann.
2. Mas Latrie, /. c. Une amende de 100,000 florins d'or fut décrétée
contre celui qui violerait la paix le premier.
3. Mâcheras, l. c. p, 83. Guy tomba malade, pendant le retour à
Venise, où il n'arriva que le 13 mai, et Pierre Thomas ne voulut pas
rendre compte seul de sa mission. Le roi annonça aux Génois son
acceptation le quatrième jour après le retour de soii médecin, 16 mai
(v. la lettre, dans Mas Latrie, I/ist. de Ch., t. II, pp. 266-7. Elle a été
publiée aussi par Pagano, pp. 293-4).
4. « Necnon et juvenis eciam sepe tactus. jam in efate plenitudinis
procedens, qui in offîcio suo et belle Dei active, velud altéra Martha, pro
viribus laborabat, ipsum regem, dominum suum et magistrum,
pro viribus ad negocium Dei animabat. » (Oratio trng.. f° i91). V. sur
les prières du légat, ibid. Cf. Mézières, Vila, pp. 1011-12.
- 266 —
pouvoir accomplir sans le secours des Occidentaux, lui
parurent ensuite très possibles *.
Il parvint à rassembler quelques troupes, assez peu nom-
breuses, à ses propres dépens l Les Génois se montrèrent
très disposés à le secourir. Leurs ambassadeurs étaient
venus le trouver aussitôt après la conclusion du traité : ils
lui offraient trois galères pour l'accompagner et le soutenir
peut-être dans son expédition , et déclarèrent vouloir
demander pour lui le titre de capitaine général de la croisade,
titre que le pape n'avait accordé à personne après la mort
du roi Jean. Le roi les remercia pour leurs offres : il devait
partir bientôt, de sorte que leurs galères ne pouvaient plus
lui être utiles ; il les priait de les envoyer à Rhodes, vers le
1" juin, pour se diriger ensuite, selon les circonstances,
vers Satalie, ou vers le port de Farnagouste. Quant au titre
dont ils parlaient, il devait envoyer lui-même des ambassa-
deurs à la curie pour régler cette question (16 mai) ^.
Le pape avait pensé déjà à donner un successeur au roi de
France. Il parle du capitaine qu'il allait nommer, dans une
lettre de 1365 \ Le personnage qu'il aurait choisi cependant,
n'était pas probablement le roi de Chypre, dont il com-
mençait à ne plus espérer le départ, tant de fois retardé ^
Du reste, c'était un piège que tendaient ainsi les Génois :
ils voulaient, comme le firent aussi les Vénitiens, espionner
les mouvements de la flotte des croisés. De plus, la Répu-
blique, qui continua à entretenir des relations commer-
1. Oratio tragedica, l. c. : « recognovitque illa que ante peregri-
nationem suam in desiderio suo quasi impossibilia videbantur, videlicet
per se solum in cxpugnatione solidam ponere manum ad aratrum, de
adjutorio Altissimi possibilia. »
2. Vila, p. 1012 : « aliquos fidèles non multos ». C'étaient surtout des
nobles allemands (« de Alamanie aliisque partibus »). Cf. lettre du
pape au roi (avril 1365), Arch. du Vatican, 247, f^^ 87-7 v».
3. Mas Latrie, /. c. Cf. Pagano, /. c.
4. « Quem auctore Deo constituemus in partibus ultramarinis. »
{Arch. du Vatican, 247, f" 79).
5. Cf. la lettre du pape au roi (26 avril 1365), irc/i. du Vatican, 247,
fos 87-7 yo. Repr. par Wadding, L c, pp. 186-7 : « Spem jam deficien-
tem resumimus de ultramarinis negotiis féliciter processuris. »
Cf. sa lettre à l'empereur de Constantinople (19 avril 1365), dans
laquelle il déclare le passage général impossible : « non potest moderno
tempore, quod dolenter referimus, prosperare » {Arch. du Vatican,
247, f"' 79-80).
' — 267 —
ciales avec l'Egypte', envoyait, le 26 avril, Ughetto di Negro
et Niccolô di Goano « vers Alexandrie d'Egypte » pour y
annoncer probablement le prochain départ du roi^.
Déjà de nouveaux projets de croisade se formaient à
Avignon. L'empereur Charles IV vint, au mois de mai de la
même année, pour s'entendre avec le pape. Il entra dans la
ville avec une suite nombreuse, le 2)3 mai ■' ; le comte de
Savoie l'accompagnait''. Il y passa tout le mois au milieu des
fêtes et des réjouissances ; on le vit assister à la Pentecôte,
au service divin célébré par le pape lui-même ; il portait les
vêtements impériaux, le sceptre et la couronne \ Il quitta
Avignon le 2 juin^ et se rendit à Arles, où il fut couronné
comme roi de l'ancien État de nom, le 4 de ce même mois^
Ensuite, après cette apparition brillante et fastueuse, il
quitta la France et revint dans son pays. Il avait vu le duc
de Bourgogne à Romans ; à Avignon même, des ambassa-
deurs de la part du roi de France vinrent le visiter. Les
envoyés, le duc d'Anjou, Guillaume de Melun, archevêque de
Sens et Guillaume de Dormans, chancelier de Normandie, se
consultèrent avec le pape et l'empereur sur un grand projet
destiné à délivrer l'Europe entière des grandes compagnies
qui l'infestaient et à secourir en même temps les chrétiens
de l'Orient ^ L'empereur offrit pour sa part les dîmes de son
royaume de Bohême et la moitié de ses autres revenus pour
payer les mercenaires qui devaient partir pour trois ans'.
1. On vendit, le 6fév. 1364, le privilège apostolique pour deux vais-
seaux par an {Inlr. et exitus de Gênes, 136'i-5, f" 57.)
2. Le Conseil de la monnaie imposait une contribution destinée à
payer les dépenses des ambassadeurs, le jour cité (ibid., f° 222). Ils
étaient déjà partis (y; ?/y;e/' ituri), le 30 mai.
3. 2" vie d'Urhain V, ap. Baluze, o.c, I, 404; Chron. moguntinum,
Chron. der dcul. Slâdte, Mainz, 11, 1, p. 168, 22-3 (« tria millia
equitum, exceptis pedestribus »;.
4. Chroniqtie martinienne , f° 158.
5. 1» vita Urbani V, ap. Baluze, o. c, I, 370.
6. 2a vita Urbani V, 1, p. 404. Cf. Chron. martinienne, f° 158.
7. Alph. Huber, Hegesta Caroli IV, ann. 1365.
8. « Causa autem hujus vocationis fuit, ut succurreretur per prin-
cipes ad auxilium fercndum Christianis et terrae quae a Turcis et
aliis infidelibus quam plurimum turbabatur » (Conl. chr. Guill. de
Nangiaco, t. 11, p. 360).
9. « Et medietatem reddituum dicti reg-ni ejus, capiendas pro stipen-
diariisfulciendis per très annos » (ibid.). C'était la version qui circulait à
Paris (« ut dicebatur Parisiis, dum ista scriberentur »).
— 268 —
On devait envoyer des soldats au roi de Chypre' et jeter vers
l'Orient les innombrables bandes de pillards qui dévastaient le
midi delà France, l'Italie et la Lorraine^ Un traité fut conclu
dans ce sens, et le pape s'engagea à prendre des mesures
contre ceux qui menaçaient les États de l'Église. Des enga-
gements pareils furent pris par le roi de France. Ce n'était pas
du reste la première fois que le pape prenait des mesures
pour éloigner les grandes Compagnies, en les dirigeant vers
la Terre-Sainte. 11 les avait trouvées, à son avènement, dans
le Midi, où elles menaçaient les possessions de l'Église, pen-
dant que d'autres troupes se présentaient devant Orléans '. Il
avait invité les chefs des compagnies à prendre part à la
croisade, qui venait d'être proclamée, le 25 mai 1363. Il fai-
sait l'éloge de leur bravoure et leur offrait des indulgences,
s'ils suivaient un des deux rois croisés ; des « richesses éter-
nelles » les attendaient dans le ciel, était-il dit dans la suite
de la lettre, un incomparable butin, en Orient*. Il invitait en
même temps le cardinal légat à chasser les bandes d'Italie*.
Sa parole n'eut cependant pas d'écho et les efforts d'Urbain
pour former une ligue dans le Midi, ne furent pas fruc-
tueux ^
1. « Et super hoc intentio domini Papae et iraperatoris fuit illuc
mittere plures nobiles et solemnes ac strenuos in armis, utputa regem
Cipri » (ibid.).
2. Ihid. Le gros des grandes compagnies se trouvait en France, en
Italie, où combattaient Anichino de Bon^ardo (Baumgarten, cf. Sismondi,
JJist. des rcp. //., chap. XLViii), John Hawkwood (qu'on désigne encore
par les surnoms d'Acuto et de Falcone in Bosco), les compagnies délia
Stella (en Piémont) et de S. Georges. Il faut ajouter encore des com-
pagnies de Hongrois.
3. Luce, Ilisl. de Du Gueselin, I, 382-3. Orléans fut attaquée le
Jeudi-Saint. Des compagnies s'étaient montrées en Provence dès
l'année 1362, quand elles furent appelées par Nicolas d'Esté (Corio,
Storia di Milano, P 176 v").
4. « Ilostium divitiis in présent! potituri seculo » {Arch. du Vatican,
245, f'^ 168 v"-70).
5. 1 mai 1363.
6. Des conférences furent tenues à Montélimart pendant l'automne
de cette même année ; elles amenèrent peut-être la conclusion d'une
alliance entre le pape, Jeanne, comtesse de Provence, le comte de
Valentinois et le gouverneur du Dauphiné (Prou, /. c, pp. 30-34), al-
liance qui ne se manifesta par aucune mesure. Un subside fut accordé
même pour la destruction des compagnies (30 nov.). Prou, ibid., p. 345.
Le comte de Savoie se réunit à la ligue, à l'assemblée d'Avignon (jan-
vier I36'i). V. Prou, ibid.
I
- 269 —
Il fut plus heureux l'année suivante. Robert Woodhouse ^
vint dans Avignon, de la part des compagnies anglaises de
la Toscane, déclarant leur intention de prendre part à l'expé-
dition pour obtenir le pardon de leurs péchés, si les villes ita-
liennes leur accordaient les subsides nécessaires ^ Il fut recom-
mandé par le pape aux deux légats du Saint-Siège en Italie •\
ainsi qu'aux doges de Venise et de Gènes, qui devaient leur
accorder des vaisseaux*. Les compagnies avaient offert de
partir, même si le passage ne se faisait pas ; elles furent exhor-
tées à persévérer dans ces dispositions et, comme elles se plai-
gnaient de ne pas avoir de prélats qui pussent leur donner la
croix, ce privilège fut accordé à tous les ecclésiastiques, par
une lettre du 17 avril, adressée au capitaine. Des indulgences
furent données à ceux qui partaient et à ceux qui conseillaient
môme le passage ; on les recevait, même après leur retour,
sous la protection du Saint-Siège, qui devait leur nommer des
protecteurs spéciaux ; enfin, et c'était ce qui les intéressait le
plus, personne, et surtout les créanciers juifs, ne pouvait
les molester pour dettes'. Vers la même époque, Thomas
Ufford, fils du comte de Suffolk, et Guillaume de la Pôle
passèrent par la curie en se dirigeant vers l'Italie, où ils
comptaient se remettre à la tête des compagnies anglaises et
partir pour la croisade ^ Le pape le recommanda aux chefs
de la compagnie de Toscane ' et, par une lettre datée du
môme jour (20 avril), de nouveaux privilèges furent accordés
1. « Nobilis vir Hobertus Wodhavos. » Cf. I Capitoli di Firenze,
II, p. 507.
2. « Competens pecuniale subsidium » {Arch. du Vatican, 246,
f° 155 v). La lettre, datée du 14 avril, est adressée à Albornoz. Le
pape avait écrit déjà (13 avril) à Albert Stertz, le capitaine « de la
société des .\nglais qui se trouvait en Italie », pour le même but. Cette
dernière lettre est presque inintelligible sans la première. Elle a été
publiée par Tlieiner, o. c. II, p. 415.
3. Lettre à Androuin, mentionnée dans la première. Les deux
cardinaux devaient s'entendre avec les villes d'Italie.
4. Lettre à Celsi (17 avril), Arch. du Valicaii, f" 156; lettre à Adorno,
ibid., f" 156 (même date).
5. Arch. du Vatican, 246, f"* 166-7 (17 avril).
6. Arch. du Vatican, 246, f"* 171-1 v (même date). Lettre adressée
aux deux croisés : ils étaient autorisés à traiter avec les légats. V. une
lettre séparée adressée à Guillaume de la Pôle, chevalier du diocèse de
Lincoln. « domino de Castello Ashebii » (Ashby-de-la-Zouch) (même
date), ibid., f«* 169-71.
7. Arch. du Vatican, 246, {"^ 156-6 v° (20 avril).
— 270 —
aux tran^fretaturi, qui pouvaient amener avec eux un confes-
seur pour remettre leurs péchés, aussitôt commis* ; dix parmi
leurs chefs obtenaient le droit d'avoir, pendant l'expédition,
une chapelle portative, où ils pouvaient célébrer la messe avant
le jour, mais rarement ^ Cependant, ces espérances ne tar-
dèrent pas à s'évanouir. Les compagnies anglaises ne partirent
pas et les bandes continuèrent leurs ravages en France et en
Italie. Le pape excommunia les compagnies de France, le
27 mai, si elles ne se dispersaient pas en dédommageant les
habitants'; il invita les Florentins et les Pisans, qui venaient
de faire la paix le 15 septembre, à réunir leurs efforts
contre les pillards d'Italie et exhorta les premiers (6 octo-
bre) à former une ligue avec la reine de Naples et les deux
légats^. Si la Ilomagne fut délivrée des compagnies, elle ne
le fut pas pour longtemps ; des bandes attaquaient Rome
môme, au mois d'avril 1365 ^
Aussitôt après la conclusion du traité avec Charles IV, le
maréchal d'Audrehera fut envoyé en Hongrie pour demander
au roi le passage des troupes qui devaient s'embarquer dans
les ports de son royaume ^ On voulait empêcher de la sorte
la réunion des compagnies de France et de Lorraine avec
celles de l'Italie et surtout avec le célèbre Annequin qui mena-
çait la Romagne. L'empereur aurait payé leur entretien jus-
qu'aux frontières de la Hongrie. Ils devaient partir par Venise,
si le roi Louis leur refusait sa permission ^ La dîme pendant
1 . Pour les gros péchés, on devait s'en rapporter au Saint-Siège.
Les privilèges ne s'appliquent qu"à ceux qui entreprendront purement
(pure) le passage.
2. « Altare portatile », Arch. du Vatican, 246, f"* 168 vo-9.
3. Prou, /. c, pp. 36-7.
4. Canestrini dans VArchiv. storico, 1" série, t. XV, pp. 83-4.
5. 13 avril. V. Theiner, /. c, II, pp. 430-7. Ce qui est plus curieux,
c'est qu'on était contraint d'employer des compagnies pour se débarras-
ser d'autres compagnies : ainsi la reine de Naples conclut un traité
avec « le magnifique seigneur Nicolas, fils de Jean d'Othim, comte et
capitaine de la grande compagnie des Hongrois, formée récemment dans
ce royaume », pour chasser Annequin de Baumgarten du royaume
(Wenzel, /. c, t. II, p. 571). Le Sjanvier 1365, Hugues de Mortimer, de la
Compagnie blanche, Nicolas, comte de Thodi, etc., traitent la paix avec la
reine de Sicile et entrent au service de l'Eglise le 14 (ibid., Il, pp. 625-7).
6. Il n'était pas encore parti le 9 juin (cf. Arch. du Vatican, 247,
fos 114-4 V"). L'évéque d'Auxerre et Eudes de Grancey allèrent dans
le même but en Hongrie et en Allemagne (Prou, l. c, pp. 47-8).
7. Lettre au roi de France (11 juillet), ap. Rinaldi, t. XXVI, p. 110.
— 271 —
deux ans fut accordée au roi de France pour se débarrasser
des bandes', et des nobles français, parmi lesquels se trouvait
probablement Du Guesclin^, s'engagèrent à les conduire outre-
mer^ On avait demandé contre les compagnies le secours du
roi d'Angleterre * et du prince de Galles ''. On connaît le ré-
sultat de ces efforts : Arnaud de Cervole, dit VArcfiiprêtre ^
se dirigea vers l'Allemagne avec ses routiers ; les provinces
du Rhin s'en émurent ; il fut repoussé devant Strasbourg et
Baie, et sa mort dispersa les compagnies, réunies un moment
pour le départ ^
En même temps le pape annonçait ses projets aux Floren-
tins (8 juin) ^ au doge (9 juin) % aux cardinaux Androuin (10
juin) '" et Albornoz ". Ils étaient invités à prendre des mesures
contre les compagnies, qui devaient partir pour la Terre-
Sainte par la Hongrie ou par Venise *^ Une conférence à
Bologne devait amener la conclusion d'une ligue entre ces
deux légats, Jeanne de Naples et le peuple romain '^
Enfin, et ce projet se réalisa tout aussi peu que les autres,
1. Prou, p. 53. Lettre du 19 juillet (v. pièces just. du même travail,
n° Lviii).
2. V. Prou, p. '*8.
3. « Cum... quidam nobiles obtulerint ac solenniter promiserint eas-
dem gentes non sol nui de prefato regno educere, sed conducere ad partes
Turchie vel aliorum intidelium uitramarinorum, contra eos pro fide
cathoiica pugnaturas », Prou, app., n° lvhi, p. 133.
4. Prou, /. c, p. 47, cf. ihid.^ app., n" Lin, p. 128.
5. Mission de Guy de Provins, ibid., a.j)p., n° l, p. 126 (5 avril).
6. Le pape autorisa le roi à lui donner les subsides le 20 juin (Prou,
app., Liv, pp. 128-9). L'absolution lui fut accordée par un légat à
Màcon (Chérest, YArchiprêtre, p. 310).
7. Chérest, YArchiprêtre, pp. 316 et suiv. ; Chron. Mogunt., Le,
pp. 168-9.
8. Canestrini, Archivio storico italiano, t. XV (l'"^ série), pp. 85-6.
L'empereur y est dépeint dans des termes très élogieux : il aurait montré
au pape le projet qu'il a formé « ad pacem et tran(iuillitatcm totius
populi christiani, et ad depressionem intidelium exaltationemque
catholice tidei ».
9. Commem., VII, n" 210 ; t. 111, p. 40. V. une autre lettre de même
date, ibid.. Vil, n" 209; t. 111, p. 40.
10. Archiv. duVatican, 247, f*"* 114 \°-6. V. une autre lettre adressée
au môme le 18 (fo^ 116-6 v°), reproduite par Theiner, /. c, t. Il, 428-9
(19 juin).
11. Arch. du Vatican, 247, f"* 116 v°-117.
12. V. note précédente.
13. Lettre à ,\ndrouin (10 juin). On chercha à y faire entrer François
de Carrare, Nicolas d'Esté, Cansignorio, Feltrino et les deux doges (Hi-
naldi, XXVI, pp. 112-3).
— 272 —
devant le danger qui menaçait l'Orient, où venait d'appa-
raître Amurat se disposant, croyait-on, à attaquer les Hospi-
taliers \ une grande union ^ des fidèles fut proposée par le
Grand-Maître, le marquis de Montferrat et la république de
Gênes, dans le but de chasser les Turcs de l'empire de Co?is-
tantinople seiileme7it\ L'empereur de Byzance en fut informé
par des lettres du pape, l'exhortant encore une fois à cette
union avec l'Eglise, qu'il paraissait vouloir accomplir''. On
n'attendait que la conclusion de la paix entre Gênes et les
Chypriotes pour commencer l'expédition par terre et par
mer".
Ces espérances furent vaines. Il n'y eut ni départ des com-
pagnies, ni grande union des chrétiens contre les Turcs,
Tout se borna en promesses et en propositions. Personne ne
partit, sauf ce roi de Chypre, qu'on avait presque oublié à
Avignon pendant cette période de grands projets irréalisa-
bles. Le pape apprit cependant son prochain départ, vers la
fin du mois d'avril. Il s'en réiouit dans sa lettre du 26, en
l'exhortant à ne plus tarder, dans la crainte que ses derniers
soldats ne suivissent l'exemple des premiers''. La lettre sui-
vante trouva Pierre P"" en mer".
1. Le \'i avril, les prieurs furent invités à se réunir avec certains
conimandeurs ; des lettres demandèrent aux rois de les contraindre à
venir. Amurat se dirigea ailleurs cependant et il n'y eut plus d'as-
semblée (Bosio, L c, t. II, pp. 66-7).
2. « Certam unionem. »
3. « Ad expellendum eosdem Turchos de dicto imperio. »
4. Archives du Vatican, 247, f'^ 79-80 ; voyez plusieurs lettres
écrites vers la même époque au prolosyncellc de Constantinople et à
d'autres personnages de l'empire grec pour les engager à l'union
{Archives du Vatican, 247, î"^ 81 v°-2).
5. Ibid. (19 avril).
6. C'était une réponse à des lettres de Pierre Thomas, annonçant le
prochain départ. Archives du Vatican, 247, f"* 87-7 v (26 mai). Repro-
duite par Wadding, /. c, p. 187, cf. Hinaldi, t. XXVI, p. 119.
7. Ihid. « Age igitur, fili carissime, bellum doniinicum magnaniraiter
et dévote, tuosque commilitones, quos ad hoc de diversis nationibus
fidelium congregasti, ex parte nostra, etc.. Archives du Vatican, 247,
f° 131 v (19 juillet). Il était parti, dit la lettre, « cum copiosa
comitiva». Reproduite dans Rinaldi, t. XXVI, pp. 119-20.
CHAPITRE IX.
GUERRES EN CHYPRE. — PRISE d' ALEXANDRIE.
A cette époque la chrétienté était partout menacée d'une
grande invasion des Intidèles réunis. Aussitôt après le départ
de Pierre P'' pour l'Occident, les chrétiens furent emprison-
nés et maltraités à Damas, dans toute la Syrie et en Egypte ^
Au mois d'août 13G3, le pape écrivait aux rois de toute la
chrétienté pour leur demander de contraindre les prieurs et
autres officiers des Hospitaliers en Occident à payer les revenus
de l'Ordre, dans leurs contrées: il leur montre l'île de Rhodes
menacée par les Infidèles, les chevaliers bientôt contraints
à la quitter, s'ils ne reçoivent pas de subsides ^. L'année
suivante, on redoutait une invasion des Turcs en Achaïe. Des
forces s'étaient réunies à Thèbes et dans les environs ^ Des
lettres furent envoyées à l'archevêque de Patras, au bailli et aux
habitants de Négrepont pour leur demander leur concours*.
Urbain V écrivit à la même époque aux prélats et aux nobles
d'Achaïe ^ Jean et Robert de Loria, qui étaient accusés d'en-
tretenir des rapports d'amitié avec les Turcs et de les recevoir
même sur leurs terres, près de Thèbes \ furent invités à leur
retirer tout secours et à témoigner de leur repentir en les
attaquant\ Enfin un appel fut adressé à tous les chrétiens,
vers la fin du mois de juin 1364, pour les appeler aux armes
contre les Infidèles, en leur offrant des indulgences ^
1. Villani, XI, xxxiv; Spécimen hist. Socomeni. c. 1070 d.
2. « Quinimmo, ut nuper testimoniis fide digriis audivimus, insulam
Hodi, nisi eis subveniatur de liujusmodi responsionibus, de proximo,
qnod absit, compellentur relinquere » (Theiner, Monum. Hung. spect.,
II, 58).
3. « Propliana multitudo Turcarum. »
4. Le 27 juin 1364 (Archives du Vatican, reg. 2'i6, f"' 238 \°-9).
5. I/nd., f" 240 v<>.
6. Ces terres avaient été même occupées par eux au détriment de
l'Eglise de Thèbes.
7. Même date. Ibid., f"-< 240 v°-l v».
8. Le 24 juin 1364. Ibid., f"^ 238-8 v».
N. JoRGA. Philippe de Méziéres. i8
— 274 -
En Asie et en Chypre, les menaces s'étaient transformées
en hostilités ouvertes contre les possessions du roi absent.
Jean de Carmadino était venu remplacer l'amiral de Chypre
à Satalie, aussitôt après le départ du roi. Son arrivée fut le
signal d'une nouvelle attaque contre la ville. Tacca se réunit
à l'émir de Candelore', qui devait soutenir avec des vaisseaux
les troupes qui assiégeraient la forteresse. Le nouveau
commandant de Satalie en informa le prince d'Antioche,
gouverneur du royaume, qui envoya en Asie trois galères
âous le commandement de Jean de Brie. Le jour suivant, les
Turcs se présentaient devant la ville.
Tacca avait avec lui quarante-cinq mille hommes : huit
galères arrivaient de Candelore. Carmadino défendit de tirer
dos flèches, avant que les ennemis fussent arrivés devant les
murs. Les Turcs commencèrent par jeter des pierres et
d'autres projectiles, qui ne firent pas de grands dégâts ; puis
on ordonna l'assaut. C'est alors qu'au son des cloches et des
trompettes, une pluie d'engins s'abattit sur les assaillants,
qui tombèrent dans les fossés : un parent de Tacca, émir du
voisinage, fut tué dans cette première attaque. Puis les chré-
tiens firent une sortie vigoureuse, qui acheva de mettre les
Turcs en déroute. Ces derniers se retirèrent dans l'intérieur
du pays, pendant que les vaisseaux, de Candelore étaient
brûlés à Gerakiès, où ils s'étaient retirés, par les deux galères
de Jean de Brie^ Deux nouvelles galères furent envoyées dans
le cours de l'année suivante à Satalie : la première périt à
Paphos, deux autres autres arrivèrent bientôt pour conduire
le capitaine Hugues du Puy, bourgeois de Famagouste, à
Satalie. Quelque temps après, au mois de mars 1363, Jean de
Carmadino, malade de la peste ^ se retirait à Rhodes, où il
mourut : son fils prit sa place, comme gouverneur de Sa-
talie*.
De phis, l'invasion de la peste en Chypre, l'absence du roi,
qu'ils avaient appris à redouter, encouragèrent les pirates
1. Mâcheras, p. 69.
2. Ibid., 69-70.
3. Ibid., 70.
4. Ibid. Mâcheras mentionne un peu plus loin Badin de Brie comme
capitaine de SataHe jusqu'à l'arrivée du titulaire.
à
— 275 —
turcs à prendre l'offensive. Un certain Mahomet-Reïs aborda
avec douze galères à Pandaïa et dévasta le pays. Les troupes
qui arrivèrent de Nicosie ne l'y trouvèrent plus ; les Turcs
étaient partis en emmenant leurs captifs. Quelques jours
après, les galères de Satalic partaient, amenant le nouveau
gouverneur*.
Après leur départ, une nouvelle invasion mit bientôt la
côte au pillage. Mahomet Rcïs était revenu avec six galères ;
Carpasso et les environs furent mis au pillage ; la châtelaine
elle-même allait être prise par les pirates. Quatre vaisseaux
chypriotes furent envoyés sur la côte : deux se dirigèrent
vers Carpasso, les deux autres vers Paphos. Les premiers
trouvèrent une partie des Turcs à terre : un do leurs vais-
seaux fut brûlé, tandis que l'équipage, se retirant sur une
colline, se préparait à se défendre. Ils ne tardèrent pas à être
pris par les troupes qui arrivèrent de Nicosie. On les attacha
à la queue des chevaux : puis on pendit les cadavres dans
cette ville. Un autre vaisseau fut pris par François Spinola,
mais les Turcs, plus nombreux que leurs gardiens et mieux
armés, se révoltèrent et tuèrent une partie des hommes de
l'équipage, avec le capitaine, tandis que les autres s'enfuyaient
à la nage vers la galère commandée par sire Henri de la Cou-
ronne. Les Turcs furent pris de nouveau, mais la fureur avec
laquelle les chrétiens les attaquèrent fit chavirer le vaisseau:
Henri de la Couronne se noya avec plusieurs de ses gens. La
galère de Jean de Mitry ramena à Nicosie les prisonniers,
qui subirent la môme peine que leurs compagnons pris à
Carpasso. Une flotte chypriote, sous l'amiral Jean de Sur, se
dirigea enfin vers la côte de l'Asie pour y exercer des repré-
sailles. Anamour, grande ville turque, située en face du cap
Cormakiti, fut prise et saccagée. Une attaque contre la ville
voisine de Siki - ne réussit pas et Mahomet Reis put échap-
per à la poursuite des chrétiens avec le reste de ses vaisseaux^
i. Mâcheras, p. 71.
2. Et non Sis, ainsi que le ferait croire la traduction : S';. SJxr,v,
Mâcheras, 74, Strambaldi : Sichia. Siki est situé au fond d'un golfe,
à l'est de la ville d'Anamour.
3. Mâcheras, 74-5.
— 276 —
L'émir-mélik, commandant de Tripoli, où il s'était retiré,
refusa de le livrer à l'amiral '.
Une nouvelle expédition, destinée à arrêter définitivement
les ravages des pirates, partit de Chypre, le 3 septembre
1364, malgré la querelle avec les Génois qui menaçaient l'île
d'une invasion. Quatre galères, sous le commandement de
Pierre de Bon, se dirigèrent vers Satalie, pour y établir le
nouveau gouverneur, Léon Antiaume. Une seule entra dans
le port, tandis que les trois autres descendaient dans le golfe
et s'avançaient vers Alaïa, en pillant. Cinq galères turques
vinrent leur disputer le passage et la désobéissance d'un des
capitaines, Jean de Gonème, contraignit les vaisseaux chré-
tiens à se retirer. Ils n'arrivèrent à Cérines qu'après avoir
essuyé une tempête. Les trois vaisseaux furent envoyés de
nouveau contre les Turcs par le prince : ils se réunirent à
Myloi à deux galères, qu'avait armées l'amiral. Des pirates
venaient de piller le pays et se préparaient à partir, quand ils
furent attaqués par les chrétiens : deux des vaisseaux de
Chypre faillirent s'enfuir, en voyant devant eux six galères,
qu'ils supposaient appartenir aux Turcs. Les Turcs finirent
par être battus : une soixantaine fut amenée à Nicosie pour
y subir le supplice (novembre 1364^).
Les pirates n'osèrent plus attaquer les côtes de l'île pendant
tout le règne; de Pierre P*", mais un nouvel ennemi, beaucoup
plus redoutable, menaça bientôt les chrétiens de Chypre.
Les galères chypriotes avaient fait prisonnier, en attaquant
Satalie, un Sarrasin de Damas, nommé Chantzianis, qui
fut enfermé à Cérines. 11 fit savoir son état à sa famille,
par un marchand venu dans cette ville et rémir-mélik de
la Syrie prit fait et cause pour son sujet. Les marchands
chypriotes furent arrêtés à Damas et contraints de demander
au prince la délivrance de Chantzianis. Le gouverneur du
royaume refusa, et, par représailles, les Chypriotes furent
maltraités et menacés de mort. Une lettre injurieuse fut
1 . Ihiil. Des pirates chrétiens attaquèrent, en mai 1363, avec trois
galères, Aboukir. Six autres vaisseaux, qui se dirigèrent ensuite vers
la même ville, arrivèrent par erreur devant Rosette : ils en furent
repoussés (Anonyme arabe, Bibl. roy. de Berlin, Wetzstein, II, 359-60,
fos 96-6 v«).
2. Mâcheras, 77-9.
— 277 —
écrite aux insulaires, lettre que l'amiral fit traduire en fran-
çais et envoyer au prince, qui en avertit son frère. Ce fut
une des causes de l'attaque que ce dernier dirigea contre
Alexandrie'.
Pierre P"" était parti de Venise le matin du 27 juin 1365 ^ Le
pape l'en félicita par une lettre datée du 19 juillet: il lui
souhaita la victoire pour lui et les « combattants qu'il avait
« rassemblés à cette intention, dans les différentes contrées
« visitées par lui^ ». Son but était secret, au moins pour les
soldats de la croisade*: c'est ce qui explique les appréhen-
sions de la République. Les capitaines du golfe devaient rap-
porter chaque jour la direction suivie par la flotte du roi :
une pareille mission avait été confiée aux officiers vénitiens
de Crète, aux châtelains de Coron et de Modon, qui devaient
la faire suivre par deux vaisseaux*. Aussitôt que le roi
débarquerait, l'aviso de Candie devait revenir à Venise avec
la nouvelle, tandis que la flotte de Romanie surveillerait ses
opérations et en ferait connaître le succès ^ Des ordres avaient
été envoyés même aux provéditeurs de Crète pour annoncer aux
musulmans, si Pierre venait à les attaquer, que la République
n'était pas solidaire de cette expédition, qui lui était même
complètement inconnue ^ Trois galères vénitiennes devaient
1. Ibid., 85-6. Une autre serait le refus qu'il essuya de la part de
l'émir Hassan (juand il réclama la permission d'entrer à Tyr, pour y
accomplir certaines solennités. Anonyme arabe, f" 95.
2. On ordonna aux équipages de monter sur les galères le 22 (déci-
sion du 19 juin, Scn. Misli, 31, f" 100).
3. Hinaldi, XXVI, 119-20.
4. Les instructions données par les Vénitiens à leurs officiers sont
décisives (v. plus loin). M. Herquet (C///;r/sc/te Kônigsfjestalten. 173)
combat cette opinion, en se fondant sur l'engagement que prit le roi
envers Venise de ne pas attaquer les possessions du Soudan avant la
fin du mois d'octobre. Cf. Mas Latrie, l'Ile de Cluijire. p. 278. Du reste,
le roi cherchait, pnr tous les moyens, à cacher aux Vénitiens ses véri-
tables intentions: Pierre Thomas déclarait vouloir accompagner seule-
ment son ami jusqu'à Rhodes. Il reviendrait ensuite à Modon {Sen.
Misti, 31, f-> 100).
5. « Vel griparias » (ordre du 27 juin).
6. Mas Latrie, Histoire de Chypre, III, 752; 751-2.
7. Ibid., 752-3. Le commerce vénitien n'avait pas été interrompu
ar les préparatifs de la croisade : des licences furent accordées par
e pape, sous les conditions ordinaires, pour six galères, qui pourraient
se rendre à Alexandrie ou ailleurs dans les possessions du Soudan,
le 25 août ^65 (Corn mémorial i, VII, n" 227, t. III, p. 42). Une autre
permission, pour huit galères, fut délivrée le 23 septembre 1365 : le
l
— 278 -
suivre le roi jusqu'à Rhodes ou à Satalie, selon ses ordres \
Le capitaine des galères d'Alexandrie pouvait visiter les
vaisseaux qui faisaient le service des lettres (4 septembre). Il
pouvait s'entendre avec le gouvernement crétois pour les
mesures qui deviendraient nécessaires : le collège des mar-
chands d'Alexandrie obtint la permission de traiter avec le
cadi (même date)^
La flotte se dirigea vers Rhodes. Un très grand nombre de
chevaliers de l'Occident se trouvaient sur une trentaine de
vaisseaux, fournis par Venise. On comptait parmi les Fran-
çais Jean de la Rivière, sire de Préaux, dont le nom se ren-
contre souvent dans les guerres de France ^ Jean de Fricamps\
le seigneur de Puchay, le seigneur de Taillanville, roi d'Yve-
tot% Perceval de Cologne ^. Martel de Basqueville", Jean
8 septembre 1365, trois galères de Venise se dirigèrent vers Beyrouth
(ibid., VU, 00 234, t. III, p. 43).
1. Mas Latrie, Ilist. de Chypre, III, 751.
2. Sen. Misti, 31, f"'' 111 v", 112, 112 v». On demandait à Avignon
d'étendre les licences à six galères. V. p. 277, note 7.
3. Premier chambellan du duc de Normandie dès ,1361, capitaine
de Vernon-sur-Seine en 1364. Il prit part au siège d'Évreux, au mois
de juin 1364 (Pelaville-le Roulx, o. c, p. 127, n. 3) et à celui de Meulan
(S. Luce, Du GuescUn, 428). Le duc Charles lui fit de fréquentes do-
nations en 1361 et 1362 (Bibliothèque nationale, coll. Clairambault,
V. 191, n°* 92, 93, 95). La nouvelle de sa mort à Famagouste, « environ
la feste de Toussains précèdent », arriva à Paris au mois de février 1367:
il fut enterré « en la ville de Costa », on lui fit des funérailles solen-
nelles à Paris, à Sainte-Catherine du Val-des-Ecoliers, le mercredi
17 février et le lendemain, en présence da roi et de ses officiers
(Grandes Chroniques, VI, 244, cf. Arch. nat., X, 469. f" 195 \°). On
retrouve ses gens en Orient dans les guerres qui suivirent. C'était le
frère de Bureau de la Rivière et peut-être le parent du chevalier breton
Thibaut de la Rivière (Bibl. nat., coll. Clairambault. vol. cité, n" 43),
qui fut capitaine de Pontorson sous Du Guesclin (Luce, o. c, p. 309,
453). Un personnage du même nom était « avocat du roy... en la
viconté d'Ango » en 1390 (Bibl. nat., /. c, n» 59).
4. Jean de Friquet de l'ricamps servit tour à tour les rois de Navarre
et de France (1364, Froissart, éd. Kervyn, XXI, 374).
5. Sur lequel v. Fromentin, Essai historique sur Yvetot, 1844.
6. Il assista au siège de Limoges ('1370) et à l'expédition du duc de
Lancastre (1370-3). Kervyn, auquel nous empruntons ces dates, lit
Coulonges (.\XI, p. 45). Etait-ce le Percivallus orator. envoyé par
Hugues IV en Occident, des années auparavant? (Rinaldi, XXV, 500,
ann. 1349). En 1375, on le retrouve comme « ami et féal chevalier »
du duc de Berri et sénéchal de Poitou {Registre de Barthélemi de
Noces, publié par M. Teilhard de Chardin, dans la Bibl. de VÉc. des
Chartes, sept.-déc. 1891, p. 557 : Perceval de Culoignc — Cologne, Gers).
7. Guillaume VI. Il passa du service du roi de Navarre à celui du
roi de France (1358-64). Après que les guerres de France eurent été
— 279 —
de Reims, qui raconta plus tard à Machaut les détails de
l'expédition', Bréraont de la Voulte ^ Gansonet d'Abzac,
chevalier du Périgord^ et enfin Guillaume Roger III, comte
de Beaufort et vicomte de Turenne*, un des seigneurs les
plus puissants du midi de la France''. Beaucoup d'Anglais,
« huit vingt corabatans », se trouvaient aussi dans l'armée
du roi de Chypre. Si le comte de Warwick, Thomas Ufford
et de la Pôle n'avaient pas attendu à Venise l'arrivée du roi
de Chypre, on comptait parmi ces « Angloiz pèlerins^ »,
Richard, seigneur de Grey, qui entra un des premiers à
Alexandrie avec l'étendard do l'Eglise" et Milon de Stapleton,
attaché spécialement à la personne du légat ^ Ils étaient les
plus nombreux, d'après Pierre Thomas, parmi les étrangers^
Des chevaliers Teutons étaient accourus à l'appel du roi,
apaisées, il emprunta 511 francs d'or « pour le saint voyage d'oultre-
mer » et suivit Pierre !'=% auprèsduquel il se dintingua à Alexandrie et,
plus tard, à Tripoli. Revenu en 1368 déjà, il combattit contre les rou-
tiers et défendit ensuite llarfleur contre les Anglais. Mort vers 1380
(A. Hellot, Essai historique sur les Martel de Basqueville, Rouen-
Dieppe, 1879, 8°, p. 44).
1. Voir son portrait dans Machaut, p. 180.
2. Fils de Philippe de la Voulte, il commandait déjà « sur la fron-
tière de Flandre » en 1342, Archives nationales, KK6, f" 236 ; Frois-
sart, éd. Kervyn, XXIII, 267; cf. Delaville le Roulx, o. c, 126.
3. Il fut parmi ceux qui s'enrichirent au pillase d'Alexandrie (Mas
Latrie, Ifist. Ch.. H, 'i61).
4. (Guillaume Roger III devint vicomte de Turenne par un achat,
en 1350 (Delaville le Roulx, p. 126, n. 2). Clément VI, son parent, lui
accorda de très étendues licences de commerce (Heyd. Le Colonie, II,
210-1 ; Mas Latrie, Comm. et exp. milit. dans les Mélanges et docu-
ments, III, 156-8); Urbain V intervint auprès du roi. qui avait arrêté
une partie de ses terres, en 1365 (Archives du Vatican, reg. 247,
f" 92 v«).
5. « Et moult d'autres bons chevaliers et escuiers dont les noms ne
sont pas cy retraiz » (Chron. des quatre Valois, p. 164). Cette chro-
nique donne les noms des chevaliers français que nous avons cités.
Machaut ajoute celui de Guy le Baveux (p. 74). ^'oir sur ce person-
nage Froissart. XXII. p. 53 et Luce, Du Guesclin, p. 447 et note 1.
6. Chron. des quatre Valois, l. c.
7. « Interquos fuerunt milites de Anglia, videlicetdominus Ricardus,
dominusdeCray(.s"/c), portans vexillum Fcclesie et domini patriarche...»
(Vie de P. Thomas atXvihuée à Jean de Faënza, Bibl. nat., lat. 5615,
fo 117 yo). C'est lord Grey de Codnor (Stubbs, Lectures, p. 194).
8. « Et dominus Milon de Stapulton, specialiter deserviens ipsi
sancto patriarche et legato » (Vie, l. c). Ils rapportèrent en .Angleterre
la prétendue Vie de Jean de Faënza. Sur Warwick, Stubbs, o. c, p. 19'i.
9. « Recesserunt Anglici, qui videbantur fortiores » (lettre dans la
Vila par Philippe, p. 1016 des Acta sanctorum).
— 280 —
probablement grâce à l'intervention de Philippe ' : ils formaient
la partie la plus pieuse et la mieux disciplinée de la petite
troupe ^ Des nobles venus des autres contrées de l'Allemagne,
— le poète contemporain Pierre Suchenwirt cite le nom de
Burcard Ellerbach l'ancien '^ — prirent part aussi à l'expédition,
ainsi que des Italiens, parmi lesquels on ne connaît que les
noms de Pierre* et de Jacques des Rossi, dont le dernier fut
un des grands amis de Mézières''. Enfin deux nobles de Bj'zancc,
Jean Lascaris Calopheros, qui avait quitté l'empire et s'était
enfui auprès du pape, à cause de son mariage secret avec
Marie Cantacuzène, nièce de l'empereur", et Jean Angelos de
Salonique ^ se trouvaient aussi dans l'armée de Pierre I". Le
1. Mézières, ibid. Les Teutonici paraissent bien être les chevaliers
de l'Ordre teutonique.
2. Ils furent parmi ceux qui s'opposèrent au départ des croisés,
après la prise d'Alexandrie.
3. Peter Suchenwirts Werke, éd. Aloïs Primisser, Vienne, 1827,
pp. 25-6.
4. Pierre est mentionné par le seul Lorédan, p. 372 de l'éd. it. Un
personnage de ce nom fut au xiv" siècle un célèbre condottiere, « il più
compito cavalière d'Italia » (Romanin, o. c, III, p. 122). Mort en 1338
(ibid., p. 128). Un autre personnage non moins célèbre est Pierre Rosso
ou des Rossi, fils de Bertrand et frère de l'évêque Jacques de Luna
(Jsloria di Parma, Muratori, XII, 752 b; Delayto. ibid., XVIII, 1059 b;
Diario Ferrarese, ibid., XXIV, 182 c). La famille possédait près de
Parme les villae de Panochia et de Felino, qui est qualifiée d' « oppi-
dum Rubeorum » (Delayto, /. c, 1072 n).
5. Jacques des Rossi, qui prit part à la guerre de Bernabô contre
l'Église, tomba dans le pouvoir des alliés à Solarolo (Chron. Placcn-
tinum, Muratori, XVI, 507 n ; cf. Ann. Mediolan., ibid., 734 c). V. plus
loin sur ce personnage.
6. V. une lettre du pape à Pierre I<"' (19 avril 1365) dans les Arch.
du Vatican, reg. 247, f" 80 v°. 11 avait fait l'éloge du roi (« qui. tuum
zelans honorem, multa nobis persuasit fideliterque prosperitatem tui
culminis contingere dinoscitur ») et manifestait le désir de s'établir
dans quelque colonie des Génois en Orient. Urbain le recommanda au
doge Celsi (ibid., f»s 80 v-l), au Grand-Maitre (ibid.), au doge Adorno
(fos 81.1 yo)^ aux bourgeois de Pera, où il voulait liabiter (f" 129), au
légat (fo 79). Le roi l'avait recommandé le premier au pape : le sei-
gneur byzantin le suivit à Alexandrie (Mâcheras, 89). Sur Jean Lascaris
(t 1392) et son fils Érard (f 1409), co-seigiieur d'Arcadie, v. Hopf,
o. c, II, 87L Jean mourut « in partibus Cipri » ; son fils en Arcadie
(Arch. d'État à Venise, Raspe, v. 6, f»» 56 v<'-7, 22 avril 1409; f°^
112-2 v").
7. Archives du Vatican, 247, f" 79; Bullarium CarmelHarum, I, 125.
Machaut évalue à 700 le nombre des chevaliers qui prirent Alexandrie ;
l'ile de Chypre pouvait fournir « non sine difficultate... circa V<^
homines armorum... » et Pierre commandait à Alexandrie « sexcenti
ferme armati et marinarii omnes » (Oratio Iragedica, f" 191 v", A.
Sanct., l. c. ; cf. Machaut, p. 74). V. sur le nombre des vaisseaux, Sacy,
— 281 —
roi ne s'arrêta pas en Crète, où sa présence n'était plus néces-
saire. A Rhodes, où il arriva au mois de juillet, après un trajet
facile, il ne trouva plus son allié de 1362, Roger de Pins, qui
venait de mourir, le 28 mai 1365. Son successeur était un Fran-
çais, Raymond Bércnger, descendant des comtes de Barcelone*,
précédemment châtelain de Castelsarrazin-. Assez bien disposé
pour le passage, le nouveau Grand-Maître lui offrit le secours
de l'Ordre : cent chevaliers bien armés, sous le commande-
ment du prieur de Lombardie, Ferlino d'Aïrasca^ se réu-
nirent à l'armée chrétienne, pendant que le roi rassem-
blait de nouvelles galères, dans le port de Rhodes*. Un
traité fut conclu enfin par l'intermédiaire de Raymond
entre le roi de Chypre et les émirs do Palatschaet d'Altologo,
qui avaient demandé la paix, craignant une invasion des chré-
tiens sur leur territoire ^
La flotte chypriote ne tarda pas à venir le trouver. Aussi-
tôt après la conclusion de la paix avec les Génois ^ des ordres
avaient été envoyés au prince d'Antioche pour armer les
vaisseaux qui étaient dans les ports, et en construire de nou-
veaux ^ Charion de Giblet annonça la fin des préparatifs au
mois de juin ^ Les ordres du roi avaient été reçus avec un
grand enthousiasme, tout le monde voulut s'armer contre les
musulmans, qu'on ne prisait pas « ii nois' ». Les vaisseaux ras-
Chrestomatliie arabe, II, 2f éd., 'i9(2i vaisseaux vénitiens); Heyd, Le Co-
lonie, II, 21'!. note I ; Mâcheras, p. 89 (15 vaisseaux arrivésde Venise et 1
vaisseau revenu de (jènes). L'Anonyme arabe compte li vaisseaux de
Venise et deux de Gènes (10 de Rliodes, 5 de France sic), ms. cité,
fo J23.
1. Paoli, Cod. diplom., II, 'j()5. Il accompagna Urbain V en Italie et
mourut en 1374. Le pape le félicita sur son élection le 9 août 1365
(Herquet, J.-F. von Ileredia, p. 52).
2. Ibid. Bosio, II, 68.
3. Mâcheras, p. 89. Il avait, d'après Mézières, })lus de mille hommes
avec lui, en comptant prolmhlement au.ssi la suite des chevaliers
{Vita S. Pétri, 1016). Son nom, dans Herquet, Cypr. Kiinigsg., p. -6;
Ileredia, 52. 11 commandait quatre (Mâcheras, p. 90) ou même sept
vaisseaux {Chron. des quatre Valois, 164). Cf. Vita, 1013.
4. Amadi, p. 414.
5. Vita. 1012; Mâcheras, 89.
6. Mézières, Vila : « pluribus mensibus ante ». Cf. Bustron, 262 ;
Amadi, 414.
7. Ibid.
8. Mâcheras croit que le roi se trouvait encore à Avignon à cette
époque, p. 86. ("f. Bustron et Amadi. II. ce.
9. Machaut, 56.
- 282 —
semblés avaient été appelés à Rhodes, aussitôt après l'arrivée
du roi'. Le prince nomma gouverneur de l'île, pendant son
absence, Jacques de Norès ^ puis monta sur son vaisseau et la
flotte, composée de .33 galères, 6 fustes, 9 vaisseaux de
transport et 13 barques, 11 vaisseaux pour les chevaux et
20 autres embarcations ', quitta le port de Famagouste en se
dirigeant vers Rhodes. Elle portait entre autres le prince,
Jean d'ibelin, comte de Jaffa, Jean du Morf, Raymond Babin,
lin des conspirateurs de 1369, Hugues et Roger de Montolif,
l'amiral Jean de Sur, Thomas de Vernj^ Jean et Badin de
Bric, ancien commandant de Satalie, Hugues de Brunswick,
parent de Philippe, Guy de Mimars, Guillaume Visconti, les
compagnies du turcoplier, de l'archevêque de Nicosie ^ de
l'évêque de Limassol et du commandeur des Hospitaliers en
Chypre ^ On s'arrêta d'abord à Salines, comme pendant l'expé-
dition de 1361 , puis à Myloi, où l'on prit les chevaux. Le prince
tomba malade et revint à Nicosie, les autres entrèrent dans le
port de Rhodes, le 25 aoùf'.
Le roi les reçut avec une grande joie ; les soldats furent
payés ' et prirent leurs quartiers dans la ville, pendant que le
roi revenait au château, ce château du Grand-Maître « mer-
1. Mâcheras, 86-7. Le roi ne trouva pas les Chypriotes à Rhodes,
ainsi que l'affirme Bustron (/. c). Cf. Machaut, p. 56. La « gent de piet »
resta en Chypre pour garder l'ile (p. 58; cf. cependant p. 54).
2. Mâcheras, 87.
3. Ce sont les chiffres de Bustron et d'Amadi (pp. 262, 414). Mâcheras
donne des chiffres plus élevés (p. 87), Mézières compte une soixantaine
de vaisseaux « inter galeas, huysperia (huisseria?) et alia navigia
militum armatorum » (Vita, 1012).
4. Ce n'était pas l'archevêque lui-même qui assistait à l'expédition,
mais sa compagnie seule (cf. celle de Jean de la Rivière mentionnée
après la mort de ce dernier). Voir Mas Latrie, Arch. Or. lat., H, 273.
Cet archevêque était Raymond de la Pradèle, mentionné en 1366
(ihid.. 272, v. p. 315 du prés. ouvr.).
5. Mâcheras, pp. 87-88. Sur les deux Jean d'ibelin, dont l'un accom-
pagna le roi en Europe, voir Mas Latrie, Z,es Comtes de Jaffa et d'Ascalon,
dansl'.lrc/a'fîo Vencto, t. XVIII. 397.
6. Mâcheras, 89. D'après .'\madi, ce serait le roi qui aurait abordé à
Rhodes le 25 août (p. 41 i); la flotte aurait quitté Famagouste le 25 juin
(Jhid.). Pierre I'^'" dut arriver cependant dès le commencement du
mois de juillet (cf. Caroldo, f" 206 v : « nel mese di luglio »), son
voyage ayant été direct {Vita, 1012), tandis que la flotte fut retenue
par la maladie du prince (.Mâcheras, l. c). Il faut ajouter encore que
le roi passa à Rhodes « n moisentiers» (Machaut, 51).
7. Machaut, 56.
- 283 —
« veilleusemcnt bel, noble, grant et fort » que le soigneur
d'Anglure admira plus tard '. Il resta dans l'île quelque temps
encore, malgré l'indiscipline des troupes qui causèrent des
troubles sanglants ^
Dix raille hommes, parmi lesquels mille chevaliers, archers
et balistaires, avec mille quatre cents chevaux ■\ des vivres et
dos engins en abondance *, n'attendaient que le signal du
départ. Ue nombreux chevaliers, appartenant à la noblesse la
plus brillante de l'Occident, s'étaient rassemblés autour du
roi. La tlotte de ce prince, que les Occidentaux avaient aban-
donné et méprisé, s'élevait à plus de cent voiles \ Les espé-
rances du légat et de Philippe de Mézières n'avaient jamais
été aussi brillantes.
Le premier se surpassa lui-même en zèle et en activité. Il
donnait la croix aux catholiques et aux schismatiques, les
confessait et pardonnait leurs péchés: ils s'entretenait avec
les matelots et les soldats, visitait les malades et apaisait les
troubles. L'armée, rassemblement cosmopolite où se ren-
contraient toutes les nations attirées par le désir du butin,
l'adorait pour sa bonté". On attribuait une influence mira-
culeuse à sa bénédiction ; celui qui avait baisé sa main
était sûr d'échapper aux dangers ce jour-là '. Il passait tout
son temps à prêcher et à ordonner des processions, au point
d'en oublier la nourriture et le sommeil. « Celui qui aurait
« vu alors la joie do mon Père, dit Philippe de Mézières,
« quand il bénissait l'armée et glorifiait Dieu, aurait été gagné
« à la dévotion et à la destruction des ennemis de la foi* ».
Quelques jours avant le départ, le roi et les chevaliers
1. Voijage du S. d'Anglure (Coll. de la Soc. des anc. textes), p. 9.
2. Maoh'éras, 8<).
3. Mézières, Vita, 1013; cf. Machaut, l't. C'est aussi le chiffre que
donne V Anonyme arabe, un habitant d'Alexandrie à cette époque (ras.
cite, f"* 262-2 v).
4. Vila. 1012.
5. Mézières, Vita. 1013; Mâcheras admet 165 vaisseaux (90); Bustron
et Amadi, //. ce. 11 n'y avait que 70 vaisseaux d'après V Anonyme arabe.
1'" 109.
6. Vita, 1012. Cf. ibid. : « devotionis caussa ad passagium non
vénérant, sed caussa vanitatis et avaritiae et benelicii régis. »
C'était la « major pars » des croisés.
7. Ibid., p. 1012.
8. « Qui tune Patrem meum gaudentem, cxercitum benedicentem,
- 284 —
communièrent ; les soldats, qui en grande partie étaient des
chrétiens grecs, suivirent leur exemple. Le légat amena même
à contrition des hommes qui n'avaient pas communié depuis
dix ou vingt ans'. Ensuite, les chefs furent rassemblés pour
fixer le but de l'expédition. Perceval de Cologne, à qui on de-
manda son avis, aurait recommandé, d'après Machaut, d'atta-
quer Alexandrie, où il avait été prisonnier et qu'il connaissait
assez bien. La ville, il est vrai, était très grande et très peu-
plée, mais les habitants, comme partout ailleurs dans les états
du Soudan, s'empresseraient de fuir « comme chevriaus » à
la première attaque vigoureuse '\ Le Vieux port serait facile
à prendre et une prophétie avait annoncé depuis longtemps
que la ville tomberait un vendredi, au pouvoir d'un roi chré-
tien qui devait entrer par cet endroit. Il fit valoir la position
isolée d'Alexandrie et le secours que Dieu accorderait à cette
entreprise méritoire ^ Le roi fut de son avis : il fallait atta-
quer celui qui retenait son héritage et, puisqu'on allait faire
la guerre, il fallait frapper le serpent à la tête*.
Le lendemain, samedi, 4 octobre'*, les troupes furent em-
barquées, sans qu'on leur annonçât encore le but de l'expé-
dition. On avait défendu cependant aux Chypriotes d'aller en
Syrie pour ne pas donner l'alarme ; les chrétiens qui se trou-
vaient dans les possessions du Soudan ne devaient pas même
être invités à revenir*. Le roi monta sur sa galère avec le
légat, le prince, qui était venu à Rhodes, le châtelain de
l'Ordre ^ le maréchal de Champagne^ le seigneur de Turenne
et Deum glorificantem vidisset, in devotionem et inimicorum fidei
destructionem conversus fuisset » {Vila, 1012).
1. /6îrf.,10J3.
2. Machaut, 59-63.
3. Ibid., p. 63. Sur les prophéties relatives à la prise d'Alexandrie,
Anonyme arabe, ap. Herzsohn, o. c, pp. 10, 11.
4. « Soldanum Babyloniae, sanctam civitatem .Jérusalem et ejus
haereditatem occupantem, non ad caudam sed ad caput invadere, et
versus Alexandriam suum et Dei exercitum dirigere » {Vita, 1013).
5. Cf. Machaut, 64 : 29 sept. On arriva cependant à Alexandrie
quatre jours après avoir quitté la terre ferme (v. plus loin) et le lende-
main de l'embarquement fut un dimanche.
6. Mâcheras, p. 90.
7. Le seigneur du château, « toj /.a^TsXXîou » (Mâcheras, p. 89); « del
castello », apud Strambaldi. Mâcheras mentionne ensuite le seigneur
Tfj; K(B)â5aa; (de Vas.sy) et un certain « ô Xettè » que Strambaldi rend
par « Chier ».
8. « TÇafxjraviaç » (ibid.). j
— 285 —
et le sire de Rochefort. Les barons qu'il aimait le plus l'accom-
pagnèrent : Philippe de Brunswick, le mari de la reine Alix,
Simon de Norès, Pierre Malosello, Pierre Grimani, Pierre da
Mar ', Charion de Giblet, qui fut plus tard un de ses assassins,
Calopheros, le chevalier constantinopolitain et Philippe de
Mézières ^
Puis, quand tout le monde fut sur les vaisseaux, le légat se
leva, avec les autres ecclésiastiques, pour donner la bénédic-
tion. Il monta sur l'endroit le plus élevé do la galère, ayant
le roi à son côté, pendant qu'on abaissait tous les drapeaux
et les insignes; la bénédiction qu'il prononça alors fut « large,
inouïe et très belle »; il commença par le Saint-Esprit, cita
le Nouveau Testament et l'Ancien, et bénit ensuite les vais-
seaux, les armes, les personnes et la mer elle-même, en ap-
pelant la protection du Ciel sur l'entreprise. Le roi et l'armée
l'écoutaient pieusement, la tète baissée. Puis, quand il eut
fini de parler, on éleva sur la galère royale le drapeau, qui
portait un grand lion rouge, pendant que toutes les trom-
pettes sonnaient et que des étendards apparaissaient sur les
autres vaisseaux. « Un cri terrible s'éleva alors vers le ciel,
remerciant Dieu et disant : Vive, vive Pierre, roi de Chypre
et de Jérusalem, contre les Sarrasins infidèles^! » Le légat
salua le roi, le bénit et revint dans sa galère avec son ami,
qui l'avait accompagné \
Allait-on débarquer en .\sie Mineure, en Syrie ou en
Egypte"? La flotte se dirigea d'abord vers Crambouse, dans
les environs du cap Chelidonia, pour y prendre de l'eau ^ Le
lendemain, dimanche, après la messe, on mit à la voile de
1. « Tajjiàp » (ibid.).
2. Voir la liste dans Mâcheras, 89-90. Les habitants de Famagouste,
qui craignaient pour leurs marchandises, furent affligés en apprenant
le but do rexpédition (90).
3. « Finita autem benedictione, signum regale, videlicet quemdam
leonem rubcuin magnum, in galea régis subito levaverunt, et tubis
oninis exercitus intonantibus, et vexillis inlinitis levatis una voce
terribili in caolum clamaverunt, Deo regratiando, clamantes et dicentes :
Vivat, vivat, Petrus Jérusalem et Cypri rex, contra Saracenos infidèles »
(Vila, 1013).
4. « Me scmper in omnibus associante » (ibid.).
5. Ibid., p. 1013.
6. Machaut, 64 et note 18; Bustron, 262; Mézières, 1013; Mâcheras,
90 : « tô ^'aoù^E ».
— 280 —
nouveau, cinglant vers Alexandrie, qui fut donnée comme lieu
de débarquement. On protesta d'abord, en objectant la force
de la ville et le grand nombre de soldats que pouvait y jeter
le Soudan, si elle était menacée'. Puis, le roi ayant encou-
ragé ses compagnons, ils se dirigèrent vers la ville, « comme
si c'était un petit château ou une place déjà prise ^ ».
La flotte fut d'abord dispersée, puis le vent devint serein et
s'éleva si favorable que les vaisseaux paraissaient se jouer sur
les flots [in altum quasi nobis ludenlibm) \ au grand éton-
nement des pilotes qui connaissaient ces parages, on était en
vue d'Alexandrie le quatrième jour à peine après le départ
de Crambouse^ Et alors « li jours fu biaus, lamerfu quoie* ».
Le 9 octobre au matin'', le roi de Chypre entrait dans le
Vieux port. L'enthousiasme des chrétiens dut être grand à la
vue de cette ville, une des plus belles et la plus forte des
possessions du Soudan*, s'étendant, avec ses maisons en
pierre blanche ', sur toute la largeur de la côte comprise entre
ses deux ports. Vers le milieu du xiv° siècle, la Nouvelle
1. Li amiraus en geteront
Cinq cent mil hommes en une heure.
Paris lui-même n'a jamais entrepris une conquête pareille, ajoutèrent-
ils (Machaut, 65).
2. « Tune omnes gavisi Alexandriam clamantes vociferabant, quasi
esset quoddam castrum parvum, vel oppidum ipsum captum repu-
tahant » (Vi7a, 1013). Cf. Machaut, 66.
3. Le matin du quatrième jour, Vita, l. c. Du cinquième, d'après
Mâcheras, ce qui paraît plus exact.
4. Machaut, 67.
5. Amadi, 414; Bustron, 262. Machaut donne la véritable date (p. 67),
ainsi que le Petit Thalamus (p. 369). Alexandrie aurait été prise le
11 octobre, d'après la 2<= vie d'Urbain V (Baluze, I, 404), ce qui
ferait croire que l'arrivée eut lieu le 10 (cf. Chron. marlinienne,
fo 158). Macliéras donne la date du 9 octobre {l. c). Maqrizi fixe comme
date de l'arrivée le 21 de Muharram 767, soit le jeudi 9 octobre 1365
(Sacy, Chrest. arabe, II, 548-9; cf. Abou'IMahàsin; (lôïc?.) Mézières
donnerait une fausse date, le 3 octobre, qui ne fut pas même un jeudi
{Vita, 1014, V. plus loin). Carmesson ne se trompe pas cependant. V.
Mas Latrie, Ilist. Ch>jp., II, 280-2; Machaut, n. 23.
6. V. les expressions lyriques de Pierre Thomas : « Ut Parisiiis habi-
tata, ut Venetiae grata, ut Janua rata » {Vita, 1015). Khalil Dhaheri
la proclama « la place la plus forte et la plus grande de l'islamisme »
(trad. Venture, Bibl. nat., nouv. acq. franc., 3160, f^ 71). V. VAnon.
arabe, ap. Herzsohn, p. 3.
7. C'est la « blanche cerfve » {Sonr/e du vieil pèlerin, 1, î" 82 v"), la
« ville de blanque pierre tenre » (Guillebertde Lannoy dans VArchaeo-
logia, XXI, 315). Guillebert visita l'Egypte sous Henri V, qui le chargea
d"y prendre des informations pour sa croisade future, p. 281.
I
-^ 287 —
Alexandrie^ occupait un espace de plusieurs milles de circon-
férence sur un terrain sablonneux où ne s'élevait aucune autre
végétation que des bosquets de palmiers que célèbrent les
poètes arabes" et de grands jardins s'étendant sur les deux
bords du canal, sur la route du Caire ^ La population s'élevait
à soixante mille ou même cent mille âmes; les musulmans
en formaient la majorité; venaient ensuite un assez grand
nombre de chrétiens, originaires de toutes les contrées
de l'Asie et de l'Europe, des jacobites* et des juifs assez
nombreux. Les musulmans portaient le turban blanc, d'après
un voyageur presque contemporain'', les juifs se distinguaient
par la couleur jaune et les chrétiens par la couleur bleue
de leur coiffure. La condition de ces derniers était assez
malheureuse : ils ne pouvaient pas sortir pendant la nuit de
leurs fondaques, où un fonctionnaire spécial les enfermait le
soir^; on ne leur permettait pas non plus de quitter leur quar-
tier pondant trois ou quatre heures chaque vendredi". Les
droits de douane étaient assez élevés *; les marchands de-
vaient payer en outre un droit spécial pour l'argent qu'ils ap-
portaient avec eux'. Cependant il y avait plusieurs églises
dans la ville, Saint-Marc et Sainte-Catherine surtout, où l'on
célébrait habituellement la messe à la requête des Vénitiens ".
1. La vieille Alexandrie se trouvait au sud de l'autre (Frescobaldi,
Viaggio, lioiue, 1818, 77).
2. Une citation dans Aboulféda, Géographie, tr. Reinaud, t. II, p. i,
p. 145; Lannoy, 315; iMachaut, 61.
3. Aboulféda, /. c. Cf. Léon l'Africain, Description de lAfrique,
éd. de 1830, II, p. 192; Frescobaldi, 85; Anglure, 79.
4. Léon l'Africain, 11, 193. Ils faisaient « paou de marchandises »
et payaient un tribut au Soudan. Sur la })opulation, Anon. arabe, f"*
262-2 v".
5. Simone Sigoli, Viaggio al monte Sinai, 2» edizione, Milano.
1841, y. 83.
6. l<rescobaldi, 83. Leur quartier s'appelait même le quartier du
Chien. L'auleur ajoute : « e questo nome diriva da dire, che noi siamo
cani », p. 84. V. Schiltberger, Reisen. éd. INeumann, 119.
7. Frescobaldi, /. c.
8. Pegolotti, Pratica délia mercalura, dans Pagnini, /)e//a décima di
Firenze, 111, p. 58, cf. Mas Latrie, I/ist. Ch., II, 320. Sur les fondaques,
Heyd, Le Colonie, II, 244-5.
9. SigoU, 78.
10. Ludolphus do Sudheim, cli. xliv. Frescobaldi cite encore les deux
colonnes entre lesquelles sainte Catherine souffrit le martyre, la place
oii S. Jean Chrysostôme « fit pénitence » (p- 82), la pierre sur laquelle
fut coupée la tête de S. Jean-Baptiste, 1 église de S. Athanase (ibid.).
Cf. Thomas de Swynburne dans les Arch. de l'Or, latin, II, 380 (1392).
— 288 —
Ces chrétiens d'Alexandrie, assez nombreux et parmi lesquels
se trouvaient des Chypriotes', avec leur consul spécial, durent
aider en quelque sorte à la victoire des croisés ^
Des murailles très hautes et très larges ^ défendaient
Alexandrie. Des tours s'élevaient à la distance de 200 pas* avec
de larges plateformes, couvertes de soldats Sarrasins, Turcs,
Syriens et Tatars". Du côté du Vieux port^ deux collines arti-
ficielles, que couronnaient des forts, servaient à signaler l'ap-
proche de l'ennemi en temps de guerre, des vaisseaux mar-
chands pendant la paix. Six portes, garnies de fer, permettaient
l'entrée dans la villes
Avec ses larges fossés, oii l'on pouvait apporter l'eau de
la mer en temps de siège ^ avec les béliers, « les coillarts »
et les arbalètes' qui défendaient ses murs, avec ses rues
étroites et « méchantes ))'" où l'on pouvait organiser une résis-
tance acharnée, même après l'entrée d'un ennemi dans la ville,
Alexandrie était considérée comme inexpugnable. Il n'en était
1. Le seigneur d'Anglure cite les (cfondiques » de France, de Venise,
de Gênes, de Castille ou d'Aragon (nie), de Naples, d'Ancône, de Mar-
seille, de Narbonne, de Candie et « le fondique des Chippriens »
(p. 78). Il y avait même, d'après Benjamin de Tudèle (xii» siècle), des
marchands de Cracovie et de Russie (éd. Bergeron, 62-3).
2. L'Anon. arabe l'affirme pour les Vénitiens, massacrés en 1326-7
(f" 96 V" et Herzsohn, xxi, note h).
3. « Mûris inexpugnabilibus », Sudheim, /. c; « wol gemaurt »
(J. de Berne, ap. Rôhricht et Meisner, Deutsche Pilgerreisen, 58),
« belle mura « (Frescobaldi, 77). « ouvrez », pour la plupart, « par
arches par dedens » (Lannoy, 315). « Les murailles de cette ville »,
écrit Lebruyn, « sont admirables et elles paroissent encore si superbes,
quoiqu'elles soient en grande partie ruinées, qu'il n'y a point au
monde qui leur soient comparables » {Voyage au Levant, II, 123-4).
V. aussi Anglure, p. 79, Hayton, éd. Bergeron, 80, Khalil Dhaheri,
ï° 71 et Beauvau, Voyage, p. 229.
4. Khalil Dhaheri, /. c, Lannoy, 316, Lebruyn, 123, cf. Norden, Tra-
vels, I, 6. Elles avaient par endroits 20 pieds d'épaisseur. Cependant :
« moult peu espesses » (Lannoy, 315). Les plateformes étaient larges
de « plus de vingt pas » (Lebruyn, 125).
5. Frescobaldi, 78.
6. Léon l'Africain, p. 192; Lannoy, 312; Lebruyn, 127.
7. Khalil Dhaheri, l. c.; Léon l'Africain, 189; Lannoy, 316-7 ; Brei-
denbach, ap. Webb, Archaeologia, l. c., 364.
8. Lannoy, 315 ; Khahl Dhaheri, 71.
9. Frescobaldi, /. c. ; Lannoy, 317 : « Arballestres de Rommanie et
asses de petis canons. » Le coillart ou la bricolle est semblable à la
catapulte des anciens (Webb, l. c, p. 362, note t).
10. Lannoy, 316 : « Meschans et estroites », sauf quelques places où
Perceval avait remarqué « cent mille (sic) hommes » rassemblés
(Machaut, 61-2).
- 289 —
rien cependant, ci, quoique temps avant l'expédition de
Pierre I", Ludolphe de Sudheim avait signalé déjà l'inanité
de cette opinion sans s'arrêter sur les détails'. En effet, si un
assaut était difficile, un siège un peu plus rigoureux devait
bientôt la réduire. Il n'y avait pas de fontaines dans la ville :
toute l'eau venait des conduits souterrains, sur les arches des-
quels les maisons étaient bâties ^ L'ennemi pouvait empêcher
les eaux du Nil d'entrer dans ces canaux ou y faire pénétrer
de l'eau de mer, ainsi qu'on le pratiqua avec succès à l'époque
de César ^ Les provisions elles-mêmes arrivaient de régions
assez éloignées : elles étaient apportées à Alexandrie par ces
femmes dont Frescobaldi rencontra les barques sur le Nil*.
Enfin, comme on avait une très grande confiance dans la po-
sition même de la ville, la garnison était très réduite. Le
Mélek% qui habitait ce grand château aux splendides jardins
que décrit Khalil Dhaheri", n'avait à sa disposition qu'une
troupe insignifiante de quarante chevaliers et une centaine
d'Arabes ^ C'étaient de très beaux soldats, ornés de manteaux
de soie de Perse, vêtus d'habits multicolores. Leurs armes
étaient le javelot, la flèche, le sabre turc, des tuyaux qui
servaient à jeter du naphte brûlant. Ils portaient des bou^
cliers, des cottes de mailles et des cuirasses d'écailles. On
les admirait dans la ville, tout en sachant bien que le cri
1. Ch. xuv : « Hec civitas humano visui inexpugnabilis videtur
et tamen facilius esset capienda, de quo michi dicere non est cura. »
2. Ilayton, éd. L. de Backer, t Extrême-Orient au moyen âge. Paris,
1877. 8°, p. 233 : « Donc qui leur puet lever Teaue qui va par les con-
duis, ilz seroient à grant mésaise, et ne pourroient durer longtemps,
autrement seroit grief de prendre Alixandre par force » ; Schiltberger,
119 ; Lannoy, p. 315 (l'eau venait par un « greil » près de la porte de
Rosette). Il n'y avait que « .m. ou .nii. grandes cysternes » {ibid).
Benj. de Tudèle, 61, Léon L'Africain, II, 191-2.
3. Ilirtius, De bello alexnndrino, ch. iv, v.
4. Des femmes « di bassa mano », dit-il, « grandissime mercatantesse,
le quali andavano in Alessandria e per l'isola di Rosseto a tare loro
mercatanzie » (Frescobaldi, 89).
5. Frescobaldi, 78-9. C'est « le Roy ammiral d'Alixandrie » (« La-
melech, che tanto e a dire quanto Re »), dont parle Lannoy (p. 314).
6. V° 72 : « Il ne seroit pas possible de déduire la quantité des co-
lonnes de granité et de porphire, des salles paréos en marbre de tout
espèce, d'appartements peints et dorés, de jardins magnifiques, qui
embellissent ce palais. » Il habitait près du Nouveau port (Lannoy, 313,
cf. Frescobaldi, 79).
7. C. Schefer, Élude sur la devise des chemins de Babiloine, dans
les Arch. de l'Or, lut., II, 98.
N, JoRG.\. Philippe de Mézièves, 19
— 290 —
d'une corneille suffisait pour les épouvanter'. Ceux qui com-
battirent contre les chrétiens furent les habitants mêmes de
la ville, dont le caractère était plus belliqueux que ne le croyait
Perceval de Cologne.
Le roi n'employa pas cependant le siège pour se rendre
maître d'Alexandrie; il se décida à ordonner l'assaut. Il avait
ses raisons pour agir de la sorte : en effet, si la ville
tardait à se rendre, un courrier, envoyé par les assiégés,
avait bientôt fait d'arriver au Caire ^ où se trouvait cette
grande armée de mamelouks, prête à se mettre en mouve-
ment au premier signe du Soudan. En attaquant la ville aus-
sitôt après son arrivée, il avait des chances pour la prendre
d'assaut, et alors, dans cette position admirable, il aurait pu
résister aux Sarrasins pendant longtemps, grâce aux provisions
qu'il amenait avec lui et au secours qu'il aurait reçu de son
île d'abord, et ensuite de l'Occident même, qu'une pareille
action d'éclat aurait gagné à la croisade. Après que la flotte
fut entrée dans le Vieux port, le roi ordonna qu'on se reposât
pendant cette journée-là avant de commencer le débarque-
ment ^ Les soldats chrétiens restèrent donc sur leurs vais-
seaux, pendant que le bord de la mer, cette plaine d'argile et
de sable qui séparait le rivage des murailles d'Alexandrie, se
remplissait de combattants, de curieux, de marchands
ambulants, avec « leurs petites tables et leurs vases, leurs
petits fourneaux*. » S'ils n'étaient pas cent mille S leur
nombre était considérable; ils se montraient prêts à com-
battre pour empêcher le débarquement ^ L'armée était com-
posée des soldats de l'émir d'abord, de Turcs, de Bédouins,
de Syriens et de Tatars, armés à la légère, avec le seul
turban de lin blanc sur la tête, sans cuirasse ou « pansière'' m;
ils portaient l'arc syrien et le cimeterre; une partie était
1. Anonyme arabe, f<"' 98, 101.
2. PYescobaldi, 104 : « In mezzo d'ora (.«?>) ha (le Soudan) lettere d'A-
lessandria nel Cairo », par des courriers. C'est pour empêcher la
prompte arrivée des secours que Pierre avait choisi l'époque de l'inon-
dation {An. av., i° 101 v).
3. Vila, 1013.
4. Ihid.; Machaut, 67, 62, An. ar., f" 102.
5. Machaut, 62 : « Bien estoient plus de c mille » (p. 67).
6. Vila, l. c.
7. « Corrazzo e. . . panziera » (Frescobaldi, 78).
I
I
— 291 —
montée sur des chevaux de Barbarie très rapides'. Des habi-
tants les accompagnaient en armes, la ville possédant un
arsenal capable d'armer « l'Egypte entière' ». L'amiral,
ChalîlÇalàh-ed-dîn, dont le prédécesseur avait demandé, dès
le commencement des préparatifs du roi, l'augmentation de
ses forces, craignant une attaque des chrétiens, était absent,
dans un pèlerinage à la Mecque^: le Soudan se trouvait à
Syriacus, et son principal ministre, l'atabek Yalboghâ, à la
chasse \ Un certain émir Ganghara, homme absolument
incapable, commandait la place.
Des musulmans arrivaient sans cesse sur le rivage, et comme
la flotte se trouvait à un jet de baliste et demi à peine du ras-
semblement, on entendait très distinctement les injures et les
vociférations. Le légat, qui ne connaissait pas l'ordre du roi,
en fut indigné : il s'adressa à son ami et l'invita à partir
avec sa galère, pour ne plus souffrir de pareilles insultes. Les
autres galères ne tarderaient pas à suivre la croix. « Quanta
moi, écrit Philippe, considérant son désir de mourir pour le
Christ et, tout en l'admirant beaucoup, je lui répondis en
riant : Mon père, l'heure de notre mort n'est pas encore ar-
rivée, il ne faut pas descendre à terre ; avec votre permission,
je ne le ferai pas. Et il était si affligé, qu'il me serait impos-
sible de le décrire. Car je devais me soumettre aux ordres
du roi et à la discipline, que nous devions respecter tous". »
Le bruit no cessait pas sur le rivage; on continuait à inju-
rier ces chrétiens, qui ne voulaient pas descendre. On voyait
leurs vaisseaux a comme un petit cercle dans la grande
mer », attachés par des chaînes, immobiles. Les trompettes
sonnaient joyeusement; on élevait des bannières, pendant
1. Frescobaldi, l. c.
2. Khalil Dhaheri f" 71 : « Tous les habitans de TEsipte Dourroient
y trouver de quoy s'armer de pied en cap » ^ pourroient
4. \VciI, 0. c, p. 511, ylH. or., f» 101.
5 Uta, 1014 : « Ego autem audaciam ejus et voluntatem insius nro
Christo monendi considerans et non niodicum admirans ridendo s^W
respond. : Pater mi, adhuc non est hora mortis nostrae 'nô est l.or^
ad orram descendendi : cum rcverentia Iioc non faciam pse verum
tantum tnstaba ur, quod scribere non valerem. Ego enim^e-^i me^
— 292 —
que loutQ la plaine et les murailles de la ville se couvraient
de lumières innombrables'.
Le roi s'était décidé à débarquer le lendemain, trois heures
après le lever du soleil'. Le jour fixé pour la bataille était
beau,
Si biaus, que plus bel ne convint ^
et le soleil faisait étinceler les boucliers, les armes et les
galères des chrétiens*. Le légat s'arma d'abord et monta, la
croix à la main, sur son vaisseau; il bénit les soldats du
Christ, en les exhortant au combat et leur montrant le
paradis comme récompense'. La trompette sonna ensuite sur
la galère du roi, et la flotte commença à se diriger vers le
rivage ^
La résistance des Sarrasins que venaient de renforcer,
à la pointe du jour, des essaims de Bédouins tout nus,
portant le sabre et la lance, fut courageuse ; une pluie de
flèches s'abattit sur la flotte, qui continuait à avancer'. Le
légat se trouvait à la tête de l'armée, si enthousiasmé par ce
spectacle qu'il oubliait de se couvrir du bouclier,- malgré les
sages avertissements de Mézières*.
Le débarquement se fit naturellement avec beaucoup de
difficultés. Malgré les balistes-que faisaient manœuvrer les
chrétiens dans leurs vaisseaux, un grand nombre de Maghra-
bites s'avança dans la mer pour les empêcher de descendre'.
On jeta du naphte contre les embarcations". Ce fut le moment
le plus dangereux pour les croisés, dont l'expérience comme
tireurs était loin d'égaler celle des Syriens de l'armée du
1 Vita, ibid., An. or., f" 102. On creusait des trous dans le sable,
et on y dormait,' pour ne pas perdre sa place.
2. « Hora tertiarum » (Vita, ibid.).
\. ?<' eS fn "clypeis, armis, gnleis christianorum, in terrorem
crucis inimicorum resplendente » {\ila, ibid.).
5. Ibid.
6. Ibid. /...jN
7. « Sicut pluvia super terram » {ibid.).
9.' « Ultra quam credi possit viriliter portum defendentibus t {ibid:).
Cf. Machaut, 68-9, et note suiv.
10. An. arabe, f° 103.
— 293 —
Soudan. Le comte de Genève, Amé III, qui mit pied à terre
le premier, combattant
« comme un liepars,
Quand on li vuet toUir sa proie' »,
fut entouré par les Sarrasins, et il allait succomber lorsqu'ar-
rivèrent à son secours Simon de Norès " et Jean du Morf, qui
le sauvèrent. Le prince de Galilée suivit, repoussant si éner-
giquement les ennemis que le débarquement fut rendu pos-
sible pour un grand nombre de chrétiens. Le roi lui-même ne
tarda pas à se montrer, « l'espée au poing, la teste armée' ».
Il tua trente Sarrasins en un clin d'œil et pourfendit un amiral
qui l'avait frappé de sa lance en lui demandant le but de son
attaque. Puis, avec Perceval de Coulanges et Brémont de la
Voulte à ses côtés, il pénétra dans la mêlée, suivi par les
croisés, qui étaient parvenus à se réunir, en criant : « Avant!
signcurs, ferons, ferons! » Le combat dura longtemps; l'eau
du canal en fut rougie'*.
Pendant que les Sarrasins résistaient si énergiquemcnt du
côté du Vieux port, Ferlino d'Aïrasca avait débarqué de l'autre
côté du promontoire avec ses chevaliers d'élite et leurs ser-
vants. Les Sarrasins furent attaqués alors des deux côtés et
durent se retirer avec de très grandes pertes. Ganghara fut
blessé; criblés de flèches, les chevaux des Bédouins prirent
la fuite : on vit les petits marchands oublier leurs sandales
en se sauvant. Un noyau de troupes — trente archers de la
compagnie des archers Qà'a-qarâ-fé — furent détruits sur le
toit de leur caserne, sur le promontoire, d'où ils jetaient
des flèches et des pierres ^ On parvint à peine à fermer la
porte de la ville, à cause du grand nombre des cadavres ^
Cependant Alexandrie était loin d'être perdue, et les chré-
tiens n'avaient gagné que l'abordage. Si l'émir s'était enfui,
en prenant avec lui l'or et l'argent du trésor, des milliers de
Sarrasins, montés sur les remparts, attendaient les chrétiens.
1. Machaut, 69.
2. Cf. Mâcheras, 90.
3. Machaut, 69-71.
4. Ibid., 71-6.
5. An. arabe, f" 104 v".
6. Machaut, 76-7. Cette porto était-elle celle do la Mer?
— 294 —
Devant cette résistance si énergique, le roi ordonna à ses
troupes de s'arrêter : il fallait se reposer d'abord, puis attendre
le débarquement des hommes qui se trouvaient encore sur les
galères, et des chevaux \
On objecta alors la difficulté de l'entreprise et le nombre
accablant des ennemis. L'amiral de Rhodes était parmi les
chefs des mécontents. Il parla des ressources intlnies de la
ville, de l'habileté de ses défenseurs, de l'imprudence de
s'aventurer dans un pays où, jusqu'au Caire, il n'y avait au-
cune forteresse pour pouvoir s'y réfugier. Les autres approu-
vèrent son discours, et il fallut que le roi fit appel à leur hon-
neur pour obtenir la continuation du combat ^
La bannière royale, déchirée par les flèches ^ fut levée de
nouveau, et on essaya de prendre la ville d'assaut. Des prix,
furent offerts à ceux qui monteraient les premiers sur les
murailles \ D'après les conseils de Perceval de Cologne,
l'attaque fut dirigée contre la porte de la Mer. Perceval y con-
duisit les troupes que commandaient le connétable de Chypre
et les deux maréchaux. Une grande mêlée s'ensuivit, mais les
Sarrasins eurent le dessus, malgré le courage des assaillants.
Ils firent même une sortie et repoussèrent victorieusement ce
premier assaut. Les chrétiens se retirèrent, pendant qu'on
leur jetait des pierres et des flèches du haut des tours \
On accourut auprès du roi pour l'informer de cette retraite
des siens. Il se mit aussitôt à la tête de ses barons et des Hos-
pitaliers pour les secourir; on empêcha les musulmans de faire
encore une sortie qui, prenant les chrétiens par derrière, aurait
achevé leur déroule. En même temps on essayait de brûler
la porte, malgré sa triple armure de fer: un chevalier écos-
sais, qui s'approcha le premier, fut tué', mais ceux qui lui
1. Machaut, p. 79.
2. Ibid., pp. 79-8:5 : « L'amiral » est probablement celui de Rhodes
ou peut-être aussi celui de Chypre ; ils furent tous les deux parmi les
rebelles.
3. Ibid., p. 79 : « sa baniere,
Qui n'estoit mie toute entière,
Eins y avoit plus de c tros
De sajettes et de garros ».
4. 1,000 «petits florins de Florence » au premier, 500 au second,
300 au troisième {ibid., p. 84).
5. Ibid.. pp. 84-7.
6. Ibid., p. 86.
— 295 —
succédèrent furent plus heureux; Le roi lui-même descendit
de cheval et vint réconforter les soldats, avec lesquels il tra-
vailla, un épieu' à la main. La porte ne tarda pas à s'enflam-
mer, au grand découragement des Sarrasins, qui commen-
cèrent à dégarnir les créneaux.
Une circonstance heureuse accéléra la victoire. Un matelot
trouva à la porte de la Douane une des bouches des conduits
qui fournissaient d'eau la ville ^ sans défense. Il s'y introduisit
aussitôt, et d'autres l'imitèrent. Les bâtiments de l'ofRce étant
fermés par les fonctionnaires, qui craignaient des fraudes de la
part des habitants, on ne pouvait pas monter sur les murs, du
côté de la ville ^ En voyant les chrétiens accourir sur les
remparts, les Sarrasins crurent la ville perdue et prirent la
fuite. En même temps, la porte de la Mer étant détruite par le
feu, le roi, le légat et les barons firent leur entrée solennelle
dans Alexandrie, vers l'heure de nones, le 10 octobre 1365*.
La population mahométane se pressait aux portes Sidra, Zahri
et de Rosette. 11 y eut un grand massacre, quand les Francs
atteignirent les fuyards devant la première. On se cachait
dans les jardins, dans les citernes, on se réfugiait dans les
villages voisins ^
Tout n'était pas fini cependant. Tandis qu'on tuait dans la
ville avec une cruauté sauvage, dans les maisons et dans les
« mahommeries », où s'était réfugiée la population ^ le roi
1. « Un fort espié » {ibid., p. 88).
2. Un trou « qui estoit si ferré
Que nuls hom ne s'en donnoit garde » (p. 89).
3. An. arabe, f" 106. Son récit ne s'accorde pas bien avec celui de
Machaut.
4. « Hora nona » {VHa, 101'»). Le combat n'aurait pas même duré
une heure, d'après Pierre Thomas, ce qui est évidemment exagéré.
« Vix unius extitit horae pugna, nec in bellando aliquis de nostris
extitit mortuus (!)... Pugnante Josue, franguntur mûri et intrat popu-
lus » (ihid., 1015). Il ne faut jamais oubher, en employant l'ouvrage
de Mézières, (|ue c'est un plaidoyer pour la croisade, dont l'auteur
devait naturellement dissimuler les difficultés et les dangers. La date
de 4 oct. que donne l'éd. de la Vila est corrigée par le ms. 499 de l'Ar-
senal, fo 134 v".
5. An. arabe, i"" 104 v°, 105 v» et suiv.
6. Machaut, 90-1 : « Chascuns ocist, mehaingne ou tue.
Tué en ont plus de .\x mille
N'onque si grant occision
Ne fu dès le temps Pharaon. »
Cf. C/ir. des quatre Valois, 166.
— 296 -
était sorti avec une petite troupe pour couper le pont du canal
d'Alexandrie. Il trouva toute la campagne occupée par les
Sarrasins, qui se jetèrent sur lui. Il ne réussit à regagner
Alexandrie qu'après une retraite héroïque, où il fut en danger
d'être tué par les ennemis, qui voulaient venger leur défaite.
Il abattit avec sa hache « plus de cent » Sarrasins et parvint
enfin à rentrer dans la ville et à fermer la porte; un grand
nombre de ses chevaliers avaient été blessés dans cette escar-
mouche'. Le roi combattit encore jusqu'à la nuit et parvint à
se rendre maître des autres portes, qui étaient retenues en-
core par les ennemis. Il se retira ensuite dans une des tours,
où il dormit de l'œil, dit Machaut, et veilla du cœur^ On ne
tarda pas à le réveiller; les Sarrasins étaient revenus dans
la ville, en brûlant la porte de Saint-Marc (Zahri) et celle de
Rosette. Le combat recommença dans « la nuit clere et série ^ »
Les Sarrasins furent chassés de nouveau avec de grandes
pertes : ils revinrent le lendemain, avec des troupes fraîches.
Le chef des chrétiens assista d'abord à la messe, puis se
dirigea vers la grande rue, ou rue du Poivre, qui reliait la
porte de Zahri à celle de la Mer et de la Douane. Elle était
occupée par une grande armée de Sarrasins, dix mille hom-
mes, d'après Machaut''. Ils furent battus encore une fois et
poursuivis jusque dans les champs avec une énergie féroce.
L'attaque cependant n'aurait pas tardé à recommencer. De
plus, le prince d'Antioche, le Birinz des Arabes \ que son
frère avait envoyé avec trois cents chevaliers pour recon-
naître le pays, venait de rapporter de mauvaises nouvelles :
des fuyards avaient annoncé au Caire la prise d'Alexandrie,
et le Soudan avait dirigé vers la ville Yalboghù avec cent
mille hommes de ses mamelouks''; ils étaient arrivés déjà à
Terraneh, par le canal du Nil. L'avant-garde, commandée par
1. Machaut, 91-5.
2. « Qu'on dit que cils fait la dorveille
Qui dort de î'ueil et dou cuer veille » (p. 97").
3. « Clere fu la nuit et série » (ibid., p. 98). Cf. An.
arabe, f° 109.
4. P. 98. 11 n'en aurait eu lui-même que 50 à 60 (!). V. la carte pu-
bliée dans Capitanovici, /. c.
5. Herzsohn. p. 5. Le roi lui-même est, dans V Anonyme, Bibi?'
Bulrus, fils de Rùjûk {ibid.).
6. Clir. des quatre Valois, 166. V. 1» Vila Urbani V. dans Baluze, I,
371-2.
— 297 —
l'émir Kotlimboghâ Almanssouri, devait apparaître bientôt
devant Alexandrie'.
On s'imagine l'effet que produisirent de pareilles nouvelles
sur cette armée d'aventuriers, qu'avait rassemblée la soif
seule du butin, apaisée maintenant. Depuis deux jours on
pillait, sans distinguer même si ce qu'on prenait apparte-
nait à un Infidèle ou à un chrétien ^ Les fondaques, celui des
Catalans, des Génois, des Marseillais, des Vénitiens, eurent le
même sort que le palais de l'érnir et les mosquées où on bri-
sait les candélabres, les remplaçant par la croix. Les épices'\
dont regorgeaient les marchés d'Alexandrie, où venaient les
prendre les marchands de l'Europe entière, furent un des
articles principaux du butin ; leur prix monta dans les années
suivantes, à cause de ce grand pillage. On dévalisa les bou-
tiques des changeurs, des orfèvres, des marchands de
perles, de naphte, de draps d'Egypte et de Syrie, de soie
de Perse, jusqu'à celles des fripiers. L'huile, le miel, la
graisse ruisselait dans les rues, se mêlant au sang des habi-
tants massacrés — on tua tous les prisonniers inutiles, les
enfants, les vieillards, les vieilles femmes, les fous, — des
bêtes de somme, dont on coupait, pour se distraire, les jarrets*.
Les soldats du Christ emportèrent les pierres précieuses
d'Alexandrie, fameuse pour ses rubis % les marchandises
de l'Inde, de la Nubie, de l'Yémen et de l'Egypte entière
amassées dans cette ville fabuleusement riche ^ dont la
douane seule rapportait quarante raille florins d'or par mois
au trésor du Soudan". Les vainqueurs rapportèrent dans leurs
1. Maqrizi, ap. Weil, /. c, IV, 512, An. arabe, ^ 184 v°.
2. Les Vénitiens s'en plaignirent (v. plus loin).
3. Elles renchérirent après cet événement {(Uiron. Angl. aucl. quod.
mon. S. Albani. 56-7 ; cf. Polychronicon Ban. de Iligden, VIII,
p. 365 : « Propter ipsius enim civitatis captionem species per plures
annos postea in triplo et ultra fuerant cariores »).
4. Anonyme arabe, î"" 106 v" et suiv.
5. Les « rubis d'Alixandre » étaient célèbres au moyen âge. Un rubis
et une émeraude d'Alexandrie ornaient la couverture d"un livre de la
bibliothèque de C\mv\es\ (Inventaire de Gilles Mallct, n° 1201, p. 204).
On s'en servait aussi pour faire des élecluaires (Luce, Jeanne d'Arc,
Li.x).
6. Ileyd, Le Colonie, I, 229-:50, 236.
7. Avis du grand maître des Hospitaliers (xiv siècle), Bibl. nat.,
latin 7470, i'" 176 v" : « D'Alixandre monte chascune moys XL mil florins
d'or et plus. »
— 298 —
pays des draps d'or et de soie, des joyaux exotiques ' et des
épices. Les Génois eux-mêmes, dont les cinq grands vais-
seaux, avec quatre cents hommes d'équipage, avaient gardé
une attitude neutre pendant le combat, prirent leur part du
butin, en emportant pour 800 mille florins de marchan-
dises ^ Le nombre des prisonniers s'éleva à cinq mille'.
Puis quand le pillage prit fin*, on commença à murmurer
contre le roi qui voulait livrer son armée aux Sarrasins, dont
l'arrivée devait être prochaine. Le vicomte de Turenne, qui
s'était engagé cependant à servir le roi pendant une année'',
prit la parole devant toute l'armée, rassemblée dans la plaine
sablonneuse qui séparait la ville du rivage. Il objecta le petit
nombre des chrétiens, qui ne seraient pas en état de garder
toutes les portes, si les Sarrasins venaient à les attaquer, le
manque d'artillerie, qui avait été toute <( despendue et essi-
lie » pendant le combat^ le manque de vivres, d'eau et de four-
rage. Le Soudan approche de la ville et les chrétiens n'au-
raient que le secours du ciel pour combattre ses « V fois
V mil hommes », de sorte qu'ils seront pris comme dans un
piégea Bref il conseillait la retraite.
1. « Pannosaureos holosericos, splendoresque gemmarum exoticos »
(Chron. Angl. aucl. quod. mon. S. Albani, 56-7).
2. Mézières, Souf/e du vieil pèlerin, I, f"* 82 v-S. D'après Mézières,
qui écrivait après la guerre entre les Génois et les Chypriotes et la
prise de Famagouste par les preniiers, les capitaines des cinq vais-
seaux auraient offert à l'amiral sarrasin de défendre la ville pour le
Soudan, ce qui, malgré le peu de scrupules des marchands, paraît
incroyable. Ils l'auraient déclaré eux-mêmes, continue Philippe, au roi
après le combat, en sa présence, « par grant orgueil, outrecuidance
et vilaine vantance ».
3. Weil, d'après Maqrizi, l. c, IV, 512, note 2. V. aussi sur le pil-
lage, la chronique de Detmar (Chr. der deulschen Sludle, Liibeck, I,
537-8).
4. Des Bédouins-Hewara venaient la nuit, pendant que les Francs
dormaient sur les vaisseaux, pour prendre leur part du butin (Anon.
arabe, î"^ 129 V-HS).
5. Machaut, 102. Cf. Mézières, 1016. Pierre Thomas ne le nomme pas,
à cause de ses relations avec le cardinal de Beaufort et Clément VI, les
parents du comte : « Cujus ex parentela et dolosa sequela nomen tacere
debeo » (p. 1016). Le fragment est reproduit dans le recueil de lettres
de l'Arsenal, où le nom de Turenne est ajouté en marge (lettres, n" 1).
6. On ne découvrit pas l'arsenal, qui regorgeait de munitions, d'ar-
mes et d'engins (/In. arabe, f» 109). Les Sarrasins avaient coulé, avant
de s'enfuir, les vaisseaux qui se trouvaient dans les chantiers de l'Est
et avaient brûlé les machines (f" 109 v).
7. « A la ratière », Machaut, 101.
i
— 299 —
Le roi et ses amis en furent indignés. S'il n'avait pas l'in-
tention de continuer la guerre contre les Sarrasins, en se
dirigeant vers le Caire', Pierre était décidé cependant à re-
tenir cette conquête si importante, qui était, dit Mézières, la
porte de l'inestimable trésor de David et de Salomon, la clef
de rÉgypte, de la Syrie et de Jérusalem ". La tête du serpent
aurait été écrasée de la sorte et la ville, au pouvoir des chré-
tiens, serait devenue pour le Soudan, ce qu'était Satalie pour
les émirs turcomans, une menace perpétuelle. Déplus, Alexan-
drie ayant attiré dans ses ports tout le commerce de
l'Egypte, les revenus du Soudan auraient diminué sensible-
ment et, avec ses revenus, ses forces militaires. Les chrétiens
ne se seraient pas refusé de venir lui porter secours, d'au-
tant plus que le passage général était proclamé et qu'au
moment où l'on avait quitté l'Occident, on attendait une expé-
dition du comte de Savoie, une autre des grandes compagnies,
une troisième qu'aurait mis en mouvement le roi de Hongrie.
Le royaume chrétien de Jérusalem pourrait devenir alors,
pour la seconde fois, une réalité.
Les espérances de Mézières n'avaient jamais été si bril-
lantes non plus qu'à ce moment décisif pour la croisade.
Le roi le fit appeler aussitôt après la victoire, dans ses quar-
tiers, à la douane', pour lui annoncer que la troisième partie
de la ville devait lui appartenir. 11 l'emploierait à la création
de ce nouvel ordre de chevalerie, qu'il rêvait depuis si long-
temps et qui deviendrait possible de la sorte *. Elle devait
1. Cette attaque aurait pu être heureuse cependant; le roi pouvait
se diriger vers le Caire par le canal, qui reliait les deux villes depuis
1310 (lleyd. Le Colonie, II, 221-2) ou par une des trois voies de terre:
si le premier combat se décidait en sa faveur, tout était gagné, l'É-
gyptc n'ayant qu'une seule armée (Hayton, ch. liv, éd. Bergeron,
p. 81). Cf. Weil, 0. c, p. 349, note a.
2. « Janua thesauri uiestiniabilis sanctissimi David et filii sui Salo-
monis, videlicct clavis seu porta, non solum Sirie et Egipti, sed sancte
civitatis Jherusalem et Terre Sancte et omnibus catholicis via paradisi »
{Oratio IrcKjedica, f" 194).
3. « Le dit vendredi au vespre, à grant repos et à grant joye, estant
en son hostel en Alixandre a])pellé la douane, en présence du benoit
légat du pape de Romme et tle ses barons et chevaliers, plaincmcnt
donna, pour le commencement de la chevalerie mettre sus, la tierce
partie de toute la cité d'Alixandre... » (V. Chevalerie de la Passion,
f"^ 15 v"-18 v").
4. Ibid. Cf. Oral, traged., f" 194 : « Ecce tempus acceptabile, ecce
— 300 —
être administrée par Mézières lui-même, d'après les conseils
du légats qui aurait été nommé peut-être patriarche catho-
lique de la ville. La joie du chancelier fut grande à cette
nouvelle ; la croisade avait réussi, son idéal chevaleresque et
pieux se réalisait : c'était le rêve de sa vie entière, qui s'ac-
complissait après de longs efforts et de grandes souffrances.
Ses os furent pénétrés de joie S dit-il, en voyant le terme
heureux de tant de combats. Plein de confiance pour ce qui
allait suivre, il offrait déjà aux chevaliers présents de s'en-
rôler dans son ordre de la Passion ^ Les nouvelles guerres
pour le Christ devaient commencer.
Sa douleur* et celle du roi furent immenses, devant la
résistance honteuse des croisés. Pierre P"" essaya vainement
de les convaincre, en leur montrant que la bravoure prime le
nombre des combattants^, que la prise de la ville, qui était
plus difficile que sa défense, leur avait livré des quantités
d'armes infinies, que les murailles étaient assez fortes encore
pour arrêter une armée entière, que leurs provisions pou-
vaient durer jusqu'à dix mois et que des secours ne tarde-
raient pas à arriver de Chypre, de Constantinople % de Rho-
des, de Venise et de Gênes, d'Angleterre, de Bohême, d'Es-
dies salutis, in quo milicia tua nova crucifixi, a te tantum desiderata
et pro qua tantum laborasti, ymo milicia nostra, ymo certe milicia rei-
pnblice fidei catholice et omnium christicolarum exordium sumere
debeat. »
1. « Per te possidendam et per consilium beati patriarche ipsam
terciam partem sepe tactam dévote in justicia et equitate regendam »
{ihid^.
2. « Quibus verbis régie majestatis dévote completis et donatione
compléta, quis gaudium hujus filii mulieris non iiitelligeret? Ossa
nemppe ipsius jubilabant in Domino dicentes (.s?>) : non est similis tui
in diis, Domine, utiquenunc, preteritis laboribus pro gaudio reputatis,
reflorere fecisti, domine Jhesu, juventutem meam » [ibid.).
3. ... « Dicebat enim militibus aptis ad miliciam : venite et congau-
dete mecum, et in tanta milicia induamini dominum .Jhesum Cbris-
tum, quia fundamentum positum est, quod nemo alius ponere potest
nisi Jhesus Christus. O milites crucifixi... preparate corda vestra, et
in novo bello Dei et milicia nova passionem Domini renovando, contra
inimicos fidei arripite arma » {Oralio, i"'- 194-4 v»).
4. « Quantasne hic modicus et gladio doloris percussus, de civitate
viliter derelicta, cum beato legato suo patriarcha (Pierre Thomas devint
patriarche de Constantinople en 1364), lacrimas et suspiria effudit, et
tragedias multiplicavit » {Conlemplalio hore mortis, f°* 218 v»-9).
5. Machaut. 103.
6. Ibid., 105.
— 301 -
pagne et de Hongrie'. Ils seraient plus impies qu'Hérode, s'ils
l'abandonnaient dans de pareilles circonstances, quand la con-
quête de Jérusalem dépondait de la conservation de cette place ^
Le légat intervint à son tour, en leur citant des exemples
de l'Écriture, les saints qui s'étaient aventurés dans des pays
lointains, pour le triomphe de la foi^ Le chancelier s'offrit
en pleurant à garder la ville lui-môme, avec quarante compa-
gnons et cinquante matelots*. Ce fut en vain ; la réponse des
soldats fut courte: ils craignaient la mort et voulaient partir^
Les chefs exhortaient leurs hommes à ne pas se laisser
convaincre ^ L'amiral de Rhodes'', le vicomte de Turenne, des
Français et tous les Anglais ** demandaient la retraite : l'a-
miral refusa de rester avec sa troupe", si le roi quittait la
ville. Des Chypriotes même demandèrent à grands cris le
départ; les deux frères du roi", et l'amiral de Chypre, Jean
1. Machaut, ibid.
2. Ibid.
;l Ibid., p. 107. Cf. Ornt. trag., f" 194 v» : « Diccbat enim superius
vili timoré tactis in presencia régis idem leji:atu.s : 0 milites et capi-
taiici a Dco elccti, sic vililer et sine causa vane percussi, dimittendo
tantum regem et tantamcivitatem, utique portam paradisi, qua fronte
deinccps poteritis respicere celum, regcs et principes mundi? Uii vero
eifrontati, seu melius ef'feminati, verba vitetanti legati apostolici, truf-
fando, pro nichillo reputabant. . . ». Cf. Vila. 1016.
4. Lettre de Pierre Tliomas dans la Xila, 1016. Cf. Oral, irog.,
f" 195 : « . . . Audeo dicere quod, supposito quod omnes prcdicti ho-
mines armorum penitus absentes fuissent, et utinam fuissent! cum
solis mai'inariis ibidem existentibus et balistariis ego miser liomuncio,
de Domino confidcns, ipsam civitatem tenuissem contra soldani po-
tentiam, tamdiu (juam exercitus novus occidentalis ad succursum ve-
nisset. »
5. Ibid. Cf. Machaut, 107 : « Nous en yrons : la vie y court. »
6. Vita, 1016.
7. Ibid. Cf. Oral. Irag., f" 195 v" : «... Duo videlicet admiralii:
unus regni Cypri cl aller hospilalorum, principales auctores tanti {sic)
necis. »
8. Vila, 1016 : « Anglici qui videbantur fortiores. » Cf. Chro-
nicon nwgunlinum (1362 et suiv.), dans les Chr. deulschen Slddle,
.Main:, il, 70, 6-10 : « Quia Anglici spoliis sumptis aufugcrunt. »
Us racontèrent dans leur pays la version d'après laquelle la retraite
était absolument néces.saire (Chr. Angl. auct. mon. quod. S. Albani,
56-7; Polychr. 7?. de Iligden, VllI. 365).
9. « In régis agmine. » {Vila, 1016).
10. « i\'emppe in dicta civitate collatérales regii, barones... Deum
non glorilicaverunt, sed vili timoré et avaricia, vana gloria tante vic-
torie percussi, dati sunt in reprobum sensum et, fracta fide catholica,
de fuga tante civitatis tractare ceperunt ipsamqiie fugamfemincomore
vilitei" et in infamiam perpetuam elegerunt... » {Or. Irag., f" 194 v»),
V. sur le rôle du prince Jean, la Chron. des quatre Valois, 159,
— 302 —
de Sur * se trouvaient parmi les rebelles. Les exhortations
du roi furent vaines.
D'après Machaut, il aurait voulu les prendre alors par la
honte et se serait dirigé vers la ville avec une centaine de
chevaliers, qui lui étaient restés fidèles, ayant le maréchal
à ses côtés ^ Personne ne l'aurait suivi et, entouré de tout
côté par les Sarrasins qui occupaient déjà la ville, il aurait
été contraint de se retirer aussi sur les galères, en criant « la
face esplourée » : « Honneur, or yes tu morte ^! »
L'armée des Sarrasins cependant n'était pas arrivée encore
et, bien qu'on eût décidé de partir, la flotte resta dans le
Vieux port jusqu'au 16 octobre^. On continua le pillage, les
prisonniers et le butin furent embarqués sur les vaisseaux
par le moyen de quelques captifs dont on brûla, dit-on, un
certain nombre ensuite ; quand tout fut terminé, on mit le
feu et une partie de la ville fut consumée par les flammes '".
Yalboghâ netrouva que des ruines ^
Le départ se fit assez tranquillement ; aucun ennemi ne
poursuivit les chrétiens, s'il faut se fier au témoignage de
Mézières, qui voulait rendre la honte des fuyards plus
complète encore ^ Cependant l'avant-garde était arrivée,
paraît-il, sous le commandement des émirs Kotlimboghà,
Khalil et Khondouk*; elle combattit même contre une petite
166. Jacques était venu avec le roi qu'il avait rejoint en Occident.
Hugues de Galilée, qui fut armé chevalier à cette occasion, est-il com-
pris dans les collatérales ?
1. V. note 7, p. 302. Cf. Vila, 1016 : « Admirait. »
2. Machaut, 107. Il avait 120 hommes d'armes avec lui (p. 108).
3. Ibid., pp. 108-9.
4. Elle partit le sixième jour, d'après P. Thomas {Vila, 1016); deux
jours après la querelle du roi avec les barons (Machaut, 109) ; le jeudi
suivant, d'après Maqrizi, très bien informé (Weil, o. c, IV, 512, note 2),
et 1'^)/. arabe [(f° 110 : après huit jours, en partant de l'arrivée de la
flotte) ; certains vaisseaux avaient paru dès le 8 (f° 102)]; le quatrième
jour après la conquête (Chron. Angl., 56-7; cf. Polychron., VllI, 365;
Bustron, 263) ; le troisième (Sanudo, 659-60), Zagata, ann. 1365, etc.
5. La partie seule, que les chrétiens avaient retenue, Chron. Angl.,
56-7. Us ne pénétrèrent pas dans le quartier des marchands de légumes
{Anonyme arabe, f" 106 v").
6. Maqrizi, l. c. Le pillage dura jusqu'à dimanche, quand on com-
mença à embarquer le butin et les prisonniers.
7. Vila, 1016 : « Nemine inimicorum persequente. » Or. Irag.,
fo 195: « Nemine inimicorum fidei persequente. »
8. De Guignes, Hist. des Huns (d'après Maqrizi), IV, 234-5.
- 303 —
troupe de chrétiens, qui occupait huit maisons, près du
canal, protégeant le départ de l'armée '. Le roi put voir en
partant la croix disparaître des murs et de la porte Sidra où
on l'avait plantée après la victoire ^
La colère divine n'atteignit que plus tard les coupables.
La tlotte fut surprise par la tempête qui dispersa les vais-
seaux et remplit de terreur les fuyards d'Alexandrie ^ « C'est
la vengeance de Dieu pour l'abandon de la ville, vous verrez
de plus grandes choses encore, quand le temps sera venu,
n'en doutez pas »*, dit le légat à son compagnon qui, abattu
par le malheur, avait fait le vœu de quitter la vie du monde
pour se consacrer au Seigneur^ Le légat écrivit alors [une
lettre très pathétique et désespérée, qu'il comptait envoyer
au pape et à l'empereur ^
Cette tempête dura plusieurs jours et les chevaliers re-
belles se repentirent d'avoir quitté Alexandrie, où ils auraient
aimé revenir \ De plus grandes punitions attendaient, d'après
Mézières, les chefs du complot : un grand seigneur français
partit pour la Prusse, où il perdit la raison**; il ne tarda pas
à mourir, après son retour. L'amiral de Rhodes mourut, un
1. Chron. des quatre Valois, 166.
2. Anon. arabe, f" 185 v". Cf. 106 v°. Après son arrivée à Alexan-
drie, l'émir Chalil envoya le juif Jacques au roi qui se trouvait encore
sur son vaisseau, pour lui demander l'échange des prisonniers (50 mar-
chands et consuls avaient été conduits par les tribus des montagnes à
Damanhour, An. arabe, f" 105 v"). 11 trouva le roi dans une grande
tente avec des fenêtres brodées, par lesquelles il regardait la mer. Il
portait « une couronne d'or surmontée d'une pierre précieuse bril-
lante ». Son riche vêtement avait des boutons d'or et des rangées de
perles, il demanda au juif que chacun des captifs déclarât « en lettres
romaines » son nom en ajoutant la date « romaine ». Quand Jacques
revint, les croisés étaient partis (ibid., f" 186).
3. Vùa. 1015. Cf. Machaut, 110; Or. Irarj., f" 195.
4. « Ista fortuna est Dei vindicta, (juia relicta est Alexandria. jMajora
enim videbitis in tempore, non dubitetis » (Vita, 1016).
5. « ... Amplius non militandum, scd soli tibi Deo vactandum (sic),
panemque doloris comesturus omnino determinavit » {Conlemplacio
nore rnorlis, f" 219).
6. Vita, 1015-6; Oral, trag., f" 195.
1. Vita, t. c.
8. « Quidam miles gallicus, nomine et strenuitate famosus, hujus
delicti in capite conscius, illo anno causa vanitatis milicie Pruciam
peragravit. et ibidem in Prucia omnium militum (sic) sensum per-
didit, et rabidus ell'ectus est, et, reductus ad propria, miserum finera,
Deo vindicante, incurrit (Turenne?) » (Oral, trag., f" 195 v°).
— 304 —
an plus tard, dans des circonstances douloureuses'; l'autre
amiral, que ses ennemis exilèrent, ne survécut pas long-
temps ^ Les biens gagnés d'une manière honteuse et impie à
Alexandrie, ne durèrent pas et disparurent comme la cire
exposée au feu^ Mézières n'avait rien pris lui-même dans le
pillage, qu'il considérait comme criminel et avait même con-
traint ceux qui le suivaient à abandonner leur part : Dieu,
continue-t-il, l'en récompensa par dos richesses beaucoup plus
considérables que celles qu'il venait de perdre dans cette re-
traite honteuse*.
La flotte arriva enfin à Limassol et les étrangers partirent
pour leurs pays, oîi ils n'arrivèrent pas sans avoir essuyé de
nouvelles tempêtes ^ Le roi partit avec le légat et son chan-
celier à Nicosie où une grande procession fut ordonnée pour
remercier Dieu de la victoire. Tout commerce avec les Infi-
dèles fut défendu rigoureusement ; on excommunia les mar-
chands qui se risquèrent vers les possessions du Soudan. Un
vaisseau vénitien fut jeté, en conséquence, par la tempête
sur la côte de Chypre, où il fit naufrage ^
Cependant, des ambassadeurs devaient partir bientôt pour
annoncer la victoire des chrétiens. Pierre Thomas avait écrit
au « Salomon impérial » pour l'inviter à venir délivrer
Jérusalem, le menaçant de la colère du ciel s'il restait indif-
férent \ On connaissait déjà cette « bonne nouvelle » à Avi-
1. «... Unum infra annum cum dolore vili diem clausit extremum »
(ibid.).
2. «... Alter, coacte fugiendo inimicos, exul a patria propria pro
tempore, et, reversus, vitam eciam finivit » (ibid.). Jean de Sur mou-
rut en 1368. V. p. 383, note 3.
3. « . . . Tamquam anathema in manibus spoliatorum facta sunt, ut
ita dicam, velud cera ante facieni ignis, et, brevi tempore elapso, nichil
eis remansit nisi vermis conscientie corrodentis » (ibid.).
4. « Filius vero mulieris, testis est Deus... de dictis spoliis, nec ipse
nec familia sua, reminiscens Datham, Abiron et Chore, unum iotha a
civitate non extraxit. Et tamen, divina dulcedine distillante, postea
factus est in Domino et a Domino magis locuplex (sic) quam illi »
(ibid.). Cf. Cont. hor. mort., f° 219 : «... licet familia sua in civitate
predicta multas divicias de preda Machometi congregaret. »
5. Machaut, /. c. ; Vita, 1017.
6. Vita, l. c.
1 . « Ostende, domine, potentiam tuam, et veni, et libéra nos, libéra
sanctam civitatem Jérusalem... quia, si non exaudieris et audieris,
timeo, et non ego solus... ut irascatur Dominas contra te, et pereas
ante tempus » (yita, 1016).
- 305 —
gnon où elle avait été annoncée par des lettres du doge Adorno *
et le pape s'était empressé de féliciter l'a^/t/è^c du Christ, dont
le zèle était infatigable ^ Jean de Sur, l'amiral de Chypre,
fut envoyé auprès du pape, du doge de Gênes et du roi de
France, pour leur annoncer ce que son maître venait d'ac-
complir et réclamer les secours qu'il attendait d'eux \ Il partit
de Famagouste vers le mois de mars 1366 *, retrouva à Rhodes
son camarade, Jean de Soissons, mourant \ visita Gênes
d'abord, puis Avignon où il fît son entrée au mois d'août avec
ses deux compagnons, les chevaliers Thomas Ara et Fran-
çois Kmada : l'ambassadeur Chypriote présenta au pape, le
6 du même mois, une bannière prise à Alexandrie ^
Le pape le reçut très bien\ ainsi que le roi de France,
auprès duquel il se rendit ensuite. On était enthousiasmé
en Occident do cette grande victoire sur les Infidèles, la
première que les chrétiens eussent remportée depuis long-
temps. On exaltait les mérites du roi, on blâmait avec sévé-
rité la conduite de son armée. « Le roi do Chypre, écrivait
Pétrarque en 1367, conquit Alexandrie en Egypte, grande
œuvre et mémorable, qui aurait pu être une formidable base
pour un accroissement immense de notre foi, si l'on avait
montré dans la défense de la ville le courage dont on avait
fait preuve en la prenant. Ce courage ne manquait pas au roi,
dit-on, mais son armée, composée surtout de transalpins,
dont la valeur est plus grande au commencement qu'à la fin
des choses, le quitta au milieu de son œuvre glorieuse, étant
rassemblée par la cupidité, et non par la dévotion ; ils re-
cueillirent, leur butin et partirent, ayant rempli leur vœu
d'avarice et avant que le roi eût rempli son vœu de piété** n.
1. V. la réponse du pape (7 décembre 1365), Arch. du Vatican. 248,
fos 15 v"-17 : « Litteras tuas, notificantes grata nova ultramarinarum
partium, gratanter recepimus... speramusqiie in Dec quod Salvator
noster... talia inicia continuatis successibus prosperabit, presertim si
cliristiani suuni contra dictos hostes debitum exequentur. »
2. Hinaldi, XXVI, 361; Hymer, n. éd., III, 807; Paoli, II, 405.
3. Mâcheras, p. 92.
4. Ibid. Il attendit à Rhodes jusqu'alors, d'après une version rap-
portée par le chroniqueur, le départ de Pierre Thomas.
5. Etait-il à Whodes, à cause de son exil? C'est très probable.
6. 2« Viia Urbani V, ap. Baluze, I, 405; cf. Chron. martin., f"^ 158.
7. Mâcheras, l. c
8. Pelrarchae Senilia, 1. VIII, ép. 8 (20 juillet 1367) : « Siquidem
N. Jono\. P/tilippe de Mézières. 20
- 306 —
Ce succès prit même avec le temps des proportions extraor-
dinaires ; le 5 décembre 1365, la nouvelle arriva en France,
que le roi de Chypre venait de reprendre Alexandrie, qu'on
avait pu conserver cette fois\ Du Guesclin qui avait
manifesté, dès l'année 1356 \ son désir d'aller combattre à
Grenade ou avec le « noble roy de Chippre », se décida à
prendre la croix, en 1366, quand la paix entre les rois de
France et de Navarre le laissa libre d'employer son épée
ailleurs, en secourant ce roi « bons, loiaux et hardiz », dont
les actions étaient si brillantes et la renommée si grande'.
De tous côtés des chevaliers se préparaient à accourir auprès
du vainqueur d'Alexandrie. Jean de la Rivière, revenu en
France, fut renvoyé en Chypre par le roi Charles, qui pro-
mettait son secours au champion de la foi*. Enfin les grandes ♦
compagnies devaient prendre bientôt le chemin de l'Orient.
Ce fut le moment le plus favorable pour la croisade.
Pierre I" allait avoir une nouvelle armée, plus enthousiaste
et plus fidèle que la première. Les plus célèbres chevaliers
de l'Occident, Du Guesclin à leur tête, lui offraient leur se-
cours. Avec son zèle infatigable et ses grands talents mili-
taires, le roi de Chypre pouvait espérer avec raison de
reconstituer le royaume de Jérusalem, ou du moins d'opérer
de grandes conquêtes en Syrie. Il n'en fut rien : les cheva-
liers qui accouraient pour le secourir, furent arrêtés par la
nouvelle qu'il venait de conclure la paix avec le Soudan \
Les chevaliers cherchèrent un autre champ d'aventures ;
Petrus, Cypri rex, Alexandriam cepit in Aegypto, magnum opus et
memorabile, nostraeque religionis in immensum amplifîcandae funda-
mentum ingens, si quantum ad capiendam, tantum ad servandam
urbem animi fuisset ; qui sibi certe non defuit, ut faïaa est, nisi quod
comitatus ejus, ex transalpinis maxime gentibus collectus, melioribus
semper ad principia rerum quam ad exitus, illum in medio praecla-
rissiini operis deserentes, ut qui pium regem, non pietate, sed cupi-
ditate sequantur, collectis spoliis abiere, piique voti impotem, avari
voti compotes, fecere. »
1. Grandes Chroniques, VI, 244-5.
2. A l'occasion de son combat singulier avec Guillaume Bramborough
(Cuvelier, Cliron. de Du Guesclin, I, 65).
3. Cuvelier, I, 239-40. Cf. Chr. de l'abbé de Laon, ms. franc. 10138
(ancien suppl. franc. 98^^) de la Bibl. nat., P 174.
4. Mâcheras, 93 :*T3Xa6tÈp.
5. Gr. Chroniques, ibid. ; Mâcheras, 93.
— 307 —
Du Guesclin se mit à la tète des grandes compagnies qui ne
voulaient pas prendre la croix et passa en Espagne.
La nouvelle n'était que trop vraie. Aussitôt après le départ
du roi de Chypre, Yalboghù arrivait avec son armée à Alexan-
drie*. Il fit réparer les murs et les maisons et saisir les chré-
tiens qui habitaient en Egypte, et en Syrie. Leurs biens furent
pris pour dédommager les Sarrasins de leurs pertes et servir
au rachat des prisonniers, les habitants musulmans contraints,
par des tortures môme, à déclarer tout ce qui appartenait aux
Infidèles ^ Des Génois, des Vénitiens, des Catalans' furent
jetés en prison. Douze Carmes avaient été arrêtés à Jéru-
salem ; onze moururent pendant leur captivité, le douzième
fut tué secrètement quelques années plus tard. Le frère An-
toine de Rosate, originaire du comté de Milan, eut le corps
scié entre doux planches*. Des ambassadeurs allèrent en
Aragon pour demander compte au roi de sa participation à
la croisade \ Un nouvel amiral prit possession d'Alexandrie,
l'émir Baktumar, ancien commandant du Caire ^ pendant que
Kotlimboghà était exilé en Syrie pour n'avoir pas rassemblé
le nombre de soldats qu'il devait entrefenir'. Yalboghà
déploya une grande activité; des ordres furent envoyés "en
Syrie pour équiper une flotte ; on construisit les petits na-
vires en Egypte, les gros à Tripoli, avec du bois de la mon-
^'■i'^^M^ ^^\^ pleurer le Soudan pendant trois jours sa défaite et
nn'';^Hr'^?,'f!,''V^^.^^'""^' " '^'''^^' rendu ensuite à Damas
(Lovedm, Ihst. des Lusignan, I, 410; p. 373 de l'originaJ italien).
v^\'J^J^^l' ^h' ^! *^^^' ^'' ?^.^ • « L°^ mercadores subditos y natu-
rales del rey de Aragon, assi los Catalanes que residian alla en sus
RoTn"rChi;r y^Tir r^'^'"''' "^^^^" P^^^^^^^^ -^ «icilia,
uneaîîcîennlfch^H:^""'"'""' ^"^' ^'^' ^'^P^^ Mariana, qui cite
Piprrp"î?'£i''- ^?, '^ ^'7^'* ^" ^Sypte, à cause de sa parenté avec
P^rre Les ambassadeurs trouvèrent le roi à Saragosse, en juin 1366
Qmberto de I-enollar et Jazpert de Camplouch se rendirent ensuite en
Egypte pour demander la délivrance des sujets aragonais et 'a restitu-
tion de leurs biens. Ils étaient autorisés à conclure^n nouveau Se
avec e Soudan, auquel ils devaient réclamer le corps de sainte Barbe
la patronne du roi. Les marchands furent aussitôt délivrés; quant aux
reliques, on ne put jamais les obtenir Cibid., fo 345) ^
6. Weil, 0. c, IV, 513. ^'
7. Cent chevaliers, ibid., pp. 512-3.
— 308 —
tagne de Schoglan, près d'Autioche ; des soldats berbères
formaient l'équipage'. Peut-être pensait-on à rendre leur
invasion aux Chypriotes ^
Ces nouvelles causèrent une véritable consternation à Ve-
nise. On ne s'attendait pas à une attaque du roi contre
Alexandrie, puisqu'il s'était engagé, en partant, à ne pas
débarquer sur quelque point des possessions du Soudan
avant la fin du mois d'octobre ^ Leur commerce venait de
recevoir un grand coup par ce fait d'armes ; de plus, l'armée
cosmopolite de Pierre P'' n'avait guère respecté les propriétés
vénitiennes dans le pillage. Le consul de la République même,
André Venier, avait été dépouillé et maltraité *. D'autres mar-
chands souffrirent aussi de grandes pertes, de la part de leurs
frères chrétiens \ Les mesures prises ensuite parle Soudan
avaient épuisé les ressources de la République, qui s'excusa
envers l'empereur de Constantinople de ne pas lui avoir ac-
cordé de l'argent, à cause de ces malheureux événements ^
Le consul d'Alexandrie se présenta donc avec le nouveau
1. Ibid., p. 513. Cf. De Guignes, o. c, IV, 235-6. Cent vaisseaux
furent armés dans peu de temps (Weil, l. c).
2. Yalboghâ avait l'intention de coloniser l'île de Chypre avec des
« croyants » (An. arabe, î° 185). — La prise d'Alexandrie eut un grand
retentissement en Orient ; elle fut le sujet d'une histoire spéciale,
qu'employa plus tard le chroniqueur Ibn Kadhi Schuhbah et qui est
notre An. arabe (Weil, o. c, IV, 512, note 1). On la mit en rapport
avec la légende du miroir merveilleux, placé dans une des tours, près
du Vieux port, qui signalait l'arrivée des vaisseaux ennemis (Benj. de
Tudèle et Loiseleur-Deslongchamps, Essai sur les fables indiennes,
153, note ap. E. Gorra, Sludi di critica letteraria, l'ologne, 1892, p.
267). Le roi, qui avait échoué dans une première expédition, reçut les
offres d'un prêtre chrétien, qui lui proposait de briser ce miroir, si on
lui donnait comme récompense le meilleur évêché de l'ile. 11 simula
une conversion, qu'approuva le pape, obtint la garde de la mosquée
établie dans la tour même et remplit sa promesse. Le bruit fut terrible,
les Sarrasins accoururent de tous côtés, le prêtre se jeta par la fenêtre
et se tua, mais le roi Pierre put conquérir Alexandrie qu'il retint trois
jours et brûla ensuite (Schiltberger, 119-20). V. sur ce miroir, Yakouti
(xv® siècle), dans les Not. et extraits des mss. de la Bibl. nat., II,
423. Le Vieux port fut dorénavant interdit aux chrétiens (Bruce,
Travels, I, 10).
3. Mas Latrie, dans la Bibl. de VÉcole des Chartes, 1873 (XXXIV),
p. 79, note 1. .
4. Ibid.
5. a Deraubati et damnificati » (ibid.).
6. Autant que par les dépenses faites en Crète (Caroldo, f° 209). Pierre
avait fermé aussi pendant son expédition les ports de son île {Sen.
Misti, 31, f'M13).
- 309 —
bailli de Venise en Chypre, Pierre Baseio', pour demander
satisfaction. On lui donna une réponse que le sénat qualifie
d' « indécente » ^ : le roi aurait été contraint de faire le serment
dont il était question, il avait été retenu un jour entier dans
ce but au port de Saint-Nicolas du Lido, sans pouvoir se pro-
curer des vivres et de i'eau^ On refusa de lui accorder une jus-
tice qui était assez difficile, à cause du départ des étrangers
et des moyens très réduits dont disposait le roi lui-même.
Ces événements durent se passer avant le commencement de
l'année 1366.
La République décida ensuite d'envoyer des ambassadeurs
auprès du Soudan pour s'excuser de la part qu'elle aurait
prise à l'expédition, solliciter la délivrance des prisonniers,
la restitution de leurs biens et le renouvellement des traités.
Malgré l'intervention du pape qui demanda au doge par
l'intermédiaire de l'évêque de Castello (25 janvier 1366) de
favoriser le roi qui s'était attiré la reconnaissance de toute
la chrétienté par la prise d'Alexandrie, et de ne pas com-
mencer des négociations sacrilèges avec le Soudan*, les
ambassadeurs partirent le 29 janvier ^ Le nouveau doge®,
Marc Cornaro, qui ne partageait pas les sympathies de son
prédécesseur pour les expéditions aventureuses, choisit pour
cette mission difficile Francesco Bembo, qui avait été chargé
1. Sen. Mixti. 31, f° 113.
2. « Ymo habuerit responsum super modum non decens » (Mas
Latrie, /. c, pp. 79-80). Cf. Sen. Mistt, 31, f" 125 v».
3. Mas Latrie, /. c. Les Vénitiens, qui n'obtinrent aucune satisfaction
sous le règne de Pierre !<''•, renouvelèrent leurs réclamations après son
assassinat, le 29 septembre 1370 {ihid., p. 79, note 1). De plus, un mar-
chand vénitien, Bernard Duodo, fut maltraité par les Chypriotes. Le
Sénat décida de demander encore une fois satisfaction, en protestant
contre raccusation d'avoir fait violence à un prince qu'ils reçurent
si bien en 1368, « sicut Majestati régie decuit » (iind., pp. 79-80). On
ignore ce qui suivit.
4. « Poi che quella Maiestà haveva fatta una cosi notabil fattione di
pigliar et sacheggiar .Messandria con moite efficacissime essortationi
a tal' effetto » (Caroldo, f" 209 v") ; cf. Commem., VIL n" 251: t. 111,
p. 45. Dès le 20 nov. 1365, la République ordonnait la restitution des
choses prises aux chrétiens ou aux Sarrasins, pendant les événements
de Syrie [Sen. Misti, 31, fo 124, cf. f" 125 v° (5 déc.)].
5. Lettre de crédit du doge les autorisant à faire des emprunts, dans
Mas Latrie, I/isl. Ch., 111, p. 753. Cf. Caroldo, f«209: « Fatta l'Epiphania
1365». Cf. Sen. .l//s^',31, f" 142: on prend des mesures (2juill.) pour
paver les grands frais des ambassades envoyées au Caire et à Avignon.
6. Elu le 21 juillet 1365 (Romanin, o. c, 111, 229-31).
— 310 —
déjà d'une mission à Constantinople, en 13G1 ', et Pietro
Soranzo \ Quelques jours plus tard, Marin Venier, Niccolô
Falier et Giovanni Foscarini partaient pour Avignon. Ils
exposèrent au pape la situation particulière de Venise, qui
n'avait « ni champs, ni vignes, ni aucune autre possession
que l'exercice du commerce », qui décidait de sa fortune ; si
les relations avec le Soudan étaient défendues pendant long-
temps encore, la ruine de Venise ne tarderait pas à arriver.
Ils ne croyaient pas que l'intention du pape fût telle et
demandèrent des licences pour leurs vaisseaux^ Urbain V en
fut affligé: il objecta les grands services rendus par le roi de
Chypre à la cause chrétienne et les succès qu'il pourrait
remporter encore si on lui donnait du secours *. Les ambas-
sadeurs se plaignirent aussi de la conduite du roi à Alexan-
drie, qu'il pilla et abandonna ensuite, dos pertes que venaient
d'y faire les marchands chrétiens qui avaient été traités plus
mal que les Infidèles mêmes ^ Cependant, malgré les efforts
des ambassadeurs qui passèrent tout le printemps à Avignon,
le pape, qui avait reçu des lettres de la part de Guy de Ba-
gnolo ® et d'autres personnages favorables à la croisade \
fut inexorable. Au mois de juin encore, quand, à Venise, on
croyait la paix déjà conclue, il refusa d'adhérer au traité et
annula tout ce qui venait d'être fait au Caire par les ambas-
sadeurs vénitiens ^
Les deux ambassadeurs qui devaient obtenir la paix, par-
tirent de Venise sur une galère commandée par Victor
Delfin, en même temps que les provéditeurs de Crète ^ Après
1. Avec Nicolas Giustiniani. V. la lettre de recommandation du doge,
Commem., VI, n» 251 ; t. II, p. 322 (9 juin 1361).
2. Un Soranzo en Egypte en 1345 (Heyd, Le Colonie, II, 209).
3. « Gli esposero il sito et condition di Venetia, la quale non haveva
campi, vigne ne aitra possessione, salvo l'essercitio della mercantia,
il quale quando mancasse, porterebbe seco la rovina délia città et
Veneta Republica, il chè la Santità Sua non doveva permetter, che
potesse seguire alli divotissimi figli di S. Chiesa » (Caroldo, f« 209 v»).
4. Ibid.
5. « .Ma fatto peggio a christiani » (ibid.).
6. Lettre du doge aux ambassadeurs, 14 juin 1366, dans Mas Latrie,
Ilist. Chyp., III, 755-6.
7. « Per alios. » Le doge demandait leurs noms pour décider ensuite
« prout exiget honor noster » (ibid.).
8. Ibid.
9. Caroldo, f" 209.
— 311 —
avoir laissé ces derniers à Candie, ils se dirigèrent vers
Alexandrie d'où ils partirent pour le Caire, avec un inter-
prète \ Les ambassadeurs s'y plaignirent de ce qui venait
d'arriver en Egypte, en protestant de leur innocence'. Ils
demandaient la délivrance des prisonniers et la restitution de
leurs biens; les anciens traités devaient être renouvelés. Des
présents, dont le prix s'élevait à quatre mille dinars, furent
offerts aux grands personnages qui entouraient le jeune
Schaban-Aschraf, âgé à peine de quinze ans. La réponse du
grand amiral, Yalboghâ, qui conduisait les affaires pendant la
minorité du Soudan fut assez dure : il reprocha aux Vénitiens
leur participation à l'attaque d'Alexandrie, malgré la bien-
veillance avec laquelle on accueillait leurs marchands ^
Quant à conclure un nouveau traité, il désirait s'entendre
d'abord avec le roi de Chypre, son principal ennemi. Les am-
bassadeurs se dirigèrent alors vers Limassol, où ils débar-
quèrent à la fin du mois d'avril \ Beaucoup de choses
s'étaient passées en Chypre depuis le retour d'Alexandrie. De
nouveaux projets d'expédition avaient été formés par le roi, de
nouvelles demandes de secours faites en Occident. Enfin, et
c'est ce qui décida, en quelque sorte, du sort de la croisade,
un des trois personnages qui avaient travaillé pour la mettre
en mouvement venait de disparaître : Pierre Thomas était
mort à Famagouste, au mois de janvier 1366.
Le désastre d'Alexandrie avait été un grand coup pour
ce moine enthousiaste et guerrier. « Si Dieu m'avait puni,
« dit-il en partant, par la perte de ma fortune, par la mort
« de mes amis, ou par une maladie de mon propre corps, je
« l'aurais souffert avec résignation, mais à présent je sens
1. Ibid.; Machaut, 116; Mâcheras, 93-4.
2. « Si dolsero, in nome délia Hepublica Veneta, del caso occorso
alla città d'Alessandria, alîermando tal novità esser seguita senza
alcuna intelligentia di Veneziani, li quali non havrebbero havuto ar-
dire di porsi a tal impresa, sapendo l'intentione et voler délia Republica
Veneta, che al re di Cypro non sia prestato in ciù alcun favor, né con-
siglio » (Caroldo, ibid.).
3. « La risposta sua fù piena di sdegno. Si doleva di christiani. li
quali venivano ben trattati nel passe suo e tutta fiata erano stati con-
sapevoli del caso seguente. Concluse farebbe quello si convenisse alla
giustitia, senza darli alcuna speranza délia libération loro « (ibid.).
j. Ibid.; Machaut, 116-8; Mâcheras, 93-5. Cf. DeGuignes,/. c, p. 235.
- 312 —
« une plaie qui pénètre jusqu'à mes entrailles' ». Il fut
triste, dit Mézières, jusqu'à sa mort, qu'il désirait ardomment^
Cependant il continuait sa vie active : le roi l'avait chargé
d'aller en Occident avec Philippe de Mézières et il était parti
dans ce but à Famagouste, pendant que son ami et compa-
pagnon s'occupait encore à Nicosie de l'expédition des lettres
royales \ Il célébra la messe à Noël dans la grande église de
Saint-Nicolas, se rendant à pied de l'église des Carmes à la
cathédrale, malgré le froid intense qui régnait ce jour-là *. Il
portait les mêmes habits simples qui ne pouvaient pas le
défendre contre la rigueur de la saison.
Aussi fut-il atteint par le froid, sans qu'il s'occupât cepen-
dant de sa maladie. Pendant les fêtes qui suivirent, il officia
encore en habits pontificaux, trop lourds pour son vieux corps
aff'aibli par les jeûnes. Le samedi suivant, 27 décembre,
enfin, il alla célébrer la messe à Sainte-Marie de Cana", en
dehors de la ville, les pieds nus dans la boue et sur la pierre
froide de l'église ^ A ceux qui le reprenaient, il citait
l'exemple des Pères de l'Église et continuait ses prières. Il
fut plus malade le dimanche et le lundi suivant, sans qu'il
changeât cependant ses habitudes. Une fièvre violente se
déclara le mardi, son entourage fut effrayé, le voyant si faible
et si décomposé ; Mézières fut appelé au chevet de son ami '.
Il arriva le mercredi, avec le médecin du roi, et trouva le
légat assez bien, contrairement à ce qu'on lui avait annoncé.
Pierre Thomas le rassura sur son état, l'exhortant à terminer
plus tôt les lettres qu'ils devaient emporter dans leur voyage.
Philippe partit le samedi, 8 janvier, pour Nicosie ^
Son ami lui avait fait cependant de très curieuses confi-
dences, en lui parlant de ses péchés et du bon juge qui devait
1. « Si me Dominus in amissione rerum temporalium, aut amicorum
morte, aut in afflictione proprii corporis flagellasset, aequanimiter
siistinerem, sed plagam sentio, quae ad interiora mea pénétrât »
{Vila, 1015).
2. Ibid., 1017.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Leçon de Wadding; « de Cena », dans la VUa.
6. Viia, 1017.
7. Ibid.
8. Ibid.
- 313 —
les lui pardonner'. Philippe essaya vainement de le consoler.
« Va, lui dit le saint, afin de pouvoir revenir bientôt, car je
« compte partir cette semaine^ ». Aussitôt après le départ
de Mézières, l'état du légat devint plus grave: il connut la
mort, dit Philippe, sans la craindre. Des nobles de la ville,
parmi lesquels Pierre Malosello, le chambellan du roi, vinrent
le visiter. 11 l'exhorta à préparer la galère, car, répéta-t-il,
il devait partir le mercredi prochain ^ 11 se confessa le
dimanche, avec beaucoup de larmes, à son confesseur,
Arnaud de Solino, puis ordonna, après avoir parlé à son entou-
rage, qu'on le mît à terre avec un sac sur la tête, et une corde
autour du cou, bien serrée \ Après qu'il eut reçu la commu-
nion, on le transporta de nouveau dans son lit.
Se sentant mourir, le patriarche désirait voir celui qui
avait été pendant si longtemps son camarade de combat.
« Hélas, s'écria-t-il, pourquoi le chancelier est-il parti^»?Des
visions terribles le hantaient et il ne parvint à les faire dispa-
raître qu'en mettant au pied du lit la croix qu'on portait
devant lui aux processions. Puis il dicta son testament, en
choisissant pour exécuteurs, Philippe d'abord, puis l'arche-
vêque de Nicosie et Bérenger Grégoire, le collecteur des
dîmes pontificales ^ On devait l'enterrer à l'entrée du chœur,
pour que tout le monde piétinât sur son corps et même, si
c'était possible, les chiens et les chèvres '.
Le lundi matin Huguenot de Maymon, le maître d'hôtel du
légat, se trouvait au chevet du mourant. « C'en est donc
« fait de moi, s'écria-t-il, selon la volonté de mon Dieu, et
« nous n'irons plus jamais ensemble ; appelez mon frère le
« chancelier*». 11 eut la fièvre toute la journée et sa faiblesse
1. « Frater mi, e^o sum peccator magnus, sed habeo bonum judi-
cem, pium et misericordem, Deum meum, ad quem recurro, et de
venia non despero » (ibid., 1017).
2. « Ipsc autem tune mihi prophetice dixit : Eatis, ut cito possitis
redire, quia omni istaseptimana adveniente intendo recedere » (^ibïd.)
3. « Quia die Mercurii omnino recedam » (ibid., 1017).
4. « Ligando et stringendo chordam per os ejus » (ibid.).
5. De Constantinople.
6. « Berengarium Gregorensem, Nicosiensem decanum et Papae
collectorem n{ibid., 1018).
7. « Ut omnes homines cadaver meum calcare possint et debeant,
et etiam, si possibile est, capreae et canes » (ibid.).
8. « Factum est de me secundum voluntatem Dei mei; amplius
- 314 -
était telle, qu'il essaya vainement, par trois fois, de réciter
ses heures. Quand la nuit vint, deux cierges bénits furent
allumés d'après son ordre auprès du lit. 11 fît appeler ensuite,
avant le jour, l'évêque de Laodicée, Simon, vicaire de Fama-
gouste, qui lui apporta les saintes huiles ; il les reçut, couché à
terre, avec le sac sur son visage, pendant qu'on lui récitait la
Passion du Seigneur. Il était vêtu d'une tunique de laine
grossière et dure, avec un scapulaire de l'Ordre sous la tête. Il
parla d'abord de choses très secrètes, relatives au présent, au
passé et à l'avenir, puis, le délire l'ayant pris, il commença
à réciter à voix haute les psaumes. Les assistants observèrent
avec étonnement qu'une odeur céleste se répandait dans la
chambre pendant qu'il priait'.
« Il n'avait plus que la peau, les muscles et les os^ ». Il
refusa les médecins du roi, convaincu que le Christ seul connais-
sait un remède. Vers le soir il s'informa encore de l'arrivée
de Philippe, et comme on lui donnait une réponse négative, il
s'écria: « Je l'ai attendu longtemps, je l'attendrai encore deux
« heures'* ». Il bénit Jacques des Rossi qui était venu le voir,
puis il demanda de nouveau si le chancelier n'était pas venu.
Il ne devait pas tarder, lui répondit-on. « Laisse-moi me
« reposer un peu, dit-il, puisque je n'attends que le chance-
ce lier* ».
Philippe arriva enfin à Famagouste, une demi-heure avant
le coucher du soleil. Le chapelain Geoffroi réveilla le mou-
rant, en lui annonçant la présence de son ami : « Mon père,
« voici le chancelier. » « Et lui, qui agonisait déjà, étendit
vers moi sa main droite et prenant la mienne, il me parla sai-
nement et longuement sur beaucoup de choses, comme s'il
n'était pas malade '" ». Philippe quitta la chambre un moment.
non ibimus simul. Mandetis, mandetis pro fratre meo cancellario »
(ibid.).
1. Carmesson, p. 94; Vita, 1018-9.
2. « Non erat illi nisi cutis, nervi et ossa » (Vita, 1019).
3. « Egodiuexpectaviipsum... Adhucexpcctaboeum perduas horas »
(ihid.) Et Philippe ajoute : « Tantum enim in Deum meum me indi-
gnum diligebat, sicut animam suaiu » (ibid.). Cf. Carmesson, 96-7.
4. « Modo dimittas me aliquantulum requiescere, quia non expcc-
tabo aliud nisi ipsum cancellarium » (Vita, l. c).
5. « Ipse vero in extremis laborans, et jam manibus, brachiis et
tibiis mortificatis, me respiciens, statim manum suam dexteram de
- 315 —
d'après la demande du prélat, pour donner des ordres : quand
il revint, les membres de ce dernier étaient glacés. « C'est
« l)ien, c'est bien », répondit-il à ses paroles. Puis il tomba
dans une immobilité complète ; il mourut vers la seconde
heure de la nuit, ayant le chancelier à ses côtés (6 janvier
1366').
Le cadavre fut exposé, vêtu de l'habit de l'Ordre, dans le
chœur de l'église des Carmes et la popularité du prélat était
si grande à Famagouste, que toute la ville, sans distinction
do nationalités, se rassembla pour assister à ses funérailles ^
Raymond, archevêque de Nicosie, célébra l'office des morts,
devant une foule immense. Jean Carmesson, ministre des
Mineurs, originaire d'Aragon, se leva alors et prononça « un
« admirable discours, au grand étonnement de tous les assis-
ce tants ». Il donna au défunt le titre de saint, que l'Eglise
devait lui accorder plus tard, et confessa à Mézières que cette
inspiration lui était venue par miracle*.
Philippe lui-même pleura à cette occasion la mort de celui
qui avait été pour lui un père et un maitre. Il parla dans son
discours émouvant de ses relations étroites avec ce prélat
pieux et enthousiaste qui lui avait ouvert un monde nouveau.
Il rappela les premiers temps de leur amitié, les lettres
que lui adressait son père, les paroles enflammées, qui
produisaient une si profonde impression sur sa raison. Il
déplore dans des termes douloureux la perte de celui qui avait
daigné devenir son ami. Quant au roi, cette perte est im-
mense pour lui, plus grande même que celle d'Alexandrie.
C'est son bras droit coupé par la mort' : il n'ira plus avec lui
dans cet Occident si indifférent à leurs prières, voyageant
et demandant du secours. Le légat ne sera plus à ses côtés,
pour l'aider à recouvrer son héritage glorieux. « Et nous,
lecto extraxit et, manum meam accipiens, mihi sane et diu locutus est
non pauca verba... quasi non esset infirmus » (Jbid., 1019-20).
1. Ibid. Une femme vit pendant la nuit, dit Mézières, un rayon des-
cendre sur la dépouille du légat.
2. Ibid.
3. « Mirabilem sermonem fecit in stuporem omnium audientium »
(Vïto, 1021).
4. « Certe manus sua dextra est abscisa » (Lettres, Bibl. de l'Ar-
senal, 499, fo 138 v°).
— 3.16 —
« Chypriotes, déplorant avec le roi, notre seigneur, la mort
« de celui qui nous aimait et nous défendait avec fidélité, pleu-
« rons devant Dieu, qui nous a créés, implorant et suppliant
« notre Seigneur et Sauveur, qui nous avait donné un chef
« pour faire de bonnes actions et délivrer Jérusalem de
« nous accorder dans ce monde, en continuant le passage, la
« vue des gloires de Jérusalem et, par ses suffrages, la vie
« éternelle, dans l'autre' ».
Le saint fut enterré dans l'église même des Carmes ;
plus tard , on le transporta dans un tombeau recouvert
d'une dalle de marbre ^ sur laquelle fut gravée une dé-
testable épitaphe, composée par Jean d'Hildesheim\ Il ne
tarda pas à opérer des miracles ; de grands personnages,
l'évêque de Laodicée, Jean et Thomas de Montolif, Garât, le
bailli de la reine Alix, des marchands de Famagouste, des
Grecs et des Nestoriens même lui durent leur guérison ; on
donnait son nom aux enfants dont la naissance était due à
son intervention ^. On remarqua avec étonnement que ses
membres étaient flexibles au moment de la seconde inhu-
mation ~'.
Mézières s'en émut; il demanda au roi une enquête sur ces
miracles : elle eut lieu vers la fin du mois d'avril et le procès-
verbal, rédigé devant Carmesson, le futur biographe du saint,
un employé de la chancellerie, un frère mineur et trois autres
clercs, nous a été conservé à la fin d'une des Vies de Pierre
Thomas ^ Puis, quand les dépositions des témoins furent
complètement recueillies, on décida d'ouvrir le sépulcre pour
1. Ihid. C'est la fin du discours qui paraît avoir été prononcé à l'en-
terrement même du prélat, ainsi que le montre le ton général qui y
règne, le nunc ipsum perdidit, qu'il emploie en parlant de la mort de
son ami, Vamen, trois fois répété, qui le termine. L'enterrement eut
lieu le 12 janvier.
2. Viln, 1021 ; Carmesson, 100-101.
3. « Epitaphii loco haec duo inculta carmina a di.scipulo Joanne Hil-
densheimensi incisa referuntur :
Virgo virum rege virgineum, qui virginis almae
Conspicuum titulum gerit. huic sibi da loca palmae, »
(Wadding, Vita, 77, note 16).
4. Carmesson, 90-101.
5. Ibid., 101.
6. La vie écrite par Carmesson. Le procès-verbal a été reproduit
dans l'édition du père Daniel de Sainte- Marie.
~ 317 —
se rendre compte de l'état du corps. Le chancelier se présenta
à l'église dans l'après-midi du 8 mai. Le ministre des frères
mineurs, Carmesson', et le frère Dominique Lostène^ pro-
vincial des Carmes de Chypre, assistèrent à la cérémonie.
« Le corps fut trouvé, dit le procès-verbal, parfait et entier,
« les membres flexibles comme auparavant, les chairs molles et
« les muscles sans rigidité ; il était seulement quelque peu
« noirci et une odeur humide, comme celle qui s'échappe des
« souterrains ou des maisons fermées, sortait de son corps ^ ».
On appela alors Bérenger Grégoire, Jacques des Rossi, Guil-
laume de Mézières, frère du chancelier, ainsi que plusieurs
autres clercs des deux confessions ; un frère Carmélite fît
mouvoir les membres du saint devant l'assistance, en élevant
les mains jusqu'à la tête*. Puis le procès-verbal fut rédigé
par maître Jean de Cosenza^ notaire public et secrétaire de
l'évêque de Famagouste, et le corps définitivement inhumé
dans le chœur de l'église'*.
Philippe de Mézières se trouvait donc en Chypre dans les
premiers jours de mai 1366. 11 se préparait à partir pour
une nouvelle expédition quand les ambassadeurs vénitiens se
présentèrent à Nicosie (avril 1366).
Ils trouvèrent la flotte chypriote prête à partir. Une pre-
mière expédition se préparait dès le commencement du prin-
temps ". Brémont de la Voulte, devenu chambellan du roi de
Chypre, devait attaquer les émirs de l'Asie Mineure avec trois
1. « Fr. Joanne Carmessonio, ministre Ord. FF. Minorum Terrae
Sanctae » (ibid., p. 97).
2. Ibid., p. S'i : « et paucis aliis discretis personis » (p. 101).
3. « Inventum est corpus ejus perfectum et integrum et membra
ejiis ductilia et flectibilia sicut ante, quando ut praedicitur inhumatus
jacebat, et carnes ejus molles et nervi tractabiies, sicut prias, excepte
quod ad nigredinem declinabat et de vestibus ejus, ut creditur, proce-
debat aliquis odor reumaticus, per modum carceris seu domus sub-
teraneae vel inclusao » (ihid., 100-101).
4. Ibid., p. 102.
5. « Quibus praemissis interfui ego magister Joannes de Lusentia
(sic), notarius publicus imperialis et scriba episcopalis Curiae Fama-
gustanae... » (ibid., 102). Le Catahgus sanctorum fralrum ordinis
bcale... Marie de Monte Carmeli, Bibl. nat., lat. 5615 (cité dans les
Arch. de l'Or, lat., Il, 139), reproduit cette signature de notaire qui
est appelé « Johaimes de CuUencia » (f» 146).
6. Sur la béatification, Carmesson, 114-5.
7. Machaut, 114.
— 318 —
galères. L'expédition ne réussit pas cependant; la flotte, sur-
prise par une tempête, put revenir à peine dans le port d'où
elle était partie \ Une nouvelle flotte fut équipée vers le
25 avril ^ : elle était composée de 25 vaisseaux sous le com-
mandement de Jean de Moustry, le nouvel amiral de Chypre,
« chevaliers... preues et loiaus,
Et homme de très bon affaire •'. »
Le but de cette seconde expédition était l'attaque do Beyrouth,
qui appartenait au Soudan \ La flotte attendait à Famagouste
le signal du départ.
Les ambassadeurs, arrivés à Nicosie, exposèrent au roi ce
qu'ils venaient d'apprendre au Caire. Une expédition en Syrie
amènerait des représailles contre les chrétiens captifs''. Ils
lui conseillèrent de faire la paix, que désirait le Soudan ^
Pierre lui-môme était assez disposé à conclure un traité ou à
arrêter au moins pour quelque temps l'attaque menaçante des
Sarrasins. L'Occident ne lui avait pas donné de secours, et les
nouvelles d'Egypte étaient mauvaises. L'Arménie, qui devait
tomber l'année suivante au pouvoir dos Sarrasins, avait été
attaquée par les armées du Soudan : les habitants s'étaient
enfuis dans l'île de Métélin et ensuite dans celle de Lango,
où ils furent reçus par les Hospitaliers ^ On croyait prochaine
l'attaque contre les îles de Chypre et de Rhodes. Le Soudan
avait invité les émirs d'Asie à ne plus permettre aux chré-
tiens de se ravitailler sur leurs territoires : une grande union
de tous les musulmans devait arrêter pour toujours les inva-
sions des croisés. Cent vaisseaux furent construits en Syrie
1. Machaut, pp. 111-4.
2. Mâcheras, 94. Cf. Machaut, 114.
3. Machaut, ibid.
4. Mâcheras, /. c. Machaut déclare le but de l'expédition inconnu
(p. 114).
5. Machaut, 118-9.
6. Discours de Philippe à Venise (ms. 499 de l'Arsenal, f"* 138 v» et
suiv.): « ad presenciam régie Magesta[ti]s venerunt et concordiam ex
parte soldani, aliqua offerentes, domino régi obtulerunt gloriose ac
prudentissime, multis atque diversis argumentis dominum regem
inducendo ut concordia[m] vellet acceptare. » Cf. Mâcheras, 95. Ils lui
auraient offert même de l'argent, d'après ce dernier {ibid.).
7. Bosio, Sloria del sacro mil. ord. di S. G. Geros., II, 70. Cf. Maa
Latrie, /'/^e de Chypre, 303-5.
— 319 —
et en Egypte, et un grand nombre d'Infidèles se réuniront pour
enfermer l'équipageV Déjà des pirates apparaissaient dans
les eaux de Chypre et faisaient des descentes sur les côtes ^
Le Grand-Maître, effrayé par ce danger qui pouvait devenir
morteP, avait demandé à tous les officiers de l'Ordre en Occi-
dent d'envoyer les sommes qu'ils retenaient encore''. Soixante
chevaliers devaient s'embarquer à Marseille, sous le comman-
dement du maréchal Dragonnet de Montdragon, pendant que
quarante autres se dirigeraient vers Venise. Bertrand de
Boison et frère Martin de Gubbio furent chargés d'aller à
Naples pour acheter des chevaux et envoyer les chevaliers
qui s'y trouvaient, à Rhodes \ On demanda 4,000 florins au
frère Arnaud de Bernard-Éverard, procurateur des contrées
d'outremer. Des armes et des engins furent achetés à
Pavie^ Le roi lui-même s'était hâté de fortifier ses châteaux
en revenant en Chypre.
Sans renoncer pour toujours à ses projets de conquête,
Pierre P'' jugea utile cependant d'apaiser pour le moment les
Sarrasins, jusqu'à l'arrivée de nouvelles forces. 11 reçut avec
bienveillance les propositions des ambassadeurs et les re-
mercia de leurs efforts'. La reconnaissance qu'il devait à la
République lui faisait un devoir, disait-il, d'écouter ses con-
seils*. Moustry reçut de nouveaux ordres, d'après lesquels il
devait se diriger vers Candelore, dont l'émir s'était révolté
pendant son absence. Quant à l'autorisation de traiter en son
nom que demandaient les Vénitiens, il déclara ne pouvoir pas
formuler ses conditions avant l'arrivée des ambassadeurs du
1. Lettre du Grand Maître à Hugues de Gozon, prieur de la Selve,
1 mars 1360 (dans les Arch. de l'Or, lai., 1, 391-2). Le Soudan avait
envoyé deux ambassadeurs en Syrie : il oiï'rait aux émirs des avan-
tages commerciaux, dans ses ports (ilnd.)
2. Lettre d'Urbain V au roi de Hongrie, 1 juillet 1366, ap. Rinaldi,
XXVI, 133; Theiner, Mon. Jlung., Il, 74-5.
3. « Pcriculum gravissimum (Dec placeat non ultiraum extermi-
nium) )), Arch. Or. lai., l. c.
4. Lettre au procurateur général de l'ordre, 20 mars 1366, Paoli,
n, 95-6 : « Nostra tanta et tam periculosa nccessitate attenta » {ibid.).
5. Arch. Or. lat., l. c.
6. Bosio, 0. c, 11, 69-70.
7. Mézières, Leltres, L c.
8. Mâcheras, /. c.
— 320 —
Soudan lui-même*. Les envoyés vénitiens se dirigèrent vers
l'Egypte, pour y annoncer cette bonne nouvelle.
Aussitôt après leur départ la flotte quitta Famagouste. Des
vaisseaux sarrasins se trouvant sur son chemin, prêts à partir
pour le Caire, ils furent attaqués et brûlés par les jeunes
gens qui équipaient les galères chrétiennes, malgré les ordres
contraires de l'amiral. L'action eut lieu près de Candelore ou
Alaïa, grande ville commerciale dont l'émir s'était soumis au
roi de Chypre en 1361, après la prise de Satalie. Le port fut
pris facilement, et les vainqueurs passèrent même les fossés
qui défendaient le château, espérant le prendre d'assaut. Ils
ne réussirent pas cependant à déloger les Turcs, qui leur
jetaient des flèches avec leur habileté ordinaire ^ Les chré-
tiens ne tardèrent pas à s'enfuir vers le rivage : Jacques des
Rossi et Mézières, avec quelques soldats, résistèrent seuls
pendant quelque temps aux Infidèles. Les vaisseaux du sei-
gneur de Monavgat furent cependant brûlés. La flotte revint
ensuite à Famagouste, où le roi ordonna des processions et
des actions de grâces à la Vierge et à Dieu ; elle devait se
tenir prête pour une nouvelle expédition, qui ne partit que
vers le commencement de l'année prochaine ^
Les Vénitiens étaient allés au Caire et avaient exposé au
Soudan les intentions pacifiques du roi de Chypre. Deux
grands seigneurs sarrasins, « les plus notables de sa court »,
furent envoyés pour apprendre les intentions du roi; trois
autres dignitaires les accompagnaient. Les ambassadeurs,
1. Machaut, 121 :
. . . trop seroit chose sauvage
De traitier à vous qui n'avez
Point de pooir, bien le savez,
Et sans doubte, se je voie
Gens de par lui, je traiteroie.
2. Ms. 499 de l'Arsenal, f° 151 (lettre de Philippe à Bonifacedes Lupi):
« christianis castrum de Candelor debellantibus, magnanimus Jacobus
firmiter stetit, nec tela Turchorum timuit, artem sue milicie demons-
trando ac viriliter dimicando. Strenuitatem (s/e) ejus non defuit nec la-
tuit : nostris etenim importune terga vertentibus, meis oculis videntibus,
quasi solus Jacobus firmiter stetit. non tela Turchorum timuit, artem
sue milicie demonstrando. » V. dans le même ms. de l'Arsenal, f"^ 153-
3 v°, la réponse de Boniface des Lupi. Padoue, 1^'' novembre (1369).
V. sur ce personnage Verci, Storia dclla marca trivigiana, XIV, 62 et
Pétrarque, Senilia, XIII, 2.
3. Machaut, 120-2; Mâcheras, 94-6. Cf. Bustron, 263, Amadi, 414.
— 321 —
Toqboghà, grand amiral et gladius legu, et son camarade,
le renégat génois Nasareddin, que les lettres du Soudan dé-
clarent « noble, sage et discret » ', arrivèrent à Famagouste^
sur les galères vénitiennes, le dimanche 31 mai 1366 ■'. Ils
entrèrent à Nicosie avec les Vénitiens le 2 juin et furent ins-
tallés dans la maison du seigneur do Sur, qui avait été pré-
parée pour les recevoir''. Le roi leur accorda une audience et
ils s'y rendirent aussitôt dans de riches habits de « dras de
soie » qui faisaient l'admiration des Chypriotes ^ Arrivés au
palais, ils présentèrent au roi une lettre d'Yalboghâ, régent de
l'empire sarrasin pendant la minorité du jeune soudan, Scha-
ban-Aschraf. Le « très haut roi" » Yalboghà recommandait au
« lion victorieux », « ami do l'empereur et des rois et justicier
de son pays », les deux ambassadeurs, en lui annonçant les
pleins pouvoirs qu'il avait donnés à Toqboghà. Il était heu-
reux de conclure la paix et demandait qu'on lui envoyât au
Caire une mission chypriote".
Le roi leur parla avec bienveillance, tout en leur reprochant
de retenir son héritage, d'avoir jeté en prison les marchands
chrétiens, dont ils avaient confisqué les biens, de rançonner
les pèlerins. Il espérait que ces abus cesseraient, car « li
mundes doit estre communs* ». Ensuite il leur donna par écrit
ses demandes « moyennes, petites et grandes" », demandes
que Machaut n'énumère pas '" et qui se trouvent résumées
d'une manière très complète dans un fragment historique se
trouvant parmi les lettres de Philippe de Mézières". Le roi
1. « Nobilem et sapientem et discretum Nassarheldin quem Deus
conducat » (trad. de la lettre dans le ms. 499 de l'Arsenal, f""' \\1 v»
et suiv.).
2. « In Famagosta » (ibid.). Cf. Mâcheras, 96 (et non à Limassol,
Machaut, 124).
3. Jour de la Trinité, ms. cité. Mâcheras donne la fausse date de
27 mai.
4. Mâcheras, l. c. C'était la maison de Jean de Sur, qui n'était pas
prince cependant (v. la traduction ; -/upou — seigneur, dans l'original).
5. Machaut, 124.
6. « Rex altissimus Yelbongua » (ms. cité).
7. Ihid.
8. Machaut, 125.
9. Ibid.
10. Ibid.
« Que je n'ay pas encore escript,
Car trop lonc en seroit l'escript. »
11.11 contient la lettre de Yalboghà, datée du 6 de Ramadhan 767(17 mai
N. JoRGA. Philippe de Mézières. 21
— 322 —
demandait, tout en réservant l'assentiment du pape, la resti-
tution entière du royaume de Jérusalem, son héritage, et la
délivrance des chrétiens captifs, qui recevraient les biens
qu'on leur avait confisqués. Le Soudan ne devait pas admettre
dans ses ports les ennemis du roi et leur fournir des vivres ;
il devait les livrer même aux Chypriotes, s'ils venaient à se
présenter dans ses possessions. Les marchands chypriotes et
leurs facteurs seraient exemptés de payer tout droit de
douane'.
Les ambassadeurs trouvèrent naturellement les demandes
du roi exorbitantes; ils objectèrent l'insuffisance de leurs
pouvoirs, surtout en ce qui concernait la restitution du royaume
de Jérusalem. Ils le prièrent d'envoyer lui-même des pléni-
potentiaires au Caire pour y faire connaître ces conditions ^
Le roi acquiesça à leurs demandes : deux Catalans, Jean d'Al-
fonso, juif baptisé et Georges Syati va, et Paul de Bologne'', furent
chargés des négociations. « Un très bon clerc, maistre en de-
crez, » nommé Antoine^, fut chargé de mettre par écrit ses
propositions, qu'il ne consentirait jamais à changer. Les re-
commandations qui furent données aux envoyés chypriotes, à
cette occasion, sont inimaginables. Us devaient ne céder sur
1366), la réponse écrite du roi et ses instructions très curieuses données
aux ambassadeurs.
1. Ibid.
2. Ibid.
3. Que Mâcheras qualifie de notaire. V. pp. 95-6 et p. 400 du prés. ouvr.
11 y a une très grande différence entre les récits de Machaut et ceux du
chroniqueur chypriote sur le fait de ces négociations. Le premier ne
mentionne que la mi.ssion d'Antoine qui serait revenu sans résultat, ce
qui amena la reprise des hostilités. Nous avons suivi le récit de Mâcheras
qui en admet deux de la part du roi et un nouvel envoi d'ambassadeurs
sarrasins : on sait que ce chroniqueur employa des pièces d'archives,
tirées de la chancellerie royale. La version de Machaut expliquerait
cependant assez bien le manifeste de Pierre I"", daté du 22 juin 1366,
où il annonce son intention de recommencer la guerre en août. Deux ou
même trois missions étaient difficilement possibles entre le 4 ou 5 juin,
date probable du départ des émirs, et le 22. Il ne faut pas oublier
cependant le peu de sériosité de ces négociations interminables.
4. Machaut, 126, 127 : « qui a nom Anthoine. » M. de Mas Latrie
serait disposé à l'identifier avec Antoine de Bergame, qualifié « artis
medicine professer, canonicus Paphensis » en 1378, « artium et medi-
cine doctor » en 1389 et « regni Cypri provisor » en 1390 {Ilist. de
Chi/pre, II, pp. 372, 418, 421); il était chambellan du roi quand il
mourut en 1393. M. de Mas Latrie a retrouvé sa tombe à Nicosie, dans
la mosquée arabe d'Achraet (<6îrf., p. 418, note 1; cf. Vile de Chypre,
pp. 364-5).
— 323 —
aucun point et rendre les Sarrasins responsables de la guerre
qui allait éclater s'ils refusaient d'admettre les demandes.
Enfin, puisque les grands massacres répugnaient au cœur
sensible du roi, ils devaient leur offrir un combat singulier
de mille contre mille, de cent contre cent ou de dix contre
dix, qui déciderait de la possession du royaume de Jéru-
salem. Du reste, si Yalboghà se croyait en état de combattre
pour sa foi et son pays, Pierre P"' lui offrait de vider ensemble
leur querelle \
De grands tournois furent ordonnés ensuite, et les Sarra-
sins admirèrent les savantes joutes des chevaliers chrétiens.
Enfin, après s'être suffisamment émerveillés
« Coment il ne s'entretuoient ^, »
ils pensèrent à partir. Une galère chypriote fut armée pour
les envoyés du roi; les autres s'embarquèrent sur les vais-
seaux de Venise ^
Le Soudan les reçut très bien au Caire, quoiqu'il fût étonné
des demandes du roi. Ainsi que ce dernier, Yalboghà n'avait
pas l'intention sérieuse de conclure une paix avec son voisin ;
son seul but était, paraît-il, de gagner du temps. Les ambas-
sadeurs furent renvoyés avec une réponse bienveillante : le
Soudan ne devait pas tarder à donner à ses émirs les pou-
voirs nécessaires pour s'entendre avec le roi*. Les ambassa-
deurs vénitiens et le consul d'Alexandrie, André délie Grazie,
crurent la paix déjà conclue ^; Pierre Soranzo et François
Bembo en avertirent le Sénat, puis revinrent à Venise, où,
dès le 30 mai, la querelle aveô le Soudan était considérée
comme terminée ^ Un firman venait même de décider la dé-
livrance des sujets de la République et le renouvellement des
anciens traités''.
1. Ms. cité.
2. Machaut, /. c.
3. Mâcheras, 96.
4. Ibid.
5. Caroldo, f" 211. V. sur le nom du consul, Cotnmem., VII, n» 268;
t. 111, p. 48. Le consul précédent, Giovanni Badoer, était revenu à \e-
nise vers le mois d'août 1365 (Arch. de Venise, Libi'o Xovella, 1° 101).
6. Caroldo, l. c.
7. Cominem., VII, n» 268; t. III, p. 48 (traduction en dialecte véni-
tien, date indécise, — première moitié de l'année 1366, probablement
— 324 —
La joie fut grande à Venise : des lettres furent envoyées
à Gènes pour y annoncer l'heureuse nouvelle '; dès le 6 juin,
ses ambassadeurs à Avignon furent avertis de ce succès diplo-
matique; ils devaient faire connaître au pape le but unique-
ment commercial du traité et demander des licences aposto-
liques pour les marchands. Des ambassadeurs sarrasins étaient
partis déjà pour l'île de Chypre, les négociations continuaient
à Rhodes, tout dépendait du roi Pierre, qui ne devait pas
tarder non plus, croyait-on, à faire sa paix avec le Soudan ^
Bien que les choses eussent pris cet aspect pacifique, le roi
de Chypre n'avait pas abandonné cependant ses projets de
croisade. Il connaissait assez bien les mœurs politiques des
Sarrasins pour ne pas se faire d'illusions sur cette paix
qu'on se représentait prochaine. La flotte de Candelore atten-
dait encore dans le port de Famagouste; Jean de Sur travail-
lait à Gênes et à Avignon; Mézières reçut enfin l'ordre d'aller
à Venise, puis dans l'Europe entière, pour préparer une nou-
velle expédition.
Il partit vers la fin du mois de juin, portant avec lui des
lettres du roi, datées de Famagouste, le 22 du même mois.
Pierre I" annonçait à tous ses frères chrétiens son intention
de partir au mois d'août, avec les forces qu'il pourrait ras-
sembler jusqu'à ce terme, pour châtier l'arrogance des Infi-
dèles. Il espérait ajouter de nouveaux titres de gloire à ceux
que la chrétienté avait déjà gagnés, s'ils lui donnaient leur
concours ^
Nous possédons le discours que prononça Philippe à Venise
devant le doge et son conseil*. Nommé citoyen de Venise pen-
dant le premier voyage du roi en Occident ^ et grand ami des
mai). Cf. Heyd, Le Colonie, II, 216, note 2, d'après une copie faite par
le professeur Minotto. On récompensa, le 24 août, Nasareddin, pour la
conclusion du traité {Sen. Misti, 32, f" 8 v").
1. Caroldo, /. c.
2. « Et subjungatis quod concordium predictura amodo est in ma-
nibus domini régis Cipri predicti » (Mas Latrie, Ilisl. Ch., III, 754-5).
Cf. Caroldo, 211-11 v°.
3. Ms. 499 de l'Arsenal, f° 146 v».
4. Ibid., fo 138 V" et suiv.
5. Le22 juin 1365, document publié par M. de Mas Latrie, dans la Z?/6/.
de l'Ec. des Charles, XXXIV (1873), 74-7. Des privilèges pareils furent
accordés à la même époque aux Chypriotes Giustino des Giustini, Guy
— 325 ~
Vénitiens, il devait s'attendre à voir ses demandes bien ac-
cueillies. Les avari mercatores, qu'il avait vus avec indigna-
tion se diriger vers l'Egypte, malgré les excommunications
du légat, n'étaient pas autorisés, croyait-il, par le gouver-
nement de la République. Venise, qui avait favorisé la première
expédition, ne pouvait pas refuser son concours à la seconde.
Il se trompait. On a vu la manière dont l'expédition avait
été jugée dans cette ville. De plus, le nouveau doge, qui n'aimait
pas la croisade, voulait que l'Orient ne fût plus troublé par
ces guerres incessantes, dont le résultat était presque nul.
Dès le commencement de l'année, les ambassadeurs vénitiens
n'avaient pas cessé de travaillera Avignon pour obtenir du pape
qu'il consentît au traité qu'on allait conclure avec le Soudan.
Après de longs efforts, Urbain venait d'accorder enfin une
licence valable pour quatre vaisseaux et huit galères. La Ré-
publique ne devait pas empêcher cependant, ajoutait-il, la
« future croisade » ; si des conventions avaient été conclues
déjà, il les annulait \ Le doge avait envoyé aussitôt remercier
le pape et lui offrir les services de la République (24 juillet)-.
On ne s'attendait pas à une ambassade de Pierre P"" ou des
Hospitaliers, même à Avignon : le doge le déclarait à ses
ambassadeurs auprès du pape le 25 juin ^ On dut se trouver
assez embarrassé à l'arrivée de Philippe de Mézières deman-
dant du secours pour ce roi et pour cette entreprise que
maintenant l'on n'aimait guère à Venise.
Le discours de Philippe est assez habile. Bien qu'il fût l'ad-
versaire déclaré de tout traité avec le Soudan, - — il le montra
bien après la conclusion de celui de 1369 — , bien qu'il fût
certain que son maître lui-même n'avait pas l'intention de
rester en paix avec ceux qui détenaient son héritage et celui
de Reggio, médecin du roi, Andréa Sasso et Thibaut Belferazo (Mas
Latrie, //îs<. Ch., II, 272-3).
1. Le 23 juin 1366 (Comwem., VII, n«267;t. III, p. 47). Deux galères
gartirent en conséquence le 18 février de l'année suivante (ibid.).
f. pp. 277 note 7, 278 note 2 et 310.
2. Commem., VI!, n" 270; t. III, p. 48.
3. Réponse à la lettre du 29 mai. Les ambassadeurs auprès du Sou-
dan étaient revenus déjà avec des nouvelles d'Alexandrie. On retrouve
dans cette lettre l'idée que le roi de Chypre seul peut décider de la
paix : « In manibiis domini régis Cipri pendeat totum factum » (Mas
Latrie, Ilisl. Ch., III, 756-7).
— 32G —
de tous les fidèles, il insista principalement sur l'initiative
prise par les Vénitiens dans les négociations du printemps.
Venise venait de couronner ainsi son œuvre : elle avait sou-
tenu d'abord ce roi qui l'aimait depuis son enfance, elle lui
avait facilité le passage, lui avait fait une réception splendido
et offert des présents magnifiques; il devait surtout une recon-
naissance éternelle aux frères Frédéric, Fantin et Marc ' Cor-
naro, dont le dernier, un Cornélius par sa naissance ^ un Marc
— nom glorieux — par le baptême, était doge maintenant.
Ensuite, quand le Soudan menaçait de destruction le royaume
de Chypre, la République intervint pour Pierre P% comme
jadis Rome en faveur de Judas Machabée. Le Démétrius^
assyrien avait été menacé de voir un ennemi plus puissant se
lever contre lui. Cette paix était en train d'être conclue; si
cependant elle ne l'était pas, le roi priait le doge de continuer
ses bons offices : il n'accepterait jamais une autre médiation
que la sienne. Si néanmoins le pape lui-môme proclamait un
nouveau passage, — et c'était le but réel de l'arrivée de Mé-
zières — , le roi comptait sur le secours de Venise, ce secours
qui lui avait été donné autrefois*. « Qui pourrait vous éloigner du
Christ? » disait-il en terminant. « Ni les tribulations, ni la dé-
tresse, ni l'égoïsme [utile proprium), ni l'avarice, ni les propos
des envieux, ne pourront priver Sa Majesté Royale de l'amour
1. On a parlé déjà de leurs intérêts en Chypre. Ne serait-ce pas un
François Co(rnaro) que cet étranger, dont M. de Mas Latrie décrit la
tombé? (t le 25 janvier 1390; Vile de Chypre^ 363). Les frères Cornaro
avaient prêté de l'argent au roi, pendant son séjour à Venise. Cf. Hist.
de Chypre, II, 434.
2. « Nam genus ipsius domini ducis ab antiquis in civitate Vene-
ciarum certe preclarum, excelsum et antiquurn est... sed unde venerunt
nobiies Cornerii Venecias? certe de domina mundi, civitate roniana.
Sed ex quibus generacionibus Romanorum ? certe ex principibus Roma-
norum... » {Lettres, f'Jl39); « ... nichiiominus inpersonam régie Sere-
nitatis Deum imploro, quod, sicut per prudenciam et strenuitatem Fabii
Cornelii, consulis Romanorum... predecessoris ipsius domini ducis, res-
publica Romanorum exaltata fuit, ita Deo placeat... honorern et utili-
tatem Venetorum augmentari per ipsumdominum Marchum Cornerii »
{ibid.). Cf. llist. Chypre, III, 814.
3. Le pape Urbain est aussi le vénérable Mathathias, qui « continue
per epistolas suas papales ipsum dominum regem pie in prelio Dei
confortando... » (ibid) ; le conseil des 80, à Venise, est le Sénatromain,
dépourvu de toute envie réciproque (ibid.).
4. « Nam nobiies predicti Venetorum, potentes viribus, amicis fidem
servant, unicuique quod suum reddendo et quibus volunt auxilio esse
ut régnent, veraciter régnant » (ibid.).
— 327 —
des Vénitiens, ni amener le contraire. » Ainsi que Rutli le disait
àNoémi, son peuple est leur peuple et son Dieu leur Dieu'.
Si Mézières se faisait d'étranges illusions en croyant à la
vérité de cette comparaison, la parole du doge ne tarda pas
à le rappeler à une réalité plus triste. Le très prudent Marc
Cornaro félicita le roi sur des succès qu'il apprenait toujours
avec plaisir ; il s'étonnait cependant qu'il eût retenu les vais-
seaux que lui avait prêtés Venise pour une expédition depuis
longtemps terminée. Il ne doutait pas que ces galères ne fus-
sent bient(jt rendues ^
Les relations entre le roi et le doge devinrent ensuite des
plus mauvaises. Le 22 août, le Conseil et la commission spé-
ciale [zonla) empêchèrent l'exportation des armes et des
chevaux en Chypre ^ Le 25, on défendit aux sujets de la Répu-
blique de s'embarquer pour l'expédition que préparait le roi
de Chypre*. Le même jour, les Prégades décidaient, d'après le
rapport des ambassadeurs à Alexandrie, l'achat de gerfauts
[ciffalchos], jusqu'à la somme de 600 ducats d'or, pour la
consolation^ àe. l'émir Yalboghà. Bientôt le pape dut intervenir
pour rendre leur conduite plus bienveillante envers les chré-
tiens menacés de l'Orient.
Mézières se trouvait auprès du dernier dès le commence-
mont du mois de juillet^ et il réunissait ses efforts à ceux de
l'amiral de Chypre pour gagner à la nouvelle expédition
son appui.
1. Ibid.
2. Caroldo, f" 213. La date qu'on y assigne est impossible, Cornaro
n'étant plus doge en juillet 1368. Les vaisseaux, dont il est question,
appartenaient, parait-il, à des particuliers.
3. Permission spéciale donnée le lendemain au bailli de la Répu-
blique en Chypre, Mas-Latrie, Hist. Ch., II, 283.
4. « Si pro rege Cypri fiet aliqua armata contra soldanum (ibid.,
p. 286). Cf. Caroldo, f" 209 v" : «Pervenuta nova a Venetia, ch' il re di
Cypri faceva armar V galère et duc legni per andar a danni délia
Soria, fù scritto al baylo in Cypri, che dovesse far comandamento a
tutti li sudditi del Vcneto dominio, chc non dovessero per modo alcuno
andar a danni délia Soria... ma attendor a gl' interessi loro. »
5. « Pro consolatione sua » (Mas Latrie, Ilist. C/i., II, 285). On en-
voyait au Soudan, de Barcelone, vers le commencement du siècle, des
« falchons grifals blanchs » (Capmany, o. c, IV, 64-5). Ce fut aussi le
cadeau do Galéas Yisconti (Bibl. de S. -Marc, lat. XIV, 264, f-^ 38 v" et
suiv. (1376).
6. En tout cas, avant le 17 août, quand les privilèges des Vénitiens
furent révoqués, grâce, évidemment, à son intervention {Commem.,
VII, n» 273; t. 111, p. 48).
CHAPITRE X.
EFFORTS DU PAPE EN 1366. EXPEDITION d'amÉdÉE DE SAVOIE
ET DE LOUIS DE HONGRIE. DERNIERS COMBATS EN CHYPRE.
Cet appui il pouvait l'espérer avec raison. Pendant qu'il
repoussait les demandes égoïstes des Vénitiens, Urbain V
travaillait assez énergiquement pour la croisade. Une expé-
dition combinée, écrivait-il le 25 janvier 1366 à l'empereur
de Constantinople, devait attaquer bientôt les Turcs; Louis
de Hongrie partirait avec une armée de terre, pendant que le
roi de Chypre avancerait avec sa flotte*. Le comte de Savoie
devait réunir ses forces à celles des deux autres champions
de l'Eglise. Guillaume de Qumitallo, recteur de Saint-Étienne
de Toulouse, partit à cette époque en Chypre pour y tenir la
place d'Arnaud, docteur en décret et auditeur du péniten-
tiaire, qui venait d'être nommé évêque de Famagouste. Il
apportait probablement des lettres d'exhortation qui ne nous
ont pas été conservées^. Des galères furent demandées au
doge de Gênes pour Florimond de Lesparre, ce chevalier du
diocèse de Bordeaux qui devait faire tant de bruit plus tard^
et des reproches sévères adressés au doge Cornaro, qui refu-
sait de donner des vaisseaux au comte de Savoie, pour ne
1. Arch. du Vatican, 2i8, f"' 3'»-5; Rinaldi, XXVI, 129.
2. Arch. du Vatican, 248, f° 49. Il devait répandre en Chypre le goût
des lettres et les bonnes mœurs, l'île ne possédant pas trop de per-
sonnes « eminenti litterarum scientia et gracia meritorum laudabilium
prediti ». On peut voir les espérances du pape à cette époque dans
une lettre au doge de Venise (ibid., f"« 35-5 v) : le Soudan, « ex primo
insultu carissimi in Christo filii nostri Pétri... tuarumque ac aliarum
gencium christiani populi territus, et de suo ac imperii Sarrasinici
vulgi casu, vel saltem debilitatione, dei judicia pertimescens. cona-
tur... Christi serves esca mundani lucri decipere » (25 janvier).
3. « Nobilis vir Florimundus, dominus de Sparra, miles Burdega-
lensis diocesis » (lettre du 17 mars, Arch. du Vatican, 248, f" 66).
— 329 —
pas indisposer le Soudan'. C'était une honte et un scandale :
les contrées d'outremer étaient menacées par les Infidèles à
ce moment môme. La République devait se souvenir de
l'exemple donné autrefois par elle-même et ne pas mettre
une pareille tache d'infamie sur son nom^ Des dîmes furent
imposées plus tard en Chypre ^ pour la défense de Smyrne, où
Pierre Racanelli commandait au nom du pape \ On a vu que les
demandes des Vénitiens furent repoussées avec persévérance
jusque vers la fin du mois de juin; tout traité avec le Soudan
était encore, à cette époque'', déclaré nul par le Saint-Siège.
Si cependant des licences furent accordées bientôt aux Vé-
nitiens®, les causes do cette décision inattendue sont mul-
tiples. On venait d'apprendre avec étonnement qu'un traité
avait été conclu entre le roi de Chj-pre et le Soudan"; les
chrétiens de l'Orient n'étaient donc plus en danger, et la
croisade n'avait plus de représentant. Les plaintes des Véni-
tiens aussi devenaient de plus en plus fortes : si le commerce
de l'Egypte était intercepté encore quelque temps, la ville
serait ruinée, et l'intérêt de la chrétienté demandait qu'elle
fût florissante \ Les ambassadeurs, qui représentaient à
Avignon le roi et les Hospitaliers, défendirent assez faible-
ment la cause de leurs maîtres, et les plénipotentiaires qui
avaient été annoncés, Philippe de Mézières et Pierre Thomas,
1. « Soldanum... Babilonie, ob quedam commercia, que in terris quas
idem soldanus detinet quasque per ips'os nobiles putatis invadi pro lem-
pore... quidam concives vestri exercera proponunt, non intendentes
provocare... » (/6«rf., 67 v"-8).
2. « Tante infamie maculam » (ihid.). Le pape avait déjà demandé
des vaisseaux pour le comte.
3. Lettre à Tarcbevèque de Nicosie, 6 mai 1368. La dime devait être
recueillie pendant trois ans et employée aussi à la destruction de ces
« perditionis filios, qui sociales dicuntur » (ibid., 249, f"* 108 v-lO v").
4. En 1363 : il devait recevoir 6.000 florins par an, dont la moitié
serait fournie par les Hospitaliers (ibid., 245, f"* 188 et suiv.).
5. Mas-Latrie, Hist. Ch., III, 755-6.
6. V. page 325.
7. « Quodque, prout ipsi ambaxiatores nobis exposuerunt pro parte
dioti ducis, inter te dictumque soldanum concordia tractabatur »
(Arch. du Vatican, 248, f'^ 124 v-ô v". lettre du pape au roi de Chypre,
l-^'- juillet 1366).
8. « Mercatores de terra soldani Babilonie ad tuum regnum Cypri
quasi continue portabantur et quod cives civitatis \'enetiarum tam de
(iicto regno licentor quam de .Mexandrina civitatc, cum prefata apos-
tolice sedis licencia, nonnulla mercimonia vcnalia deferebant « {ibid.).
— 330 —
n'arrivaient plus'. Vaincu par les intrigues, trompé par de
fausses nouvelles, le pape céda, et les ambassadeurs véni-
tiens quittèrent la curie, leur mission heureusement ter-
minée. Le roi en fut informé par une lettre pontificale du
1" juillets
Ailleurs les chances étaient devenues tout aussi défavo-
rables à la croisade. L'idée d'envoyer les grandes compa-
gnies en Terre Sainte avait été abandonnée; après l'expédi-
tion en Espagne, les routiers se refusèrent énergiquement à
prendre la croix. Le pape fut contraint de les excommunier
le 2 mai 1366^; une ligue, comprenant tous les États de la
péninsule, sauf les Lombards, dont on espérait cependant le
consentement, fut conclue le 16 septembre, pour les chasser
de l'Italie ''.
Louis de Hongrie n'était pas préparé à partir non plus pour
attaquer les Turcs en Grèce \ Des ambassadeurs hongrois
s'étaient présentés cependant, au mois de mars, à Venise,
pour demander quelques vaisseaux aux dépens du roi. Il
connaissait assez bien l'état de la chrétienté pour ne pas se
diriger vers la Syrie et l'Egypte, où il aurait pu froisser des
intérêts légitimes; son but était de combattre les Turcs qui
dévastaient l'empire de Constantinople, et les galères no-
lisées devaient empêcher seulement, dans les eaux de Satalie,
la retraite des ennemis en Asie". Les vaisseaux furent accordés,
sans nolis, par la République, qui demanda cependant au roi
de respecter ses privilèges dans l'empire grec et de ne pas
attaquer — ravertisscmont devait être donné sous la forme
1. « Et tuis nunciis, qui ad dictam sedem dicebantur venturi de pro-
ximo, long-a spe expectatis » (ibid.). Les premiers ambassadeurs sont
mentionnés d'une manière très vague : « nonnullis personis pro
parte tua » {ibid.).
2. Lettre citée. Le pape ajoutait cependant que des licences com-
merciales avaient été accordées seules aux Vénitiens, qui n'avaient pas
le pouvoir de conclure des traités contraires à l'honneur de l'Église
ou de nature à empêcher le futur passage, « si quod, prestante domino,
fieret in futurum ».
3. Froissart, éd. Luce, VL p. NCiv.
4. Canestrini dans VArchivio storico italiano, 1" série, t. XV, 89-118.
5. « In subsidium imperii Romanie « (Wenzel, o. c, II, 644).
6. « Quod intentio Sue Régie Majestatis erat, habere dictas galeas in
mari paratas ad partes Satalie et ad Buchum (buccam ?) ad turbandum
{sic), quod Turchi non possent descenderede partibusGreciesupraTur-
ciam )) (Wenzel, ibid., p. 644).
— 331 -
la plus délicate^ — les émirs de Palatscha et d'Altologo, avec
lesquels des traités avaient été conclus pendant la révolte de
Crète'. Le roi en remercia le doge par une lettre du 20 juin :
il devait fixer, au temps convenable, une autre place pour le
rassemblement des galères ^
L'empereur grec était à Bude, demandant des secours et
offrant sa soumission complète au pape*; Georges Magni-
carthès, chancelier de Constantinople, et Etienne, évoque de
Nitra, allèrent à Avignon pour s'entendre avec le pape".
Urbain V écrivit une lettre secrète au roi en lui conseillant
de ne pas avoir une confiance trop grande dans les offres du
schismatique; il devait retarder son départ d'une année et ne
lui accorder qu'un secours provisoire (22 juin)^ Quelques
jours plus tard (1" juillet), une croisade contre les Turcs fut
proclamée, d'après la proposition et le plan de l'évêque de
Nitra \ L'empereur fut exhorté à persister dans son dessein ^
une bulle autorisa les prélats de Hongrie à prêcher la croi-
sade dans leurs diocèses ^ Guillaume de Noellet, chantre à
l'église de Bayeux, plus tard légat en Italie, et le frère Ro-
dolphe de Città di Castello furent envoyés en Hongrie dans
ce but (23 juillet) '^
L'expédition ne partit pas cependant. Deux ambassadeurs,
envoyés le 20 septembre, se présentèrent de nouveau à Venise
pour demander que les galères qu'on devait envoyer en Orient
1. « Quanto tibi melius videbitur » (p. 645).
2. « Quod occasione agendorum insuie nostre Crète, sumus ad
presens in treugua cum domino Paiacie et Theologi ("Ayio; Oso'Xoyoç),
quibus nullo modo vellemus defficere fide pro honore et bono no.stro »
(Wenzcl, /. c, lettre du 10 mars).
3. Ilnd., ]). 650. Le nombre des galères devait être de 2 à a; elles
serviraient pendant 6 mois. V. la mention d'une autre lettre du 24 juillet,
« in Lippa » (Banat), ap. eund., l. c.
4. Rinaldi, XXVI, 130.
5. Ibid.
6. Ibid.\ Theiner, Mon. Ilnnq., Il, 73. « Dicto imperatori ac ejus
filiis, reductis ad hujusmodi unitatem, eis intérim de aliqua armigera
gante succurras, si tibi expédions videatur. . . ».
7. Wenzel, II, 648-50; Theiner, Mon. lîung., II, 74-5; Rinaldi. XXVI.
130-3.
8. Rinaldi, /. r.
9. Theiner, ,0. c, II, 76-9. Des indulgences furent accordées à la
mère du roi, Elisabeth, qui lui avait conseillé de prendre la croix {ibid..
75-6). Cf. Chron. Martin., f" 158; 2» Vila Urb. V, ap. Baluze, 1. 405.
10. Wenzel, II, 650-1.
- 332 —
fussent vides [corpora galeanim) ; le roi se chargeait de les
équiper, pour éviter tout conflit entre la République et les
émirs de Turquie \ Cette demande fut acceptée, et un nouvel
ambassadeur devait partir au mois de décembre'. Tous ces
préparatifs n'aboutirent, en fin de compte, à rien.
Ce n'était pas le cas pour l'expédition que devait entre-
prendre Amédée VP. Le comte de Savoie, dont le pape men-
tionnait le prochain départ dans sa lettre du mois de janvier,
avait déjà quitté ses États en laissant la régence à sa femme,
Bonne de Bourbon, et à un conseil (3 janvier)*. 11 partit de
Chambéry dans la seconde moitié du mois de mai, passa quel-
ques jours à Pavie, où il engagea Lucchino dal Verme avec
cent hommes d'élite et assista au baptême de Valentine, fille
de Galéas Visconti, son beau-frère. Puis, suivi par les merce-
naires et par soixante de ses chevaliers, il arriva à Venise
dans les premiers jours de juin\
Des négociations avaient été commencées dans cette ville
dès le commencement du printemps. Le comte demandait, à
ses dépens, cinq galères et deux fiistes, s'engageant à servir
ensuite la République avec ses forces ^ On refusa ses offres;
un second coup comme celui d'Alexandrie n'aurait pas été
agréable aux Vénitiens; on objecta les pertes que la Répu-
1. Ibid., pp. 651-2. Cf. Sanudo, c. 665. Ils demandèrent cinq
galères. Commem., VII, n" 284.
2. Lettres du roi, 6 décembre, dans Wenzel, II, 652-653.
3. Il y eut des négociations entre le roi Louis et le comte: on donna
en sept. 1365 (C. de Pierre Gervais aux Arch. camérales de Turin,
roui. 26) une gratification « messagerie régis d'Ongrie ».
4. Datta, Spedizione in Oriente di Amedeo VI, pp. 243 et suiv. Le
compte de cette expédition, qu'employa Datta, se trouve aujourd'hui
aux Archives de Turin (v. Vayra, Curiosità di Sloria subalpina, IV,
625 et suiv.). Nous en avons tiré des renseignements pour ce chapitre.
5. Datta, 69-79. Cf. Chroniques de Savoyc dans les Monum. Ifist.
Pntrine (de Savoie), Scriptores, I, 300-1. V. aussi les Comptes d'Ant.
lio.rhier, n° 65, an. 1366, 8 juin. — On voit donner le 24 juin une gra-
tification « menestreriis et eyraudo régis Chippri, ex dono eis facto per
dominum in portu de Venuda » {Compte de l'expédition, f° 13). On
envoie le 27 deux ambassadeurs, Galéot de Loyes et l'abbé Jauce, en
Hongrie, à Conslantinople et en Bohême (f" 14).
6. « Et s'offeriva, che, spedita l'impresa sua di dar favor ail' impe-
ratore, manderebbe tutte le sue forze in servitio del Veneto dominio »
(Caroldo, f" 208 v»). 11 aurait demandé, d'après les Chroniques, 40 ga-
lères à Venise, 40 à Gênes et 20 « en Catheloigne et en Provence »
(c. 350-1).
— 333 —
blique avait souffertes en 1365' et son désir de ne plus irriter
le Soudan^ Le pape dut intervenir, le 31 mars, pour amener
le consentement des Vénitiens ^ qui se rendirent enfin aux
prières d'Amédée et à celles du comte de Vertus, fils de
Galéas Visconti, qui l'accompagnait \ Il obtint deux galères
seulement et encore dut-il s'engager par écrit, le 6 avril,
à ne pas attaquer les côtes de la Syrie sans avoir pris l'avis
de la République \ Les ambassadeurs, Gérard Destres, son
chancelier, et Humbert, bâtard de Savoie ^ revinrent avec ces
promesses.
Des ambassadeurs furent envoyés d'abord pour demander
au comte de ne pas entrer dans la ville avec plus de cinquante
soldats et cinquante chevaux, afin d'empêcher des désordres.
■Puis, comme on apprit que sa suite n'était guère supérieure
à ces chiffres, il fut très bien reçu par le doge et son Conseil.
On lui offrit môme de l'argent, à condition de donner en gage
aux Vénitiens l'ile de Ténédos, où il devait prendre ses quar-
tiers pendant le voyage '. Amédée trouva à Venise Hugues de
Chalon-Arlay^ Amé III de Genève et son frère, le comte de
Montfort, le seigneur de Luxembourg et Jean-Thiébaut de
NeufchàteP. Son armée, assez nombreuse, comptait un grand
nombre d'autres chevaliers, Jean de Vienne, devenu ensuite
maréchal de France et tué à Nicopolis, Guillaume de Granson,
Aymon Bonnivard, Louis de Chalon-Arlay et Tristan de
Chalon-Auxerre, son cousin, Chivard de Monthou, Roland
de Vassy, originaire du Bourbonnais, envoyé du roi de
1. Caroldo. f» 208 v°.
2. Arch. du Vatican, 248, f«^ 67 V-S.
3. Même lettre. Le comte avait annoncé son arrivée avec « nonnulli
nobiles et potentes, ejus socii ».
4. Caroldo, Le; Homanin, III, 232.
5. Commem., Vil, n" 258; t. 111, p. 46. Cet engagement fut rendu
au comte à son retour (13 août 1367) (ibid.).
6. Ibid.
1. Caroldo, f^^ 208-9. Cf. Romanin, 111, 232. On proposa d'abord
Gallipoli, qui fut refusé, à cause de sa situation dangereuse. 2,000
deniers lurent donnés ensuite à l'envoyé byzantin. Sur l'arrivée du
comte (réception à Trévise), v. Mem. del passaggio, ms. cité, f" 9.
8. Le vert chevalier, v. Luce, Du Guesclin, p. 420; cf. notes 3, 4.
9. Cliron. de Sav., c. 301-2. Cf. Clerc, Essai sur l'histoire de la
Franche-Comté, II, 157, ap. Chérest. o. c, pp. 344-5. Lesparre se
réunit au comte àPavie,le 27 mai (Arch. de Turin, Viaggio di Levante,
mazzo 2", n" I; Datta, p. 51; cf. App., p. 265).
— 334 —
Chypre en 1364*. Guillaume de Chalamont et le cousin
d'Ame III, Aymon de Genevois, seigneur d'Anihon et de
Varrey', Guy de Pontarlior, maréchal de Bourgogne, les
bâtards de Savoie, Humbcrt et les deux Antoine, Jean « bâ-
tard du Dauphin »''. Des Allemands, des Bohémiens, des
Anglais, sous le commandement de Maurice Lebron et de Guil-
laume, se trouvaient dans l'armée que composaient des sujets
du comte d'abord, les suites des chevaliers étrangers, des
mercenaires et une centaine de brigands donnés par Galéas
Visconti*. Les galères qui devaient faire le passage, com-
mandées par Sarrasin Dandolo, attendaient dans le port. Le
comte partit vers la fin du mois ', après avoir reçu la béné-
diction de l'évêque de Venise (Castello), sur la place de Saint-
Marc, au cri de : « Vive Savoie ! » ^ Il passa par Pola, Raguse,
Modon et Coron', où il trouva, le 19 juillet^ le reste de ses
soldats, sur six galères génoises et quatre de Marseille ^
La flotte, commandée par Etienne de la Baume, se dirigea
ensuite vers Négrepont, où elle se trouvait le 2 août'".
L'entreprise de Candelore avait réussi déjà, et le roi de
Chypre demanda, pour continuer les hostilités, le secours
de celui qui devait partir jadis avec lui". Les intentions
1. Il était au service du comte (^Lettres, f" 145 v), qui l'envoya
plusieurs fois auprès de l'archiprêtre, pour obtenir, sans doute, sa par-
ticipation à la croisade (sept. 1365-févr. 13G6, Compte de P. Gervais,
aux Arch. camérales de Turin).
2. Datta, 47-9 ; Lévrier, Chron. Iiisl. des comtes de Gen., I, 190; Mulctti,
o. c, IV, 199. Le compte porte 89 seigneurs avec leurs suites(Datta, 49-50).
3. Compte, f«« 17, 34, 48, 59.
4. « Johanni clerico, capitaneo centum brigandorum » (Datta, /. c.
pp. 189-90). 80 seulement (^/»p., p. i, n. xlii, 1, ibid.). Galéas paya aussi
le nolis de quatre galères (C. d Antoine Barbier, roui. 65, ann. 1366).
5. Cf. Caroido, f° 209. Lucchino fut déconseillé de partir contre les
« Assyrii » par Pétrarque, son ami : il mourut pendant cette campagne
(v. la lettre de ce dernier au jeune dal Verme).
6. « Tant et sy fièrement, que tout en retentissoit sur la place de
Saint-Marc » {Chron. de Sav., c. 303).
7. Où le comte donna une récompense à Perrin, « fol » (fatuus) de
Hugues de Galilée (Compte, f° 15. Cf. f° 63).
8. Datta, 86-92.
9. Chron. de Sav., c. 303 (v. Comptes des très. gén. de Savoie: paie-
ment fait en 1368, à ceux de Marseille). Des vaisseaux d'Aigues-
Mortes, Chr. de Sav., l. c. Cf. Datta, 60-62 (il ne pouvait pas y avoir
six galères de Venise). Quatre au moins, armées à Venise, apparte-
naient en propre au comte (6'. de P. Gervais, l. c, 1366).
10. Datta, 92.
11. Cf. Mâcheras, p. 99.
— 335 -
du comte avaient été d'abord d'attaquer Turcs et Sarra-
sins', de prendre même Jérusalem, s'il faut en croire les
Chroniques de Savoie^; elles furent changées par la nouvelle
du traité conclu entre le roi Pierre et le Soudant Le comte
s'engagea alors envers le roi de Hongrie (mai 1366) à aller en
Grèce pour délivrer l'empei^eur de Constantinople, son parent,
retenu en captivité par Schischman III, roi des Bulgares.* Il
refusa les propositions de Pierre P^
Enfin les troupes arrivées en retard à Négrepont se
réunirent à l'armée, qui leva « ses bannyères, ses estandars
et ses pennons... tellement que c'estoit belle et riche chose à
veoir^ ». Puis la flotte se dirigea vers Gallipoli (15 août), où
attendait une armée turque assez nombreuse. Elle était arrivée
le 23 et le débarquement se fit avec difiiculté. Les Turcs se re-
tirèrent enfin, en jetant leurs flèches barbelées ^ qui causèrent
de grandes pertes dans l'armée chrétienne. Le premier assaut
ne réussit pas : la garnison jetait du haut des murs des
pierres, des planches enflammées et de la graisse bouillante.
Les chrétiens furent repousses, malgré l'intervention du
comte, qui réussit seulement à rejeter les Turcs dans la ville".
Roland de Vassy fut tué dans cette affaire; Amédée, qui l'ai-
mait beaucoup, le fit transporter à Péra, où il fut enterré avec
de grands honneurs ^
Pendant la nuit, cependant, les Turcs abandonnèrent la
ville, et les chrétiens, qui avaient décidé pour le lendemain
une attaque double, parterre et par mer, furent assez étonnés
de voir la population grecque les appeler sur les murailles ''.
Jacques de Lucerne fut nommé commandant de la ville'".
Le comte arriva à Constantinople au commencement de
septembre. L'impératrice lui offrit de l'argent et deux galères,
1. Lettre du pape du 31 mars, l. c.
2. Chron. de Sav., c. 351.
3. Mâcheras, /. c.
4. Chron. de Sav.., c. 300.
5. Ibid., p. 305.
6. « Leurs sayettes (et non fayeltes) barbelées... » {ibid., c. 306).
7. Ibid. Il y eut cependant une brèche (Datta. 99-100).
8. Datta, 100-101. Cf. p. 188. Il était chevalier de l'ordre du Tollier:
18 blasons avec la devise de l'ordre furent graves sur son tombeau
{ibid.). Sur Gallipoli, Compte de l'expéd., î"" 17, 18, 67.
9. Chron. de Sav., l. c.
10. Datta, 101.
— 336 -
les habitants de Péra deux autres, et il se dirigea vers Me-
sembria, qu'il prit d'assaut; Lassillo, Provato et d'autres for-
teresses environnantes tombèrent en son pouvoir, et, après
avoir délivré l'empereur (21 décembre), pendant le siège de
Varna, le chef des croisés partit avec Paléologue et revint à
Constantinople , où il arriva au printemps de l'année sui-
vante '.
L'expédition eut ensuite une fin malheureuse. Le chevale-
resque^ Amédée, indignement trompé par les Byzantins, fut
contraint de se loger dans la maison d'une veuve de Péra,
ses dépenses ne lui furent pas payées, il dut vendre les gages
de l'empereur et emprunter pour pouvoir revenir^. Avant le
départ pour l'Occident, la prise des forteresses Enneacosia
(14 mai) et Caloveïro montra au monde que la croisade n'était
pas oubliée \ 11 partit de Constantinople le 4 juin, laissa les
malades à Négrepont et revint par le môme chemin à Venise,
où il débarqua le 31 juillet 1367". Son armée fut licenciée,
et il se dirigea vers ses Etats, après avoir présenté au pape,
à Viterbe, les ambassadeurs de l'empereur grec, promettant
encore une fois cette union qui ne fut jamais réalisée''. 11 était
de retour à Chambéry le 10 décembre de la même année \
Comme on le voit, cette expédition n'eut pas non plus de ré-
sultat durable. Gallipoli seul passa des mains des Turcs dans
celles de'l'empereur de Constantinople. Ce n'était pas même
1. Il partit de Sizéboli, le 6 avril (Datta, 139).
2. V. Frolssart, Prison amoureuse, éd. Schéler des Poésies, I, 222 :
Car il est nobles et vaillans,
D'onneur faire aigres et taillans,
Celle grasce li portent tuit.
A treize ans, il combattait dans des joutes à Chambéry (1347). Celles
qui suivirent, en 1348, lui donnèrent, à cause de l'habit qu'il y porta,
le surnom de Comte vert (Cibrario, Econom. polit, del medio evo, II,
fip. 181-5). Sur ses habitudes de luxe, ibid., III, 128. Sa politique ne
ut cependant pas toujours loyale (Guichenon, I, 413; Datta, Sloria
de' principi di Savoia del ramo d'Acaia, 1, p. 320; Muletti, o. c, IV,
212-3 note).
3. Compte de l'expédition, Arch. de Turin, f» 4. Paul, patriarche de
Constantinople, et Frédéric Cornaro lui firent des prêts {ibid., etf° 7).
4. Datta, 142-3. Cf. Chr. de Sav., c. 315.
5. Datta, 155; Compte, î" 65.
6. Datta, 163-8; Rinaldi, XXVI, 152-4. Cf. 2^ Vila Urb. F, ap.
Baluze, I, 407 et Chr. de Sav., l. c. Le comte resta à Venise jusqu'au
8 sept. : il y employa un guide (Compte, f° 79).
7. Datta, 171; Compte, f» 8.
— 3;n —
une croisade : la délivrance de Paléologue fut le but principal
et presque unique de cette expédition, qui ressembla beau-
coup à une équipée'.
Les seigneurs en quête d'aventures n'étaient nullement
satisfaits: beaucoup d'entre eux: un certain « sire de Mar-
seille^ », Archimand de Groslée, Argod de Morestel, le
bâtard Antoine, avec son précepteur Jean de Chalais, Pan-
cerot de Serravalle, Regnaud d'Andelot, Jean et Gautier de
Vienne' se rendirent en Chypre.
Les efforts du pape s'étaient tournés de nouveau vers la
chrétienté entière, qu'il appela au secours du roi de Chypre et
des Hospitaliers, menacés par les Infidèles. Tout d'abord, par
une bulle du 17 août 1366, due à l'intervention de Mézières\
qui lui fît connaître le véritable état des choses en Orient, le
privilège de faire le commerce avec le Soudan fut retiré aux
Vénitiens, aux Génois et aux Catalans. Toute licence était
dorénavant impossible, pendant que la guerre sainte durait
encore, cette guerre qui avait été proclamée par le pape lui-
même'. L'évêque de Castello devait porter cette lettre à
Venise ; l'archevêque de Gênes, les évoques de Barcelone et
1. Le pape lui-même lui avait recommandé, à Avignon, de secourir
l'empereur (Guichenon, I, 418). Peut-être, si le roi de Hongrie quon
attendit vainement se fût réuni à l'expédition, le résultat aurait-il été
autre. Cf. Chr. de Sav., c. 315: «Mon seigneur mon cousin », dit-il
à l'empereur, « n'a pas esté per moy que le terrain que lesTurstenoyent
decza le bras sainct George ne soitconquis. mais a demouver perle roij
de Orif/ric qui devait venir, comme vous sacs. » Deux écuyers hongrois
furent envoyés vers le roi pendant l'expédition (dompte, f" 48). Lexpé-
dition resta célèbre en Savoie. Une tapisserie du xv siècle représen-
tait « l'histoire du conte Aymé qui conquist 'Venise sur les Serrazins »
(Vayra, Le lettere e le arti alla corte di Savoia, n" 557, p. 99).
2. « Domino de Marseillie » (f" 48 du Compte).
3. F"^ 48-59. Deux bouffons do Beriiab») partirent pour Chypre,
en septembre (Compte, f" 74).
4. Arch. du Vatican, 248, f^^ 256-6 v". (v. page 327 et note 6). Il y
est question de l'arrivée des ambassadeurs chypriotes, qui lui annon-
cèrent l'exaspération des Turcs et des Sarrasins, à cause de la prise
d'Alexandrie : ils veulent dépeupler les deux îles et en séduire (indu-
cere seu potius seducere) les alliés. Le doge devait faire des efforts
pour la conclusion d'une paix.
5. Le pape n'exceptait que les vaisseaux qui avaient déjà quitté le
port de chargement ou se trouvaient sur le point de partir (ibid.). Le
cardinal d'Albano, protecteur de Venise, y arriva vers la même époque
(Sanudo, c. 666-7). La bulle a été résumée par Rinaldi, XX'Vl, 137;
une copie parmi les lettres de Mézières, f'" 149-9 v».
N. JoRGA. Philippe de Mézières, 22
— 338 -
d'Elne reçurent des missions pareilles pour leurs diocèses'.
Au mois d'octobre, les demandes de secours devinrent plus
étendues et plus pressantes. Le pape écrivit à l'empereur
d'Allemagne, aux rois de France, d'Angleterre, de Hongrie,
d'Aragon, d'Ecosse, de Danemark et do Pologne, à la
reine Jeanne de Naples, aux ducs d'Autriche et au prince
Noir, pour leur demander d'intervenir dans le drame qui se
jouait en Orient. Après la grande victoire d'Alexandrie, les
combattants du Christ et les athlètes de la foi^ étaient en
danger de succomber. Peu de fidèles étaient accourus à leur
appel et chaque jour le danger devenait plus grand. Les
Turcs et les Sarrasins se sont réunis pour les attaquer ; le
nom du Christ disparaîtra à jamais de l'Orient. Le chemin
qui mène aux Lieux-Saints sera coupé par cette douloureuse
catastrophe, et, à la honte éternelle des chrétiens, tout
espoir de délivrer Jérusalem, disparaîtra. Le pape finissait
en demandant l'envoi de quelques troupes en Orient (6 octo-
bre)^. Dans l'Europe agitée par d'autres querelles, les paroles
du pape restèrent sans écho; pas un prince ne se dirigea
vers la Terre Sainte.
Cependant quelques chevaliers étaient partis vers l'Orient;
ils se présentèrent à Venise, la ville orthodoxe, comme
di^a le pape dans sa lettre, et elle les empêcha de passer
la mer, d'après un ordre antérieur. Le pape en fut indigné,
il écrivit au doge le 15 octobre, pour l'exhorter à révoquer
cette mesure malheureuse, qui pourrait interrompre les bon-
1. Mention dans le même registre des Arc/i. du Vatican, f° 256 v.
2. « Pugiles Christi et athletae fidei Christianae, nonnullorum fide-
lium adnisi auxiiio. »
3. « De aliqua gente armigera velis... celeriter subvenire. » Des
indulgences furent accordées aux croisés. V. la lettre au roi de France
dans les Arch. du Vatican, 248, f"* 159 v-GO etf" 158 (même date proba-
blement, bien qu'elle ne soit pas exprimée), résumée dans Rinaldi,
XXVI, 136-7. Une copie dans les lettres de Méziéres, f" 150 v. La
mention des autres, Arch. du Vat., 248, f"» 160-60 v. La lettre adressée
à Edouard 111 dans Rymer, 111, p. 123. Bosio, traduisant cette circulaire,
qui offre cependant des variantes (comme dans la lettre à Charles V,
où il est question du roi Jean), mentionne celle qui fut envoyée au doge
de Venise (II, 69). Des brefs furent envoyés aux évéques, leur annonçant
la proclamation de la croisade et accordant des indulgences à ceux
qui y contribueront, personnellement ou par leurs biens (bref àlarch.
de Tarragone, Lettres, f" 148 \°). Lettres au roi de Hongrie (Theiner,
Mon. Hung., Il, 83) et au patriarche d'Aquilée (Rinaldi, XXVI, 135-6).
É
— 339 —
nés relations si nécessaires, entre l'île do Chypre et Venise'.
Une autre décision du Conseil intordit bientôt tout com-
merce avec l'île de Chypre : hîs vaisseaux vénitiens ne de-
vaient pas môme porter des marchandises achetées ailleurs.
Des armes, que le roi avaitcommandéos en Occident et qu'on
ciiargeait à Venise, furent retenues, sous le prétexte qu'il n'y
avait pas de procurateur connu, bien que Frédéric Cornaro eût
reçu de la part du roi l'autorisation de le représenter. Pierre I"
s'en plaignit par une lettre du 23 novembre: le doge violait
de la sorte les traités conclus par la République ^ et l'engage-
ment pris récemment envers le pape. Bien que la confirma-
tion des traités avec le Soudan fût nuisible à la croisade, il
avait recommandé sans retard aux vaisseaux qui station-
naient encore à Famagouste, de permettre le passage des
galères marchandes de la République. Son expédition avait
été ajournée pour ne pas irriter le Soudan contre ses amis
les Vénitiens. Il espérait encore la révocation du décret et des
secours qui lui permettraient de continuer ses conquêtes ^.
Ces espérances furent vaines, malgré les insultes que souf-
frirent les Vénitiens de la part du Soudan, vers la morne
époque. Cinq galères de Venise et deux autres vaisseaux,
appartenant aux Catalans et aux Génois, avaient été en effet
arrêtés dans le port d'Alexandrie, sous le prétexte que des
Chypriotes se trouvaient sur leur bord. Un combat s'ensuivit
entre les vaisseaux de la Républi(|ue et les quatre galères sar-
rasines, qui voulaient les retenir'. Les musulmans de Beyrouth
s'émurent on apprenant cette nouvelle : cinquante-huit mar-
chands vénitiens furent enfermés et leurs biens, estimés
1. Arch. du Vatican, 248, f"* 162-2 v. Cf. Mas Latrie. Ih'st. Clu/p.,
11,285.
2. « Conventibus irrite derogatis. »
3. « Quod de facili cum potentia nostra et parte de vestra et illorum
qui cum suis expensis transl'rctabunt, divinoauxilio, necaliomediante,
produci poterit ad eflectum » (Mas Latrie, Hist. Cfi., II, 286-8;
Conimem., Vil, n» '■iOb). Cette prohibition s'étendit à l'ile de Rhodes
par un décret du l"^'' mai 1367 : on se demandait le 6, si un envoyé du
roi de Hongrie, qui devait aller en Orient, « intelligatur de per.sonis pro-
hibitis ire in Ciprum vel Rodura « (Arch. de Venise, Libro Novella,
f" 88 V" ; rép. négative, le 9 mai, ibid.).
4. Commem., VII, n" 302; t. III, pp. 52-3. Plainte adressée, le 18 no-
vembre, par 46 matelots et passagers retenus à Beyrouth.
- 340 —
à 60 mille ducats, saisis'. Des faits pareils eurent lieu à
Tripoli, le 12 novembre ^ On se borna à demander au pape la
permission d'envoyer deux galères à Alexandrie avec des am-
bassadeurs destinés à obtenir l'élargissement des prisonniers
et la restitution de leurs marchandises. Ils devaient traiter
en même temps la paix entre le Soudan et les deux États
chrétiens de l'Orient. Domenico Michiel, ancien capitaine
du golfe, et François Bembo, l'ambassadeur de 1366, se
dirigèrent vers Alexandrie, le 18 février 1367 ^
Malgré tous ses efforts, le pape ne pouvait donc plus
envoyer de secours au roi de Chypre. Il écrivit une lettre
décourageante (22 octobre) à celui qu'il nommait « athlète
intrépide et lion valeureux ». Il avait reçu ses lettres et ses
ambassadeurs, qui lui avaient exposé la situation : il méri-
tait d'autant plus le secours de toute la chrétienté, que son
expédition avait été approuvée par le pape lui-même, que les
commencements en avaient été heureux, et que ses États se
trouvaient en danger. 11 a employé lui-même toute sa puissance
à lui chercher des alliés; des privilèges avaient été accordés;
les rois chrétiens étaient invités à le secourir. 11 avait révo-
qué les privilèges accordés précédemment aux Génois et aux
Vénitiens, qui lui étaient nécessaires cependant et qui souf-
fraient de ces mesures. Il n'y avait qu'un seul moyen pour
échapper à ces difficultés, malheureuses mais fatales : faire
la paix avec le Soudan*.
1. Caroldo, f" 211 v" : « ... per la quai cosa 11 Mori... si sollevarono
et corsero aile habitation! delii mercanti Veneziani, li quali non si
erano ancora ridotti a galera, et li ritennero al numéro di 58 persone,
con le mercantie et robbe loro, par valore di d. GO"™ . »
2. Rapport d'Alvise de Molino, bailli de Chypre (Commem., VII, n" 301 ;
t. III, p. 52). Le roi de Chypre exprima ses condoléances ; il promit de
faire, dans sa prochaine expédition, des captifs assez importants pour
que les chrétiens fussent délivrés, par échange (/. c).
3. « Com etiandio Sua Oeatitudine voleva » (Caroldo, f» 211 v°). V.
les licences du pape pour les deux galères, envoyées dans ce but, dans
les Commem., VII, n" 320; t. III, p. 56 (22 janvier 1367). On demandait
au Soudan le rétablissement des relations, le 29 septembre (Sen.
Misli, 32, fo 86).
4. Arch. du Vatican, 248, f" 148 v»; lettres de Mézières, f" 150 ;
Rinaldi, XXVI, 135 (résumé et citation). Le pape était intervenu, la
même année, auprès du To'\{Arch. du Vatican, 248, f» 77), de la reine
Alix et du primat de l'île (ihid., î" 77 v»), en faveur de Philippe d'Ibe-
lin, sire d'Arsouf {de Azoto), tombé en disgrâce (22 avril) (v. Mâcheras,
î" 99). Il invita, le 23 juillet, Pierre I'"' à payer à l'église de Sainte-Marie
- 3U —
C'était tout ce que Mézières avait pu obtenir à Avignon.
Le pape lui-même, occupé à d'autres projets, désireux
d'aller à Rome, non pour « s'y faire crucifier », mais pour
rétablir en Italie l'autorité pontificale, si ébranlée dans les
derniers temps par les guerres, les brigandages et les ré-
voltes, ne pensait plus à la croisade. Le roi devait faire la
paix, c'était la réponse définitive d'Urbain V qui lui retirait
ainsi sa protection; il n'en obtiendra pas d'autre pendant
son voyage de 1368.
Mézières ne perdit pas tout espoir. Si le pape refusait son
concours, il y avait la chrétienté entière, tous ces rois et ces
princes, auxquels, d'après de nouvelles lettres du roi*, il de-
vait annoncer son expédition prochaine, et son maitre lui-
même, cet athlète du Christ \ que rien ne pouvait séparer de
ses espérances. L'état des Infidèles était trop misérable pour
qu'ils pussent résister pendant longtemps aux attaques des
chrétiens; quelques troupes dévouées de plus et le prince qui
était entré à Alexandrie entrerait bien dans la ville sainte
elle-même^ Le désastre d'Alexandrie avait démoralisé com-
plètement, croyait-il, les Infidèles, Turcs et Sarrasins ; les
émirs égyptiens, désespérant de pouvoir sauver leur pays,
s'étaient enfuis en Syrie, abandonnant les États du Soudan
au vainqueur*. La puissance des Agarènes devait finir, d'a-
près leurs propres prophéties : Perceval de Cologne^ l'avait
d'Arezzo le reste du legs fait par Ange Bertini, ancien amiral de Hugues
\Y (ihid., f" 134).
1. Lettre à Gérard de Dainville, Lettres, fos 146 v"-7 (v. p. 17). La
lettre est évidemment de cette époque : Jean de Sur ne fut chargé
d'aucune mission en 1365 et Gérard n'était plus évô(|ue d'Arras en
1368. V. les expressions sur l'indiflerence des chrétiens et la maladie
du roi (fin de 1366). En outre, Mézières était à Venise et non à Avi-
gnon, à ré])oqne du premier départ du roi (juin 1365).
2. Il est à remarquer que les expressions, comme la précédente et
celle de piiffil CJirisli se retrouvent dans les lettres d'Urbain V et dans
celles de Mézières, qui les a réunies dans son recueil.
3. Lettre citée.
4. Oral.l)'ag..P 195: « Quasi desperati de perditioneEgypti, quidam
admiralii et proceres jjotontes soldani l']giptum et totam Siriam pro
ipsis tutam non reputabant, quinymo usque in Baldacli (Bagdad), civi-
tatem antiquain Caldeorum... fugerunt. »
5. Ce personnage, qui joua un rôle dans la croisade, passa par Chara-
béry en janvier 1368, avec 14 chevaux {Comptes de lexpcdition
d'Amédée'VI, f" 108).
— 342 —
déclaré au roi ; ils n'attendaient pour se soumettre que
l'apparition de cette flotte chrétienne annoncée par leurs
voyants. Rien n'était perdu et l'avenir réservait de grandes
victoires encore au conquérant d'Alexandrie.
Les lettres qu'il écrivit à cette époque respirent une
grande confiance et une grande force d'enthousiasme : ses
pères, les chanoines d'Amiens, doivent prier pour le succès
des armes chrétiennes; une expédition prochaine devait
accroître la gloire du Machabée moderne '. Son frère est
invité à réunir ses prières aux siennes. Le rex lieraldorum,
qui l'avait suivi en Occident, personnage différent de ses
pareils, qui emploie un art mondain pour annoncer la croix en
Occident", allait le visiter; ensuite il devait se diriger ail-
leurs, appelant les grands de la terre au secours de son maî-
tre. Des lettres du roi venaient de lui annoncer son départ
pour une nouvelle expédition, au mois de novembre^; de
nouveaux désastres étaient réservés aux Infidèles.
Il pensa en même temps, pendant ce séjour à Avignon, qui
se prolongea, paraît-il, assez longtemps, à gagner des adhé-
rents pour son ordre de chevalerie. Si personne n'accourait
au service de son roi, l'Ordre de la Passion, cette milice
d'élite, disciplinée et connaissant son but, devait le soutenir.
Il ne tarda pas à écrire son premier livre sur l'Ordre qu'il se
proposait de fonder.
Deux autres ouvrages durent le précéder cependant. Dans
sa Lamentation de Jérusalem sur la négligence des chrétiens,
il déplora l'indifférence avec laquelle ses propositions et
les prières du roi avaient été reçues en Occident, par ces
princes « délicats », inaccessibles aux sentiments élevés et
pieux*. Le traité devait être composé, sans doute, de lamen-
1. Lettre aux clianoines d'.Amiens (f" 144 ; v. pages 27-9 et 27 note 5
de cet ouvrage). Sur la date, v. les expressions qu'emploie son auteur,
en parlant des victoires remportées déjà par le roi.
2. Lettre à Gérard de Dainville, l. c.
3. Pierre partit vers le commencement du mois de janvier 1367
pour l'expédition manquée de Tripoli. V. pp. 354-5.
4. Ms. 1943 de la Bibl. Mazarine, 1" rédaction de l'ouvrage sur
l'ordre de la Passion, f" 20 : « Et ideo causa brevitatis transibo (des
renseignements sur la honte que devaient ressentir les chrétiens pour
la prise de Jérusalem), quia memini me in libelle lamentacionis .Iheru-
salem, de negligencia christianorum lacius scripsisse. » Le livre dut être
- 343 -
tations de rhétorique et de figures belles pour la plupart; ce-
pendant des détails assez intéressants, qu'appelait le but
même du livre, devaient se trouver mêlés aux lieux communs
qui abondent dans les ouvrages de Mézières. Becquet ne le
nomme pas dans son énumération ; peut-être était-il perdu
dès cette époque*. Charles V en possédait un exemplaire,
dans sa bibliothèque du Louvre'.
Le second ouvrage est beaucoup plus considérable : son
étendue, ses qualités littéraires, le nombre des renseigne-
ments historiques qu'il renferme, le placent parmi les meil-
leurs ouvrages de Mézières, auprès du Songé du vieil pèle-
rin. Employé par Rinaldi d'abord, qui en connaissait le ma-
nuscrit \ traduit en français peut-être, dès le règne de Char-
les V*, il fut publié par Henschen, d'après un manuscrit de
Belgique^ dans les Acta Sanctonim^, puis dans une édition
séparée, beaucoup plus riche en commentaires, à Anvers,
enl659^
écrit vers l'année 1366. «. D'anciens inventaires» le mentionneraient
(Kervyn, Froissart. étude littcraire, I, 219).
1. Ou bien se trouvait-il parmi ces « autres ouvrages écrits en latin
et en français », qui, d'après son témoignage, « adhuc extant manus-
cripta in Bibl. Coel. Par. » (Becquet, Elof/ia, p. 103).
2. « Dans la bibliothèque de Charles V se trouvait un ouvrage qui
venait de Mézières. Il avait pour titre : Lamentatio super (sic) Jheru-
salem de negligentia christianorum » (Froissart, éd. Kervyn, XV, 377).
C'est la ville de Jérusalem elle-même qui se plaignait, parait-il, de
cette négligence. V. le catalogue de Gilles Mallet.
3. Il cite parfois dans le tome XXVI les Gestn Ms. S. Pétri Tkoni.
ex Phil. e Mazeriis (pp. 95-6, etc.), ainsi que l'édition de Henschen.
4. Inventaire de Gilles Mallet, n" 208, p. 45 : « Un livre à une che-
mise blanche de la Vie et des Miracles de frère Pierre Thomas, jadis
carmelistre et patriarche de Constantinople, à n fermoirs d'argent
csmailliés. » Etait-ce une traduction?
5. « E\ Mss. Belgicis anohis erutam »(éd. séparée, préface). Elle fut
tirée d'un ms. de la chronique du prêtre Thierry de Gorkum. où elle
se trouvait après la mention de son nom (« Petrus Thomae, Carmelita,
praefuit patriarcha anno Domini MCCCLXVI ») et une histoire de
l'origine (le Constantinople, de ses empereurs et patriarches, sous le
titre de: « Originalis legcnda B. Pétri Thomae. ])atriarchae Constanti-
nopolitani compilata a domino Thoma (s/f) de Manseriis cum
miraculis ejus » (procès-verbal de Jean de Cosenza).
6. Janvier, 11 (29). pp. 995-1022.
7. Vila S. Pétri Thomasii ex Ordine Fralrtim B'""' Virr/inis, etc.,
seripta ah ociilato leste Philippo Mazzerio. Cancellario Ci/pri. et a
Godefrido Ilenschenio socielatis Jcsii illustrata, .\ntverpiac apud Jaco-
bum Meursium, anno MDCLIX, in-12. C'est la nova edilio, dont parle
le père Daniel dans la préface de Carmesson. Le livre, enrichi de notes
— 34'i -
La Vie de Pierre Thomas, divisée originairement en deux
livres, fut écrite par Philippe de Mézières, aussitôt après la
mort de son ami. La perte est récente pour lui, dit-il, il en
languit encore ; le ton général, qui règne dans le récit,
montre aussi que les deux dates durent être assez rapprochées.
Cette vie s'arrête brusquement après l'enterrement du saint
dans l'église des Carmes, sans donner de renseignements sur les
miracles opérés sur son tombeau ni sur la conservation mira-
culeuse de son corps. Philippe n'aurait pas manqué de men-
tionner ces événements, si glorieux pour son ami, si la Vie
avait été écrite après la fin du mois d'avril, quand commença
l'enquête sur les miracles. Aussitôt après le 8 mai, Mézières
fut trop occupé par les négociations avec les Sarrasins et
l'expédition de Candelore,pour pouvoir composer un ouvrage
de cette étendue, et une phrase, au commencement de la pré-
face, montre que le chancelier se trouvait encore en Chypre '.
Ses sources étaient excellentes ; le prélat lui-même lui
avait raconté, pendant ses longs entretiens, son enfance, le
miracle de la Vierge qui le sauva de la pauvreté, ceux de la
pluie qu'il appela par ses prières, à Cahors et de la quête qui
rapporta un millier de florins à son couvent. Il hii devait
encore le récit du miracle d'Achaïe, de l'apaisement de la
mer entre Chypre et Rhodes et beaucoup d'autres, qui échap-
pèrent par malheur, dit-il, à sa pauvre mémoire ^ Des per-
sonnes dignes de foi, comme Bérenger Grégoire^ et d'autres
encore*, lui avaient raconté des anecdotes sur le saint. Puis,
après l'expédition de Satalie, les détails deviennent plus pré-
cis et plus nombreux, Philippe ayant été depuis cette époque
l'ami et très souvent le compagnon du prélat. C'est aussi la
et documents, fut dédié aux supérieurs de l'ordre des Jésuites réunis
en concile (8 mai 1659).
1. « Et ne tantum lumen, temporibus nostris exortum, in istis par-
tibus orientalibus, in regno Cypri, sub modio abscondatur « (995).
Cf. « cujus amore langueo » (ibid.). Becquet la croyait écrite en 1368
(p. 103), Lebeuf avant 1370 (/. c.XVI, 221). Cf. Oudin, Commentarium
de script, ecclesiaaticis, III, 1127; Siipplem. ad Bellarminum. p. 637.
Sur la division primitive, Vossius, De hisloricis lalinis, Lyon, 1651,
p. 528; Possevin, Apparatus sacer, éd. de Cologne, II, 279.
2. Vila, 995.
3. Vita, 1004.
'i. Ibid., 995.
— 345 —
partie qu'il traite avec le plus d'amour, la croisade se confon-
dant, à partir de ce moment, avec la biographie même de
Pierre Thomas. L'ouvrage gagne un intérêt autobiographi-
que qui serait plus grand encore, si Mézières ne s'effaçait
modestement devant la figure douce et pieuse de celui qu'il
appelle son Père.
Le style, assez incorrect souvent, devient d'une beauté
singulière et d'un enthousiasme communicatif dans ces der-
nières pages de la vie du légat. Le récit de l'expédition d'A-
lexandrie, avec tous ces efforts préliminaires, si difficiles et
si malheureux, avec la joie du départ, à Rhodes, au milieu
des trompettes qui sonnent sur les galères et des étendards
qui s'élèvent, avec la désillusion douloureuse du retour, est
un des plus beaux morceaux de la littérature latine de cette
époque. La mort du prélat à Faraagouste et le discours final,
qui ressemble assez bien à celui qui se trouve dans ses lettres
et qu'il prononça peut-être, montrent aussi la manière élo-
quente dont écrivait ce soldat. La Vie de Pierre Thomas,
avec ses longueurs et ses miracles, n'est pas du tout une
œuvre « humble et médiocre », ainsi que le croyait Wad-
ding : c'est un très beau livre de propagande pour la croisade
que Pierre Thomas représenta pendant de longues années, en
Occident, et dont l'insuccès amena sa mort\
Son premier appel aux chrétiens fut écrit bientôt après,
1. « Ilumilem tamen et valde diminutam. prout illa aotas ferebat. »
Puis il ajoute : « Ego, sordibus diiutis et exuta senecta, feci noviorem,
auctiorem.. . . » {Vila P. T/iomae, Introd. ad lect.). W'adding. qui fut
amené par le hasard à écrire cet opuscule — il voulait composer une vie
de Pierre l'Allemand {Theotonicus), i)rédéccsseur à Patti de Pierre
Thomas — a rassemblé cependant beaucoup de documents relatifs à
son personnage. Le P. Daniel publia aussi en 16.59 un Epitorne Vilae
S. Pétri T/iomasii... et scala virlultiiii (Anvers, Meursius, in-12, 31 pp.
et un index). Le même édita la Vita S. Pétri T/iainae. patriarchae
Cimstanlinopolilani, Icgali aposlolici. c.r ordiiie B. Virg. Marine. . .
scripta ab annis trecentis per fi. P. Carmessonium. in S. Pagina ma-
gislruni ac Fl\ minorum Terrae Saitriae mi/tistrum. mine démuni
primum prodit, Anver.s, Marcel Parijs, 1666. in-r2, avec un appendice
de documents empruntés à l'ouvrage de Henschen, Le traité de Phi-
lippe sur la l^résentation, bien qu'annoncé dans le titre et la préface,
ne s'y trouve pas. Mézières (nte la vie écrite par Carmesson dans son
Oratio traged., {° 196 : « Miracuiis... atestantibus, prout in legenda
sua scripta manu magistri .lohonnis {sic) Carmesoni, solempnissimi
in theologia doctoris... lucidius apparot. » Klle ne contient que bien peu
de faits nouveaux (p. 'il) et emprunte parfois à Mézières des expres-
sions (Mézières, 998 = Carmesson, 32; Méz., 997 =z Carm., 32,
— 340 —
pendant ce second voyage en Occident. Après avoir dentiandé
vainement le secours du pape, Philippe avait commencé ses
pérégrinations à la recherche d'alliés pour son maître. Il
visita, peut-être, les pays méridionaux : l'Aragon, où régnait
le parent de son roi, la Castille, où Henri de Transtamare
avait remplacé son frère, peut-être le Portugal aussi ; des
voyages en Italie seraient possibles encore. Il eut à souffrir
des privations et des dangers : peut-être est-ce à cette épo-
que qu'il tomba aux mains des pirates qui allaient le jeter à
la mer pendant un naufrage, et qu'il passa quelques jours
dans une ile déserte, ayant pour seule nourriture un morceau
de pain sec, qu'il trempait dans l'eau de la mer, et des racines'.
Pendant que le roi combattait en Orient, à Tripoli, à Lajazzo
et ailleurs, Philippe employait tous ses efforts à gagner les
princes de l'Occident pour la cause de la croisade. Il ne
réussit pas.
Mézières était de retour à Venise le 19 août 1367, quand
on rencontre encore un des renseignements, si rares et si
précieux, sur sa personne. Gérard Destres, chancelier de
Savoie, paie un ducat au gondolier qui ramena le soir à son
hôtel le comte qui avait soupe avec le chancelier de Chypre^.
On trouve aussi, parmi les gens de l'hôtel d'Amédée VI se
trouvant à Pavie le 16 novembre suivant, un « bâtard de Mé-
zières » qui pourrait bien être le fils naturel de Philippe \
Méz., 995 z= Carm., 2) et même la lettre de P. Thomas à Fempereur
de Constantinople. que Philippe publia d'après une copie fournie par
le prélat (Méz., i^^ 30, 31, 32). Elle est cependant contemjwraine
(« diebus istis novissimis «)• La Bibl. nat. en contient deux mss.. les
nos lat. 17641 (f'" 61 et suiv.) et 5615. Ce dernier porte le nom de Jean
de Faventia [« religiosus vir, frater .lohannes de Favencia, ordinis mino-
rum, gardianus conventus Paffi, ratione miraculi sibi per sanctuin lega-
tum ostensi (cf. Carmesson, aux miracles) composuit »]. On a accepté
trop facilement l'attribution (Wadding, Vila, 65; Baillet. ap. Lebeuf,
XVI. 222; Possevin, Gros, Willot, etc.). Ainsi que le soupçonnait déjà
le père Daniel (introd. à la Vie par Carmesson, p. 106, note e), ce
n'est que la Vie due à Carmesson (et non son discours, Lebeuf, /. c,
p. 222); la comparaison des mss. est décisive : il n'y a que des mi-
racles de l'année 1366 de plus.
1. Contempla tio hore mortis, f" 199 v°.
2. « Liberavit ibidem (Venise, le 19 août), dicta die, manu dicti do-
mini, quem dominus dédit cuidam homini. qui dominum aduxit supra
unam bargam de domo cancellarii régis Chippri. ubi cenaverat — .i.
ducatus auri » (Compte de l'expédition d'Amédée VI, f" 66).
3. « Bastardi de Mezieres » (ibid., f" 96).
- 347 —
Le chancelier était à Venise le 16 septembre encore, quand
le Sénat lui permit de partir pour l'ile de Chypre, malgré les
prohibitions existantes. 11 avait avec lui environ vingt per-
sonnes et venait de terminer son voyage à Avignon et aux
Cours des princes chrétiens de l'Occident \ 11 est bien pro-
bable qu'il revint en Chypre pour annoncer au roi le résultat
de ses efforts.
Ce fut à Avignon, à Venise ou en Chypre, pendant
l'année 1367 encore^ ou en 1368, qu'il écrivit l'épître aux
chrétiens et la préface de la règle de son ordre '.
La chrétienté était plus corrompue que jamais, la Passion
du Christ, qui les avait rachetés tous, était oubliée depuis
longtemps. Si un Juif leur avait montré la voie du salut,
ils lui auraient gardé quelque reconnaissance, tandis qu'on
passait auprès du Christ, avec ignominie, comme devant une
statue. Dieu avait puni et punissait encore ; des guerres, des
famines, des épidémies et enfin, la plaie la plus douloureuse,
la perte de Jérusalem s'étaient abattues sur les coupables.
Cet état de choses ne pouvait durer ; autrement la terre elle-
même s'ouvrirait pour les engloutir, comme Dathan etAbiron.
La chrétienté devait se reconnaître, il lui fallait un miroir.
1. « €um fuerit dubium, si egregius vir, dominus canzellarius régis
Cipri, qui fuit ambaxiator ad dominum papam et ad alios dominos
potest reverti in Ciprum ad domum suani, cum comitiva sua, que est
cii'ca pcrsonas ..\\., pro parte ca])taiii inajori consilio 1367, primo maii,
et consiliarii sint diverse oppinionis, vadit pars per modum declara-
cionis, si vidctur vobis quod ire possit vel non... » {Libro Novella,
fo 108).
2. Après le combat de Tripoli (septembre 1367), qu'il mentionne
(fo nj V"): « Sed etcivitatem antiquam Syrie, Tripolim, et alias civitates
et castra quam pluriiria inimicorum fidei viriliter del)ellavit » et même
après le mois d'octobre, quand cette nouvelle arriva en Occident; peut-
être aussi après le départ du roi, bien que ses plaintes contre la chré-
tienté occidentale ne soient pas une raison. Il pouvait en être sulli-
samment mécontent, même avant l'arrivée de Pierre 1«'' (cf. Molinier,
art. cité des Arch. de l'Or, lai., 1, 339). Une date plus certaine est
donnée par l'ouvrage lui-môme : « Fere viginti anni elapsi sunt,
a quo teinpore benignus Jhesus, sicut pie eslimo, circa religioneiu
istam cor meum inflammavit. . . » (f" 9 v"). Il en eut la première idée
en 1347.
3. Cette première rédaction est composée d'une « Prefacio seu quod-
dam compcndium régule militaris Passionis .Ihesu ('hristi », puis de
r « Epistola in prcfacione régule militaris Passionis Jhcsu (.'hristi,
de motivis clare concludentibus, etc. » Les deux se trouvent dans le
ms. 1943 (ancien 1056) de la Bibl. Mazarine. La préface occupe les
— 3'j8 —
un miroir vivant, dont le plomb serait le corps et le verre
l'àme. Le feu de la charité devait réunir ces parties. Ce mi-
roir c'était son Ordre de la Passion, qu'il avait conçu depuis
vingt ans déjà et qu'il n'avait pas encore annoncé aux chré-
tiens, ainsi qu'il devait le faire '.
Il fallait en effet un Ordre nouveau pour remplacer les au-
tres, dont l'enthousiasme avait disparu, qui n'avaient plus la
sève de leur jeunesse. Cet Ordre réunira tous les états: les
nobles fourniront le chef et les chevaliers; le clergé, le pa-
triarche et ses suffragants ; les bourgeois les frères; le menu
peuple ^ les servants. Ses membres s'engageront à observer
quatre vœux : ceux de pauvreté, de chasteté conjugale (le
mariage était permis, eu égard au climat chaud de l'Orient
et aux facilités que cette autorisation apporterait à l'enrôle-
ment) \ d'obédience et de perfection complète [summe perfec-
tionis). Grâce à cet Ordre, la mémoire de la Passion sera sans
cesse renouvelée; des cadets de famille ne courront plus les
routes avec les grandes compagnies * et l'état de la chré-
f"* 1-16, numérotation spéciale (le ms. commence par un « Liber de
penitencia », dû à Jean de Dambach, dominicain du xiv^ siècle {Arch.
Or. lai., I, 3;{8), l'épître suit jusqu'au f" 44). Le ms. appartenait aux
Célestins de Paris : on y voit des corrections, dues peut-être à l'auteur.
Une traduction française se trouve dans le ms. 813 du fonds Ashmole,
à la Bodléienne d'Oxford (J°^2 v"-18,oti commence le prologue de 1384).
Ecrite vers la fin du xiv^ siècle, elle appartenait à William Howard,
un des partisans de l'Ordre, plus tard. L'auteur l'envoya en Angle-
terre, à l'époque de la rédaction de son Iroisième ouvrage sur la che-
valerie, en 1396 (cf. f" 2 : « Philippe de Maisières, indigne chancelier
du petit royaume de Chipre jadis apclé). On y trouve la traduction
du prologue de 1384 (^-^ 18-27) et la « substance de la règle de la che-
valerie de la Passion de Jhesus-Crist » (f" 30), ainsi que « l'oroison
briefve » (f'^ 32) : c'était donc un recueil complet de ceux parmi les
opuscules relatifs à l'Ordre, qui suffisaient pour en donner une idée
précise. Le ms. 865 de la même bibliothèque est la copie, faite par le
secrétaire d'Ashmole, du ms.813 [Vépilre^e 1367 occupe les f"'* 389-430).
— Des fragments notables du ms. de la Mazarine ont été publiés par
M. A. Molinier, dans l'article cité.
1. « Insuper... pluries proposui vitam matris mee .s. regulam...
scribere et in lucem producere, sed peccata. . . digne me prohibue-
runt » (f" 10). 11 a répété: « cum corvo: cras cras » (f' 3 v°).
2. « Status rusticalis et manu operantis » (f" 4 v»).
3. 11 citait à l'appui la vie des patriarches. La corruption avait amené
la décadence des autres ordres (f" 9).
4. « Namque peccatores homines armorum et societates hodie effun-
dentes sanguinem christianorum in viam perdicionis, quasi ad nup-
cias ambulantes, ac nobileset ignobiles secundos genitos, modicam aut
nullam partem in hereditate patris habentes, secundum legem regio-
— 349 —
tienté deviendra meilleur par leur exemple. Les chrétiens
de l'Orient, ceux qui étaient tombés déjà sous le pouvoir
des Turcs et ceux qui combattaient encore, Chypriotes,
Hospitaliers et Grecs', seront secourus, la Terre Sainte re-
prise et conservée, la vraie foi répandue parmi les nations
infidèles et schismatiqucs et l'Église romaine aura des dé-
fenseurs contre les hérétiques, les rebelles et les tyrans ^
C'était le but sextuple de cette fislula altisonans \ qui de-
vait prendre le nom d'Ordre de la Passion*. Il sera lui-
même aidé dans cette tâche par la Vierge Marie, l'étoile
de la mer, la lune sans éclipse, la protectrice spéciale de son
armée''.
La préface donne des détails très précis sur l'organisa-
tion de l'Ordre. L'armée devait s'établir en Orient, sans
penser à revenir jamais dans les pays de l'Occident. Elle
aurait des biens, comme jadis l'Église primitive, sans que
ses membres violassent cependant leur vœu de pauvreté ^ Un
chef unique, le prince, était à la tête des chevaliers et de
leur suite'': un conseil de dix, plus deux consuls, devaient l'as-
num, jam expertes in armis, ista religio... bénigne suscipiet. »
C'était, on le voit, le renouvellement des projets du pape et de l'em-
pereur sur la participation des grandes compagnies à la croisade, seu-
lement le but de Mézières était plus élevé et plus large : il ne voulait
pas se débarrasser seulement des compagnies, mais les amener à une
meilleure vie, sauver leur àme et amener ensuite ces soldats convertis
à la conquête de Jérusalem et de la Terre Sainte (f" 1 v).
1. « Unum videlicet quod ab Agarenis die noctuque debellatur, sicut
sunt Ciprienses, llospitalarii, Greci, et alii eis adhérentes, et, nisi afra-
tribus suis occidentalibus eis cito subveniatur, amen, amen dicendo,
dcstrucntur et nomen domini Jhesu de partibus orientis, heu ! delebitur,
quod absit (cf. la circulaire du pape): jam jam major pars illarum na-
cionum fidem Christi dereliquit, sicut imperium Grecorum, regnum
Arménie, regionesque alie, numéro non pauce. . . » (f"* 19-19 v").
2. « Ut fidem catholicam etecclcsiam saiictam Uei romanam pertur-
bantibus, sicut hereticis et sismaticis, si occurrerit, resistatur » (f° 18).
(^f. f° 1 v°: « ista religio ad unguem regulata... sufticiens et potens erit
ad extirpandum in via sua tirannos et rebelles ecclesie, perturbantes
pacem ipsius ecclesie romane ».
3. F° 19.
4. V. sur ces buts, f»* 1-1 v» (Préface); 17 v»-23 (Épître).
5. « Filiis tuis specialissimis » (f" 14).
6. « Civitates, castra, terras, fortalicia, aurum. argentum et omnia
bona temporalia. . . semper tamen in communi rcligionis » (f" 6).
7. Ce devait être probablement le roi de Chypre, bien que l'idée ne
soit pas exprimée. 11 paraît que Mézières ne pensa que plus tard à
l'oleclion du chef.
— 350 —
sister dans ses fonctions'. Los provinces seraient adminis-
trées par des présidents, des vice-présidents {présidentes
medioa^es) et des châtelains ^ Un patriarche \ avec des arche-
vêques et des évoques, devait prier pour la communauté
pieuse et guerrière, qui se renouvellera sans cesse, sans
quitter son poste de combat. Les enfants des chevaliers du
Christ succéderaient à leurs pères.
Suivent les renseignements sur le costume. Les chevaliers
devaient porter, sur une chemise de lin et un « jupon », des
tuniques de couleur claire, à croix rouge, descendant au-delà
des genoux, des ceintures de soie ou de cuir, aux agrafes de
corne ornées d'orichalque, des bottes noires sans ornement
et des capuces rouges. Les frères porteraient sur le môme
habit une croix plus étroite et des franges* noires ; leurs ca-
puces seraient de la même couleur que la tunique. Les ser-
vants enfin auraient une grande tunique ou jupon, à ceinture
étroite et une épitoge comme celle des écoliers de Paris. Des
détails étaient donnés ensuite sur le vêtement des clercs et
celui des femmes, soumises elles aussi à la règle; sur le vê-
tement du prince et sur les habits de cérémonies. Ils ne sont
intéressants au reste que pour l'histoire du costume ^
1. « Duo magni consules » (f» 7 v°). Ses autres t^rands dignitaires
étaient : le grand connétable, le grand chancelier, le grand maréchal,
le grand amiral, le grand trésorier, le grand proviseur, le grand advo-
catns, le grand procureur, le grand modérateur et le grand justicier
(f" 7 V").
2. « Et taies ultimi (ceux qui commanderont 1-4 soldats) voca-
buntur castellani » (f" 8) ; les présidents mineura en commanderont
12 ou 6, les autres vice-présidents 24 ; les présidents auront sous leurs
ordres 4, 5, 8 ou 12 de ces derniers.
3. Le patriarche, maitre in sacra pagina, était le « patron spi-
rituel » de Tordre (f° 8 v).
4. « Frizellus. » Les tuniques devaient être rouges, vertes, écar-
lates, céleslines ou « bleu clair » (f° 26). Le manteau du prince est
blanc, ainsi que l'habit de fête des chevaliers.
5. Un très long chapitre « de habitu et ve.stiraentis militum religio-
sorum sancte milicie ac ipsorum uxorum » est consacré au vêtement
(f"* 24 et suiv.). La traduction d'Oxford contient, au commencement,
des dessins contemporains qui représentent : deux chevaliers, un
autre chevalier, une dame, un « chevalier avec les armes de la reli-
gion », la « banière commune de la religion » et « les armes », le
drapeau, le bouclier. Des copies à l'encre noire dans le ms. 865
(£"■* 377-87). Ashmole a reproduit ces figures dans son livre sur l'ordre
de la Jarretière (The institution, laivs and cérémonies of Ihe most
noble order of Ihe Garter, London, 1632). Hélyot donne deux gravures
(chevalier, chevalier en armes), dans son Histoire des ordres monas-
— 351 —
L'armée organisée de cette manière ' devait faire mira-
cle. Les princes délicats pouvaient dormir et festoyer ^ la
honte de la chrétienté serait lavée cependant. Un soldat du
Christ chassera mille Infidèles, deux en chasseront dix mille '.
Jérusalem deviendrait peut-être encore une fois un royaume
des fidèles'*.
Comme on le voit, le projet n'était pas très original dans
son idée première. Charles de Sicile avait proposé déjà de
réunir tous les ordres dans un seul, sous le commandement
d'un chef unique, le futur roi de Jérusalem'. Hajton déve-
loppa ce projet: un fonds commun serait formé par des con-
tributions fournies par les fidèles, le vendredi, jour de la
Passion; par le produit dos testaments, des bénéfices pour
une année et des prébendes ^ Le roi de Jérusalem comman-
derait le nouvel Ordre, qui serait soumis à la juridiction du
pape et ne devrait quitter jamais la Terre-Sainte''. Enfin, on
retrouvait dans le livre du seigneur arménien, cette idée de
convertir, par l'Ordre modèle, les renégats d'abord, puis les
Infidèles mêmes, Kourdes et Bédouins^
Ce qui appartenait en propre cà Mézières, qui devait con-
naître le livre de Hayton, était l'organisation détaillée de cette
armée de la croix, organisation faite avec beaucoup d'ingé-
niosité et de sens pratique, et ensuite la vulgarisation d'un
projet qui n'avait été présenté jusqu'alors qu'en passant et
dans des traités qui ne se répandirent pas trop dans le monde
tiques, t.VIII.ch. f.xix, pp. 429-33. Bar ajoute aux figures qu'il emprunte
à Ashmole celles du chevalier servant, du frère servant (sic), de !'« hos-
pitalière de l'ordre » {Recueil des costumes des ordres religieux et
militaires, t. 111, Paris, 178'»). Ces figures paraissent fantaisistes, com-
parées aux indications de ÏKpltre.
1. Ll'! pitre renvoie, pour de plus longs renseignements, à la règle
elle-même: (« prout in régula clare declarabitur », « in régula clarius
declarabitur ») qu'il écrivit, paraît-il, plus tard.
2. « Ipsis ad propria remanentibus, quia delicati sunt » (f" 1 v°).
Cf. f" 20 V".
3. « Unus illorum mille Thurcos et Tarthros persequetur et duo x™
Sarracenos » (f" 20 v").
4. « Terram sanctam liberabit ac in posterum firmi.ssime retinebit »
(f" 17 vo).
5. Bibl. nat. fr. 6049, f" 186.
6. Ms. de la morne bibliothèque, f"^ 37 v°-8.
7. Ibid., fo* 38 vo-9.
8. Ibid., f"' 39-9 yo.
— 352 —
chevaleresque. Mézières consacra à cette œuvre sa vie entière,
il propagea cette idée par la parole et par la plume, employa
tous ses efforts et toute son habileté pour la réaliser. Chaque
circonstance favorable le trouvait prêt à agiter de nouveau
l'idée de son Ordre, destiné à rendre de si grands services
à la croisade. Il ne réussit pas malheureusement : le peuple
était depuis longtemps indifférent k la croisade, les seigneurs
cherchaient des aventures plus faciles ; cette vie de moines
guerriers, avec une discipline de fer et des mœurs patriar-
cales, sans gain et sans gloire, leur répugnait. L'armée de
Mézières, ces véritables légions du Christ, ne s'établit jamais
dans les plaines de la Syrie, majs c'est un beau spectacle,
dans ce xi\'' siècle, si léger et si barbare encore, que celai
de cet homme pieux poursuivant avec persévérance la réali-
sation d'un projet, auquel jamais il ne renonça.
CHAPITRE XI.
DERNIERS COMBATS DE PIERRE I"^ — SON VOYAGE EN OCCIDENT
ET SON ASSASSINAT.
Pendant que Mézières employait tous ses efforts en Occi-
dent pour soulever encore une fois la chrétienté indifférente,
la guerre avait recommencé en Chypre, malgré les négocia-
tions qui interrompirent momentanément les hostilités.
Ainsi que l'avait promis le Soudan , les deux ambassa-
deurs sarrasins, Toqboghcà et Nasareddin, revinrent en
Chypre pour demander au roi la restitution des captifs.
Pierre admit leur demande, bien qu'il ne les ait pas envoyés
tous au Caire, ainsi que le croit Mâcheras'. Guillaume
Terras (?) et Paul de Bologne s'embarquèrent ensuite sur
une galère et se dirigèrent vers l'Egypte ^
Pendant ce temps, des changements importants s'étaient
produits dans les idées d'Yalboghà ; peut-être fut-il trompé
par la trop grande bienveillance du roi, qu'il croyait réduit à
la dernière extrémité. Quand Paul de Bologne — son com-
pagnon, malade, était revenu en Chypre — se présenta au
Caire, il fut emprisonné (octobre 1366). L'émir se montra
irrité qu'on lui eût fait porter les lettres du roi par des
gens de si petit état et qu'on lui ramenât un si petit nombre
de captifs. La galère chypriote fut attaquée, ainsi que les
vaisseaux vénitiens^ qui se trouvaient dans le port d'Alexan-
drie, et parmi lesquels elle s'était réfugiée * ; les marchands
1. 50 Sarrasins furent confiés seulement aux ambassadeurs, qui
devaient promettre la délivrance des autres après la conclusion de la
paix(Cf. IbnKhâdi Schuhbah, f" 182, ap. Weil, Ge6'c/i?W«/e r^e/- C/ta/Z/eu,
IV, 514, note 1). C'est ce qui arriva en 1368.
2. Weil, /. c.
3. Les vaisseaux étaient venus pour traiter sur la liberté de faire
le commerce et de visiter la Terre-Sainte. Ibid.
4. V. pp. 339-40. Voyez sur le secours du comte de Savoie, que le roi
demanda, par le chevalier Pierre de Levât (?), Mâcheras, 99 et p. 334.
N. JoRGA. Philippe de Mézières. 23
— 354 —
de Beyrouth emprisonnés. Une mission catalane, à laquelle
le roi avait adjoint de nouveaux ambassadeurs, ne réussit
pas. Ils revinrent à Famagouste le 26 novembre. La flotte
royale devait partir bientôt vers un but inconnu ; une mala-
die de Pierre I" empêcha l'expédition. Il n'obtint sa gué-
rison qu'au commencement du mois de décembre, grâce à
l'intervention des saints Cyprien et Justine, dont il visita
les reliques à Meniko^
Une grande flotte s'était rassemblée à Famagouste, la plus
grande après celle qui avait conquis Alexandrie. Elle comp-
tait 123 vaisseaux ^ dont 56 galères^; les Hospitaliers en
avaient envoyé quatre. Lesparre, récemment venu de l'Occi-
dent \ Brémont de la Voulte et Philippe d'Ibelin, revenu en
grâce auprès du roi^ se réunirent à l'expédition. On remar-
quait, parmi les autres chevaliers : Jean d'Ibelin, comte de
Jaffa, et son homonyme, sénéchal de Jérusalem, le seigneur
de Rochefort, arrivé avec Lesparre, Simon Thénouri, maré-
chal de Jérusalem, Jacques de Norès, turcoplier de Chypre,
Raymond Visconti, Jean de Moustry, amiral de Chypre, Pierre
Malosello, chambellan du roi, Jean Grimaldi*^, Huguet et
Guy de Mimars^ Lascaris Calophéros, et d'autres encore.
Des Napolitains ^ la suite de Jean de la Rivière ^ la compa-
gnie de la sainte Vierge' et celle de l'archevêque de Nicosie
s'embarquèrent aussi sur la flotte, qui partit, sous le com-
mandement du roi, un dimanche, le 17 janvier 1367'
10
1. Machaut, p. 130 : « pour ce qu'il estoit grans yvers ». Cf. Mâche-
ras, p. 24. Le roi bâtit ensuite, d'après Amadi, une nouvelle église à
Meniko et fit argenter les têtes des deux saints.
2. Chiffre donné par Machaut, 130. Mâcheras compte 116 vaisseaux
(p. 101).
3. Mâcheras, l. c.
4. Ibid., p. 99.
5. Mâcheras nomme Jean d'Ibelin : il serait resté en France, après
le départ du roi de Venise. Il faut lire probablement Philippe, le
seigneur d'Arsouf se trouvant dans l'armée royale pendant cette
expédition.
6. Revenu d'Occident avec .lean de Sur, le 22 septembre (Amadi,
417). Grimaldi serait, d'après Mâcheras, un Aragonais.
7. Mâcheras cite « la galère napolitaine ».
8. TElixXri^iépz, p. 101. Cf. pp. 278, 306.
9. T'^ç uTîEpayi'a; ©soxoV.ou.
10. Mâcheras, variante du ms. d'Oxford ; celui de Venise donne le
7 décembre, qui n'était pas un dimanche (p. 102).
— 355 -
L'expédition était arrivée assez loin, quand elle fut sur-
prise par une grande tempête qui dura cinq jours et cinq
nuits'. Les vaisseaux furent dispersés, le roi fut jeté sur la
côte de Chypre, tandis que Lesparre prenait le port de Tri-
poli, où il attendit vainement, pendant douze jours, le reste
de la flotte. On revint à Karpasso, où les quelques vaisseaux
de Tripoli rejoignirent les autres, avec le butina
Cette entreprise, bien qu'elle n'ait pas réussi, causa quelque
émotion en Egypte. Le roi de Chypre n'était donc pas perdu,
il pouvait se défendre encore et même attaquer. Deux
émirs, Homar-el-Seyffy et Nasareddin ', accompagnés par un
cadi, arrivèrent en Chypre, avec une suite de quarante Sar-
rasins, pour recommencer les négociations.
Paul de Bologne conduisait ces nouveaux ambassadeurs,
qui débarquèrent à Saint-George de Dadas*, vers le mois de
février environ ^ Ils avaient avec eux deux envoyés génois,
Giovanni Imperiali et Pietro Racanelli", capitaine de Smyrne,
qui revenaient d'Alexandrie, où ils avaient demandé, avec
leurs collègues catalans, l'envoi des émirs en Chypre".
Le roi leur accorda une audience le lendemain de leur arrivée
à Famagouste et les négociations furent, cette fois, assez
heureuses, grâce à l'intervention des conseillers du royaume
qui objectèrent le mauvais état du Trésor, et à celle des
ambassadeurs occidentaux.
Le traité conclu à cette occasion fut très favorable aux
prétentions du roi, qui ne cédait que sur la question du
royaume de Jérusalem. Les prisonniers devaient être resti-
tués, le roi recevrait la moitié de la douane en Syrie et en
1. Machaut, 131. Le roi fut repris par sa fièvre.
2. Mâcheras, 103. Machaut ne mentionne pas l'expédition de Les-
parre. Le roi aurait licencié son année, d'après Mâcheras (/. c.) ; il
l'aurait rendue plus forte, d'après Machaut, et ne l'aurait licenciée qu'à
l'arrivée des ambassadeurs sarrasins (p. I'i2).
3. Ou Nassar-El-Din Mahmet Cra'ia (v. la lettre du roi du 19 mai
1368, dans Mas Latrie, Ilist. Ch., III. 291 et suiv.). Le premier était
« le plus grant de son hosté », l'autre « y (en Chypre) avoit jà esté »
(Machaut, /. c).
4. (?).
5. Mâcheras, 103-4.
6. « Raguenel », Machaut, 176. Cf. ibid., p. 178 ; pp. 158, note 2 et
329 du présent ouvrage.
7. Machaut, p. 176. Cf. Mâcheras, 103.
— 356 —
Egypte \ les pèlerins munis de ses lettres do recommanda-
tion étaient exempts du trevage à Jérusalem et ailleurs', le
Soudan devait envoyer à Famagouste la colonne à laquelle
avait été lié le Christ ^ Le traité fut juré par le roi et par les
ambassadeurs S qui devaient demander, au retour, la ratifica-
tion du Soudan. Les prisonniers sarrasins rassemblés, au
nombre de mille, à Nicosie et à Famagouste, les accompa-
gnèrent en Egypte ^
Le roi lui-même nomma comme ambassadeurs Jacques de
Norès, le turcoplier, puis des personnages moins connus :
Pierre de Campi (?), Jacques le Petit et Hugues la Baume ^ Un
grand nombre de chevaliers chypriotes demandèrent la permis-
sion de les accompagner et faire le pèlerinage de Terre
Sainte. Pierre I", qui n'avait pas grande confiance dans la
loyauté des Sarrasins, n'accorda cette permission qu'à Guy
le Baveux et ses deux fils, à un Anglais, dont Mâchant fait
l'éloge, Robert le Roux, et à deux écuyers, Jean de Contes
et Jean de Beauvilliers ^ Jean de Reims, écuyer, grand ama-
teur de combats et « amours et dames », parvint à se faire
passer cependant comme serviteur d'un des ambassadeurs de
Gênes et à partir avec l'expédition. Le Génois Pierre de
Canale ^ était arrivé en Chypre pour hâter le départ, le Sou-
dan ayant refusé encore une fois de traiter séparément. La
1. Machaut, 172. Le roi devait lever ce droit à Tyr, Beyrouth, Saïd,
Alexandrie, Damiette, Tripoli, Damas et Jérusalem (De Guignes, IV,
235-6).
2. Il s'élevait, d'après Machaut (/. c), à « V florins de Florence »
par tête.
3. Elle se trouvait à Jérusalem. Pierre se proposait de la placer
dans une « chapelle belle et grosse » à Famagouste, que le pape décla-
rerait lieu de pèlerinage, à Tégal de la Terre-Sainte, si une nouvelle
guerre avec les Sarrasins éclatait (Machaut, 175).
4. Ibid. Cf. 145 :
« Chascuns (des Sarrasins) mist le doy à son dan.
Si comme leur guise l'ordonne. »
V. aussi la lettre citée du 19 mai 1368.
5. Même ceux baptisés qui l'auraient voulu : des ordres pareils furent
donnés pour les Syriens établis en Chypre (Mâcheras, 104). Cf. pour
toutes ces négociations, De Guignes, l. c.
6. Les chroniques arabes n'en mentionnent que trois, De Guignes,
236.
7. Machaut, 178.
8. TsSavs;, KavlX. Cf. Machéras, 106-7 : un « marchand prudent ».
— 357 -
petite flotte, composée de la galère catalane, d'une saïtie et
de trois autres vaisseaux chypriotes', quitta le port de Fama-
gouste le 14 mars 1367*.
La paix n'avait pas encore été proclamée^ en Chypre,
quand un Arménien apporta à Nicosie la nouvelle d'une atta-
que des Infidèles contre Gorigos. Depuis une semaine, le Grand-
Caraman assiégeait le château avec 45,000 hommes ; six cour-
riers avaient été dépêchés en vain par le commandant *. On
résistait encore à cause de l'excellente situation de la forte-
resse qui dominait la ville battue par la mer\ et qui était
située sur une montagne, abordable seulement par trois pas-
sages difficiles". Cependant le danger était grand et le roi était
sollicité d'envoyer aussitôt des secours.
Pierre P'" devait rester en Chypre pour y attendre cette
saïtie du Caire, qui allait lui annoncer la conclusion défini-
tive du traité ^ Le prince d'Antioche fut invité à partir avec
dix galères \ Il avait avec lui son frère, le connétable, le
comte de Rochas et Simon Thénouri, le turcoplier, Jean de
Norès, Jean d'ibelin, sénéchal de Jérusalem, Robert le Roux,
Jean de Moustry, amiral de Chypre, Guy, Robert et Renaud
le Baveux, d'autres seigneurs français, italiens et même fla-
mands, Lesparre, Rochefort, Philippe de Brunswick et Las-
caris Calophéros'. L'armée s'élevait à six cents hommes
1. Mâcheras, 106-7. Cf. p. 104.
2. .Macliaut, 178. D'après Mâcheras aussi, ils partirent à cette date
(p. 107). Les chroniques arabes la confirment (cf. De Guignes, IV,
236, note a).
3. Elle ne le fut que le 23 février (Amadi, 41).
4. I\!achaut,135, 137. Les amhassadeurs du Soudan désavouèrent la
conduite de l'émir (Mâcheras, 104).
5. «... la mer li bat au gyron,
Et non mie tout environ »
(ihid.. p. 135).
6. Deux hommes de front pouvaient y passer à peine (ibid.). La for-
teresse s'élevait « n archies » loin du rivage. Quant à la ville, elle
était complètement ruinée, ainsi que le second château, situé sur l'écueil
(il)id.). Cf. pp. 111-112 du présent ouvrage et Chronique de Dardel
dans le 2<' vol. des llist. arm. des croisades, pp. 52-3. (Xous devons
la communication des bonnes feuilles contenant la chronique à l'iné-
puisable bienveillance de M. Ulysse Robert).
7. Mâcheras. 107.
8. Mâchant, 138. Cf. Mâcheras, 104.
9. Machaut, 138-43; Mâcheras, 104. C'est l'expédition que décrit
— 358 -
d'armes et trois cents archers. Les galères qui les por-
taient partirent du port de Famagouste le 26 février 1367'.
Elles arrivèrent à Gorigos deux jours plus tard\ Les Chy-
priotes trouvèrent le Caraman dans une position très forte,
sur la montagne, où il occupait une des tours qui défen-
daient les approches du château \ Les troupes descendirent
dans la plaine étroite qui séparait la ville des hauteurs pour
s'opposer au débarquement des chrétiens.
Ce débarquement fut difficile, les forces du prince étant
assez réduites. Les chevaliers les plus nombreux et les plus
vaillants se trouvaient dans les deux galères restées en
Chypre. On ne pouvait pas encore attaquer l'ennemi; les
chrétiens campèrent devant le château''.
Comme rien ne les séparait des Infidèles, plusieurs cheva-
liers, parmi ceux qui étaient venus de l'Occident, se révol-
tèrent contre cette inaction honteuse. Lesparre, fier de son
dernier fait d'armes à Tripoli, se jeta sur les Turcs de la
plaine, avec Rochefort et quelques autres Français ; il fut
blessé à la main par une flèche et dut se retirer. Vers le cou-
cher du soleil, Moustry arriva enfin avec de nouvelles forces
et, le lendemain P'" mars, les scènes de la veille se répétè-
rent ; malgré les ordres du prince et de son conseil, les sol-
dats de l'amiral se jetèrent sur les Turcs, qui les mirent en
fuite avec de grandes pertes. Le gros de l'armée s'en émut
et accourut avec Philippe d'Aumont à leur secours : grâce à
leur irrésistible bravoure, les chevaliers repoussèrent les
Turcs jusqu'au pied de la moatagne, leur imprenable posi-
tion. Les deux grands engins du Caraman se mirent en
mouvement alors ; les arbalètes, les flèches et les garrots
s'abattirent sur les chrétiens, qui durent se retirer. Une
seconde attaque, avec quelques gens d'armes de la forteresse,
eut le même résultat ; les archers ennemis décidèrent de la
plus minutieusement Machaut, d'après les rapports de son ami, Jean
de Beauvilliers (p. 143).
1. Mâcheras, l. c.
2. Machaut, 146. Cf. Amadi, 416.
3. Mâcheras, 104. La tour s'élevait en dehors des murailles, près
d'un puits, en face de celle que Mâcheras nomme Ornitharios (ibid.,
105).
4. Machaut, 146.
— 359 —
victoire. Philippe d'Aumont et Bonan de Bon furent tués.
Moustry, Rochefort se trouvèrent parmi les blessés. Presque
tout l'équipage de la galère de l'amiral fut mis hors de com-
bat. Aussi, malgré l'arrivée de Brémont, le prince défendit
toute nouvelle attaque, qui ne pouvait amener que de nou-
velles pertes. Le turcoplier fut envoyé en Chypre avec les
galères, pour demander au roi des arbalétriers, et les chré-
tiens restèrent huit jours entiers enfermés dans le château.
Dans la matinée du neuvième, les chevaliers étrangers qui
causaient sur la terrasse virent les Turcs qui se retiraient.
Aussitôt une attaque fut décidée : trois détachements devaient
leur couper le chemin. Ils étaient commandés par le prince,
Brémont et Lesparre. Malgré les engins des Turcs, les chré-
tiens se comportèrent si vaillamment que la retraite se ter-
mina par une fuite. Le Caraman voulut rallier ses troupes et
se jeta avec une partie de ses soldats vers le point où s'éle-
vait la bannière de la Vierge : les chrétiens le reçurent avec
les lances droites, tandis que les arbalétriers tiraient. Après
quelques attaques de cette façon, avec « noise grant » de la
part des chevaliers ennemis, aux chevaux harnachés de jaune
et de vert, la nuit arriva « noire et bleue )>. La mêlée devint
« mervilleuse « alors, dans l'obscurité, et la retraite du
Caraman ne se fît pas sans de grandes pertes. Il se retira
rapidement vers ses montagnes, pendant que les chrétiens
pillaient son camp et enterraient leurs morts. Quand le tur-
coplier revint après trois jours, annonçant de grands arme-
ments en Chypre, il vit avec étonnement
« Un chevaliers qui là estoit
Qui sus la grève s'esbatoit. '»
Quelques jours après, la Hotte se dirigeait avec le butin vers
Famagousto, où elle arriva le 14 rnars'^ à la grande joie du
roi, qui ordonna des messes pour les morts ^.
Quelques mois plus tard, n'ayant pas encore reçu de nou-
velles sur les négociations, Pierre P"" se dirigeait aussi vers
1. Machaut, p. 170. Le récit de la bataille occupe les pages li7 à 170.
2. Mâcheras, 105-6; Amadi, 416; Bustron, 265.
'S. Machaut, 171-2.
— 360 —
Satalic, où une partie de la garnison s'était révoltée contre le
gouverneur, Léon Antiaume, qui n'avait pas encore distri-
bué la paie. La faute en était au roi qui, craignant une
attaque du Soudan, avait retenu les galères qui portaient
chaque année des vivres et de l'argent dans la ville. Les
mutins s'étaient saisis des clefs de la ville, qu'ils menaçaient
de livrer aux Turcs'. Le roi partit le 26 mai, avec les vais-
seaux qu'il préparait pour une nouvelle expédition : 28 galères
chypriotes, les quatre galères des Hospitaliers et plusieurs
petits navires ^ Il entra dans la ville, distribua la solde et fit
décapiter le chef des mutins, Pierre de Canale\ Puis il partit
pour Rhodes, attendant toujours des nouvelles de l'Egypte.
Ce séjour se prolongea assez longtemps, paraît-il ; des que-
relles, causées par l'envie, s'élevèrent entre les barons chy-
priotes et ces ultramarins, si arrogants et insoumis. Lesparre
et Rochefort attaquèrent la réputation de Moustry, qui s'en
plaignit au roi, et, comme celui-ci prenait le parti de son
amiral, des murmures s'élevèrent contre lui-même. On insi-
nua qu'il manquait de courage et favorisait les schismati-
ques ; Pierre P'', dont le tempérament était violent, s'emporta
et leur cria qu'ils mentaient par la gorge. 11 était bien en
état de les insulter, lui répondit-on, dans son pays et au
milieu de son armée. Le roi leur offrit alors de combattre
comme Pierre Lusignan, et les deux chevaliers le citèrent,
en partant, à Rome, aux fêtes de Noël, devant le Pape*.
Machaut nous a conservé dans sa chronique même les très
curieuses et très amusantes lettres de défi qui furent échan-
gées à cette occasion.
Le roi apprit enfin les événements qui venaient de se pas-
ser au Caire.
Quand les ambassadeurs débarquèrent à Alexandrie, le
jeudi 25 mars'', ils recueillirent d'assez mauvaises nouvelles :
Yalboghâ lui-même et les autres émirs avaient voulu tromper
1. Mâcheras, 107-9; Amadi, 416-7; Bustron, 264.
2. Voir sa suite, très brillante, clans Mâcheras, /. c.
3. Cavello ou Cavalli, Bustron; KavàX, Mâcheras, 109.
4. Bustron, 264-5; Amadi, 416-7; Mâcheras, 112, 116.
5. Fête de l'Annonciation. C'est probablement ce que veut dire
« le jour de feste nostre Dame » de Machaut (p. 183).
— 361 -
le roi par leurs offres pacifiques. On se proposait d'arrêter les
marchands, les pèlerins et les agents qui devaient lever
l'impôt pour le roi de Chypre ; on espérait encore que les
chevaliers étrangers seraient licenciés et que l'ile resterait
presque sans défense'. Deux cents vaisseaux attendaient l'or-
dre du départ dans le canal d'Alexandrie ^ Ils ne trouvèrent
pas cependant au Caire le puissant émir. Yalboghà, dont on
avait essayé plusieurs fois d'ébranler la puissance'', venait
do succomber enfin dans la lutte. Ses propres mamelouks,
indignés par sa sévérité, voulurent se saisir de sa personne,
dans la nuit du 7 décembre 136G, pendant qu'il était à la
chasse avec le Soudan. Il on fut informé et parvint à gagner
Boulaq Attekrouri, où se trouvait le grand chambellan Tcibo-
ghà, avec la flotte. Quand il voulut revenir ensuite au Caire,
}>our y soulever ses partisans, les portes de la forteresse
étaient fermées et les mamelouks sur les murs. Il dut s'en-
fuir encore une fois à Boulaq et ses ennemis gagnèrent l'ap-
pui du Soudan, que la tutelle d'Yalboghà impatientait. Ce
dernier essaya vainement d'en créer un autre : Anouk, sur-
nommé Almanssour, frère de Schaban, qu'il fit proclamer à
Arwa, ne fut jamais que « le roi de l'île ». Le jeune Soudan no
tarda pas à se présenter avec son armée sur la rive occiden-
tale du Nil ; une partie de ses troupes parvint même à passer
le fleuve le 4 décembre, et la population se déclara pour lui.
Revenu au Caire avec quelques chevaliers fidèles, Yalboghà
fut assiégé par la foule dans sa propre maison, où il fut bien-
tôt arrêté. Cette même nuit, la prison fut attaquée par les
chefs des rebelles, qui présentèrent au vainqueur la tête d'Yal-
boghà sur une torche allumée. Assandimour Al-Nàsiri le
remplaça*. Ce dernier même avait été menacé, le 13 mars,
par une conspiration des émirs, et il ne parvint à se saisir
de leurs chefs que grâce à l'appui que lui donnèrent les
anciens soldats d'Yalboghà \
1. Ihid.. pp. 183-6; cf. Mâcheras, 103, 106.
2. Macliaut, 190.
3. En 1366 encore, quand il vainquit les émirs révoltés à Kubbet
Almassr, le Dôme de la Victoire (Weil, IV, 515; De Guignes, 236).
'.. Weil, IV, 517-8; De Guignes, /. c.
5. Weil, ihid.. 518-9; De Guignes. IV, 236-8. Nous n'avons pas pu
employer la traduction du Maurid al Lalûfa d'Abu'l-Mahàsin, donnée
- 362 -
Les ambassadeurs du roi do Chypre furent d'abord très
bien reçus ; le Soudan se chargea de leurs dépenses et le
turcoplier et ses compagnons visitèrent par son ordre les
deux Caire, dont chacun était, d'après Machaut, <( mil fois
plus grand que Paris'. » Trois jours après leur arrivée, deux
émirs les conduisirent au « très grant, très fort et très noble
chasteP », couronné de coupoles ^ qu'habitait le Soudan.
Ils traversèrent sur les chevaux qui leur avaient été présentés
la place « vuide, longue et large » qui précédait le palais *;
quatre à cinq mille chevaliers de la suite des amiraux y fai-
saient la gardée On les introduisit ensuite, après leur avoir
fait quitter les souliers, dans le portique à colonnes de mar-
bre, où le Soudan recevait les ambassadeurs ®. Schabân
Aschraf se trouvait sur un lit de cérémonie, auprès duquel
se tenaient deux émirs, la hache à la main. Un grand nombre
de mamelouks étaient rangés des deux côtés de la salle'',
où des ménétriers chantaient de telle manière
Que toutes les gens essourdoient*.
Après les cérémonies d'usage, le turcoplier demanda au
par Carlyle (Cambridge, 1792, ap. Herzsohn, pnssim). V. aussi sur ces
événements la thèse de Herzsohn (41-5), à laquelle nous avons em-
prunté l'orthographe des noms arabes.
1. Machaut, p. 193. Schiltberger compte 12,000 rues dans Missir
« und yetliche gass hat zwoUF tusent hiiser » (p. 1071 La ville avait
trois lieues de longueur et une et demie de largeur, d'après Lannoy
(/. c, p. 320). Cf. Lud. de Sudheim, éd. Neumann, p. 40 : « Civitas
Caira, .sexies major quam Parysius ». Le seigneur d'Anglure parle de
12,000 mosquées (!) et de 40,000 « cabaretz, ce sont lieux et estaux ou
les viendes cuictes sont vendues » (p. 60). Cf. Léon l'Africain, II,
203 et suiv.
2. Anglure, 60. Cf. Lannoy, 320 : « très bel et gros chastel, bien
muret ».
3. Machaut, 195.
4. Anglure, 61. Cf. Lannoy, 320 : a moult grande... et belle comme
un marchié », avec 4-5 grandes mosquées aux environs (p. 321). Les
chrétiens n'y entraient pas (ibid.).
5. Machaut, 194.
6. Un portique « surmonté d'un dôme extrêmement élevé et très
beau, soutenu par plusieurs colonnes de marbre »; il fut bâti, pour
les audiences publiques, par le Soudan Mohammed (De Guignes, IV,
241).
7. Comme « II murs » (Machaut, 195). Ils étaient au nombre de 1,000
(ibid.). Cf. Schiltberger, 108 : « und hat tàglich an sinem hof zwaintzig
tusent man ».
8. Machaut, 196.
- 363 -
Soudan la ratification du traité conclu par ses ambassadeurs.
La réponse fut défavorable et le turcoplier manifesta, paraît-
il, dans des termes trop vifs son mécontentement. Le Soudan
avait ordonné déjà, selon la coutume locale, de l'étendre à
terre et de lui faire payer la hardiesse de son langage, quand
un vieil émir s'interposa, en montrant les résultats que
pouvait avoir pour le commerce de l'Egypte cette punition
trop sommaire: les chrétiens ne viendraient plus dans un pays
où leurs ambassadeurs étaient si singulièrement traités ; et,
comme le jeune Schaban lui demandait naïvement ce qu'il
fallait faire « à ce porc d'ambassadeur «, il lui conseilla de
le laisser libre de se retirer, ce que le malheureux fit avec
reconnaissance \
Cependant les négociations ne furent pas interrompues,
grâce aux bons avis donnés au Soudan et aux ambassadeurs
par l'émir qui avait sauvé les derniers et par Nasareddin
Craïa, grand dragoman d'Egypte, précédemment ser Luciano
Dell' Orto, de Gênes". Malgré les efforts contraires des émirs
Assandimour et « Julep '^», un nouveau traité fut proposé, après
vingt jours de discussion. On ne connaît pas les stipulations
de ce traité, que Machaut déclare une « pais honteuse »*.
Après avoir admiré la ménagerie du Soudan, ces « olifants » dont
le « bouel » sonne plus fort qu'une « buisine ' » et les « bestes
moult estranges » qu'on appelle « girafes S), les ambassadeurs
1. Mâcheras, 109-111. Ces choses se passèrent pendant la seconde
audience, quand les ambassadeurs se présentèrent, portant les « robes
sarrazines » qui leur avaient été envoyées par le Soudan, selon la
coutume (Machaut, 198).
2. Mâcheras, /. c. Cf. Machaut, 199. Cf. 183: « .\miraus et grans
droguement ». Machaut le déclare digne « d'estre noiez » (ibid.).
3. Sodamour ou Sedamur dans Machaut (cf. p. 361 du présent ou-
vrage). Ils conseillèrent l'emprisonnement ou môme l'exécution des
envoyés, pour que la prise d'Alexandrie fût vengée (Machaut, 199).
4. «... au roy damageuse
Et à tout son pais honteuse »
{ibid., p. 200).
5. « Et quant ycelluy olifant souffle, il retentist par cillui bouel
(trompa) plus fort que nulle buisine du monde ne porroit faire, et est
celle voix gro.sse et terrible à ceulx qui n'en sont usagez » (.\nglure,
62). Cf. Machaut, 201.
6. « Cinq autres bestes moult estranges et moût sauvages à veoir,
lesquelles sont appellées « giraffa » » (.\nglure, 62). Les ambassadeurs
n'en virent qu'une et trois éléphants : plus heureux, le sire d'Anglure
en avait contemplé six, « deux moût grans, deux moyens et deux petis »
(p. 61).
— 364 —
chrétiens quittèrent enfin la ville, avec deux envoyés du Sou-
dan \ se dirigeant vers Alexandrie. Ils arrivèrent à Fama-
gouste pondant l'absence du ^oi^ Le prince d'Antioche partit
avec eux vers Rhodes, le 28 juin \
Le roi était à la chasse quand ils arrivèrent; il revint
joyeusement, croyant la paix déjà conclue. Les ambassadeurs
furent introduits dans le château, en présence du Grand-
Maitre, à peine revenu de l'Occident'', de Perceval de Co-
logne, du prince de Galilée, de Brémont de la Voulte et
d'autres chevaliers ''. Ils déclarèrent que la mort d'Yalboghâ
avait annulé les négociations antérieures et présentèrent le
nouveau traité que proposait le Soudan, Le roi en fut indigné
et leur ordonna de partira Léon Antiaume fut envoyé aussi-
tôt en Chypre pour y préparer une nouvelle expédition''.
Le roi se dirigea ensuite vers l'Asie Mineure. L'ancien
émir de Satalie reconnut la suzeraineté du prince et ses voi-
sins s'empressèrent d'envoyer des présents, lui demandant le
renouvellement de la paix. Pierre I" la proclama à Satalie,
puis il revint en Chypre, où sa maladie le reprit*.
Aussitôt après avoir recouvré la santé, il partit pour
Famagouste, où s'était rassemblée une flotte de 140 vais-
seaux ^ avec sept mille hommes'". Chypriotes et Occidentaux.
1. L'un était le confident d'Assandimour (Machaut, p. 202) ; l'autre
avait visité déjà deux fois l'Ile ; c'était probablement Nasareddin.
2. Mâcheras, 111.
3. Avec deux galères (îi/c?., p. 112).
4. Machaut, 2Ô2-4.
5. Ibid., p. 202. Le roi avait appris la mort d'Yalboghâ avant le
départ des premiers ambassadeurs sarrasins qui, rappelés, déclarèrent
fausse cette nouvelle (Mâcheras, 106).
6. Machaut, 204. Le roi déclare, dans sa lettre du 19 mai 1368, ne
pas connaître les causes du refus du Soudan (Mas Latrie, I/isf. Ch.,
II, 292). Les négociations continuèrent, entre Venise au moins et le
Soudan ; on écrivit le 29 sept, au Caire pour demander le rétablisse-
ment du commerce. Des instructions furent données aux ambassadeurs
vénitiens le 3 du mois suivant. Le même jour un conseil de trois Savi
fut créé pour s'occuper des affaires de Chypre (5e». Misti., 32,
fos 86-7, 105).
7. Mâcheras, 112.
8. Ibid., p. 113.
9. Machaut, 204. Elle était suivie par une petite galère de Venise,
qu'on avait envoyée pour espionner les mouvements des croisés {Arch.
d'Élntde Venixe, Icltcrc de' reltori, siècles xiv-xvi'). Le très inté-
ressant rapport du patron, Micaletto Rosso, nous a été communiqué
par M. V. Lazzarini.
10. Chron. des quatre Valois, p. 185 : « sans les nautonniers ou ma-
— 365 -
Elle était destinée d'abord à attaquer Alexandrie ; des espions
avaient été envoyés par le roi pour voir l'état où se trouvait
la ville. Les habitants furent informés cependant, des astro-
logues ayant lu « es estoiles » l'arrivée prochaine du roi
de Chypre et on travaillait activement aux fortifications*. Le
roi décida de se jeter sur Tripoli, la plus grande ville et la
plus forte position des Sarrasins en Syrie.
La flotte y arriva, après un seul jour de trajet, le 18 sep-
tembre 1367, au milieu de la nuit^ La ville s'étendait à une
« lieuette ^» de la mer, dans une plaine fertile, couverte de
jardins et de riches plantations qui en faisaient un véritable
« paradis terrestre S). La rivière des jardins % venant du
Liban, sur lequel s'appuyait Tripoli, en arrosait les environs.
Sept petites forteresses la défendaient du côté de la mer";
du côté des montagnes s'élevaient des murailles doubles,
avec des fossés et des barbacanes, et le monticule du c/id'
teau pèlerin qui avait vu tant de combats sauvages entre les
Tares et les croisés \ Une garnison de 20,000 hommes ^ sous
le commandement d'un Émir-Kébir, attendait les chrétiens *.
Comme à Alexandrie et à Gorigos, ces derniers trouvèrent
tout le rivage couvert de Sarrasins. Les six mille archers
syriens*" de l'émir Idmor *' jetaient sur les galères des flèches
riniers. >> Il y avait, parmi eux, des Génois, des Français çt des Anglais,
attirés par les appels du pape {ibid.).
1. Machaut, 204-5.
2. Happort de Micaletto Rosso, Amadi, 417, et Mâcheras, p. 113.
3. Machaut, 208. Cf. Mézières, Chevalerie de la Passion, f" 12 v" : « une
lieue ou environ en terre, près de la mer ».
4. Lud. de Sudheim, ch. XLvn ; cf. éd. Neumann, p. 35 ; Willibrandus
ab Oldenburg (1211), ap. Allatius, Symmicta. 1, pp. 128-9; Machaut,
210.
5. « Fons hortoruin », Lud. de Sudheim, l. c. C'est le Nahr-Abou-
.Mi ou Kadischa d'aujourd'hui.
6. Beauvau, Voyage au Levant, 124. Une de ces tours s'appelait la
«tour d'Amour ». Les monticules de sable qu'il mentionne étaient
connus par Machaut, 210.
7. Will. ab Oldenburg, 129 : « quidam monticulus, Mompellerin ».
La population était composée de Turcs, de chrétiens et de Juifs (p. 128).
Ibn Batouta compare la ville à Damas (tr. angl., p. 23).
8. Machaut. /. c. Abou'l Mahàsin, ap. Ilisl. arméniens des croi-
sades, I, 716-7; De Guignes, IV, 238. L'émir devait entretenir pour
son service particulier 600 mamelouks (Khalil Dhaheri, f" 33).
9. C. Schefer, Arch. Or. Int., 11,93.
10. Chr. des quatre Valois, 185.
11. De Guignes, IV, 238. L'émir était alors absent de la ville.
— :^66 —
et (les garrots en abondance pour empêcher le débarque-
ment. La galère du comte de Hereford et celles dii Génois
Perrin Grimaldi* arrivèrent les premières dans le port:
Guerrot, écuyer gascon, se trouvait à la tête de ceux qui
descendirent sur le rivage. Le roi venait ensuite avec Per-
ceval de Cologne, Brémont de la Voulte et les chevaliers de
rOccident.
Le lendemain matin, 19 septembre, on décida une double
attaque, « l'une amont et l'autre aval » de la ville. Le premier
corps, commandé par le prince d'Antioche, était composé de
Chypriotes et d'Anglais: le roi lui-même, commandait les
autres. La résistance des Sarrasins fut très énergique cepen-
dant, malgré la bravoure de cette chevalerie de l'Occident,
qui se signala le plus pendant ces guerres. L'avant-garde,
composée de Génois et de Vénitiens, fut repoussée en désordre
par les archers syriens et le prince dut accourir à leur
secours avec les Hospitaliers et quelques chevaliers de l'Oc-
cident. Le roi et l'amiral se réunirent bientôt aux combat-
tants et l'avant-garde recommença son attaque. Enfin les
matelots eux-mêmes quittèrent leurs vaisseaux pour mettre
la main à la « besoingne «^ Ils prirent les Sarrasins par
derrière, tandis que les chevaliers les chassaient vers la
montagne. Les ennemis furent bientôt mis en déroute et, pen-
dant que le roi gardait avec quelques chevaliers le pont sur
la Kivière des Jardins, les chrétiens commencèrent à piller
leur camp et les environs, faisant une abondante récolte de
« cameulx, de paveillons et de despouilles^ », On pilla dans
le port trois vaisseaux contenant du coton, du savon et du
miel, et on les brûla ensuite. Beaucoup parmi les vainqueurs
ne devaient pas rapporter ce butin en Occident*. La ville
1. « De Grimort » (Machaut, 205). Mâcheras l'appelle, ainsi que .son
frère Jean, de Grimante ou de Brimante et le déclare originaire
d'Aragon (v. pp. 113, 116 et ailleurs). Pierre Grimaldi (Petrus de
Grimaldo, Jannensis) commandait sept à huit galères pendant cette
expédition, d'après Micaletto Rosso.
2. « Cryant et huant, si que les Sarrasins s'en esbahirent » {Chr.
des quatre Valois. 186).
3. IbicL, pp. 186-7. Le récit, qui paraît avoir été fait d'après le té-
moignage d'un des combattants, est très long et très intéressant. Il
s'arrête malheureusement après la victoire du rivage, pour raconter
ensuite les exploits du vaillant capitaine Philippot et de sa « route ».
'i. Ibid., p. 187; Machaut, 209.
— 367 -
ello-môme qui était une des plus riches de l'Orient, avait été
prise dès le début de l'action, après la défaite des Sarrasins.
Elle fut presque détruite par les vainqueurs, qui pillèrent et
tuèrent jusque vers le soir, quand le roi fit sonner les trom-
pettes pour le départ \
Cette retraite fut désastreuse. Les Sarrasins, en se. retirant,
avaient occupé tous les jardins et les plantations de cannes à
sucre des environs. Ils profitèrent de l'obscurité et de l'in-
discipline des pillards pour les attaquer avec succès. Les
chrétiens perdirent leur gain et parvinrent à peine à se sauver
sur leurs galères. Le roi dut intervenir lui-même pour sauver
son infanterie que sept cents chevaliers arabes avaient jetée
dans les marécages des plantations. Il perdit en tout environ
trois cents soldats, tués ou pris : le turcoplier de Rhodes
était parmi les premiers. Aussi, bien que la flotte fût restée à
l'ancre pendant toute la journée du 20 septembre, on ne se
risqua pas à tenter un débarquement que rendait difficile la
présence des Sarrasins à cheval sur le rivage. La flotte
quitta ensuite, le matin du 21 septembre, le port de Tripoli
pour se diriger vers Tortose^.
La petite ville était assez bien fortifiée, son château', dont
les ruines existent encore, regardait la mer ; une muraille
double, avec onze tours, « pareilles à onze pierres précieuses » \
1. Ibid., pp. 208-10.
2. Mâcheras, llo-'i. Cf. Amadi, 417; Bustron, 266. Les détails qui
ne se trouvent pas dans ces sources et dans Machaut, sont pris dans
le rapport fait par Micaietto Rosso au gouvernement de Candie.
V. aussi la lettre qui suit dans la même boîte. — D'après Machaut,
la retraite se serait faite sans aucune perte ; les chrétiens ne laissèrent,
parmi les morts, (ju'un seul chevalier, neuf ou dix autres s'égarèrent.
En 1368, le pape demanda cependant au roi de délivrer Pierre de
Saint-Georges, chevalier limousin, pris à Tripoli (l"^'' novembre 1368,
Arch. du Vatican, 249, f" 192). Les évoques de Nicosie et de Fama-
gouste, Raymond Bérenger et Pierre de Sur, amiral de Chypre, fils
de Jean, furent sollicités dans le même but (ibid.). L'expédition fut
connue bientôt jusque dans les régions les plus éloignées de la chré-
tienté (v. Detmar, Chron. von 1101-1395, Chron. der deutschen Slâdte,
Liibeck, 1, 538, 11-2).
3. Situé au N. -Ouest de la ville (v. Rey, Monuments, etc., p. 70 et
211-4).
4. « Sicut undecim pretiosis lapidibus ornatum » (Will. ab Olden-
burg, l. c, p. 130). On l'appelait aussi Taradensis civitas (.\ntarados,
Rey, p. 70), Corcose (Hayton dans L. de Backer, Uexlrème Orient
au moyen âge, p. 242), Tiirquoyse (Ricoldus de Monte Croce, ibidem,
p. 275).
— 368 -
le défendait du côté de la terre. C'était une place forte et
un lieu de pèlerinage : la vieille église de Notre-Dame de
Tortose, bâtie au douzième siècle, s'élevait au centre de la
ville, au milieu des palmiers ; Joinville avait eu l'intention de
la visiter jadis. Depuis le 5 juin 1291, Tortose appartenait aux.
Sarrasins, qui avaient pris, en 1802, la petite île du port',
dernier refuge de la domination chréfienne en Syrie: on en
avait fait un des grands magasins de la flotte syrienne. Aussi
l'émir de Tripoli y avait-il rassemblé des rames, de l'ouate,
de la poix pour les galères que construisait, dès la prise d'A-
lexandrie, le Soudan. Le roi prit la ville et les faubourgs, en-
tra dans l'ancienne église cathédrale, où se trouvaient ces
matériaux et les fit brûler; le fer et les clous furent jetés
à la mer. Il emporta, comme signe de sa victoire, la grande
porte du Karak, qu'il envoya, avec celle du château de Tripoli,
à Gorigos^ Valanie^ petite ville du voisinage, Laodicée
ou Liche (auj. Latakieh), Mallo, Antiochette'', furent brû-
lées, en passant, par les chrétiens, qui se dirigeaient vers
Lajazzo, où Pierre devait s'aboucher avec Constant, des-
cendant d'une famille chypriote de basse condition, devenu,
après la mort de Constantin IV, roi d'Arménie •'. Une troupe
de 700 aventuriers était venue, après avoir brûlé le port
de JafFa, accroître la petite armée ^
1. Rey, /. c, et p. 35 du présent ouvrage Hayton la déclare
admirat)le pour « faire de grans dommaiges aux ennemis vrayment »
(/. c).
2. Mâcheras, p. 114. L'attaque contre la seconde place forte, Valanie,
se fit, paraît-il, le lendemain {ibid.). Cf. Machaut, 212. Le 22 septembre,
Micaletto Rosso, que la tempête avait jeté en pleine mer, vit pendant
la nuit, se trouvant à 30 milles du rivage, de grands feux du côté de
Tortose, de sorte qu'il s'imagina que le roi y était et y avait débarqué
avec son armée (Sequenti vero die inde recessit et in nocte, dum esset
in mari per milliaria xxx, vidit versus partes Tortose magnos fochos,
ita quod ymachinatus fuit quod rex erat ibi et descenderat illuc cum
exercitu suo ).
3. Valence, ap. Machaut; Valina, ap. Mâcheras; Belinas et Valania,
ap. Sanudo. V. De Guignes, IV, 238. Ducange-Rey, p. 814.
4. Machaut, 213; Mâcheras, l. c. « Et oultre ce il conquist trois fors
chasteaux en Turquie, c'est assavoir': saint Nicolas de Ftamirre, dont
le benoist saint fu evesque. Stanamur et Anthiocete » (Cheval, de. la
Passion, l. c). La Chron. des quatre Valois le fait aller à Tyr(pp. 159
et suiv.).
5. Son père était le « baron Heyton », homme très riche. Constant
demandait avec insistance à Pierre l'^'" un asile en Chypre, dont il ne
jouit jamais (C/jr. de Dardel, l. c., pp. 36-7, 41).
6. Chron. des quatre Valois, pp. 187-9.
— 369 —
La résistance fut sérieuse à Lajazzo', le plus grand port
do l'Arménie, qu'on venait de perdre définitivement après
qu'il eut été repris en 1347*. Deux châteaux, le premier
dans une île, le second sur la cime d'un rocher inabordable,
étaient défendus par une garnison qui comptait 5,000 hommes
à cheval et un grand nombre de piétons. Les Sarrasins furent
facilement chassés du premier château et du rivage, où ils
voulaient empêcher le débarquement. Tous les efforts du roi
vinrent échouer cependant contre le rocher. Il n'avait pris
avec lui que 80 chevaliers et quelques gens d'armes et les
archers sarrasins ne paraissaient pas disposés à céder la
place. La ville fut brûlée '* et le roi se retira à Gorigos'*, où il
attendit vainement le roi Léon. 11 était de retour à Famagouste
le 15 octobre, quand il fit emprisonner à Cérines et à Nicosie les
ambassadeurs et publier la guerre sainte contre les Sarrasins.
Pierre et Jean Grimaldi allèrent jusqu'à Sidon avec deux galères
génoises et revinrent avec quatre vaisseaux, qu'ils venaient de
capturer\ Leur exemple fut probablement suivi et cette guerre,
qu'on a traitée de piraterie, causa au Soudan, en empêchant
tout commerce dans les eaux de la Syrie et de l'Egypte,
plus de pertes qu'une grande expédition chevaleresque.
Pierre pensait cependant au départ : les fêtes de Noël
approchaient et les deux seigneurs français devaient l'atten-
dre à Rome". C'est en vain que le pape écrivit à Raymond,
archevêque de Nicosie, pour lui ordonner d'empêcher ce
voyage, dont le but était si peu conforme à la dignité royale'' ;
Pierre P'' ne pouvait pas souffrir que son courage fût jamais
mis en doute. Des considérations plus sérieuses, pour la croi-
1. 'Aytâi! (Mâcheras), Layas (Mézières). Auj. Ayas.
2. Mas-Latrie, L'île de Chypre, 234 et p. 3, note 1 du prés, ouvrage.
3. Machaut, 212-7.
4. « Un autre port qui estoit assez près de là » (Machaut, 216).
Il s'y reposa huit jours, attendant le roi Constant. I/liiver qui approchait
et la proximité du terme fixé par Lesparre le tirent revenir (p. 217).
M. Dulaurier propose de voir Gorigos dans cet « autre port » (Jlist.
cirmén. des croisades, I, 717).
5. Mâcheras, 1 15-6. Les ambassadeurs sarrasins furent enfermés à
Nicosie dans le « palais du seigneur de Sur ».
6. C'est le seul motif que donnent Amadi, p. 418, et Bustron, p. 266 :
« a deffendcr la lealtà sua contre il signer di Roccaforte et il signer
de Sbarre ».
7. Rinaldi, XXVI, 155 (1367, § 12).
N. JonoA. P/nlippe de Mézières, 24
— 370 —
sade, sinon pour lui-même, l'amenaient en Occident: il espé-
rait trouver secours auprès du pape et des princes occidentaux,
maintenant que la rupture des négociations le rejetait dans la
guerre'. Les nouvelles qu'il recevait de l'Occident l'encou-
rageaient peut-être à partir. Il laissa la régence à son frère
Jean et le gouvernement de sa maison à Jean Visconti, puis
il s'embarqua à Paphos sur une seule galère, avec son fils
Pierre, Hugues de Lusignan, son neveu, le turcoplier Jacques
de Norès , Simon Thénouri, Pierre d'Antioche, l'amiral Jean
de Moustry, Thibaut Belpherazo, Philippe de Mézières et
d'autres encore ^ Des privilèges accordés aux perpériaires,
au prix de 200 ducats par famille, fournirent encore une
fois les dépenses du voyage ^
11 se dirigea d'abord vers Naples, où il resta quelques jours
auprès de la reine Jeanne*. Attendait-il quelque secours de
sa part ? Le pape lui demanda son concours après la mort du
roi, en 1370 \ Il est plus probable cependant qu'il fut retenu
par une maladie du jeune prince Perrin^ C'est à Naples que
vint le trouver un secrétaire du doge de Venise, lui annon-
çant le prochain départ des ambassadeurs qui devaient traiter
avec le Soudan de la délivrance des marchands retenus en
Syrie et demandant son consentements Le roi apprit alors
que rien n'était plus à espérer de la part du pape. Deux en-
voyés du doge s'étaient présentés en effet, à Avignon, d'après
1. Machaut, 219 :
« Car il s'en vuet aler à Romme.
N'autre chose n'i va quérir
Fors au Saint Père requérir
Qu'il ottroie commun passage. »
2. Mâcheras, 116 et suiv.: Amadi et Bustron, II. ce. Les chevaliers
qui l'accompagnaient n'étaient pas six seulement, ainsi que paraissent
l'affirmer ces deux chroniqueurs. Il faut lire certainement soî (=siioi)
pour sei (Bustron, 266).
3. Mâcheras, /. c. Amadi, l. c.
4. Mâcheras, ibid.
5. Arch. du Vatican, 250, f" 21 v« (21 janvier, an VIII).
6. « Era per inanzi stato mandate un secretario ducale al rè di
Cypri, il quali si ritrovava a Napoli perla infirmità d'un suo figliuoio»
(Caroldo, f» 217).
7. « Per notificarli, che trà brevi giorni la signoria manderebbe
suoi nuncii in Alessandria per liberar li mercanti ritenuti et che,
assentendo sua Maiestà, quando si potesse far con honor di quella, si
tratterebbe l'accordo » (Caroldo, fo 217),
— 371 —
sa demande, pour lui rendre compte des affaires d'Orient \
Malgré les scrupules d'Urbain V qui objectait la nécessité de
ce passage général, qu'il voulait réaliser encore, ou d'un
passage particulier au moins, les ambassadeurs, François
Bembo et Nicolas Faliero, parvinrent à le convaincre. La chré-
tienté n'était plus capable d'un pareil effort, ou elle ne l'était
pas encore : une tentative malheureuse mettrait en danger
les prisonniers et irriterait davantage les Infidèles ■. Ils offrirent
même de faire la paix entre le roi de Chypre et le Soudan ^
Deux ambassadeurs avaient été envoyés déjà à Alexandrie, sans
résultat, comme on l'a vu ; deux autres devaient partir bientôt.
Le roi admit encore une fois la médiation des Vénitiens. Nicolas
Giustiniani, procurateur de la république, et Pierre Malosello,
furent choisis pour cette seconde mission. Ils devaient se
réunir au mois de juin aux ambassadeurs du doge Adorno*.
Le roi se dirigea ensuite vers Rome, où il arriva dans les
premiers jours du mois de mars 1368\ Il alla voir le pape, au-
quel il exposa sa querelle, et son intention d'obtenir justice les
armes à la main. Rochefort s'était enfui déjà et Lesparre céda
devant les ordres d'Urbain qui voulait étouffer cette malheu-
1. « Per le cose di Soria. » L'arrivée des ambassadeurs fut posté-
rieure à l'avènement de Contarini (20 janvier 1368) et antérieure au
départ du rni pour Rouie (février-mars).
2. « Et perche sua Santità dimostrava sommo desiderio che si fa-
cesse il gênerai passagio, li Oratori gli dissero che la Christianità ail'
hora si ritrovava in tal stato, che non si jwteva far cornmodamente
gênerai passagio. Et che, volendo ail' hora trattar questa materia et
anticipar tanto tempo inanzi, sarebbe con danno et pericolo delli
Christiani ritenuti nel paese del Soldano, et sarebbe cagione che gli
infedeli haverebbero tanto più tempo di prepararsi alla difesa >>
(Caroldo, f" 217). Urbain permettait, au mois de mai, l'envoi de deux
galères de Venise dans les possessions du Soudan. Arch. iVÉtat de
Venise, Bolle, b. 4, n" 181.
3. « Com' era da sperare. » Le jurisconsulte Raynaldo de' Raynaldi
accompagnait les ambassadeurs (Caroldo, /. c). Une querelle avec le
seigneur d'Altologo rendait les Vénitiens plus ardents à conclure la paix
avec le Soudan (Archives d'J'Jlal de Votise, Senato Misli, 31, f" 122 v" ;
décision du 30 avril).
4. Si les Génois n'arrivaient pas à Rhodes au l*"" juillet, ils
devaient continuer leur voyage vers Alexandrie. « Se ditti ambas-
sadori facessero il viaggio non si puo sapere » (Caroldo, /. c). Ils parti-
rent cependant, mais plus tard. V. p. 376.
5. Il s'y trouvait déjà, le 16 mars, quand le pape demanda des
secours au doge Contarini, en mentionnant son arrivée (« nuper ad
apostolicam sedem accedens »), Archives du Vatican, 249, f*^^ 79-9 v".
— 372 —
rcusG affaire. Le chevalier gascon se présenta au palais pon-
tifical et demanda pardon à genoux à celui qu'il avait offensé.
Le roi de Chypre était, déclara-t-il, un vrai chevalier, très
chrétien et défenseur de l'Église'. Suivit un repas de récon-
ciliation pendant lequel Lesparre servit le roi et le pape.
Rochefort fut vainement sommé, pendant quarante jours,
de se présenter. Il ne voulut pas imiter son compagnon
et, par ordre du roi, fut déclaré félon et calomniateur ^
En même temps, Pierre I" avait entretenu le pape du pas-
sage. Il lui avait exposé l'état des pays de l'Orient, que me-
naçait le danger d'une invasion, les pertes que souffriraient les
Occidentaux, si les Infidèles venaient à s'établir en Chypre et
à Rhodes; il demanda des secours prorapts et puissants'.
Mézières, qui se trouvait certainement à Rome à cette époque,
dut réunir ses efforts à ceux de son maître \
Ce fut une nouvelle désillusion pour les champions de la
croisade. Le pape était plus préoccupé des affaires d'Italie que
des expéditions lointaines pour la délivrance de Jérusalem".
Les grandes compagnies continuaient leurs ravages, malgré ses
efforts et ceux de l'empereur, et Bernabo recommençait à
montrer des intentions très peu pacifiques. On l'avait vu, dès
l'année 1364, démolir les châteaux des Guelfes en Lombardie®
et l'arrivée seule de l'empereur le contraignit à ne pas troubler
la paix. Gênes, sous le gouvernement d'Adorno, ne paraissait
pas disposée à fournir des secours au roi qu'elle venait d'in-
sulter à Alexandrie ' ; Venise avait à peine fini sa guerre avec
1. « Et chiamato Pietro Lusignan cavalière leale, signor valante,
buon christiaiio, def'fensor délia chiesa et principe virtuosissimo »,
Bustron, 266. Cf. Amadi, 418 et Mâcheras, 118.
2. Mâcheras, 178; Bustron et Amadi, /. c. Lesparre sollicita même le
pape pour le passage (Mâcheras, /. c, 118). Il est à Gènes en avril-
juin {May. rai. inlr. et ex., 1369 (55), f° 49 v".
3. « Statumultramarinarum partiumevidenti periculograviquedetri-
mento fldelium, si circa illum debiturn per eandem sedem et fidèles
occidentis non apponatur remedium necessarium, nobiscum regalis
gravitatis prudentia enarravit. petens instanter de hujus remedio cele-
riter provider! « (Arch. du Valiran, 249, f"^ 79-9 v" ; 16 mars 1368).
4. 11 s"y trouvait au mois de mai, quand le roi donna des instruc-
tions aux ambassadeurs de Gênes et de Venise (Mas Latrie, Hist. Ch.,
Il, 291-302 : « Philippe de Maiseriis cancellario »).
5. C'était le motif de son voyage en Italie (débarquement à Gênes
le 28 mai 1367; arrivée à Rome le 16 octobre).
6. Corio, Sloria di Milano, î° 177 v°.
7. Le roi ne visita pas même cette ville pendant ce second voyage.
- 373 -
le comte Mainard de Goritz et le patriarche d'Aquilée ' ; les
Triestins devaient l'occuper bientôt, par leur révolte^ Des
privilèges pour faire le commerce avec les Infidèles avaient été
demandés et obtenus, à la grande satisfaction des marchands^
et le nouveau doge, André Contarini, qui avait fait lui
aussi le commerce en Syrie* et dont on connaissait les dispo-
sitions pacifiques'', n'était guère partisan d'une expédition qui
aurait ruiné son pays. En Occident enfin, la Castille était en
proie aux guerres civiles, le roi d'Aragon avait les mêmes
intérêts en Orient que les communautés italiennes, la France,
où les grandes compagnies, revenues d'Espagne, allaient
recommencer leurs dévastations®, se préparait aune nouvelle
guerre contre les Anglais. Les aff'aires d'Italie et les mêmes
routiers retenaient l'empereur.
Urbain V se borna donc à écrire aux doges de Venise et
de Gênes et au roi d'Aragon pour leur annoncer les demandes
du roi et leur défendre d'envoyer, sans sa licence spéciale,
des ambassadeurs à .\lexandrie'. Leur prospérité même
dépendait en quelque sorte de l'état des pays d'outre mer :
ils devaient envoyer des ambassadeurs à Rome pour s'y en-
tendre avec le roi^ et avec ceux qui devaient partir pour
l'Egypte, et pour donner des informations'.
1. Romanin, III, 234.
2. Aidés parle duc d'Autriche, Romanin, 237 et suiv.; Sanudo, 669.
3. Pour 12 galères et vaisseaux, le 17 mai 1367. Le 24 septembre,
4 galères se dirigèrent vers Alexandrie, puis, bientôt après, .une cin-
quième (Commem., VII, n" 351; t. 111, p. 61).
4. Sanudo, /. c.
5. « Uomo cattolico ed esperto nelle scienze divine, amatore délia
giustizia et del bene délia Repubblica. Desiderava che la patria avesse
pace e ubertà » (Sanudo, /. c). Cf. Caresino, ap. Muratori, XII, c. 432 :
« pacis et ubertatis.patriae zelator assiduus. »
6. Elles prirent Etampes et Etréchy, en juillet 1368 : )e roi appela
des troupes à Paris (de Fréville, dans la Bibl. de l'Èc. des Ch.,
1842, p. 273).
7. « Ceterum quia intelleximus quod ambaxiatores tuos intendis
ad soldanum destinare prefatum, quod, donec tibi nostra innotcscat
intentio. non videtur expediens » (lettre au doge de Venise, 16 mars,
Arch. du Vatican, 249, i°^ 79-9 v°). Lettres au doge Adorno et au roi
d'Aragon {ibid., 79 v°).
8. « Et firmandum cum dicto rege, necnon cum ambaxiatoribus
Januensium, quibus similia scripta dirigimus » {ibid.).
9. « Gratumque haberemus si ad nos mittas illos cives tuos, qui
ad soldanum Babilonie protractanda pacedestinati fuerint, vel aliquos
eorumdem » (ibid.). Il est question ici de Giustiniani et de Malosello.
— 374 —
Les plénipotentiaires n'arrivèrent à Rome que vers le mois
de mai. Le roi resta pendant ce temps auprès du pape, paraît-
il. Le vendredi 17 mars, la reine de Naples fit aussi son en-
trée dans la ville ' : le roi, les cardinaux et les nobles romains
sortirent à sa rencontre et l'accompagnèrent jusqu'à Saint-
Pierre, où Urbain lui-même la conduisit au grand-autel. Deux
jours plus tard, le dimanche de L-etarc, la rose d'or fut don-
née à la reine", malgré l'avis d'une partie des cardinaux,
qui voulaient qu'elle fût accordée au roi de Chypre ou à son
jeune fils. « Jamais femme n'avait reçu la rose d'or », disaient-
ils au pape et Urbain V leur aurait répondu que jamais abbé
de Marseille n'avait été pape non plus^
Le dimanche de Pâques, le roi et la reine Jeanne assis-
tèrent à la messe dans l'église de Saint-Pierre ; le pape
donna à la reine une épée dorée, dont elle fit don au roi de
Chypre, qui la ceignit et arma chevalier Nicolas Spinola,
chancelier du royaume de Naples \
Enfin les ambassadeurs des communes arrivèrent à Rome.
Gênes avait envoyé Dagnano Cattaneo et Pierre Racanelli,
ancien capitaine de Smyrne pour le pape; François Bembo,
l'ambassadeur de 1366, et Nicolas Faliero^, représentaient
les Vénitiens. Ils exposèrent au roi leurs demandes, en le
priant de ne plus empêcher la conclusion d'une paix néces-
saire, qui rétablirait le commerce des communes en Orient ^
Le roi, conseillé par le pape\ accepta leur médiation et leur
fit connaître sa volonté (19 mai 1368)*.
1. Bzowski, Annales ecclesiastici post Daronium, II, 1342, d'après
une clironi<|ue de Sicile inédite au Vatican. Cf. Chronique d'Orvielo,
ap. Muratori, XV, c. 693 iî.
2. Baluze, II, c. 770; cf. Matteo Villani, 1. IX, ch. 95, Chron. Marli-
nienne, f" 159 et 1» VUa Urbani V, Baluze, 1, 381-2 : « tamquam nota-
biliori, majori et excellentiori... ».
3. Notes du moine de S. Victor sur le voyage du pape à Rome, dans
\a Hômische Quarlaischrifl fiïr ckrisUiches Allcrthum undf'ùr Kirchen-
geschichle, IV (1889), p. 300.
4. « Nicolaum SpinelliumJuvenatium (de Giovcnazzo), regni Siciliae
cancellariuin » (Bzowski, /. c, c. 1344-5, d'après la chron. citée).
5. Faletro. Mas Latrie, Ilht. Ch.. II, 291-3 (19 mai); ibid.. pp. 302-8
(20 mai). V. plus haut, p. 371.
6. Ibid. Cf. Machaut, 221.
7. Araadi et Bustron, II. ce. Cf. la lettre de Mézières au cardinal de
Bologne, Bibl. de l'Arsenal, ms. 499, f"s 154 vo-5.
8. Mas Latrie, Ilisl. Ch., II, 291-3; d'après les rom?ftera., VII, n" 425.
— 375 —
Il exposa d'abord les négociations de 1367, qu'avait inter-
rompues l'inexplicable refus* du Soudan. Ses intentions
cependant étaient pacifiques, comme toujours ; il voulait seu-
lement que les stipulations du traité de 1367 fussent approu-
vées parles Infidèles. Des consuls chypriotes devaient juger
tout procès entre leurs conationaux, en s'adressant aux offi-
ciers du Soudan pour les causes mixtes. Le roi seul les
nommerait et pourrait les destituer ; ils jugeront toutes les
causes criminelles des Chypriotes, qui ne pourront pas être
emprisonnés sans leur mandat^. Le Soudan seul percevra des
droits de douane en Egypte et en Syrie, contrairement à l'ac-
cord de 1367; les ambassadeurs étaient autorisés cependant
à demander la réduction pour les Chypriotes de ce droit à la
moitié''. Des précautions devront être prises pour empêcher
qu'on mît sous séquestre les marchandises de Chypre et
la cargaison des vaisseaux naufragés '\ Les Turcs de l'Asie
Mineure ne devront pas débarquer sur les terres du Sou-
dan ; s'ils venaient pour faire le commerce, lisseront obligés
de promettre qu'au retour ils n'attaqueront pas le roi^
Les pèlerinages en Terre Sainte seront libres. Enfin, toute
querelle qui éclaterait entre les Chypriotes et les sujets du
Soudan, devra être soumise à l'arbitrage des présidents et
des recteurs vénitiens et génois en Orient. Les arbitres
étaient tenus d'assister ceux qui accepteraient leur jugement
contre ceux qui ne voudraient pas s'y soumettre. Un défi
devait précéder d'une année la reprise des hostilités ^
1. « Nescimus qua consideratione vel causa ». Mas Latrie, II, 292.
2. Ils auront le droit d'entretenir deux ou plusieurs bâtonniers
(bastonarii, ibid., p. 29'!, les cuvas modernes).
3. « Modietatem illius quod usi erant solvere in locis prelibatis. »
Dans les instructions spéciales cependant, le roi consentait à payer
deux tiers ou même trois quarts.
4. Suivent des clauses relatives au droit de douane que devaient
payer les Sarrasins en Chypre (égal à celui des chrétiens), sur les
garanties à prendre contre les dépositaires infidèles (privilège spécial
accordé aux Génois et aux Vénitiens). V. aussi les instructions se-
crete.s déjà citées.
5. Ils devaient fournir des garanties, en partant. Le roi devait
prendre aussi des mesures pareilles contre les adapidcs (corsaires ?)
{ihid.).
6. Le roi n'était pas responsable pour les attaques des autres chré-
tiens. Les Hospitaliers étaient compris dans les négociations : le roi
avait demandé probablement à Rhodes l'assentiment du Grand-Maitre
{ibid.). — On retrouve parmi les assistants les noms du turcoplier.
— 376 -
Des instructions spéciales furent données aux ambassadeurs,
le lendemain. Tout en renouvelant ses demandes antérieures,
Pierre P' en introduisait de nouvelles. 11 se réservait d'abord
ses droits sur le royaume de Jérusalem. Cinquante personnes,
ses familiers, ses parents et ses serviteurs \ seraient admis à
visiter, chaque année, les Lieux-Saints, sans payer letrevage.
Le Soudan devait l'indemniser des dépenses qu'il venait de
faire, par la faute des Sarrasins, à Tripoli et à Lajazzo\ Si
le prince d'Antioche n'avait pas conclu encore un autre traité,
qu'ils ne devaient nullement désavouer \ les ambassadeurs
auront à insister d'abord pour le renouvellement du traité de
1367, puis pour ces conditions, pendant huit jours. Ils pour-
ront en présenter d'autres ensuite, sans que le roi s'engageât
cependant à les accepter*. Le prince d'Antioche fut averti de
ces nouvelles négociations par des lettres royales du même
jour^; il était invité à remettre aux ambassadeurs des com-
munes les prisonniers qui se trouvaient encore en Chypre et
à y proclamer l'accord qu'ils parviendraient à conclure^ Les
deux galères vénitiennes, ayant à leur bord les plénipo-
tentiaires de la république, Nicolas Giustiniani et Pierre
Malosello, quittèrent Venise, le 2 juin' ; elles se réunirent à
Rhodes, pendant le même mois, aux vaisseaux génois qui
portaient Cassano Cigala et Paul Giustiniano*.
du chambellan Malosello, de Guy de Bagnolo et d'un autre chambellan,
enfin celui de Philippe de Mézières {ibid., p. 302).
1. « Parentes, familiares, servitores, domestici. «
2. « Sumptibus et expensis restitutionem, integram satisfationem et
perfectam. »
3. « Et non nostram comoditatem aliqualiter impedire. »
4. V. ces instructions « ad informationem pleniorem et no.stram
intentionem sanius capiendam » dans Mas Latrie, /. c. pp. 302-8,
d'après les Commem.,\'[\, n° 426. Mézières se retrouve parmi les assis-
tants. Une décision fut prise le jour môme relativement au douaire de
Marie de Bourbon (Arch. nat., P. 1365', cote 1422, ap. Huillard-Bré-
holles, Titres de la maison de Bourbon, I, n° 3051).
5. Mas-Latrie, l. c. p. 308 (cf. Amadi. l. c.) : « à la prière et requeste
de nostre très saint père le pape et des communes. » Les Vénitiens
envoient le 2 mars, eux aussi, un ambassadeur en Chypre (/Irc/t.
d'État de Venise, Sen. Misli, 32, f« 107).
6. « Quelconque acort que les susdis feront. »
7. Ils n'étaient pas encore nommés le 20 mai, quand le roi, après
avoir cité les ambassadeurs génois, ajoute : « illi duoquos dicta comu-
nitas (Venetiarum) duxerit transmittendos. »
8. « Cassanus Cigala » et « Paulus Justinianus », instructions du
— 377 —
Aussitôt après la conclusion de l'accord avec les ambassa-
deurs des communes, Pierre I" se dirigea vers Sienne, où il
arriva au commencement du mois de Juin avec une suite de
trois cents chevaliers. « Et c'était une très belle gent et le
plus honorable seigneur et les meilleurs chevaux et les
choses les plus notables qui entrassent jamais à Sienne ' ». Il
fut reçu par les magistrats et par un grand nombre de bour-
geois, qui le conduisirent à l'église des Frères de Campo-
regi*, où il fit ses dévotions. Puis, après s'être reposé quel-
ques jours et avoir distribué des présents à ceux qui le
visitèrent, il quitta la ville et chevaucha vers Pise.
La réception dans cette ville, où il arriva le 14 juin, fut
très brillante. Le doge Jean dell' Agnello^et un grand nombre
de chevaliers, avec tout le clergé, sortit à sa rencontre, près
de Vicopisano''. Un baldaquin'*tle soie, porté par de jeunes
gentilshommes, en habits de même coupure, l'attendait. Il
entra par la porta aile piagge\ avec sa suite et son fils, âgé
de dix ans ". On le conduisit d'abord en grande cérémonie à la
Cathédrale, où il reçut la bénédiction, puis au palais de l'arche-
vêque, où il resta trois jours, aux dépens de la commune, qui
lui fit de riches présents. « Pendant ce temps, dit le chroni-
queur, Messire Jean le Doge eut plusieurs entretiens avec lui
et lui fit plusieurs promesses, de sorte qu'il reprit courage ' »,
20 mai (/. c). Paul « de Bancha » dans les Magistr. Rationalium
inlroitus et ea;<7?M (Archives de Gênes), 1369 (55), f» 11.
1. « Ed era molto bella gente, e il più orrevole signore, el meglio
cavallo, e colle più notabili cose, che signore entrasse mai in Siena •
(Cronicn Saticse, ap. Muratori, XV, 194 u). La date du jour manque
dans le texte.
2. « Al luogo de' Frati di Camjioregi » (ibid.).
3. V. sur ce personnage, qui régna quatre ans (1364-8) à Pise et Luc-
ques, avec le titre nouveau de « doge » Le croniclie di Giov. Sercambi,
Lucckese, publiées par Salv. Bongi (publ. de 17s/. slorico ital., I Rome
1892), pp. 126-7 et Ammirato, Ston'e florentine, éd. de Turin, 1853, t.
III, 307, IV, 15-16.
4. A un mille loin de Pise : « Veniva di Siena, e, passando Arno a
Vicopisano, se ne venue per il Valdarno ». Croiiica di Pisn, dans les
Rerum Ilnlicarum Scriplores de Florence, I, c. 743 a. Cf. Cronica di
Pisn, ibid-, c. 1048 a (chr. contemporaine peut-être, ms. de 1550).
5. Rer. II. Scr. do Florence, l. c.
6. « Uno suo figliuolo d'età d'anni dieci ». Cron. Sanese, L c; « cou
uno suo fîolo ch'avea cercha anni \\\ ». Chr. inédite de Ferrare —
1403, Bibl. roy. publique de Munich, lat. 850, f" 136. Sercambi, p. 137.
7. « In nel quai tempo Messer (liovauni Doge ebbe con quello molti
ragionamenti, e feceli moite promesse, tauto che e' riprese assai
— 378 —
Puis il prit, accompagné quelque temps par le doge, le chemin
de Florence, par Lucques, où on lui fit grande fête, par
Pistoie et par Prato, où il trouva probablement des réceptions
pareilles \
Il attendait de plus grands secours do la part des Floren-
tins, auxquels il s'était déjà adressé au commencement de ses
guerres. On ne connaît pas les résultats pratiques de sa
visite; quant aux fêtes qui célébrèrent son arrivée, elles
furent magnifiques : la commune paya ses dépenses ; un
grand banquet lui fut offert dans une église^; il donna à
Sainte-Marie-Nouvelle sa lance et son manteau royal, avec
son portrait et celui de son fils, en broderie. '' Il jouta enfin
dans les tournois qui furent célébrés à cette occasion '*.
A Bologne, où il arriva ensuite, Pierre P"" rencontra Frois-
sart, qui parle du roi avec émotion dans son Epinette Amou-
reKse" ; Eustache de Conflans, qu'il connaissait, raconta
d'abord au futur chroniqueur les guerres d'Orient et le motif
de l'arrivée du roi ^ puis il fut reçu par Pierre lui-même
« qui moult estoit sentans
D'onnour et d'amour grant partie. »
Le roi de Chypre habita à Bologne, où il put voir le car-
dinal d'Albano, Ange Grimoard, qui venait de remplacer
d'animo. » R. It. Scr. de Flor., l. c II visitait, dit .l'autre chronique,
toutes les « provinces du monde » « por andare a conquistare lo pas-
sagio, e andar contre 1' Infedeli » (/. c).
1 . Cronica di Pi sa, /. e. La chronique publiée par Muratori le fait aller
à Rome ; il aurait cherché le pape à Pise (L c). Cf. p. 377, note 1 du pré-
sent ouvrage. Croniche di Sercambi, 1, p. 137 (la miniature représen-
tant l'arrivée de Pierre !«■■ à Pise est surtout très intéressante).
2. A « santa. . . (sic) et tornô in santa Maria Novella ».
3. Bandini, Calalorjvs mss. Bibl. S. Laurent., Lut., t. 111, 373-4,
repr. dans Mas Latrie, Hisl. de Clujpre, 11.
4. « E bene lo faceva adestramente » (Cronica di Stefani, ms. de la
Magliabecchiana. ap. Mas Latrie, Ilist. Ch.. II, 313). Cf. Croît. Saiiese, L
c. : « E .stando in Firenze temero (!)i Fiorentini del loro stato... e li Fio-
rentini fero, che per l'avvenire nissuno signore entrasse in Firenze».
5. Edition Buchon des Chroniques, t. III, 501 :
Et c'est raisons que je renomme
De Cippre le noble roy père
Et que de ses bienfais me père.
11 l'aurait accompagné jusqu'à Venise (Froissart, éd. Kervyn, I', 170,
note 1). V. édition Schéler des Œ'Mî;/'c.v/9oe7«"(7Mt'S, Bruxelles, 1871, II, 11.
6. Buchon, ibid.
— 379 —
Androuin comme légat', dans le couvent bien connu de
Saint-Dominique, appartenant aux Frères Prêcheurs". Il
quitta la ville le lundi 10 juillet* et se dirigea, accompagné
de Froissart, vers Ferrare*. Pierre comptait y trouver
Charles IV, qu'il attendit deux jours au milieu des fêtes.
Le roi partit, accompagné jusqu'à San Felice par Hugues
d'Esté, se dirigeant vers Mantoue. Il y trouva l'empereur
qu'il accompagna, avec le marquis Nicolas d'Esté, dans son
voyage à Ferrare et à Modène peut-être, où l'on arriva le
4 août*. Il partit ensuite pour Venise, où il comptait s'em-
barquer.
^Pierre I''' n'était pas encore à Venise vers la tin du mois de
juillet (27 juillet), quand le doge permit le transport de 250
chevaux en Chvpre ^ 11 y trouva des dispositions assez favo-
rables, grâce aux concessions qu'il vehait de faire à Rome.
Les Prégades consentirent même, le 17 août, à lui fournir
2,000 rames' et des armes pour quinze cents ducats ^ On lui
permit aussi de transporter en Chypre, jusqu'au mois de
septembre, 300 personnes de sa famille ou de sa suite. Il alla
résider à Trévise vers le 21 août, quand des ordres furent
donnés en conséquence aux podestats et aux officiers de cette
1. Le 9 juin 1368 (Cron. di Bolorjna. Muratori, XVIII, 486 C).
2. « Alloggiô in San Domenico de' Frati Predicatori » (ihid.).
3. Ihid.
4. Où Tiercelet de Ferrare donna, par son ordre, 40 ducats « l'un
sur l'aultre » au chroniqueur {ibid.).
5. « Corne venue lo re di Cipro a Ferrara 1368. — A di .xi. de luglio
venne lo rè di Cipri cou bella zente, jier andare con lo imperadore
acompagnarlo. e stette in Ferara dui die. E quando el se parti,
messere Ugo Facompagnoe per tino a San Felixe. E possa in quello
anno, adi 4 d'agosto, azunse Carlo imperadore e messere Xiccholô in
Modeiia e messere Ugo andô a iîondeno a riceverlo, che vegnea da
Mantoa con lo rc de Cipri. » Chr. de Ferrare — 1409; ms. cité, f° 136.
Sur son séjour à xMantoue, Muratori. Ant. medii aevi, V, 1194. —
« E ando dall' imperadore ». Cron. di Bol., l. r. Cf. Cron. San.: « che
era suo parente » (O.et Mâcheras, 118. Il serait allé à Milan pour ré-
concilier Bernabo à l'Eglise (v. Mâcheras. /. c. et .Aniadi et Bustron. //.
ce). La paix fut conclue, cependant, par l'intermédiaire d'Etienne de
Bavière, gendre de Bernabo, et du cardinal d'Albano. Bzowski, II,
1344.
6. Archives d'État de Venise, Senato Misli, 32, f" 136, repr. par
Mas Latrie, Jlist. Ch., II, 312. Des ordres furent donnés le 26 jjour la
réception des « nuntios et familiares illustris domini Régis Cypri »
(Verci, St. délia tnarca triviginna. XIV, 28).
7. « Stellas ramorum » (de l'Arsenal), ibid.
8. « Juxta formam pactoruni », ibid.
- 380 —
ville et de Ceneda '. Mézières l'avait accompagné pendant tout
son voyage*.
Une bonne nouvelle vint l'y trouver à cette époque. Les
Arméniens, dont l'existence nationale était menacée sans
cesse par les Sarrasins et par les Turcs, avaient décidé de faire
un dernier effort. Leur roi, Constant ou Constantin V, celui
qui avait provoqué l'expédition de Lajazzo et que le gain seul
préoccupait, était évidemment incapable de tenir tête aux
envahisseurs et de rétablir son royaume, dont quelques
restes à peine subsistaient. L'exemple de Gorigos était là
pour montrer ce qu'on pouvait faire encore avec un autre
chef. Bien qu'après la mort à Venise de Bohémond, fils aîijé
de Jean de Lusignan, qui avait accompagné Pierre I" pendant
son premier voyage ^ la couronne d'Arménie dût revenir de
droit à son frère cadet Léon, le futur Léon VI*, une faction
offrit la couronne au roi Pierre, qu'elle alla peut-être trouver
en Europe ^ Le roi de Chypre qui n'avait pas montré, de
retour en 1365, à son parent réfugié dans son royaume, les
lettres d'Urbain V le recommandant au parti catholique®,
accepta cette couronne. Elle ne signifiait pas grand'chose
dans l'état présent du pays, mais pouvait lui être fort utile
dans ses guerres avec le Soudan, guerres qu'il attendait
encore, malgré les récentes négociations. 11 fit battre monnaie
1. Ibid.
2. Il se trouvait à Venise le 25 septembre, deux jours après le départ
du roi. V. plus loin.
3. 11 mourut en 1363, d'après Dardel {Ilùt. arm. des croisades, II,
36-7). Ayant connu trop tard pour les premiers chapitres de cet ou-
vrage, les feuilles contenant cette chronique, que je croyais encore
inédite (v. p. 357, note 6), j'ai répété aux pp. 110-11 les erreurs com-
munes sur l'histoire de l'Arménie à cette époque. Elles doivent être
corrigées dans le sens indiqué par le texte. V. aussi Verratum.
'i. Ou plutôt Léon V: c'est le titre qu'il prend lui-même (v. Dardel,
18 et 66. note 2). 11 était né en 1342 (ibid., 32). Sur sa jeune.sse v. la
même chronique, pp. 32-4.
5. Après son départ de Rome, d'après Machaut, pp. 222-3. — Le
parti national arménien demanda secours aux ^'énitiens : on répondit
le 11 oct. 1368 à la « reine d'Arménie » (probablement Marie, veuve
de Constantin IV et princesse d'y\njou-Tarente, v. Dardel, pp. 41, 42
et 42 note 2) qu'elle obtiendra des secours ou bien l'Arménie sera
comprise dans le traité avec- le Soudan. Le passage aura lieu peut-être
une autre fois (Archives d'État de Venise, Sen. Misti, 33, f" 37).
6. Arch. du Vatican, L. S., 247, f"^ 239 v"-40; Rinaldi, 1365, § XXI
(3 avril 1365), Dardel, pp. 35-7.
— 381 —
même, comme roi d'Arménie ou « Thakavar de tous les
Arméniens '».
Pierre était de retour à Venise le Ô septembre, quand un
banquet lui fut offert par le doge". Quelques jours après, le
23 septembre ', il s'embarquait avec une suite de plus de cinq
cents hommes sur huit galères vénitiennes, se dirigeant vers
son île. Peut-être de grands projets s'étaient-ils formés dans
sa tète et rêvait-il encore cette délivrance de Jérusalem, si
difficile à atteindre, malgré tous les efforts.
Mézièrcs se trouvait à Venise au moment du départ du roi,
avec lequel il avait réglé, pendant quatre jours, toutes les
affaires du royaume qui le regardaient et les siennes aussi,
au grand contentement de la clémence royale et avec hon-
neur*. Il était décidé à y rester encore quelque temps pour
des affaires qui le concernaient, affaires qui nous sont com-
plètement inconnues, puis il comptait se diriger vers la Curie
pour y traiter probablement des affaires de la croisade, si
cette paix avec le Soudan, qui n'était pas encore conclue,
n'aboutissait pas.
Deux jours après le départ du roi, le 25 septembre, il
écrivit une lettre des plus importantes pour sa personne et
1. « Bedros ou Pedros, roi ou thakavar de tous les Arméniens », pièce
à effigie cavalière, publiée par E. Langlois dans sa Numismatique de
l'Arménie au moijen <h/e> Paris, 1855, pi. VI, 9, p. 96. Sur une autre
monnaie, oi^i Munter(0//i Franiierncs Mynler i Orienten, Kjœbenhavn,
1806, in-4", pp. 32-8) a cru reconnaître le même titre, v. Buchon,
Recherches et malfriaux pour servir à une histoire (Paris 1811),
pi. VI, n" 16, et pp. 406-7. Les habitants auraient prêté serment au roi
et à ses successeurs, envoyant au prince d'Antioche les clefs des prin-
cipales forteresses (Machaut, /. c). Des ambassadeurs arméniens,
l'archevêque de Tarse à leur tête, se présentèrent plus tard, le
1«'' juillet i;}69, à Avignon, pour implorer du secours contre les Sar-
rasins. Cf. Rinaldi, 1372, § 30.
2. 600 livres « ad grosses » furent accordées à cette date par le Grand
Conseil (Bibl. de l'Éc. des Charles, XXXIV, 1873, p. 74).
3. Lettre citée au cardinal de Bologne. Machaut fixe la date de 28
septembre, le matin (p. 223). Ce jour-là Mézières rédigea à Venise le
privilège de noblesse de Jean Incuris (et non Mercuris, ainsi que lit
Lebeuf), bourgeois de Nuremberg, qui, ayant pris la croix, avait été
anobli par le roi « in preclara doiuo virtuosorum nobilium Cornerio-
ruin régie habitacionis, principibus et baronibus suis ac non modicis
nobilibus Veneciarum civibus presentibus », le 23 du même mois. Des
armes lui furent données à cette occasion, que Philippe interprète
symboliquement dans le privilège (Lettres, f"* 140 v- 1 v").
4. Lettre citée. V. p. 383, note 2.
- 38? —
ses idées. Elle est adressée au cardinal de Bologne, Ange
Grimoard. Mézières l'avait connu à Avignon pendant le
premier voyage du roi de Chypre. Urbain V, cédant aux
prières dos cardinaux \ avait nommé son frère, précédem-
ment prieur à Saint-Dié, évêque d'Avignon, dont le siège,
réservé par les deux papes antérieurs, était vacant depuis de
longues années ^ C'était un des chanoines les plus pieux et
les plus ponctuels dans l'accomplissement de leurs devoirs :
on louait sa science, sa « circonspection naturelle », sa pro-
bité et l'honnêteté de ses mœurs '. Quelques années plus tard
(18 septembre 1366), il fut élevé au cardinalat et devint
évêque d'Albano''. Urbain V lui confia peut-être une mission
auprès du roi de Castille, Pierre le CrueP, et ensuite la léga-
tion en Italie, où il remplaça Andronin, dont la politique de
conciliation et de douceur était dangereuse, maintenant que
son « grand ami » de Milan s'agitait de nouveau.
Mézières, qui venait de le revoir à Bologne, pendant le
séjour du roi dans cette ville, fut un des correspondants assi-
dus de ce prélat éclairé*^ qui dotait les chanoines de Mont-
pellier, dont il avait fondé le collège, de revenus et d'une
bibliothèque '. Un grand nombre de ses lettres lui sont adres-
sées et une familiarité respectueuse règne dans sa corres-
pondance avec le cardinal.
Le légat venait d'écrire au roi, avant son départ, des lettres
<c cordiales », auxquelles Pierre P'', qui n'en recevait guère,
paraît-il, pendant ce second séjour en Europe, s'empressa de
répondre : son chancelier devait lui remettre cette réponse à
Bologne, pendant son voyage à la Curie. C'est pour s'excu-
ser du retard que Philippe écrivit sa lettre du 25 septembre.
1. 3" yUa Urbani V, Baluze, I, 417.
2. Sponda, I, 773.
3. 1« Mla Urbani V, Baluze, I, p. 366. Cf.> Vita. l. c.
4. la Vila, 374.
5. Mariana, 1. XVII, ch. ii. Cf. Baluze, I, 993. « Cum litteratura
convenienti » (l'' Vita, l. c).
6. Cf. cependant la 3=» Vita, p. V17 : « Scientiam eminentem non
habebat. » Ce fut, assure-t-on, une des causes pour lesquelles Urbain
ne voulait pas l'élever au cardinalat.
7. 1" Vitn, l. c. Cf. 3» Vita, p. 417. Il fut ensuite rappelé par Gré-
goire XI et survécut vingt ans à son frère. Son testament, oii il re-
connaît Clément VII, date du 11 avril 1388 ; il mourut le 16 (Duchesne,
Hist. des card. franc., I, 588-9).
— 383 —
Il annonce d'abord le départ tout récent du roi pour l'Orient :
il était parti, plein de joie, avec une suite de chevaliers chyprio-
tes et d'autres qu'il avait rassemblés en Italie ou que sa renom-
mée avait attirés à Venise \ Il devait le visiter lui-même
bientôt, à moins que des affaires intéressant le roi ne le con-
traignissent à partir aussitôt pour Rome : « sous l'ombre de
vos ailes ». Après avoir parlé de ses propres affaires, il pas-
sait ensuite aux négociations commencées récemment par les
communes. Jamais traité n'avait été plus désastreux pour la
foi chrétienne que le dernier; tout le monde était de cet
avis. Les Sarrasins étaient comme toujours de mauvaise foi :
quatre mois après le départ de leurs ambassadeurs, les Véni-
tiens n'avaient pas obtenu encore la délivrance de leurs mar-
chands. Le roi était décidé à ne pas violer cette paix mal-
heureuse, puisque la volonté du pape était qu'elle se fît; on
croyait cependant à Venise que le Soudan ne voulait pas
l'observer. « Que le doux Jésus », dit-il, en terminant, « fasse
ce qu'il croira le mieux pour la république des chrétiens.'»
L'opinion des Vénitiens était fondée : les Sarrasins ne
voulaient pas la paix. Malgré les succès récents des frères
Grimaldi, qui avaient pénétré dans le port d'Alexandrie avec
leurs galères, au mois de mars 1368^, les ambassadeurs véni-
tiens et génois ne réussirent pas à conclure un nouveau
traité. Us étaient arrivés à Alexandrie au commencement du
mois de juillet ' et s'étaient dirigés vecs le Caire, après avoir
1. Il était venu sur une seule galère; il en fallut huit pour trans-
porter sa suite, au retour,
2. Bibl. de l'Arsenal, 499, f» 144 v°: « ... Audiat vestra reverenda
paternitas... dominum meum regem et cum eo... dominum comitem
Tripoliin cum galeis .vin. \'enetorum atque suis et quingentis personis
et ultra, inter homines armorum et familia(in) sua(m) domesticam,
xxin-^ die mensis hujus de \'eneciis recessisse... Expedivi namque per
gratiaia Del cum domino rege, secum per .ini. dies existente (sic),
omnia négocia regnum tangenciaac eciammea... nihilominus, ex quo
placct domino nostro pape, dominus meusrex ex parte sua indesinenter
et tirmiter tractatum et concordiam factam tenebit... Dulcis Jhesus fa-
cia* illudquod sibi melius videbitur in oculis suis pro republica chris-
tianorum... ».
3. Jean et Pierre Grimaldi arrivèrent à Famagouste avec un vaisseau
barbaresque qu'ils avaient capturé à Alexandrie, le l'""' avril 1368, Mâ-
cheras, 119. ("f. Amadi, 419. Le 10 mai mourut Jean de Sur, un des
meilleurs officiers de Pierre (Amadi, /. c).
4. Ils partirent en juin et arrivèrent à Hhodes, le 5 juillet. Cf. Mâche-
ras, 122 et plus haut, p. 876.
— 384 -
demandé des otages pour leur sécurité, otages qui furent
accordés fallacieusement par le Soudan, des condamnés à
mort ayant été habillés en habits d'émirs ', selon les chroni-
queurs arabes. Ils se présentèrent ensuite devant le Soudan
et demandèrent le renouvellement de la paix, d'après les
conditions proposées par le roi de Chypre. L'église du Saint-
Sépulcre, fermée depuis la prise d'Alexandrie, devait être
rouverte. Le Soudan demanda la restitution des captifs
d'abord ^ et deux galères chrétiennes partirent d'Alexandrie
pour obtenir du prince d'Antioche la délivrance des am-
bassadeurs sarrasins (8 août). Le régent les confia aux
envoyés, avec acte notarié, à Nicosie; les vaisseaux quit-
tèrent le port de Famagouste le 24 août.
Les ambassadeurs des communes refusèrent cependant
d'autoriser le débarquement des prisonniers, avant la rati-
fication du traité par le Soudan. Le conseil de régence pro-
testa violemment contre cette mesure, qui rendait vaines ses
intentions secrètes. Menkeliboghâ'', un des grands ennemis
de la paix, se jeta sur Cigala et le frappa au visage, en
criant : « Porc de vil prix, tu te moques de mon seigneur le
Soudan ! » Il ne se contenta pas de ce châtiment et le saisit
par la barbe, menaçant de lui couper la tète. Le même émir
qui avait conseillé jadis des mesures plus douces, intervint
alors, priant le Soudan de faire la paix ; on se borna à attendre,
pour déclarer la guerre, que le roi fût revenu d'Occident ;
on se rendrait alors mieux compte des forces dont il pouvait
disposer encore. On traîna donc les choses en longueur
jusqu'au mois de septembre, quand Cigala fut envoyé en
Chypre avec de nouvelles propositions, tout aussi peu sérieuses
que les premières. Le roi écrivit en vain une lettre indignée ;
tous les efforts échouèrent devant la mauvaise volonté des
émirs. Pierre P^ malade à Famagouste, en informa le pape*.
1. Weil, IV, 513-4.
2. Weil, ihid. Ils auraient proposé, si Chypre leur refusait les captifs,
de s'allier au Soudan. Tout cela est assez confus et on est réduit, pour
ces dernières négociations, à Mâcheras seul, sujet à caution parfois.
3. V. sur l'orthographe, Herzsohn, 45.
4. Mâcheras, 121-7. Cigala (KaiÇaT^f^v rxâps) revint cependant à Alexan-
drie et les négociations durèrent sans résultat jusque vers le milieu
de l'année 1369, quand elles furent interrompues pour un moment.
— 385 —
Mézières se dirigea-t-il vers Rome à cette époque, ainsi qu'il
se proposait de le faire? Eraploya-t-il ses efforts à obtenir
des secours? 11 dut apprendre vers le mois d'octobre, à
Venise encore peut-être, l'échec qu'éprouvèrent au Caire les
ambassadeurs des communes, et sa joie dut être grande en
voyant que la paix infâme n'avait pas été conclue. Les Véni-
tiens et les Génois se réuniraient peut-être, maintenant que
leur médiation n'avait pas réussi, au roi qu'ils avaient sou-
tenu jadis, et une nouvelle série de guerres aurait achevé la
défaite des Sarrasins. Le pape lui-même ne pouvait plus
recommander une paix qui était évidemment impossible.
Peut-être aussi fondait-il de grands espoirs sur cette cheva-
lerie de la Passion, qui devait fournir d'admirables combat-
tants au roi de Chypre. Avec de pareils soldats et un chef
dont la vaillance était proverbiale parmi ses ennemis même\
de grandes choses pouvaient être accomplies encore. C'est au
milieu de ces rêves de victoire que le trouva, au commence-
ment de l'année 1369, la nouvelle de la mort du roi, assas-
siné à Nicosie dans la nuit du 16 au 17 janvier.
Pierre P'' avait d'autres préoccupations en revenant en
Chypre* que celle de la croisade. Depuis longtemps déjà,
sa vie dissolue était connue en Occident ; le pape lui-même
était intervenu, dès l'année 1367, pour lui ordonner de re-
prendre sa femme et de chasser la concubine qu'il avait
admise dans son palais ''. La reine Éléonore profita de son
Ce qui est dit dans Machaut, p. 222, est faux. Cf. Amadi, p. 419 :
« El soldan prolongava la pace, perché udiva a molti di soi amirà
quali havevaiio diverse opinioni » ; Bustron, pp. 267-8.
1. « Tantum enim timorem (sic) invaserat Sarracenos post cap-
tionem Alexandrie ut novum proverbium inter se suscitarent. cum sibi
invicem maledicerent, dicentes : « gladius leouis Pétri régis le percus-
siat » {Oratio tragedica, f" 197).
2. Pendant le voyage, Pierre I»'' trouva à Modon, où il s'arrêta, sa
parente Isabelle de Lusignan. fille du roi Guy d'Arménie, mariée au
despote de Morée, Manuel. Elle lui déclara son intention de faire
épouser au jeune Léon de Lusignan Catherine, héritière de l'Arcadie,
et den faire son héritier. La mort de Pierre empêcha le prétendant
d'arriver au terme fixé et il épousa Marguerite, tille de Jean de Soissons.
V. Dardel, 37-9 et les notes de M. Ulysse Robert; Hopf, Chroniques
gréco-romanes, 472, \ii'' ; le même, Griechetiland, I, 449^.
3. Arch. du Vatican. 249, f - 22 v"-3: Rinaldi, X.Wl, 155; Reinhard,
Geschichte von Cijprus, I, 90 (2 déc. 1367). il écrivit à la même époque
à l'archevêque de Nicosie, l'exhortant à réprimander le coupable, en
employant même les censures ecclésiastiques. Le roi souillait ainsi,
N. JonG.\. Phiiippe de Mézières. 2ô
- 386 —
absence pour se venger : Jeanne l'Allemand, dame de Choulou
et veuve de Thomas de Montolif, fut saisie, jetée en prison
et soumise aux tortures les plus cruelles pour tuer l'enfant
qu'elle portait dans son sein. Elle fut transportée ensuite à
Cérines et jetée dans une fosse'.
Pierre P"" en fut informé et écrivit à sa femme une lettre
menaçante ; la concubine du roi fut enfermée alors au couvent
de Sainte-Claire, à Nicosie, où elle fut contrainte de prendre
le voile. Bientôt les plus mauvaises nouvelles arrivèrent de
Chypre en Italie : Jean Visconti dénonçait à son maître les
relations criminelles qui existaient entre la reine et le comte
de Rochas, Jean du Morf^ Le roi, qui aimait beaucoup sa
femme ^ partit aussitôt pour punir les coupables. La maladie
le retint quelque temps à Famagouste'', puis il se dirigea
vers Nicosie, où il convoqua la Haute Cour pour juger sa
querelle.
Les barons chypriotes n'avaient jamais été très favorables
à cette guerre continuelle, qui leur apportait du butin, il est
vrai, mais qui empêchait tout commerce entre l'île et l'Orient
et mettait en danger l'existence de cette « pierre jetée dans
la mer », qu'ils avaient défendue à grand'peine jusqu'alors.
Us ne voyaient pas la partie nécessaire des expéditions de
Pierre I", qui, en occupant l'ennemi ailleurs et lui donnant
une idée excessive de ce petit État, empêchaient l'invasion des
Infidèles. Ils murmuraient contre ces chevaliers de l'Occident
qui jouissaient de la confiance du roi et qui les éclipsaient
dans les combats ^ « Le Chypriote », dit le chroniqueur arabe
ajoutait la lettre, la gloire qu'il s'est attirée en combattant les Turcs,
comme « persécuter acerrimus »(ylrc/i. du Vatican, ibid., f"* 22-2 v").
1. Mâcheras, 127-9; B.ustron, 268; Amadi, A19-20. Les malheurs de
Jeanne l'Allemand ont été chantés par le peuple chypriote dans les
deux gracieuses pièces, dont on trouvera la reproduction à la fin de la
chronique de Mâcheras.
2. La lettre aurait été écrite le 13 septembre d'après Hustron et
Amadi, le 13 décembre d'après Mâcheras, p. 131. Les deux dates sont
également impossibles.
3. Mâcheras, 117; Bustron, 269; Amadi, 421.
4. «... Si fort malades devint
Qu'il jit en son lit moult griefment,
Sept semainnes entièrement »
(Machaut, p. 255).
5. « Ipsi vero malefici... in contemptum Uei conspiraverunt contra
Moysem, dicentes : hic contrarius est operibus nostris, mittamus lignum
— 387 —
qui a raconté la prise d'Alexandrie, « se montrait avare envers
ses nobles de Chypre, et tout ce qui lui revint à l'occasioii
de la prise de cette ville, il en fît don aux rois de l'Occident,
en priva ses barons et donna la préférence aux Français'».
Le Moïse et VAron de Mézières n'était pour eux qu'un
prince brouillon et aventureux, le fléau du pays ^ sur lequel
il régnait avec tant de gloire, mais avec tant de sévérité et
de violence aussi. Dès l'expédition de Tripoli, le mécon-
tentement était si fort que le prince d'Antioche crut de son
devoir d'en avertir le roi^
Aussi la Cour des Barons profîta-t-elle de cette occasion
pour se venger de ce maître odieux. Jean Visconti fut dé-
claré coupable d'avoir accusé injustement la reine et les sei-
gneurs s'offrirent à combattre pour défendre l'innocence de
leur souveraine. Le roi fit arrêter son serviteur fidèle, qui
mourut de faim et de soif dans la prison de BufFavent. Il
accepta le jugement des barons, non sans garder l'espoir de
punir ceux qui venaient de l'insulter par leur jugement*.
Une prison s'éleva par son ordre à Nicosie : elle était
destinée, disait-on, à contenir la reine et tous ces barons
factieux, qu'on attirerait dans la tour de la Marguerite, en
prétextant un repas. Les femmes et les filles des juges furent
in panem ejus et eradamus eum de terra et videamus quid proderit
ei congregatio Gallorum, Anglorum et Almannorum, qui quietein nos-
tram delicatam per regem nostrum perturbare solebant » {Or. Irag.,
f" 196 V").
1. Mss. de la bibl. royale de Berlin, Wetzstein, 11, 359-60, f» 169 v".
Cf. p. 100, note 1 du prés, ouvrage.
2. « Quia idem Moyses ipsos semper animabat ad sanctum bellum
Dei et acquisicionem sancte civitatis. Ipsi vero a juventute nutriti
eraiit in croceis luxuriis et multipliarie doliciis corporis...» (ibid.). Le
chroniqueur arabe parle aussi des marchandises qui restaient sans
prix à cause de la guerre et qu'ils voulaient porter à Alexandrie {l. c).
3. A Salines (Machaut, 254-5). Les seigneurs chypriotes avaient pro-
testé déjà quand l'expédition de mai 1366 avait été dirigée contre Alaïa.
Sermo de ambaxiata vicloriosissimi régis Jérusalem et Cipri fada
duci et communilali Vencciarum per caiicellarium Cipri, Bibl. de l'Ar-
senal, ms. 499, f"* 38 v" et suiv.: « Sed statim regia Magestas, audiens
ambaxatores predictos, indicit armatam suam predictam in Turquiam
transfretare et diverti ibique lucrata est lapides et sagittas et hoc in
indifjnacionem et nialivolenciain nobilium et aliorum de armata. »
4. Mâcheras, 136-41 (il tenait les détails de ce qu'il raconte de
« madame Losé », mère de Jean le Cuisinier, parèque de Jean du
Mort et nourrice des filles de Simon d'Antioche, ibid., 135). Le roi avait
délivré d'abord Jeanne l'Allemand (Mâcheras, 134 ; Amadi, pp. 421-2;
Bustron, pp. 270-1).
— 388 -
déshonorées par le roi, dont le désir do vengeance confinait
à la folie. Chaque jour, sa violence devenait plus grande'.
Les chevaliers continuaient, de leur côté, la même conduite
arrogante et révoltée. Le jeune prince de Tripoli, ayant de-
mandé au fils de Henri de Giblet, vicomte de Nicosie, des
lévriers turcs pour la chasse, fut refusé durement et son père
prononça même des paroles injurieuses qui furent rapportées
au roi. Pierre P' remplaça Henri, qu'il envoya à Paphos, et
son fils fut condamné à travailler avec des ouvriers de la
prison. Il voulut contraindre sa fille Marie ^ à épouser un
tailleur français établi on Chypre' et, comme elle résistait, se
réfugiant dans le couvent de Sainte-Claire, puis, à Fama-
gouste, dans celui de Notre-Dame-de-Tortose\ le roi lui fit
griller les pieds par le nouveau vicomte, Jean de Néville,
qui l'épousa plus tard^ Elle dut fouiller la terre ensuite, à
côté de son frère. Marie de Giblet s'en indigna et fit d'une
manière assez originale, s'il faut en croire les chroniques,
des reproches aux barons qui souffraient de pareilles indi-
gnités ^
L'emprisonnement du sire de Giblet, qui suivit bientôt sa
destitution, avait été fait, contrairement aux Assises du
royaume, sans consulter la Haute Cour ; les barons se déci-
dèrent à se plaindre. Ils allèrent en corps au palais, avec
1. Mâcheras, 141-2; Amadi, 422; Bustron, 271. La tour contenait
une église de la Miséricorde. Celui qui découvrit le projet fut le
confesseur du roi, Jacques, un dominicain (Mâcheras, 142. Cf. Bus-
tron, 271-2).
2. Veuve de Guy de Verny : « dame vefve, cointe et jolie » (Mâ-
cheras, 145 ; Machaut, 256). L'affaire avec les Giblet se passa à Akaki,
où le roi chassait le 8 janvier : Henri de Giblet habitait le casai Meniko,
avec son fils, sa fille Marie et une seconde, de naissance illégitime,
Louise. V. sur ces événements Mâcheras, 142 et suiv., Amadi, 422-3;
Bustron, 272-3 ; Machaut, 255-8 (il place les faits le 28).
3. Camus le Tailleur, .serviteur de Raymond Babin, Mâcheras,
145; Bustron, 272 : « un vil faute di stalla »; Amadi, 423 : « con un
staulier francese, nominato Caras » ; Machaut, 260 : « à un sien servant ».
Les Assises donnaient des règles pour le mariage des héritières. Cf.
Mâcheras, 153.
4. Cf. sur ce monastère, Mas Latrie, l'Ile de Chypre, 349 et note.
5. Mâcheras, 146. Jean de Néville, seigneur d'Azot, mourut le
11 janv. 1390 (Mas Latrie, l'Ile de Chypre, 372-3). Marie de Mimars
qu'épousa ensuite le même (?) Néville, mourut en 1393, son mari
étant, à cette époque, bouteilier de Chypre (ibid., p. 357). V. Ducange-
Rey, Familles d'Outremer, 287, 570.
6. Bustron, 272; Amadi, 423-4.
— 380 -
les deux frères du roi à leur tète, et exposèrent leur requête.
Pierre les traita durement et adressa des paroles injurieuses
à son frère aîné d'abord, puis à Jacques, le connétable, dont
il insulta la femme \ Les seigneurs partirent indignés: ils
devaient se réunir cette nuit même dans la maison de Ray-
mond Babin pour prendre une décision ^
Jean de Moustry s'adressa au roi après leur départ et lui
montra respectueusement l'imprudence de sa conduite.
Pierre P', qui se repentait déjà de ce qu'il \enait de dire,
le chargea de le réconcilier avec ses frères. Il monta aussitôt
à cheval et rencontra les barons, qui empêchèrent cependant
les deux princes de se soumettre. Le turcoplier revint au
palais et les seigneurs passèrent la nuit en conseil. On pro-
posa de faire au roi des remontrances, de lui montrer le texte
des Assises ^ qui défendait de pareilles violences, de l'ar-
rêter même ou de quitter l'île et de chercher leur fortune
ailleurs, si leurs efforts ne réussissaient pas. Les plus hardis
objectèrent cependant le caractère même du roi, la facilité
avec laquelle il avait violé déjà les serments prêtés à son
couronnement*, et proposèrent de l'assassiner, pour qu'il ne
pût se venger ensuite. Les deux princes se mirent à la
tête des barons, qui se dirigèrent vers le palais au milieu
de la nuit. Bien que le projet criminel ne leur fût pas com-
muniqué. — ils dormaient quand on le proposa — les disposi-
tions des barons, l'heure indue à laquelle ils se mirent en
1. Mâcheras, 147; Amadi, 'i2'i : « brutte parole «. « El re lo biasmô
lui et sua moglie molto villanamente ». Bustron, 274 : « e di più fili
tocô air honor di casa sua »; Machaut, 263-7 (plusieurs inexactitudes).
Henri lui-même aurait été enfermé dans la prison commune : son fils
et sa fille ne furent pas non plus soumis au jugement de la Haute
Cour (Mâcheras, 152-3).
2. D'après Mézières, Oral, trag., f" 197 v° : « Et cum eodem fratri-
cida (le roi Jacques) adhuc superest, ut credo, quidam baro, Remun-
dus Babin nomine, fere .c. annorum, in domo cujus tanta prodicio,
scilicet occidendi regem suum naturalem. fabricata fuit. » Les chro-
niques chypriotes placent la réunion dans la maison même du prince.
3. Qu'il aurait demandé de voir, avant le départ des barons (Mâ-
cheras, 148).
4. Pierre 11 jura, à son avènement, d'après Bustron, de respecter
« li privilegii de' buoni imperatori re, miei precessori, et l'assise del
re Almerico et del re Balduino, suo figliolo, et l'antiche assise et usanze
del reame ». Descrizione di Cipro (ms. de la Bibl. nat., à la date).
— 390 —
marche, la délivrance des prisonniers, du bailli de la cour',
d'Henri de Giblct et de bien d'autres, dont les griefs contre
le roi étaient multiples et sanglants, étaient autant de choses
très significatives'.
Malgré les prières de son chancelier, qui craignait depuis
longtemps une conspiration', Pierre l*"", avec sa confiance
chevaleresque, n'avait pas de gardes dans son palais. Les
chevaliers pénétrèrent facilement dans les appartements qui
donnaient sur la rivière : le roi dormait encore dans sa
chambre. Se réveillant, surpris, au bruit de leur entrée
tumultueuse, il en demanda la cause à Échive de Scandelion,
femme de Renier le Petit, qui se trouvait auprès de lui.
« Qui oserait venir à cette heure, si ce n'étaient vos frères ? »
Le roi les vit entrer bientôt dans l'appartement, le prince à leur
tête. Il demanda la permission de s'habiller et son frère sortit.
Les assassins pénétrèrent alors : Philippe d'Ibelin, seigneur
d'Arsur, Henri de Giblet et Jean de Gavrelle. Ils frap-
pèrent le roi de leurs poignards et, quand il tomba, le bailli
de la cour, Jean Gorab*, lui coupa la tête, pendant qu'on
retenait ses frères dans la chambre voisine. Des indignités
furent commises sur son cadavre, qui fut enterré secrètement
dans l'église de Saint-Dominique, auprès de Hugues IV '\ Beau-
1. Jean Gorab, enfermé cette nuit même et menacé de mort pour
une négligence dans son service (Mâcheras, 154-5).
2. Mâcheras, 154; Bustron, 274; Amadi, 425. D'après Bustron,
la plupart n'avaient pas abandonné le premier projet de conciliation ;
c'était, en tout cas, une heure bien singulière, pour venir la proposer.
— D'après le chroniqueur arabe, on aurait trompé le roi, en lui
annonçant l'arrivée avec une lettre de deux envoyés de son « cousin »
de Gênes (le meurtre est raconté sur les f'^^* 196 v"-7).
3. Sonrje du vieil pèlerin, II, f"98: « Et te souvengne, biaufilz», dit
la reine Vérité à Charles VI, « comment darrainement et nagueres le
tresvaillant roy de Chipre, Pierres de Lisignan, par deffaute de garde,
orriblement fu murtris en son lit dormant, car il fu négligent de
tenir la garde ordenée de son corps, telle que le viel pèlerin li avoit
acoustumé, et pluiseurs fois conseillé ». C'est cependant un certain
« Giblet de Cornalie » (Strambaldi : Roger de Juli de Cornalie), officier
de service, qui introduisit les conspirateurs. Cf. Machaut, 267-8.
4. V. Mas Latrie, l'Ile de Chypre, 355-6.
5. Mâcheras. 147-57; Bustron. 275-6; Amadi, 425-6. Cf. le chroni-
queur arabe et le récit, assez exact, de la Chronographia regum Fran-
corinn (II, p. 304), qui ajoute le nom de Pierre de Mimars, fils de
l'historien (v. Mâcheras, p. 310) à ceux des trois meurtriers. L'assassi-
nat fut accompli dans la nuit du 16-7 janvier, d'après Mâcheras et Amadi;
dans celle du 17-18, d'après Bustron (« et fo alli 18 di genaro 1368, al
alba », more venelo, sans doute). Un jour entier se serait écoulé entre
— 391 -
coup d'années plus tard, quand le monastère fut détruit, on
trouva ses éperons de cuivre doré, qui portaient écrits, dit
Etienne de Lusignan, « les noms des trois roys mages » *.
Pierre II fut proclamé aussitôt après l'assassinat du roi
son père*. Le prince d'Antioche devait gouverner pendant
sa minorité*. La Haute Cour, réunie aussitôt après le meurtre,
le 17 janvier'*, déclara que « les novelletés et plusiors cho-
ses que ou tens passé se faisoient sans Tassent et l'otroi des
hommes liges ^ «, devaient cesser et, pour empocher à l'ave-
nir de pareilles usurpations, les Assises furent remises en
vigueur, d'après le livre du comte de Jaffa, par une com-
mission de seize barons, au mois de novembre^ Toutes les
donations contraires aux Assises — parmi lesquelles celle du
fief d'Haïa Thalassa, donné à Échive de Scandelion par son
amant — furent révoquées'. Les amis de Pierre I" furent
persécutés partout : Jean de Moustry s'enfuit devant les
officiers du régent, fut enfermé et vint mourir de fatigue
sur un rocher, près de SataIie^ Un sort pareil attendait
la délivrance des prisonniers et le meurtre, ce qui est évidemment
impossible, le roi ne pouvant pas être surpris dans ces circonstances.
Le récit concorde dans les trois chroniques; celui que donne Machaut,
bien que son informateur, Gautier de Conflans, offrît d'en défendre
la véracité en champ clos, est terriblement dramatisé (267-71). —
Mézières soutient dans les deux passages cités, du Songe (cf. aussi
même ms., 1, f" 66 v») et de VOratio tragedica, que Pierre fut tué
pendant qu'il dormait. — Henri de Giblet est connu; sur Philippe
d'ibelin, v. p. 103 et note 1. 11 avait raison de haïr le roi si, c'est lui qui
avait été exilé en Occident, et dont la femme, Alix de Majorque, était
empêchée par Pierre de venir le rejoindre {Arch. du Vatican, 247, f°s
111 v°-12, 5 juin 1365; f» 150 v», 17 sept. ; cf. Mâcheras, p. 99).
1. Et. de Lusignan, f" 147 v».
2. Mâcheras, 157 ; Amadi, 426-7; Bustron, 276.
3. Le turcoplier lui offrit la régence, comme au plus proche parent
de Pierre 11 : il la refusa d'abord, puis l'accepta {Assises de Jéru-
salem, éd. Beugnot, préface).
4. Le 16, d'après les Assises (p. 1), date impossible, la réunion ayant
eu lieu « le meismes jour » que l'assassinat, le 17 donc.
5. Ihid.
6. Le 16. La commission en corrigea le texte, d'après « le livre du
comte de Jaffa », et le déposa dans une église. Elle était composée, pour
la plupart, des hommes du 17 janvier: Jacques le connétable, Philippe
d'ibehn, Jean du Morf, Henri de Giblet, Raymond Babin, etc. (ibid.,
p. 6).
7. Chronique de Dardel, 40. Surtout les fiefs donnés aux « forains »
détestés (ihid.).
8. Mâcheras, 157-8. Il était accusé d'adultère avec la femme d'un
des conspirateurs.
- 392 —
certainement Philippe de Mézières, s'il s'était trouvé en
Chypre.
Des ambassadeurs furent envoyés en Occident pour annon-
cer la nouvelle au pape et aux autres princes : le notaire
Barthélémy Escaface' partit dans ce but, sur une saïtie. Il
revint peut-être en Chypre au mois de février ; le pape avait
reproché amèrement à l'envoyé le meurtre du champion de la
chrétienté; cependant il s'était résigné: l'ambassadeur reçut
même des présents, un canonicat à Sainte-Sophie, cathé-
drale de Nicosie et la dignité de vicaire de l'archevêque^.
La douleur fut universelle en Occident, quand arriva la nou-
velle de cet assassinat. Le roi d'Aragon envoya des ambassa-
deurs à la reine pour la consoler'^; en Italie, en France, en
Angleterre l'indignation fut générale contre les rebelles et
les meurtriers. Malgré ses défauts et ses fautes, Pierre P""
resta le type du vrai chevalier, pieux et guerrier. C'était le
bon roi de Chypre*, le meilleur roi depuis cent ans\ le digne
émule de Godefroi de Bouillon*''. On se souvenait de sa force,
de sa bravoure, de sa grâce dans les combats'; la victoire
d'Alexandrie fut considérée comme le plus parfait exemple
du fait d'armes glorieux, les chevaliers qui jouissaient de
quelque réputation devaient avoir accompagné le défenseur
du Christ à cette occasion, ainsi qu'à Layas et dans ses
guerres lointaines ^ Froissart \ Pétrarque '", Cuvelier ",
1. Sur les Escaface (Scafas), originaires de Gênes, v. Mas Latrie,
L'Ile de Chypre, pp. 352-3, 354. On retrouve notre notaire, devenu
chanoine (v. dans le texte) en 1378 {Ilist. Ch., II, 372).
2. Mâcheras, 171.
3. Zurita, /Ina/es de Aragon, II, f" 357 v°.
4. L'Ermite de la Faye, ap. Mas Latrie, //is<. Ch., II, 426; Froissart,
éd. Kervyn, XI, 231.
5. Cuvelier, Chron. de Du GuescUn, I, 270: « le meilleur roy qui
fust par delà conversant V" ans a passé. »
6. Machaut, 273.
7. Machaut, 274. L'auteur l'avait vu lui-même peut-être, pendant les
voyages de Pierre l^"" en France. Cf. ihid. :
Et je meismes m'en merveil,
Quant à li pense et je m'esveil.
8. Chaucer, Canterbury taies, Prologue; éd. Skeat IV (1894), vers
51-60 ; cf. V, p. 240,
9. Éd. Kervyn, XI, p. 231.
10. Lettre citée à la p. 305. Cf. lettre à Philippe de Mézières, Senilia,
XIII, 2 : « Petrus, inclytus Cypri rex, indigni vir exitus, sed sacrae
memoriae. »
11. Passage cité dans la note 5.
— 393 —
l'auteur (le la Chronique de Du Guesclin, Machaut, Chaucer',
les chroniqueurs italiens et anglais parlèrent avec regret de
sa mort et firent l'éloge de ses brillantes vertus chevale-
resques ^
Mézières venait de voir le pape Urbain pour les affaires du
passage : il se trouvait à Venise quand cette douloureuse
nouvelle y arriva '\ Sa position en Chypre était ébranlée par
ce grand malheur et, ce qui était plus grave pour lui, la
cause de la croisade venait de perdre son seul représentant^.
Le monde où de pareilles trahisons pouvaient réussir était
décidément trop vieux ; la Terre-Sainte ne pouvait plus être
délivrée dans ces temps de décadence et de corruption ^ Avec
la mort de son roi, les fleurs de sa milice, dit-il, brisées
par cette tempête, se fanèrent".
Il voulait mourir dans son désespoir, ou quitter au moins
les cours des rois et le bruit des palais pour se consacrer au
Seigneur, dans cette « ville des eaux » qu'il aima tant pendant
toute sa vie ' et où il avait de vieux amis comme les frères
Cornaro, Fantin et Frédéric, et d'autres encore. Il avait
1. Chaucer, Canterhvnj taies; éd. Skeat IV, p. 23G.
2. 1" Vito, Urbani V, ap. Baluzp, I, 386-7; Joe. Zeni vita C. Zeni
(personnage semblable à Pierre h'"', moins l'idéal), ap. iMuratori, XI.X.,
212; cédulo de la secrète de Nicosie sous Jacrjues II : « le roi Pierre de
bonne mémoire, le grant » (l'ancien? cf. le titre de « il Valente », ap.
Bustron et ailleurs), ap. Mas Latrie, Hisl. Ch., II, 424. Les historiens
modernes ont insisté surtout sur le côté aventureux de sa carrière, côté
dont ils relèvent le comique. V. Mas Latrie, éd. de Machaut, note xvii ;
Reinhard, I, 263 (il lui manquait « eine bessere Erziehung » !),
Stubbs, 0. c, p. 192; Kugler, GeschiclUe t/er Kreuzziige, dans la coll.
Oncken, p. 422, Ces deux derniers écrivains en font un fou de génie,
bien à tort à ce qu'il me semble.
3. « Filio utique mulieris, divinadulcedine previdente et miserante,
cum beato papa IJrbano et in civitate Veneciarum illo tune existente
et négocia regia et Orientalia pro domino suo et ordinatione regali
procurante » (Or. trag., f° 197).
4..« Spe utique in dolore frustratus, tanto bono sui desiderii vide-
licet acquirendi 'l'errani Sanctam, producendi novam miliciam et multi-
plicandi fidem catholicam » (ibid., fo 197 v").
5. « Proditionibus invalescentibus et mundo advesperascentc et
in maligno posito, nec erat spes resurgendi » (ibid.).
6. Ibtd.. f" 197.
7. « Ipse illo tune in amaritudine anime sue utique in Domino
desidcrabat mori ac de .curiis regum strepituque aularum et libro
secularium pcnitus deleri.... desiderio desiderabat in civitate eximia,
domina aquarum, scilicet in civitate Veneciarum, vitam solitariam
ducere debere, et, gratia distillante, peccata sua et infelicitatcm
quoque plangere ». Or. trag., i" 197 v".
— 394 —
dépassé déjà la quarantaine et n'avait plus foi dans sa mis-
sion : il devait effacer son nom du livre des séculiers et
entrer dans un cloître' . Cette intention fut réalisée pour quel-
que temps, et quelque monastère de Venise, celui des frères
Verbérésde Saint-Jean probablement ^ auxquels il donna plus
tard un fragment de la vraie croix, le reçut dans ses murs.
Une de ses lettres est datée de sa « cellule » ^
S'il ne pensait pas à revenir en Chypre, où régnaient les
assassins de son « roy de lacrimable et victorieuse mé-
moire'* », il ne quitta pas cependant les affaires de ce monde,
ainsi qu'il se le proposait dans son désespoir. Ce qui est cer-
tain, c'est qu'on ne rencontre pas de trace de son activité
pendant toute l'année 1369, qu'il semble avoir passée dans
son couvent, sans s'occuper de ce qui se passait dans cette
île de Chypre, qui était devenue, dit-il, le champ d'Alche-
damach ou du sang^
1. Ihid.
2. Miracoli délia croce santissima délia iscuola di San Giovanni
Evangelista in Venezia, ap. Mas Latrie, Bihl. Èc. Ch., XXXIV, 75,
note; cf. vas. 499 de l'Arsenal, f"^ 142-3 y°. Cf. f'^ 143 : « Nunc vero in
cellula temporaliter satis pulcra Veneciis aliqualiter quiesco, come-
dens panem lacrimarum, desiderans post tergum meum proicere
omnia peccata mea, expectans eciam adventum domini nostri Jhesu
Christi », écrit-il à Gérard de Dainville, son frère utérin, évêque de
Térouanne.
3. Adressée à l'évêque de Térouanne. V. note précédente.
4. Songe du vieil pèlerin, I, f" 82.
5. Ibid., I, f° 66 v° (Archeldenriach, Haceldama ailleurs, d'après S.
Mathieu, c. xxvii, v. 7-8, « ager sanguinis »). Cf. Chron. d'Érnoul,
éd. Mas Latrie, 203 : Caudemar ou Chaudemar.
Sur la culpabilité des frères du roi assassiné, v. Songe, 1, f"^ 83 :
« du quel frère, nostre roy à présent (Jacques), et des dois de sa destre
main dequeurt encore le piteux sang humain du tresvaillant son aisné
frère, le roy Piere »; Oral Irag., f" 196 v" : « germina viperarum duo,
fratres ipsius incliti régis et omnes barones regni secrète consilium
inierunt ut ipsum dolo tenerent et occiderent... inclito rege... igno-
rante et in securitate in regiis et palatio proprio existente, malefici et
fractores fidei, proditores inauditi, sanguineas manus injecerunt in
christum Domini, regemvidelicet suum et dominum naturalem, ipsum
in lecto proprio, sub canopio secure dormientem, gladiis inhmuaniter
ipsum letaliter vulnerando, uno fratre suo présente, crudeliter occi-
derunt. » Machaut partage cette manière de voir (/. c). Toutes les
chroniques occidentales contemporaines désignent les deux princes
comme les chefs des meurtriers (Cuvelier, l, 270; Christine de Pisan,
dans P. Paris, Les mss. français, V, 145; Vita Urbani V, ap. Baluze,
L 386-7; Petit Thalamus, 383'; Chr. des quatre Valois, 251; cf. 200, 260;
Ub. Foglietta, Annal. Januens., ad ann. (d'après Stella seul?); Chron.
Eslense, Muratori, XV, 491 d ; Cran, di Pisa, Rer. It. Scr. de Flo-
— 395 —
On possède cependant la lettre qu'il adressa, vers le com-
mencement de cette année peut-être, à l'évêque de Trévise, et
cette autre, si pleine de rhétorique, où il félicita Thomas
de Farignano, général des Mineurs et plus tard cardinal et
patriarche de Grade, d'avoir été absous dans le procès
d'hérésie que lui avaient intenté des envieux'. Pétrarque
lui-même, ami de Thomas, avait plaidé sa cause devant
Urbain V^
La lettre adressée à Pierre de Boanis (Boïano ?), évêque de
Trévise (1359-94), porte une date, le 8 février, sans indication
d'année. Il avait pu connaître, pendant ses voyages en Italie,
ce prélat célèbre par sa piété; il s'adressait à lui, cette fois,
dans le but de demander des secours pour les chartreux de
Montello, dans son diocèse, qu'il avait visités tout récemment,
avec le neveu de l'évêque, François*. Il les avait trouvés dans
rence,I, 743 a; Crow. di Pisa, Muratori, XV, 1048 n; Chron. Placent.,
ibid., XVI, 608-9 ; Cron. di Sercambi, I, 137 ; Froissart, éd. Kervyn,
XI, 231; Chron. (fer deutschen Stildle, Strassburg, II, 878; Mainz, II,
190, 3-5 ; Lûbeck, I, 540, 6-7). De même l'anonyme arabe de Berlin
désigne « le prince » comme c/ie/' du complot (/. c). II n'y a que les
chroniques chypriotes (Mâcheras, p. 157; Bustron, p. 276; Amadi, 426),
rédigées beaucoup après les événements (la plus récente, celle de Mâ-
cheras, fut écrite sous le règne du fils d'un de ceux qui avaient profité
du meurtre), qui s'efforcent d'écarter toute participation des frères du
roi. M. de Mas Latrie a soutenu plusieurs fois cette même thèse (///.s7.
Ch., II, 342; éd. de Machaut, notes 83, 88, 89, 94, 95). Ce qui plaide
encore contre elle, c'est que Mézières n'avait aucune raison de quitter
pour toujours le royaume, si les frères du roi n'étaient pas les complices
du meurtre, dont ils favorisèrent les auteurs; le caractère des person-
nages qu'ils accompagnèrent au palais et leur conduite ne pouvaient
pas laisser de doute non plus sur leur but. Les plaintes de la reine
Eléonore n'étaient pas de pures calomnies : elle prétendit venger son
mari, dont elle montra la chemise sanglante au fratricide, quand, dans
unguet-apens approuvé par le jeune Pierre II, qui y était présent, elle fit
tuer le prince d'Antioche. Il ne faut pas oublier du reste qu'on est au
.\iv« siècle, où de pareilles mœurs n'étaient pas une exception : qu'on
se rappelle Jeanne de Naples et André de Hongrie, les soupçons qui
atteignirent Louis d'Orléans, le meurtre de ce dernier, etc.
1. Ms. de l'Arsenal, f°* 144 v"-5 \°. Cf. Wadding, Annales Minorum,
1368. Il fut suspendu de ses fonctions, une année après avoir été élu,
en 1368. Cela ne dura qu'un mois, ce qui permettrait aussi de dater
de cette môme année la lettre de félicitations de Mézières. V. aussi
Rpv)ie hislorique. XLIX, 315. Farignano (Frignano) appelait à Rome,
en 1382, le roi détrôné d'.\rménie, Léon VI (Dardel, p. 104).
2. Pétrarque, Senilia, 1. XI, ép. 12.
3. « Révérende pater et domine karissime... visitavi montem do-
mini (« mons autem prelibatus, videlicot Montellus, in terminis vestre
hereditatis spiritualis ac gregis vobis commissi situatus ») in quo, ut
pie loquar, sancti Dei habitant, nobili ac circonspecto viro domino Fran-
- 396 —
un état digne de pitié, dit-il ; on ne pouvait voir sans larmes
leur pauvreté et leur ignorance. Plus malheureux que les
oiseaux, qui ont des nids, et les renards, qui ont des tanières,
ils erraient par la campagne, exposés à la pluie, sans avoir la
nourriture nécessaire. De plus, les livres leur manquent
« pour glorifier l'agneau » et ils n'ont pas de vêtements. Un
riche hourgeois de Trévise se montrait disposé à offrir 50,000
ducats pour bâtir un hôpital ; cet argent serait plus néces-
saire aux malheureux serviteurs du Christ. L'évêque devait
intervenir en leur faveur et Pierre de Boïano, qui signala
son règne par des fondations nombreuses, — dans la cathé-
drale de Trévise, le palais épiscopal, l'autel de Saint-Marc,
où il déposa de précieuses reliques', — écouta peut-être la
prière du chancelier^
Néanmoins le prince d'Antioche qui devait craindre cet en-
nemi, dont il ne pouvait pas se saisir, continua avec Mézières
les bonnes relations qui avaient existé jadis entre le chance-
lier et le roi, son frère. Il lui adressa plusieurs lettres dans
cette même année, lui annonçant les événements qui se pas-
saient dans l'île et lui demandant probablement son avis. On
ne le chargea pas naturellement de cette mission à la curie,
qui fut remplie par le notaire Barthélémy Escaface. Il se
trouvait dans son couvent à Venise, mangeant « le pain des
larmes '^ » et attendant l'arrivée du Seigneur quand il apprit,
avec de bonnes nouvelles sur la santé du jeune roi qui pro-
gressait en âge et en sagesse au milieu du respect général,
la rupture définitive des négociations en Egypte*.
cisco, dilectissimo vestro nepote, me ducente, santé (sic) procurante et
bénigne associante » {Lettres, f° 143 v»). La date de 1369 paraît pré-
férable : il était petit-être à Venise, vers le commencement de l'année
suivante et certainement ailleurs vers la même époque, en 1368. Cf.
Lebeuf, XVII, p. 495.
1. Ughelli, Italia sacra, V, 487-8.
2. Mézières le remercie pour un envoi de vin et de drap (pannis
delectabilibus) (lettre citée).
3. « Panem lacrimarum » (lettre à Gérard de Dainville).
4. « Juvenculus rex Cipri, dominus meus, per gratiam Dei bene stat,
proficit enim etate et sapientia apud Deum et homines et a domino
principe... et ab omnibus indiferenter honoratur et videtur diligi...
Prcdictus dominus bajulus Cipri per literas suas continuas facta sua
atque regni familiariter mihi committit, sicut faciebat dilectissimus
meus dominus rex preclarissime memorie» (letti'e citée).
— 397 —
En effet, au mois de juin 1369, Jean du Morf se présenta
devant Alexandrie', avec quatre galères, et demanda la con-
clusion de la paix, tant de fois ajournée par le Soudan. L'en-
trée du port lui fut refusée et il s'en vengea en attaquant
une galère maghrabite, puis les ports de Sidon (Saïde), Bey-
routh, Giblet, Tortose, Laodicée et Lajazzo ; Batroun fut
brûlée. Il revint à Famagouste, le 22 juillets
L'arrivée de cette nouvelle en Occident révolta le pape et
les communes ; elle remplit au contraire de joie celui qui avait
déconseillé le plus cette paix « infâme », Philippe de Méziè-
res. Les ambassadeurs chypriotes, ainsi que ceux de Rhodes,
de Gènes et de Venise, écrit-il à son frère, l'évêque de Té-
rouanne ^ sont revenus sans succès, malgré les prières humi-
liantes des chrétiens, qui s'étaient obstinés à fléchir la vo-
lonté du Soudan. Ce serait maintenant le moment de com-
mencer une action énergique pour venger ces injures, celui
d'envoyer en Orient les compagnies qui dévastent la France
et l'Italie. Les communes ne se décideront pas à faire ce pas
cependant, à cause de leur avarice, et les Sarrasins continue-
ront à perpétrer leurs infamies, puisque personne ne s'élève
pour défendre le Christ et venger les crimes des chrétiens*.
11 se trompait cette fois. Les communes s'étaient décidées
à prendre des mesures énergiques contre le Soudan. Venise
prit l'initiative et invita les Génois à envoyer aussi des ambas-
sadeurs auprès du pape. Pierre Morosini et Nicolas Giustiniani,
représentant le doge Contarini, se réunirent à Gabriel Caltaneo
et à Thomas Miono, dans la petite ville de Viterbe, d'où ils se
dirigèrent vers Montefiascone, pour y trouver Urbain V. Un
1. Parti le 3 juin. Mâcheras, 158-61 {double récit); Amadi, 427. Cf.
Bustron, ad ann.; Maqrizi, ap. Weil, IV, 523, note 4; Herzsohn, 6, 39.
2. Ibid.
3. Ms. de l'Arsenal, f" 143 v" : « Sed heu ! non est qui zelet pro Cliristo
necqui expiet scelus christianorum». Lebeuf croyait la lettre écrite en
1362 et adressée à Gilles Ascelin de Montaigu (XVII, 496). Nous lui avions
assigné d'abord la date de 1370 (Revue I/isL, art. cité, pp, 315-7), le
meurtre du roi y étant représenté comme datant de l'année passée
(anniis praeterilus). L'état où il présente les négociations permet de
fixer une date plus certaine. Ces négociations r«'ommencere/(< en juillet
1370 et rien ne vint les interrompre jusqu'à la conclusion de la ])aix.
Vaniiiis prncteritus s'explique par le système chronologique qu'emploie
parfois Mézières, ainsi que Machaut.
4. Morne lettre.
— 398 -
décret du Conseil venait de défendre tout commerce avec les
Sarrasins'.
Un traité d'alliance contre le Soudan fut conclu enfin, le
28 juillet. Chacune des parties devait fournir deux galères,
qui partiraient au mois d'août et demanderaient, à Rhodes,
l'adhésion du Grand-Maître et du gouverneur de Chypre. Puis
elles devaient aller à Alexandrie et y séjourner jusqu'au
mois de novembre, demandant au Soudan la restitution des
captifs et, s'il refusait, le menaçant de représailles contre les
vaisseaux de ses sujets. Tout commerce devait être empêché,
même sur les galères appartenant à d'autres nations chré-
tiennes: aucun Infidèle ne pourra entrer dans les eaux de
l'Egypte, sous peine de confiscation des marchandises. Si
toutes ces mesures ne réussissaient pas enfin, une campagne
en règle devait commencer avec le mois de mai de l'année
suivante et durer jusqu'à la fin de novembre, sous le comman-
dement alternatif des commandants de galères génois et véni-
tiens. La ligue cessera aux fêtes de Noël de cette même année K
Le manque de pouvoirs des ambassadeurs génois empêcha
quelque temps les préparatifs ; la République fut sommée de
ratifier le traité jusqu'au 15 août, sous peine d'amendée
Guy Trevisan fut nommé capitaine pour Venise; les deux
galères lui furent confiées aussitôt.
D'autre part, Pierre Malosello était arrivé en Chypre, en-
voyé par le pape, le 5 août. Le chambellan exposa au prince
ce qui venait de se passer à Montefiascone : deux ambassa-
deurs chypriotes partirent vers Rhodes pour se réunir aux Vé-
1. Caroldo, f"^ 217 w°. Les pouvoirs furent donnés à Giustiniani et
Morosini, le 16 juin. Commem., VII, n" 513; t. IIJ, p. 8'i. On trouve
dans les Ma,gistroruni Rationalium inlroilus et exilus, 1369(55), f" 92 :
« die Mil" Jun. (1369). Gabriel Cataneus et Thomas de Illionis (s«e.^),
nuper ambaxiatores electi pro factis Alexandrie, ad eundum Monte-
flaschonem, ubi nunc residet curia romana, pro se inveniendo cum
ambaxiatore ^'enetoruIn, debent nobis lib. DCL. » Ils étaient accom-
pagnés par un scribe et sept autres personnes.
2. On fixait une amende de 20,000 florins : le traité fut conclu dans
le couvent des Mineurs. Commem. , VII, n" 512; t. III, p. 84. Le pape
avait autorisé la ligue dès le 26. Ihid., VII, n° 509; t. III, p. 83. Il dé-
fendit tout commerce avec les Infidèles, exhortant les chrétiens à les
attaquer, le 27. Ibid., \\" 510, p. 83. Cf. aussi Comm. Vil, n"^ 514 et
515, t. III, p. 85.
3. Commem., VII, n" 513: t. III, p. 84 (28 juillet). Cf. sur les indul-
gences, Chron. Martinienne, i°^ 159-9 v°.
— 399 —
nitiens et aux Génois, le sire de Cassis et Jean Gorab, le bailli
de la cour'.
Les ambassadeurs, réunis à ceux du Grand-Maître, se diri-
gèrent alors vers Alexandrie, où le Soudan leur offrit des
saufs-conduits pour aller au Caire et traiter de la paix. Les
mésaventures de Cassano Cigala avaient rendu cependant
d'une prudence excessive ces nouveaux négociateurs : ils
demandèrent des garanties qu'on leur refusa. La réponse du
Soudan fut brève : ils n'avaient qu'à venir ou à s'en aller. Ils'
préférèrent la dernière alternative et s'éloignèrent après
avoir écrit une lettre injurieuse qu'ils plantèrent sur le bout
d'une pique, dans le port. Les ambassadeurs des communes
revinrent à Rhodes ; les deux envoyés du prince se rendirent
à Paphos, où ils débarquèrent le 9 décembre. Ce furent les
seuls exploits de la grande alliance du mois de juillet ^
Le reste de l'année se passa sans que des mesures décisives
fussent prises contre les Sarrasins. Mézières en fut affligé ;
les espérances qu'il venait de former encore une fois sur « le
fait du passage » s'évanouirent. Les communes ne parais-
saient pas disposées à entreprendre quelque chose de sérieux
et, ce qui était plus grave, les Sarrasins se préparaient à
attaquer les deux îles chrétiennes. Leur état est dangereux,
écrit-il dans sa lettre au protonotaire Nicolas d'Osimo, dont
il connaissait les dispositions favorables pour le jeune roi et
son royaume ^ Il le félicite d'avoir appuyé à la curie la nomi-
nation du prieur de S. Mathieu (Mattia) de Murano, comme
1. Mâcheras, 161-2; Amadi, 427; Bustron, ad ann. Jean Gorab
(Gorap) fut auditeur de Chypre en 1376 et 1391, seigneur de Césarée
(Mas-Latrie, L'Jle de Chypre, 356; v. page 390 du prés, ouvrage, et l'ins-
cription du tombeau de sa femme, Vile de Chypre, 355-G).
2. Mâcheras, 163-4. Amadi et Bustron, //. ce. Cf. Mag. Rnl. inlroihis
et exilus. aux Arch. de Gênes, 1369 (55), fo* 172 v, 177, 193 v».
3. Ms. de l'Arsenal, f"^ 142 v"-3. Cf. pour la date Lebeuf. XVll, 495.
Quant à Nicolas (et non A.)d"Osimo il fut notaire et secrétaire du pape,
pendant les années 6-7 (probablement, le registre de cette année man-
quant dans les Archives) et 8 du pontificat d'Urbain V (v. reg. 249, 250,
des Archives, au commencement). On lui permit, pendant cette dernière
année, de résider « liors de la curie » {exlra curiam). Sur son activité
littéraire, V. Fabricius. Bibl. latinaet le catalogue de la Bibl. de S. Marc
par ValontinoUi, 11, 209. La lettre de Mézières est antérieure à son départ,
qui eut lieu dans les premiers mois de 1370. — Philippe intervint aussi
au même moment pour le couvent de S. .\ndré à Venise, dont le prieur
élu, Jean Bono, porta la lettre adressée à Nicolas d'Osimo {lettre citée).
— 400 —
premier abbé du Mont-Cassin, après de longues années de
vacance. André de Faënza', l'ami de Mézières, venait d'être
nommé en effet à cette dignité, le 5 décembre 1369 \
Dans la même lettre, Mézières parlait d'un départ pour la
curie, départ que rendit inutile l'arrivée des ambassadeurs
nommés par le prince. II ne comptait venir lui-même à Rome
que si sa présence était nécessaire et priait le protonotaire de
l'avertir, si ce cas venait à se présenter. Il paraît bien que,
pendant cette année encore, ce voyage ne se fit pas.
En effet, les envoyés mentionnés par Mézières étaient
arrivés en cour de Rome dès le commencement de l'année 1370.
L'évêque de la nouvelle Pliocée et ses deux compagnons, Guil-
laume de Zurivaco, chevalier et maître Georges Syativa,
docteur en décrets, présentèrent au pape des lettres du prince,
demandant des secours ^ Éiéonore s'était servie de la même
voie pour faire connaître ses plaintes à la curie.
Des mesures, assez faibles, il est vrai, furent prises aussitôt
par Urbain V, qui partageait les inquiétudes du régent sur le
sort qui attendait les chrétiens de l'Orient. Le doge Adorno
et son collègue Contarini, la reine de Sicile même furent
invités, par des lettres du 21 janvier 1370, à se souvenir de
la solidarité qui devait exister entre tous les fidèles et à
1. André fut chargé par le pape, avec un autre abbé, de visiter les
couvents du territoire vénitien, le 27 oct. 1364, Commein., VII, n° 186 ;
t. m, p. 36. Cf. n" 187, ihid. C'est à cette époque peut-être que Phi-
lippe fit sa connaissance. L'abbaye du Mont-Cassin, devenue depuis
longtemps un évêché, n'avait plus d'abbé, dès l'année 1367, quand
mourut Angelo Orsini. Elle fut administrée quelque temps par des
vicaires, frères Raymond, Marzio, Hugues. Une bulle, datée de Mont-
pellier, déc. 1367, en fit de nouveau une abbaye (Tosti, Sloria di
Monte Cassino, IV, 53-8).
2. Arch. du Vatican, 250, fo^ 13-3 v° (5 déc. 1369, an 8). Tosti
donne la date de 1370, due à une erreur de calcul, dans la détermi-
nation de cette huitième année. Le couvent de S. Mattia (\\ existe un
couvent de nonnes du nom de 5. Matleo, dans la même île de Murano)
appartenait aux Camaldules (Caliman. ordinis, ap. Mézières; cf.
Lebeuf, l. c). André mourut trois ans après (Tosti, 63). Les Camaldules
de Murano avaient été autorisés, le même jour, à choisir un autre abbé
(Arch. du Vatican, 250, f"^ 12 v"-1.3).
3. « Venerabilis frater episcopus Folienove ac dilecti filiiGuillelmus
de Zurivacho (Zurnigi, dans Mâcheras, 171), miles, et magister Geor-
gius Syativa, decretorum doctor, ambaxiatores tui, ad nostram pre-sen-
tiam destinati, nonnulia pro salubri statu carissimi in Christo filii
nostri Pétri junioris.... et regni Cipri, nobis... sepius exponere cura-
verunt » (ibid., f" 30).
— 401 —
accorder leur concours au jeune roi de Chypre, pour qu'il
pût se défendre ou obtenir une trêve '. Le régent fut exhorté
(l*"" février) à sauvegarder l'existence politique du royaume
qui lui était confié ; il témoigna à la reine sa profonde compas-
sion pour ses malheurs et ceux de son fils \ Puis, avec ces
promesses rassurantes, les trois ambassadeurs quittèrent la
curie, se dirigeant vers leur île. Le Grand-Maître fut invité
aussitôt à défendre le petit royaume contre l'invasion des
Turcs et des Sarrasins (13 février) ^. Le prince d'Antioche et
le Grand-Maître adhérèrent ensuite à l'union vénéto-génoise
de 1369 et le pape exhorta les deux doges à prolonger le terme
de leur alliance jusqu'après les fêtes de Noël 1370 (18 mai)'\
Cette prorogation n'était plus nécessaire. Dès le commence-
ment de l'année, le Soudan, effrayé par les armements du
prince d'Antioche, avait délivré deux marchands italiens, le
Vénitien Marc des Priuli et le Génois Barthélémy Mallonc", qui
se rendireiit en Chypre avec dos propositions de paix. Le
prince défendit le départ des vaisseaux et offrit une trêve, tout
en refusant de traiter séparément (février 1370) ". Deux autres
prisonniers suivirent les premiers ; Pierre Cattaneo et Bernard
Deche/ite (di Conte?) arrivèrent ù Famagouste pour y deman-
der la paix au nom du Soudan. Thomas Terras" et Etienne
Fardin se réunirent, de la part du prince, aux ambassadeurs
1. « Quamdiu erit in obediontia carissiini in Cliri.sto fîlii nostri,
Pétri, régis Cipri illustrissimi, tam in gucrra, «luam pace ac treuga,
que contiiigeret ])er vos Hori ciim Infîdelibus prelibafis » (Airh. du
Vaticnn. 250, f" 21 ; f" 21 v"; ibid.).
2. Ihid., f" 30: « Tibique... tuo nato paterne eompatimur de adversis,
teque et ipsum babenuis in visceribus caritatis, et in biis que pro
tempore poterimus, favoribus apostolicis intendiinus confovere. Con-
fortare igitur, carissinia filia, et (le dicto tuo nato in pueriiibus annis....
custodiani habeas diligenteni » (13 février).
3. Ibid., f" 30 v». Des dîmes pour trois ans avaient été imposées en
Chypre, dans ce but peut-être, dès l'année 1368 (le 8 juin) : Bérenger
Grégoire devait les recueillir (/6e«f., 2'i9, f" 122, f" 12'* v").
4. Ihid., 250, f" «1 (lettre à Contarini), 81 \" (lettre à Adorno) :
« ad (juam dilecti filii, niagister et conventus llospitalis... et guber-
nator regni Cipri, nomine ipsius régis, accessisse dicuntur » (ihid.).
5. Ualdi, Mâcheras, 167.
6. Mâcheras (fausse date : 10 févr. 1369) : les communes furent
averties de ces propositions. Un Priuli ])ri1 possession, plus tard, de
l'ile, au nom de la Uépublique (1489). Mas-Latrie. L'Ile de C/njjire,
400-1.
7. Jean Bédouin remplaça Terras, qui vint à mourir (Mâcheras. 166).
Cf. Bustroii, 275.
N. JoRGA. Philippe de Mézières. 26
— 402 —
des communes qui étaient arrivés h Rhodes ' et à l'envoyé du
Grand-Maître, le grand prieur d'Auvergne ^ Ils partirent de
Famagouste, le 28 juillet, et arrivèrent à Alexandrie le 6 août.
Les marchands et les ambassadeurs des communes débar-
quèrent seuls pour s'entendre avec le Soudan, qui offrit de
délivrer les prisonniers sans restituer leurs biens. Doria
et son compagnon furent jetés en prison pour avoir nifusé
cette proposition ; cependant le Soudan finit par céder. Bédouin
arriva au Caire et conclut la paix, que le prince devait ratifier
ensuite. Deux amiraux, chargés de cette mission, débarquè-
rent à Famagouste le 29 septembre et, malgré leurs bravades,
la paix fut jurée solennellement par le bailli du royaume et
proclamée à Nicosie et ailleurs \ Les conditions étaient de
beaucoup plus défavorables que celles de L"368 : les pèlerins
devaient payer le même trevage, les droits de douane restaient
les mêmes aussi, les chrétiens n'obtenaient qu'un seul nouveau
privilège : leurs marchands devaient être avertis dorénavant,
trois mois avant la reprise des hostilités *.
Mézières était toujours à Venise à cette époque, dans le
même couvent. Un fragment assez curieux d'un livre vénitien
très rare, les Miracoli délia croce santissima délia iscuola
di San Giovaiini Evaiigelista in Venezia ' et une de ses
1. Pierre Giustiniani pour Venise et Gautier Doria pour Gênes
(Mâcheras, l. c).
2. Ibid.
3. Mâcheras, 166-71. Cf. Amadi et Bustron, année 1370.
4. Ce sont, à proprement parler, les conditions mentionnées dans
une demande des Hospitaliers, qui désiraient, en 1403, la ratification
de la paix « faite après la prinse d'Alixandre » (Paoli, II, 108). Les
conditions durent être les mêmes cependant pour les Chypriotes, ainsi
que le remarque M. de Mas Latrie (Ilist. C/i., 11, 348). Le traité fut juré
au Caire, le 25 août 1370 (Sacy, Chrestomalie arabe, 2« éd., II, 50).
Aussitôt le droit de faire commerce avec le Soudan fut accordé par le
pape (Mas Latrie, Arch. des miss, scient., 1851, 374).
5. Ap. Mas Latrie, Bibl. éc. ch., XXXIV, 75. Le titre exact du livre
est: Vita del glorioso S. Giovanni apostolo ed evangeli.sta, con alcuni
miracoli délia santissima croce che conservasi nella scuola grande di
detto santo, avuta in dono fino dall' anno 1370.... Venise, 1752, in ^o
(on compte plusieurs éditions). La confrérie date du xin^ siècle ; l'église
à laquelle Mézières fit son offrande fut rebâtie en 1349. V. Raccolta
di lef/ffi di massima e di disciplina incombenli alli Capiloli, etc. délia
scuola di S. Giovanni, Venise, 1780; Cornaro, Nolizie sluriche délie
chiese di Venezia, 371 et suiv. ; Cïcogna, Brève nolizia intorno alla
origine delta confralernità di S. Giovanni evangelista in Venezia,
Venise, 1855. — Je dois le contenu de cette note à l'obligeance de
M. Urbani de Gheltof.
— 403 —
lettres 'nous donnent des détails assez curieux sur son séjour
dans cette ville. Il habitait le collège des Verbérés de Saint
Jean l'Évangéliste, ainsi que le montrent les expressions de
schola nostra, minimiis vestcr frator qu'il emploie en parlant
de l'école et des Frères^ Il voulut leur témoigner sa recon-
naissance pour leur bienveillante hospitalité en leur faisant le
don d'un notable fragment de la vraie croix "\ Ce fragment
avait été donné à Pierre Thomas par des chrétiens de Syrie
avant les guerres de Pierre I"'', en 1.360, de sorte qu'il lui
était doublement cher. Peut-être le patriarche le lui avait-il
donné au moment de sa mort et cette relique se trouvait-elle
dans la croix de cérémonie qui éloigna les mauvais esprits
que voyait le mourant à son chevet. Philippe l'offrit aux Ver-
bérés pour qu'ils le missent dans une belle croix ornée d'or
et de pierres précieuses, contenant les reliques de saint Jean,
leur patron, qu'il avait remarquées dès son arrivée.
La cérémonie eut lieu le 23 décembre 1370 : « le noble et
insigne personnage Messire Philippe de Mézières, chevalier
et très docte chancelier du royaume de Chypre et de Jéru-
salem*», prêta serment devant la foule, à genoux et sans
manteau, après la messe, qu'il croyait à l'authenticité de
cette relique. Un décret fut rédigé, pour commémorer cet
événement : c'est celui que nous a conservé le livre qui traite
des miracles accomplis plus tard par ladite croix.
Il avait appris, dans la même ville de Venise, une douloureuse
nouvelle qui remplit de tristesse son âme qui commençait à se
réveiller à la vie, dit-il, après la mort de son roi'. Le pape Ur-
bain V, revenu d'Italie vers la fin de l'année 1370, venait de
1. Arsenal, ms. 499, fo« 141 v''-142. La « lettre » paraît contenir
d'abord une espèce d'acte de donation, puis VOratio devotissima sancte
crticis (ju'il prononça à cette occasion et que mentionne le titre. La
présence de Philippe écarte l'idée que ce fût une véritable lettre.
2 « Sed... per vestram caritatem receptum in tanta fraternitate et a
Deo et apostolo suo me fieri participem tanti operis spiritualis »
(lettre citée).
3. « Bonam quantitatem venerabilissimi ligni sancte crucis » (ibid.).
4. « El nobcl homo e insigne M. Philippodi Masseri. cavnllicr e dotti-
ssimo canccUier del regno di Ilierusalem e di Cipro » (Mas Latrie, /. c).
Le décret est daté du mois de février 1370 (zz: 1371): il est presque
certain donc qu'on doit lire « décembre 1370 » au lieu de « 1369 ».
5. « Jamjam diu immersus lacrimis vigoreque exaustus, rege meo
saltem sublato ac inique perçusse, per processum temporis rospirare
conabar. » .\rsenal, ms. 499, f" 155 (ce sont les premiers mots de la lettre).
- 404 —
tomber malade. On le transporta aussitôt dans la maison de son
frère, le cardinal de Bologne, où il expira le 19 décembre \
Pbilippe de Mézières s'empressa d'écrire- à son ami, le
cardinal Ange Grimoard, frère d'Urbain, dont la maison venait
de recevoir le mourant. Il parle du zèle du défunt pour la croi-
sade, de son amour pour la croisade et de sa sainteté. La douleur
de sa mort avait réveillé pour lui celle de la perte de Pierre P'" :
son cœur en tremble et ses os môme, en apprenant subitement
ce grand malheur. Il est si ému encore que sa douleur, contrai-
rement à la douleur commune, qui se manifeste et s'apaise par
des larmes, l'empêche d'écrire. Ce saint prélat, « prince des
princes », dit-il en finissant, était en même temps un homme
bienveillant et compatissant, largus in donis : ses neveux
avaient appris à connaître par de gros bénéfices ^ cette dernière
qualité du défunt. C'est pourquoi il élèvera lui-môme la voix
devant le Seigneur pour témoigner des mérites de celui dont
la mémoire sera éternelle. Que sa langue soit collée à son
palais'^, s'il oublie jamais de remplir ce devoir sacré.
On ne connaît plus rien sur la vie de Mézières, pendant
cette année 1371 : vers le commencement de 1372 il quittait
enfin Venise et le couvent des Verbérés, où il avait espéré
passer sa vie entière, pour se diriger vers Avignon. Il ne
devait revenir jamais dans la « ville des eaux » qu'il aima
tant et dont il fait l'éloge dans tous ses ouvrages.
Des relations suivies avaient existé, dès le commencement
de son pontificat, entre le nouveau pape, Grégoire XI (élu le
30 décembre 1.370), et la famille royale de Chypre. Des lettres
de recommandation avaient été accordées aux personnes
intéressées dans l'île, Jean des Corsini, frère du cardinal de
S. Laurent ^ Isabelle de Lusignan, femme du despote Manuel
1. Date donnée par une lettre du représentant de Bernabô Visconti à
Avignon, publiée par L. Osio, Documenti diplomatici tralii dagli Archivi
Milanesi, I (Milan, 186.5), p. 150 (de même dans le Diario del Motialdi,
publ. dans l'éd. de Milan des St. pistolesi, p. 435). Cf. 2" Vita Urbani,
ap. Baluze, I, 412-3.
2. La nouvelle dut arriver à Venise vers le commencement de
janvier 1371.
3. « Ecclesiasticis bénéficias pinguibusdotavit. «Arsenal, 499, f» 155 v".
4. « Quamobrem faucibus meis adhereat lingua mea, si in conspectu
Dei mei non meminero sui » (Ibi'd.).
5. Il habitait Rhodes et réclamait des sommes prêtées jadis à
— 405 —
Cantacuzèno \ Philippe de Cicandilis, damoiseau de Constanti-
nople ^ Dominique et Jacques Lercaro, ce dernier, seigneur
de Roquebrune\ l'enfant mineur de Brémont de la Voulte *
et les frères Cornaro \ Le jeune roi avait été félicité (1" mars)
sur sa maturité précoce et engagé à suivre, comme défen-
seur (le la foi, l'exemple glorieux de ses prédécesseurs ^
Bientôt l'évèque de Famagouste se présenta devant le pape
pour lui exposer les attentions dont était entouré le jeune
roi par le prince et les nobles du royaume et leur dévouement
pour l'Église. Enfin, Jean d'Antiochc demandait, par son
envoyé, la nomination d'un gardien pour la sûreté du jeune
Pierre II '. Le pape envoya, bien qu'il déclarât la chose
inutile, l'Hospitalier Bertrand de la Flotte avec un compa-
gnon ^
Ils devaient résider au château de Famagouste ou à celui
de Cérines^ et donner d'utiles conseils** au régent, bien que la
personne du roi fût confiée comme précédemment au prince
et à la reine Éléonore. Des lettres pontificales furent écrites,
le premier mai, pour féliciter les nobles de leur dévouement ",
Pierre I"""', 28 janv. 1371 ; Arch. du Vatican, 263, a. d. Mêlé aux affai-
res de l'Orient, il devint, après la nomination de Dardel à l'évêché de
Tortiboli, chancelier de Léon VI. Dardel, p. 105.
1. Elle devait recevoir annuellement 10,000 besants « ex redditibus
terrae Cipri », ibid., 263, f" 264; 25 mars. Ces 10 ou 12,000 besants
étaient le revenu d'une partie du fief d'Aradippo donnée, en 1368, par
le roi Pierre à sa parente. Dardel, p. 38, cf. 33, note 1. Elle vint même
en Chypre pour réclamer son droit, ibid., p. 40. Cf. Mâcheras, 188.
2. Il avait servi fidèlement le roi Pierre (30 avril; ibid., 263, f''270).
V. sur lui Miklosich cl MûUer, Acla et dipl. gi-a-ca (Vienne, 1865), 143.
3. « Dominicus Lercarii », créancier, lui aussi, de Pierre (7 juin;
ibid., f» 59-59 v"). V. aussi Delaville le Roulx, o. c, II, 189.
4. Le pape demandait pour lui les possessions que son père avait
reçues du roi défunt, ibid., f" 98; 1 sept.
5. F'antin et Frédéric: la famille avait prêté « magnam... quanti-
tatem » d'argent à Pierre I'''" ; une partie seulement en avait été payée,
ibid., fo 109. V. p. 326, n. 1.
6. Ibid., f" 20 V"; Hinaldi, XVI, 496 et suiv.
7. « Pro securo statu et custodia... Pctri, régis Cipri, aliquas per-
sonas deputare curaremus ». Arch. du Vatican, 263, f" 39.
8. « Bertrandum Flote, fratrem Hospitalis. . . et qucmdam militem,
ejus socium », ibid.
9. « Castrum civitatis famagustane seu castrum de Charines (.s-tc) »,
ibid., f"« 39 v--40.
10. « Utiles sermones », f" 39.
11. Une lettre fut adressée à Jean (Pierre probablement) de Sur
{ibid., f" 21 v"), une autre à tous les barons du royaume (f" 22).
— 406 —
recommander réducation du roi à sa mère ' et demander au
régent, avec de grandes instances, ce couronnement que ce
dernier ajournait sans cesse et dont le pape lui avait parlé
déjà dans une lettre précédente ^ Enfin le propre père de la
reine Éléonore, le frère mineur Pierre d'Aragon, fut chargé,
quelque temps après, d'une mission en Chypre « pour la pros-
périté et la tranquillité du royaume » \
Les lettres du pape produisirent leur effet sur le prince
d'Antioche qui consentit à écouter ces conseils. Pierre 11
demanda, étant arrivé à l'âge légal, la garde des royaumes
de Chypre et de Jérusalem, avec l'assentiment de son oncle
probablement, et l'assemblée des barons fixa (mercredi 24 dé-
cembre) un jour pour son couronnement '\ Pierre reçut la
couronne de Chypre des mains de l'archevêque de Nicosie,
Raymond, après avoir juré d'observer les Assises faites
par les rois Amaury et Baudoin, le 6 janvier 1372, jour de
l'Epiphanie ^ Philippe de Mézières, bien qu'absent, fut invité
à féliciter le pape sur son avènement et à lui annoncer l'accom-
plissement de ses ordres. Guy de Néphin de Limassol, trésorier
et chanoine de Famagouste ^ parent du prince ' et descen-
1. Et aussi « diligenter insistens, Ipsum juxta datam tibi a domino
prudenciam consolari » (même date, ihid., f» 21 v°). Recommandation
des envoyés au prince et à la reine, ibid., 39 v"-40.
2. « Et insuper, cum tibi nuper pro coronacione dicti régis ad
decus et decoram sui regni et omnium sibi subjectorum consolacionem,
ut moris est, facienda scripsimus, iteratis precibus et ex corde te ro-
gamus », ibifl., î° 39. Il devait le faire couronner « absque more
dispendio » {ibid.). Un nouveau créancier de Pierre P"', Marc Gri-
maldi, damoiseau de Gènes et familier du pape, partit pour l'Ile à la
même époque, ibid., i°^ 39-9 v«.
3. « Pro ipsius regni prospero statu et tranquillo », ibid., î" 57.
La lettre est datée du 4 juin : Pierre était de retour à Avignon vers la
fin de l'année 1372.
4. Mas-Latrie, Ilist. Ch., II, 351. Il avait 15 ans à cette époque.
5. La date dans Mézières, Lettres, f""^ 158 et suiv. : « dederuntque
manus (les barons chypriotes) patrifamilic ut in festo preterite nuper
Epiphanie puer regius, vestre clemencie manu sanctissime benedi-
cente, dyademate coronetur factaque eut inde leticia magna in populo
cypriensi. » Le 12 janv., d'après les chroniques de Chypre (Mas Latrie,
/. c). Pierre fut consacré comme roi de Jérusalem, le 12 octobre de la
même année (ibid.).
6. « Venerabilem virum, scientia perspicuum, moribus et ornatum,
Guydonem de Nefinis, ^hnoaaien&ia (Nemuciensis), thezaurarium Fama-
gosteque ecclcsiarum canonicum. ipsius principis colJateralem » (ibid.).
1 . Ibid. Par les femmes probablement.
— 407 —
fiant des sires du même nom ', fut chargé de l'accompagner
dans cette mission. Les ambassadeurs arrivèrent à Avignon
au commencement de l'année 1372 et Mézières prononça
devant le pape un discours qui nous a été conservé^
Il commença par faire l'éloge du nouveau pape qu'il connais-
sait depuis longtemps et dans la maison duquel le roi de
Chypre avait passé quelques jours pendant son second voyage''.
Il était pareil à Grégoire l*"", de glorieuse et sainte mémoire ;
sa sagesse, son amour pour les lettres en faisaient un véritable
Salomon. La terre entière se réjouissait de son heureux
avènement. C'est la substance des deux premières parties,
dont il est très difficile de rendre le contenu emphatique, allé-
gorique et souvent obscur. Il suffit de dire qu'à cette grande
occasion Mézières, qui aimait le langage figuré et s'en ser-
vait toujours, prodigua les comparaisons, les exclamations
et toutes les figures de rhétorique.
Si les réjouissances avaient été incroyables partout, l'Orient
avait surpassé les autres contrées chrétiennes. Le jeune roi
avait été guéri de la paralysie des péchés, en mettant ses
membres en mouvement pour honorer l'élu. Il avait trouvé
enfin ce père des orphelins, qui devait remplacer le sien, le
vaillant roi de Judas, Absalon. Noémi, la mère douloureuse,
s'était consolée dans son malheur en apprenant l'élévation au
trône du protecteur des veuves. La joie du prince qui gardait
son neveu, l'enfant royal, comme la lumière de ses yeux,
n'avait pas été moins grande. Il aurait voulu féliciter bientôt
1. Vn Renaud de Néphin, on 1206. Amadi. 95. Un Pierre de Néphin,
ch(ambellan?), mourut le 4 oct. 1352 (Mas-Latrie, L'Ile de Chypre,
S70). Il y avait aussi une famille non noble de ce nom {ibid., 471).
2. Ms. 'i99 de l'Arsenal, f"** 158 et suiv. : Cnllacia de lelicia creacionis
et curonacionis Grefiorii pape niidecimi. e.rposita coram ipso siiinino
ponlijice })er Pli. de Mtfseriis, caitcellurium Cipri, Aviniune, in mense
fcbruarii, anno Domini M<'ccc"l,.\.\ij''. »
3. « nie... rex... in presencia Vostre Sanctitatis. in cubifcujlo vestro
secrète, per.sonaliter... sécréta regia non inodica pandens, corpus suum,
aniniam, honorem, regnum et liliuin suum primogenituni, cjuem dili-
gebat anima sua, liumiliter ac dovotissime in sacratissimis manibus tuis
recomman(landotradidit...Respiceleonemjuvenculum Benjamin, tili uni
tuum, (|ucm diligis, quein vidisti, quom in palatio proprio magnifiée et
lionoi'ilice roluvisti et in ultimum jiatri suoei(iuopro benediclionepater-
nali valefaciens, osculum amoris dedisti. » Arsenal, ms. 499, f" 160.
— 408 —
le déftMiseur de l'Orient, s'il n'en avait pas été empêché par
des affaires ardues.
Les dernières lettres et l'arrivée de l'ambassadeur pontifical
l'avaient tiré de son sommeil, en lui donnant la lumière. Il
avait nommé des ambassadeurs et avait convoqué aussitôt
tous les barons de l'ilc pour reconnaître le nouveau roi. Il
s'était levé lui-même dans l'assemblée et avait recommandé
aux chevaliers de recevoir comme leur roi ce jeune Joas,
qui devait remplacer son père de regrettable mémoire. La
proposition avait été reçue avec joie et Pierre II venait d'être
couronné, le 6 janvier, fête de l'Epiphanie, devant une brillante
et nombreuse assemblée.
Cependant le petit royaume de Chypre était en danger : la
paix n'avait été qu'un simulacre de la part des éternels ennemis
des chrétiens, que venaient d'irriter les grandes victoires de
Jonathas. Méphiboseth, son fils, pouvait leur résister à peine,
si le pape ne lui accordait pas son concours. Ce concours, il
l'attendait avec confiance de la part de l'ami de son père, qui
l'avait recommandé jadis, avec son corps et son honneur royal,
au cardinal de Beaufort. 11 devait donc lui jeter quelques
miettes de sa table pontificale et l'aider à recouvrer son
royaume et celui de Jérusalem', auquel il avait droit, étant
le successeur de David.
Le pape n'était pas disposé à imiter son prédécesseur en
recommençant les croisades. C'était un homme faible et très
prudent, jeune encore, mais sans énergie et sans enthousiasme,
que les affaires d'Italie occupaient exclusivement à cette
époque. Bernabô avait recommencé ses agissements et une
seconde sentence d'excommunication allait être lancée bientôt
contre lui K II se borna à recommander au nouveau roi une
ligne de conduite digne de ses prédécesseurs, en défendant
l'Église et en écoutant les bons conseils \ Des privilèges
1. Discours cité : « Fac ut juvenculus rex Joas, scilicet Petrus, filiolus
tuus nnturalis, .Jérusalem rex, per te sedeat super soliuin David patris
ejus et habitet in ■Jérusalem. » Arsenal, 499, f" 160.
2. Le 'l'.'i septembre, Lûnig, Codex diptomaticus Ilaliae, Leipzig, I,
411-8. Catlierine de Sienne lui demanda vainement à Avignon la pro-
clamation de la croisade (Acta sanctorum. avril III, 925).
3. Hinaldi, XVI, 511 (juillet 1372). Il avait écrit à Pierre lui-même,
— 409 —
furent accordés aux communes pour leur commerce avec le
Soudan pendant tout son règne '.
Guy de Néphin resta à Avignon jusqu'à la fin de l'année ^ ;
comme récompense pour ses services, il obtint une prébende
et un canonicat à Limassol, au mois d'août 1372 ■\ Le séjour
de Mézières fut plus long ; le pape le retint auprès de lui,
comme son familier pendant toute cette année et même pen-
dant une partie de celle qui suivit *.
Ses relations avec l'île de Chypre cessèrent- presque com-
plètement à cette époque, bien qu'il ait gardé pendant toute sa
vie le titre de chancelier. Il employa ailleurs, sur un champ
plus vaste, mais avec moins d'éclat, son infatigable activité.
Ces affaires de Chypre ne l'intéressaient plus du reste,
maintenant qu'elles n'avaient rien de commun avec la croi-
sade : il était à Avignon encore vers la fin de l'année 1372 "',
quand arrivèrent à la curie les ambassadeurs Noël le Petit
et Guillaume de Cerny ^ chargés de demander l'intervention du
pape contre les Génois, qui préparaient une invasion '. Leurs
compatriotes avaient été tués par les Vénitiens et les
Chypriotes, à l'occasion d'une querelle qui éclata au couron-
nement du roi, à Famagouste, en octobre \ et Gènes était
décidée à se saisir enfin de cette proie, si longtemps convoitée.
Le pape lui-même fut contraint de reconnaître la justesse de
leurs prétentions : la reine-mère donnait une sanction à leur
acte de violence, en les appelant pour venger son mari et rendre
dès le 18 février, pour lui recommander un damoiseau d'Arezzo, Jo-
hannes Gre(jorii. Arch. du Vatican, 264. f" 227.
1. Privilèges accordés aux Vénitiens, le 2 juillet 1372 {Commem.,
VII, n" 669; t. III. p. 10'.); le 18 octobre 1374 {ibid., n" 767. p. 116);
le 16 juillet 1377 {ibid., VllI, n" 35, t. 111, p. 13'.). Du reste, il n'y eut
pas de guerres en Orient pendant ce temps.
2. 11 passa par Venise, où on lui accorda un privilège de cité, le
16 janvier 1372, v. st., liibl. de l'éc. des chartes, .\XXIV, 78, n. 1, d'après
les Commem.. VII. f" 160 v».
3. Le 5 août, Arch. du Vatican, reg. de la Chancellerie, Grégoire XI,
II, f"^ 243-4.
4. La première mention de son séjour en France se rencontre au
mois de mai 1373 (v. p. 420).
5. Les ambassadeurs partirent de Chypre en octobre. Mâcheras, 187.
6. Gliiii de .Jarni, ap. .\madi, 435. Getmin di Giorni, ap. Lorédan,
436. Cf. Mâcheras, 187: « Atàfi tè TÇspvrjp. »
7. Mâcheras et Amadi, //. ce.
8. A cause d'une querelle de préséance entre les représentants de
Gênes et de Venise.
- 410 —
au jeune roi le pouvoir usurpé par ses oncles '. Un marchand
catalan, Alphonse Ferrand, d'abord ^ puis le père même
d'Éléonore, le vieux moine Pierre d'Aragon, arrivèrent à
Avignon pour exposer ses plaintes. L'intervention des Hospi-
taliers, intervention demandée par le pape, ne réussit pas ^ et
Campo-Fregoso, amiral des forces génoises, se dirigea vers
l'ile de Chypre, où l'attendaient des succès faciles, grâce à la
complicité de la reine et de son parti. Nicosie fut prise le
16 juin 1373, Famagouste au mois d'octobre, et les assassins
du roi Pierre* punis de mort^ Quelque temps auparavant,
le 14 mai, Tacca était rentré dans Satalie, avec le consen-
tement du roi qui ne voulait pas la donner aux Génois,
et les derniers soldats chrétiens quittèrent la côte de l'Asie
pour toujours \ La paix '' laissa les Chypriotes trop affaiblis
pour leur permettre de commencer des guerres offensives et
le Soudan ne trouvera pas de résistance sérieuse quand il
viendra soumettre l'île et mener en captivité Janus, le troi-
sième successeur de Pierre le Vaillant.
Les Hospitaliers étaient tout aussi incapables de continuer
la croisade. Les mésintelligences entre les différentes provinces
de l'Ordre étaient continuelles : les Provençaux et les Italiens
se querellèrent si violemment dans le concile de novembre 1373,
qu'on craignit une guerre ouverte. Le pape leur demanda
vainement de prendre des mesures contre le danger où se
1. Elle avait déjà préparé des lettres pareilles, par l'intermédiaire
de Nicolas de Naou, employé à la chancellerie (tov y.œn^riXdpri'j [d-fw
To3 auy/.p(xo'j, Mâcheras, 171) : Marc Grimaldi devait porter ces lettres
en Occident. Le complot fut découvert par le prince (Mâcheras, 171-2;
Amadi, 430; Bustron, 280).
2. Mâcheras, 187; Amadi, 435.
3. Le pape annonça son insuccès au prince d'Antioche et à la reine,
en 1373 (Hinaldi, XXVI, 234). Le roi de France lui-même fut peut-être
invité à intervenir par le pape. V. aussi Wadding, /!??««/. Minor., an 1372.
4. Le seigneur d'Arsur, Henri de Giblet et .Jean de Gavrelle (cf.
aussi les Annalcf; Genuenses. dans Muratori, XVII, 1104-5).
5. V. aussi Romanin, III, 252-3.
6. Mâcheras, 198-200. Une tentative de Tacca en 1370, Mâcheras,
174-6; Amadi, 420-1.
7. Conclue le 21 octobre 1374 : le roi s'engageait à payer tribut aux
Génois et à dédommager \a.mahone; Famagouste sera retenue jusqu'au
paiement complet (Sperone, o. c). Suivit une seconde guerre et le traité
définitif du 7 juillet 1403, dû à l'intervention du roi de France et des
Hospitaliers (Mas-Latrie, JJist. Ch., II, 466-71).
— 411 -
trouvait la foi '. Un projet de croisad(3 fut formé en effet,
en 1375, par lo pape qui voyait avec effroi les conquêtes
incessantes de l'Islamisme venant de soumettre l'Arménie,
la Roumélie, où l'empereur était presque un prisonnier ^ de
vaincre la Bulgarie et la Servie. Cinq cents frères devaient
partir, dans le printemps de l'année 1377, pour combattre les
Turcs en Roumélie '. Des biens de l'Ordre furent vendus en
Italie, jusqu'à la somme de 60,000 florins d'or pour cette expé-
dition*. Il est inutile dédire qu'elle ne fut jamais entreprise".
Le rôle de l'Orient dans la croisade était donc terminé. Philippe
devait mettre son seul espoir dans cette milice de la Passion
qui occupa ses derniers jours auxCélestins. Cependant, comme
toute expédition était devenue impossible dans l'état où se
trouvait alors l'Europe, Philippe de Mézières attendit de
longues années avant de recommencer pour la seconde fois
son œuvre de propagande, qu'il ne quitta jamais ensuite.
La grande préoccupation de Philippe pendant son séjour à
Avignon, fut de populariser et de faire adopter en Occident
une fête qu'il avait vu célébrer en Orient et surtout en Chypre ^
où elle était introduite depuis longtemps, la Présentation de
la Vierge. On la célébrait en automne, le 21 novembre ; le
nomocanon de Photius ' la mentionne à cette date. Germain,
patriarche de Constantinople et Georges, évêque de Nicomédie,
1. Vertot, éd. in-8", II, 244 et suiv. ; Herquet, Heredia, 60-1.
2. « Non solum eis tributarii facti sunt, sed fere in eorum manibus
consistuiit. ))
3. Lettre aux frères de Bohême pour demander leur contingent
(8 décembre 1375), ap. Paoli, II, 97-8. Ibid., 96-7 (au roi d'Angleterre),
Hymer, \\V\ 40.
4. Lettre du pape aux précepteurs « Monopolitarum domuum »,
l"- mars 1377 (Paoli, II, 98; cf. pp. 98-101, 10 août 1377).
5. Le Grand-Maître, Robert de .Juilly, mourut cette même année,
le 29 juillet (Bosio, o. c, II, p. 83). Mézières s'exprime sévèrement sur
le compte des Hospitaliers: « il viennent là (en Terre-Sainte) d'Occi-
dent et demeurent .un. ans ou .v. pour empêtrer une bonne priorée
ou commandcrie ôs parties d'Occident et, quant il en ont la possession,
de retourner en Hodes: ne m'en parle nulz bons; c'est une moquerie
ougrant dérision » (Sonr/e du vieil Pèlerin, I, f" 66 v).
6. Lettre de Philippe" Bibl. nat., mss. lat. 14511, f"' 182 y"-3; 17330,
f"^ 4-6; 14'i5i, f'"* 2-3 v". Publiée dans le livre de Meurisse, évêque de
Madaure, Lcltres de Charles eiiiqideme.... Metz, 1638, pp. 6 et suiv.
7. Titre VII. ch. i, ap. Sponda, Ann. eccles., I, 806-7. Elle était
célébrée dans l'église primitive (lettre citée).
— 412 —
avaient prononcé des discours à cette occasion *. Philippe de
Mézières voulait témoigner, en propageant cette nouvelle fête,
de sa dévotion spéciale et « singulière « pour la Vierge Marie,
à laquelle il avait voué, comme Pierre Thomas, son ami ^ un
culte fervent et mystique. Il l'appelle dans ses ouvrages de
vieillesse « la doulce espérance du povre pèlerin », « la
mère de gloire », « la très doulce Vierge Marie'» et c'est à
elle qu'il s'adresse, dans sa Contemplation, dans son anxiété
pour le salut et son effroi devant les tortures éternelles.
Il avait fait célébrer d'abord cette fête de la Présentation,
à Venise, avec l'aide de quelques personnes très dévotes *.
Elle fut suivie par une « représentation figurée » par « des sym-
boles et des visions », qui ajoutèrent «à la solennité ^ Après
son arrivée à Avignon, il s'adressa au pape pour en obtenir
l'approbation : il lui présenta l'office en latin, tel qu'il l'avait
traduit du grec lui-même, en l'accompagnant de notes de
musique. Des fidèles de la Vierge secondèrent ses eff'orts et le
pape, après avoir lu personnellement le manuscrit, le confia
à une commission de personnages ecclésiastiques, qui devaient
l'examiner aussi. Elle était composée de prélats que Philippe
connaissait depuis longtemps et qui comptaient même parmi
ses amis et correspondants ; l'évêque de Pamiers, confesseur
d'Urbain V d'abord, puis de son successeur, et Guillaume
Romain, de l'ordre des Frères Prêcheurs, maître du, palais
pontifical, revirent d'abord l'office de la nouvelle fête. Ber-
trand Lagier de Figeac, cordelier, cardinal de Sainte-Pris-
que et évèque de Glandèves, le lut ensuite et y fit des
annotations. Philippe de Mézières mentionne enfin Pierre
1. Sponda, /. c. Crespet, Summa theologica. 584.
2. Vita, II, 1012; cf. Wadding. Vitn S. Pétri, 6.
3. Sot^fje du vieil Pèlerin, I, f° 4; Militia, \'^ rédaction, f»"* 10 v» et
suiv. Eustache Deschamps, dont il recommanda plus tard les ditliés
à Charles VI, profes.sait une dévotion pareille pour la Vierge, à laquelle
il adressa une de ses ballades {Œuvres, I, 258) et sa « Prière à la
Vierge Marie » (III. 102-4). C'est du reste l'époque où le culte de la
Vierge est le plus fervent, où apparaissent les « Mariale » (Cervinus,
Gesch. der deutschen Diclit., 4'= édit., II, p. 130; Friedjung, Karl IV,
p. 99). Baudouin, évêque de Paderborn. ordonnait que la Conception
de Marie fût considérée comme la fête principale dans son diocèse
(Meibomius, lier. Germ. Script., I, 285).
4. Lettre citée, p. 8 de l'imprimé.
5. Itnd.
- 413 -
Albornoz, ancien archevêque de Séville et cardinal-prêtre de
Sainte-Praxède, Thomas de Frignano, nommé récemment pa-
triarche de Grade, l'évèque de Chàlons, les provinciaux de
France et d'Irlande et le procureur de l'ordre des Mineurs. Leurs
rapports furent favorables et le pape, qui ne semblait pas disposé
d'abord à sanctionner cette innovation empruntée aux Grecs, ac-
corda enfin aux efforts pieux de Mézières la célébration de la
fête. Philippe se proposa de la célébrer dignement, le 21 no-
vembre de la même année ' . Des vêpres et des matines furent célé-
brées d'abord, à l'église de Saint-François, appartenant aux
frères Mineurs. Une nombreuse et brillante assemblée assis-
tait à la messe, le pape ayant accordé trois années et trois
fois quarante jours d'indulgences à ceux qui se présenteraient à
l'église, à cette occasion ^ Mézières cite les noms d'un grand
nombre de ses amis, le cardinal de Bologne, revenu à la curie
après la mort de son frère, l'ancien évêque de Pampelune, Pierre
de Monturac, cardinal-prêtre de Sainte-Anastasie et vice-chan-
celier de l'Église, un des protecteurs de Mézières aussi, le
cardinal de Saint-Clément, cousin du pape, Pierre Corsini,
1. Lettre citée. Cf. ms. lat. 17330. Il y eut une seconde célébration
de la fête, en 1375, paraît-il, « in eccle.sia fratrum heremitarum sancti
Augustini » (f" 17 v). La date est donnée par le m.s. 17330. Jean de
Bâle, docteur en théologie, prêcha à cette occasion devant les cardi-
naux et le clergé : son discours nous a été conservé dans le même ms.
de la Bibliothèque nationale (f"* 1-3 v"). Sur le personnage lui-même,
Ossinger, liibliotheca Au(justiiiiana, Ingolstadt, 1768, 440. Cf. P. Paris,
art. cité des Mnn. del'Ac. des Inscriptions. 378-9(1385: Mézières aurait
assisté lui-même à la solennité). On y trouve encore un mystère ou plu-
tôt des indications pour un mystère représentant la présentation
de Marie (f"'* 18 jusqu'à la fin). Ce qu'on ne parvient pas à s'expliquer,
c'est que le discours de Jean de Bâle déclare très expressément que la
fête fut célébrée la première fois à l'époque où il prononça son discours.
Le ms. 14454 latin, de la même bibliothèque (ancien J 12 des Cé-
lestins, puis 343 de S. Victor ; écriture contemporaine) contient seu-
lement l'office et les lettres de Charles V, qui manquent dans le ms.
précédent.
2. « Très annos et très quadragenas indulgentiarum misericorditer
concessit » (B. N. lat. 17330, f" 17 v"). Les indulgences dont il est ques-
tion furent confirmées par Clément Vil, élu en 1378 (ms. 17330; notice
à la fin de l'office, f" 17 v). Le ms. avait appartenu à Mézières, ainsi
que le montre cette phrase : Isle liber est doinini Philippi de Maseriis,
canceUarii regni Cipri. — M. Ch. Bémont me signale un autre ms.
ayant appartenu à Mézières. C'est un cartulaire de l'église du Saint-
Sépulcre que cite André Duchesne {Ilist. ffénéal. de la maison de
Ckasteiijtiers (\6'k3) Preuves, p. 37).
— 414 -
ancien évêque do Florence, cardinal de Saint-Laurent m Da-
maso, dont le frère avait eu des relations avec le roi Pierre I",
Jean de Limoges, cardinal-prêtre des Saints-Achillée etNérée,
cousin du pape, les cardinaux de Sainte-Prisque, de Saint-
Laurent in Lucifia, de Sainte-Marie in porticu, do Sainte -Marie
in via lata, Jean de la Tour-d'Auvergne, le patriarche de
Grade et un grand nombre d'autres évoques, archevêques
et dignitaires ecclésiastiques. L'assemblée était composée
aussi d'un très grand nombre de laïques. La messe fut célébrée
par l'évoque de Cortone, et un discours prononcé, en latin
d'abord pour le clergé, en langue vulgaire ensuite pour
les laïques, par François de Fabrica, de l'ordre des Mineurs,
maître en théologie \
Vers la même époque, en 1372 ou au commencement de
l'année 1373^, Mézières écrivit une lettre circulaire à tous
les chrétiens de l'Occident, dont il se déclare le « vermisseau »*.
en leur envoyant l'office de la nouvelle fête et les exhortant
à l'introduire dans leurs différentes contrées. La chrétienté
était, dit-il, dans un état de décadence complète, véritable
scandale en face des Infidèles. Partout des séditions, des
guerres, des hérésies, des pestilences. C'était la punition
qu'elle avait méritée par ses nombreux péchés. « Devait-
elle désespérer » ^ cependant ? Pas du tout : il y avait un
moyen d'échapper encore à tous ces dangers et à toutes ces
tempêtes, un port de salut, la Vierge, « médiatrice de Dieu
et des hommes. » 11 faut s'adresser à elle, en lui chantant un
« nouveau chant » un carmen novum qu'il a rapporté,
1. Crééle7juin 1370àMontefiascone(Ç?/ar?rt/sc/ir//'</"/^r c/ir. Allerlh.
und fur Kirchengesch., 1889, n'^ 2). Cf Monaldi, /. c, 434.
2. Lettre citée : « Per Franciscum de Fabrica, ministrum Assisii,
solemnem doctorem in theologia. »
3. Les mss. ne portent pas de date. La lettre est cependant sans doute
postérieure à la fête du 21 novembre 1372, qu'elle mentionne, et anté-
rieure à l'introduction de cette même fête en France (21 novembre
de l'année 1373), qu'il n'aurait pas manqué de faire valoir. L'auteur
paraît se trouver encore à Avignon. La lettre est contenue dans les
mss latins 14511, f"^ 182 v«-3; 17330, f"'^ 4-6; 14454, f*"* 2-3 v°, de la
Bibliothèque nationale ; Meurisse en a donné une édition — quelque
peu différente — dans son opuscule déjà cité. V. aussi un fragment,
dans du Boulay, Ilist. Univ. Paris., IV, 441.
4. « Vermiculus vester et zelator abortivus » (lettre citée).
5. « Quid igitur faciendum est? an desperandum? «, etc. {Ibid.)
— 415 —
bien qu'indigne, de l'Orient. Suit l'histoire de l'introduction
de la nouvelle fête en Italie et à Avignon. Il finit par les
engager à suivre son exemple, leur montrant les profits
innombrables qu'ils en tireraient, profits mystiques, qu'il
énumère dans son style habituel : quant à lui, il leur serait
reconnaissant s'ils lui accordaient leurs prières '.
Il se dirigea bientôt, appelé par le roi peut-être ^ vers la
France. Il allait y passer, presque sans interruption, le reste
de sa vie, si aventureuse jusqu'ici.
1. La fête devint de plus en plus répandue. Pie II et Paul II l'adop-
tèrent, en offrant des indulgences à ceux qui la célébreraient. Sixte-
Quint la favoi'isa aussi, en la rendant universelle (Meurisse, o. c, p. 23).
Elle fut supprimée cependant en 1726, comme ne se trouvant pas
mentionnée dans les Ecritures (Lebeuf, Dissertations sur l'histoire de
Paris, 111, 'iTX). La visitatioii de la Vierge fut empruntée aux Grecs,
en 1385, par Urbain VI et confirmée par Boniface IX, en 1389. Leclcrc
et Renan, o. c, I, 387.
2. Cf. la notice, presque contemporaine, qui se trouvait à la fin d'un
des mss. du Songe (dans Du Verdicr, Bibliothèque française, V, 203) :
« et depuis l'appela à son service Charles, roi de France, de son nom
cinquième ».
CHAPITRE XII.
PHILIPPE DE MÉZIÈRES A LA COUR DE CHARLES V.
Pendant le premier voyage du roi de Chypre, Philippe avait
pu connaître le fils aine du roi de France, ce Charles V, dont
le caractère était si différent de celui de son père. Il dut
apprendre avec douleur le sage et prudent refus qu'opposa ce
prince, devenu roi lui-même, aux demandes de Pierre P^ Ce
refus mit fin aux grandes tentatives de croisade et réduisit la
guerre sainte, proclamée avec tant d'éclat par Urbain V, à
deux expéditions particulières, celles du roi de Chypre et du
comte de Savoie, dont le résultat fut glorieux, mais pas déci-
sif. Il avait donc des raisons pour ne pas aimer ce prince
« né vieux »', si différent de lui-même, ce roi maladif et pa-
cifique, qui n'accomplit aucune action d'éclat et aucun fait
d'armes, tout en sauvant la France qu'avaient perdue les bril-
lantes expéditions chevaleresques.
Cependant le roi prudent et « subtil » ", peu enthousiaste et
peu libéral^, fut pendant de longues années l'ami et le protec-
teur do Mézières, qui voua à sa mémoire le même culte recon-
naissant et pieux qu'il conserva toujours pour son premier
maître, Pierre P"", le « vaillant » et le rêveur. II ne mentionne
jamais son nom sans une profonde émotion et il trouve, pour
en déplorer la perte, les paroles les plus chaudes et les plus
touchantes qu'il ait jamais écrites''. II remplit, à la mort
1. Michelet, Histoire de France, III, éd. de 1837, 4^13.
2. Froissart, éd. Kervyn, IX, 123 : « Li rois Charles de Franche...
fu durement saf^es et soutils et bien le monstra tant comme il vesqui ;
car, tous quois estans en ses cambres et en ses déduis, il reconqueroit
ce que si prédécesseur avoient perdu sur les camps, la teste armée
et l'espée en la main. »
3. Il était surnommé le « nummularius » (Leclerc, dans Vllistoire
littéraire de la France, XXIV, 186).
4. Nova religio milicie Passionis. ms. 1943 de la Bibl. Mazarine,
f" 46 Y» : « ... ut videlicet a lacrimis aliqualiter in quiète respiraret,
- 417 -
de Charles V, le vœu qu'il avait fait dix années auparavant ;
il quitta le monde pour toujours et se retira, pendant le
reste de sa vie, aux Célestins.
C'est ({ue malgré des différences apparentes, beaucoup de
choses étaient communes entre le roi et celui qui fut, pendant
quelques années, son conseiller le plus écouté. Comme Philippe
de Mézières, Charles V rêvait cette délivrance de Jérusalem qui
aurait rempli ses espérances pieuses '. Il s'intéressait aux affai-
res de l'Orient et sa bibliothèque contenait des ouvrages relatifs
à la croisade^ Son amour pour les lettrés et pour les savants
était connu. Il avait rassemblé autour de lui un grand nombre
d'écrivains et de clercs, auxquels il demandait souvent conseil,
comme à de « sages maistres et philozophes ' », dans les affaires
difficiles. Philippe put rencontrer à la cour du duc de Norman-
die et du roi de France Philippe de Vitry, le traducteur
d'Ovide et le correspondant de Pétrarque*, Pierre de Bressuire,
qui traduisit Tite-Live, Evrard de Conty, médecin du roi et
traducteur des Problèmes d'Aristote, l'Hospitalier Simon de
Hesdin, traducteur de Valère-Maxime'' et de plus grands per-
sonnages encore, Raoul de Presles, qui traduisit la Bible et la
Civilas Dei, et que le roi allait légitimer pour des raisons tout
aussi honorables pour lui-môme que pour son maître", Nicole
— dulci jam flore odorifero evanescente, flore, utique principe florum,
jubente Domino naturaliter desiccato, cujus memoria in benedictione
demorabitur. »
1. 11 désirait aussi ce concile « équipollent « qui réformerait l'état
de la chrétienté et que Philippe considérait comme le premier pas
pour une croisade future (Songe du vieil pèlerin, il, i'° 134).
2. V. Inventaire de G. Mallet, n" 284: « Comment Jherusalem fut
conquis avecciues la terre d'outremer par Ciodeffroy de I5uillon, en
prose... », n" 1015: « llistoria Jhcrosolimitana et de Macliomete »
(pp. 62, 1G6).
.'{. Christine de Pisan, Livre des fais et bonnes meurs, éd. Petitot,
III, 5, II, p. 11. Cf. la même, dans une de ses poésies, ap. Kervyn,
Froissart, XXI, 347 :
« Chiers avoit les clers scienceux,
Les preux chevaliers et tous ceulx
Qui à bonnes meurs entendoient. »
4. Pétrarque, Variorum, 33.
5. En 1375. La traduction fut continuée par Nicole de Conesse, pour
le duc de Berri (Champoliion-Fiijjeac, Louis et Charles d'Orléans,
pp. 156-7). V. Vexplicit de la traduction : « A la requeste de Jaque-
min Conrart, son trésorier. »
6. « Quaproptcr dignum est hoc homini reddere, qui per honesta
cou;n()scitui' ol)se(|uia placuisso, potissime dum in re^no nostro cetus
studentium splenilore somper genuino radietur » (déc. 1373). Cf. :
N. JoKGA. Philippe de Mézières. 27
— 418 —
Oresme, le grand économiste, le traducteur d'Aristote, un esprit
presque moderne par la largeur de ses vues et dont Mézières
admirait beaucoup les œuvres', le chancelier Pierre d'Orge-
mont qui écrivit peut-être dans les Grandes Chroniques^ ;
des poètes, Eustache Deschamps ^, aux dictées si recomman-
dahles* et Gace de la Bigne, l'auteur dos Déduits^ ; enfin ce
fatidique Thomas de Pisan, dont Philippe n'aimait pas trop
les astrologiques rêveries, malgré la faveur dont il jouis-
sait auprès du roi^ Les parents de Charles V, ses frères,
le duc d'Anjou et le duc de Berri, qui écrivit peut-être des
ballades et dont la bibliothèque, dispersée en 1411, était
une des plus grandes de cette époque', le duc de Bour-
« ... attentis vitaque ipsius laudabili et scientia renitente » (Archives
nationales. JJ 105, n" 63).
1. Le roi le récompensa pour la traduction de deux livres « lesquels
nous sont très nécessaires, c'est assavoir Polithiques et Iconomi(iues »
(Froissart. éd. Kcrvyn, XXI. 335). Cf. Uézières, Songe dt( vieil Pèlerin,
11, f"s 98 v°-9: « Encores, biau-filz, tu te dois souverainement déliter de
lire et estudier », dit-il à Charles VI, « les II livres sollempnelz, que
compossa (sir) le très sage pliillozofe et théologien, maistres Nichole
Oresme, évesque de Liseux, à la requeste de ton bon père, qui fu sage
et preudomme. C'est assavoir les livres d'Etiques et de PoUitiques. »
Cf., iljid., f" 40 V, .V. les Extraits des journaux du trésor -publiés par
M. Moranvillé (Bibl. Éc. Ch., XLIX, 1888), 382 : le roi donne à Oresme,
le 8 oct. 1377, 200 francs d'or « pro pena et labore transferendo de
latino in gallicum unum librum vocatum : de celo et mundo. «
2. Bibl. Éc. Ch., II, 66.
3. Huissier d'armes du roi d'abord et chargé par lui, peut-être, de
tenir un « Livre de mémoire ». attaché ensuite à Louis d'Orléans,
comme écuyer, dès l'année 1372 (Sarradin, Elude .sur Eiislac/ie Des-
champs, Paris, 1879, ia-8», 71, 72).
4. Sonr/e, II, f" 99 v» : « Tu peus bien lire et ouyr aussi les dictiés
vertueux de ton serviteur et officier Hustace Morel, hone.stes et catho-
liques, tendans à bone édiffication. » Sur ,1e nom de Morel, v. Sarradin,
p. 52. V. aussi un récent article de iM. Emile Picot dans les Mélanges
Julien Ilavel (Paris, 1895j, 500-10.
5. Chapelain du roi en 1370.
6. Arrivé à Paris, d'après l'invitation du roi (Chr. de Pisan, ap.
Kervyn, Froissart, XXI, 346), vers le mois de décembre 1368 (Lebeuf,
Disserlalions. III, 190), comme phisicien du prince d'abord (donation de
l'année 1372, Arch. nat., JJ 106, n" 318), puis conseiller (autre dona-
tion, du 22 mai 1380, ibid., 117, n" 74). Christine ne commença à écrire
qu'en 1399 (Lebeuf, o. c, p. 94). On pourrait ajouter les noms de
Froissart et de Cuvelier, dont les œuvres sont recommandées aussi à
Charles VI par son ancien précepteur : « Encores, biau fîlz, tu peus
avoir des feiseurs, honestes et preudommes, qui font les biaux dictiés
de Dieu et de la vierge Marie et des estoyres honestes, morales et
dévotes, comme estoit le povre homme appelé Cuvelier, esquelx dictiés,
biau-tilz, aucunefois tu prendras plus grant devocion que tu ne feras
à un subtil sermon » (Songe, II, f" 108 v).
7. Christ, de Pisan, II, ch. xn ; t. I, pp. 351-2 de l'éd. Petitot ;
- 419 -
gogne', le duc do Bourbon, son beau-frère', étaient aussi
des princes éclairés, aimant les beaux livres et ceux qui les
écrivaient.
Le roi lui-môme avait installé dans une des tours du Louvre,
qui prit le nom de « Tour de la Librairie », sa bibliothèque
contenant plus de onze cents volumes^ d'astrologie, de méde-
cine, d'histoire, des romans et des livres anciens en grand
nombre. Les murailles des trois chambres, qui la contenaient,
étaient lambrissées de bois d'Irlande, la voûte de bois de cy-
près, avec des sculptures en bas-relief. « Trente petits chande-
liers et une lampe d'argent » rendaient possible le travail pen-
dant la nuit\ Les « meilleurs escripveins » copiaient pour
lui continuellement des œuvres « moult bien escrips et riche-
ment adornez^ ». Des estiidcs plus modestes étaient instal-
lées dans ses autres châteaux ^
Bien que le latin lui fût trop difficile, « pour la force des
termes soubtilz ', « et qu'il recourût souvent à ce (( catholicon »
de Jean de Gènes, qu'il avait pris « pour apprendre » *, Charles V
était loin d'être le Sicambre dont parle dédaigneusement
Boccace^ Il s'occupait lui-même de philosophie, de théologie '"
et surtout de sciences occultes qui étaient pour lui « chose
esleue et singulière »". Thomas de Pisan et Gervais Chré-
Leclerc et Renan, I, 213, 216. Sur ses goûts artistiques, v. De Cham-
peaux et Gauchery, Les travaux d'art exécutés pour Jean de France,
duc de Berri/, Paris, (,'hainpion, 1894, in -4". Cf. A. Moiinier dans la
Bévue historique, LVII, i, \'.i\. Le catalogue de sa bil)liothoque a été
publié par Hiver de l'.eauvoir (Paris, 1860, petit in-8").
1. Il demanda à Christine d'écrire son Livre des faits; sa collec-
tion de livres rares et précieux était pareille à celle du duc de Berri.
Son fils Jean protégea aussi Christine (Leclerc et Renan, p. 217). Gace
fait l'éloge de sa science (l.ebeuf, o. c, III, 436).
2. Leclerc et Renan, 220-1.
3. Sauvai, Antiquitez de Paris, (I, 15. V. Christine de Pisan, Livre
des faits, 1. III, ch. xn.
4. Félibien, Histoire des maisons royales, ap. Boivin, Mèm. del'Acad.
des liiscr., II (1736), pp. 690 et suiv.
5. Christine de Pisan, /. c, p. 26.
6. Boivin, l. c, 692-3.
7. « Pourcequepeut-estren'avoitle latin, pourla force des termes soub-
tilz, si en usage comme la langue françoise » (Christine de Pisan, p. 6).
8. Gilles Malet, Inventaire; cf. Leclerc et Renan, I, 195.
9. Baldolli, Vita di Borcacci, p. 389.
10. « De théologie souvent voloytoyr, entendoit les poins de la science,
en savoit parler. . . » (Christine de Pisan, l. c). V. pour ses connais-
sances d'autre nature, pp. 22 et suiv.
il. Chr. de Pisan, III, ch. iv, p. 8.
- 420 -
tien' étaient parmi ses serviteurs les plus appréciés, bien que
ces recherches ne nuississent en rien à sa piété ^ Philippe de
Mézières parle avec admiration de sa dévotion, de ses lec-
tures assidues de la Bible, qu'il lut chaque matin, pendant
de longues années, à genoux et tête nue''.
Il dut aimer dans Mézières le lettré d'abord, puis le dévot
et le bon conseiller. Comme lui, il haïssait les guerres entre
les chrétiens*, le luxe effréné des cours ^ la licence des gens
de guerre et leur esprit batailleur \ Sur presque toutes les
choses leurs opinions étaient les mêmes et Philippe mentionne,
avec émotion, ses longs entretiens avec le roi qui lui exposait
parfois, pendant des heures entières, ses projets et ses rêves,
pendant qu'ils allaient à cheval à Melun ou aux châteaux des
environs de Paris. Et le « vieil pèlerin n, heureux de voir ses
idées partagées, ne disait « onques un mot, mais escoutoit, et
non pas sans larmes de devocion, la sapience et prudence du
sage Salemon" ».
La première mention du séjour de Mézières à Paris date du
mois de mai 1373. La mort du roi de Chypre avait eu des résul-
tats désastreux pour sa fortune : le prince d'Antioche avait
sans doute pris une attitude peu bienveillante envers le chan-
celier et, comme il était le vrai maître du royaume, même
1. « Souverain médecin et astrologien stipendié et moult aprecié du
roy Charles le Quint » (S. de Phares, ap. î>ebeuf, o. c, pp. i49-5G).
2. Chr. (le Pis.. 1. I, ch. xxni.
3. Songe du vieil Pèlerin, II, f° 114 v" : « Darrainement de la
devocion ton père Charle, humble et dévot, qui lisoit par manière
d'oracion la bible tout entière, et ainsi le fist .\v. ou .xvi. ans sans
faillir. » Cf. Becquet, d'après Mézières, o. c, 17-8.
4. Cf. l'idée du concile général qui devait réformer l'Kglise et la
chrétienté, Songe, II, f° 134 et Livre des fais, 111, ch. LXii, éd. Petitot,
II, pp. 116-8.
5. Chr. de Pisan, I, 29. I, p. 306: « Ne souffrist que homme de sa
court. . . pcrtast trop cours abis, ne trop oultrageuses poulaines. ne
femmes cousues en leur robes trop estraintes, ne trop grans collez. »
Cf. Songe du vieil Pèlerin, I, f»^ 101 v», 133-3 v»; II, f°» 93-4.
6. Ihid., f° 126 vo : « Il te doit souvenir que le sage Salemon, ton
père dévot et vray catholique, ne voloit pas souffrir que ses subgiés ne
autres en sa présence se combatissent en champ. » Cf. Chr. de Pisan,
I, 24, p. 291. Un édit du Parlement de Paris avait déjà défendu,
en 1364. ces combats singuliers, s'il y avait des preuves testimoniales
(Luce, Du Guesclin, pp. 405-6).
7. Il est question du concile général : « Une fois en chevauchant
vers Meleun, secrètement pariant... et fu devant que cestui sisme
fust de maie heure commencié » (1378) (Songe, 11, f" 133 v).
— 421 —
après le couronaeraent du faible Pierre II', Mézièrcs, sommé
de revenir en Cliypre, probablement après sa mission, perdit
tous les fiefs et les revenus qui lui avaient été accordés jadis
par son ancien maître ^ Le roi de France, dont il devint
bientôt, paraît-il, « le conseiller, le familier et le commen-
sal ■'», lui accorda, en échange, une pension de 1,200 livres
par an'', (|u'il recevait sans doute par trimestre, ainsi qu'on
la lui payait plus tard, quand le chiffre en fut augmenté''.
Puis, comme il voulait l'avoir auprès de lui, Charles V donna
à son nouveau conseiller (mai 1373), pour récompenser ses
nombreux et importants services, deux maisons, dont l'une
s'appelait la maison d'Isoré*. Elles avaient appartenu à Louis
de Digoin, écuycr et échanson du roi, qui les avaient rache-
tées avec leurs jardins et dépendances pour en faire don à
Philippe. L'acte de donation les déclare sises « àParis,ouquarre-
four des Barrez, tenant, d'une part, à la maison qui fu feu nostre
amé et féal chevalier Jehan d'Andresel', laquelle nous avons
pieça prinse et adjointe à nostre hostel de Saint-Pol, et, d'autre
part, à la maison Geneviève de Vaulrichier, aboutissans, d'une
part, à ladicte maison d'Andresel et à la court Denisot Poquet
et, d'autre part, à la grange de maistre Jehan Cordier et abou-
1. La reine essaya vainement de substituer sa propre influence à
celle du princo-bailli.
2. « l'ostea vero, cum essem in culminis honore, visitasti (il s'adresse
à Dieu) me subitanea substractione feodorum et reddituum non pau-
coruni, victorioso rege crudeliter perempto ad partes orientalium,
et sine spe recuperandi, ut contirmarer divine voluntati » (Con-
templacio horc morli.t, î" 199 v").
3. « ("onciliarius, familiaris, domesticus et commensalis » (notice
proliminaire de sa collection de prières, Bibl. Mazarine, n" 516, f» 2,
repr. dans le Catalogue, I, pp. 20i-5). 11 était conseiller royal au mois
de mai 1373. V. n. 6.
4. Quittance du 31 juillet 137't : « Pour et en lieu de .xn.'= francs
qui m'avoit par avant ordonnés chascun an pour mes gaiges » {Quit-
tances ClairambauU, IMbl. nat., n'' 69, p. 10).
5. Ibid. V. aussi P. Paris, Mém. Ac. Inscr., 1843, p. 383.
6. « Kn considération des bons et très agréables services que nostre
bien-anié et féal chevalier et conseillier Phelippe de Maisiores, chan-
cellier de Ghipre, nous a faiz loyahnent et diligemment, en pluseurs
et divers'es manières et fait encores chascun jour» (Arch. nat., JJ 106,
n° 102; cf. Paris, /. c). L'acte de donation ne donne pas le nom de
l'autre maison, qui serait, d'après P. Paris, le BeaulreiUis (ihid.).
V. p. 422, note 1.
7. Favori et chambellan du roi Jean, capitaine général du bord de
la Seine à Melun (Luce, Du Guesclin, 297).
— 422 —
tissans aussi, par tlarrère, à jcelhii nostre hostel ». La maison
d'Isoré devait une rente annuelle do six livres parisis à la
veuve de Nicolas Porret, l'autre, « trois tournois de fons de
terre » par an au prieur de Saint-Éloi, dans la censive duquel
elles étaient situées toutes les deux. L'année suivante,
comme Philippe voulait reconstruire et étendre son hôtel
ainsi formé, le roi lui donna d'abord une enclave de « vint
piez de quarrème ou environ », appartenant à la maison
d'Andrezel, puis une « place vuide et masure », avec un puits,
place qui tenait d'un côté à la maison de Philippe et de l'autre
à celle de Jean Gresillon'. Ce ne furent pas les seules libé-
ralités du roi envers son conseiller favori.
Dès son arrivée en France, Philippe avait employé tous ses
efforts pour obtenir du roi la célébration dans le royaume de la
nouvelle fête de la Vierge. Charles Y, qui avait lui-môme une
dévotion spéciale pour elle^ écouta avec bienveillance les
propositions du chancelier. La fête fut célébrée dès le 21 no-
vembre 1373 à Paris, dans la chapelle du roi, devant une
nombreuse assistance « de prélats, de nobles et de barons ».
Pierre, abbé de Couches, docteur en décrets et légat du pape
en France, officia à cette occasion : il prononça même, après
la fin de l'office, un très élégant sermon qui ne nous a pas été
conservé. Le roi écrivit plus tard au doyen et au chapitre de
Sainte-Marie de Melun \ au maître et aux écoliers du collège de
Champagne à Paris (10 novembre 1374)* et à Nicolas d'Arcis,
1. Archives nationales, JJ 106, n° 101. Un acte du 2 janvier 1539.
cité par Lebeuf (XV'II, 507, note 2), mentionne l'aciiat d'une « maison
et jardin aboutissans à l'hôtel de Mézières, appelé le Beautreillis, ayant
issue en la rue des Célestins, dite le petit Muce, et, par devant, à la
grande rue St-Anthoine, devant l'hôtel d'Angoulême». Un autre titre de
la censive de S'-Eloi (20 juillet 1379; ibid.) se rapporte à cette môme
maison : Pierre Chapeluz transporte « à noble homme Philippe de Méziè-
res, chancelier de Chypre, neuflivres dix sols de rente sur une maison
tenant aux Célestins, rue Putemuce, d'autre part au lieu dit Les Petits
Champs ». Ces maisons devinrent ensuite la propriété des Célestins.
Un inventaire des biens du couvent de Paris, au xvu^ siècle, mentionne
« deux maisons joignantes l'une l'aultre, seizes à Paris, rue du Petit
Musse », qui pourraient bien être l'ancien hôtel de Mézières (Arch.
nat., S 3745). V. aussi la description de « l'hostel Chambricquet »,
xvi*-' siècle (ibid., S 3809, p. 76).
2. Comme « apud filium potentissima mediatrix », dit Philippe.
3. Ms. lat. 1445'i de la Bibl. nationale, f" 1 v°; résumé dans les .!/«//-
démens de Charles V. publiés par M. Delisle, n° 1077, p. 559.
4. Même ms., f" 18 : « Dilectis nostris magistro et scoiaribus domus
— 423 —
évéque d'Auxerre (10 février 1375)' pour leur demander de
célébrer la Présentation dans leurs églises et chapelles.
Au mois de juillet de l'année 1374 (30 juillet), la
pension de Mézières avait été élevée déjà par un mandement
du roi à 2,000 francs d'or par an^ ce qui est une somme as-
sez importante. 11 en reçut un trimestre à Paris, de la main
de François Chanteprime, qui fut, pondant tout le règne de
Charles V, le receveur des aides pour la guerre \ On retrouve,
au mois d'octobre de cette même année, le nom de Mézières
parmi les trente-trois personnes qui devaient, d'après la nou-
velle loi constitutive décrétée par le roi (août 1374), assister
la reine et les ducs de Bourgogne et de Bourbon, comme conseil
de régence, pendant une minorité éventuelle *.
11 resta à Paris pendant toute cette année 1374, assistant
régulièrement aux séances du Conseil, distribuant les aumônes
du roi^ l'accompagnant à la chasse" et à ce château de
Beautésur-Marne ' , où Charles V allait souvent avec ses lettrés,
nostre scolarium de Campania, Parisins in monte sancte Genovefe
fundatc. » Cf. Lebeuf, XVII, 505 (« collège de .Navarre »).
1. La lettre ne se trouve pas dans notre ms. : elle a été publiée par
l'évêque Meurisse. dans l'opuscule cité (pp. 16-19). Du reste, c'est une
circulaire, où quelques termes seulement différent. Philippe est appelé
dans cette circulaire: « Dilectum et tidelem militem et consiliariura
nostrum, Pliilippum de .Maseriis, Cypri cancellarium, totum eidem
Virgini deditum. » Cf. p. 421, note 6.
2. Quitt. Clairambault, n" 69, p. 10. La date du mandement manque ;
cependant, comme il semble bien que c'est le premier paiement de
cette pension augmentée, on peut en déduire qu'il fut donné après
le mois d'avril, quand Philippe reçut son trimestre ordinaire.
o. Anobli « pour sa vie digne d'éloges, l'hoiméteté de ses mœurs
et plusieurs autres genres de vertu ». le 26 janvier i37'i (Arch. nat.,
J.I 106, n" 270). 11 signe, en 1387 encore, dans le contrat de mariage
du duc de Touraine (.larry. Vie polit, de L. d'Ori, App., vn, p. 'lOi).
4. P. Paris, l c, pp. 385-7. Philippe occupe la douzième place, entre
Raoul de Kenneval. paneticrde France, et Guil. de Craoïi. Dix bourgeois
« des plus notables et plus souffisans » de Paris devaient être choisis
par la reine, dans le même but.
5. Sonrje, II, f° 116: « Tu dois... mander ton confesseur et ton omos-
nier partout, pour empêtrer à Dieu suffrage et aide et faire aucunes
grâces et omosnes piteuses, comme faisoit dévotement ton bon père, qui,
parcesto manière, ot de Dieu mainte belle victoire sur les anemis, lui
séant en sa chaiere; et maintefois, pour en empêtrer le suffrage susdit,
il fist du viel pèlerin son especial messagier. . . ».
6. Ibid., f» 95 : « Et te soveigne... de ton bon père, qui maintes fois au
plus biau et au plus grant délit de sa chasse, (juant il estoit l'eure de
retourner à sa gi'ande messe, il disoit au viel pèlerin: laissons cestui
délit et aluns à la messe. »
7. Une planche dans .Montfaucon. Monum. de la monarchie franc.,
— 424 —
et faisant, en définitif, « non pas petite résidence ' ». Mézières
connut dans le conseil du roi Pierre d'Orgemont, le comte
d'Harcourt, le seigneur do la Rivière, « le gracieux forestier »
du Songe du vieil pèlerin^- et son « ami singulier », dont le
frère avait combattu sous Pierre I", l'archevêque de Reims ;
Etienne, ancien évoque de Paris, cardinal et conseiller sous
Charles V^ que Mézières cite avec éloges dans sa satire contre
l'entourage du jeune Charles VI, l'éA-ôque deBeauvais, Miles de
Dormans, et d'autres encore*. C'est peut-être à ses collègues
et à lui-même qu'il pensait, quand il écrivait dans le Songe,
contre les conseillers prudents qui déclarent « presumptueux
ou frénétiques », ceux qui disent la vérité plus d'une fois par
mois^
Il parait avoir quitté Paris vers la fin de l'année 1375,
puisqu'on le trouve mentionné (septembre) dans les comptes
de l'Hôtel-de-Ville d'Auxerre, comme ayant reçu « deux poz
de vin, couverts de deux pains », de la part des habitants.
Il y porte le titre, assez inexplicable, de maître d'hôtel du
duc d'Anjou ^ On peut conjecturer qu'il accompagne ce
111, 33, pi. vu, n. 2, représente Charles V, à cheval, près de Vin-
cennes, ayant auprès de lui quatre personnages à honnet de docteur,
aux manches doctorales de pourpre et à la robe d'azur (cf. Lebeuf,
Dissertations, III, 403-4 et Christine de Pisan, 1, xvni, éd. citée, I,
pp. 281-.5). Peut-être le chAteau est-il celui de Beauté-sur-Marne,
chanté par Deschamps (Sarradin, o. c , -p. 73).
1. « J'ay fait aucunefois non pas petite résidence « (aux cours des
roi.s), Songe, 1, f" 35.
2. « A un sien seigneur et ami singulier, en figure appelé le gra-
cieux forestier et aucunefois le seigneur du petit parc, et à sa gracieuse
espouse et compaigne, aussi appelée en figure la blanche flour au
chapel vermoil liécouppé » (f" 1 du Songe). 11 lui dédia le Songe du
povre pèlerin, que nous ne possédons pas. Sur Jean de la Rivière et
son frère, v. Christine de Pisan, I, xxxv, éd. citée, I, 321-2.
3. « Je ne di pas de E.stienne, évesque de Paris, et après cardinal «
{Songe, 11, f« 152).
4. Ces conseillers assistaient à la séance royale dans laquelle Pierre
Conrart, seigneur de Bournazel, accusa le comte de Flandre, Louis de
Maie (Kervyn, Froissart, IX. 511 et suiv. : on y retrouve « mcssire
Philippe (le Maisiéres »). V. la liste des conseillers du roi en 1374,
ap. Le Laboureur, Histoire de Charles VI, p. 18, note 19.
5. « Qui est singuliers es consaulx, il est réputés orgueilleux, pre-
sumptueux ou frénétiques, mais que on ait dit la vérité d'une cause
une fois, il suffist jwur un moys » (Songe, II, f" \r>2).
6. « Item, pour deux poz de vin, couverts de deux pains donnés et
présentés pour et au nom des habitans à Mons. Philippe de Maisiéres,
chevalier, maistre d'hostel de M. d'Anjo qui passa par Auxerre au mois
de septembre 1375; x sols iv deniers, ap. Lebeuf, Mém. Ac. Inscr.
— 425 —
prince, envoyé par son frère pour retenir le pape prêt à
partir pour l'Italie.
C'est pendant ce voyage, probablement, que Mézières essaya
de conclure un traité ou une trêve. au moins entre le jeune
roi de Chypre et les Génois. Ses efforts ne nous sont connus
que par ce qu'il raconte, en quelques lignes, dans une lettre à
Frédéric Cornaro (1381)'. Le roi de France, conseillé par
Philippe de Mé/.ières, avait pris l'initiative des négociations ;
des cardinaux furent cliargés de le représenter et le pape
demanda aux Génois d'envoyer des ambassadeurs. Les Véni-
tiens, qui avaient refusé le secours demandé deux fois par les
ambassadeurs de Pierre II", ne se mêlèrent pas des affaires
de l'île, malgré les intérêts do Frédéric Cornaro ^ Les car-
dinaux, « choisis parmi les plus considérables de la curie*»,
offrirent en vain aux Génois 100,000 francs au nom du roi
de France ; des offres plus élevées encore furent refusées par
les vainqueurs ^ et le résultat des négociations fut complète-
ment nul. Le roi do Chypre s'allia pour sa défense avec Ber-
nabô, dont il épousa la fille, Valentine (Valenza)'', et avec
Venise, dont les relations avec Gênes devenaient de plus en
plus tendues. Le traité de 1377 l'obligeait à ne conclure
aucune paix et aucune trêve avec ses ennemis, sans l'assen-
XVll, 50.^). La fête de la Présentation fut célébrée pour la seconde fois à
Avignon, cette mènne année et sans doute, en sa présence. V.p. 4l3,n. 1.
1. Arsenal, '199, f» 161 v" : « Ad inemoriam tue nobilitatis reducatur
quod jatn, ad tractandam ipsam pacem, inclite memorie dictas dominas
rex Francio bis me miserit : scmel Avinioni, coram pie memorie (Ire-
gorio papa XI" et alia vice Mediolani, coram domino Barnabone. »
2. Des ambassadeurs chypriotes s'étaient présentés à Venise dès
l'année 1372, demandant des secours; l'archevêque de Tarse arriva
en t;!73 avec une mission pareille. Toute intervention était impossible,
lui répondit-on, à cause de la guerre avec Gènes (réponse du 21 mai
137'i, dans Mas Latrie, Ilist. C'h., Il, 359-60).
3. Intérêts dont il fut question en 1381, quand les Génois lui per-
mirent d'exporter ses denrées par le port occupé de Famagouste.
4. « De suf(icencioribus do curia » (lettre citée de Mézières).
5. Les offres se seraient élevées à plus de 500 mille florins, d'après
la lettre.
6. Le 15 juin 1378, Lucchino Visconti demandait à Gonzague « unum
romannm loquentom do Tristano vel Lanzaloto aut de aliqua alia pulcra
et delectabili materia « pour tromper le temps pendant qu'il conduisait
cette princesse on Chypre. L. Osio, Documoili diplomatici tralli daqli
Archivi Milanosi, I (Milan 1865), 197-8. Cf. Mâcheras, 327-30. Le projet
du mariage avait été formé dès 1376 {ibiiL, 180).
- 426 —
timent du tjran et de la République'. Le roi le ratifia, le 6
mars de l'année suivante ^
Mézières était-il allé ii Milan pour traiter avec Bernabù et
amener la conclusion de ce traité ? C'est très probable. Il serait
revenu à Paris pour exposer au roi l'insuccès de sa première
mission et se serait dirigé ensuite vers la Lombardie, où
il aurait réussi à convaincre le seigneur de Milan, qui le
connaissait si bien par ses négociations antérieures pour le
pape et la croisade. Il est également possible encore que son
séjour à Milan se soit prolongé jusque vers le commencement de
l'année 1377 quand rien ne restait plus à faire que la rédaction
même du traité ^
Ce voyage en Lombardie a été, par les pamphlétaires du
parti bourguignon, en 1407 et après cette époque*, attribué à
des causes tout à fait honteuses. Mézières aurait trempé dans
la conspiration qui amena le meurtre de Pierre P'■^ puis,
sans qu'on en comprît bien la cause, se serait enfui quand
les assassins du roi s'étaient saisis du pouvoir. Il aurait
alors cherché un refuge auprès d'un autre grand traître :
Bernabù. Sa conduite envers son nouveau maître avait été la
même qu'avec le roi de Chypre : il promit à l'infâme Jean-
Galéas de se saisir de son oncle et de le lui apporter vivant
dans le château et à l'heure même qu'il désignerait. Le « jeune
1. Mas Latrie. Il, 370. Le traité fut conclu le 14 novembre. Jean
de Brie, turcoplier de Chypre, le jura pour le roi, l'année suivante
(ibid. , i^p. o7i-2). Deux Cornari, François (c'est donc presque certai-
nement celui dont l'épitaphe est donné par M. de Mas-Latrie, Ile de
Cfujpre, 363) et Zanachi, assistaient à la cérémonie (p. 372).
2. Ibid., pp. 371-2.
3. On ne possède pas de quittances pour sa pension avant l'année 1377.
4. La source de toutes ces calomnies est certainement le discours de
Jean Petit, prononcé devant le roi. le 8 mars 1408, à l'hôtel de S. Pol
(Monstrelet, Chroniques, éd. de la Soc. de l'hist. de France,!, 229-30).
V. la Geste des ducs de Bourf)on(jne dans Kervyn, Chron. rel. à l'IIisl. de
la Belgique sous la dom. des durs de Boiii-y.. Bruxelles, 1874, p. 321.
Elle fut amplifiée par la Geste (pp. 263-6) et le Livre des trahisons
de France envers la maison de Bourgogne, dans les Chron. rel. à
l'hist. de Bel;/., l, pp. 2-4.
5. « Leciuel ou temps passé avoit servy le roy de Chippre, et telle-
ment avoit esté privé de lui que par marchiet fait à uni? sien frère,
lequel désiroit avoir le royaume, il copj)a la ^orge au dit roy en son
lit, et ce pour finance qu'il en eult à son dit frère, au moyen de quoy
Je traytre se partist de Chippre. . . « Livre des trahisons, p. 2,
— 427 —
serpent » en fut très content et donna pleins pouvoirs à son
rusé conseiller, qui alla à Milan et pria le vieux tyran de
visiter son neveu malade à Pavie. Bcrnabù en fut quelque
peu étonné, puisqu'il y avait bien dix ans qu'il n'avait pas vu
Jean-Galéas. Cependant l'habileté de Mézières fut si grande
qu'il réussit à l'amener. Ces choses-là se passaient en 1385.
Le « ministre de trahison » resta à Milan auprès de son digne
maître, devenu tyran de toute la Lombardie, jusqu'en 1389,
quand il arriva à Paris, après le mariage du duc d'Orléans
avec la fille de Jean-Galéas. Il apportait avec lui des ins-
tructions criminelles, qui devaient amener l'empoisonnement
du roi et la succession au trône de Louis d'Orléans '.
La réponse faite à ces calomnies, si atroces et si fantaisistes
en même temps, par l'abbé de Saint-Fiacre, l'adversaire du mé-
prisable Jean Petit, contient sur ce voyage des renseignements
qui ne sont pas moins inexacts. Mézières aurait été envoyé en
Lombardie avant sa retraite aux Célestins, « ouquel lieu il
persévéra dévotement jusqu'à la fin' », par Philippe, duc de
Bourgogne, qui était sympathique à ses projets de croisade ^
Il fut reçu à Milan par le (.< seigneur », qui ne peut être que
Bernabô, d'une manière très honorable: le prince le « veoit et
oioit parler » sur le fait do la croisade, avec une grande bien-
veillance \ Puis Philippe revint à Paris, bien avant le mariage
de Valentine^
En allant en Lombardie, Mézières ne pouvait espérer que
Bernabô, dont il connaissait le caractère, son frère ou Jean-
Galéas, qui rêvait tout autre chose que la conquête de Jérusalem ,
participerait à la croisade. Depuis la mort de Pierre I"'',
il n'attendait plus rien d'un passage « particulier » ; c'était
1. Ihid., p. 3; cf. Geste, p. 266.
2. Monstrelet, I, 325. Du reste l'affirmation est a.ssez obscure et le
récit suivant pourrait être interprété comme si Philippe se trouvait
déjà aux Célestins.
3. « Et pour ce (lue monseigneur de Bourgongne trespassé aymoit
monseigneur do Milan, voiant le dit Phelippc cstre de grant science
et proesse, et aiant propos d'aler en aide de la Saincte Terre, icellui
envoia à monseigneur de Milan » (Jbid.).
4. Ibid.
5. « Item ledit Philippe s'estoit parti dudit duc de Milan longtemps
devant ce qu'il fcust moiicion du mariage de monseigneur d'Orléans,
ne de sa femme » {ibid.). 11 n'aurait résidé même jamais avant cette
époque, à la cour de Bernabô (ibid.), ce qui est évidemment faux,
— 428 -
la chevalerie de la Passion, sous le commandement des rois
de France et d'Angleterre, qui devait délivrer la Terre-Sainte.
Le voyage en Lombardie et ce long séjour à Milan auraient été
complètement inutiles pour cette expédition et, quant à des
relations plus étroites entre l'honnête Mézières et les deux
princes qu'il gratifie du titre de jeune et vieux serpent, le
Songe du vieil Pèlerin ' nous montre suffisamment les senti-
ments qu'il entretenait à leur égard. Quant aux allégations
de Jean Petit, elles sont également contraires au caractère
moral de Mézières et à ce qu'on peut connaître sur sa vie,
après sa retraite aux Célestins ".
Mézières se trouvait de retour à Paris au mois de janvier
1377 quand il reçut le trimestre de sa pension \ On possède
ses quittances du l"" avril*, du 5" et du 26** septembre et du
4 décembre ' de la même année.
C'est à cette époque que Charles V ajouta aux dons qu'il
avait fait jusqu'alors à son « féal chevalier et conseiller* »,
celui d'une maison sise à « Charantonnel », « oultre et près
du pont de Charenton ^ » , maison qui avait été vendue par Pierre
de Chevreuse, maître de l'hôtel du roi, à Nicolas Braque,
chevalier et membre du conseil royal '", pour 3,000 francs, et
1. Bernabô est, dit Philippe, « larges aus estranges et à ses subgez
crueulz » (Songe. I, f" 75 v"). Jean-Gaiéas l'avait battu « à un seul jeu
des esches» et lui avait pris ses Etats, « dont mainte gent diversement
parlèrent, les uns blâmant et reprouvant la manière du math, et les
aultres Dieu en loèrent » (f» 76). La reine Vérité ne trouve pas de bien
excellents hcsants dans ces États.
2. 11 n'est pas probable que Philippe ait accompagné Louis de Tou-
raine, son ami alors, dans son voyage en Italie, en 1391 (.Jarry, o. c,
pp. 70 et puiv.).
3. « Pour vacquer et entendre à ses consauls et l'expedicion de ses
besonenes » (2 janvier, Bibl. nat., Cabinet des titres, pièces originales,
1940, n" 11).
4. Ibid., n" 10.
5. « l'our estre de bon conseil », n» 6. 11 reçut à cette date la moitié
seulement de son trimestre; le reste lui fut payé le 26.
6. N" 7.
7. N" 9.
8. Acte de donation du 14 octobre (Archives nat., .JJ lll, n" 267).
9. Mandement du roi, ordonnant aux conseillers généraux des aides
le paiement de la somme qu'il devait pour cet aciiat à Nicolas Braque.
Bibl. nat., C"ab. des titres, pièc. orig. 1940, n» 8. Résumé dans la pu-
blication de M. Delisle, n" 1481, pp. 747-8.
10. 11 était trésorier royal en 1349 (Moranvillé, art. cité, p. 183);
en 1377, maître d'hôtel du roi, auquel il prête 14,200 fr. d'or
(Bibl. nat., fr. 25704, n» 360). Une donation royale en 1375 (maison
— 429 —
que le roi avait rachetée pour une somme un peu supérieure,
dans l'intention de la donner à Philippe, comme récompense
de ses services. La maison était libre de toute redevance :
elle comprenait, outre le «manoir », des jardins, des cours,
des clos, des terres « et plusieurs biens meubles estanz audit
hostel, comme bestes et plusieurs autres biens ». Son empla-
cement esl occupé aujourd'hui par l'école d'Alfort*.
Philippe avait été déjà nommé par le roi précepteur de
son fils aîné, le futur Charles VI. Bien que le fait ait été sou-
vent contesté ^ cette fonction fut réellement remplie par
Mézières : le Songe du vieil pèlerin en fournit la preuve. 11 a
« nourri et apprivoisé », dit-il, le jeune prince, dont il a été le
« premier fauconnier ^). De tels détails abondent sur l'enfance
du roi. Il parle môme du personnage qui fut chargé par lui de
l'instruire « en clergie'* » et ces relations étroites entre
Charles VI et Mézières expliquent le ton très libre et très
hardi qui règne dans le second songe.
Le 16 mai 1376, Mézières terminait un ouvrage qui doit
lui être attribué à juste titre, le Somnium Viiidarii^ dont
il rédigea une traduction française entre le 13 septembre
1376 et le mois de mars de l'année 1378 ^ L'ouvrage est trop
« prez de la Porte de Chaume à Paris », Arch. nat., JJ 108, n° 166).
Fréquemment cité dans le reg. JJ 89. Etienne Braque était conseiller du
roi, en 138i (Hibl. nat., fr. 25705, n" 81); Jean Braque, maître d'hôtel
du roi en 1388 (Douct d'Arcq, Comptes de Uhôteldu roi, dans les publ.
de la Soc. de l'iiist. de France, p. 257). V. aussi Arch. nat., JJ 132.
1. P. Paris, dans les Mém. Ac. Inscr., 1843, p. 393.
2. Lebeuf, XVII, 505 (le titre manquant sur l'épitaphe de Philippe);
P. Paris, /. r.. p. 387 (avec des doutes).
3. « Marchander à un faucon pèlerin blanc au bec et pies dorés qu'il a
nourri et aprivoysé, et duciuei il a esté premier fauconnier « (Songe du
vieil pèlerin, I, f" 2); « le povre pèlerin jadis fauconnier tel ou quel du
josne blanc faucon pèlerin » (f" 2 v). Le faucon c'est Charles VI, ainsi
que le montre, entre autres, la table des identifications.
4. Songe, 11, f" 22 vo; « Il y a un aumosnier... en la nave françoise
(jui par Àrdant Dosir jà jjieça fu pris par ellection au collège de Ch'am-
paigne et de Navarre, pour entroduire en gramaire un josne blanc
cerfvot qui est devenu un très grand cerf-volant et fu fil du fil
d'une très haulte et très noble et gracieuse personne, qui estoit appoUée
dame Bonne. Cestui proposé aumosnier, (pii a le nom de celui grant
angele (]ui poise les âmes ou ciel, est, fort contraire as aumosniers
dessus dis. »
5. V. la bibliograpliie dans l'article très consciencieu.x de M. Marcel,
dans la Heviie de Léf/islalion et de Jurisprudence, XXI-X.\I1 (1862-3).
6. V. sur la date de la rédaction latine, P. Paris, dans les Mss.
français, [\, 'SU ; Lancelot, Mém. Ac. In.'icr., t. Xlll de l'ancienne
— 430 —
connu pour qu'il soit nécessaire d'en donner une analyse*:
du reste ce n'est pas de l'activité littéraire de Mézières que
s'occupe surtout notre travail. Comme on continue cependant,
bien que justice ait été faite des prétentions qu'on élevait en
faveur des autres neuf candidats "^ à attribuer le Songe à
Raoul de Presles généralement ^ et quelquefois, à Charles
de Louviers \ nous présenterons, en résumé, les arguments
qui permettent, avec beaucoup de probabilité, sinon avec une
certitude complète, de déclarer que Philippe de Mézières
seul en pouvait réclamer la paternité.
Quelques arguments extérieurs d'abord. Un précieux
explicit, publié deux fois par P. Paris % tout en donnant la
date à laquelle le Songe fut terminé ^ en détermine une
série, pp. 660 et suivantes. Cf. aussi la mention du traité conclu ré-
cemment entre Jean de Montfort et Jeanne de Penttiièvre, p. 147 de
l'éd. de Goldast {Monarchia Romani imperii, !■■« éd., I, Hanovre, 1611),
l'âge assigné au dauphin (p. 108). Sur celle de la traduction, surtout
P. Paris, Mêm. Ac. Inscr., 1843, pp. 350-;5 et Ms. /"/•., IV. 323. Le
schisme n'y est pas mentionné non plus. V. aussi Lancelot, art. cité
dans les Mém. Ac. Inscr., t. XllI de l'ancienne série, pp. 664-5 et
Dupin, Profession d'avocat, II, 703.
1 . La meilleure, la plus détaillée et la plus précise est celle que donne
M. Marcel.
2. Par Paulin Paris surtout, dans l'article des Mémoires. V. aussi
Marcel, art. cité. Nous mentionnons, à titre de curiosité seulement,
un Jean de Vertus, qui vivait entre 1367 et 1369 (Huillard-BrohoUes,
Titres de la maison de Bonrhnn, I, 530, 5'»8), et occupait la charge de
receveur pour le duc de Bourbon dans les baillages d'Autun, de Ghalon
et de Montcenis. Le ms. de Berlin (Bibl. royale, Gall. fo!. 205) du Songe
ajoute un nouveau concurrent. Ce ne serait rien moins, d'après une
notice moderne, que Guillaume de Machaut ou même Froissart ! Le ms.
la Bibl. nat. de Turin, qui contient une partie du Songe (M vi, 7,
f" 41) porte le nom de ; « Songe du vergier, que Ton peult nommer
autrement les trois estas ».
3. L'ouvrage est attribué à Mézières par P. Paris (articles cités), par
Jocher (t. III de son Dictionnaire, art. de Mazeriis) et par Champollion-
Figeac {Louis et Ch. d'Orléans, pp. 178 et suiv.). On retrouve l'attri-
bution à Raoul de Presles dans Brunet, Moréri et, plus récemment,
dans un article de la Revue de Législation et de Jurisprudence (M. La-
boulaye, en 1866, n" de janvier), dans la Revue catliolique de Louvain,
I, article de M. Brants, etc.
4. Article de M. Marcel qui se fonde, comme ses prédéces.seurs
Savaron, Taveau et l'abbé Targuy, sur un explicit qui ne nous a pas
été conservé. L'explicit, pareil à celui (jue publia P. Paris, portait la
signature de Carolus de Louviers. On invoque encore le titre de con-
siliarius, que se donne l'auteur et qui conviendrait à Louviers s'il
avait été membre du Parlement, chevalier es lois.
5. Mss. français, IV, pp. 302-3 et Mém. de VAcad. des Inscript.,
1843, p. 349.
6. « Hic est finis quem lUe imposuit qui est omnium principium
- 431 -
seconde : l'auteur aurait pris place parmi les conseillers et agen-
tes in rébus du roi, deux années révolues auparavant, ce qui
revient au 16 mai 1374. Or l'acte de donation du mois de mai
1373', où la date dujour manque malheureusement, donne pour
la première fois à Philippe de Mézières le titre de conseiller
royal. Philippe emploie assez souvent le Somje du verger dans
son roman allégorique", sans le citer jamais, ainsi qu'il le
fait toujours pour les ouvrages dont il s'est servi''. Le livre,
qui contenait cependant des idées qu'il partageait lui-même,
ne se trouve pas non plus, malgré son importance, parmi
ceux qu'il recommande à son élève Charles VI *.
La comparaison entre les deux Songes parait donner des
résultats plus concluants encore. Parmi les idées communes,
exprimées presque sous la même forme, il faut citer leur ma-
nière d'apprécier la donation de Constantin et les décrétales",
leur conception sur le pouvoir du roi de France, qui aurait
les mêmes droits que l'empereur dans ses États ^ la satire
atque finis... Anno Domini m.ccc."lx.\vi. die .\\\.^ Maii. qua eciam
dio illustri-ssimus princeps rex Francie, duobus annis revoluti.s, inter
agentesin rebusdomussueetinconsiliarium me, qunmvis indif/num (ces
mots sont la signature de Mézières), motu })roprio duxiteligendum. Quia
igitur omnipotens Deus mo perduxit ad tinem hujus operis peroptatum,
iulinitas beiiedictionis gracias relï'ero, sicut po.ssurn, cui cum pâtre et
spiritu sancto est honor et gloria, virtus et imperium ah eterno et nunc
et per infinita seculorum secula. Amen » (Hibl. nat. lat. 3459 a. fol.
328 V". Ce ms., pet. in-S», de 329 f"**, a été terminé le 6 juillet 1482
(fol. 304 V"), et donné par « niaitre .Jean Bailly » aux « boursiers et
membres » du collège d'Ilarcourt à Paris (f" 329).
1. 11 y a bien une différence, sinon dans le mois, du moinsdans l'année :
elle pourrait s'expliquer par une faute du copiste, bien {lostérieur (II''"*
pour ill''"* ou bien 1376 pour 1375). Le voyage de l'hilippe (1375-77?)
n'est pas un cuipèchement.
2. V. plus loin.
3. La Civitas Dei, dans la traduction de Raoul de Presles, probable-
ment {Sonf/e (lu V. p., II, f" 99), les poètes contemporains (v. plus baut,
p. 26), le so/e/mcZ dictionnaire (v. p. 24), les traités de Mcole Oresme. etc.
4. Songe du v. p., Il, f"'* 98 et suiv. : « Es quelx livres especialement
tu dois lire. . . »
5. Somnium, pp. 79, 88 ; Songe, I, f"« 68 v, 136, 69 v°, 95-5 \". 11 parle
du pape saint (Irégoire qui se soumit au jugement de l'empereur : « Bien
seroient aujourd'ui les decretaies et novellesanullécs, destruites et vio-
lées, se en tel cas ou pareil se faisoit « (ibiif., f" 107). Sur la politique de
Boniface VIII, le même jugement se retrouve dans le Songe, 1, f'* 94 v".
6. « Et per consequens rex Kranciae potest dici imperator in regno
suo, cum neminein recognoscat supei-ioreni » {Somnium, p. 137) ;
« faire nouvele loy comme empereur du royaume de Gaule » (Sonne,
II, f 128).
— 432 —
qu'on y trouve contre les prétentions de la justice ecclé-
siastique *, le blâme jeté à la chevalerie déchue de son
ancienne splendeur", à l'église ignorante et sinloniaque^
à ceux qui pratiquent l'usure'*, aux femmes chrétiennes qui
ont des relations avec les Juifs'. Ces derniers devraient être
chassés de l'Europe, sans qu'on prît cependant leurs biens'';
les deux ouvrages s'expriment de la même manière sur les
duels, qui provoquent Dieu', — l'opinion personnelle du roi
sur ces guerres privées est mentionnée dans tous les deux* — ;
sur les extorsions des agents de finance ', sur les astro-
logues, dont on distingue, des deux côtés, les véritables et
honnêtes malhematici^'^, — est-ce Raoul de Presles qui se
1. « Alias, si propter peccati colligantiam vultis de talibus cognos-
cere, non restât nisi foros principura claudere, seculares leges et
décréta principuiu destruere et vestra solum reservare » {Somnimn,
p. 64). et. Sonye, 11. f^ 136 v". « Qui est cellui cas criminel ou civil », dit
le procureur, « qui nous puist eschaper que nostre chef n'y ait aucune
seigneurie ? »
2. Songe, I, f"" 152 et suiv. ; Somm'nm, pp. 60-1. Le luxe des habits
est attaqué par les deux ouvrages aussi (Somnium, ibid. ; Sonqe, I,
fos 93 \"-4).
3. Somnium, 86. Cf. Songe, I, f" 107 v : « l'office divin se fait sans
saveur et devocion », etc. : Songe, \, 97; Somnium, 86.
4. Somnium, 93; Songe, II, f" 128 v : « Prester à usure, qui est
chose aux crestiens deffendue et abhoininable à Dieu. »
5. Comme nourrices (Songe, II, 128 v) ou même concubines
(Somnium, pp. 92-3).
6. Somnium, 92-3 (le « si Principi assisterem, et daretur loquendi
audacia... » s'explique par l'anonymat que le roi demandait à l'auteur);
Songe, II, f° 128 ^-9 ; 132: « lors, parla main de ta susdicte cham-
brière Discrecion, du royaume de Gaule tous les Juis soient licencié. »
Charles VI lui-même aurait été. d'après Mézières, un terrible antisémite
dans sa jeunesse, « tu hayoies fort les Juis, et vousises bien lors qu'il
fussent tous mis à mort » (ï" 129).
7. Somnium, pp. 95-6 ; Songe, f" 125 v". Cf. surtout Somn., p. 95 :
« Par eam contra evangelium Deus tentatur » et Songe, î" 125 v» :
« II semble donques que l'appelant veuille contraindre Dieu. »
8. Somnium, p. 96 : « Unde piissimus rex Franciae modernus,
Carolus V', vix autem nunquam in duellis permittit partes ad arma
prosilire » ; Songe, II, f" 126 v : « II te doit souvenir que le sage
Salemon, ton bon père dévot et vray catholique, ne voloit pas souffrir
que ses subgiés, ne autres en sa présence se combatissent en champ. »
9. Contre les fouages, Somnium. p. 111; cf. Songe, II, f" 145 v
(contre les aides). On y trouve môme deux exemples assez semblable^
10. Songe, II, f"* 30-40 v°. Ces derniers s'occupent du mouvement
des étoiles (f° 34). Cf. Somnium, p. 205 : « Sicut astrologi ex conside-
ratione causarum praenuntiant infallibiliter éclipses et ex conside-
ratione stellarum praenuntiant conjecturaliter pluvias et siccitates. »
On cite, des deux côtés, les rois bibliques et païens qui favori.sèrent
l'astrologie et on rencontre, dans les deux traités, les noms de Mo'ïse
et d'.\braham (Somnium, 217; Songe, II, f" 30 v").
— 433 -
serait permis do pareilles tirades contre les favoris de
Charles V, sur les Romains et leur conduite envers le
pape?\ Le Songe du verger félicite le roi d'avoir donné une
bonne éducation au Dauphin ^ : Mézières en fut le précepteur.
Les deux ouvrages se terminent parla soumission au juge-
ment de l'Église de tout ce qui pouvait y être contenu '' ;
l'auteur du Songe du verger enfin ne manque pas de parler à
chaque occasion de son ignorance et de son humilité : les
expressions comme mlnimns ex faniiliai'ihns, quamvis indi-
gniis sont tout ce qu'il peut y avoir de plus fréquent dans
Mézières*. Il serait difficile de trouver un aussi grand nombre
d'arguments pour un autre prétendant et Paulin Paris a fait
voir depuis longtemps la valeur de ceux qu'on a apportés en
faveur du plus sérieux, de Raoul de Presles.
En ce qui concerne la croisade, si le chevalier conteste
d'abord au pape le droit de proclamer la guerre sainte contre
les Infidèles qui n'attaqueraient pas les premiers, le clerc
n'est pas en peine de lui répondre. Les Turcs et Sarrasins
sont des bètes sauvages : mieux vaut les relancer dans leurs
propres repaires qu'attendre leur attaque inévitable. Les com-
battants du Christ en Espagne méritent les mômes indul-
gences que ceux qui défendent la foi dans les régions de
l'Orient \
1. « Locus excidii », p. 226 ; « maxime quia orbis major est orbe «
(p. 225). Songe, I, f»'' 68 et suiv.
2. P. 109.
3. P. 229 ; Songe, II, P 222: « Cestui songe... je l'ay soubmis et
soubmet à l'examen de la vénérable dame, l'Université de Paris, et
à la correccion débonnaire de ma mère sainte Église. »
4. V. la Viln et les traités latins, passim.
5. « Et videtur quod Sarracenis, volentilius in pace vivere, non sit
molestia inferenda » (Soinnium, p. 98). Ccjjendant, répond le clerc :
« Potest. . . Romanus pontifex licite et juste indulgentias nedum tran-
seuntibus ultra mare pro recuperatione Terrae Sacrae concedere,
sed etiam volentibus aggredi Hispaniam contra Sarracenos ibidem
commorantes. . . » {iind.). Puis l'auteur demande des indulgences
pour ceux qui voudraient délivrer l'bérilage du Saint-Siège en Italie
\il>id.), et on sait que c'était, en 1368, un des buts de la Cheva-
lerie de la Passion. On peut remarquer encore l'étymologie Carolus zr:
cara lux (p. 227 ; Songe du v. pe!., 11, f" 57 : « Karolus, selon son inter-
pretacion vault autant à dire comme cara lux, chière lumière ». Cf.
ihid., î" 71, Épitrc â Richard, f" 19 \° : « Carolus, c'est-à-dire chière
lumière »), les éloges accordés, dans les deux ouvrages, à la piété de
Charles de Blois (pie recordationis ». p. liG; « le lienoist Charlo, jadis
duc de Hretaigne », f" 123), la libéralité (lu'on attribue à Titus, etc.
N. JoRGA. Philippe de Mézières. 28
— 434 —
Vers le commencement de l'année 1377, Jean Contarini,
parent du doge André, arriva en France pour demander au roi
que les marchands vénitiens fussent exemptés du paiement de
la foraine, que les lettres démarque, accordées aux héritiers
de Raymond Serailler, marchand de Narbonne, fussent
suspendues pour cinq années encore', et pour s'entendre avec
ces mêmes héritiers à l'effet d'amener la révocation détinitive
des lettres^ qui causaient plus de dommage au royaume
qu'aux Vénitiens ^ La première demande fut accordée par le
roi dès le 1!) février'', la seconde trois jours auparavant^
Charles V annonça ces mesures aux Vénitiens, en les remer-
ciant d'avoir fourni des vaisseaux pour ses ambassadeurs en
Hongrie (20 février)*.
Mézières avait été invité par le doge à seconder les efforts
de son ambassadeur. Il répond à Contarini par une lettre du
l^mars 1377\ 11 loue le zèle de l'ambassadeur, qui a été reçu
honorablement par le roi et écouté avec beaucoup de bien-
veillance. Il réussit dans ses efforts. Cependant, comme les
héritiers de Serailler étaient nombreux et qu'on no pouvait
pas s'entendre aussitôt avec eux, il lui conseille de partir
pour éviter la dépense; il continuera ces négociations lui-même
« leur infime citoyen inutile et serviteur fidèle » \ et espère
1. Sur Raymond Serailler, anobli en 1353 (Arch. nat., JJ, 83, n° 92),
« habitant de Montpellier et citoyen de Chypre » {Commem., VI, n" 9 ;
t. II, 277), V. Commem., VI, 92; t. II, 293, ibid., IV, 238; t. II, 264;
i/)id., VI, n" 38; t. II, 283. Ses galères furent attaquées deux fois parles
Vénitiens. Les dédommagements furent refusés et le duc de Normandie
accorda des lettres de prise, le 24 mai 1358 (Commem., VI, 92 ; t. II,
p. 293; cf. VI, n" 102; ibid., p. 296) ; elles furent suspendues par le
roi Jean pour six mois seulement, en mars 1363 (Comwiem., VII, n" 51;
t. III, p. 12), puis par Charles V, pour cinq ans, le 11 décembre 1368
(ibid., n° 470, pp. 78-9). Nouvelle prolongation pour cinq ans due à
Thomas de Pisan, le 22 mars 1373 : des négociations étaient déjà com-
mencées avec les héritiers (ibid., n" 654; p. 102). En 1377, ce terme
aussi venait d'échoir. Cf. aussi Sen. Misli, 31, f" 4 v° (1363).
2. Mas Latrie, dans la Dihl. Éc. Ch., XXXIV (1873), 84-6.
3. Mas Latrie, dans les Documents historiques, Mélam/es, III, 149.
4. Commem., VIII, n" 24; t. III, p. 132. Sur la foraine, v. la lettre
de Mézières, p. 84, et Commem., VIII, n" 27; t. III, p. 133.
5. La suspension devait commencer aux fêtes de Noël (Mas Latrie,
MéL, pp. 148-9).
6. Commem., l. c.
7. Mas Latrie, Bibl. Éc. Ch., l. c.
8. « Michi, quam minime civi vestro, licet inutili, ac servitori fideli »
(ibid.).
— 435 —
les mener à bonne fin. Le doge peut lui confier d'autres
missions encore, il sera heureux de les remplir.
Ce n'est pas la dernière fois cependant qu'on retrouve le
nom de Serailler dans les documents vénitiens. 11 est probable
donc que Mézièrcs, qui n'aimait pas les lettres de marque',
employa tous ses efforts sans obtenir leur révocation défi-
nitive ^
Mézières assistait encore, en 1378, à la séance du conseil
royal pendant laquelle Pierre Conrart, seigneur de Bour-
nazel, rendit compte des afl"aires de Flandre ^ Il apprit, la
même année, un événement qui devait l'attrister profondé-
ment, cette élection d'Urbain VI « le Barrois » qui donna
naissance au grand schisme.
Barthélémy Prignano, archevêque de Bari, fut élu à Rome,
sous la pression du peuple qui menaçait les cardinaux de
rendre leurs tètes aussi rouges que leurs chapeaux, le 9 avril
1378. La nouvelle arriva en France au mois de mai et, bien
que le roi eût refusé de féliciter le nouveau pape avant de
recevoir les informations nécessaires de la part des cardinaux
français*, la plupart de ses conseillers et officiers paraissent
avoir reconnu l'élection d'Urbain VI comme légale. Ce fut
aussi l'avis de Mézières, qui resta fidèle au pape italien jus-
qu'à l'arrivée des cardinaux et quelque peu plus tard môme.
Au mois d'août, les envoyés des cardinaux, l'évoque de
Famagouste, pour lequel Mézières professait une estime par-
ticulière% et Nicole de Saint-Saturnin, maître en théologie, de
l'ordre des Frères Prêcheurs, arrivèrent à Paris avec des lettres
de prûtestation^ L'évêque d'All)ano, Ange Grimoard, l'ami
de Philippe, s'était déclaré aussi contre celui qu'on qualifiait
1. V. le Songe du vieil pèlerin, II, 1" 188.
2. Une nouvelle suspension fut accordée le 1" juillet 1395 (Cotnm.
VIII, n» 8; t. m, p. '23't), puis le 3 février 1401, pour le môme terme
(Comin., IX, \v> 2U2 ; t. III, p. 280).
3. Froissart, éd. Kervyn, IX, 511-6.
4. Grandes Chroniques, \'l, p. 'l'il.
5. Le « Cardinalis iNoumoseiisis » dont il est question dans la Contem-
placio hore mortis, f" 206 (c'est un des trois ])rélats « uti(iue profuiide
scientie et virtutis, nec non et probato sanctitatis » qui se déclarèrent
librement pour Clément VII) est, non un cardinal de Famaffoiisle, mais
l'ancien évoque de Nimes, cardinal Jean de Blanzac (-1- 1379).
G Grandes Chroniques, l. c.
— 436 —
d'intrus et d'apostat'. Los sympathies de Mézières pour
Urbain VI en furent quelque peu ébranlées. Le roi assembla
d'abord des clercs des Universités de Paris, d'Orléans, d'An-
gers, etc., pour leur soumettre le cas (1 1 septembre), mais leur
réponse fut assez incertaine ^ Bientôt on apprit la fuite des
électeurs et l'élection de Robert de Genève à Fondi (21 sep-
tembre) : le nouveau pape fut couronné le 31 octobre, et il se
hâta d'en informer le roi de France ^ Mézières assistait pro-
bablement à la grande assemblée que convoqua le roi, le 16
novembre : les membres de ce conseil extraordinaire, des
prélats, des maitres en théologie, des docteurs en décrets et
en lois ainsi que « pluseurs autres sages de son conseil, tant che-
valiers comme autres », déclarèrent, après avoir prêté serment,
que Clément VII était le vrai pape*; « ledit Barthélemi »
n'était qu'un imposteur^ Le roi accepta cette décision, qui fut
publiée dans tout le royaume. Des lettres dans ce sens furent
envoyées en Allemagne, en Hongrie, en Italie et ailleurs ^
Jean Roland, évèque d'Amiens et ami de Philippe, alla en
Espagne, où il parvint à faire reconnaître le pape français
par le célèbre concile de 120 prélats, qui siégea dans ce
but deux ans après'. Enfin, Martin de Pampelune lui-
même, « qui resplendist en meurs et en science comme ou
1. Conlemplacio, l. c.
2. Grandes Chroniques, pp. 441-44. Ils conseillèrent au roi de
prendre des informations plus étendues.
3. Ibid., p. 445. V. la lettre des cardinaux français, dalée de Fondi
(19 octobre), dans Noël Valois, Annuaire- Bulletin de la Soc. pour
l'Hisl. de France, XXIV, 243-5 et Jarry, La « voie de fait w, dans la
Bibl. de l'Éc. des Chartes, 1892, pp. 213 et suiv.
4. « Quorum electorum pretactas litterasdirectivas signatas et sigil-
latas ad libitum vidi, et omnia que eleccionem amborum et conse-
quencia facti tangere possunt, a tribus electoribus, vita et scientia non
mediocriter clarescentibus, dominis meis, coram Deo publiée et secrète
et in facto causae viva voceque plenius audivi, ac de eorum beni-
gnitate per eosdem informatus, ea que prius tenueram humiliter cor-
rexi » (Contemplncio. f» 204 v°). Cf. Songe du v. Pèlerin, I, f" 111 v»:
« Toutefois moy enfourmé viva voce par les rouges chapiaus de la
seconde élection du débonnaire selonc la loy civile, en mieux je muay
mon conseil... »
5. Grandes Chroniques, pp. 445-7. Cf. Christine de Pisan, Livre des
faits, III, 56, pp. 110-111. Le roi influença peut-être cette décision
(Noël Valois. /. c, p. 227).
6. « Par le conseil de pluseurs sages » (Grandes Chroniques,
p. 447).
7. Conlemplatio, f" 206; Dardel, 97 (19 mai 1381).
— 437 —
ciel fait la lune' », bien qu'il eût défendu d'abord avec beau-
coup d'énergie Urbain VP, dont il avait été le maître', finit
par céder et se réunir à ses collègues*.
Ces moti/s, les persécutions dirigées par Urbain contre les
cardinaux eréés par lui-même % la décision du roi de Castille
et de l'Université de Paris et plus tard, les prophéties de
Marie Robine, Tilluminée do Gascogne, et l'avis de Pierre
de Luxemboarg^ achevèrent de convertir Philippe de Mé-
zières. Il défendit dorénavant le pape français avec son en-
thousiasme habituel. Urbain VI devint pour lui la « maie
beste » de l'Apocalypse \ qui venait d'être abandonnée par
ses propres créatures ; il ne devait pas s'obstiner pour sa
perte, mais céder devant l'hostilité de tous les bons chrétiens.
Les cardinaux, qui seuls pouvaient juger de la question,
s'étaient déclarés contre lui, et il devait se soumettre à leur
décision*. Cependant, malgré son opinion personnelle, qui
était celle des humbles et des ignorants ^ il se soumettait
au jugement do ce concile général de la chrétienté qu'il appe-
tait de tous ses vœux*". Un seul pape devait être nommé par
1. Songe duv. Pderin, I, f" 121 v». Ce « très-notable clerc » futchargé
d'une mission auprès de la cour de France en 1397 ; il put revoir Phi-
lippe de Mézières (J. Juv. des Ursins, éd. Michaud et Poujoulat, II,
1" série, 411).
2. « Excepté le cardinal de Pampolune qui encores y voult déli-
bérer; mais depuis se consenti-il avec les autres » {Grandes Chro-
niques, p. 4'i5).
3. « Cardinalis Pampelunensis, magister condam sepetacti Barrensis »
{Conleynplalio, f" 206). 11 l'appelle « flos doctoruin » (ihid.).
\. Songe du v. Pèlerin, I, f°^ 79 v", 121 v". Il lui proposait d'abdiquer.
5. Songe, 1, f" 113; Conlcmplnlio, f" 206.
6. Songe dit. v. Pèlerin, ï" 113 v" : « la très simple en Dieu et très
dévote et catholique créature, Marie Robine, appellèe des parties de
Gascogne par revelacioii et relacion dudit benoit cardinal. »
7. Ibid., fû 79 v».
8. Songe du v. Pèlerin, f" 112; Contemplât io, î" 204 v°.
9. Songe du v. Pèlerin, f" 113 v° : « avec les simples vielles dévotes
et catholiques. » Cf. Conlemplatio, ibid.: « more bubulcorum.' »
10. Il ne se faisait pas cependant des illusions sur sa possibilité,
pour le moment au moins. Les fidèles devaient se déclarer plutôt dans
la querelle que suivre ces incertains et ces neutres, qui sont des hypo-
crites, amoureux de leurs bénéfices (Songe du v. Pèlerin, I, f° 111 v")
« Nunc vero consilio generaii, mundo in maligno posito, ut ita loquar
quasi desperato, ovicule in deserto errantes et in medio luporum heu
habitantes, non uticiue (pialiter pastor eligatur, aut quo titulo intro
nisottu", rimando delxMit in(iuirere, .sed quem pastorem final! conclu
sione electores unanimes fidelibus exhibuerunt, sequantur » {Conl
f° 205).
— 438 -
le concile et mettrait ainsi fin à ce scandale qui compromettait
la chrétienté devant ses ennemis, les Infidèles '. C'était aussi
l'intention de Charles V et il allait la remplir, quand il mou-
rut". Mézières ne se découragea pas cependant, et nous le
verrons faire des propositions semblables à son fils et suc-
cesseur \
On ne possède pas de détails sur la vie de Philippe pen-
dant les quelques années qui suivirent, jusqu'à la mort de
Charles V. Il continua d'être un des conseillers les plus
écoutés par le roi, qui s'entretenait pendant des heures en-
tières avec lui et demandait toujours son avis sur les aff'aires
les plus importantes''. Il lui faisait des dons comme celui du
beau psautier aux fermoirs d'argent qui lui fut offert à
Nogent-le-Roi '', et se faisait accompagner par lui dans ses
voyages.
Mézières profitait de sa haute situation pour proposer au
roi des réformes utiles: il lui demanda d'accorder aux con-
damnés à mort la permission de recevoir les sacrements de
l'Église, permission qui leur avait été refusée jusqu'alors.
Charles V reçut avec bienveillance sa demande, qui était
appuyée par le grand justicier'^ du royaume, et la lecture de
cette « queremonie dévote » lui fit reconnaître l'injustice
d'une coutume peu « catholique »\ 11 se décida à faire une
nouvelle loi pour les condamnés et confia cette mission au
1. Y. dans la relation de Simon Sigoli les ironiques questions que
fit le Soudan sur les deux papes qui administraient l'Eglise.
2. Cf. p. 417, note 1 : « Avoit entencion le sage prince de mètre sus
bien briefment » (Christine de Pisan, 1. 111, ch. lxii, p. 117).
3. V. p. 469.
4. Notice citée par Du Verdier, Bibliothèque française, V, 203 :
« Mais, pour sa grande providence, ledit roi souvent le venoit voir,
et étoit seul avec lui trois ou quatre heures, pour consulter les affaires
de son royaume et de son peuple... et, quand ledit roi étoit fort loin
de Paris, il envoyoit ses affaires par écrit audit chevalier, et ledit
chevalier lui renvoyoit par écrit son avis. » Ces choses-là se seraient
passées après sa retraite aux Célestins, ce qui est impossible, Philippe
n'ayant quitté la cour qu'après la mort du roi, en 1380 (Oratio traged.,
fo 197 v«).
5. « Un très bel Psaultier... Preste par le Roy a messire Philippe de
Maisières sa vie durant » (Gilles Mallet, Inv., p. 137).
6. « Du juge publique de ton royaume qui fait morir par justice les
condam])nés à mort (Son'/e. II, f" 128). »
7. lOid.
— 439 —
chancelier de Franco*. La « forte cervelle » de ce dernier, tel-
lement obstiné, dit Mézières, qu'on aurait plutôt pu « retour-
ner » la roue d'un moulin, fit rejeter cette proposition dans
le Conseil. Le roi, en effet, gagné par ses arguments, déclara
que, tant qu'il vivrait, l'ancienne coutume ne serait pas
changée'.
Mézières jouissait aussi de l'amitié d'un des plus puissants
conseillers du roi. Bureau de la Rivière ^ « un vaillant preud-
homme »\ auquel il dédia plus tard (et à sa femme Marguerite
d'Auneau, de la maison de Dreux^j le Sojige du povre pèle-
rin. Il se lia, vers la fin du règne de Charles V peut-être,
avec Pierre d'Ailly, le grand orateur ecclésiastique, plus tard
chancelier de l'Université de Paris. Mézières avait protesté
énergiquenient contre la proposition d'un des plus hauts
dignitaires du royaume, dont le nom est inconnu^ qui avait
mis en doute la véracité de la translation de la Bible par
saint Jérôme. 11 demandait que la traduction fût revue et
corrigée par un certain « Juif perfide et ennemi de la foi,
qui persistait encore dans son hérésie»'. Le roi fut convaincu
par les arguments de Philippe, et Pierre d'Ailly remercie
chaleureusement ce dernier dans la préface de son livre
1. « Au chief de la justice du royaume de Gaule » (ihid.). C'était
Pierre d'Ora;einont et non pa.s encore Miles de Dormans, évèque de
iJeauvais. Mézières fait une satire de « l'endormi » dans le Son'je du
V. P.. II, f« 149.
2. Mézières s'adressa dans le même but à Charles VI (/. c). La
coutume ne fut abolie cependant que plus tard, le 12 février 1396,
d'après l'avis des ducs de Berri, de Bourgogne, d'Orléans et de Bourbon
(Lebeuf, Dissertai io)is sur rilisloire de Paris, III, 410).
3. Second fils de Jean de la Rivière et d'Isabelle d'Augerans, premier
chambellan de Charles V, qui lui fit de nombreuses donations et qui
fut même le parrain d'un de ses fils (Froissart, éd. Kervyn, XXIII,
p. 25; VIII, p. 369).
4. Ihid., XV, p. 94.
5. Ibid., XXIII, l. c.
6. « Quidam meus emulus », dit saint Jérôme dans la Contemplatio,
« indignitate altaconstitutus » (f" 218). Cf. la dédicace de Pierre d'Ailly:
Quem ego iimominatus etiam innominatum taceo. Ne mee arrogancie
forte ascribatur, (juod tam pusillus etdebilis in tam fortem et magnum
ausus sum exponere vires meas « (ms. lat. de la lUbl. nat., lat. 3122, f» 51).
Cf. Paul Tsciiackert, Peler von Ailli, zur Gesdiichte dcsqr. abendl.
Schismas... Gotha, 1877, p. 349, App.. d'après le ms. 18978'de la Bibl.
de Bourgogne, à Bruxelles.
7. « Per inimicum fidei, Judeum perfidum ac in Judaismo obsti-
natum... licet hebraicam linguam ignoraret » ( Contemplât io, fo»217 v°,
218).
— 440 -
Contre les nouveaux Juifs, écrit avant 1378'. Il l'appelle
son « redouté seigneur »^ et, tout en mentionnant ses
grands mérites temporels et spirituels, lui demande de revoir
son traité et d'y faire les corrections nécessaires. Philippe
lui-même cite avec éloges ce traité dans sa Contemplatio
hore morlis (1381 )\
Philippe assista, le 16 septembre 1380, à la douloureuse
agonie de son ami et maître, le roi Charles Y. Épuisé par la
maladie, le prince s'était retiré avec ses intimes dans son
chAteau favori de Beauté-sur-Marne, dès le milieu du mois
d'aoùt\ Ses forces ne tardèrent pas à diminuer, grâce anssi
aux. terribles chagrins qui rendirent si triste la fin de cette
vie active. 11 était très faible dans la soirée du 15 septembre:
aussi ceux qu'il aimait le plus parmi ses conseillers et un
certain nombre d'autres personnes passèrent-ils la nuit
auprès du mourant. On retrouve parmi les assistants ° Phi-
lippe de Mézières. Le roi reçut les derniers sacrements des
mains de son confesseur, déclara solennellement reconnaître
Clément VII comme le vrai pape, abolit les fouages et s'étei-
gnit doucement, « vers le lever du soleil » ^
Le récit très circonstancié, très pieux et très ému, de cette
fin si digne et si douce se trouve dans le ms. latin 8299 de la
Bibliothèque nationale de Paris : il a été signalé et publié
assez récemment par M. Hauréau. L'importance historique
et littéraire de ce récit ne manqua pas d'attirer l'attention
et dans un article paru, il y a quelque temps, dans le
Correspondant^ M. Siméon Luce a proposé d'attribuer ce
1. « Contra novos Judeos », Bibl. nat. ms. lat., 3122, f"* 51-109 ;
la dédicace dans Tschackert, l. c.
2. « Metuende domine » (ibid.).
3. « Prout patet per scripturam autenticam, laborem meum ap-
probantem », dit saint Jérôme, « in sacra pagina doctoris toi, Pétri de
Alliaco, translacionem meam racionibus non paucis approbantis,
emulo omniHo superato » (Contemplniio, f" 218).
4. S. Luce, dans le Correspondant du 10 octobre 1892, pp. 31 et suiv.
5. Quel(|ues-uns de ces personnages seulement sont mentionnés
dans le récit latin publié par M. Hauréau (v. plus loin). On trouve
leurs noms au complet au bas de la déclaration du roi sur le schisme
(16 sept. 1380) dans Noël Valois, Aitnnait'e-BuJlcdn, XXIV, 251-5.
Cf. Luce, l. c
6. « Circa ipsius diei solis ortuni » (Noël Valois, /. c). Cf. le récit
de l'anonyme. V. aussi Bibl. de l'Ec. Ch., 1889, 164-7.
— 441 —
fragment de chronique à celui qui serait seul digne de l'avoir
écrit, à Philippe de Mézières'.
Les arguments de M. Luce, que nous ne reprendrons pas
ici, sont des plus concluants. Bien que le sujet appartienne
plutôt à l'histoire littéraire, nous croyons devoir en présenter
rapidement quelques autres encore, qui rendent cette attribu-
tion presque certaine.
Tout d'abord cette relation, contrairement à l'opinion de
M. Hauréau, n'a rien d' « officiel » ^ et bien que Mézières
ne soit pas mentionné parmi ceux qui assistaient à la mort
du roi, nous savons par ailleurs qu'il s'y trouvait ^ En outre,
on retrouve dans le récit des expressions qui appartiennent
en propre à notre auteur; ainsi Urbain VI j est appelé Barthé-
lemi de Bari* et la légitimité de Clément déclarée dans des
termes étrangement pareils à ceux de la Contemplation de
Philippe'. Le ton du fragment enfin est tout à fait celui qui
règne dans les pages consacrées à la mort de Pierre Thomas
et on y retrouve même l'invitation de se retirer adressée par les
malados à leurs amis, dont ils ne veulent pas troubler le repos ^
Après la mort de son protecteur, Philippe ne tarda pas à
quitter la cour où régnèrent, pendant cette longue et terrible
1. Hauréau. Notices et ejctrails des inss. de la Bibl. nalionale, XXXI,
2'" partie, pp. 278 et suiv. ; Luce, article cité. M. Hauréau était disposé
plutôt à l'attribuer à quelque notaire écrivant sous l'influence du
chancelier d'Orgcniont (/. c, p. 287).
2. Hauréau, p. 287.
3. Déclaration sur le schisme par le notaire royal (Valois, op. cit.). On
remarquera que le style de cette déclaration et celui de notre fragment
sont tout différents.
4. « Barensis... Hartholomeus»(p. 280). Cf. « ambaxiatoribus... etaliis
ipsius liarrensis » (Contemplacio, f"206), « Barrensis ambaxiatoribus »
{ibid}, « Barrensem intrusum » (i/jid.), « a Barrensi » (ibid.), « Bar-
rensem condam archiepiscopum » (f" 205).
5. Hauréau, p. 281 : « Credidimuset tenuimus, credimus et tenemus
papam( lementem VII... esse i'«-»/« totiusEcclesiepatronum simpliciter
et pastorrm », Contemplacio, App., l. c. : « omnes una voce acclamarent
(^lementem papam verum... » ; f" 205 •: « tanquam verum pasiorcm
(il est (]uostion cette fois d'Urbain VI) publice sequuntur. »
6. « Recodite, iiiquit, amici mei, recedite et abite modicum ut a
vexationibus et labore quos assunipsi (luiescam » (Hauréau, p. 28'i;
cf. p. 314, note 3 du ))réseiit ouvrage). Il faut signaler encore ces expres-
sions, particulières;! Phili])pe : « portiunculamodica » (p. 278), « modi-
cum bore spatium » (p. 279). « ultra id quam credi posset » (p. 282),
« indignum et insi])i(Mifom « (p 28;]), « lacnjmosn^ etgemens » (p. 282).
« a sua niemoria deleri non poterat » (ihid.). Sur une autre « plainte »,
à l'occasion de la mort du roi, v. Froissart, éd. Kervyn, IX, 551-3.
— 442 —
minorité de Charles YI, des tendances et des habitudes si
contraires aux siennes. Un conseil de régence, qui différait
sensiblement de celui qu'avait nommé jadis le roi défunt',
assistait dans le gouvernement les trois oncles du nouveau
prince, devenus tout-puissants. Bureau de la Rivière s'effaça
bientôt et les autres amis de Charles Y l'imitèrent. Philippe
se retira aussitôt après au couvent des Célestins de Paris,
auxquels il avait fait d'importantes donations dès l'année
1379^ Deux serviteurs fidèles l'accompagnèrent dans sa re-
traite ^
1. Il était composé des oncles du nouveau roi, du connétable de
Clisson, des maréchaux de Santerre et de Blainville, de l'amiral Jean
de Vienne, de Pierre de Villiers, de Pierre d'Aumont. Le chancelier
Miles de Dormans, le premier président et quelques maîtres des
Comptes prirent part aux débats (juelquefois (Choisy, Ili^loire de
Charles VI, p. 9).
2. Le roi approuva la création d'une rente de 80 livres de terre par
an, en 1379 : elle devait servir à l'entretien de l'infirmerie et de la
chapelle de la Vierge que Philippe avait fait bâtir dans le couvent
(8 octobre, Arch. nat., .1.1 116, n» 52). V. l'ordre du roi aux conseillers
du domaine et trésoriers (même date), par letiuel il exempte Philippe,
pour cette même rente annuelle, du quint denier et du droit des ventes
(Arch. nat., S 3780, n" 4). Le même vidimas donne Tordre des conseil-
lers du roi sur le même sujet (7 avril 1380). En 1394. date du vidimus,
ces ordres n'avaient été remplis que pour la moitié de la somme.
3. Du Verdier, /. c. 11 reçut sa pension pour le mois d'août seule-
ment, le 24. Cf. P. Paris, Èém. Ac. Inscr., 1843, p. 394. On possède
une quittance du mois de juillet, sans autre date, qui pourrait appar-
tenir à cette époque, elle contient la mention d'une somme pareille
(Bibl. nat., Cab. des titres, pièc. orig., 1940, n° xn ; quitt. Clairam-
bault, 176, f" 5945).
CHAPITRE XIII.
MÉZIÈRES AUX CÉLESTINS. SoN ACTIVITE LITTERAIRE
JUSQU EN 1389.
Depuis longtemps déjà, Mézières manifestait une « dévotion
singulière » envers l'ordre des Célestins, dont le roi lui-même
était le principal protecteur. Un autre Mézières, Jean, avec
lequel il n'avait peut-être aucun lieu de parenté, avait bâti
l'église de l'ordre à Sens'.
L'église de Paris, Notre-Dame des Célestins, s'étendait
entre la Seine et la rue du Petit-Musc, au carrefour des
Barrés où se trouvait aussi la maison de Philippe. Jacques
Marcel, bourgeois de Paris, avait acheté, en 1319 ^ le terrain,
qui était occupé alors par l'ancien couvent des Carmes,
des Barrés^, qui donnèrent leur nom au carrefour en question.
Leur installation se composait d'une petite église, « fort basse «,
avec un cimetière adjacent, quelques autres bâtiments et des
jardins assez peu étendus. Jacques Marcel fit bâtir deux cha-
pelles, auxquelles il assigna un revenu annuel de 20 livres pa-
risis. Son fils Garnier, qui en hérita après la mort de Jacques
(1320), les posséda jusqu'en 1352, quand il céda aux conseils
du secrétaire du roi, le chanoine Robert de Jussy*, ancien
novice des Célestins à Saint-Pierre de Châtres, et en fit don
à quelques frères de l'Ordre, qui s'établirent à Paris. Garnier
1. V. p. 15 note 1. Après sa mort, Isabelle Biloard, sa femme, appela
quatre Célestins pour desservir la chapelle de la Vierge, qu'il avait
bâtie et ([u'isabelle agrandit en IIJGG. Elle se retira elle-même en 1370
dans l'enceinte du nouveau couvent, où elle vécut à la manière des
moines jusqu'à sa mort, en 137.5 (Becquet, Elogia. pp. 22-3).
2. Beurrier, o. f^.jpp. 4-5; 408.
3. Sauvai, Antiquilez- de Paris, I, 45fi.
4. Qui inspira aussi les donations royales, qu'il signe (V. celte qui
se rapporte à la bourse des notaires).
— 444 —
leur avait légué des rentes perpétuelles sur ses maisons et
ses terres de Larrez, près de Melun'.
Les commencements du couvent de Paris furent donc
assez médiocres : la fondation de Garnier Marcel ne tarda pas
cependant à s'accroître. Dès l'année 1358, pendant la régence
du duc de Normandie, les notaires et secrétaires du roi
réunis en collège accordèrent une bourse, prise sur leurs
salaires, à l'église de Paris ^ La donation fut confirmée par
le duc'' qui alla porter lui-même le premier terme aux six
frères qui s'étaient établis avec leur prieur dans les deux cha-
pelles de Marcel. Le paiement devait se faire par mois et des
ordres sévères furent donnés dans ce but au grand audien-
cier Eustache de Marsan, le 25 novembre 1359\ Le roi Jean,
de retour à Paris, confirma bientôt cette première donation^
et, vers la même époque, des rentes, en valeur de 200 livres,
furent amorties pour le couvent ^
Devenu roi, Charles V continua ses libéralités envers les
Célestins de Paris, qui devinrent ses moines préférés'. Le 16
mai 1365, le roi lui-même posa la première pierre de leur
nouvelle maison ^ De l'argent leur fut donné pour continuer les
travaux" et ils furent autorisés à prendre le bois nécessaire
dans la forêt royale de Moret^". Les donations se succédèrent
jusqu'à ce que l'église fût terminée. Le roi et sa famille assis-
tèrent à la consécration du sanctuaire, le 15 septembre 1370".
Guillaume de Melun, archevêque de Sens, un des protecteurs
de l'Ordre, célébra la messe. Des ornements d'église,
deux chapelles de drap d'or, parsemées de lis, de soleils et
d'étoiles, une grande croix d'argent doré furent ofi'erts par
1. Beurrier, p. 5.
2. Ibid., p. 6 ; Arch. nat. JJ 99, 196.
3. Août 1358, Becquet, 10; Beurrier, 7-11.
4. Beurrier, 12-3.
5. Octobre 1361, Arch. nat., JJ 91, n" 20; v. Beurrier, 14-5. Confir-
mation des privilèges par Charles V (déc. 1368) (pp. 16-7).
6. Juin 1360. Confirmation en août J362, .\rch. nat., .JJ 91, n" 359.
7. « Specialem gerimus devocionem et affectum » {ibid., 102,
no 367).
8. Sur la pierre qui donne cette date, pierre qui fut retrouvée en
18'i7 (aujourd'hui au musée de Cluny. n° 1936), v. Lenoir, Slalistiquc
monumentale de Paris, texte, p. 187 ; Leclerc et Renan, o. c, I, 80.
9. Ordonn. du 24 mars 1367, Beurrier, 58-9.
10. Ibid., 58. Autre donation le 31 mars 1368 (Arch. nat., P. 1189).
il. Beurrier, l. c.
— 445 —
Charles lui-même; la reine Jeanne de Bourbon donna une
image do la Vierge de môme métal et l'archevêque une image
de saint Pierre'. De nouvelles sommes, assez considérables
— 5,000 francs d'après Beurrier ^ — furent accordées pour
élever le cloître, le chapitre et les autres bâtiments. L'enclos
fut élargi cette même année du côté de la Seine''. Les Céles-
tins de Paris furent exemptés de toute redevance envers le
trésor* et pris sous la protection spéciale du roi (octobre
1369/. Une nouvelle maison, contiguë au couvent, leur fut
accordée en 1378^ Des donations privées s'ajoutèrent aux
munificences royales : Mézières lui-même donna une rente
annuelle, fit construire plusieurs bâtiments : une maison,
un cloître et une citerne, une chapelle ornée de très belles
peintures, qu'il dota de riches ornements et d'une rente, et
qui prit plus tard son nom', fit planter des vignes ^ acheta
des rentes pour le couvent", ainsi que quatre îles avoisinantes
sur la Seine'", enrichit la bibliothèque et fonda ces deux
cerei pacis, qu'on allumait pendant la messe, d'après ses
instructions conservées dans la chapelle". Le comte d'Etampes,
Louis, fit don de son manoir de Monglat, dans la châtellenie
de Provins, ainsi que d'une rente de 200 livres tournois par
an sur ses biens de Mormant etde Jarriel, en Brie^'. Les notai-
1. Ibid., 59.
2. IlmL, 60.
3. Mai 1370 (Arch. nat., K 49, n" 442).
4. Privilège renouvelé en 1412, Beurrier, 82-4.
5. Ibid., 219-25; Arch. nat., JJ 100, n» 545.
6. Achetée par le roi dans ce but, lettres du 26 août 1378, Arch.
nat., JJ 113, n"305.
7. « Capellae domini Philippi de Maseriis. » On y célébrait une
messe en sa mémoire (réd. des messes de 1436, Arch., nat., LL
1505, p. 69).
8. Lebeuf (éd. de Cocheris), Hist. de la ville et de tout le dioc. de
Paris, Célestins, pp. 453-4.
9. Cocheris, /. c. V. Arch. nat., LL 1505, p. 157 : « Item et sexa-
ginta francos in redditibus perpetuis convertendos. » Il avait dépensé
plus de 3,000 francs pour ces bâtiments (Cocheris, ibid.).
10. Cocheris, /. c.
11. « Et dobeiit accendi a principio Sacramenti usque ad percep-
tionem totalem ejusdem, secundum quod declaratur in tabulis vitro
coopertis tam in predicta capella quam in choro prope sacristiam «
(Arch. nat., l. c, p. 157).
12. Cocheris, p. 459; Arch. nat., JJ 102, n» 367.
— 446 -
res du roi construisirent deux salles dans le couvent \ La reine
Jeanne de Bourbon venant à mourir, ses entrailles furent
déposées aux Célestins, devant le grand auteP, ainsi que
l'avait été le cœur de Jean de Dormans, mort en 1373 ^
L'archevêque de Sens* et Marie d'Espagne, veuve du comte
d'Alençon^ y furent enterrés.
C'était donc une des plus riches églises de Paris, une des
plus belles® et des plus fréquentées par les grands seigneurs
de la cour ', quand Philippe vint habiter dans cette cellule
qu'il s'était préparée, paraît-il, depuis longtemps. Il voyait
partout le souvenir de son ancien maître : les beaux vitraux
du chœur, donnés par le roi en 1360", les ornements qu'il
offrit en 1370, les deux statues de Charles V et de la reine
Jeanne qui décoraient le portail". Le couvent se vantait, dit
Becquet, d'être un « couvent royal'" ».
Mézières y passa vingt-cinq ans, jusqu'à sa mort, en 1405.
Il vivait de la môme manière que les autres religieux, obser-
vant leurs règles et imitant leur austérité, tout en restant
un laïque ou, pour employer sa propre expression, un « célestin
abortif », se nourrissant des miettes de la table de ses Pères
et sans prendre l'habit de l'Ordre.
1. Beurrier, l. c. V. aussi la donation de .lean Luylier, conseiller du
roi au parlement, époux de Marie Marcel, dans F3eurrier, 'i08; Arcli. nat.,
JJ 99, n» 535. Cf. Beurrier, 408-9. V. une donation de Gobin Culdoé, le
16 août 1378 (Beurrier, Gl), et Cocheris, 454-5, sur d'autres donations.
2. Chr. de Pisan, 1. 111, ch. l, p. 102. Grandes Chroniques, VI,
p. 416.
3. Beurrier, 379.
4. Ibid.
5. Beurrier, 368.
6. V. les descriptions de Christine, /. c, pp. 24-6 : « L'église tant
belle et notable des Célestins, si comme on la peut veoir, couverte
d'ardoise et si belle que riens n'i convient... » et de Guillebert de
Metz (comm. du xv"^ siècle), Description de la ville de Paris au xv°
siècle, éd. Le Roux de Lincy (Paris, 1855, in-12), 49 et suiv. : « De
souveraine maistrise. » Cf. Lenoir, a. c, pp. 172-3.
7. Les maisons de l'Ordre en province n'étaient pas moins célèbres :
Louis de Bourbon voulait se retirer dans celle qu'il avait fait bâtir à
Vichy (Chron. du bon duc Loijs de Bourbon, pp. 292-3).
8. Beurrier, 77.
9. « La sculpture de son ymage et de la Royne, sespouse, moult
proprement fais » (Christine de Pisan, p. 25). V. Lenoir, o. c, p. 176.
10. « Sic regium est hocce monasterium. . . Ideo nomen illud vin-
dicavit semper » (Becquet, 14).
— 447 —
Il a décrit souvent dans ses ouvrages ', avec de grands
éloges, la vie « angélique » de ces moines laborieux et aus-
tères. Ils ne cèdent le pas que devant les Chartreux; Dieu les
a envoyés, dans sa miséricorde, pour préparer les esprits
avant le jugement dernier. Ils étaient une sainte exception
dans ce siècle corrompu. Leur temps se passait, selon la règle
de saint Benoît et de saint Célestin, dans le travail des
mains et la prière. Séparés pour toujours du monde, éloignés
de la terre, ils avaient en horreur toute distinction et tout
office ecclésiastique. Très chastes et très pauvres, ils se nour-
rissaient do choses répugnantes et employaient le reste de
leur vie à dompter, par des macérations, la chair rebelle.
Quant à lui, il s'était régénéré, en vivant auprès d'eux, tout
en restant indigne de leur être comparé, et comme un intrus
dont la présence troublait les prières.
Si on s'imaginait cependant que Mézières renonça pour
toujours aux affaires de ce monde ^ on se tromperait. Bien
qu'il n'ait peut-être jamais quitté le couvent des Célestins'',
son activité et son influence sont tout aussi grandes qu'aupara-
vant. Il continue à entretenir des relations étroites avec les
personnages les plus importants de son époque : les deux
d'Ailly d'abord. Bureau de la Rivière et les autres conseillers
de Charles V ; Pierre de Luxembourg devient plus tard
son ami et quelque peu aussi son élève; le roi d'Arménie
l'aide dans ses efforts pour la croisade et c'est à son amitié
pour le duc d'Orléans qu'il faut attribuer toutes les calomnies
qui sont inventées contre lui par le parti bourguignon. 11
prend une part importante à l'arrivée au pouvoir des « Marmou-
sets » et donne de très utiles et très hardis conseils au jeune
Charles VI, quand il saisit* lui-même la direction des affaires.
Il intervient plusieurs fois et avec beaucoup d'énergie dans
1 . Oralio Irar/edica, f»s 197 v"-8 ; Contemp/alio horc morlis, ^ 200 v° ;
Salve Sancla Parens, f"'^ 29-29 v" ; TesUnncnt, f" 242 v»; lettre aux
Célestins de Colombiers (Lettres, f"* 145 v"-8). Cf. Chr. de Pisan, pp.
24-5.
2. « Cerimonias ipsorum sanctas sepc impediendo ac nirais laice inter
eos conversando » (lettre citée).
3. V. aussi ses nombreux achats de biens pendant ce séjour aux
Célestins. p. 510, note 5.
4. V. le Soiiffc. Il accompagne le roi au chevet d'un des conseillers
du royaume {ibid., Il, f°» 21-21 v")-
— 448 —
les affaires du royaume, ainsi pour conseiller la paix avec l'An-
gleterre d'abord, pour prêcher une nouvelle croisade ensuite.
Il n'y a pas de grand événement à cette époque, où Ton ne
puisse retrouver l'inlluence de Philippe de Mézières.
On ne connaît rien de certain sur la vie de Philippe pendant
le reste de l'année 1380, Il s'occupa d'abord de son installa-
tion aux Célestins. Il choisit pour son confesseur le Bourgui-
gnon Pierre Pocquet, provincial de l'Ordre en France, célèbre
par sa piété'. Les deux d'Ailly, Hugues, le vénérable vieil-
lard qu'il compare à Aaron dans sa lettre à l'évêque d'Amiens ^
et Pierre, dont il était aussi l'ami ^ le visitèrent probablement
dans sa retraite. Il ne s'intéressait plus aux affaires de la
cour, dit-il, et se consacrait complètement à « dame Soli-
tude^ ».
Les renseignements sont moins vagues et plus nombreux
pour l'année 1381. Il reprit la plume pour écrire un ouvrage
perdu depuis longtemps ^ cette lettre à son neveu Jean de
Mézières, sur laquelle Becquet donne quelques indications
dans ses Eloges, et qui portait le titre de Epislola exhor-
tatoria, etperiitiUs omni sacerdoti, add. Johannetn deMazeriis,
preshyterum, canoniciun ecclesiae Noviomensis^. Elle était
composée de 33 chapitres, contenant en outre des conseils
pour les ecclésiastiques et une longue plainte sur la mort de
Charles V. On sait encore qu'elle commençait par la citation
d'une lettre analogue de saint Bernard, l'auteur favori de
Philippe^
1. 11 entra au couvent de Paris en 1369, après avoir été prieur de
la maison de Mantes (Becquet, 95-6). 11 fut aussi le confesseur de Pierre
de Luxembourg et on lui confia l'éducation de S. Jean Bassand (ifnd.).
Gerson le déclare un des plus remarquables personnages du temps.
Mort à Paris, comme vicaire général, en 1408.
2. Bibl. nat., lat. 14''i54, î" 'M: « Utique venerabilis ille senex, Aaron,
collateranus videlicet, devotus Hugo de Aillyaco. >■>
3. Becquet, p. 102 : « Familiaris quoque et amicus. » V. plus haut,
p. 439.
4. Songe du v. Pèlerin, I. f" 2 v°.
5. Lebeuf le citait déjà parmi les ouvrages qu'il n'avait pu retrouver
{Mém. Ac. Inscr.,XYl, p. 236).
6. Becquet, p. 103.
7. « Benefactoris sui, Caroli V... mortem pluribus deflet » (ibid.).
8. « Proœmium sic incipit : « Satis et plus quam satis cum beato
Bernardo ad nepotem suum sustinui » (Ibid.).
- 440 -
Il écrivit vers cette môme époque' à Bertrand le Hongre,
échevin de Metz et grand dévot de la Vierge, en lui envoyant
une copie de l'office de la Présentation. Philippe le priait
d'introduire la nouvelle fête dans cette chapelle des Célestins
que ce dernier l)âtit en 1370, chapelle très modeste, qui ne
se trouve pas mentionnée parmi les maisons de l'Ordre avant
l'année 1402. Bertrand reçut l'envoi de Mézières avec « grand
« liesse et joye espirituel » et fît célébrer la fête dans son petit
monastère « comme il pot et sot, en trezelant les cloches et
« en joiant des orgues' ». Il y eut de plus un très solennel
discours prononcé par un maître en théologie. La fête fut
étendue, grâce à ses efforts, au couvent des Frères Mendiants et
à l'église de sa paroisse. Quelques années plus tard, en 1387,
il exhortait, en mourant, ses frères les Célestins à ne pas
oublier la célébration de la nouvelle fête dans leur chapelle''.
Vers le commencement de l'année 1381, des négociations
avaient commencé à Turin, par l'entremise du comte de
Savoie ^ entre les Vénitiens et les Génois. Les Vénitiens et
le comte voulaient profiter de cette occasion pour conclure
cette paix tant de fois ajournée, entre le roi de Chypre et
Gênes : Frédéric Cornaro, qui avait de grandes propriétés
à Piskopi, écrivit à Amédée, le 20 avril, pour le prier de
persister dans ces dispositions ^ Bernabù déclara aussi,
quelques jours après (27 mai), qu'il ne participerait pas à un
1. « Item l'an dessous dit, sçavoir 1381, ou environ. » Meurisse a
« bien voulu coucher » dans son opuscule, « en son langage même »,
cette notice, qu'il retrouva dans les « antiquités » du couvent des
Célestins de Metz.
2. « i^lt en toutes aultres manières qu'il savoit, pour atraire les
bonnes gens à ladite feste solempniter » (Meurisse, l. c, ad finem).
Une légitimation de Perrinet le Hongre (1390) aux Arch. nat., JJ
140, no 10.
3. Becquet, 43. La chapelle devint un couvent, grâce aux efforts de
son gendre, qui bâtit le chœur où fut enseveli le corps de Bertrand
(ibid.)
4. La médiation du comte fut demandée, en faveur des Chypriotes
aussi, le 13 août 1381, parle doge Contarini (Guichenon. Histoire de
Savoie, II, 216).
5. 11 était à Ferrare, à cette époque (Mas Latrie, Ilist. Ch., II, 378-9).
Cf. Cibrario, Sloria délia monarchia di Snvoia, 111, 350. Un ambas-
sadeur du comte se rendit en Chj'pre, pour y traiter de la paix avec
les Génois (Cibrario, Specchio cronologico, 182), au mois de décembre
1381 (13800- Mission à Gènes en 1382 (Gabotto, Letn del conte Verdc,
Florence, 1895, 197, u. 2).
N. JoRGA. PIlilippe de Mézièves. 29
— 450 —
traité dont serait exclu son gendre, le roi de Chypre ' . Cornaro se
réunit même à un des ambassadeurs du comte, Barthélémy de
Chigny '\ et arriva à Gênes pour y traiter au nom du roi, vers
le mois de septembre ^ Tous ses efforts, qui durent être grands,
puisque les intérêts des Cornari en Chypre étaient considéra-
bles, ne réussirent pas cependant: les Génois demandèrent que
le roi lui-même envoyât des ambassadeurs spéciaux, refusant
ainsi toute médiation de la part des Vénitiens et des Lombards^.
Le roi de Chypre ne fut pas compris dans le traité de KîSl''.
Cornaro ne se découragea pas. Bien que le traité de 1381
lui eût permis de faire passer ses marchandises par le port
de Famagouste occupé par les Génois ^ il continua ses
tentatives pour amener une paix définitive entre le roi, si
cruellement dépouillé d'une partie de ses États ', et la Répu-
blique. 11 avait déjà écrit à Mézières par des ambassadeurs ;
il lui envoya une seconde lettre vers la fin de l'année 1381,
l'exhortant à quitter sa retraite pour se réunir à ceux que
devait envoyer le roi de Chypre. Il faisait l'éloge de son
habileté et de son intelligence et lui parlait des obligations
qu'il avait envers son ancien maître et le fils de celui-ci.
Mézières reçut cette dernière lettre le 16 février 1382 et
s'empressa de répondre à son ami et « compère »* (28 fév.).
Il reconnaît ce qu'il doit aux Lusignan et au royaume de
Chypre, qu'il devrait défendre contre ses ennemis au prix des
souffrances et de la mort même. 11 ne se fie pas cependant à ses
1. Mas Latrie, /. c.
2. Accrédité, avec Jehannin et Pierre de Provana, le 16 septembre
{ibid.).Ci.C\\\Q^di,Cron.di Saluzzo,édi\-\s.\Q<,Mon.Hist.Palr., SS.,\\\,\Q21 .
3. Lettre de Cornaro, annonçant son arrivée à Gênes (Mas Latrie,
l. c, 2 octobre).
4. Lettre de Fr. Cornaro à Philippe de Mézières, ms. 499 de l'Arsenal,
fos 160 v.
5. Pour n'avoir pas envoyé de représentants (Mas Latrie, /. c, p. 380).
Cf. cependant C//r6/(.rfe5rtuo(/e,:^/o/(.//is/./>a/r., 1,35 LBernabos'en plai-
gnitdansunelettreadresséeauconitedeSavoie(Cibrario,o. c, III, 363-4).
X'. sur la paix les histoires de fiênes (Varese, Serra, Canale), celle de
Venise (Romanin) et L.-Ag. Casati, La guerra di Chioygia e la pace
di Torino, Florence, Lemonnier, 1866.
6. Mas Latrie, /. c, p. 380.
7. « Tam injuste porcione regni sui privatum », dit-il, dans sa lettre
du 20 avril 1381 (Mas Latrie, /. c, p. 378).
8. Arsenal, 499, f" 160 v" : « Litteras vestras datas Venecias (sic) ultimo
die novembris xvj" die februarii recepi, continentes quod per alias litte-
ras eodem ultimo novembris lactas et missas per aliquos ambaxiatores. . . »
— 451 —
talents, car il n'était plus, dit-il, l'arbre de jadis, mais un pauvre
arbor inveterala, un chien mort, un roseau battu par la tem-
pête, une puce gelée'. Il ne croit pas d'ailleurs aux dispo-
sitions pacifiques des Génois. En 1375, Venise et Bernabù
étaient encore tout-puissants, le comte de Savoie très zélé
pour le royaume, le roi Charles et l'empereur^ disposés à
employer leur influence en faveur du petit royaume oriental.
Cependant, malgré les offres les plus avantageuses de la
part du roi de France, malgré l'intervention du pape et des
cardinaux, les Génois refusèrent tout accommodement. Les
circonstances étaient changées maintenant : les deux grands
protecteurs de l'île étaient morts, les Génois avaient fini avec
gloire leur guerre contre Venise et les Lombards ; on rêvait
non seulement de conserver les conquêtes actuelles, mais de
soumettre tout le royaume de Chypre. « S'il y a dix personnes
« à Gênes », dit-il, pour demander la paix, « cent autres
« nourriront des aspirations contraires. »
Il hésite lui-môme à quitter cette solitude chérie dans
laquelle il espérait passer le reste de ses jours. Il ne veut
pas être comme ces mauvais laboureurs qui tournent la tête,
en travaillant : il veut crucifier pour toujours le monde et
les affaires. Sa vieillesse est avancée et il peut être appelé
bientôt à rendre compte de ses actions dans le ciel. Il invoque
ensuite le scandale que causerait son départ, après son entrée
dans le couvent : le monde s'en égaierait et lancerait contre
lui mille traits de satire ; ses amis, qui contemplaient avec
plaisir sa vie édifiante, s'en indigneraient et les affaires du
roi lui-même ne gagneraient pas beaucoup avec un messager
qui a oublié depuis longtemps les affaires de Chypre.
Il se garde bien de refuser nettement ; ce serait une faute
contre l'humilité que d'exprimer une opinion pareille. Il quit-
terait avec peine sa cellule, mais il ne peut pas s'empêcher
d'aimer le royaume dont il fut jadis le chancelier. Que son
ami observe bien les circonstances : si elles demandent impé-
rieusement son départ, il écoutera la parole de ce grand
1. Arsenal, 4'i9, fol. 162 v: « Laudasti nempe canem mortuum, ut ita
loquar, puliceui congelatam et arundinem vento agitatam. »
2. Charles IV, mort en 1378. On ne connaît rien sur son inter-
vention.
— 452 —
protecteur des Chypriotes, leur défenseur en Occident et le sou-
tien de la croisade. Il prendra conseil des Céiestins et de ses
amis et partira pour servir, dans d'autres voies, le Seigneur.
Mézières ne fut pas réduit à prendre cette grave décision.
Pierre II mourut cette même année, au mois d'octobre, et
son successeur, Jacques I", ne pouvait pas prétendre aux
services de celui qui fut pendant si longtemps le fidèle servi-
teur du roi assassiné. Mézières le traite sévèrement dans le
Songe du vieil Pèlerin: il fut toujours pour lui un criminel,
l'auteur d'un fratricide odieux, l'homme des doigts duquel,
dit-il, découlait encore le sang de son frère \ Du reste la
paix ne tarda pas à être conclue et le traité du 19 février 1383
mit fin — en apparence et pour quelque temps seulement —
à la querelle des Chypriotes avec les Génois '\
On ne connaît pas l'époque à laquelle furent écrits plu-
sieurs traités mentionnés par Mézières dans ses ouvrages
postérieurs. Il parle d'une « épistre de doulce amonicion » ^
ou « epistre secrète », adressée à Charles VI : elle conte-
nait, entre autres, des exhortations pour la croisade*. Le
Songe du vieil Pèlerin cite encore, en quelques mots, un
ouvrage sur (( la vertu du sacrement du mariage et du recon-
« fort des dames mariées n, ouvrage qui contenait, paraît-il,
des choses assez curieuses". Enfin, on peut mettre, parmi ces
1. Songe du vieil pèlerin. V. p. 394, note 5.
2. Il y eut des difficultés pour le paiement des sommes dues à la
mahone, en 1386 : le doge Antoniotto Adorno prononça la sentence
arbitrale le 17 septembre de cette année (Mas Latrie, Ilist. Ch., Il,
405 et suiv.). La décision fut approuvée parle nouveau roi, le 29 mars
1387; à Gênes, le 4 juillet (pp. 412 et suiv.). Malgré une nouvelle con-
firmation du traité (9 octobre 1391) par le roi Jacques (ihid., p. 423),
les Chypriotes ne renoncèrent pas à reconquérir Famagouste. Des
secours furent demandés à Venise, en 1395 (Mas Latrie, dans la Collect.
des doc. inéd., Mèl. hist., IV, 1882, pp. 365-66).
3. « Lesquelles visions par le moyen de l'apostre saint Jaques assés
clerement à toy, josne Moyses, biau-filz, ont esté présentées ou révélées,
comme il est plus clerement contenu en l'epistre secrète de doulce
amonicion, que le viel pèlerin naguaires en sa selle... {sic) te présenta »
{Songe du v. pèlerin (1389), IL f« 169).
4. « Que tu ne le (le passage) perdes pas par ta deffaute... et grant
négligence, comme il est contenu, clerement et à menu, en l'espistre
secrète, que le viel pèlerin en s'cstude dévotement présenta à ta royale
Magesté » {Songe du v. pèlerin, II, f" 192).
5. Il renvoie le jeune Charles VI à cet ouvrage pour y trouver des
arguments contre les mariages précoces (Song-e, II, f° 157).
— 453 —
mêmes compositions de date incertaine : le Poirier fleuri,
traité allégorique, dédié à un « certain » prince'. Il y
était question d'un très bel arbre, couvert de fleurs innom-
brables, dont le fruit était menacé cependant par trois vents
différents et par une inondation ^ Il était antérieur à VOratio
tragcdica.
Becquet date de l'année 1382^ la lettre qu'adressa Mézières
à Jean Roland, évêque d'Amiens*, pour lui recommander
d'appeler dans la ville les Célestins qui devaient y restaurer
les bonnes mœurs et la piété. La lettre est presque un traité,
portant le titre De laudihus béate Marie Virginis super
Salve sancta parens. La Bibliothèque Nationale de Paris
en possède le seul exemplaire connu". Jean Roland était
venu, paraît-il, à Paris, pour chercher la brebis galeuse qui
manquait dans son troupeau, et l'avait trouvée aux Célestins,
où elle se nourrissait des miettes de leur table *. Il lui témoi-
gna beaucoup de bienveillance et fît des efforts dignes d'éloges
pour sauver son Ame pécheresse. C'est pour le remercier de
cette visite que Mézières adressa à l'évêque d'Amiens son
petit traité. Il lui conseillait d'introduire dans sa ville les
Célestins, qui ne s'y établirent qu'en 1401.
Pendant qu'il s'occupait ainsi à composer de petits traités
pieux, Philippe n'avait pas oublié le but principal de sa vie,
la croisade. Bien qu'il eût cessé pour quelque temps de prê-
cher cette expédition salutaire, il n'avait pas renoncé à ses
espérances. Au contraire, jamais son zèle ne fut plus grand
que dans sa retraite aux Célestins. La guerre sainte devait
recommencer, croyait-il, et c'était à son ordre de la Passion
que revenait la glorieuse mission de la faire''.
Un appel fut adressé par lui à la chrétienté indifférente, en
1 . Charles VI. « Xec a memoria tua, o veterane, recédant ea que satis
clare cuidam magno principi descripcisti, paradigma videlicet de qua-
dam arbore piri, vulgari eloquio. . . >> {Or. trag.. i° 199).
2. « Flores piri prelifi,urati a tribus ventis et ab inundacione aqua-
rum possunt evelli » {H)id.\ Cf. Moréri, art. Maisicres; Lebeuf, X\'I, 236.
3. L. c, p. 103.
4. De 1376 à 1388.
5. Lat. 14454, f"'^ 19 v" et suiv.
6. K^"^ 28 v"-30.
7. Becquet, pp. 39-42.
— 454 —
1384'. Dieu lui avait inspiré deux nouvelles tables de la loi,
pour remplacer celles que son serviteur avait brisées dans
son désespoir, comme Moïse. Ces secondes tables forment le
prologue de la règle et ses rubriques ^ : l'auteur réunit son
nouvel ouvrage à la préface et à l'épître de 1368* et envoya,
partout où il espérait trouver des adhérents, le livre ainsi
formé.
Le prologue est assez insignifiant; Philippe j expose toute
sa vie passée, son départ pour l'Orient, sa douleur après
l'abandon d'Alexandrie, ses relations avec cette fleur du
champ des lis qui venait de mourir \ Il avait alors quitté le
monde pour se netirer sur la montagne des Célestins ^ où le
Seigneur eut pitié de lui et lui envoya ses nouveaux ordres *.
Il avait cherché à les accomplir, bien qu'il doutât quelque peu
du succès de ses efforts, pendant sa vie au moins. S'il n'a pu
combattre comme David, il aura rassemblé au moins les
matériaux vivants ' du temple futur, matériaux qu'il léguera
à l'Ordre, son fils bien-aimé. Quand le temps viendra,
quand, après avoir tué leurs parents criminels, les péchés,
les soldats du Christ se dirigeront à travers les déserts de la
1. 11 n'y avait, pour le moment, rien à faire avec les /)nncfs . La
F'rance était au pouvoir des oncles du roi, qui — sauf peut-être le
duc de Bourgogne (Monstrelet, 1,325) — étaient des gens très pra-
tiques; Richard 11 avait atteint à peine sa majorité en Angleterre et
Wenceslas d'Allemagne n'était pas précisément l'homme de Mézières
(v. son portrait satirique dans le Songe du v. Pèlerin, 1, f"* 62 v^-S).
Des dissensions intérieures déchiraient la Hongrie, où le roi Louis
était mort (1382). Venise continuait à entretenir de bonnes relations
avec le Soudan (nouvelles licences pontificales, accordées le 18 avril
1384, Cominem., Vlll, n° 181; t. III, p. 169); Gênes exceptait les
Turcs, dans son alliance offensive et défensive avec l'empereur grec
(Heyd, IIUl. du commerce du Levant (2° éd.), II, 259).
2. Bibliothèque Mazarine, 1943, ancien 1056, f"* 45-50 v» : Prologus
regulemilitarisseumiliciepasuionisJhesu Chrisli, ibid., fos 51-122: Inci-
pit: Tiluli lihrorum régule mililaris seumilicie pnssionis Jhesu Chrisli.
3. « Ecce vobis descripsi... hancregulam. . . triapremittendo, vide-
licet: compendium seu prefacionem. . . epistolam insuper in préfacions
régule inductivam, et presentem prologum, deinde tocius régule ta-
bulam seu rubricas premittendo » (f" 49).
4. F"^ 45-46 v.
5. « De valle liliorum ad montem Celestinorum » (f" 46 v).
6. « In quo quidem monte omni[no] resperso celesti odore, in ultimo
quadro dierum scribcntis, in spiritu date sint viro peregrino alie ta-
bule due spiriluales » (ibid.).
7. « Scilicet prelatos et canonicos sacerdotes, velud aurum sanctitate et
caritate refulgentes, et non minus sacram scripturam annunciando et
predicando, velud argentum bene sonantes, milites vero et fratres sancte
— 455 —
contrition vers le pays de Chanaan\ ils se souviendront peut-
être de Philippinus ', leur humble fondateur.
Suivent les rubriques des trente livres* qui devaient com-
poser la règle''. L'auteur y renouvelle ses anciennes instruc-
tions et en ajoute de nouvelles, de sorte qu'il arrive à donner
l'idée complète de cette « monarchie militaire, inconnue
(( jusqu'alors » qu'il se proposait d'établir en Orient. Le rêve
de Mézières est assez intéressant et montre dans cet enthou-
siaste, doué d'une imagination puissante, un organisateur très
sage et d'un grand sens pratique.
Le chef de la religion devait être le prince, comme il a été
dit ailleurs. 11 était élu par l'Ordre entier'' et le Conseil général
pouvait le déposer, s'il se rendait coupable de fautes graves*.
Il devait habiter dans une maison spéciale, près du palais de
l'Ordre, présider chaque jour un Conseil de justice, réunir
à sa table les grands officiers et les chevaliers''. Il comman-
dait les troupes en temps de guerre, on portait devant lui
un drapeau spécial, et, dans les très graves circonstances, le
grand étendard, V oriflamme de l'ordre®. Comme cet ordre
n'était pas formé, il n'y avait pas de prince encore ^
Mézières énumérait dans le premier livre les officiers pris
parmi les chevaliers : ils étaient au nombre de trente-quatre,
religionis, velud es et ferrum, in bellis fortes, duri bellatores et persé-
vérantes, et servientes religionis, velud lapides vivi et ligna qua-
drata. . . » (f" 48 v).
1. F"'' 'i7-8.
2. F" 48 v°; cf. f" 45: « Ecce Philippinus vester, duodecimus suorum
fratrum et sororum. »
3. Chiffre qui a aussi un sens mystique (f" 'i9).
4. Etait-elle composée ? certains passages le feraient croire. V. f° 49 :
« Divisi igitur banc regulam in xxx* libris... » On la retrouve
môme dans l'énumcration des morceaux que contient l'opuscule. V.
plus haut, p. 454, note 3.
5. V" 97.
6. (f Gravissima culpa » (f" 112).
7. F'"* 75-8. Il y avait encore deux tables communes, celle du pa-
triarche et celle du preccplor cqiinrum (f" 75).
8. « Velud apud reges Francie oliflamba » (f" 82 v").
9. M. Molinieracru le retrouver dans le /o/mnn^'s, dont parle quelque
part Mé/.icres: ce serait un prince français, l.e nom ])arait plutôt pris au
hasard et remplace, sous la plume de >lézières. le X moderne, par exem-
ple. Voici du reste le passage: « Qualiterprinceps in omnibus scripturis
nominabit se: ego talis N, scilicet.lohannes, sine cognominamento {sic)
princcps et servus milicie Passionis Jhesu Christi » (f" 101).
— 456 —
d'après ce nouveau projet '; ils devaient déposer leur pouvoir
dans le grand chapitre universel, qui se réunissait tous les
quatre ou six ans" sous ja présidence d'un dictateur, ayant
douze pères conscrits et douze coadjuteurs. Une autre assem-
blée, annuelle, le Chapitre général, composé d'un sénateur et
vingt-quatre discreti, avait des attributions moindres^. Des
grands baillis rendaient la justice en première instance*: le
podestà [potcstas) jugeait tous les procès entre les habitants
et les étrangers ^ Pour les querelles des officiers, on devait
essayer d'abord des moyens secrets et conciliatoires : autre-
ment, les chapitres décidaient et en dernière instance le pape*.
La justice était organisée d'après le plan que Mézières
développa en partie dans le Songe du vieil Pèlerin' . La règle
servait de loi ; si ses prescriptions n'étaient pas suffisantes,
on recourait au droit canonique et au droit civil. Le pa-
triarche avait sa juridiction particulière ^ ainsi que les
grands officiers. Il n'y avait pas d'avocats : toute partie
plaignante devait s'adresser d'abord à un fonctionnaire
spécial, qui s'appelait le moderator, ou à son suppléant ^
Ainsi que le montre son nom, ce dernier proposait son arbi-
trage; s'il était refusé, le procès était entendu'" et chacune
des parties devait exposer sa requête elle-même ou, si elle en
était incapable, par V avocat des pauvres^^ ou un autre fonc-
tionnaire de l'Ordre. Avant de prononcer la décision, on pro-
1. F" 54.
2. « Patres conscripti »; « de .iiii.in .\i. annis » (f» 54 v").
3. Ihid.
4. Le « baillivus magnus principalis conventus », par exemple :
il rendait, dit l'auteur, \a justice commune (f» 54 v»).
5. Ihid.
6. Il ne croit pas cependant que l'occasion put se présenter jamais
de le faire (f" 111 v»).
7. Songe, 1, f'"* 146 et suiv.
8. F» 70. 11 ne devra pas cependant juger leviter, mais mature
(ibid.).
9. L'avocat, le consul ou le référendaire (f" 109).
10. « Sine strepitu et pumpa » (ibid.).
11. Sans « superflua declamacione » (f" 109 v"). Sur les avocats,
dont la langue « clique » toujours, v. So»f/e du v. Pèlerin, I, 86 ; sur
leur cruauté envers les pauvres gens, f" 137. Mézières demanda à
Charles VI, en 1389, la création de « deux advocas proudommes, s'il
se pourront trouver, qui tant seulement plaideront et soustendront les
causes des vrais povres, ausquelx tu donras bons gaiges et bien paies,
comme à deux chevaliers » (II, f" 146). Cet avocat des pauvres existait
en Savoie dès l'année 1372 (Cibrario, Specchio cronoloyico. 207).
— 457 —
posait encore une fois un accommodement. Les mécontents
pouvaient s'adresser au Conseil du prince, où le chancelier
résumait la cause et les débats ; la sentence était prononcée
ensuite par le prince lui-même qui prenait l'avis de ses of-
ficiers'. On punissait également les querelleurs^ et les magis-
trats qui s'amusaient à rendre les procès éternels''.
A côté des fonctionnaires laïques, qui ne devaient pas bri-
guer leurs charges sous peine sévère, l'auteur avait formé le
corps des ecclésiastiques . Le patriarche en était le chef: venaient
ensuite les archevêques, les évêques, les scribes, les cha-
noines et les Hospitaliers'*. Ils étaient chargés, bien entendu,
du service divin, qui devait se célébrer d'une manière spé-
ciale. La présence à l'église était obligatoire, les enfants mêmes
devaient y aller''. La règle ordonnait qu'on portât des haires
chaque samedi". Le patriarche officiait en personne dans
la grande église du couvent principal : il y avait des orgues
et môme des trompettes d'argent et des instruments de toute
nature, dont on jouait pendant la messe. Les cloches
devaient sonner comme à Rome, à Saint-Pierre et à Saint-
Jean de Latran".
Les simples chevaliers devaient être au nombre de 100,000
au moins et, dès l'arrivée en Terre-Sainte, des conditions
étaient fixées pour leur admission. Ils devaient se purifier
longtemps auparavant, on les amenait ensuite devant le
prince, le patriarche et les officiers*. On bénissait leurs per-
sonnes et leurs épées, puis le prince leur en donnait une de
sa propre main. Lo nouveau reçu faisait les quatre vœux de
l'Ordre et allait ensuite à l'église ; un prandiimi jocunditatis
terminait la fête'.
Le chevalier était dorénavant quelque chose par son Ordre
1. Dans le grand consistoire ou le consistoire quotidien (f"^ 72-2 v»).
2. F» 110.
3. F» 87 v" : « De culpa prolongandi litigia, eiongandi a dulci uni-
tate pacis et concordie. . . »
4. F° 64 v°.
5. Tous les membres de la communauté devaient se confesser une
fois par mois, au moins (f" 58 v").
6. « Omni feria sexta ad carnem utentur camisiis staminiis, et non
lineis, et mantello de sacco » (f" GO).
7. F<"= 60-61 V".
8. F» 98.
9. F"s 98 v"-9 vo.
— 458 —
seulement. 11 ne pouvait pas avoir de biens et il devait
rendre compte de ceux qui lui était confiés par la commu-
nauté*. La table était commune aussi. Il ne pouvait pas quit-
ter son Ordre ni revenir en Occident^
On soumettait les femmes aux mêmes règles. Elles aussi''
devaient prêter serment et mener une vie très retirée. Les che-
valiers ne pouvaient pas sortir après une certaine heure de la
nuit, elles étaient tenues aussi de passer presque tout leur temps
à la maison, comme des recluses, dit rauteur\ Leur vie devait
être très chaste et très pure, ajoute-t-il; si les veuves pou-
vaient se marier indéfiniment, c'était dans l'intérêt de ^Ordre^
Tout bavardage et toute dispute étaient défendus sévèrement*^;
les jeux étaient prohibés après l'âge de 14 ans'^, pour les filles
comme pour les garçons; un chapitre spécial fixait les livres,
latins ou de langue vulgaire, qu'on pouvait lire pour passer
le temps, et ceux qui étaient défendus ^ Les jongleurs étaient
sévèrement éloignés de cette société austère''. La femme devait
se consacrer surtout à sa famille, élever des enfants vigoureux,
dans cette Sparte chrétienne, les nourrir elle-même comme
la Vierge et la mère de saint Bernard'", ne pas les aimer ex-
cessivement — il y avait des punitions pour celles ou ceux
qui s'en rendaient coupables", — les punir en cas de néces-
sité, mais sans cruauté, ce qui était encore défendu '^
1. F<»* 90, 92. Ce qui n'excluait pas les héritages, la mort du chevalier
dégageant ses biens.
2. F»*- 89-9 V.
3. po 99.
4. « Quasi recluse esse debeant in domibus propriis, et qualiter
cavere debeant ab omni vagacione » (f° 106).
5. F» 105 v».
6. « De silencio honesto mulierura » (f» 106). « Qualiter mulieres
religionis sancte refrenare debeant linguas proprias et cavere a de-
tracti.one, murmuracione et litigio » (f° 106 v).
7. F° 91 V.
8. « Quales libres seu quales istorias regiminis seubellorum, morales
aut naturales, ultra sacram scripturam docendo et animando milites
nostre sancte religionis et eciam uxores ipsoruin tempore ocii et in
expedicionibus, in vulgari seu latino sermone, comuniter legentur et a
quibus libris et istoriis religio nostra sancta cavere debeat » (f" 91 v").
9. « ... Istos joculatores communes principum et dominorum secu-
larium ante ipsos pulsare seu ludere in aulis nec alibi » (f" 91 v°).
10. F" 106 v».
11. F» 106 v". Le chapitre est déclaré être supprimé, sur la marge.
12. « De nimia crudelitate aliquorum religiosorum in castigando
uxorem, filios et familiam » (f° 87 v").
— 459 —
Les jeunes garçons pouvaient succéder à leurs pères, s'ils
en étaient dignes \ Jusqu'alors l'Ordre se préoccupait sérieu-
sement de leur éducation. Ils étaient envoyés en Occident pour
y apprendre les langues' ou élevés dans une des nombreuses
écoles locales. Il y en avait pour les clercs, qui devaient montrer,
comme dans l'Eglise primitive, une dévotion spéciale pour rece-
voir la tonsure, et pour les laïques. On y apprenait la musique,
les arts libéraux, le droit canonique et autre, la médecine même,
qui n'était pas prohibée comme l'astrologie, le latin, que de-
vaient connaître même ceux qui se destinaient à combattre'', le
grec, les langues orientales, le chaldéen ou « le sarrasinois », le
tartare et l'arménien*. La règle contenait beaucoup d'autres
chapitres encore, dont le classement serait assez difficile. Les
uns concernaient la monnaie, qui devait être de très bon aloi et
dont on devait empêcher l'exportation par des mesures spécia-
les^; les autres se rapportaient aux ambassadeurs qui devaient
résider k la cour du pape et des princes occidentaux*, aux guerres
et aux différents engins qu'on pouvait y employer", etc. C'était
une véritable constitution très précise et très détaillée, destinée
à faire merveille si jamais on l'appliquait. Rien ne manquait
plus que les soldats qui devaient vivre sous cette règle. Ils ne se
hâtèrent pas d'accourir et Mézières ne recommencera ses efforts
que vers l'année 1392, quand l'approche de la paix entre les rois
de France et d'Angleterre lui donnera de nouvelles espérances.
C'est vers l'année 138G ou 1387 que Mézières écrivit
deux petits traités mystiques, la Contemplât io hore mortis^
1. F» 105 V".
2. « Pro linguis adi?cendis » (fo 100).
3. « Suflicit eis quod sciant usualiter loqui latinum, légère et scri-
berc » (f" 103 v).
'i. « Usualiter linguam caldeicam seu arrabicam, vcl sarraceiiicam »,
« linguam tartaricam... linguam grccam... linguam bermenicam »
(f" 103). Dans une première école, les enfants de 5 à 6 ans apprenaient
à parler le latin (ibid.).
5. « Semper tidelis et non ficta (f" 102 v°).
6. F» 89 v°.
7. F°* 78 et suiv. Mézières propose ailleurs de nommer un cbe-
valicr éclairé et un clore, pour écrire les cbroniques de l'Ordre (f" 69).
8. Lebeuf la croyait écrite « vers l'an 1392, sentant sa fin appro-
cher » (XVII, 50). C'est impossible, puisque le pape Urbain VI y est
représenté comme vivant (-1- octobre l.'iSi»). L'auteur discute le sdnsme
comme un événement assez récent (i"" 20 'i v" et suiv.). Enfin, il déclare
lui même être âgé de ))lus de cinquante ans (f" 197) : « Quia non
- 460 —
et le Soliloqiihmi peccatons\ Ils furent précédés par un pre-
mier testament, s'occupant de ses biens et de son ârae, dit-il^
testament qui ne nous a pas été conservé. Ces ouvrages ont
un intérêt médiocre ; ils sont de pure rhétorique.
C'est à cette époque que commencèrent des relations sui-
vies entre Philippe de Mézières et Pierre de Luxembourg.
Pierre était venu à Paris, âgé de huit ans à peine'\ pour y étu-
dier: doux de ses familiers l'accompagnaient. Il prit à son ser-
vice, après son arrivée « Guy de Maisières », probablement quel-
que parent de Philippe*. L'enfant menait une vie très austère,
il négligeait son corps" et se flagellait jusqu'au sang*; il mani-
festa même le désir de se retirer pour toujours aux Célestins''.
Ses parents s'y opposèrent et Philippe, « un grand noble )),ditun
solum .xxxvin. annis, quam ymo (quinimo) quinquaginta et ultra in
lecto peccatorum paraliticus jacuisti. » Cette date ne peut pas signifier
50 ans passés au milieu des péchés, après qu'il eut alleinl la maturilé.
Cf. f° 188 : « Qui (Deus) sua pietate, non solum .xv. annos pueritie
mee ad vitam crescendo adjunxit. quamvero .xx.\. et ultra au juven-
tutem meam multiplicavit. »
1. Même date de 1392, ap. Lebeuf, /. c. L'auteur déclare avoir
navigué pendant soixante ans (« per hoc mare... l'ère .lx. annis navi-
gavi » ; f" 228). On ne peut pas élever, ici non plus, l'objection discutée
plus haut, l'auteur étant déjà mort en l'i07, quand il aurait atteint,
d'après ce calcul, ses 80 ans.
2. « Scripsi enim alibi testamentum meum seu ultimam volun-
tatem, videlicet de divisione seu legacione bonorum temporalium,
utique paucorum (?) ... ac de sepultura mea et officio funeris. » (Ar-
senal, ms. 409, f" 197 v"). Ce testament ne peut pas être celui (ju'il
écrivit après l'année 1387 (en 1392) et qui ne contient pas la legacio
bonorum mentionnée. C'est probablement celui que mentionne ce tes-
tament français (Ms. de l'Arsenal, 409, f° 241): « ... des biens temporeuz
que Dieu li a habondemment preste pour sa nécessité, il a escript de sa
main son testament et esleu les dessus dis sergans de Dieu, Cellestins
et autres, ses pères et frères espirituculz, ses commissaires. » 11 est
mentionné aussi dans la déclaration des héritiers.
3. Procès de Pierre de Luxembourg, Acla Sanctorum, juillet, I, 531
(commencement de l'année 1390). Nous n'avons pas utilisé une vie du
saint, qui se trouve à la bibliothèque de l'Arsenal (v. Froissart, éd.
Kervyn, XIII, pp. 333 et suiv.) et qui pourrait bien contenir des ren-
seignements intéressants sur Philippe de Mézières lui-même. Ce ms.
provenait des Célestins.
4. « A tempore quo... erat etatis viii annorum vel circa, d. loquens
fuitcumeoconversatus, et primo Parisiis. » «... Commensalisetcubicu-
larius tam Parisiis, in Lotharingia et Picardia, quam hic Avenione. »
(ibid.).
5. Témoignage d'Ltienne Alant, autre cubiculaire du saint {Ad.
Sanct., p. 536).
6. Ibid., p. 534.
7. « Et quidem Coelestinorum Ordini... ex animo se addixisset, ni...
obstitissent parentes... » (Becquet, 28).
— 461 —
des témoins du procès de Pierre, « très riche, qui avait quitté
« les biens et les honneurs et vivait d'après la règle des
« Célestins, de sorte qu'il était considéré comme le plus
« dévot parmi les dévots de Paris »', entremit ses conseils
pour le faire changer de décision ^
En 1384, Pierre de Luxembourg fut nommé évoque de
Metz et quitta Paris pour aller dans son diocèse. Puis,
ayant été nommé cardinal malgré son extrême jeunesse et ses
scrupules pieux, il se prépara à partir pour Avignon, où il
trouva la mort (1387).
Les relations avec Philippe continuèrent pendant le second
séjour à Paris du cardinal. Pierre de Luxembourg allait aux
Célestins avec Guy de Mézières ou quelque autre de ses fami-
liers pour s'y entretenir avec son ami. Ils entraient tous les
deux dans la chapelle bâtie par ce dernier et conversaient pen-
dant longtemps sur les aftaires de la foi et la manière de
vivre des Célestins et des Chartreux'. Ils lisaient ensemble
les Vies des Saints et d'autres livres de piété, que le cardinal
emportait souvent pour les faire copier par Guy et par ses autres
clercs''. Ce dernier l'entendait parfois citer à table et ailleurs
les paroles qu'il avait entendu dire par Philippe^ Ses visites
aux Célestins étaient très nombreuses, deux ou trois fois
par semaine", et, de plus, le cardinal se rendait au couvent
quand il ne pouvait pas voir le roi à l'hôtel de Saint-Pol'.
Mézières ne parle qu'une seule fois de son ami Pierre de
Luxembourg: « le très noble et très innocent » prélat lui
aurait conseillé de reconnaître le vrai pape Clément VIP.
Son influence dut être très grande sur le jeune cardinal ;
c'est à elle peut-être qu'il faut attribuer le projet qu'il forma
1. « Interrogatus cujus famae erat dictus dominus Philippus? Dixit,
quod magnus nobilis erat et dives, sed mundi divitias et honores dimisit
et tenebat vitam Caelestinorum, et iiiter caeteros dévotes Parisiis de-
votissimus reputabatur » (Act. Sancl., pp. 548-9).
2. « Quibus in exercitationibus... sanctae mediocritati.s limites non
modice excessisset, nisi meliorem eimentem dedisset... magnus servus
Dei, nomine Philippus de Mazieres » (p. 518).
3. Pp. 548, 549.
4. Ihid., 548.
5. P. 549 (XF témoin).
6. Pp. 548-9.
7. Témoin \n, P. Dallovargue, ihid., p. 549.
8. Songe du v. pèlerin, I, f" 113 v»
- 462 —
vers cette époque, de prendre avec lui trois maîtres en théo-
logie et trois docteurs en décrets et de traverser, en prêchant,
la chrétienté entière'. Guy de Mézières et Pierre d'Ailly se
trouvaient parmi ceux qu'il avait choisis pour cette mission ^
Ce dernier demanda la canonisation de Pierre au nom du
roi de France, en 1389'.
Pierre de Luxembourg quitta Paris en 1387; quelque temps
auparavant un autre personnage y venait de bien loin, pour
demander du secours à la chrétienté occidentale. Il devait
être pendant quelques années l'ami de Mézières et le fau-
teur de ses projets : c'était Léon de Lusignan, roi d'Arménie.
Le roi Léon VI, que le pape recommandait si chaleureuse-
sement aux Arméniens au moment de l'expédition de Pierre P'",
venait de finir un règne désastreux. Après son arrivée dans
Sis assiégée (26 juillet 1374), où l'avaient appelé les
vœux des Arméniens, une expédition de l'émir d'Alep avait
amené (avril) la soumission du pays et la prise du roi et de
sa famille, qui furent enfermés dans le château du Caire en
juillet 1375. Leur captivité fut longue et dure. Léon ne parvint
à obtenir sa liberté que grâce aux sollicitations du roi de
Castille\ dont il avait fait demander l'intervention en 1380
par le cordelier JeanDardel, son confesseur". Il partit pour
l'Europe après sept ans de captivité (7 octobre 1382), visita le
pape Clément VII, le duc d'Anjou'^ et s'arrêta en Castille, où
il fut pendant longtemps l'hôte du roi Jean I", qui lui donna
les seigneuries de Madrid, Villareal et Andujar '.
1. Act. Sancl., p. 551. Il voulait visiter entre autres Amiens, on se
trouvait la tête de saint Jean, la chapelle de la Vierge (« locum d.
Mariae ») à Boulogne-sur-Mer et le tombea^u de saint Thomas Becket à
Cantorbéry (ïbid., p. 548).
2. P. 551.
3. P. 609 (le 16 juin 1389).
4. Buchon, Recherches et éclaircissements, p. 409. Cf. Saint-Martin dans
les Mém. Ac. Inscr., XII, 2« partie, pp. 147 et suiv. et Jlist. ami. des
crois., I, 722. — La découverte de la Chronique de Dardel par M.
Ulysse Robert vient de renouveler le sujet. V. sur cette partie de la
vie de Léon les pp. 41 et suiv. (I/ist. arm., 11). Sur d'autres interven-
tions, V. Dardel, pp. 92-5. La Bibl. de la ville, à Leipzig, contient la
réponse de Charles IV aux prières de Léon VI (Rep. n, fol. 171, f» 11).
5. Dardel, pp. 95 et suiv.
6. Dardel, pp. 107-8; Res gestae ab anno MCCCLXXXIII-MCCCCV,
dans les Chroniques relatives à Vhisl. de Relg., éd. Kervyn, Bruxelles,
1857, 209.
7. Gonzalèsd'Avila, TAca/ro..., p. 152, cité dans les /Tis^. ar/n., I, 739.
— 463 —
Il ne pouvait pas se résigner cependant à abandonner toute
espérance de revenir dans son pays. II avait imploré le secours
du roi de Castille qui, tout en lui promettant une flotte,
lui conseilla de voir son voisin, Charles VI'. Léon arriva
à Paris le 30 juin 1384^ II fut amené par des messagers du
roi à son hôteP, et fut très bien reçu par Charles VI et ses
oncles. Une grande fête fut donnée en son honneur'* et une
pension assignée pour son entretien''. Il s'établit à Paris, où
il habitait l'hôtel des Tournelles^ C'était un homme petit de
taille, mais do grande vertu, très intelligent, très perspicace
et très affable, « et il montrait dans toutes ses habitudes
« l'élégance agréable, qui distingue un grand prince'. »
Des relations amicales ne tardèrent pas à s'établir entre
le roi dépossédé et le champion de la croisade \ Ils avaient tous
les deux le même but : soulever encore une fois la chrétienté
occidentale et la diriger vers l'Orient pour y restaurer les
anciens royaumes catholiques, de l'Arménie et de Jérusalem.
Dès son arrivée à Paris", Léon avait fait déjà des demandes
dans ce sens : la guerre entre la France et l'Angleterre empê-
chait cependant toute intervention en sa faveur. II devait
donc employer ses efforts pour apaiser cette discorde. C'était
aussi l'opinion de Mézières.
1. Rel. de S. Denis, éd. Bellaguet (Coll. des doc. inédits), I, 325.
2. Ibid. Res gestae, p. 209, Dardel, p. 108.
3. « Regale palacium », l'hôtel du Louvre (v. Dardel, 108).
4. « Eique fecit magnum festum » {Res yestae, l. c).
5. Rel. de S. Denis, 327 ; J.-Juv. des Ursins, éd. Michaud et Pou-
joulat, II, 362; Bibl. nat. Pièces orig. Arménie, 213, ap. Jarry. o. c,
p. 25.
6. D'où est daté son testament (v. p. 479). Il reçut aussi en don le
château de Saint-Ouen (Froissart, éd. Kervyn, XI,' 229, 233 et suiv.).
7. « Nam, quamvis esset statura pusillus, magna tamen regnabat
virtns in exiguo corpore. Vivacis erat ingenii, et in agilibus gerens
oculum perspicacem, verbo et aff'abilitate coinmendabilis existebat, et
tota sua liabitudine venustam principis eximii eleganciam preten-
debat « (Rel. de S. Denis, pp. 320-2). 11 fut toujours auprès du roi
dans les grandes solennités, le tournoi de Saint-Denis, le mariage
d'Amédée VI II de Savoie {Dominici Machanei Chronicon, Mon. hist.
Patriac de Turin, vS'5. I, c. 746).
8. Il est intéressant de remarquer que Léon VI, prince assez cheva-
leresque, était, comme le roi Jean et Pierre de Chypre, le créateur
d'un Ordre : l'Ordre « de la Haiche » (Dardel, p. 52).
9. Dans le conseil («in consistorio Principum ))\ dit le Religieux
de S. Denis, 1, 327.
— 464 —
Après l'expédition de l'évêque de Norwich, les hostilités
entre les deux nations avaient été interrompues par une trêve,
en 1384. Cette trêve expirait au commencement de l'année
1386 et le Conseil du roi se rassembla pour décider s'il ne valait
pas mieux recommencer la guerre, à cause des nombreuses
violations du traité commises par les ennemis. Les adver-
saires de la guerre s'adressèrent alors au roi d'Arménie qui,
ne connaissant pas suffisamment ni le latin ni le français' ,
n'avait pas pris la parole. Son discours fut écouté avec
bienveillance: il conseillait la paix malgré les mauvaises dis-
positions des Anglais, qui s'attireraient seuls, s'ils persis-
taient, le reproche d'être orgueilleux. Il n'avait aucune
relation avec eux, il s'offrait cependant à aller à Londres, es-
pérant les convaincre aussi. Son avis fut adopté par le Conseil
et Léon se dirigea vers Douvres avec une brillante suite. Il fut
bien reçu par le roi lui-même, qui vint à sa rencontre et lui
donna le baiser de paix. Des conférences furent tenues quelques
jours après son arrivée^ : il exposa l'état déplorable de
l'Orient, qui souffrait depuis soixante ans les cruautés et les
dévastations des Sarrasins, et les espérances qu'on avait fon-
dées sur son intervention. La guerre entre chrétiens, cette
guerre honteuse et inutile, puisque toutes les conquêtes avaient
été perdues, devait cesser pour la confusion des ennemis de
la croix'*. C'est ainsi qu'on pourrait reprendre aux Infidèles
Bethléem et Sion.
Le roi d'Angleterre se montra disposé à conclure une paix
définitive. Il lui annonça le prochain départ de ses ambassa-
deurs, l'exhorta à continuer ses efforts et manifesta même le
désir de parler au roi Charles*. Léon revint en France avec de
riches présents, qui lui furent malheureusement dérobés par des
1. « Virum utique vivacis ingenii oculique perspicacis... qui, quamvis
hucusque silencium in colloquiis regiis tenuisset, cum lingue latine
periciam val sponte fluens ydioma gallicum non haberet... » {ibid.,
pp. 418 et suiv.).
2. Au mois de novembre 1385? V. Rymer, IIP, 186.
3. « Ad confusionem adversariorum Crucifixi et ad disrumpendum
christicolarum jugum, qui, per Orientem dispersi, vestrum subsidium,
serenissimi principes, de die in diem prestolantur et humiliter effla-
gitant », (ibid., p. 422); Froissart, XII, pp. 12 et suiv.
4. Rel. de S. Denis, I, p. 427.
— 465 —
voleurs à Pari s \ Des ambassadeurs anglais furent envoyés
le 22 janvier do la même année'.
On espérait en France que Richard II lui-même viendrait
s'entendre avec Charles VI : ce dernier se dirigea vers Bou-
logne avec sa noblesse. Quand on sut que des chevaliers seuls
avaient été envoyés pour les négociations, le roi revint à
Paris et des conférences commencèrent à Lélinghem, entre
Calais et Boulogne. Elles ne réussirent pas cependant et on
put craindre un moment que le roi de France ne débarquât
en Angleterre avec la grande armée qu'il avait rassemblée
dans ce but et qui ne partit jamais '\ Puis, bien que la trêve
ne fût pas renouvelée, les choses restèrent dans le môme état
qu'auparavant : il n'y eut qu'une tentative d'invasion en
Saintonge, de la part du comte d'Arundel, en juin 1388 \ Le
2 décembre de cette même année 1388, Charles VI était déclaré
majeur, sur la proposition du cardinal de Laon''.
Cet événement rendit les espérances de Mézières plus
brillantes que jamais. Il avait une grande influence sur ce
jeune roi dont il avait été le fauconnier , et il le connaissait
assez bien pour attendre de lui la réalisation de ses projets.
En effet, la majorité de Charles VI apporta beaucoup de
changements dans le gouvernement de la France. Des mesures
sévères furent prises contre les fonctionnaires qui avaient
abusé de l'appui qu'ils avaient trouvé auprès des oncles du roi
pour s'enrichir aux dépens du peuple. Le seigneur de Béthisy
mourut pendant le voyage du roi dans le Midi, en invoquant
son aninen protecteur, le duc de Berri ^ Les négociations
recommencèrent avec l'Angleterre et bientôt la trêve de Lélin-
ghem (18 juin 1389) mit fin aux hostilités entre les deux grandes
puissances de l'Occident. Charles VI songeait, tout en menant
joyeuse vie, <( danses, caroles et soûlas » ', une grande expé-
1. Ibid. Il n'aurait accepté qu'un anneau d'une valeur de 100 francs
(Froissart, éd. Kervyn, XII, 18).
2. « Ad rc(iuestam régis Armeniae » (lîymer, Foedera. HT' (1740),
p. 191).
3. h'el. de S. Denis, I, 'i2()-8 ; Froissart, /. c.
4. Froissart, XllI, 146-158, 273-6.
5. Rel. de S. Denis, I, 560-2. Froissart, p. 278.
6. Froissart, XIV, 70. Le gouvernement du Languedoc fut repris au
duc et donné au sire de (.'lievreuse. Les impôts furent aussi diminués.
7. « Car c'estoient tous reviaulx, danses, carolz et suulas tous
N. JoROA. Philippe de Mézières. 30
— 466 —
dition en Italie qui mettrait fin au schisme', et une nouvelle
guerre sainte, un nouveau voyage qui briserait les forces du
terrible « Amurath-Bacquin « ■ et l'amènerait à la restitution
du royaume d'Arménie ^
C'était donc le roi idéal de Mézières que ce prince jeune
et aventureux, qui rêvait, tout en réorganisant son royaume,
de conquêtes lointaines et de guerres brillantes contre les Infi-
dèles'*. Après de longues années d'attente, pendant lesquelles
il avait presque désespéré du succès de sa cause, un nouveau
combattant du Christ se levait pour poursuivre ces projets
pieux. Infiniment plus puissant que son ancien maître, le roi
de Chypre, et tout aussi brave que lui, Charles VI était certai-
nement le prince destiné à délivrer la Terre-Sainte. Des visions
merveilleuses, des révélations secrètes avaient annoncé déjà
sa mission ~' ; les Sarrasins craignaient de nouveau pour leur
existence. Le roi d'Angleterre, devenu l'ami de son ancien
adversaire, était tout disposé à réunir sa puissance à celle
des Français et peut-être même, devant ce brillant exemple,
la chrétienté entière, avec un seul pape à sa tête, oublierait-
elle toutes les préoccupations profanes pour se réunir aux
champions de la foi et rétablir le royaume de Jérusalem.
Plus confiant que jamais dans le succès de la croisade, il se
mit à écrire de nouveau en sa faveur des traités et des épîtres,
des appels à la chrétienté et de beaux romans allégoriques.
Il avait composé, avant cette date de 1389, le Songe du
les jours et toutes les nuits au recommenchier » (Froissart, ibid.,
p. 43).
1. Il confia au duc de Bourgogne (après la mort d'Urbain VI,
18 oct. 1389) son intention d'aller « à puissance de gens d'armes »
pour restituer le vrai pape dans son siège, à Rome, et puis « destruire
tous incredureté » (Froissart, ihid., p. 85). Il devait être accompagné
par le comte de Savoie, les ducs de Touraine, de Berri, de Bourgogne
et de Bourbon, le connétable, comte de S. Pol, et le sire de Coucy. Cette
expédition avait cependant des buts différents aussi (Jarry, Loiiia d'Or-
léans, pp. 67 et suiv. ; la Voie de fait, l. c. et le chapitre m de notre
Thomas III de Saluces).
2. Froissart, L c. pp. 386-7 : « Mettre sus ung voiage et aler veoir
celluy Amorath-Bacquin et recouvrer le royaulme d'Ermenie. »
3. l'ne ligue contre Amurat fut conclue en nov.-déc. 1388 entre
Chypre. Péra, Métélin, Rhodes et la mahone de Chio {Alli délia soc.
ligure di st. palria, XIII, fasc. 5, pp. 953 et suiv.).
4 II envoie, en 1393, des ornements pour une chapelle, à Jérusalem
(Moranvillé, dans la Bibl. Ec. Ch., 1888, pp. 389-90).
5. V. p. 30, note 1.
— 407 —
povre Pèlerin, ouvrage malheureusement perdu, sur lequel
on no trouve que des renseignements assez incomplets dans
le Songe du vieil Pèlerin^. Il était dédié à son « ami singu-
« lier », « le gracieux forestier » et à sa femme, « la blanche
« flour au chapel vermoil dccouppé ». Les personnages qua-
lifiés ainsi sont le sire de la Rivière et Marguerite d'Auneau,
pour lesquels il avait gardé, même dans leur infortune, son
ancienne amitié. C'est pour les consoler de cette disgrâce
où ils étaient tombés après la mort du roi, dos « tribulacions
« et visitacions de la divine bonté », qu'il avait écrit ce
beau livre allégorique, plein d'c( examples, estoyres et
« figures ». Il contenait, dit-il, « une partie des aventures
« du dit povre polcrin, dès sa jonesse, ix journées princi-
(c pales du grant pèlerinage des sauvés et des dampnés, ix
« autres journées singulières des chevaliers preuz, par
« lesquelles on peut parvenir à prouesse et souveraine vail-
« lance en ce monde et comme preuz seoir à la table du roy
« et en la tin à la table de l'aignelet occis, lassus en paradis. »
Il y était question encore des contraires de cette bonne che-
valerie, de « la foie amour » et de la vraie, de la sainte alchi-
mie et du « vray besant de l'ame », qui rendait ceux qui le
recevaient « sénateur en paradis » ".
L'ouvrage suivant était dédié à Charles VI même. Bureau de
la Rivière, qu'il mentionne dans la préface, était maintenant
le plus écouté parmi les nouveaux conseillers du roi': les
1. Songe du viel Pèlerin. I, f"^ 1-2: « Pour lesquels (Bureau et sa
femme) le dit povre pèlerin... a composé un livre intitulé: le Pèleri-
nage (lu povre pèlerin et reconfort de son père et de sa mère » (f" 1 v").
Le sire de la Rivière avait été aussi le protecteur de Froissart, qui le
mentionne, dans le Dit du Flourin, parmi ceux qui « pour dix frans
ne vous faudront mie » (Poésies de Froissart, éd. Aug. Schéler. p. 232).
2. Lebeuf ne connaissait déjà plus que de nom le Songe du povre
pèlerin (t. X\'ll, V.Kf). [.'auteur de l'article Maisieres dans le Diction-
naire de Moréri déclare qu'il contenait « les règles de la vertu et du
véritable honneur ».
3. liurcau reçut des donations nombreuses avant et après que le roi
futdevenu majeur: en 138 j (Hibl. nat., coll. Clairambault, 191, n" 101),
1389, 1390 et 1391 {ihid., w^ 63 et suiv.). I,e roi lui accorda, en 1392, les
chàtellcniesde Crècy en-i!rie et de (lOurnay-sur-Marne (Arcli. nat., K
5^1, n'^ (il). 11 resta toujours l'ami de Philippe, (jui lui conseilla peut-être
ce voyage en Terre-Sainte qu'il entreprit, après sa délivrance, en 139'»,
et (jui fut interrompu (Bibl. nat., ihid.. n" 25 ; cf. S. Luce, dans le Cor-
respondant àw 10 octobre 1892. p. 45; cf. aussi n" 26). 11 mourut le 16
aoîit 1400 et son fils, Charles, comte de Dammartin, conseiller du duc de
— 468 —
Marmousets . Il dut le récommander chaleureusement à ce
« blanc faucon », que l'auteur avait jadis élevé. C'est le
Songe du vieil pèlerin, que Mézières écrivait aussitôt après
les événements de décembre 1388' et qu'il termina entre les
mois de juin et d'octobre de l'année suivante ^
On en possède une analyse assez peu fidèle, que nous no
reprendrons pas du reste''. Il suffit de dire que c'est un de
ces voyages allégoriques, dont le moyen âge était si friand.
La reine Vérité visite, pour en observer les mœurs,
l'Europe entière, ainsi que les parties connues alors de l'Asie
et de l'Afrique. Les mœurs contemporaines y sont très
vivement dépeintes et c'est sans contredit un document
historique de premier ordre. Les conseils qui y sont donnés
au jeune roi ne sont pas moins intéressants \
Les passages qui nous intéressent le plus se trouvent surtout
dans le quatrième quartier des instructions que donne la reine
Vérité au jeune roi de France: la comparaison est empruntée
Guienne en 1408 {ibicL, no 30, émancipé par son père en 1394, n» 25)
joua un certain rôle au commencement du xv siècle.
1. Le ton général de l'ouvrage le montre suffisamment.
2. L'ouvrage donne lui-même sa date à la fin: 1389. Il mentionne
la trêve de Lélinghem (juin 1389) et ne parle pas de la mort d'Urbain
VL Enfin la bataille de Cossovo y est mentionnée (15 juin -27 août).
3. Le meilleur ms. est contenu dans lesn'js 2682-3 de la Bibliothèque
de l'Arsenal (v. Catalogue, III, p. 75), qui datent de la fin du xiv
siècle. La Bibl. Nationale en possède deux : le premier fut écrit pour
le connétable Arthur de Richemont, au commencement du xv« siècle
(parchemin, 373 pages, reliure moderne, préface très curieuse, con-
tenant des recommandations aux lecteurs et une espèce de biographie
de Mézières ; nombreuses miniatures, qu'une notice moderne qualifie,
à tort ou à raison, de « fort mal faites »); il porte le n" 22542 du fonds
français. L'autre, fr. 9200-1, en deux volumes (livresI-II, III), futécrit
par « Guiot d'Augerans, en la ville de Brucelles», en 1465 (parchemin,
miniatures). La Bibl. impériale de Vienne possède, sous le n" 2551,
un autre exemplaire, provenant de la bibliothèque d'Eugène de Savoie :
il appartenait jadis à Tani\eguy du Châtel (renseignements dus à
l'obligeance de .M. le D"" Alfred Goldlin de Tiefenau, conservateur de
la bibliothèque). La librairie de Bourgogne contenait plusieurs exem-
plaires «non parfaits» du Songe (n""" 1600, 1886, 2186), et Lebeuf cite une
copie qui appartint au duc de Bourbon (Dissertations, III, 440). Cf. Du
Verdier, o. c, V (1773) 202-3 et la notice du Catalogue de l'Arsenal.
4. Des fragments ont été publiés dans: Mas-Latrie, II, 204, note 1,
207, note 1, 215-16, 277, note 1, 332-3, 381-5, 386-91; Lebeuf, o. c.,
XVI, 225-7, 227-8, 229, 230, 230-1, 231-2, 233-4; Dissert, sur Vhisl.
de Paris, III, passim ; le résumé de quelques chapitres dans Becquet,
0. c, pp. 104-7.
— 469 -
au jeu des échecs '. Mézières recommande à son ancien élève
une ligne de conduite favorable à la croisade.
Comme il ne s'est jamais souillé du sang des Anglais et
que le roi Richard est tout aussi innocent que lui, le
« blanc faucon » pourra conclure plus facilement une paix
avec ses ennemis et mettre fin à cette longue guerre, qui
ressemblait à celle des Grecs contre les Troyens^ Il ne
devait pas employer dans les négociations ces clercs et ces
avocats, dontle rôle est de prolonger éternellement les débats,
ni demander conseil aux « anciens chevetaines », qui se
réjouissent de vivre au milieu des guerres comme la loutre
dans reau\ « Mon conseil si est tel... que, pour briefve et
« ferme conclusion de vraie pais obtenir, biau filz, tu doies
« tout faire de ta part, et ton frerre aussi d'Engleterre, que,
« nonobstant la vielle hayne de vos pères, en personne vous
« puisses trouver ensemble, en certain lieu convenable, es
(( frontières de ton royaume, biau filz, et là privement parler
« ensemble et à paon de conseilliers privés de l'une partie et
« de l'autre '" ». Ils se communiqueront dans cette entrevue
les révélations merveilleuses sur le fait de la paix, qui leur
avaient été envoyées par le Saint-Esprit et parviendront
facilement à conclure un traité, qui leur permettra de se
diriger vers la Terre-Sainte '. Devant ce grand dessein, leurs
intérêts terrestres, si méprisables, devaient disparaître, le roi
de France pourrait céder même quelques villes et châteaux
des frontières, qui ne valent pas le sang qui a été répandu
pour leur possession, à moins que ces places ne fissent partie
intégrante « de la vraye essence, honneur et gloire ancienne
1. Que le roi lui-même aimait avec passion (Douët d'Arcq, Comptes
de Vhàli'l du roi, 215).
2. Sonric du v. P., II, f»^ 168-8 v".
3. « Qui ont esté nourri et enrichi en la guerre, comme la loutre
en l'estanc » (f" 169). Les Res gestae ah anno 1383-405 (dans Kervyn,
Cliroii. relal. à l'hist. de Be/git/iie. )). 228). attribuent à ces bonnes rela-
tions avec la France le inécontontenient do « jjlures .\nglici ».
't. V" 169. Cette paix devait être cependant la paix « désirée »
et non de ces paix « fourrées, » qu'on avait vu si souvent conclure et
qui n'étaient qu'une guerre hypocrite et honteuse, amenant de plus
grands nialheui's (ihid.. f"* 86 v"-7 v").
5. (^es révélations étaient très clairement conteiuies dans « l'cjjistre
secrète de doulce nnionicion » (f" 169). En 13i9déjà, Jean de Hocjuc-
taillade, « pauperrimus Cordelatus », annonçait prophétiquement la
-- 470 —
« de la couronne de France «'. Si par malheur cependant
cette paix tant désirée était impossible, le roi devait atta-
quer son adversaire, mais avec beaucoup de précaution, et
sans cette légèreté et cette précipitation qui amènent la ruine
des États.
Le passage général suivrait la paix ou la victoire, ce
passage annoncé par tant de merveilleuses visions. Le Conseil
rojal choisirait d'abord des comités pour chaque bailliage,
qui mettraient fin aux guerres privées et rassembleraient de
l'argent ^ Le roi demanderait ensuite au pape tous les legs
faits dans ce but dès le temps de Philippe de Valois, ainsi
que des indulgences pour les soldats de la croix ^ Tous les
princes de la chrétienté seraient invités à prendre part à la
guerre sainte \ des secours demandés aux Républiques de
Gênes et de Venise ; on rassemblerait des vaisseaux, surtout
des taf foreuses", à Venise ou a Brindisi et à Naples^ Quatre
armées partiraient en même temps : les rois d'Espagne attaque-
raient les Sarrasins de Grenade, de « Bellemarine », de Maroc,
de Tlemcen et de Tunis ; l'empereur, avec les princes aile-
naissance d'un prince français du nom de Charles, qui entrera dans
Home et Florence, à 23 ans, et délivrera Jérusalem (Froissart. éd.
Kervyn, VI, pp. 494-5). V. aussi, sur de pareilles instances pour la
paix, ibid., XI Y, 430.
1. « De laquelle», ajoute-t-il, « tu es ministres, et ne le peus ven-
dre, donner ou engaiger, ou préjudice de la dicte couronne confourraée
de Dieu aus roys de France » (f" 170).
2. F" 193.
3. F" 195.
4. Fo 193 v. In concile général (que l'évèque de Langres et le roi
de Sicile demandaient déjà, au commencement du siècle, Bibl. nat.
lat. 7470, f" 117; I5ibl. nat. fr. 6049, f"190) devait les y préparer. Con-
voqué dans quelque « grosse cité, anciennement gouvernée en com-
munauté », dont la piété fût connue, il devait apaiser toutes les guerres
existantes, entre Guelfes et Gibelins, Armagnac et Foix, Espagnols
et Portugais, France et Angleterre. Le gouvernement tyrannique des
États sera réformé, les papes suspendront leurs pouvoirs et seront jugés
par « les personnes ordenées du dit conseil et parlement gênerai » ;
on s'occupera ensuite à réduire « les sismatiques et les infidelz Tartres,
Thruchs (.v/c), .Juis et Sarrasins à la vraie foy de l'Église de Homme,
par sainctes predicacions... et aus obstinés et rebelles par la saincte
espée de ma suer lionne .aventure » (c'est Vcrilé qui parle). Des
« consaulx et parlemens particuliers », rassemblés dans le même but,
le précéderaient (ibid., f"* 132 vo-133 v°). Cï. Deschamps, Œuvres, I,
138-9.
5. F» 19'i.
6. « A Venise, a BraiMiris(cf. p. 238), en F^ullie, ou à Naples » (ibid.).
— 471 —
mands, le roi de Hongrie et de Bohême se dirigeraient par
terre vers Constantinople, en réduisant en chemin les schisma-
tiqiies de Rassie, de Bulgarie et de Grèce ; les Teutons et le
roi de Lithuanie, devenu récemment chrétien, se réuniraient
à eux devant la ville impériale ; enfin le roi de France lui-
môme, avec son frère d'Angleterre, les Flamands, les Écossais,
les Lorrains et les Italierîs, passerait la mer, se dirigeant vers
la Syrie et l'Egypte'. Le Soudan devait être sommé d'abord
de rendre aux chrétiens les Lieux-Saints qu'il occupait injus-
tement".
C'est aussitôt après la composition du Songe, entre la fin
de l'année 1889 et le printemps de l'année suivante ^ que
Mézières écrit, dans le môme but, un autre ouvrage assez
considérable et très intéressant, VOrafio tragedica. 11 garde
les mômes espérances qu'auparavant et attend les mêmes
choses de la part des deux jeunes rois de France et d'An-
gleterre. Cependant sa confiance n'est pas entière. 11 a vu
trop souvent ses projets échouer, au moment même de leur
réalisation la plus brillante, pour ne pas se tenir en garde
contre les illusions. 11 craint cette fois les conseils des
mauvais courtisans, et les changements qu'amène si souvent
l'âge dans les dispositions des jeunes princes. Aussi VOratio
tragedica est-elle, comme le Songe, un livre très prudent et
d'un enthousiasme mitigé par les désillusions antérieures.
1. Sonne du v. P., II, f" 193 v».
2. 11 donne ensuite dos détails sur les provisions qu'on devait pré-
parer (environ six mois auparavant), sur l'épo(iue du départ (juillet,
au plus tard, pour arriver en Orient au mois de septembre ou d'octobre),
sur la nature dos vaisseaux (on doit éviter les galères). La reine et les
femmes des clievaliers devaient accompagner l'expédition, « honeste-
ment vestues, à nécessité et non à volupté » (f" 195).
3. F]ntre l'époque où il termina le Songe et celle de l'expédition
d'Afrique qu'il n'aurait pas manqué de mentionner. Cf. Becquet, p. 107
(année 1399): « Oratio tragoedica seu declamatoria cujusdam veterani
solitarii Coelestinorum, indigni nomine, in Passionem Domini nostri
Jesu Christi. » Cf. I.ebeuf, XA'I, 235-6. L'auteur déclare être sexagé-
naire: « (luia sexagenarius predicares » (f" 199 v»), il déclare avoir
eu la première idée de son ordre il y a 40 ans : « .xi.. annis elapsis
inspirate « (f'^ 193) et avoir parcouru la chrétienté pendant 45 ans
(« fore por .xlv. annos oontinuos discurrendo per mundum, de regno
ad regnum », f" 129 v"). On y mentionne aussi la guerre que faisait
Raymond-Louis de Turenne au pape, qui l'avait dépouillé des biens
donnés à sa famille par Grégoire Xi (sur cette guerre, Froissart, XIV,
296-7, cf. Calai, de la Bibl. Mazarinc. IIL 293).
— 472 —
Le livre commence toujours par un prologue, mais non pas un
prologue comme celui de la Nouvelle milice, plein de
foi dans son entreprise et dans lui-même. 11 parle des diffé-
rentes espèces de chevaliers : ceux qui, dans une vie solitaire,
défendent les opprimés, ceux qui consacrent leur existence au
bien public, ceux qui défendent l'Église, « s'approchant ainsi
« des sancta sanctorum », ceux enfin qui, comme lui jadis,
« pleins d'un zèle singulier pour la foi et animés pieusement
« pour l'honneur de la croix, désirent exercer leur chevalerie
« contre les Agarènes, les Sarrasins qui occupent Jérusalem,
« la ville sainte, par droit de pirates et violent honteusement
« les Lieux-Saints* ». Il était jadis de ces derniers: rien ne
lui paraissait plus possible que de créer cette milice du Christ,
qui fut pendant si longtemps son idéal et pour laquelle il passa
tant de nuits sans sommeil'. Maintenant il renonce au rôle
actif qu'il exerça pendant toute sa jeunesse guerrière : ce
n'est plus, ou plutôt ce n'est pas encore le temps d'une nouvelle
croisade : les péchés de la chrétienté entière s'y opposent, et
les siens, qui sont très nombreux aussi ^. Cependant il ne se
décourage pas encore, lui, I'k ardent désir » [vir desiderio-
rurri): il aura sa récompense comme tous ceux qui com-
battent pour la croix. Si, à l'avenir, la voie des armes lui est
fermée, il consacrera sa vieillesse à « la milice spirituelle »
1. « Alii vero milites, singulari zelo fidei, accensi ac honore Crucifixi
devotius animati, miliciam suam exercere desiderant contra Agarenos,
Sarracenos, civitatem sanctam .Iherusalem et Terrani Sanctam piraterie
jure occupantes ac loca sancta Passionis Doinini Jhesu Christ! detur-
pando violantes, qui quidem Sarraceni fidèles nostro^ christianos cap-
tivos ubique in potestate sua sub jugo importabili et usque ad mortem
amaram comprimendo sibiquc serviendo, inhuinaniter conculcant »
{Ovalin, P 120). Le seul nis. se trouve à la bibliothèque Mazarine, 1651,
provenant des Célestins (v. v" de la p. 1 et le f" 209). 11 contient
(papier, reliure moderne) une Exposilio ail quorum verhoi-um Chrisli...
(fo" 1-40), écrite en l.'i98, puis un Liber de vita solitaria (f"^ 4;j-82 v"),
un Transilus Sancli Jhcronimi (f"s 8;j-r28), presque contem-
porains, un livre d'astronomie enfin. VOralio occupe les f"- 129-210
(ou 209 par une faute de numérotation). Pas de titre général. On lit au
commencement : « Prologus in oracione tragedica seu declamatoria Pas-
sionis Domini nostri Christi «, j)uisun prologue « in oracione tragedica
seu declamatoria, Passionem Domini nostri non mediocriter tangente,
cujusdam veterani solitarii Celestinorum. » L'écriture change souvent
(p! ex., f" 155).
2. « ... Pro qua tôt noctes duxisti insompnes » (f» 130).
3. F"s 129-30.
- 473 -
de la Passion'. Il emploiera cette Passion pour le salut de
son âme: la science pratique lui manque, il lui reste encore
la spéculation pure de son idéal ^ Son œuvre sera donc un
poème mystique en l'honneur de la Passion.
Nous ne nous arrêterons que sur la quatrième partie. Philippe
y retrace toute sa vie antérieure, depuis son départ du château
de Mézières jusqu'après sa retraite aux Célestins. Il parle de ses
rêves de jeunesse, de la première idée de sa chevalerie, de son
séjour en Chypre auprès du « jeune roi oriental « , qui lui accorda
toute sa confiance. Il passe ensuite à l'histoire des guerres de
Pierre P'" et raconte encore une fois la prise glorieuse d'Alexan-
drie, l'arche sainte où était placée la verge mystique de Moïse
qui aurait conduit les chrétiens à travers la Mer Rouge, vers
Jérusalem '. Le récit est plus circonstancié souvent et plus ému
que dans la Vie de Pierre Thomas : il montre ses espérances après
ce fait d'armes, qui comblait tous ses désirs, et ses désillusions
amères, quand les chevaliers rebelles firent échouer l'entre-
prise parleur refus. Il parle du châtiment céleste qui atteignit
tous ceux qui conseillèrent le départ ; de la perte de Pierre
Thomas, mort de désespoir quelques mois après le retour, et
du meurtre infâme de son roi, le vaillant Achitophel. Son
séjour en France est mentionné ainsi que sa douleur, qu'il ne
pouvait pas apaiser dans les cours des princes \ Il cherchait
depuis longtemps un abri pour sa vieillesse : cet abri il le
trouva enfin sous l'ombre des ailes de ses Pères, les Célestins'.
Il a abandonné maintenant tous ses anciens projets de
combat ; ne pouvant plus remplir, à cause de ses propres
péchés et de ceux des chrétiens, le rôle de Lia, il s'est
résigné à mener, comme Rachel, une vie contemplative ^
1. « Idem solitarius elej^it sibi in hac milicia sancte Passianis Jhe^u
Christi rcsiduuin senectutis sue milicia spirituali exercere debere »
(f-'13;i).
2. F° 130.
3. « Archain Novi Testament!, videlicet illam famosam Alexandriam
diviciis repletam,in qua quidem mistice recondita erat virga Moysi... »
(f" 196).
'i. « Ainaritudinem, declamationem superius tactas non sine suspiriis
sepe reminiscendo, nec in tanto teinpore remedium sui doloris cum
tantis principibus aliqualiter inveniri potuit » (f" 197 v").
5. « Sub ala scrvoruin suoruni Celestinorum miro modo sua gracia
iii abscondito tabernacuii sui collocando abscondit » (f"* 197 V).
6. « Et<iuiacum Lia turbata, Passioncui Uomini par miiiciam uovam
— 474 —
Cependant son ancien idéal le tente parfois, au milieu de ses
prières et de ses macérations : des « fantaisies » apparaissent
encore devant ses yeux dans sa cellule ' et il se reprend à
espérer la réalisation de ces projets auxquels il ne renoncera
qu'au moment de sa mort. S'il avait un pied dans la tombe,
dit-il, il voudrait travailler encore pour sa chevalerie ^ La
voix « intellectuelle » vient le reprendre alors sévèrement en
lui montrant les exemples de tous ceux qui n'atteignirent
jamais le but de leurs douloureux efforts : Daniel qui ne vit
pas les murs de Jérusalem s'élever de nouveau, Jérémie qui
mourut loin de la patrie qu'il croyait perdue pour toujours ;
Moïse qui n'entra pas dans ce pays de Chanaan qu'il avait vu
du haut de la montagne. Il devait se résigner comme eux et
garder le silence devant la volonté de Dieu\
Il se taira donc, non sans avoir parlé de ses nouvelles
espérances. Ce rôle de libérateur de Jérusalem, qu'il ne
pouvait plus remplir dans sa vieillesse, était réservé peut-
être à un autre. Il avait été jadis le jardinier d'une plante
merveilleuse, d'un arbrisseau aromatique, qui Horissait main-
tenant dans toute sa splendeur*. Cette plantula du royaume
des lis pourrai c bien être le successeur de Godefroi de
Bouillon : les prophéties des astrologues', ses propres visions''
sepe tactam recenssere exterius non valebat, saltem ad cont.emplandam
inspirituipsam Passionem misteriumque ipsius in quiète cum Rachele,
rorante divina gracia, gressus suos dirigera obtabat... » (f" 197 v")-
1. « Sepe, Deus scit, in orando et cum Deo loquendo, ut assolet,
fantasie desiderii sepetacti et milicie desiderate fines, hujus vete-
rani orationes sepe perturbando, cum strepitu et aliqua novitate intra-
bant, et merorem suum sepe replicatum sine modo renovabant... »
(f" 198).
2. « Quinymo, ipsam Miliciam desiderando, dicebat: si haberem
pedem in turnulo, adhuc in Milicia desiderata iaborare velleoi »
(f" 19;i V").
3. F» 198.
4. « Et ecce quedam plantula balsaini, cujus idem veteranus condam
ortholanus, licet penitus indignus, fuerat, in valle florum cantici can-
ticorum, scilicet liliorum, miro modo excrevit et in altum pahnites suos
extendit » {ibid.).
5. « ... Ita ut (juasi omnes prophetico sermone vaticinarent hanc
plantulam pro reformatione reipublice christicolarum divinitus exortarn,
astrologis videlicet et sapientibus Iiifideiibus certis christianis devotis
et fide dignis confitentibus quod hec plantula Sarracenos de posses-
sione sua Terre Sancte magnifiée expeilere debebat » (f" 198 v").
6. « Reminiscens que magna et laagnalia et altissima temporibus
- 475 —
lui promettaient une pareille destinée. Tout le monde con-
naissait déjà sa mission divine et, vers l'Orient, les Sarrasins
effrayés prenaient des mesures de défense'.
Il n'y avait qu'une chose qui put empêcher le jeune et
énergique roi de France. Depuis de longues années, la guerre
séparait son royaume et celui de certaines bêtes féroces, les
léopards', et cette guerre était devenue, à cause de sa longue
duré(3, comme une chose naturelle.
Cet empêchement allait disparaître : les deux ennemis
ne voulaient plus troubler la paix de l'Occident ; leur amitié
était déjà connue dans les pays des chrétiens. La paix
était attendue partout avec espoir et reconnaissance ^ on
s'attendait à voir « paître ensemble le lion et l'agneau, le
« lis et le léopard »'\ Le schisme ne déchirera plus l'Eglise
et la chrétienté se réunira contre son ennemi séculaire.
La fin de ce livre est quelque peu pessimiste. Le vieux
pèlerin se souvient dos recommandations de la « voix intel-
lectuelle » et craint d'espérer encore une fois la réalisation de
ses rêves. Les dispositions des jeunes hommes sont souvent
trompeuses ^: les tyrans ont commencé par être des princes
doux et pieux ; Saiil fut d'abord le serviteur de Dieu et l'exé-
cuteur de SCS volontés. Il se reporte à son livre du Poirier
istis fienda per visionem eciam, Jacobo apostolo mediante, éidem plan-
tule oblata fuerant... » (f" 198 v").
1. « Ipsis Infidelibus tremore percussis, jam de remedio oportuno
inter se tractantibus » (ihid.).
2. « Nisi discencio inveterata inter lilia et animalia ferocia varietate
coloris adornata pritis a Deo sopiatur » (ibid.).
'S. « Plantula nostra dilectissima et alia plantula graciosa, animalibus
superius lactis ornata, velud quidam flores campi electi, odorein sua-
vitatis et ainoris inter se invicem in spiritu emittcntes, a Deo facti sunt
amici... Hec enim amicicia utriusque plantule, iiiurmurantibus einulis
pacis, in lucein pi-oducta, ut jam de universali gaudio pacis inter
régna quasi natuiali odio dudum coiifirmata publiée et secrète trac-
taretur, in consolacionem populorum » (ibid.).
4. « Pax firma contirmetur: agrius et leo, leopardus et lilium insi-
mul pascantur et nutriantur; ccclosia ad unum verum pastorem redu-
catur, Sancta Sanctoruui mundetur et nova Milicia Passionis Jhesu
Christi in salutem, ut ila dixerim, piratarum et beilatorum in viam
perdicionis ambulancium de novo constituatur » (f"* 198 v"-199). Cf.
« unii'o ecclesiam catholicam... et restaurare Jérusalem divino cultui »
(fo 198 y).
5. « Quis plene judicare valet de via juvenis in sua juventute ? »
(f" 199). Et, ailleurs : « quinymo et sapientes hujus mundi atque rec-
tores sepe proferunt falsa pro veris » (ibid.).
— 476 -
feuri, où il est question de ces beaux arbrisseaux qui ne
produisent pas les fruits qu'ils promettaient d'abord \ Il n'y
a pas, dans ce monde, que des abeilles qui cueillent le miel
sans empoisonner la fleur : les scarabées ^ les guêpes et
d'autres insectes malfaisants sucent le suc de la plante, quand
le beau fruit apparaît déjà. Puis il est très vieux lui-même,
il a déjà un pied dans la tombe ; avec ses soixante ans bien
comptés, ce n'est plus le temps de rêver de guerres loin-
taines et de bâtir des châteaux en Espagne '. Il devait
atteindre son but, d'une manière mystique seulement, écou-
tant, comme Marie, aux pieds du Seigneur '*.
Des ambassadeurs génois s'étaient présentés à Paris, vers
la fin de l'année 1389, avec la mission de demander au roi son
secours pour une nouvelle croisade. Ils auraient voulu avoir le
duc d'Orléans pour commandant ^ Bien que leur proposition
fût rejetée et que des circonstances d'autre nature retinssent
le roi de France pour quelque temps encore, le saint
« voyage » se fît au printemps de l'année suivante (1390).
Louis II, duc de Bourbon, ce prince aventureux et brouillon,
qui avait hérité des prétentions du prince de Galilée sur l'ile
de Chypre, et qui pensait à y aller pour se former lui aussi un
royaume en Orient ^ était le chef de l'expédition, chef
assez médiocre, sans énergie et sans habileté, dont la person-
nalité insignifiante contribua beaucoup à l'insuccès de l'armée
chrétienne.
Celle-ci, composée de 1,500 chevaliers, quitta le port
de Marseille vers le mois de mai 1390. On se dirigea vers
1. « 0 tu veterane, vox inquit, si bene ponderares in libro tue con-
templacionis de arbore piri... utique habenas paulisper retraheres ad
leviter credenduin. maxime in eventibus futuris » (ibùl., f" 199 v).
2. « Scarbonibus •>■> (ihid.).
3. « Recogita igitur quia sexagenarius predicaris et jam unum pedem,
ut ita dixerim, habes in tamulo, non esttibi tempus amplius fabricandi
castra in Yspania. nec anxius tractandi de bello temporali. Sede ergo
in ceilula tuatibi dilecta, tace et quiosce cum sancto Ar.senio, maxime
ab hiis que foiis surit » (f" 199 v"). S. Arsène était cité déjà, au commen-
cement du second Somje, comme le type s'énéré de l'ermite.
4. Fo 199 V".
5. Pendant le séjour du roi à Toulouse (29 novembre 1389-7 janvier
1390). Delaville le'Roulx, p. 165; Jarry, p. 52.
6. ("abaret d'Orronville, Chron. du hou duc Loi/s. éd. Chazaud (Soc.
de l'Hist. de France). Cf. notre Thomas III de Saluées, p. 177, 189.
— 477 -
l'Afrique, où les Infidèles n'avaient pas été attaqués depuis
un siècle et où l'on ne soupçonnait peut-être pas les intentions
des croisés. Les chrétiens espéraient soumettre la ville même
d'Afrique et s'y maintenir jusqu'à l'arrivée de nouvelles
troupes et surtout de ce « roy de France qui estoit jeune et
« qui desiroit les armes et qui aux Anglois avoit trièves S).
L'expédition ne dura que soixante jours ^: la ville, très bien
défendue, ne fut pas prise par les croisés, dont les Sarrasins
achetèrent la retraite ''\ Au moment du départ, les chevaliers
furent attaqués, sinon avec beaucoup de pertes, au moins
avec beaucoup de bruit S par les Infidèles. Une partie des
chrétiens se dirigea vers Jérusalem ^ les autres servirent les
intérêts des Génois en Sicile et en Sardaigne. La paix ne
tarda pas à être conclue entre les rois musulmans de l'Afri-
que et les Génois eux-mêmes®, et le seul résultat de cette
équipée fut la conclusion d'une alliance entre les rois à'Auf-
frique, de Tunis, de Bougie, de Grenade et leurs voisins".
L'insuccès de la croisade de Barbarie, à laquelle
Mézières n'eut aucune part, n'était pas de nature à lui faire
perdre l'espoir. Si le duc de Bourbon était revenu honteu-
sement en France, une autre expédition, beaucoup plus
importante, ne devait pas tarder à partir. Le roi de France
n'attendait que la conclusion de la paix avec les Anglais pour
se diriger vers la Romanie et combattre contre « Bajazet-
Bacquin » ^ Le duc d'Orléans était' du même avis: le
voyage lui paraissait nécessaire « pour exaulchier la foy
« crestienne et confondre les incrédules » et acquitter de la
sorte la dette de ses prédécesseurs et parents ^ Les princi-
1. Froissart, éd. Kervyn. XIV, 269-70; cf. Christine de Pisan, II,
ch. XIV ; t. I, p. 60 de led. Petitot; Rihl. Éc. Ch., 1894. 593-4.
2. Ibid., p. 274.
3. Cabaret croit qu'une paix honorable précéda le départ.
4. « Huer et crier » (Froissart, /. c, p. 274).
5. Ibid.
6. En 1391; en 1392 avec les Vénitiens (Cowm., VIII, n" 381, t. III,
215-6 ; Uelaville le Houlx, /. c).
7. Les rois de « iJellemarine » et de Tlemcen (Froissart, l. c, p. 278).
8. Mandement du 28 juillet 1391. relatifà 500 francs que le roi donne
à Arnoul Boucher, trésorier de la {guerre, « en entencion de nous servir
hoiiiu)rablomont ou voyage que nous entendien faire ou pays de Hom-
menie » (Jarry, p. 56, note 2).
9. « Et acciûittcr les àines de nos prédécesseurs » (Froissart, /. c,
p. 279").
— -'.78 —
paiix conseillers du roi, Bureau de la Rivière et Jean le Mer-
cier*, soutenaient de toutes leurs forces cette grande idée. Ils
parlèrent au roi de son intention de conquérir la Terre-Sainte
et le jeune prince s'écria, en les écoutant : « C'est vérité, toutes
« mes pensées nuit et jour ne s'enclinent ailleurs » -. Los com-
battants de 1390 furent récompensés à leur retour ■' et les
préparatifs de la nouvelle croisade commencèrent dès l'année
suivante*. Vers la même époque une expédition des Hospita-
liers fut décidée pour défendre Srayrne, menacée par Bajazet".
Les conférences en vue de la paix avaient continué pendant
l'année 1390*'; elles furent reprises avec plus d'activité au
commencement de l'année 1392, le roi de France désirant
finir plus tôt les négociations et accomplir ses grands projets
en Italie et en Orient. Des conférences furent tenues (mars-
avril) à Amiens : Charles VI et le duc d'Orléans y assistaient.
Un nouveau rendez-vous fut fixé pour le l"'' juillet à Lélingliem .
On se réunit le 22 du même mois '. Quelques jours après, le
5 août, Charles VI était saisi d'un accès de folie, dans la
forêt du Mans ^
Les grands projets de croisade s'évanouirent. Les Mar-
mousets tombèrent du pouvoir et les oncles du roi s'en sai-
sirent de nouveau. Bureau de la Rivière dut quitter la cour
d'abord : il fut ensuite emprisonné dans la bastille de Saint-
Antoine (septembre 1392).
L'année suivante, le29novembre^ Léon de Lusignan, l'ami
1. « Et croy, selon que je fuis pour lors infourmé, que ce furent le
sire de la IJivière et messire Jehan le Merchier » (ibid., p. 280^.
2. Ibid.
3. Donation faite à Jean de Trie par le duc d'Orléans pour avoir
combattu en Barbarie et en Prusse (Jarry, 55-6).
4. V. p. 477, note 8.
5. L'expédition devait partir d'Avignon, au printemps ae l'année
1392 (Herquet, J-F. Heredia, 82-3).
6. Entrevue à Lélinghem, 4 juillet 1390, puis le 1" septembre 1391
(Moranvillé, dans la Bibl. de fEc. des Ch., 1889, 359, 367-9; Jarry, 57).
Le livre de M. Jarry est une source très riche pour toutes ces négocia-
tions. Cf. Bes gesLae ah anno 1383-1405, dans Kervyn, Chroniques rel.
à /.'histoire de la Belgique, pp. 214,5.
7. Jarry, 115; ChampoUion-Figeac, o.c. 70; Moranvillé, Le, 369-75.
8. Froissart, l. c, 21-53.
9. Épitaphe française, dans Lenoir, o. c. Allas, pi. xiv. V. sur son sceau,
annexé à une quittance du 25 mars 1389 dans la Bévue de l'Or, latin,
I, pp. 163 et suiv.
— 479 —
de Mézières, mourait dans son hôtel des Tournelles : il fut
enterré aux Célestins, près de la reine Jeanne, au nord du
maître autel'. Son corps, vêtu d' « une grosse flossoye
« blanche », avec la couronne d'or sur la tête et les pieds
nus, fut porté par quatre serviteurs, habillés de blanc, portant
chacun une torche ^ Un testament rédigé le 20 juillet 1392
partageait ses biens entre les pauvres, l'église des Célestins,
ses serviteurs et familiers et Guyot, « son fils bastard et
(( non légitime ))\ Mézières était un des exécuteurs*.
Vers le commencement de cette môme année 1393, un
personnage très curieux arrivait à Paris. Il venait de l'Orient,
où il avait eu des visions merveilleuses qui lui ordonnaient de
pacifier l'Occident : c'était Robert le Mennot, petit gentil-
homme normand originaire du Clos-de-Cotentin\ Ayant con-
sulté un prêtre à Avignon, il avait reçu de lui des encourage-
ments et s'était ensuite mis en chemin, vêtu d'un habit de moine
et prêchant. Il apprit à Paris que les négociations continuaient
à Abbeville, où le roi lui-même se trouvait dès le 16 mars " et
s'y rendit aussitôt pour exécuter les ordres divins '. Il y arriva
1. Ibid. Texte, p. 185 : « Et per amicitiam et notitiam ipsius pie
memorie (de F'iiilippe de Mézières) dominas Léo, quondam rex Ar-
ménie, fuit intus sepelitus, occasione cujus ultra II™ fr. habuimus
pro reditibus emendis » (réd. des messes, ap. Lebeuf-Cocheris, o. c,
p. 454).
2. Disposition du testament (Arcb. nat., LL 1505, f"=* 9 et suiv.,
publié pai" Lantilois. o. r., j) p. 207 et suiv. Hist. ami.. I, 732, note 2). U
défendait cependant qu'on mît la couronne sur sa tète (p. 209). Cf. la
description qu'en fait le Religieux de Saint-Denis, pp. 112-4: « Non
sine admiracione multorum, cum nunquam simile audissent vel vidis-
sent » et Chron. du bon duc Loi/s de Bourbon, 395. V. aussi ibid., 269.
3. Testament, /. c. (iuyot devint archidiacre de Brie et chanoine de
Sens (Langlois, p. 210, n. 1).
4. « Messire Philippe Maisières, chevalier et chancellier de Chypre »
(p. 210).
5. Mézières, Chevalerie de la Pasxion. f" 112 v" : « Robert l'Ermite
du clos de Constentin en Normandie, singulier me.ssaige de Dieu et de
monseigneur saint Jaque aux roys de France et d'Angleterre sur le fait
de la paix des II roys et sur le fait de l'union de l'église et du saint
passage d'oultre-mer ». Cf. sur le sens du ('los-de-Cotentin au wy
siècle, Luce, Du Gue.<irlin, p. 258. Sur Robert l'Ermite, v. l'article
fondé uniquement sur les données de Froissart, et trop déclamatoire
de M. L. Puiseux (.l/cm. de la Société des antiquaires de Normandie,
1859, pp. 124 et suiv.).
6. Jarry, 1 15.
7. C'est (le Robert qu'il est question probablement dans les passages
du Snnrie du vieil Pèlerin, relatifs aux visions sur la paix et la conquête
de Jérusalem par les deux rois réunis (v. note 5 et p. 466).
— 480 —
au mois d'avril ^ et oaû une entrevue avec le roi de France,
qui le nomma gentilhomme de sa chambre et le recommanda
au duc de Bourgogne pour i)rendre part aux négociations. Il
tint un langage très éloquent et très hardi à l'égard de ce dernier
et attira l'attention des ambassadeurs anglais. Le duc de
Lancastre en parla au roi Richard, qui manifesta le désir de
voir ce singulier négociateur^.
Cependant on n'arriva pas à s'entendre, cette année encore.
Le roi futrepris parla maladie le 15 juin et on put un moment
craindre la reprise des hostilités. Des ordres furent donnés
au sénéchal de Rouergue pour fortifier ses places et châteaux,
le 30 janvier 1394\ 11 n'en fut rien cependant et une nouvelle
trêve pour quatre ans fut conclue le 27 mai * entre les deux
royaumes. En mai 1395, Robert l'Ermite passa on Angleterre,
où il visita le roi à Eltham et le duc de Glocester dans son
château de Plesby\ Son but était la conclusion d'une paix
définitive, qui rendrait possible la restauration de l'unité de
l'Église et la conquête de Jérusalem par les deux rois alliés.
Ce but était celui de Mézières aussi, qui avait placé depuis
longtemps ses espérances dans cette noble plantiila de France.
Il connaissait les visions de Robert l'Ermite et la mission
confiée à ce dernier par saint Jacques lui-même. Aussitôt
après l'arrivée de Robert à Paris, des relations étroites s'éta-
blirent sans doute entre ces deux hommes pieux, dont l'idéal
était le même. Robert l'Ermite adhéra à l'ordre de la Passion®
et se chargea de le faire connaître en Angleterre ^ Le duc
d'York, le comte de Huntingdon, Jean de Harlestone furent
gagnés ainsi aux idées de Mézières ^ Le messager de saint
1. Froissart, XV, 88. Les conférences furent ajournées le 29 du
même mois jusqu'au 21 mai (Jarry, 115).
2. Froissart, ibid.
3. Jarry, 125.
4. Rymer, III'', 95 8.
5. Froissart, ibid., p. 88.
6. Mézières le cite, au.ssitôt après lui-même, dans la li^te qu'il donne
des adhérents de l'ordre, à la fin de la Chevalerie (f^^ 112 v"-113).
7. Philippe dit dans son Epltre, parlant au roi d'Angleterre: « Vostre
très débonnaire et royale devocion puet avoir esté enfourmée plus
plainement par vostre très loyal serviteur et orateur, ledit Robert l'Er-
mite » (f° :i7)
8. Mézières envoya la règle au comte de Huntingdon, pour la présen-
ter au roi : « Et darrainement par le livre de la substance abregié
— 481 —
Jacques portait avec lui une lettre du roi de France, datée
du 15 mai 1395, lettre où il est impossible de méconnaître
la main de Philippe*. Charles VI souhaitait à son voisin des
succès en Irlande, où il reçut, le 25 mars de cette même année,
la soumission des quatre principaux rois indigènes'. Il l'invi-
tait à continuer ses dispositions pacifiques envers la France,
dispositions que lui avaient inspirées le Saint-Esprit lui-
même ^ La maudite guerre entre chrétiens, quia duré soixante
longues années, doit cesser enfin et Dieu réunira certainement
les ce parois » ennemies et depuis longtemps séparées de
do la dicte chevalerie que le vieil solitaire humblement et à r^rant
devocion bailla naga.res à vostre très amé frère, le comte de Hon-
tuitone, très puissaijt roy, pour le vous présenter et vous enfori er
du bien a advenir de la dicte chevalerie Et pour ce auxi que ar
vostretres amé oncle, le duc de Wyork, et p^ar messire Jel an^de
Harlostone et autres très vaillans chevaliers,S'ous \oynuxlTh<4,
vostre debonnaireto en pourra estre informée >, (Fpù/rr f<r-m "" '
MézièroVTl'Sb'rto^',''"''-^''%'^^''^' ^'' expressions habituelles de
wezicros. 11 hxe la date de soixante ans pour la durée de la guerre
comme dans VEp,slre. f- 56: (« qui lx a duré»; « lx ans en encàl)'
de la « 'sninte fEv Inl' r " ^''^e corrective », de la « multiplication >,
'a.« samte foy catholique », etc. La lettre a été publiée nar Ker-
S/'t XVm'îr.7r.' son.édition de Froissart, XX^ •J-f,''s' ^Zi
rois ^" ' "^ '""'■^^ échangées entre les deux
Une autre lettre, qu;on doit dater de l'année précédente (1394) nous
renseisne sur les relations d'amitié qui existaient entre Pli lippe e" un
res grand personnage de la cour de France. Fnguerran de (ïucî
lui-même, plus tard un des chevaliersde la Passion. IWèS répondant
haîîe ni iUl-ï '^/î ^l^ boissons, qui lai annonçait se suS en
Ita le, ou il défendait les intérêts de Louis d'Orléans, observe ou'il n'est
qu un « peregrinus et advena » dans ce pays, que l'œuvre est difi^île
(«grande opus aggressi estis ») et que parois de bons annmence
ïrn'a'rïe'nT re<.î:rr''''' ''^ 'f ^^^^^'^ ^"/''"^ ^^^P« doJosus XenuT).
n n a rien a objecter cependant contre les motifs de son expédition
(« yerumptamen, m, domine, parentibus et amicis servire ac in nece
sitate juribus eorura subvenire non reprobo, nec contradico vmô ouan
^1" ^''"'•f'^^'''^^- '''^- ««mper tiîneo, maxime rSud,rVc te
miniscendo »), il doit observer une conduite modérée et ne iamais lui
ttil'de t n ami"!; f.rJ'î mercenaire, indigne d'être nomm^irsert"
teur ue son ami, le titre de Père. La lettre finit par des vœux nour
de nouveaux succès ; saint Augustin, son patron (« Augusïinum devo-
tum vestrum et protectorem, recensere audivi ») et la Vier e ïe^Droté
2. Lingard, A J/istorf/ of England, éd. Haudry. III 47
FroisLn!^X^^:'ïl-;^;^"390:""' ^^''^^-^-P'''^- --«^ inspirée»
N. JoRGA. Philippe de Mézièves. 31
— 482 —
France et d'Angleterre, pour en faire son église'. Il doit
éviter les conseils de ces hommes sans conscience qui chan-
tent comme la sirène et dont la langue « oint » et « point »
comme celle du scorpion. Si leur union durait, on pourrait
mettre fin au « maudit sisme » et partir pour la Terre-Sainte.
« Nous devons enprendre », dit la lettre, « le senct passage
d'oultre-mer pour secourre nos frères crestiens et déliverer
la Terre-Sainte à nous acquise par le précious sanc de l'aignclet
occis parles brebis'^ ».
C'est presque le résumé d'un livre que Mézières écrivit
aussitôt après le retour de Robert rErmite\ d'après l'ordre
exprès du roi de France. C'esiV Epkre à Richard If, ou, pour
garder le titre de l'auteur, « une povre et simple epistre d'un
vieil solitaire desCelestins de Paris, adressant à très excellent
et très puissant, très débonnaire, catholique et très devost
prince Richart, par la grâce de Dieu roy d'Angleterre* ».
Elle fut composée entre le retour de Robert l'Ermite, qui
lui annonça les vertus et bonnes dispositions du roi, et les
premières ouvertures faites par Richard pour son mariage
avec Isabelle de France (juillet 1395) ■'. Ce mariage forme une
1. « Jehu-Crist... fera rassembler ensemble les deux parois un
grant temps jà piéçà ennemies et séparées l'une de l'autre par mortel
guerre, c'est assaver France et Angleterre, en une temple et esglise
de Dieu « (p. 389).
2. P. 390.
3. Philippe parle dans VÉpisli-e de la « vertu attrative » (f» 14 v)
et d'autres qualités du roi, dont il « a esté à plain et longuement en Dieu
enfourmé par le preudomme de dieu Robert l'Ermite, message de Dieu
singulier as il roys cy dessus proposés » (ibid.).
4. Le titre continue ensuite : « Pour aucune confirmacion tele quele
de la vraye paix et amour fraternelle du dit roy d'Angleterre et de
Charles, par la grâce de Dieu roy de France » {ihid.). L'épître a été
connue d'abord et utilisée par Kervyn dans les notes au XV'^ volume
de Froissart (pp. 377-82), où il en donne un assez bon résumé. L'exem-
plaire unique (parchemin in-8", 83 pp.) se trouve au Brilish Muséum
(Royal B. V'I) ; il faisait partie précédemment de la bibliothèque de
Georges II. V. f" 82 v° : « Se en ceste présente epistre... par manière
d'un songe d'un vieillart pensée et ymaginée et par la benivolence et
exprès commandement de la royale Majesté de vostre très aimé frère,
Charles, roy de France, dittée et composée... » (f" 82 v"). Le roi
Richard était grand amateur de beaux manuscrits et « moult bien
parloit et lisoit francois •>■>..
5. L'auteur représente ce mariage comme en état de projet seule-
ment « parmi les fusiciens » (la guerre est traitée comme une maladie)
d'Angleterre.
- 483 —
des neuf « matères «, analogues aux neuf hiérarchies des
anges, qui composent le livre.
Les quatre premières sont les plus importantes: le « songe
figuratif », qui n'en est pas un, à vrai dire, sur « la doulce
confirmation do la paix », la discussion du « sisme de l'église »,
des maux qu'il engendre et du remède qu'il faut y mettre, le
saint passage, la réformation de la chrétienté par la croisade
et la proposition de cet électuaire, qui est le mariage du roi
d'Angleterre.
L'auteur commence comme toujours par des protestations
d'humilité: il est indigne do donner des conseils à un pareil
prince; cependant le roi l'écouterapeut-étre, comme le Seigneur
écouta la Samaritaine. Il parlera donc comme l'ànesse de
Balaam, et s'adressera au noble ayjnantqne Dieu transplanta
d' « Inde la maiour » en Angleterre. Ce noble « aymant » s'est
décidé, après de longues années de guerre, à s'entendre avec
une plante miraculeuse, un arbre de baume, qui s'éleva sur
le sol de la France. Ils veulent mettre fin à ces dissensions
malheureuses qui ont coûté la vie à cent mille chrétiens' et
fermer la plaie horrible de la guerre.
Cette plaie, plus dangereuse que les plaies de l'Egypte,
était béante depuis soixante ans \ Son venin avait atteint
tout le monde et l'auteur en avait été infecté jadis ^ Tous les
remèdes ont été vains et c'est alors que, pour le bien de ses
anciens compagnons, le combattant d'autrefois s'est adressé,
dans sa solitude, à Dieu, le plus grand des médecins. Uarbrisscl
de baume avait été envoyé dans ce but sur la terre. Il com-
blera la plaie, en rapprochera les lèvres et la cicatrisera avec
le temps \ La chevalerie anglaise, cette « aguille », qui devait
châtier seulement les Français corrompus, d'après les pré-
dictions de Merlin, pouvait s'opposer cependant à cette paci-
fication salutaire. Un aimant avait été chargé de l'attirer
par sa puissance et de la diriger vers l'étoile « tramontaine »,
1. « .c. mille âmes par aventure sont esté portées en enfer »
(t'o 79 v°).
2. F'' 6.
3. « Pour ses péchiez a esté aucunes foys férus et envenimes de
venin soventefoiz répété de la dicte plaie » (f" 7 v").
4. F"s 8-10 Y".
— 484 —
qui n'est que la vierge Marie, l'étoile des mers. Les deux envoyés
de Dieu deviendront, le premier une escarboucle brillante,
montrant le chemin de Jérusalem, l'autre un diamant merveil-
leux, souvenir amical et antidote pour le poison '.
Il y a cependant encore une plaie au milieu des chrétiens.
C'est l'Église, déchirée en deux par le schisme ^ Depuis de
longues années, les chrétiens s'étaient résignés à la voir ainsi:
ils prenaient chacun leur part et laissaient le reste de son
corps aux oiseaux de proie. C'est en vain que le remède dou-
cereux, lepopilium, a été employé contre cette « parfonde fosse
d'ignorance et de malediccion ». Il faut ne pas faire attention
aux prêtres « qui veuUent régner et non pas par Dieu' », et
intervenir énergiquement, sans attendre l'appel de la chré-
tienté. Si la guerre durait encore, il faudrait faire dans ce
but une trêve, fùt-elle de cent ans.
Quant au passage, il a corné lui-même pendant quarante
ans « as empereurs et roys et princes de la crestienté, pour
assembler à la chasse de Dieu les grands lévriers et les chiens
courants* » sans atteindre son but. Jérusalem, qui n'avait été
perdue que grâce à l'indifférence des Occidentaux, continuait
à être une honte pour les chrétiens. Le Soudan en était le
maître, le Calvaire du Christ souffrait des profanations, les
pèlerins étaient inquiétés. Personne ne s'était levé contre
cette injustice, avant ces deux rois bien avisés, Charles VI
et Richard °.
Il leur offrira pour sa part une « petite medicine », sa
nouvelle milice de la Passion, qui ramènera à Dieu les gens
d'armes et partira comme une fourrière pour préparer le
grand passage. Elle est composée de sept langages et con-
tient des adhérents de grand renom. Richard doit la rece-
voir pour faciliter le passage et accomplir le vœu de ses
ancêtres ^
1. F°5 10 vo-22.
2. « Detranchiée et en .n. moitiés partie » (f° 23).
3. F" 27. Dans des termes pareils, Thierry de Niem confie cette
mission à l'empereur {De Schismate, 1. III, ch. vin, éd. de Strasbourg,
p. 158-60).
4. po 32 Y».
5. F" 32.
6. F"'* 34-8 v. Il dépensera un million de florins de moins, grâce à
la chevalerie de la Passion (f'^ 38). L'auteur intercale ici la bannière
— 485 —
Qiiant à la quatrième matière, c'est un « laictuaire assez
alectif », qui pourrait fortifier un des bords de la plaie.
Plusieurs « fusiciens grans et moïens » du royaume d'Angle-
terre en ont conçu l'idée'. Cet électuaire, « un certain
mariage pour la haulte personne de votre royale Majesté »,
n'est pas un remède bien difficile à prendre comme tant
d'autres. Il lui souhaite donc une femme comme sa mère
par exemple, ou Hélène, la « très sage hostelière », qu'épousa
Constantin ou enfin Griselidis, l'inimitable héroïne du
« solempnel docteur et souverain poète maistre François
Potrac de Puis^ ».
La cinquième « matière » contient de nouveaux conseils pour
la paix, avec des menaces contre les fauteurs de la guerre, qui
auront le sort de Dathan et d'Abiron^ La sixième contient une
parabole, oh. l'on voit Sapience divine festoyer les deux
rois dans son palais : la France et l'Angleterre, deux
royaumes, mais une seule maison*. Suit « une orison briefve
contre ceulz qui destourberont la paiz ^ ». Le septième cha-
pitre-s'occupe encore de la guerre et des servitudes où tom-
berait le roi, si elle continuait, envers « ceulz qui font les
armeures et toutes autres gens de métier pour la guerre, à
trésorier, à communes, à gens de l'Esgliso, et jusques à vostre
petit vallet de chambre qui murmurera aucune foiz, si le
convendra lever plus matin pour la guerre qu'il n'aura cous-
tume autre fois'' ». La guerre est condamnable comme la
mère de très grands péchés, de Vaine-Gloire, Oultrecuidance,
de l'Ordre: fond bleu à ornements blancs, bords dorés et rouges, croix
rouge, ayant au milieu une rosette, qui représente l'agneau portant un
étendard surmonté par la croix (f" 35).
1. « Nouvelles sont jà esparses ou royaume de Gaule que aucuns
fusiciens grans et moiens de vostre royaume et d'ailleurs, meus de
prime face pour bonne consolacion, nouvelle generacion et consoli-
dacion des maladies advenir et à fortificacion auxi d'une des bordures
de la grant plaie occidentale... pensant bien faire, vous ont offert et
offrent un lectuaire » (f" 39).
2. ¥" '19. Parmi les écrivains français de l'époque, Bressuire cite
aussi Pétrarque, dans son Reduçtorium morale (Nolhac, Pétrarque et
l'humanisme, dans la Bibl. de l'Kc. des H. Et., p. V24).
3. F"^ 50-5'! V".
'». F'"* 54 vo-7 v.
5. F" 58 : « Sire Dieux, dissipe et destruis tous ceulxqui veuUent les
batailles en contre leurs frères crestiens. »
6. F» 59.
— 486 -
Presumpcion et Avarice ; elle est cruelle et impie : on ne doit
l'admettre que si elle est la cause d'un grand bien fait pour
la chrétienté \
L'auteur décrit dans lo huitième chapitre le « vergier
delitable » de la paix, avec son bon roi et les murs qui en
sont la protection. Il n'y a pas de mien ni de tien et le Saint-
Esprit y fait couler ses douze rivières, dont les quatre prin-
cipales sont Sûreté, Vrai Repos, Abondance-de-tous-biens et
Souffrance. Le contraire est le « jardin horrible et péril-
leux » de la guerre. Nemrod y règne, le fort y majige le
faible, les quatre rivières principales sont « l'Heresie et l'In-
vocacion-des-demons, la Paour-continuelle, Mescognoissance
et Ingratitude ». L'herbe est sanguinolente et les peintures
du palais royal représentent les batailles d'Actium et de
Fontenoy et les exploits d' « Hanibal, roy d'Aufrique ».
Des « locustes à grans dens », qui sont les périls de la guerre,
y détruisent tout fruit. On n'entend au lieu des « gracieuses
chansonettes amoureuses » que des « lamentacions et..,,
larmes et soupirs ». Les habitants, « sans repos toute la nuit,
au vent et à la pluie chantent : garde la garde ^ ».
Après s'être excusé sur la longueur de son discours et
avoir fait l'anagramme du nom de Richard'', l'auteur passe à
la neuvième et dernière « matère ». Il y est question de la
« josne marguerite pierre précieuse », qui n'est pas cepen-
dant trop jeune pour un prince vertueux. Il doit se réjouir au
contraire de ce qu'il l'élévera lui-môme, de sorte qu'il pourra
dire plus tard : « ceste est m'espouse, ceste est ma fille ».
Il l'honorera certainement, sans permettre cependant qu'une
femme succède au trône, ce qui causerait des guerres comme
celle de France \ La « belle blanchcpelle transmuée » lui
sera de grand service plus tard, quand elle aura atteint l'âge
de raison : toutes les discordes possibles avec « les barons,
1. F«« 59-61.
2. F°^ 62-70.
3. Riche et art, « de vertu et justice et de bon gouvernement »
(fo 75). On retrouve ailleurs l'ctymologie Carolus « Cara lux » (f" 19 v,
V. p. 433, note 5). Il le félicite pour ses victoires sur les « Ybernois,
habitans es montaignes avec les bettes sauvages » (f" 75; cf. p. 481,
note 2).
4. 11 doit emprunter cette coutume aux « loys royales du royaume
de Gaule » (f" 79).
— 487 —
le clergié ou le pueple » seront apaisées par sa douceur'.
Il sera auprès de son beau-père comme Olivier auprès de
Roland et Artus auprès de Charlemagne. Ils combattront
ensemble contre les Infidèles. « Et, que plus est, quand par la
« grâce de Dieu vous aurés conquesté Turquie, Egypte et
« Surie, qui sont remplies de toute manières de richesses et de
« délices, par la bonté du doulx Jhesu et par la vertu de la foy ,
« vous ferez pou de compte de vos royaumes d'Occident, qui
« sont et frois et engelez et à orgueil et à avarice et à luxure
« souventefois enclins ^ » L'auteur finit en s'excusant d'avoir
fait des observations trop « rigoreuses » au jeune roi: c'est la
seule manière de remédier à quelque chose ^
Les efforts de Mézières et des amis de la paix réussirent
enfin. Au mois de juillet 1395, des ambassadeurs se présen-
tèrent à Paris pour demander la main d'Isabelle, Agée à peine
de huit ans*. Un traité de mariage fut conclu le 9 mars de
l'année suivante et la trêve prolongée ensuite pour vingt-huit
ans encore. Le roi d'Angleterre lui-même arriva en France
vers la fin de l'année pour recevoir sa fiancée. Le mariage eut
lieu le 4 novembre % et Isabelle fut couronnée le 7 janvier de
l'année suivante ^
Restait encore, maintenant que cette longue trêve était
presque une paix définitive entre les deux royaumes, la paci-
fication de l'Eglise et le passage général. La mort d'Urbain
VI n'avait pas amené la concorde entre les deux partis : le
napolitain Perrino Tomacelli fut élu par les cardinaux d'Ur-
bain (2 novembre 1389) sous le nom de Boniface IX. Benoît
XIII avait remplacé depuis peu (1394) Clément VII à Avignon.
Aucun des deux ne paraissait disposé, malgré tous les efi"orts
de ces 7'ois qu'invoquait Mézières dans VEpistre, à céder sa
place. Richard avait parlé de ces aff'aires à Robert l'Ermite
pendant les fêtes du mariage et Robert résolut de poursuivre
1. F» 80.
2. F°« 81 vo-2.
3. « Et vous plaiso à souvenir, très sage roy, que à la court desgrans
roys souvent se trouvent aucuns fusicieiis qui usent fort de l'oingne-
mcnt popilion appelé, c'est assavoir d'un einplastre alectif qui a nom
plncuerunl « (f" 82 v").
4. Froissart, éd. Kervyn, XV, pp. 188-202; Rymer, IIl", 108-9.
5. Ibid., pp. 306-7: Hymer, ibid., 112 et suiv., 125.
6. Lingard, /. c, 49.
_ 488 —
sa mission, en allant à Avignon et à Rome pour le fait du
schisme. On- attendait dans cette dernière ville l'arrivée de
Pierre d'Ailly au nom du clergé français : les deux messagers
ne réussirent pas cependant et le schisme dura de longues
années encore \ Mézières, qui voyait avec douleur ces divisions,
resta le partisan de Benoît XIII, comme il avait été celui de
son prédécesseur. Le pape français fut parmi ceux qui
approuvèrent la création de sa chevalerie^ .
Quant au passage, il devenait de plus en plus nécessaire.
Bajazet, continuant l'œuvre de son père, menaçait les der-
niers restes de l'empire de Constantinople. Les Vénitiens
mêmes, dont les relations avec le Sultan, qui ne leur refusait
pas les privilèges de commerce^ étaient des plus cordiales, s'en
émurent et envoyèrent une petite flotte au secours de l'em-
pereur*. Le roi de Hongrie qui avait provoqué cette décision du
Conseil, s'adressait à tous les princes de la chrétienté pour
les inviter à l'aider dans la guerre sainte qu'il allait entre-
prendre. Ses lettres arrivèrent en France au mois d'avril
1395 et causèrent une grande émotion'. Les plus brillants
parmi les chevaliers français écoutèrent favorablement sa
demande et prirent la croix pour combattre en Hongrie.
Eustache Deschamps invitait la chrétienté entière à conclure
de longues trêves et à se mettre « en arroy »
Pour conquérir de cuer la Sainte Terre ^.
1. Froissart, éd. Kervyn, XIV, 86; Rinaldi, XXVII, p. 4 et la note de
Mansi ; Martène, Vclera Monumcnla. VII, c. 591. Robert exposa le
résultat de sa mission le 15 janvier 1398 {ibid.). II alla une seconde
fois à, Rome, dans le même ijut, en 1407 (ibid.). On ignore la date de
sa mort.
2. V. p. 492.
3. Il confirma (mai 1390), d'après la demande de l'ambassadeur
Francesco Quirini (envoyé le 17 février 1390), les privilèges accordés
aux Vénitiens par les seigneurs de Palatscha et d'Altologo [nouveau
privilège en 1403, Bibl. de l'Éc. des Charles, b" série, t. V, pp. 224
et suiv. : serait-il question du traité de septembre 1370? (Commem.,
VII, n" 596 ; t. III, p. 95)], leur accordant le droit de faire le commerce
dans ses propres Etats. Commem., VIII, n" 346; t. III, p. 207; Roma-
nin, Storia docvmentata di Venezia, III, pp. 331-3.
4. Quatre galères, sous Thomas Mocenigo (ibid., p. 333).
5. P. Bavyn, Mcm. du Voiage, f"^ 340 v"-41 v». dans Delà ville Le
Roulx, 0. c, I, p. 231. Cf. Froissart, XV, 220. Les ambassadeurs, l'arche-
vêque de Gran, Jean de Kanizsa, et le trésorier du roi, partirent après
neuf jours, emportant de grandes promesses. Sur la chevauchée du
comte d'Ku (1393-4), v. Delaville Le Roulx, /. c, p. 227.
6. IJeschamps, Œuvres, I, 138-9. L'éditeur croit que la pièce pourrait
- 489 —
L'expédition partit au printemps de l'année suivante. Les
Bavarois sous Jean de Nuremberg et Robert, comte palatin
du Rhin, des Suisses, des Hospitaliers et des Polonais peut-
être se réunirent à la chevalerie française, que commandait
le comte de Nevers'. Avec les Hongrois et les Valaques, leurs
alliés, le nombre des chrétiens s'élevait à 60,000 hommes.
Mézières ne se faisait pas d'illusions sur le succès de cette
nouvelle croisade, si brillante et si certaine de vaincre. lien
parle avec dédain et avec une indignation prophétique dans
son livre sur la Chevalerie de la Pasmm de Jésiis-CIirist,
qu'il écrivit en cette même année 1)396 où partit avec tant de
fracas l'armée de ces grands seigneurs, vaniteux et imprudents.
La nouvelle expédition ne faisait que continuer les croisades
antérieures, dont le résultat avait été nul à cause des grandes
dépenses et de ^indiscipline^ De pareilles guerres étaient
plutôt contraires au véritable intérêt des chrétiens : les princes
qui partaient en Orient perdaient du temps d'abord, puis, quand
il fallait frapper un coup décisif et se montrer dignes de la
protection divine, ils se hâtaient de revenir dans leurs
royaumes,' abandonnant leurs frères d'Orient à la vengeance
des Infidèles irrités.
Ces expéditions étaient dues à l'amour des chevaliers chré-
tiens et surtout des Français, des Anglais et des Allemands
pour (( une des plus grandes dames du monde », Vaine Gloire.
Il suffisait que quelques chevaliers renommés se décidassent
à partir pour la Barbarie, la Prusse, Grenade ou la Hongrie
et les pays du Danube, pour que les autres les suivissent
comme des brebis. Leur expédition n'avait rien de cette
humilité, qui convient aux vrais pèlerins: ils allaient tous
bien avoir été écrite vers l'année 1395. Cf. son épître aux roi.s de
France et d'Angleterre :
«... Soit l'amour do Dieu prise,
Ne guerriez l'un l'autre désormais,
Sur Sarrazins soit vo guerre remise.
A voz subgez soit donné bonne paiz. »
(Œuvres, III, 172). Ce sont absolument les idées de Mézières et de
Robert l'Ermite.
1. Delavillc Le Houlx, la France en Orient, chap. Nicopolis.
2. Ainsi ([u'à l'envie des cboi's. Il n'excepte même pas la croisade du
« benoist saint Loys » (ms. 2251 de l'Arsenal, f"- ;51-32 v"). Un anonyme
dédia à Philippe « un sermon sur saint Louis » (Froissart, Kervyn.'XV,
377). — V. la description du ms. dans les Arch. île l'Or. lat.. l, 3'i6.
49n
comme des rois, « les menistreulx et les hyraiix precedens à
grans pourpes et à grans paremens, en robes et en vaisselle
d'argent, faisans les grans disners des viandes oultrageuses »,
Ils dépensaient dans un mois plus qu'ils ne devraient le faire
pendant trois et se montraient dignes d'être appelés plutôt
les serviteurs du Dieu infernal'.
Les combattants de Hongrie n'étaient guère supérieurs à
ceux qui les avaient précédés et, bien que l'auteur ne les
nomme pas expressément, c'est évidemment du comte de
Nevers et de son armée qu'il s'agit. C'est en vain que les trêves
ont été conclues entre la France et l'Angleterre ^ et que Provi-
dence divine avait offert aux chrétiens le bon vin d'Engadi.
Ils avaient préféré mépriser ses avertissements et chercher en
Allemagne et en Hongrie « la cervoise hommeleuse et le
bochet enaigry ». La Syrie et l'Egypte, avec leurs « anciennes
richesses et délices non pareilles », les endroits vulnérables
des Infidèles, leur étaient ouverts. Cependant « ils vont que-
tant les montaignes, les terres inhabitables et les desers de
Servie et de la double Allaquuie [sic] ; si ne sera pas merveille
s'il s'en repentiront... ^».
Il leur proposera pour sa part, dans sa « rude épistre* »,
une manne céleste, l'ordre de la Passion, dont le succès est
assez grand depuis quelque temps, grâce à quatre personnages
surtout, qui en furent les évangélistes^ Ce sont Jean de
Blézy, seigneur de Mauvilly, chambellan du roi et capitaine
1. Chevalerie de la Passion, f"« 31-32 v. Des aides furent levés
dans les États du duc de Bourgogne, dès le l'^'' janvier 1394 (Delaviile
Le Roulx, 0. c., II, 18). II comptait obtenir 80,000 francs du comte de
Vertus (ibid., p. 20); le receveur d'Artois et de Flandre fut invité
à faire des emprunts aux Etats des pays et aux Lombards qui s'y étaient
établis (p. 21).
2. « Helas ! les roynes Providence par Destination et Dispensacion
divines avoient offert prestemment des François et Angles l'accort fait
aux dessus dits chevaliers » (f" 42 v).
3. Fo 42 v".
4. « Une rude epistre pour satisfaire aucunement et grossement
par la bonté de Dieu, à aucuns chevaliers qui ne rcçoyvent pas si
plaineoient, comme il seroit expédient... le don de Dieu », etc. (f" 1).
5. « Ces quatre cy-dessus recitez, comme .nu. evangelistes, depuis
l'an de grâce mil .ccc.nu.*'' et ..\. jusques à l'an .ini."" et .xv. en
divers pays et royaumes par la grâce de Dieu ont preschié et anoncié
lâdicte sainte chevalerie » (f" 113). Ce passage a été reproduit par M.
A. Molinier dans l'article cité des Arch. de l'Orient lalin.
— 491 -
de Paris', Louis de Giac, chambellan et grand échanson du
roi, Othe de Granson « de la terre de Savoye », chevalier
d'honneur de Richard II et de son oncle, le duc de Lancastre,
et enfin le « singulier messaigé de Dieu et de monseigneur
saint Jaque », Robert l'Ermite. Ils ont gagné à la chevalerie
nombre de grands seigneurs, parmi lesquels six « ducs
royaulx »^, des maîtres en décrets et en théologie et plusieurs
autres adhérents. Une liste à la fin du livre nous donne les
noms des plus importants: on y trouve, parmi les membres qui
s'engagèrent par écrit ou par promesses solennelles, le duc
Louis de Bourbon, Boucicaut le jeune, l'amiral Jean de
Vienne, tous deux en Hongrie à'cette époque, l'archidiacre de
Narbonne, secrétaire du roi de France, le vicomte de Rodez
et Ponce, son frère, Jean et Henri de Chàlon-Auxerre, Jean
de Sainte-Croix, Gilles de Poissy et d'autres encore, en
France. Le duc d'York et son fils, le comte de Rutland, le
comte-maréchal, le comte de Northumberland, Henri Percy,
Hugues Despenser, Raoul Percy, Thomas West, Louis de
Clifford, l'évèque de Saint-David's se trouvaient parmi les An-
glais. Le sire de Lesparre, peut-être l'ancien adversaire de
Pierre P"", le vicomte d'Orthez et le sire de Castillon représen-
taient le midi de la France. Mézières énumère encore parmi ses
chevaliers des Écossais, comme David et Alexandre de Lind-
say , des Navarrais, comme Arnault d' Aigremont, des Espagnols
comme Pierre Lopez'' d'Ayalaet même le chancelier du « roy de
Suèse » Hugues de Hanost. Le duc de Berri avait promis, par
des lettres patentes, 100 hommes d'armes au nouvel Ordre, le
duc d'Orléans lui avait fait de grandes promesses, le comte de
Vertus, Jean-Galéas, duc de Milan, offrit 30 mille florins et
« très grant aide de bouche », Pierre de Craon, 200 livres de
rente. L'Ordre comptait parmi ses protecteurs Louis, comte
d'Étampes, Philippe d'Artois, connétable de France, Pierre
de Navarre, Henri de Bar, le sire de Coucy, le comte de
Saint-Pol, le maréchal de Normandie, seigneur de la Frette,
Guillaume Martel de Basquevilie, allié à l'ancien croisé de 1365,
1. Il combattit, à Nicopolis et c'est avec son ombre que s'entretient
Philijme dans VEpistre lamentable et consolatoire, v. p. 503.
2. Chevalerie de ta Passion, f" 18.
3. « Pierre Louppes » (f" 113 v). V. sur lui Rymer. IIP, 171.
- 492 -
Jean et Aubert de Hangest, des Picards, Jacques de Montraaur,
gouverneur du Dauphiné, les archevêques de Reims et de Vien-
ne, les évêques de Senlis et du Puy (Pierre d'Ailly), les ducs de
Glocester et de Lancastre et même « le pape Bcnedic, qui de son
propre mouvement a voulu avoir le livre de la chevalerie »'.
La Chevalerie avait cependant aussi ses ennemis, parmi les
gens riches comme un œuf, qui ne pouvaient pas se résoudre à
quitter leur vie tranquille pour aller outremer, « au souleil, à la
pluye, aux fortunes de la mer », mangeant « vielz bescuit »
et ne soupant pas toujours. Ils avaient honte de rester chez
eux quand l'expédition partirait, et cherchaient à discréditer
le nouvel Ordre par des objections mal fondées : ils ne con-
naissaient pas les lieux et les moyens d'approvisionnement, ils
croyaient la chose irréalisable, craignaient des discordes entre
des soldats si nombreux et regrettaient cette clause de l'élec-
tion qui empêchait quelque grand prince de devenir le chef
et le protecteur de la chevalerie. Ces adversaires étaient,
pour la plupart, de mauvaise foi, n'ayant jamais lu cette
règle, qu'avaient approuvée jadis des rois de l'Orient et de
l'Occident et quatre papes ^ En continuant leur opposition,
ils s'exposaient à subir le sort des Hébreux, qui ne voulaient
pas cueillir dans le désert cette manne dans laquelle laPassion
du Christ était latente '^ En se donnant la peine de s'infor-
mer, ils découvriraient l'Ordre dans toute sa grandeur et son
utilité, donnant à ses membres des vivres, des armées, de
grands biens pris à l'ennemi, et préparant la conquête de
Jérusalem^.
La Chevalerie a été imaghiée jadis par un povre et vieux
pèlerin, le nommé Ardent désir, qui, sentant sa faiblesse et
son grand âge, vient déposer aujourd'hui ses pouvoirs devant
Providence divine et ses quatre suivantes. Il est courbé
par la vieillesse et porte dans sa main ce livre de la Passion,
que quarante ans de travail ont usé et déchiré \ La reine
1. Chevalerie de la Passion, f°« 112 v"-ir± v». La liste commence
par son propre nom, « la povre créature ».
2. F»'' 4-4 v.
3. « La sainte et amère Passion du benoist fils de Dieu, laquelle
estoit latente en la manne des enfans d'Israël » (f" 3 v").
4. F»^ 2 v"-3.
5. » Lequel portoit en l'une de ses mains une potence pour lui
— 493 —
reçoit avec bienveillance ce livre de légation, que lui présente
le pèlerin, la « teste enclin » et écoute les vœux que forme
le vieillard, soutenu par sa sœur, Doulce Espérance. Il veut
que ses péchés soient traités avec indulgence et que sa mis-
sion soit donnée à un autre. Quant à lui, puisqu'il ne verra
pas, à cause de son âge, « la bannière de la sainte chevalerie
drecié en la sainte cité de Jherusalem », et la gloire de la chré-
tienté refleurir en Terre Sainte, qu'on lui permette de « repo-
ser et rendre l'esperit à Dieu '». Cette demande est exaucée
par Providence, qui lui nommera un successeur. Elle finit en
lui donnant des conseils pour le reste de ses jours ^
L'assemblée contient cependant les partisans et les défen-
seurs de la croisade et la reine profite de leur présence pour
leur tenir de beaux discours encourageants. Elle a cherché
à sauver le monde dès la chute d'Adam et le temps des pro-
phètes. Tout ce qui a été fait pour la rédemption des âmes lui
est dû, et c'est à cette sollicitude pour les hommes qu'il faut
attribuer la création du nouvel Ordre, qui est une nouvelle
arche de Noé, uu triade salutaire, la boutique de la reine de
Saba^ La chevalerie de la Passion remplacera par les vertus
Vaine Gloire, son maître d'hôtel, Nabuserdan, et ses quatre
chambrières, Largesse, Prodigalité, Joliveté et Validire {sic)'\
La légèreté des croisés disparaîtra par son influence; l'argent,
qu'ils dépensent aujourd'hui en quelques mois, soutiendra l'ar-
mée de la croix pendant trois ou même cinq ans\ Ce sera
une des institutions les « plushonnourables, plus raisonnables,
plus clères, plus fermes et plus durables w^: une armée de
cent mille hommes, qui seront rassemblés facilement, se diri-
gera vers l'Egypte et frappera le serpent à la tête. Bajazet
devra se retirer en Asie" « et lors les gens d'armes crestiens
apuyer, et en l'autre main un livre, en grant partie rongiés de ras et
d espines dessirez » (f" 9).
1. F° 19.
2. Fos 20 vo-21 V».
3. « Cornent la Chevalerie est figurée à la boticle de la royne Sabba »
(fo 29 v°).
4. F° 32 v».
5. F" 35.
6. F"" 40 v».
7. F" 36 v" : « Par l'art de sage descipline de Chevalerie aucunes foiz
on gaignera plus tost un royaume que on ne fera un fort chasteau
en la frontière. »
— 494 -
des frontières de Honguerie et d'ailleurs ligièrement pourroient
recouvrer aucunes forteresses qui seroient demourées en la
poissance des Thurs »\
Mézières se proposait d'écrire ensuite la règle en trente
livres ^ en latin et en français, règle qui ne devait être com-
muniquée qu'aux dignitaires et aux protecteurs de l'Ordre ; un
résumé du livre pour être envoyé dans la chrétienté entière
et intitulé^: La substance abregié de la chevalerie de la Pas-
sion; un Livre du secret, concernant les ressources financières
de l'Ordre* et sa substance abregié\ destinée à être tout aussi
répandue que l'abrégé de la règle ; Le livre du commencement
enfin, montrant ce que devaient faire les chevaliers à leur arrivée
en Terre Sainte ^ Ces cinq livres devaient représenter les cinq
plaies du Christ et cinq des tables de Moïse ; Mézières avait
écrit, en 1396', les deux « substances abrégées «, qu'il
avait envoyées en France, en Angleterre et ailleurs. Nous ne
possédons que Vépistre en la prefacion de la substance de
l'ordre, son prologue et celui du Livre du commencement^ .
Le premier traité est, en partie, la traduction de celui qu'il
écrivit en 1368. Le commencement est le même et des difi"é-
rences très notables ne commencent à apparaître qu'après
1. Chevalerie de la Passion, f° 37.
2. « Laquelle l?ègle en .xxx. livres et un volume ou .n., non pas
petit, plus clèrement sera contenue » (f" 90 v») ; « un grant livre en
deux volumes, en francoys et en latin... livre de sainte règle nommé »
(f" 92 v").
3. « Un autre petit livre, en françois et en latin, qui est appelle la
substance abregié de la Chevalerie de la Passion Jhesucrist : et cestui
livre doit estre porté et présenté par toute la crestienté catholique »
(f° 93). ■
4. « Item un autre livre qui est appelle le livre du secret de la
saincte Chevalerie, qui contient les finances et trésor de la Cheva-
lerie » (f" 92 v°).
5. « Item un autre petit livre, par manière d'un quayer. C'est assa-
voir cestui présent livre (la mention se trouve dans le proloque du
traité) contenant en brief la substance abrégée et en gros dudit livre
du secret » (f° 93 v»).
6. F» 94.
7. C'est la date fixée par l'auteur pour la « rude epistre » (f-» 14 :
« aujourd'uy, qui est l'an delà nativité de notre seigneur Dieu Jhesucrist
.M.ccc.nu.'"' et .xvi. »). Les autres traités, bien que leur réunion ne
paraisse pas intentionnelle, datent évidemment de la même époque.
8. L'auteur déclare (f" 44) que la « substance abrégée du trésor »
devait suivre celle de la règle : il n'en est rien dans ce que nous pos-
sédons.
— 41) F) —
plusieurs folios', à l'énumération des motifs pour lesquels
l'Ordre fut créé. Il contient cependant des choses nouvelles
et en assez grand nombre pour que l'analyse de cette Epistre
soit nécessaire et intéressante.
En 1367, Mézières proposait six objets seulement à son
Ordre. Ils sont spécifiés d'une manière plus précise dans son
nouveau traité, où les causes ne sont que l'énumération des
rôles différents que doit remplir la chevalerie^.
L'Ordre est créé, sans doute, pour délivrer Jérusalem et
réformer la chrétienté, en renouvelant le souvenir de la Pas-
sion. La foi catholique se multipliera, les hérétiques, les
schismatiques et les Syriens « demourans deçà la mer »
seront amenés à contrition, l'Eglise regagnera son unité,
sans que le sang soit versé. De plus, l'Ordre formera l'avant-
garde du passage général des deux rois et même leur arrière-
garde. Il disciplinera les vagabonds, soignera les blessés et
les arrachera à l'ennemi; il gardera les rois, quand ils seront
« hors de forteresse », et formera la garnison des châteaux
dangereux conquis par les chrétiens. Les chevaliers seront en
outre « les espiees veillans et non dormans » de l'armée, les
négociateurs de la paix avec les ennemis, les sentinelles et
les inspecteurs du camp, pendant la nuit, les arbitres des
querelles et des troubles. L'Ordre recevra dans son sein tous
ceux qui seront amenés en Orient par un vœu de leurs parents
ou une clause testamentaire, ainsi que les cadets de famille.
Enfin il partira seul « se par la permission divine les roys
« seroient destourbés, que jà n'avingne, de tost faire le
« saint passaige » '\
Suit l'amplification de chacun de ces points et l'auteur finit
en promettant que la Vierge Marie, advocate singulière de
l'Ordre, le protégera « comme doulce mère fait ses enffens* ».
Le prologue qui suit contient la même substance que les
rubriques de la rédaction de 1384, c'est-à-dire « les particu-
lières choses et office de la sainte chevalerie^ ». L'auteur
1. F» 47 v.
2. Ko* 47 v» et .suiv.
3. F" 50.
4. F" 69 yo.
5. « Le prologue de la substance abregié de la sainte Chevalerie de
— \% —
ajoute de plus quelques détails sur les différents consistoires
de l'Ordre, sur les présidents d'honneur', etc., et promet de
donner des renseignements plus étendus dans la Règle, qu'on
écrira plus tard^
Le prologue du Livide du commencement est de beaucoup
plus important : il contient des données qui devaient se retrou-
ver dans le Livre du trésor. La chevalerie de la Passion sera
formée de 21 mille combattants, dont 6 à 7 mille chevaliers
et écuyers^ Chaque membre, frère, servant du chevalier,
paiera au moment de son admission une somme proportionnée
à sa fortune, pour son entretien et son armement. La somme
sera de 500 francs pour un chevalier avec trois chevaux, deux
valets et une chambrière, s'il s'engage à servir trois ans seu-
lement ; 600 francs pour les mômes pendant cinq ans. Il paiera
sept et huit cents francs s'il veut avoir en plus un écuyer
et un valet à pied. Les prix seront notablement plus élevés
pour les riches. Un frère avec 2 chevaux, un gros valet et un
valet à pied paiera 300 et 400 francs, d'après la durée de son
vœu, le sergent, avec sa femme, 200 francs ou cent francs
môme pour les pauvres. Les chevaliers riches seront invités
même à payer la part des autres. Des dispositions spéciales
permettaient à ces derniers de ne verser qu'un tiers de leur
cotisation au commencement, le reste devant être payé à la
fin de l'année*.
Le trésor ainsi formé ne devait pas servir à l'entretien des
combattants avant leur arrivée en Orient. « Pour ce est-il
« expédiant et nécessaire de mettre en la bourse du commun
la Passion de Jhesucrist « (f°^ 72-2 v°). Ce prologue n'a aucune ressem-
blance de style avec celui de 1384, sauf le développement des rubriques.
1. Il mentionne quelques officiers nouveaux, les inspecteurs de la
règle, les « .vin. notaires de la vie des francs chevaliers » (f" 82) et
« les piteus commissaires de la derraine voulenté » {ibid.). Il autorise
les riches à donner leurs biens à leurs enfants avant d'entrer dans
l'Ordre et à les retenir même, pourvu qu'ils mènent le même train de
vie que leurs camarades (f° 90). Ils peuvent recevoir même des héri-
tages (ibid.). L'ordre, fixé en Orient, deviendra la monarchie de la
Passion.
2. F» 90 v°.
3. F° 99 v". Cf. f" 95. « En laquelle Chevalerie aura .xxi.". com-
batans de la Chevalerie et plus » (f° 99); 31,000 même (f" 99 v).
4. (( La copie du prologue du livre du commencement de la sainte
Chevalerie de la Passion de nostre seigneur Jhesucrist » (f°>' 95 V-
103 v»).
- 497 —
« par la dicte chevalerie, comme font les escoliers à Paris et
« aillcurs\ ), Un chevalier riche avec trois chevaux paie
trente francs par mois, les autres vingt-cinq, les prix sont en
proportion pour le reste de l'armée, sauf les prêtres qui
paient ce qu'ils veulent l
L'expédition devait s'embarquer sur 30 galères, 50 tafo-
resses, 20 « lins », 50 huissiers et 15 grandes « poutres « sans
rames. La traversée devait durer quatre mois et coûter au
trésor la somme de 600,000 ducats ou florins de Florence.
Avec l'argent pour les armes et celui qu'on devait dépenser
pendant les premiers deux mois, la dépense s'élèverait à
1,200,000 ducats, sans compter le butin et les dons des rois.
Il fallait donc à la chevalerie au début de la guerre 1,050,000
ducats dans son trésor'^
Suit l'énumération des officiers et les noms des adhérents.
On trouve aussi un renseignement intéressant sur le gouver-
nement suprême de l'Ordre. Avant l'élection du prince, le
grand président de la langue la plus nombreuse commandera
les chevaliers. Le premier prince sera pris aussi dans son
sein : toutefois chaque nation plus tard aurait son tour\
On connaît le résultat de cette brillante expédition de Hon-
grie. Après avoir traversé l'Europe entière, la chevalerie
occidentale arriva sur les bords du Danube en automne : Widdin
fut pris facilement et ensuite Rachowa. Bajazet vint trouver
les chrétiens, alors devant Nicopolis.
La bataille fut livrée le 28 septembre. Les chevaliers fran-
çais demandèrent l'honneur d'attaquer les premiers et ne
voulurent pas céder, aiguillonnés par Vaine Gloire, malgré les
prudentes représentations du roi Sigismond, dont les soldats
étaient plus habitués à la manière de combattre les Turcs
Victorieux d'abord, ils parvinrent à mettre en fuite la cava-
lerie légère de l'ennemi : ils étaient fatigués déjà par la pour-
suite, quand ils rencontrèrent devant eux la masse solide et
compacte des 60,000 janissaires. La déroute fut complète :
1. F» 97.
2. Fos 97 v-S.
3. Fos 99-1 Ot.
le t- li^l ™m™eremo,:?r' '"'' ''^'"'''' '''' "'' "«»"- "-^
N. JoKOA. P/n/Ippe de Mézières. 30
- 498 —
Sirismond s-entuit à Constanlinople et revint par mer dans
"èf ÉUts, la Valachic fut envahie par le Satan, les cheva-
tes de •Occident, le comte de Novers, le comte d Eu
Henri de Bar, Boucicaut et beaucoup d'autres encore furen
envoyés à Hausse. Jacques de Heilly part.l vers la France
pour y faire connaître le désastre et les propositions du vam-
''"LT nouvelle de Nicopolis était arrivée à Paris dès le com-
mencement du mois de décembre: on la c-t «"sse et es
premiers ambassadeurs furent enfermés au Cfc.telet Cepen-
danTle roi lui-même, le duc de Bar, le duc d'Orléans, la dame
de Concy, envoyèrent des courriers en Hongne et a Yen.se
nour obtenir des informations'. On ne tarda pas a avoir une
c « empiète. Heilly arriva dans lanuit deNo«l et accou-
^n tout houséettout espouronné » porter la nouvelle à
^'untetice funèbre fut célébré pour les morts dans toutes
,., ég ses de la ville, le 9 janvier mV. Pu s on s occupa
de la rançon des prisonniers. Dino des Rapondi, Lombard de
Paris proposa d'employer la médiatiou des Génois des Ven,-
W et du roi de Chypre._ Les ambassadeurs français ne
T^'1H^rpnt Que vers le mois d'avril.
'^ s îa douleur fut grande à l'arrivée de ces désastreuses
no'vel es on ne tard! pas à se rendre compte des véritables
"nie d la défaite ef à y voir la part des chevahers eux-
m™mes si indisciplinés, si vaniteux et s. confiants dans la
"crotr; Eustache Descbamps parla avec indignation de leur
rsance. honteuses avant la victoire, ^f^^^
le récit coloré et vivant fut reproduit ensuite par Fioissart .
, T. vr -^99 t^ -^29 335-6; XVI, 1 et suiv. ;
1. Froissait, éd. Kervyn, X\, 322-5 32y^^o, ^^^^ .
Religieux de S. Denis, H, PP- .^^^^'^ V \.h xxvi PP 597-8 ; Klinyen-
Christine de Pisan. Livre ^f /.«^'f ' \'iJ;^„,^^j;' sïïgans, Gotha, 1861,
berger Chronih hgg_. ^«^Sipnnes contemporaines^ dans Muratori et
PP 152-5 ; les chroniques itahennes contemçorai gchiltberger,
Çïrtarotti ; Gobelinus ^^^f-^^^^'Z^à Le Rouix, 1.286^92.
^r Les' t, "rïoTîa ^écei?(De1:ville Le Roulx, o. c, p. 290).
3- ■^*'^- , .„v rrnlPrps du colfe de veiller sur les in-
'*'^' '^^ 'S?" e. d'eS^Ser la'^conqu.te de Con.tan.inople.
5..Froissart, XV, 332-37.
— 499 —
Les prédictions deMézières s'accomplissaient: il vit avec tris-
tesse, il est vrai, mais avec quelque plaisir aussi, la punition
que Dieu avait infligée aux sectateurs aventureux de Vaine
gloire.
C'est alors, entre l'arrivée des premières nouvelles et le
départ des ambassadeurs, que, pour recommander au duc de
Bourgogne la conduite qu'il fallait tenir, il écrivit son dernier
ouvrage YÉpistre lamentable et consolatoire' .
1. Le titre complet, dans Kervyn, Froissart, XVI, pp. 444-fin, qui en
a reproduit «la moitié environ» (communication due à M Clétu
conservateur de la Bibliothèque royale de Belgique; c'est le seul des
ouvrages de Mez.eres que nous n'ayons pu voir par nous-mêmes)
Ln exemplaire (copie de la l-'e moitié du xv« siècle, in-4o) à la Biblio-
heque de Bourgogne, n» 10486. « Belle écriture semi-cursive. avec
ettres capitulaires, les unes ornées et rehaussées d'or et de couleurs
les autres simplement rouges ou bleues, avec entrelacs à la plume'
cationflf hn.?Ml''''P"7' r"! \ '^^^^^ ^«"^^ " ("^é"^^ com^muni:
cation). La bibliotlieque de lord Ashburnham en possédait une autre
àT^^ Mi P. "^'' P''\'- ^''^^''^^ ^" ^«"l'^' «• '- ^^ble): elle ne se trouve
a la Bibliothèque m Laurentienne de Florence, nia la Bibliothèque
IVationale de Pans, qui se sont partagé cette riche collection ^
CHAPITRE XIV.
ÉP,STRK LAMENTABLE. - DERNIERS .OWS DE MÉZ.KRES.
SA. MORT.
„ commence par la parabole du Sa™aritam _ le ma^de
.„,.. rfp blessures et « du dernier quartiei de sa Me,
"• i mêm II a beaucoup souffert dans sou « voyage ».
Cette médicine est, on le fleMne, 1 01
ordre , m est 7/;^^!^ C^s^l^ TouXer!.: It
niers événements. Les quaire venu i nhôrlipnce et
+ n^rJp nknnline de chevalerie, Obédience ei
5rrT„r J:t;rL AUes de Luder. Or^e^
Justice, uuu „ T n flisHTiline que reconnaissent les
Le roi Charles VI, le restaurateur de la paix, B
1 Froissart, XVI, 445.
3- J.'t3'«'Srparadventure les catholiques eussent esté mieulx
régulé'que on dit qu'ils ne furent. »
— 5U1 —
cette injure sanglante et l'auteur s'adresse avec éloquence à
ce « fils du très-vaillant saint Louys », pour lui demander son
secours : « 0 noble et vaillant roy de France », dit-il, « .... à
qui ton loyal peuple deubt d'estre relevé de tous maulx et
longuement en doulce espérance, rafreschi et renouvelle en
Dieu la douleur de ton cuer de la piteuse tragédie de la ver-
goigne et de la perte cy-dessus répétée. Et te souviengne,
mon doulx seigneur, que par le commandement de Dieu, de
tes rebelles en Flandres et de pluseurs tes subgès, à très-
grans mauls pris et apparilliés, tu fis en ta jeunesse solen-
nelle justice. Et en la magnanimité de ta magnificence royale,
par la vertu de la croix, pense de vengier veullament la grant
vergoingne de la foy et de la crestienté et singulièrement du
roy de Honguerie qui est si prochains de ta noble lignie '. »
Pour atteindre ce but, une nouvelle génération est néces-
saire ; elle ne sera pas formée des « gens de pié » et de
« commune » surtout : ils sont rudes, peu nourris de vertu
et rebelles envers leurs seigneurs \ ni des princes, qui possè-
dent, il est vrai, la vaillance et le pouvoir, mais qui sont
dominés par l'orgueil et l'envie, le goût des dépenses et des
« grans estats ». La constance leur manque dans ce qu'ils
entreprennent et l'amour excessif pour leur royaume et leurs
parents les empêchent de partir '\ Ce sera ailleurs que le
nouvel Ordre recrutera ses adhérents, parmi les « gens d'on-
neurdumoïen estât de la crestienté », les chevaliers, écuyers,
bourgeois et marchands même '*. Ils ont toutes les qualités
des deux autres états sans avoir leurs défauts, de sorte qu'ils
pourront devenir facilement le nouveau peuple d'Israël avec
le roi Jésus à leur tête et Moïse, Josué et David comme lieu-
tenants.
1. Froissart XVI. p. 458.
2. « ('ar par nature la plus grande part est rude, fèblement nourie
en vertu et de gro.s engin ; et, que pis est, comme par nature ou par
malle nouriture, les aucuns sentent aucunement de rébellion à leurs
seigneurs naturels, pour ce qu'ils se sentent en servage » (pp. 467-8).
3. « l'ar Tabsenco aucunefois d'une noble dame, qui a nom Cxmis-
tance, ou par det'aulte de finance, ou pour amour moins honnourable et
charnelle de leurs femmes et enft'ans et de leurs propres royaumes »
(p. 470).
4. C est assavoir chevnliors, et escuiers, aucuns barons, nobles, bour-
gois, mcrchans et gens d'onneur du moïen estât de la chrétienté »
(p. 473).
— 502 —
Quelle sera la conduite des chrétiens après le désastre de
Nicopolis ? Ils doivent penser à deux choses, à la délivrance
des prisonniers d'abord, puis à la vengeance. Quant au pre-
mier point, Mézières fait observer le manque de bonne foi des
Turcs qu'il a connus dans sa jeunesse \ les grandes rançons
qu'ils exigeraient et le secours que leur donnerait cet argent
pour une nouvelle guerre. En tout cas, si on se décide à payer
une rançon, il ne faut pas emplojer des Français auprès du
Sultan, mais des Vénitiens et autres marchands de l'Italie, qui
sont habitués à traiter avec les Infidèles \ Ils peuvent obtenir
les meilleures conditions possibles et employer, pour le paie-
ment, des besants authentiques pris dans la bourse Libé-
ra liié.
a Se le traittié proposé n'aura bonne conclusion » cependant,
« il est de nécessité de venir à la voie de fait pour recou-
vrer messeigneurs », les prisonniers ^ C'est alors que com-
mence le rôle de cette nouvelle wédicine, destinée à mettre
fin à la puissance des Infidèles. Le roi de France, son « fils,
frère et cousin » d'Angleterre et le duc de Bourgogne devaient
prendre la croix et se diriger vers la Turquie, avec Tordre
do la Passion ''. La Chevalerie ne coûtera rien aux princes, elle
s'entretiendra elle-même et leur fournira à ses frais une garde
de 500 à 1000 chevaliers. Elle sera une par sa règle, son
nom et son habit ; cependant, pour des raisons stratégiques,
on la divisera en trois grands corps, qui se réuniront plus
tard pour terminer la conquête. Le premier et le plus grand,
ayant à sa tête le roi de France lui-même, à ce qu'il paraît,
s'embarquera à Venise et ira frapper le serpent à la tête, en
Romanie ; il sera formé des chevaliers de France, d'Angleterre,
d'Ecosse et d'Italie. La seconde expédition contiendra les
membres originaires des pays du Nord, l'Allemagne avec la
Hongrie, la Pologne et les royaumes Scandinaves : elle se
réunira, après avoir ramené à la foi les schismatiques, à la
première division, devant Constantinople. Les Espagnols for-
1. V. les données sur Morbassan, Caraman et Carmien (Kerman),
pp.
509 et suiv
2.
P.
480-1.
3.
P.
489.
4.
P.
490.
- 503 —
meront le troisième corps qui combattra contre les Infidèles
d'Espagne et d'Afrique et empêchera une attaque offensive
des Turcs contre les pays de l'Occident, laissés sans défense.
Sa mission terminée, ce détachement pourrait se rendre par le
nord de l'Afrique à Alexandrie et ensuite en Asie'. Les trois
corps réunis, pénétrant par le port do Tré})isonde, soumet-
traient facilement, après la défaite de Bajazet, l'Arménie, la
Syrie et la Palestine ^ Comme on le voit, ce sont les mêmes
idées que l'auteur exposait en 1389, dans le Songe du vieil
pèlerin'^.
Le livre finit par une vision. Désolé de ne pouvoir ré-
former l'état moral de la chrétienté '% l'auteur restait pensif
dans sa cellule, la tète entre les mains. Il lui parut alors
qu'il se trouvait dans la chapelle de l'infirmerie, où un homme
couvert de sang, portant une large blessure au côté gauche,
se présenta devant ses yeux. Il avait les pieds nus et la tète
découverte, un bourdon de pèlerin lui servait d'appui ; une
vieille robe turque couvrait son corps ; son sang coulait « à
grans ruisseaux » jusqu'à ses pieds; Mézières reconnut son
ami, Jean de Blézy, un des quatre évangélistes de l'ordre
de la Passion ''.
.V sa demande, Blézy lui raconta une parabole merveil-
leuse. Une dame richement vêtue s'était présentée dans le
camp des chrétiens, à la veille de la bataille; c'était dame
Discipline de chevalerie, « mère des victoires )>, un « brachet
couchant » la suivait. Obédience double ; elle portait dans
ses mains la verge d'or de la règle et l'épée de justice. Un
ouragan passa sur elle alors et la défigura : le lendemain les
1. Ces deux dernières divisions devaient être commandées par leurs
présidents respectifs.
2. P. 492-501.
3. P. 470-471.
4. « De ce que après sa grant plaie générale s'il ne se veoit aucun
conimeiiceinoiit de remède sout'tisant pour contrester aus ennemis de
la l'oy, ne de notable amendement des vies et des meurs des gouver-
neurs du peuple crestien, désirant d'estre bien mors en Dieu en sa
peine, et lamentable contemplation » (p. 514).
5. l'itait-ce le fils de GeollVoi de 15lé/,y, maître d'hôtel de la reine
entre 1347 (octobre, .\rch. nat., JJ 77, u" 328) et 1350 (août, ibid., 78,
n" 266). Le roi lui fit don (à cette dernière date) d'une mai.son à
Crépan, avec ses attenances (/i(V/.). Sur Jean de Blézy, voir Moranvillé,
dans la Bihl. Éc. Ch-, 1888, pp. 397, 398.
- 504 —
chrétiens étaient anéantis, à la grande douleur de leur protec-
trice, « madame Sainte-Foy' ».
Quant à lui, il avait été envoyé en Occident, pour demander
du secours, par le comte de Nevers et ses compagnons et
surtout par Louis de Giac% autre arai de Mézières, qui re-
gretta amèrement de n'avoir pas suivi ses conseils. Il finit
en recommandant la Chevalerie, qui pourrait guérir de leurs
blessures les chevaliers occidentaux.
Les prisonniers furent délivrés après neuf mois, mais la
croisade ne partit pas si tôt. Un impôt fut décrété, il est vrai,
en Languedoc, dès l'année 1397 « pour secourir et aider à
la chrestienté de Grèce et des autres parties orientales '* )>.
Théodore Cantacuzène, oncle de l'empereur de Constantinople,
se présenta lui-même en France, au mois de janvier 1398*,
dans le but de demander des secours pour l'empire menacé,
mais le roi se borna à le recommander aux Vénitiens, en lui
donnant, pour sa part, 12,00C florins '. Les ducs de Berri et
de Bourgogne et surtout Louis d'Orléans, étaient cependant
favorables à une nouvelle expédition ^ Si le duc fut empêché
par son frère de se mettre à la tête des croisés, si pareille
défense fut faite au comte de Hereford par son père, l'expédition
n'en partit pas moins, au mois de juin 1399, sous le com-
mandement d'un homme énergique et vaillant, d'un membre
de la chevalerie de Mézières, Boucicaut le jeune \
Nous ne nous arrêterons pas sur le récit de cette nouvelle
croisade, d'ailleurs insignifiante. Quelques années plus tard
(avril 1403), Boucicaut se dirigea vers l'Egypte, d'après les
1. P. 516-7.
2. « Espécialment de par ton loyal ami, Loys de Giach, qui main-
teffois t'a regretté » (p. 519). Un Pierre de Giac était, comme conseiller
du roi, le collègue de Mézières en 1392 (Arcli. nat., JJ, 153, n" 93 :
« Nobilium somtuorum (sic) et pregatorum obsequiorum, que nobis
jamdiu noscitur. . . prebuisse »). Les journaux du Tré.sor le nomment,
en avril 1392, « nuper cancellarius, capiens jura cancellarie » (Moran-
villé, art. cité, p. 389; cf. pp. 403, 407).
3. Ainsi que « pour poursuir la paix et union de l'Kglise » (Jarry,
216-7).
4. l'-''' janvier 1398 (ibid.). Le pape prêcha la croisade le 1"' avril
de cette même année (ibid.).
5. Commem., IX, n» 120 ; t. III, p. 260 (lettre du 28 juin). Cf. n" 126,
p. 262.
6. Jarry, l. c.
7. Rel. de S. Denis, II, 562; Livre des faits, 247 et suiv. Cf. Jarry, 227.
— 505 —
conseils que donnait Philippe dans sa Chevalerie, se distingua
par (le beaux faits d'arnios, surtout à Alexandrie, et finit sa
croisade comme toutes les expéditions antérieures avec beau-
coup de gloire et très peu de profit. Cette croisade était
destinée à être, pour les Occidentaux, la dernière.
Le reste de la vie de Mézières n'offre plus d'intérêt et les
détails manquent presque complètement. 11 menait une exis-
tence très modeste et très retirée, celle d'un véritable Célestin
moins rhal)it. S'il s'emploie auprès du roi, dont il est
le conseiller, pour introduire les Célestins à Amiens, il
n'entretient que des relations assez rares avec la Cour. Le
seul qui soit son ami, pendant cette dernière période de son
activité, est Louis d'Orléans, un prince, « de belles parleures,
aornë naturelement de rhétorique \ » qui devait plaire au
savant et pieux Mézières.
C'était, comme son père Charles V, un protecteur des écri-
vains : Froissart lui dédia le Dit du Florin ^ Christine de
Pisan écrivit pour lui quelques-uns de ses ouvrages. Des-
champs, auquel le duc répondait parfois par des épîtres en
vers ■', était son maître d'hôtel. Sa bibliothèque était assez
grande et on le voit souvent offrir des livres au roi et au duc
de Bcrri ''. I3ien ({u'il ainiAt beaucoup les « danseurs, flat-
teurs et gens de méchante vie »'', les grandes fêtes et les
grandes dépenses ", sa piété était célèbre. Il bâtit, après la
« danse des sauvages, » cette chapelle des Célestins ^ qu'il
orna do belles peintures et de vitraux, et la chapelle des
frères d'Ambert^ 11 constitua des rentes au couvent de Paris'
1. Christine de Pisan, Livre des f ails, 1. II, ch. xvi ; I, p. 372 de
l'éd. Petitot.
2. Froissart, éd. Kervyn,XVI, pp. 372-3 (sans que ces relations fussent
cependant bien étroites).
3. ChampoUionFigeac, o. c, pp. 129-30.
4. Ibid., p. 126 ; 136-7 ; Leclerc et Renan, I, 217-20.
5. Monstrelet, VI, 195 {Chronique anonyme).
6. Ibid. On l'accusa d'avoir employé à son profit le produit d'une
taille de 17.000,000 (ChampoUion-Figeac, 253).
7. Monstrelet, I, 160 ; Hel. de S. Denis, II, 73-'i.
8. « L'an mil (juatre cens et trois j'ay a.«!sis la première pierre en
l'église et chapelle que je faiz faii-e audit lieu » (Testament, .\rch.
nat., X'', 9807 ; lîibl. nat., fonds Moreau, n" 1162, publié par Beurrier,
p. 311).
9. Beurrier, 336. Il lui donna aussi des ornements d'église et deux
- 506 —
et voulut être nommé le second fondateur des maisons
d'Amiens et de Villeneuve \ On le voyait venir souvent aux
Célestins de Paris ^ où il avait sa cellule dans le dortoir
commun : il assistait aux matines et écoutait parfois cinq
à six messes par jour ^ Un récit, de beaucoup postérieur, il
est vrai, parle d'une vision prophétique qu'il aurait eue, quelque
peu avant sa mort, dans le couvent: il en fut offraj'é et en
parla au prieur, Guillaume de Feu, qui le confessa. Une
peinture, représentant la mort avec cette légende juvenes
et senes rapio, rappelait, dit-on, cet événement \
Ses relations avec Mézières, qu'il nomma parmi ses exécu-
teurs testamentaires, en 1403% étaient assez cordiales. Ils
s'entretenaient ensemble dans la chapelle bâtie par ce dernier
et se confiaient probablement leurs projets, si semblables".
Comme PhiUppe, Louis d'Orléans voulait la paix de la chré-
tienté entière, le rétablissement de l'unité dans l'Église pour
laquelle il travailla pendant longtemps, et le passage général
qu'il voulait conduire en 1399. Si le roi de France ne partageait
plus ses projets, si la raison chancelante du prince ne permet-
tait plus au vieux pèlerin d'espérer ce qu'il croyait possible
jadis, si le roi d'Angleterre, adonné aux plaisirs ' et peu enthou-
siaste pour la croisade, qu'il soutenait jadis, allait disparaître
bientôt de la scène, la parole de ce jeune prince pieux et vail-
lant pouvait le consoler de ses désillusions et de ses malheurs.
Cette amitié si étroite ne manqua pas d'éveiller des soupçons
bibles, dont une avait appartenu à Charles V (ibid., p. 337). V. Rel.
de S. iJenis, II, 74, et Lebeuf-Coclieris, III, 454.
1. « Desquels deux lieux je veux estre second fondateur » (tes-
tament, ap. Beurrier, 318). Pour d'autres donations aux iMaisons de
rOrdre, ibid., 310-18.
2. Chr. de Pisan, I, p. 370. Ayant son « petit hostel » le long de
la Seine, tout près (Sauvai, Anl. de Paris, II, 211); « le petit hostel de
monseigneur le duc, séant devant la fontaine de Saint-l'ol, en la grant rue
Saint-.\nthoine » (mention de 1394 environ, dans ChampoUion-Figeac,
82). Il possédait en outre son propre hôtel et celui de Bohême, donné
par le roi.
3. .Monstrelet, I, 229-30 : Islore et cran, de Flandre, éd. Kervyn,
VI, 420. Cf. Beurrier, p. 285 et préf.
4. Beurrier, 285.
5. Testament du 19 octobre 1403, /. c, pp. 332-5: « Messire Phi-
lippes de Maisieres », auprès de Saquet de Blaru.
6. Discours de Jean Petit, dans Monstrelet, I, p. 239, et les chroni-
queurs bourguignons. V. plus loin : « en un oratoire ».
7. Froissart, éd. Kervyn (1395).
- 507 —
parmi les noaibreiix ennemis du duc d'Orléans. Aussi quand
plus tard Louis tomba, tué par les assassins que soudoya
Jean sans Peur, le parti bourguignon eut-il soin de réunir
dans leurs injures le nom de Philippe à celui de son protec-
teur. C'était un faux moine, un scélérat aux gages de Milan :
il conspirait avec Jean-Galéas et son gendre la mort du roi.
Ses sortilèges étaient connus : il s'était entendu avec un
apostat très versé dans les sciences nécromanliques, avait
revêtu l'habit de son protecteur et s'était dirigé, portant l'épée
et l'anneau d'or du prince, vers le chùteau solitaire deMontgé,
« près de Laignj la Frumée' ». Ils y avaient passé la nuit,
invoquant le diable qui ne tarda pas à leur apparaître et à
prendre leurs ordres criminels. Le roi tomba malade aussitôt
et Louis d'Orléans rêva de mettre la couronne sur sa tète.
Puis, quand le duc de Bourgogne arriva au pouvoir, les
agissements infâmes recommencèrent, contre lui cette fois.
Un pendu fut décroché à Montfaucon et on le cribla de
coups d'épée, on voulut tuer le duc pendant qu'il y chassait
au vol. De plus cet homme extraordinaire, plusieurs fois
assassin, l'auteur de cette tentative de meurtre en 1393,
qui fut la danse des sauvages \ parvint à s'échapper de Ba-
paume où le duc l'avait enfermé, après jugement. Il dut son
salut à des (f encans » et recommença probablement ses
tentatives criminelles \
1. Mongaïs, dans Monstrelet, /. c. « Tour de Montgai » ap. Martin de
Cotignies, Geste des ducs de Boiirf/orjne, éd. Kervyn, pp. 271-2 :
«... Vont le loue Marne
Vers une tour quarré
Que l'on dist de Mongai,
Vers Laigni la Frumée. »
Il s'agit ici de la ville de Lagny et du château de Montgé (Seine-
et-Marne, arr. Meaux).
2. « Signear, ce fait orrible dont je fay mention,
Avint par le consail, ensement, dist-on,
Phelipes de Masières, le traytonr ftMon,
Tous jours en maçonnant la mort du roy Charlon. «
(La Geste des ducs de /iourgoi/ne, 276). Cf. Chr. Bourguignonne, dans
Froissart, éd. Kervyn. XV. pp. 8'i-92. L'accusation est d'autant plus ridi-
cule (jue la culpabilité du duc lui-même est loin d'être prouvée (« sine
causa », Rcl. de S. Denis, II, 72; « par druerie et sot esbatement »,
Chr. des quatre Valois. ;J28 ; J.-Juv. des Ursins, p. 390).
3. La Geste des ducs de Bourgogne. ;{25 :
« Mais il en escapa depuis par ses encans.
Dont li dus de Bourgongne on fu au cuer dolans. »
M. Kervyn de Lcttonliove croyait que c'était un fait historique : Phi-
— 508 —
L'accusation, formulée d'abord par Jean Petit et répétée
par des chroniqueurs du parti bourguignon, est trop enfantine
pour qu'on s'y arrête. L'abbé de Saint-Fiacre' protesta éner-
giquement pour cet homme « de grant proesse » et les calom-
nies de Petit ne durent pas trouver d'écho, même à cette
époque: la vie entière de Philippe est là pour protester contre
de pareilles suppositions.
Une lettre qu'il écrivit vers cette époque à deux Célestins
de Colombiers-, Raoul « de Saacto Georio », seigneur de la Bas-
tide, et Jean de Chauraont, originaire du Dauphiné^ nous
montre l'état de son âme pendant ces dernières années de
retraite. Il continue, dit-il, à être un figuier stérile, malgré
les avertissements de Dieu: bien qu'il ait quitté les cours, où
il passa trente ans de sa vie au milieu des armes et des volup-
tés, ces instruments de la vanité terrestre qui disparaissent
comme l'écume au souffle du vent, il n'a pas pris encore
l'habit des Célestins. Il ne peut pas se résoudre à le faire et
reste, après de longues années de séjour, un Célestin avorté,
gênant ses pères par ses habitudes profanes *. Il finit en les
lippe aurait pu y trouver même « la mort », — s'il ne l'avait pas fait
déjà depuis longtemps. D'après la Geste, Mézières aurait pleuré, bien
que mort, l'assassinat de son auii (p. 307). V. pour toutes ces accu-
sations, qui se fondent sur le discours de Jean Petit, Monstrelet, I,
229-:i0 : Rel. de S. Denis, III, 760; le Livre des trahisons. 3-4, 30-1 ;
La Geste, 271-2, 282, 321, 325.
1. Monstrelet. I. 325 (le Livre des trahisons, p. 34) l'appelle Jehan Ca-
nart): «Tantqu'àl'istoiredel'ommede grant proesse, messire Phelippe
de iMaizières, lequel a honteusement diffamé ledit proposant... » (contrai-
rement à l'interprétation de Le Laboureur, le duc seul fut accusé
d'intempérance et de débauche).
2. En Vivarais, couvent bâti par Pierre de Colombiers, cardinal
d'Ostie, qui appela par son testament treize Célestins de Gentilly dans
son château, devenu leur couvent (5 juillet 1361). — Becquet, 21 ; cf.
Arch. nat., JJ 97, n" 659. Chassés d'abord par .\imar de Roussillon,
ils furent rétablis par le pape et le roi de France, le l*^"" mars 1363.
Charles V, Charles M et le duc d'Orléans les protégèrent (ibid.).
3. Jean de Chaumont reçut une donation de la part du dauphin
Humbert vers 1350 (.Arch. nat., JJ, 87, n» 65), Bernard de Chaumont
(JJ 81, n» 456), Perrinet (JJ 159), Vatellin (JJ 148. n" 161) étaient
peut-être ses parents. On n'identifie pas sûrement le nom de Raoul
« de Sancto Georio «(f" 145 v» des lettres). Peut-être est-ce Saint-Geours
(d'Auribat ou de Marenne): Lebeuf lisait 5. Géric (Gérit).
4. « Cerimonias ipsorum sanctas impediendo ac nirnis laice inter
eos conversando. » L'n ms.. contenant des lettres de .Mézières, a été
brûlé à Strasbourg, en 1870 (v. Hœnel, Catal. de la Bibl. de Stras-
bourg, p. 455; Arch. de l'Or. lat.. I, 719).
- 509 -
louant sur leur vie calme dans la retraite : ils ont bien fait
de prendre leurs femmes avec eux.
Déjà dès l'année 1392*, il avait écrit en français son tes-
tament, ou, pour employer ses propres termes « la préparation
en Dieu de la mort d'un pauvre viol pèlerin, selon son désir
et pauvre dévotion^ ». Il voulait être mené dans sa chapelle.
Si la mort n'était pas subite, on lui mettrait autour du cou
une lourde chaîne de fer, qu'il n'ôterait qu'au moment de
recevoir le Saint-Sacrement''. Puis, aussitôt qu'il aurait rendu
l'âme, on devait le traîner tout nu parles pieds jusque dans le
chœur, où il resterait les bras en croix, lié à une claie par trois
cordes. Il attendrait ainsi, « ce biau trésor as vers* », jusqu'à
ce qu'on vînt pour le porter à la fosse. Cette claie de
bois remplacerait suffisamment « l'uisel esleue et paré de
ses armes vaines et mondoines.... que on eust par aventure
représenté a l'entierement du maleureus pèlerin, se Dieu l'eust
tant hay qu'il fust mors es cours des princes de ce monde ». "
L'enterrement devait être très simple : la claie, couverte
de « II aunes de cavenach ou toile noire cru et d'une petite
flossaie ^ » sera traînée de la même manière jusqu'à la fosse,
où la « charogne du pauvre pèlerin ' » sera précipitée toute
nue. Une petite tombe sera élevée à sa mémoire \ Personne
1. « Escript. . . en la selle des Celestins de Paris. . . environ l'an de
grâce .MCCCIIII" et XII » (ms. 408 de l'Arsenal, f» 247 v). Le testa-
ment y occupe les f"« 238-47 ; (lueiqucs lignes manquent au commen-
cement : ce livre et les deux traités mystiques qui le précédèrent
(v. pp. 459-60) devaient former, d'a})rès l'intention de l'auteur même,
un seul volume (f" 241 v" : « en cestui présent volume de sa main »).
Une copie plus complète, mais sans la liste des chapitres, occupe
les f"« 122-36 du n° 15077 franc de la Bibliothèque Nationale de Paris.
2. Ms. de la Xalionale, f" 122.
3. On lui présenterait une palme, qu'il portait dans les processions,
et un certain cierge blanc, qui se trouvait dans son oratoire (f» 246 v°
du ms. de l'Arsenal).
4. F" 244.
5. F" 245 v».
6. F" 243 v«.
7. F» 232.
8. « Il souffist assés au viel pèlerin que la memore de sa povreté en
l'église de Dieu militant, c'est assavoir soit représentée par la tombe
de sa sépulture ou chapitre ou matriloge du couvent et es saintes et
dévotes prières de la benoiste religion des Celestins, amis de la divine
bonté » (f" 247 v°).
— 510 -
ne devait être averti de sa mort quo»« Martin, son bon ami en
Dieu » et ses exécuteurs testamentaires \
Philippe est mentionné encore parmi ceux qui firent des
donations à la nouvelle église d'Amiens' Une lettre lui fut
adressée ensuite par le Sénat vénitien en 1403 '*. Son dernier
testament date du mois d'avril de l'année 1405\ Pour témoigner
de sa reconnaissance envers les Célestins, qui lui avaient
procuré de « grans plaisirs » pendant son long séjour dans
leur couvent, Philippe, qui leur avait déjà cédé en 1 393 (9 mai)
les 80 arpents de bois achetés dans ce but à Chartrettes,
ainsi que l'hôtel et des dépendances de Mimorant, qu'il avait
acquis de Christine de Pisan en 1392 (14 novembre)', leur
1. Ibid. « Et à certaines persones dévotes et amies en Dieu du dit
poure pèlerin, et ce secrètement » (ibid.'). Ce Martin parait être Martin
Justin, qui se trouvait au couvent en 1387 (Arch. nat., S 3758 b, n" 74).
2. V. p. 453.
3. Le 30 octobre 1403 (Arch. de Venise, Senato Misti, XLVI, f» 41,
ap. Delavilie Le Roulx, o. c, IL 124-6). Le sénat avait écrit au roi
Charles pour justifier la conduite de la flotte vénitienne à Modon.
On lit à la fin de la lettre cette notice : « Scriptum fuit etiam die su-
pradicto novembris per similes literas domino Phylipo de Masseriis,
consiliario régis, mutatis mutandis » (ibid., pp. 125-6). Les lettres
furent envoyées au notaire Pierre des Gualfredini. « qui nudius tertius
recessit de Parrisio pro eundo ad dominum ducem Burgundie » (lettre
du 20 oct. 1403, ibid., pp. 127-8). Des lettres semblables devaient être
adressées, s'il était nécessaire, à d'autres personnages influents de la
cour du roi de France (p. 128).
4. Déclaration des héritiers, Archives nationales, S 3758 a (sans
numéro). V. la même pièce, dans un vidimus du 7 déc. 1405, ibid.,
S 3758 B, n" 14. C'est un second testament (v. ibid.), le premier, qui
ne nous a pas été conservé (v. p. 460), étant annulé à cette occasion.
5. Sur Chartrettes, Arch. nat., S 3822, f" 170; ibid., S 3780, n" 3.
La propriété, que le chevalier Guichard de Chartrettes avait engagée
à Jean d'Arcis et ce dernier à maître Jean Sauvaget, fut vendue, à la
requête des Célestins, dont Sauvaget était le débiteur, pour dix francs
d'or, le 30 janvier 1393. « Et depuis les criées faictes et parfaictes, mes-
sire Philippe de Maisières les mist à l'enchère à la somme de cent cin-
quante livres tournois, et luy furent adjugez à la dicte somme » (f" 3
du reg. S 3822). Chartrettes est dans Seine-et-Marne, arr. Melun.
— Sur Mimorant, voir même registre, f° 1, S 3780, n" 1. Le quint
denier, s'élevant à 37 1. t., 10 s. de cette vente fut abandonné par un
privilège du roi, renouvelant celui de 1379 (v. p. 442, note 2), le 5
juillet 1393 (S 3780, n° 4 ; mandement du roi, 22 avril 1412, ibid.,
n" 8). Les revenus devaient servir aussi « pour la fondacion de la chap-
pelle qu'il avoit ediffiée » (S 3822). Mimorant est situé près de Perthes
(Seine-et-Marne, arr. Melun). Le petit Mimorant fut donné plus tard
aux Célestins par Guy de Vitry, novice au couvent de Paris (S 3780,
sans numéro). — Mézières eut en outre des affaires assez compliquées,
en 1384-7, avec le chevalier Philippe de Trie, son débiteur et celui des
Célestins : le résultat fut qu'il céda au couvent, le 18 février 1387, ses
— P) 1 1 —
lègue toute sa fortune s'élevant à 800 livres tournois'. Les
Religieux avaient cependant charge de payer à ses neveux et
héritiers « naturels », Jean de Mézières, chanoine à Noyon, et
l'écuyer Jean de Pont-l'Evêque, ia somme de trois cents livres
tournois que ces derniers partageraient avec plusieurs person-
nes et congrégations ^
Il mourut le 29 mai" 1405 et ne vit pas les malheurs qui
s'ahattirent sur son pays et rendirent ses projets pieux irréali-
sables pour toujours.
On l'enterra en habit de Célestin dans sa chapelle*, sous
une tombe de pierre, portant deux épitaphes, l'une en fran-
çais et l'autre en latin. La première faisait l'histoire de sa
vie aventureuse et contenait des vœux pour le salut de ses
deux derniers maîtres, Grégoire XI et Charles V\ L'autre,
droits sur Attainville, en écliange pour 64 1. p. de rente (Arch. nat.,
S 3757 A, ;5.S13, 3758 1$).
1. Déclaration des héritiers. II. ce.
2. On y trouve des legs pour leglise de Saint- Pol et celle de Mézières,
pour rilotel-Dieu de Paris et les Ordres .Mendiants de la même ville,
pour les Carmes « pour ce qui célèbrent la Presentacion Nostre
Uaine », pour l'œuvre de Notre-Dame à Paris, la confrérie de cette
même église, du Sépulcre, du Saint-Esprit, de la « Conception Nostre
Dame à Saint- Pol », de la « Magdelaine à Saint Eustace » et des
Quinze-Vingts. De petites sommes étaient assignées à un grand
nombre de personnes, parmi lesquelles: Guillaume Jacques, son « ser-
viteur et famillior », un de ses exécuteurs testamentaires aussi. Phi-
lippot, « son tilleul », Simonnet, « son frère », Kaoulet le Barbier,
« qui lui faisoit sa barbe » et ses vaiiels, Perrin le Chaussetier,
Satalieu, Jehanfiin Bailleul et Huillemment (1). Les exécuteurs testa-
mentaires se présentèrent devant Guillaume, seigneur de Tignonville
et les deux héritiers déclarèrent accepter le reste, le » juin 1405 (/. c).
3. D'après son épitaphe même; un ms. du «Testament», contenant
la copie moderne dune notice conservée aux Célestins, donne cepen-
dant la date du 24 (8 cal. juin).
4. Qui fut reconstruite au commencement du xvn^ siècle.
0. « Cygist Monseigneur Philippesde .Maisièresen sangters, chevalier,
chancelier de Chypre, conseillier et banneret de Thostel du roy de
France, Charles, le quint de ce nom, qui trespassa de la gloire de
riiostel royal à l'humilité des Célestins l'an de grâce 1380, et rendit son
esprit à Dieu le vingt-neutiesme jour de may, l'an de grâce mil quatre
cents cinq. »
Puis, au milieu de la tombe :
« Ledit chevalier fut faict chancelier de Chypre, au temps de très
vaillant roy Pierre de Lusignan. quint roy latin de Hierusalem, après
Godefroy de lîuillon, roy de Cypre : lequel par sa grande prouesse et
haute entreprinse print par bataille et à ses frais, les citez d'Alexandrie
en Egypte, Tripoly en Surie, Layas en Arménie, Sathalie en Turquie,
et plusieurs autres citez et chasteaux sur les ennemis de la foy de
Jésus Cri.st. Et, après la piteuse mort du très excellent roy, ledit* son
— 51? -
en vers, était composée probablement par lui-même et ne
laisse pas d'être touchante dans son style affecté et quelque
peu barbare :
Qui bella secutus, plagas mundi perlustrando,
El, vanis allectus, allas œdes freqnentando,
Mollibus indiitvs, dcliciis inhaerendo,
Nunc, pulvis e/fecliis, sub tumba tubam expecto '.
L'église de Saint-Denis possède aujourd'hui la belle
plaque de cuivre doré qui était fixée probablement dans le mur
de la chapelle au-dessus du tombeau. Elle est composée de
trois registres : le premier représente l'auteur lui-même, à
genoux, implorant la Vierge, avec son patron S. Philippe à ses
côtés ; Jésus sur la croix, avec les soldats et Marie qui pleure,
occupe le second ; le troisième contient cette prière seule,
en latin : « 0 bien-heureux pères élus, Célestins, prêtres divins
du Dieu très haut, souvenez-vous, je vous implore, de votre
dévot Philippe, nommé jadis chancelier de Chypre^ ».
Philippe de Mézières est sans doute une des plus belles
figures de ce xiv° siècle, où elles ne sont pas très fréquentes.
Homme d'action, il ne se confond pas avec ces brillants aven-
turiers, qui dépensent en actions d'éclat inutiles leur courage
et leurs talents. Sa longue vie de soixante-dix-huit ans offre le
développement d'une pensée unique, à laquelle toutes ses
actions se subordonnent. Dès son premier départ de Mézières,
son but était fixé pour toujours : il voulait recommencer les
croisades et restaurer le royaume de Jérusalem.
Ce but ne pouvait être atteint cependant par les moyens
qu'on avait employés jusqu'alors. Ce fut sa conviction inébran-
chancelier fut appelle au service du pape Grégoire XI. et finalement au
service de son droict seigneur naturel, lettré, sage, débonnaire, catholi-
que, et bien fortuné roy de France, Charles le Quint de son nom ; des-
quels pape et roy les bonnes mémoires soient présentées devant Uieu »
(Meurisse, o. c, 21-3 ; Le Laboureur, 215 et suiv. V. p. 13, n. 1. Cf.
Firmianus, De viris illus tribus, Bibl. nat. de Paris, lat. 18830, f" 30 v»).
1. Jbid.
2. « 0 beat! patres Celestini, divini sacerdotes Dei altissimi, memen-
tote, obsecro, mei, zelatoris vestri, Philippi, quondam cancellarii Cipri
nominati. » Reproduction en couleurs dans la Stalislique monumentale
de Paris, Célestins. Cf. texte, p. 182 : « Il se nommait Philippe Adam»
{sic! pour qdam). Cf. sur la planche même.
— 513 —
lable que le courage des chrétiens devait avant tout être
discipliné' et les équipées chevaleresques, si peu solides,
remplacées par la guerre sérieuse et prudente que devait
faire aux Infidèles un nouvel Ordre religieux, l'Ordre de la
Passion. Cet ordre, qui était un excellent instrument de
combat, pouvait seul rendre l'Asie aux chrétiens, et la co)i-
ception do Mézières n'avait rien de chimérique.
En attendant le concours des chrétiens, il se trompait.
Malgré ses appels désespérés, la chevalerie du Christ ne
devint jamais une réalité, et ses dernières années de
lutte, pendant lcs(iuelles les désillusions succèdent aux espé-
rances les plus brillantes, ont un intérêt tragique pour l'obser-
vateur. La défaite de Nicopolis, l'insuccès de l'expédition de
Boucicaut lui prouvèrent l'inutilité de ses efforts et, pendant
les dernières années de sa vie, il paraît avoir abandonné
même tout espoir.
Mézières, le vieil pèlerin, ne fut un écrivain que par hasard :
ses livres, comme ses voyages, furent des œuvres de propa-
gande. Leur intérêt n'en est pas moindre cependant, et ce noble
et grand esprit est un des premiers écrivains de son temps
par la largeur de ses idées et la douceur naïve de son style.
1. Personne ne désapprouvait plus que lui la cruauté des chevaliers
envers leurs prisonniers sarrasins : « C'est assavoir, «écrit-il dans sa
Chevalerie (f" 65), « que les prisonniers sarrasins prins en bataille ou
aleurs {^ic) humainement elle tractra, trop autrement qu'il n'est acous-
tumé, et aucunefoiz les affranchira et renvoira sur aucune espérance
d'aucun prouflit de l'ost ou d'atraire les à la foy, toute rigoreur (sic)
delaissié, sauve à l'eure de la bataille. »
FIN.
N. JoRGA.. Philippe de Mézières. 33
TABLE ÏIISTORIQUE ET GÉOGIUPIIIQUE
Abbevillc, 177, 479.
Aboiikir, 276 n. 1.
Abzac (Gantonet d), 279 et n. 3.
Acciaiuoli (INicolas, sénéchal de Sicile),
142.
Achaïc, 110, 120, 273, 344.
Achaïe (Amédéc do Savoie, prince d).
208 n. 5.
Achaïe (Robert d'Anjou, prince d).
— V. Constanlinople (Robert, em-
pereur latin de).
Acre (S. Jean d ), 2, 33, 34, 35, 101
n. 7; 111, 128 n. 4.
Actiuni (bataille d), 486.
Adana, 110.
Adorno (Antoniotto, doge de Gênes),
452 n. 2.
Adorno (Gabriel, doge de Gènes),
151 n. 4; 171, 173, 243, 252, 258
eln. 5, 259 et n. 1, 2 ; 261 n. 1;
262 ctn. 2, 263 etn. 4, 6, 8 ; 264,
269 et n. 4, 271 n. 13; 280 n. 6;
305 et n. 1, 328, 371, 372, 373
n. 7, 390 n.2, 400.
Adorno (Jannot, frère du précédent),
259 et n. 1.
Adraniytti (ville et golfe d), 51 n. 5;
52 n. 3 ; 53 n. 2.
Adriatique (Mer), 199.
Africpie, 5, 468, 471 n. 3 ; 486, 503.
Africpie (ville d). — V. Mahédia.
Agarènes. — V. Sarrasins.
Agen, 132 et n. 4, 133.
Agnello (Jean dell' , doge de Pise),
377 etn. 3, 7 ; 378.
Agrani (Etienne, évêque élu d), 136,
137 et n. 6.
Agris (messire d), 184.
Aïano (Gastel d), 222.
Aïdin (principauté d), 42, 54. — V.
aussi Altologo.
x\igremont (Arnault d), 491.
Aigucs-Mortes, 334 n. 9.
Ailly (Hugues d'), 447, 448 et n. 2.
Ailly (Pierre d'), 439 et n. 6, 440 et
n. 3, 447, 4'i8, 462, 488, 492.
Aïrasca (Fcrlino d), 281 et n. 3, 293.
Akaki, 388 n. 2.
Alaïa. — V. Candelore.
yVlant (Etienne), 460 n. 5.
Albano (évèques d). • — • V. Grimoard
(Ange) et Périgord (Tallcyrand de).
.\.lbarno (Isnard d ), 57.
Albcnga (Église et château d), 157,
258 n. 7.
Albi, 133.
Albornoz (Alvaro-Garcia), 207 n. 4.
Albornoz (Garcia- Alvaro), 207 et n. 4.
Albornoz (cardinal Gilles, légal), 155
n. 2, 4; 158 n. 4; 207 et n. 4, 6;
208 et n. 1, 209 et n. 4, 5; 210
et n. 4, 5; 211 et n. 2, 212, 213
516 -
cln. 4, 214, 215, 216, 218 et n. 1,
219 et n. 1, 2; 220 n. 1,6, 9; 221,
222 n. 1;224, 227, 268, 269 et n.
2. 6; 271 .
Albornoz (Gomez, gouverneur de Bo-
logne), 207 n. 4; 215 et n. 4, 217
n. 5; 218 et n. 1, 221, 222, 225.
Albornoz (Pierre, archevêque de Sc-
ville, puis cardinal), 412, 413.
Albrct (Arnaud-Ainanicu, sire d),
187.
Alcudia, 94.
Alençon (.Ican d' , archevêque de
Rouen), 177 n. 3.
Alençon (Robert, comte d ), 187.
Alcp, 35 et n. 7, 462.
Ale\andre-lc-Grand, 24, 26 n. 3.
Alcxandrettc, 60.
Alexandrie, 2, 4. 6, 14 et n. 2, 34,
35, 44, 99, 100 n. 1,3; 121, 124
n. 1; 131, 170 et n. 5, 215, 244-
246, 254, 265 n. 1; 267, 273, 277-
280, 283 n. 3; 284 et n. 3, 4, 5 ;
286-297, 299-311, 315, 323, 325
n. 3, 327, 329 n. 8; 332, 338-342,
345. 353-356, 360, 361, 363-365,
368, 370-373, 383-385, 387, 392,
397-399, 402 et n. 4, 454, 473, 503,
505, 511 n. 5.
Alexandrie (patriarches d ). — V.
Ilumbert H (de Dauphiné) et Tho-
mas (Pierre).
Alfonso (.Jean d' , messager du roi de
Chvprc), 322.
Alfort, 429.
Algésiras, 68.
Allemagne, 25, 41, 46,84, 173 et n.
4, 6; 174, 176, 187 n. 4; 190 et n.
2, 196 n. 3 ; 204 n. 8; 240 n. 5;
244, 245, 247, 248, 255 n. 6; 257,
266 n. 2; 267 et n. 9, 270 n. 6,
280, 386 n. 5 ; 436, 490, 502.
Allemand (.lean), 50.
Allemand (Jeanne 1' , dame chypriote),
385, 386 n. 1.
Allemand (Pierre 1' , évêquc de Patti),
3'i5 n. 1.
Allemands, 2, 11 et n. 7, 31, 96, 97
n. 4; 173, 178, 195, 204 n. 8; 209,
217 n. 3; 231, 240, 266 n. 2; 334,
470, 471, 489.
Alphonse X (roi de CastlUe), 207.
Alphonse XI (roi de Castille), 29, 66
n. 2; 68, 69, 92, 207.
Altologo (ville, princi[)auté et émir
d), 52 et n. 3, 54. 60, 61, 141 et
n. 3, 281, 331 et n. 2, 371, 488
n. 3.
Amalfi (Antoine, évêquc d). — V.
Mclfi (évoque de).
Amaury de Lusignan, roi de Chypre,
389 n. 4 ; 406.
Ambcrt, 505 et n. 8.
Ambroise (Saint), 25 n. 2.
Amédce YI (comte de Savoie), 7 n. 1 ;
83, 120 n. 7; 164 et n. 4, 203 n.
3; 204 n. 8; 205 n. 5; 209, 213
n. 2; 220, 221 et n. 1, 2; 234, 235
et n. 4, 237 et n. 5, 238 n. 9, 10-;
239-241, 243 et n. 2, 263 n. 4;
267 et n. 9, 268 n. 6; 299, 328,
329 n. 2; 332-337,346 n. 2; 353,
416, 449 et n. 4, 5; 450, 451 et n.
5.
Amédée VII (comte de Savoie), 466
n. 1.
Amédée VIII (comte de Savoie), 463
n. 7.
Amiénois, 10 n. 3; 11 et n. 5, 6; 12
n. 2; 13 n. 1 ; 29 n. 5; 31 et n.
2, 92 n. 1.
Amiens (ville, cathédrale et diocèse),
11-13, 22, 23 et n. 3, 27-29, 63
n. 1; 68, 71, 92, 182 et n. 4, 6 ;
184 n. 1; 342 et n. 1, 453, 462,
505, 506 et n. 1, 510.
Amiens (évoques d). — V. Cherche-
mont (Jean de) et Roland (Jean).
Amposta, 202 n. 2.
Amurat (Sultan), 5, 272 et n. 1, 466
et n. 2, 3; 488.
Anamour, 125 n. 6; 275 et n. 2.
Ancône (ville et Marche d), 34, 206,
222, 288 n. 1.
517
Ancùnltalns, W.
Andclot (l\cgnaiit d'), 337.
Aiidrô H (roi de Hongrie), 1.
Andrc (de Hongrie, roi non couronné
do INaplcs), 65, 66 et n. 2, 5; 67
etn. 1, 2, 3; 69, 186 n. 1; 394 n.
5; 500.
Andrczel (Jean d), 421 et n. 7, 422.
Andrinople, 148.
Androuin de la Roche, cardinal de
Gluny, 216 et n. 7, 219-221,
223-227, 229 et n. 2, 234, 2'i3,
244, 247, 269 et n. 3, 6; 271 cl n.
10, 13; 379, 382.
Andiijar, 462.
Angclos (Jean), 280.
Angers, 436.
Anglais, 22, 26 n. 5; 29, n. 1 ; 30 n.
3; 89, 96 et n. 4, 124 n. 1 ; 140,
165 n. 6; 166 n. 7; 179, 185,
240, 254 et n. 2, 265, 269 et n. 2,
270, 278 n. 7; 279 et n. 9, 301 et
n. 8, 334, 356, 364 n. 10; 366,
373, 386 n. 5 ; 464, 465, 469 et
n. 3, 470 n. 4; 477, 480, 483,
489, 490 n. 2; 491.
Anglais (Guillaume 1' , condottiere),
334.
Angles (Guichard d), 184.
Angleterre, 16 et n. 4, 25, 38, 40,
41, 44, 46, 51, 56, 96, 124 n. 1 ;
165 n. 5; 174 n. 1; 176, 178, 180
et n. 3, 181 et n. 2, 6; 182 et n.
1,2, 5; 184-186, 221, 226 n. 3;
240 n. 5; 279 n. 8; 300, 301 n.
8; 347 n. 3: 392, 448. 463-465,
475 n. 2,3; 480, 482 n. 1,5; 483,
485, 487, 490, 494, 502.
Angleterre (comtc-marcchal d), 491.
Anglurc (sire d), 198 n. 4; 283, 363
n. 6.
Angoulènic, 184.
Angoulème (Hôtel d), 422 n. 2.
Anjou (vicomte d'), 278 n. 3.
Anjou (Blanche d Anjou-Sicile) , 107
n. 2.
Anjou (Louis d), 182 n. 6; 183 ctn.
5, 187, 267, 418. 424 cl n. 6, 425,
454 n. 1; 462, 463, 465, 478.
Anjou (Marie d). — V, Arménie
(Marie, reine d).
Anjou (Robert d ). — V. Robert (roi
de Aaplcs).
Annonciadc (Ordre de 1 ), 83, 331 n. 8 ;
335.
Anouk (Almanssour), 361.
Anthon, 334.
Anliaumc (Léon), 276, 360, 364.
Anlioche, 308.
Antioche (bataille d), 26 n. 1.
Antioche (Pierre d ), 370.
Antioche (prince d'). — V. Lusignan
(Jean de).
Anliochetle, 125 n. 6 ; 368 et n. 4.
Anlivari, 171 n. 2.
Antoine. — V. Denis (chevalier chy-
priote).
Antoine (Bastille Saint), 478.
Antoine (Saint), 186.
Anvers (ville et archidiaconé d), 14n.
4; 214 n. 3; 343.
Apt (diocèse d ), 204 n. 8.
Apulic, 134. — V. Pouille.
Aquila, 54.
Acjuila (Pierre d), 168 n. 5.
Aquiléc (ville et patriarcat d ), 15 i,
171 et n. 2; 199, 246, 247.
Aquilée (Nicolas de Luxembourg, pa-
triarche d'), 100, 137 n. 7.
Aquilée (Louis Torriani, patriarche d).
— V. Torriani (Louis).
Aquilée (Marquard Randeck, patriar-
che d'), 338 n. 3; 373.
Aquitaine, 168, 184, 186.
Ara (Thomas, messager du roi de
Ghyprc). 305.
Arabes, 287, 288, 296, 356 n. 6 ; 357
n. 2; 361, 36i, 384,386, 390 n. 3,
5; 395 n. 5; 459 n. 4.
Arabie, 1 1 et n. 7.
Aradippo, 405 n. 1.
Aragon, 93 n. 4; 144 n. 2; 288 n. 1 ;
307, 315, 346, 366 n. 1.
Aragon (Éléonore d' , reine de Chy-
— 518 —
pre), 107etn. 2, 14'tn.5; 198 n. 4;
385 n. 2, 386, 387, 392,394 n. 5;
400, 401 cl n. 2, 405, 406 et n. 1,
407, 409, 410 et n. 1, 3; 421 n. 1.
Aragon (infant Ferdinand d', frère
de Pierre le Cérémonieux), 93
n. 4.
Aragon (Pierre d', comte de Riba-
gorça), 107 n. 2; 406 et n. 3, 408,
410.
Aragon (rois d). — V. Jacques !<'■■,
Jacques II et Pierre IV le (jérémo-
nieux.
Aragonais, 95, 307 n. 5; 354 n. 6.
Arcadie, 280 n. 6.
Arcadic (Érard III, seigneur d), 110.
— V. aussi Lascaris (Erard, co-
seigneur d'Arcadie).
Arcadie (Catherine, héritière d), 385
n. 2.
Archlac (Foulques d'), 162 et n. 5.
Archipel, 51 et n. 1.
Archiprctrc (1'). — V. Cervolc (Ar-
nauld de).
Arcis (Jean d), 510 n. 5.
Arcis (Nicolas d' , évoque d'Auxerre),
422, 423.
Arezzo, 340 n. 4; 408 n. 3.
Aristote, 24 et n. 2.
Arles (ville et État d"), 267.
Armagnac (comté d'), 470 n. 4.
Armagnac (Jean I^r, comte d'), 157.
Arménie, 213 et n. 1, 33, 34, 35, 40,
55 n. 1 ; 60, 71, 110, 111, 113,
114, 257 n. 3; 318, 368, 369, 380
et n. 1, 5; 381, 411, 462, 463 et
n. 5, 466 et n. 2, 511 n. 5.
Arménie (Marie d'Anjou -Tarente,
reine d), 380 n. 5.
Arménie (rois d ). — V. Héthoum II,
Guy (de Lusignan), Constantin IV,
Constant (Constantin V), Lusignan
(Boliéiuond de), Léon V (VI).
Arméniens, 3, 60, 108 et n. 4, 110 n.
2; 112, 138, 159 n. 2; 182 n. 1;
318, 351. 357, 380 et n. 1, 5; 459
n. 4; 462.
Arras, 341 n. 1.
Arras (évoque d). — V. Dainville
(Gérard de).
Arsène (Saint), 25 n. 3; 476 et n. 3.
Arsur (seigneur d). — V. Ibelin (Phi-
lippe d).
Artlicz (vicomte d), 491.
Arthur (roi), 25, 487.
Artois, 182 n. 5; 490 n. 1.
Artois (Jean d' , comte d'Eu), 160 n.
11; 165 et n. 4.
Artois (Philippe d', comte d'Eu), 488
n. 5; 491, 498.
Artus (roi). — V. Arthur.
Artus, Artù (Bertrand, comte de Fra-
lieti), 67.
Arue (Mermet d), 95.
Arundel (comte d), 465.
Arwa, 361.
Ashby-de-la-Zouch, 269 n .6.
Ashmole (Élie), 350 n. 5.
Asie, 2, 5, 83, 86, 98, 110, 122, 123
n. 3; 126, 142, 205,274,275, 277,
318, 330, 410, 468, 493, 503, 513.
Asie-Mineure, 4, 33, 44, 52 n. 3; 53
n. 2; 114, 115, 122,285, 317,364,
375.
Assandimour (Al-Nasirî, émir), 361,
363 etn. 3, 364 n. 1.
Assanti (Ligorio, co-seigncur de Ni-
syros), 79.
Assise, 414 n. 2.
Astribort (Nicolas d', messager de
Humbert II, Dauphin), 47.
Athènes (archevêché d), 140 n. 4;
171 n. 2; 242 n. 6.
Athènes (Gautier II, duc d'), 41.
Attainville, 510 n. 5.
Atligny (Église d), 14 n. 4.
Aubcrt (cardinal Audouin, évèque
d'Ostie), 155.
Aude (Bonvassal d', chancelier de
Chypre), 128 n. 4.
Audrehem (maréchal d), 29 n. 1 ; 95,
96 et n. 4, 160 n. 11 ; 166, 270 et
n. 6.
Augcrans (Guiot d), 468 n. 3.
519 —
Augcrans (Isabelle d"), 439 n. 3.
Augiistins (moines), 413 n. 1 .
Aurnclas (vicomte d'). — V. Majorque
(Fcrrarid d ).
Aumont (Philippe d'), 358, 359.
Aumont (Pierre d), 442 n. 1.
Auneau (Marguerite d' , dame de la
Rivière), 424 n. 2; 439, 467 et n. 1.
Autriche, 96 n. 4; 373 n. 2.
Autriche (Albert III, ducd'), 146, 147,
338, 373 n. 2.
Autriche (Catherine de Luxembourg,
duchesse d), 198.
Autriche (Lcopold IV, duc d'), 209 cl
n. 2, 338.
Autriche (Rodolphe IV, duc d'), 157,
169, 198, 199, 209, 338.
Autun (badiiage d), 430 n. 2.
Auvergne, 49, 402.
Auvergne (Jean de la Tour-d' , car-
dinal), 414.
Auxerre, 154, 155, 185 et n. 5, 424
et n. 6.
Auxcrrc(comte d). — V. Chalon (Jean
III d ).
Auxerre (évoque d'). — V. Arcis (Ni-
colas d').
Avcrroïstcs, 144 n. 1.
Aversa (couvent d), 67.
Avignon, 1, 17, 38 et n. 1, 44, 46-
49, 52 n. 3; 59, 61, 78 n. 4; 79.
89 n. 1; 93 et n. 4; 94 n. 2; 97,
100, 101, 115, 117-119, 134, 136,
139, 144, 149, 152, 154, 155 et n
3, 158-160, 162-164, 166, 172 cl
n. 2, 173, 194 n. 3; 196 n. 3; 202-
207, 211, 213-216, 218, 220, 225
n. 6; 233, 242 el n. 3, 254, 257 et
n. 3, 258 n. 5; 263, 264.267-269,
272, 278 n. 2; 281 n. 8; 305, 309
n. 5; 310,324,325, 329,331,337,
341 el n. 1, 342, 347, 370, 381 n.
1; 382, 404 n. 1 ; 406 n. 3; 407-
414, 424 n. 6; 425 n. 1; 460 n. 4;
461, 478 n. 5; 479, 487, 488.
Rabin (Raymond), 103, 116, 120, 282,
388 n. 3; 389 eln. 2, 391 n. 6.
Babylone. — V. Caire.
Hadocr (Giovanni), 323 n. 5.
Bagdad, 341 n. 4.
Bagnolo (Guy de, médecin du roi
de Chypre), 103 n. 4; 144 n. 1 ;
145, 152 n. 2; 261 et n. 2, 4; 265
et n. 3, 310, 312, 314, 324 n. 5;
375 n. 6.
Bagnols (Grimaldi, comte de), 94.
Baillcul (Jehannin), 511 n. 2.
Ballly (.lean de). 430 n. 6.
Baiuviilc (seigneur de), 99.
Baja/el (Sultan), 5, 477, 478, 488 el
n. 3, 493, 497, 498, 502, 503.
Baktumar (cmir), 307.
Baldoïno dclla (^ccca. — V. Limassol
(Lambcrlin, évoque de).
Bi\le, 174, 271.
Bàlo(,lcan do, prédicateur), 413 n. 1.
Balkans, 5.
Baltique (Mer), 162 n. 8.
Bambasio (Thomas, organisateur de
fclcs), 254 n. 1.
Banal, 331 n. 3.
Bancha (Paul de). — V. Giusliniano
(Paul).
Baone ? (François do), 395 et n. 3.
Baone (Pierre de). — V. Trévise
(Pierre do Baone, évoque do).
Bapaunie, 507.
Bar (Robert, duc de), 187, 498.
Bar (Marie de Valois, duchesse de), 188.
Bar (Henri de), 491, 498.
Baranow, 195 el n. 1.
Barbarcsques, 383 n. 3.
Barbarie, 7 n. 1 ; 291, 477, 478 n. 3;
489.
Barbier (Raoulcl le), 511 n. 2.
Barcelone. 107 n. 2; 327 n. 5.
Barcelone (comtes de), 281.
Barcelone (Guillaume de Torellas,
évoque de), 337.
Bargadin de Metz, voyageur, 86 n. 3.
— 520 —
Bari (archevêque de) ; le Barrois. —
V. Urbain VI.
Baseio (Pierre, bailli de Venise en
Chypre), 309.
Basquevillc (Guillaume VI Martel de),
278 el n. 7.
Basqueville (Guillaume VII Martel de),
491.
Bassand (S. Jean), 448 n. 1.
Bassano, 150.
Bastide (seigneur de la). — V. S.
Geours (Raoul de).
Batroun, 34, 397.
Baudet (Gui), 38.
Baudouin (roi de Jérusalem), 389 n. 4,
406.
Baudry (Bonaventure) , 7, 10.
Baume (Etienne de la), 334.
Baume (Hugues de la), 356.
Baumgarten (Annequin de), 211, 268
et n. 2, 270 et n. 5.
Baux (bâtard de), 50.
Baux (Bertrand de, soigneur d'An-
dria), 43.
Baux (Marie de, Dauphinc), 47, 58.
Baveux (Gui le), 279 n. 5; 356, 357.
Baveux (Renaud le), 357.
Baveux (Robert le), 357..
Bavière, 246.
Bavière (Etienne I«^ duc de), 170 et
n. 2, 209, 379 n. 5.
Bavière (Isabeau de, reine de France),
146 n. 2; 471 n. 2.
Bavière (Meinhard de), 210, 170 et
n. 2.
Bavière (Otto de), 195 n. 8; 170 et
n. 2.
Baycux (Eglise de), 331.
Bazzano, 209 n. 5.
Bcaucaire (séncchausscc de), 162 n. 6;
172 n. 5.
Beauchamp (Thomas do, comte do
Warvvick), 205 et n. 5; 243, 254,
265, 279 et n. 8.
Beau fort (cardinal do). — V. Gré-
goire XI.
Beaujeu (Antoine, sire de), 188 n. 5.
Beaujeu (Edouard I""", sire de), 42.
Beaujeu (Marie du Thil, dame de),
42 n. 3.
Beauté-sur-Marne, 423 et n. 7; 440.
Bcautreillis (Hôtel du), 421 n. 6; 422
n. 2.
Boauvais, 183.
Beau vais (évoques de) — V. Dormans
(Jean et Miles de).
Beauvilliers (Jean de), 356, 357 n. 9.
Beauvoir, 59.
Becket (S. Thomas), 462 n. 1.
Bodford (duc de), 23 n. 3.
Bédouin (Jean), 401 n. 7; 402.
Bédouins, 290, 292, 293, 351.
Bédouins (Hewara), 298 n. 4.
Belferago. — V. Belferazo.
Belferazo (Thibaut), 324 n. 5; 370.
Belges, 343 n. 5.
Belgique, 343, 499 n. 1.
Bellemarine. — V. Benemarin.
Belon (Benoît), 183.
Belphérage. — V. Belferazo.
Belvès, 131 n. 4. — V. St« Foj.
Bembo (François), 260, 309, 310 et
n. 1; 323, 340, 371, 374.
Bénédictins, 154.
Benemarin (Maures de), 207 n. 6;
470, 477 n. 7.
Benoît (Nicolas), 139, l'iO.
Benoît XII (pape), 30 n. 3; 38, 39, 48
et>. 6, 108 n. 4; 168 n. 4.
Benoît XIH(papc), 89 n. 1; 487,
488, 492.
Benoît (Saint), 447.
Berbères, 308. — V. aussi Barba-
rcsques.
Bérongcr (Raymond, Grand-Maître des
Hospitaliers), 62 n. 2; 281 et n. 1,
282, 319 et n. 1; 364, 375, 378,
399, 401 etn. 4; 402.
Borgame (Antoine de), 322 et n. 3, 4.
Berlin, 394 n. 5; 430 n. 2.
Bernard (Saint), 11 et n. 5 ; 15, 24
n. 2 et 4; 448 et n. 8, 458.
Bernard-Everard (Arnaud de), 204 n.
1; 319.
- 521
Berne (Jacques de), 3 n. 1.
Berne (Pierre de), 17.
Berri (Jean, duc do), 278 n. 6 ; 417,
n. 5; 418 et n. 7; 419 n. 1; 439, n
2; 442, 454 n. 1; 463, 465 et n. G,
466 n. 1; 478, 491, 504, 505.
Bersuire (Pierre). — V. Bressuire.
Bertini (Ange, amiral chypriote),
340 n. 4.
Béthisy (seigneur de), 465.
Bethléem, 11, 464.
Bculhen, 195 cl n. 2.
Beyrouth, 277 n. 7; 318, 339 n. 4;
354, 356 n. 1; 397.
Biandrà, Biandrate (Jean de, frère de
rilùpilal), 42, 43, 47.
Bigiie (Gacc de la), 418 et n. 5, 419
n. 1.
Biloanl (Isabelle), 443 n. 1.
Binvillo (seigneur de). — V. Bainville.
Blainvillc (maréclial de), 442 n. 1.
Blaru (Saquet de), 506 n. 5.
Blézy (GefTroi de), 503 n. 5.
Blézy (Jean de), 490, 491 et n. 1,
503 etn. 5.
Blois (Charles de, duc de Bretagne),
433 n. 5.
Blois (Marie de, duchesse d'Anjou),
183 n. 5; 188.
Boccace, 419.
Boccanegra (Baptiste), 151.
lîoccanegra (Barthélémy), 151 n. 4.
lioccanegra (Jean), 151 n. 4.
Boccanegra (Nicolas), 151 n. 4.
Boccanegra (Simon, doge de Gènes),
151 etn. 3, 4; 157.
Boèce, 24 n. 2.
Bohême, 22, 41, 191, 194, 245 et n.
2, 267, 300, 332 n. 5; 411 n. 3;
471.
Bohème (IIôLcl de, à Paris), 506
n. 2.
Bohême (rois de). — V. Luxenihourg
(Jean de), Charles IV (empereur)
et Wenceslas (empereur).
Bohémiens, 334.
Boiardi (famille des), 220 et n. 1.
Boison (Bertrand de), 319.
Boldenslèvc (Guillaume de), 186 n. 2.
Bolognais, 210 n. 5; 213, 214 n. 1;
226 n. 11.
Bologne, 41, 43, 206, 207 et n. 4,
208 et n. 5, 209 etn. 5, 210, 215,
217 et n. 3,5, 6; 218 etn. 1, 2, 19
et n. 4, 221, 223 et n. 9, 224,
225 et n. 5, 6; 226 et n. 10, 227 et n.
8, 228 et n. 4, 5; 233, 234, 235
et n. 4, 236 n. 2, 242 et n. 4, 243,
244, 246 n. 3; 271,378,379, 382.
Bologne (Bcltramin Paravicini, car-
dinal, évèque de, légat), 43, 97,
134 n. 8.
Bologne (Aimcry Gatti, évèque de), 219
n. 4; 222 et n. 6, 223 et n. 9, 224
et n. 1.
Bologne (Paul de), 322 et n. 3, 353,
355.
Bologne (Pierre de), 253.
Bolonchini (Sylvestre), 142 n. 2.
Bondcno, 373 n. 5.
Honiface VIII (pape), 431 n. 4.
Boniface IX. (pape), 415 n. 1; 487.
Bonnivard (Aiinon), 333.
Bono (Jean), 399 n. 3.
Bono (Marin), 200 et n. 1.
Bons (Bonan de), 359.
Bons (Pierre de), 276.
Booksell (Alain de), 179.
Bordeaux, 16, 133, 184 n. 2; 204
n. 1; 328 et n. 3.
Bosnie, 500.
Bossidarius (juge de Serbie), 134, 135
n. 1.
Boucher (Arnoul), 477 n. 8.
Boucicaut (Jean I''' le Meingre, dit), 56,
70, 160 n. 11; 166 et n. 1. 186.
Boucicaut (Jean II le Meingre, dit),
491, 498, 504, 505, 513.
Bougie, 477.
Bouillon (Godefroi de), 2, 25, 80,
392, 417 n. 2; 474, 511 n. 5.
Boula(|-Allokrouri, 361.
Boulogne (-sur-Mer), 177, 182, 186,
462 n. 1; 465.
— 522 —
Boulogne (Gui de, cardinal), 185
n. 5.
Bourbon (Bonne de, comtesse de
Savoie), 332.
Bourbon (Jeanne de, reine de
France). 163, 187, 188, 189, 423
et n. 4, 445, 446 et n. 9, 479.
Bourbon (Louis ler, duc de), 36,
82.
Bourbon (Louis II, duc de), 419,
423, 439 n. 2; 446 n. 7 ; 463,
465, 466 n. 1 ; 468 n. 3 ; 476,
477, 478, 491.
Bourbon (Marie de, impératrice de
Constantinople), 82, 101 n. 7 ;
104, 105, 110, 115, 116 et n. 3,
118, 376 n. 4; 442, 454 u. 1.
Bourbonnais, 333.
Bourget, 221 n. 1.
Bourgogne, 162, 165 n. 6; 334, 468,
n. 3; 499 n. 1.
Bourgogne (Eudes IV, duc de), 48.
Bourgogne (Jean-sans-Peur, duc de),
419 n. 1 ; 507 et n. 3.
Bourgogne (Philippe-le-Hardi, duc
de), 166, n. 5; 182, 187, 188, 267,
418, 419 et n. 1, 423, 427 et n. 3,
439, n. 2 ; 442, 454 n. 1 ; 463,
465, 466 n. 1; 478, 480, 490 n. 1;
499, 500, 502, 504, 510 n. 3.
Bourguignons, 24 n. 6; 426,447,448,
506 n. 6; 507, 508.
Bournazel (seigneur de). — V. Con-
rart (Pierre).
Boves (châtelain de). — V. Lorraine
(Antoine de).
Brabant, 173, 190 n. 1, 2.
Brabant (Jeanne, duchesse de), 190.
Brabant (Wenceslas, duc de), 163,
n. 6; 187 et n. 4, 190, 195 n. 8;
245.
Bragadin (Pierre), 200 n. 4.
Bragadin (de Metz). — V. Bargadin.
Bramborough (Guillaume de), 306 n.
2.
Brandebourg, 245.
Braque (Etienne), 428 n. 10.
Braque (Jean), 428 n. 10.
Braque (Nicolas), 428 et n. 10.
Brcdensched (.fcan de), 202 n. 3.
Brcil (le), 131 n. 4.
Breslau, 195, 197 n. 1.
Bressuire (Pierre), 192, n. 4; 417,
485 n. 2.
Bretagne, 22, 63, 177 n. 1.
Bretagne (Jean III, duc de), 22 n.
2. — V. aussi Blois (Charles de) et
Montfort (Jean de).
Brétigny (traité de), 166, n. 2; 219
n. 4.
Bretons, 30, 278 n. 3.
Brie, 165, n. 6; 445, 479 n. 3.
Brie (Badin de), 274 n. 4 ; 282.
Bric (Jean de), 274, 282, 426.
Brignais, 165 n. 6.
Brindisi, 36, 47, 238 et n. 10, 470
et n. 6.
Brocard (auteur de mémoires), 37.
Brohoin (Nicolas), 172.
Brousse, 52 n. 3 : 498.
Bruges, 190 et n. 2.
Brunier (Aimon), 50.
Brunier (Jacques), 50, 58 n. 2.
Brunswick-Grubenhagen (Héloïsc de),
143 n. 2.
Brunswick (Hugues de), 282.
Brunswick (Philippe de), 101 n. 7 ;
120, 143 n. 1 ; 152 n. 2 ; 282,
285, 357.
Bruxelles, 190, 468 n. 3.
Bucy (Simon de), 23 n. 3.
Bude, 247, 331.
Buffavcnt, 387.
Bulgares, 335.
Bulgarie, 335, 471, 500.
Buonaccorso, 50 n. 1.
Burlc, Burley (Simon de), 184.
Burlus (lac), 100 n. 3.
Butau, Butaut. — V. Waydot.
Byblos (Henri de), 128 n. 4.
Byzance. — V. Constantinople.
Byzantins, 5, 42 n. 7; 55 n. 1; 112
n. 6; 138, 148 n. 5.
— 523 —
Cabane (Philippine, dite la Cata-
naisc), 67.
Cacn, 65, n. 6; 176, 177 n. 3.
Caffa, 46 n. 2; 5icln. 2, 3; 171, n. 2.
Cahors, 133, 3'*'i.
Caimbasilica (François, chevalier tic
Loinbardie), 210 n. 'i ; 218 cl ad-
denda.
Caire, 40, 284 n. 4 ; 287, 290, 294,
296, 299 et n. 1, 307, 309 n. 5;
310,311, 318, 320-323, 329 n. 1,
8; 353, 357, 360-362, 364 et n. 6;
373 n. 9 ; 383, 385, 399, 402 et
n. 4, 462.
Calabre (Charles, duc de), 67 n. 3;
68.
Calabre (André, duc de). — V.
André (roi non couronné de Naplcs).
Calais, 177, 178 et n. 1, 3; 182 n. 5,
6; 183, 184 n. 1; 465.
Caldarini (Jean), 225 n. 6.
Calcrgi (famille des), 230, 253.
Calergi (Georges), 230 n. 2.
Calcrgi (Zanachi), 230, 251.
Caloveïro, 336.
Camaldules, 400 n. 2.
(lambalcch, 86 n. 3.
(krnbrai, 14 n. 4; 15, 17.
Cambrai (Gérard de Daimille, é\c-
cpic de). — V. Dainville (Gérard de).
Cambrai (Pierre de Clcrniont, cvè-
que de). — V. Clcrniont (Pierre de).
CamcUa. — V. Ilcms.
Campi (Pierre de), 356.
Cam[)ofregoso (Pierre de), 410.
Canale (Pierre de), 356 et n. 8, 360.
Canart (Jean, curé de S. Fiacre, à
Paris). V. S. Fiacre (curé de).
Candelorc (ville et émir de), 34, 114,
115 n. 1; 124. 125 et n. 6, 127 n.
2; 274, 276, 319. 320 et n. 2, 324,
334, 344, 387 n. 3.
Candie (ville de), 229,230, 252, 311.
Canée (la), 141, 252.
Cantacuzène (Jean, empereur byzan-
tin), 57, 98 etn. 1, 136 n. 6.
Cantacuzène (Manuel, despote de Mo-
rée), 385 n. 2 ; 404, 405.
Cantacuzène (Marie), 280.
Cantacuzène (Mathieu, empereur by-
zantin), 136 n. 6.
Cantacuzène (Théodore, oncle de
l'empereur Manuel), 504.
Canterburj, 462 n. 1.
Capistrano (S. -Jean de), 134.
Capodistria (évêque de). — V. Quirini
(François).
Capoue (prieur des Hospitaliers à). —
V. Albarno (Isnard d').
Cappadoce, 114.
Caraman (le Grand) et ses Etats, 33,
55 n. 1; 113 n. 2; 114, 115 n. 1;
122, 123 n. 3; 124,357,358, 359,
502 n. 1. — V. aussi Ibrabira-bey.
Caras. — V. Canuis.
Caresiiii (Raphaël des, chancelier de
Venise), 235, 254, 255 etn. 1.
Carinthie, 190 n. 2 , 199, 246.
Carmadino (Jean de, et son fils),
116 etn. 6; 120, 142. 274, 275.
Carmayn. — V. Carmadino.
Carmes, 105, 133, 138, 139, 315,
316, 317, 343 n.5; 344, 443, 511
n. 2.
Carmesson (frère Jean), 315, 316 et
n. 6, 317 et n. 1, 345 n. 1.
Carmignano (Pierre de), 50 n. 5.
Carpasso (ville et châtelaine de), 275,
355.
Carpalhes (monts), 5.
Carrare (François I*"" de, seigneur de
Padoue), 148, 150, 205 n. 5; 209
et n. 1, 210, 228. 271 n. 13.
Carrctto (frère Daniel de, vice-
recteur de Bologne), 221 et n. 6.
223, 224.
Carrctto (frère Manuel de). — V. le
précédent.
Casatc, Casiatis (Jacques de), 36.
524
Casimir III (roi de Pologne), 173, 194,
195 et n. 5, 6, 8; 196, 197 et n. 1,
338.
Cassis (sire de), 399.
Caslelfranco, 222.
Castello (évêchc de), 253, 337.
Castello (Nicolas Morosini, évoque de),
97, 309.
Caslclnuovo, 64.
Caslelsarrazin, 281.
Castillans, 68.
Castille, 288 n. 1; 346, 373, 382,
462.
Castille (rois de). — V. Alphonse V
et Alphonse XI, Henri (de Trans-
tamarc) et Jean I'^'".
Caslillon (seigneur de), 491.
Castracane (Castruccio des Intermi-
nelli ou Antelminelli, seigneur de
Lucques, et ses fils, Henri et Vale-
rand), 64.
Castro Formiginio, 222 n. 4.
Catalan (Lucas le), 115 n. 3.
Catalans, 34 n. 2; 36, 41, 42, 99,
115 ctn. 3, 119 n. 5; 213 n. 2;
231, 297, 307 et n. 3, 322, 339,
354, 355, 357.
Catalogne, 332 n. 6.
Catanais. — V. Cabane (Philippine).
Cattaneo (Dagnano ou Damiano),
374.
Cattaneo (François), 115 n. 3.
Cattaneo (Gabriel), 397, 398 n. 1.
Cattaneo (Mallonc), 78 n. 4.
Cattaneo (Meliano), 78 n. 4.
Cattaneo (Ottobone, capitaine de
Smyrne), 205.
Cattaneo (Pierre), 401.
Cattaro, 135 et n. 1.
Célestin I*^"^ (pape), 447.
Cclestins, 6, 12 et n. 1, 15 n. 4; 27,
347 n. 3; 411, 417, 422 n. 2; 427,
428, 438 n. 4; 442-449, 451-454
460 et n. 2, 3, 7; 461 et n. 1, 472
n. 1; 473 et n. 6, 479 et n. 1, 482,
505 cl n. 8, 9; 506 et n. 1, 508-
512.
Celsi (Laurent, doge de Venise), 145,
150, 170 etn. 6, 171, 178 et n. 2,
185, 200,205 n. 5; 211 n. 2; 212,
221 etn. 3, 223 n. 3; 224, 231-
243, 251-255, 259-261, 269 et n.
4, 271 etn. 13, 280 n. 6; 309.
Ceneda, 380.
Ccntellas (Gilabert de), 95.
Cento, 226.
Ccphalias (Gcren., Nestegius ou Nas-
tagio de Géra ?), 134, 135 et n.
1.
Céphalonie, 50, 63.
Cepoy (Jean de), 38 n. 3.
Cérines, 91, 105, 106 n. 6, 126, 276,
369, 386, 405 et n. 9.
Cerny (Guillaume de), 409 et n. 6.
Cervole (Arnaud de, dit l'Archi-
prètre), 271 et n. 6, 334 n. 1.
César (Jules-), 25, 289.
Césarée, 399 n. 1.
Ccsène, 215 etn. 3, 218 n. 1
219
; 221.
Chalais (Chartreux de), 48 n. 1.
Chalais(Jcan de), 337.
Chalamont (Guillaume de), 334.
Chaidéens, 341, n. 4.
Chalîl (Çalàh-ed-dîn, émir), 291.
Chalon, 430 n. 2; 160 et n. 3.
Ghalon-Arlay (Hugues de), 333 et n.
8.
Chalon-Arlay (Louis de), 188, 333.
Ciialon-Auxcrre (Henri de), 491.
Chalon (Jean III de, comte d'Au-
xcrrc), 188 n. 5.
Chalon (Jean IV de, comte d'Au-
xerre), 491.
Chalon- Auxcrre (Tristan de), 333.
Chàlons, 15 n. 4; 122.
Chàlons (Archambaud, cvcque de),
413.
Chambarlhac, Chamlicrlliac (Philippe
de, archevêque de Nicosie), 101
n. 3; 104 n. 2; 108 n. 4; 120,
121, 158.
Chambéry, 332, 336 et n. 2, 341 n.
5.
— 525 —
Chambricquet (Ilôtcl à Paris), 422
n. 2.
Champagne, 13, 165 n. 6.
Champagne (collège de Champagne
et de Navarre, à Paris), 422 et n.
4, 429 n. 4.
Champagne (maréchal de), 284 et n. 8.
Chandos (Jean), 184, 185.
Chantomcrle (Thibaut do), 188 n. 5.
Chanloprimc (François), 423 et n. 3.
Chantzianis (Sarrasin), 276.
Chapeluz (Pierre), 422 n. 2.
Charenlon, 428.
Charenloiincl, 428.
Charlcmagne, 25 et n. 1, 80, 487.
Charles IV (empereur), 22, 93, 135,
145 n. 6; 149, 157, 161 n. 2, 3;
163, 166 n. 7; 169, 173, 189 et n.
8, 191197, 209, 213 n. 2; 220,
223 n. 8; 228 et n. 5, 229 n. 1 ;
244, 245, 247, 255, 267, 270, 271
n. 8 ; 303, 304 et n. 7, 338, 348
n. 4; 372, 373, 370 et n. 5, 451
et n. 2, 462 n. 4.
Charles IV (le Bel, roi de France), 36.
Charles V (roi de France), 6, 7 n. 1 ;
13, 17, 58 n. 1, 2; 66 n. 2; 99,
146 n. 2; 159 n. 2; 165 n. 4; 168,
173 n. 4; 175-177, 182-187, 186-
189, 196 n. 3; 241 n. 1; 244. 267,
269 et n. 7, 271 et n. 6, 278 n. 3,
4; 279 n. 4; 297 n. 5; 305, 306,
338 et n. 3, 343 et n. 2, 373 n. 6;
4lOn. 3, 7; 413 n. 1; 415-425,
428-436, 438-448, 451, 454, 467,
505 et n. 9, 508 n. 2.
Charles VI (roi de France), 7 et n. 1,
8 n. 1; 13, 25 et n. 9, 26, 30 n.
1 et 2; 66 n. 2; 68, 69, 92, 165
n. 5; 213 n. 2; 390 n. 3; 412
n. 3; 418 et n. 4, 418 n. 6; 420
n. 3, 6; 423 n. 5, 6; 424, 426-
429, 431-433, 438-442, 447 et n.
4, 452-454, 456 n 11; 459, 461-
471, 474-485, 487, 488 cl n. 6,
490, 491, 495, 498, 500-502, 504-
508, 510 n. 3, 5.
Charles II (le Mauvais, roi de Navarre),
38, 69 n. 4; 162, 169, 175, 176,
177 et n. 1, 2; 278 n. 4, 7; 306.
Charles If (le Boiteux, roi de Sicile),
351, 470 n. 4.
Charles Ili (roi de Sicile), 67 n. 3.
Charny (GeofFroi de), 56, 70.
Charolais (Jean de), 36.
Charlrcttes ((«uichard de), 510 n. 5.
Chartreux, 395, 396 etn. 3, 447, 461.
Châtel (Tannegui du), 468 n. 3.
Châtres, 443.
Chaumont (Bernard de), 508 n. 3.
Chaumont (,Iean de), 508 et n. 3.
Chaumont (Perrinet de), 508 n. 3.
Chaumont (Vatellin de), 508 n. 3.
Chaussetier (Perrin le), 511 n. 2.
Chauvel (Jean), 95.
Chélidoni ou (^liélidonia (cap), 127 n.
2; 128, 285.
Chepoix. — V. Cepoy (Jean de).
Cherbourg, 177 et n. 3.
Cherchcmont (Jean de, évèque d'A-
miens), 28.
Chevrcusc (Pierre de), 428, 465 n. 6.
Chigny (Barthélémy de), 450 et n. 2.
Chio, 51, 58 n. 1; 90 et n. 1, 256,
466 n. 3.
Chirac, 154.
Chosroës, 25 n. 3.
Choulou (dame de). — V. Allemand
(Jeanne 1').
Chrétien (Gervais), 419. 420 et n. 1.
Chrysopolis, 136 n. 7.
Chypre, 3 etn. 1, 4, 5, 6; 10 n. 8, 10;
13 etn. 6, 17-19, 27 n. 2, 3 ; 31, 33-
35, 38-40, 53, 56 n. 1 ; 57,62, 66
n. 2; 71, 76-80, 82-89,91. 92 et n.
1, 97-99, 101-110, 113-120, 124-
129, 138, 140-145, 148, 151 n. 3;
158, 171, 181 et n. 5, 182 n. 1;
195-198, 200 n. 10; 203 n. 3; 205,
213 n. 2; 219 n. 1; 231, 232, 237.
242 n. 6; 256-259, 261-263, 273,
274, 276, 280 n. 6, 7; 282, 300,
304 et n. 2, 306-309, 311, 317-
319, 322-325, 327-329, 337 et n.
— 526
3, 4; 339 et n. 3, 340 et n. 2, 344
et n. 1, 347 et n. 1, 353, 355-359,
361, 363 n. 4; 364 et n. 1, 6; 368
n. 5 ; 372, 375 et n. 4, 376 et n. 5,
379-385, 388 et n. 5, 389 et n. 4,
392-394, 396 et n. 4, 398-401, 405-
411, 421, 425 n. 6; 426 n. 5; 434
n. 1; 450 et n. 7, 451, 466 n. 3;
473, 476, 511 n. 5.
Chypre (connétable de), 294.
Chypriotes, 34, 38, 39 n. 2; 42 n. 3;
52, 55, 60, 77, 78 et n. 4, 79, 86,
111, 112, 115 etn. 2, 119 et n. 1,
5; 123, 126 et n. 3, 128, 158, 182
n. 1; 232 n. 2; 256,272, 275, 276,
277, 281, 284, 288 et n. 1, 298 n.
2; 301 etn. 10, 305, 308, 309 n.
3; 316, 317, 321, 322 etn. 3, 324
n. 5; 337 n. 4; 339, 349 et n. 1,
353, 356-360, 365, 366. 368, 375,
383, 386-389, 394 n. 5; 396-398,
402 n. 4; 406 n. 2, 5; 409, 410, 425
n. 2; 449 n. 4; 451, 452 et n. 2.
Cicandilis (Philippe de), 405 et n. 2.
Cicéron, 26 et n. 10.
Cigala (Cassano), 376 et n. 8, 384 et
n. 4, 399.
Cilicie, 111, 114 et n. 5, 125 n. 6.
Città di Castello (frère Rodolphe de),
331.
Città-Nova (diocèse de), 171 n. 2.
Clarence (Jacques de). — V. Majorque
(Jacques II, roi de).
Clarentza (Clarence), 47.
Claudien, 26-
Clément VI (pape), 39-51, 54-62,64,
89-98, 107 n. 2; 133 n. 5; 134,
158, 160 et n. 12, 168 n. 4, 207,
279 n. 4; 298 n. 5; 382.
Clément VII (pape), 89 n. 1 ; 382 n.
7; 413 n. 2; 435-441, 461, 462,
466 n. 1; 470 et n. 4, 471 n. 3;
487, 488.
Clerc (Jean le), 334 n. 4.
Clermont, 29, 59, 220 n. 7.
Clermont (Etienne, abbé de Saint-
Allyre, à), 220 n. 7.
Clermont (Pierre de, évêque de
Cambrai), 157.
Clermont (Robert, comte de), 36.
Glifford (Louis de), 491.
Clisson (Olivier IV de, connétable
de France), 442 n. 1.
Cluny (cardinal de). — V. Androuin
(de la Roche).
Cocatrix (Geoffroi), 13 n. 6.
Cocherel, 166 n. 2; 188.
Colecchio, 64.
Collace, 51 n. 5.
Collier (Ordre du). — V. Annonciade
(Ordre de 1').
Cologne, 163 et n. 6, 164, 175, 190
et n. 1.
Cologne (Albert de), 24.
Cologne (Perceval de), 278 et n. 6,
284, 288 n. 10 ; 290, 293, 294, 341
et n. 5, 364, 366.
Colombiers (Célestins de), 447 n. 1,508.
Colombiers (Pierre de, cardinal d'Os-
tie), 61 n. 4; 508 n. 2.
Compagnie (Blanche), 270 n. 5.
Compagnie (de S. Georges), 268 n. 2.
Compagnie (de la Stella), 268 n. 2.
Compagnies (Grandes), 172, 186 n. 1;
196 n. 3; 267-272, 299, 306, 307,
329 n. 3; 330, 348 et n. 4, 372,
373 etn. 6, 397.
Compiègne, 188 n. 3.
Compostclle, 166 n. 2.
Conches (Pierre, abbé de), 422.
Conciles (Pierre de), 89.
Concordia (diocèse de), 171 n. 2.
Condom, 132.
Conegliano, 200, 259 n. 7.
Conflans (Eustache de), 378.
Conflans (Gautier de), 390 n. 5.
Conrart (Jacquemin), 417 n. 5.
Gonrart (Pierre, seigneur de Bour-
nazel), 424 n. 4; 435.
Constance, 178 n. 5.
Constance (empereur), 25.
Constant (roi d'Arménie), 368 et n. 5,
369, 380.
Constantin (empereur), 25 et n. 5
— 527 —
Constantin IV (roi d'Arménie), 3, 60,
110 et n. 2, 368, 380 n. 5.
Constantin V. — V. Constant.
Constanlinople (ville et empire de),
36, 40 n. 6; 57, 137, 138, 140,
141 et n. 2,198, 205, 242n. 6;272
et n. 3, 4; 280, 300 et n. 4, 310,
313 n. 5; 330-332, 335, 336, 343
n. 4, 5; 349 n. 1; 405, 471, 488,
498 et n. 4, 502," 504.
Constanlinople (empereurs grecs de).
— V. GantacLizène (Jean et Mathieu),
Palcologue (Michel et Jean).
Constanlinople (empereurs latins de) —
V. Rohert (empereur latin de Cons-
tanlinople) et Bourbon (Marie, im-
pératrice de Constanlinople).
Constanlinople (Calliste , patriarche grec
de), 137 n. 1, 138.
Constanlinople (Germain, patriarche
grec do), 411.
Constanlinople (patriarcat latin de),
140 n. 3, 4.
Constanlinople (Henri, patriarche latin
de), 39, 41 cl n. 9, 43, 51.
Constanlinople (Paul, patriarche latin
de), 126 n. 2; 336 n. 3.
Constanlinople (Pierre, patriarche latin
de). — V. Thomas (Pierre).
Conlarini (André, doge de Venise),
231, 370, 371 n. 1, 5; 373 etn. 5,
7, 9; 381, 397, 400, 401 et n. 4,
434, 435, 449 n. 4.
Conlarini (Jean), 434.
Contarini (Marin), 200 n. 4.
Conlarini (Zacharie), 260.
Conte (Bernard do), 401.
Contes (Jean de), 356.
Conty (Evrard de), 417.
Coracesium, 114.
Cordeliers, 412, 462, 469 n. 5. — V.
Mineurs (frères).
Cordier (maître Jean), 421.
Corfou (archevêché de), 140 n. 4;
242 n. 6.
Corinllie (archevêché de), 140 n. 4;
171 n. 2; 242 n. 6.
Cormakiti (cap), 275.
Cornalie (Giblet [?] de), 390 n. 3.
Cornaro (famille), 145 et n. 4, 381 n.
3; 450.
Cornaro (palais), 147 et n, 4, 200,
251, 326 n. 2.
Cornaro (André), 44 n. 2.
Cornaro (Fantin), 326 et n. 1, 393.
Cornaro (François), 326 n. 1 ; 426 et
n. 1.
Cornaro (Franguli), 230 n. 2.
Cornaro (Frédéric), 83 n. 6; 326 et n. 1 ,
336 n. 3 ; 339, 393, 405 et n. 5, 425 et
n. 3, 449 etn. 5, 450 et n. 2, 3, 4;
451.
Cornaro (Jean-Baptiste), 83 n. 6.
Cornaro (Louis), 230 n. 2.
Cornaro (Marc, doge de Venise), 153
n. 1; 253, 309 et n. 5, 310n. 6, 7;
324-329, 331, 333, 337-339.
Cornaro (Marc, dit Calzina), 230 n. 2.
Cornaro (Zanachi), 426 n. 1.
Corneilhan (Pierre de, Grand-Maître
de l'hôpital), 99.
Corneto, 213.
Corniche (route de la), 152.
Coron (ville et diocèse de), 110, 150
n. 1; 252, 334 etn. 7.
Coron (châtelaine de), 277.
Coron (évoques de). — V. Thomas
(Pierre), Torriani (Louis), Molino
(Georges de).
Corsini (Jean), 404, 413.
Corsini (Pierre, évêque de Volterra,
puis de Florence ; cardinal) 157 et
n. 7, 404. 413.
Cor ticella (pont de), 226 et n. 10.
Cortone (Benoît Vallali, évêque de),
414.
Corvara (Aldchrando de, chancelier de
Gênes), 264.
Corvara (Conradin de), 258 n. 5.
Cosenza (maître Jean de), 317, 343
n. 5.
Cossovo (bataille de), 468 n. 2.
Cosles. 278 n. 3.
Cotentin (Glos-de-), 479 et n. 5.
528 —
Coucy (Enguerrand VII, sire de), 466
n. 1; 481 n. 1; 491.
Coucy (Isabelle de Lorraine, dame de)
498.
Coulonges, 278 n. 6.
Couronne (Henri de la), 275^
Court (Guillaume le). — V. Curti.
Cracovie, 180 n. 3; 194, 195 et n. 3,
7; 196 etn. 1, 197 n. 1; 288 n. 1.
Cracovie (Bodzantha, cvèquc de), 197.
Crambouse, 285 et n. 6.
Craon(Jean de, archevêque de Reims),
155, 169 n. 3; 187, 424.
Craon (Pierre de), 491.
Crécy (bataille de), 22 et n. 1, 191.
Grécy-en-Brie, 467 n. 3.
Cremeno (Jean de). — V. Carmadino
(Jean de).
Crémieu (Augustins de), 48 n. 1.
Crémone, 218 n. 7; 221, 234.
Crepacuore. — V. Crevalcore.
Crépan, 503 n. 5.
Crcspellano, 222.
Crespin (Jean), 165 n. 6.
Crète (île de), 38, 141 et n. 2, 152
185, 203, 221, 223 n. 3; 226 n. 3;
229, 231-235, 237 et n. 5, 239 n.
1, 2; 240 et n. 7, 242 n. 6: 251-
255. 260 etn. 1, 277, 281, 288 n.
1; 308 n. 6; 310, 331 etn. 2.
Crète (archevêché de), 140 n. 4; 171
n. 2.
Crète (François Michel, archevêque de)
43, 46, 57, 58, 60. — V. aussi
Del fin (Orso) et Thomas (rre). Pie
Cretois, 230, 234 etn. 2, 3, 5; 251 et
n. 2, 253, 278.
Crevalcore, 212, 222.
Crozat (Jean, doyen de Tudèle), 169
n. 4.
Cucherla, 217.
Cuenca, 207.
Culdoe (Gobin), 446 n. 1.
Curlo (Chrétien), 264 et n. 4,
Curti (Guillaume, cardinal), 30 n. 3 ;
39, 40.
Cuvelier, 26, 418 n. 6.
Dadas (S. Georges de), 355.
Dainville (Gui de, cvêque d'Arras,
de Térouanne et de Cambrai; cardi-
nal), 15-18, 341 n. 1; 342 etn. 2,
394 n. 2, 3; 397.
Dainville (Jean de), 15, 16 et n. 1, 4;
17 et n. 2. 18.
Dainville (Michel de), 15, 16 etn. 1, 8.
Dallovargue (Pierre), 461 n. 7.
Dal mates, 145 n. 6.
Dalmatie, 44, 135, 136.
Dalmatie (ban de), 223 n. 3.
Damanhoûr, 303 n. 2.
Damas, 34, 198 n. 2, 248, 273, 276,
307 n. 1; 365 n. 7.
Dambach (Jean de), 347 n. 3.
Damiette, 356 n. 1.
Dammartin (Charles de Trie, comte
de), 160 n. 11; 165 et n. 5, 187.
Dammartin (Charles de la Rivière,
comte de), 467 n. 3.
Dandolo (André, doge de Venise),
43, 46, 50, 61 n. 2; 62 n. 2; 97
n. 1; 98, 134 n. 8; 253.
Dandolo (Léonard, duc de Crète), 230.
Dandolo (Sarrasin), 334.
Danemark, 163 n. 5; 164, 248, 249.
Danemark (Marguerite de), 163.
Danemark (Waldemar IV de). — V.
Waldemar IV (roi de Danemark).
Danois, 163, 180 n. 3; 195 n. 4.
Dardel (Jean, évêque de Tortiboli),
404 n. 5; 462.
Dauphin (Jean, bâtard du), 334.
Dauphiné, 48 n. 8; 50 n. 1; 76, 83,
162 n. 8; 268 n. 6; 492, 508.
Dauphins. — V. Guignes et Hum-
bert II.
David II (roi d'Ecosse), 179 et n. 4,
180 etn. 6, 181 n. 6; 338.
Dechente. — V. Conte (de).
Delfin (Jean, doge de Venise), 100,
101, 145 etn. 6, 310 n. 1.
— 529 —
Delfin (Orso, archevêque de Crète
et patriarche de Grade), 100, 139 cl
n. 5, 8; 140, 152.
Delfin (Victor), ?A0.
Deiuandi (Pierre, archidiacre de Li-
massol), 158 et n. 3.
Démuin, 23 n. 3.
Denis (messire), 90 et n. 4, 91.
Dcrl)y (Henri, comte de). — V. Henri
IV (roi d'Angleterre).
Deschamps (Eustache), 26, 412 n. 3;
418 et n. 3, 423 n. 7; 488 et n. 6,
498, 505.
Desiderato (notaire vénitien), 224 n.
3; 235.
Despenser (Hiif,'ues), 179, 491.
Des[)ortcs (Pierre), 34.
Destres (Gérard), 333, 347 et n. 2.
Digoin (Louis de), 421.
Dinan, 96 n. 4.
Doges (de Gènes). — V. Murta (Jean
de), Boccanegra (Simon), Adorno
(Gabriel), Adorno (Antoniotlo).
Doges (de Venise). — V. Dandolo
(André), Gradenigo (Jean), Celsi
(Laurent), Gornaro (Marc), Gonta-
rini (André).
Dolo, 150.
Dominicains, 347 n. 3. — V. Prêcheurs
(Frères).
Dons (Notrc-Dame-des-), 162 n. 3.
Doria (Gautier), 402 et n. 1.
Dormans (Guillaume de, chancelier de
Normandie), 267.
Dormans (Jean de, évêqvie de Beau-
vais), 169 n. 1 ; 188, 446.
Dormans (Miles .do, évoque de Beau-
vais), 424, 439 n. 1 ; 442 n. 1.
Douchan (Etienne, roi de Serbie),
134 et n. 8, 135 et n. 5, 137.
Douchan (Ourosch), 135 et n. 3.
Douvres, 178 et n. 3, 464.
Dravc, 199.
Dreux (Maison de), 439.
Duodo (Bernard), 309 n. 3.
Durazzo (archevêché de), 140 n. 4:
171 n. 2: 242 n. 6.
N. JoRGA. Philippe de Méziéres
Durazzo (Charles de), 67 n. 1; 186
n. 1.
Durfort (Astorgc de), 206.
E
Écluse (bataille de i ), 63.
Écossais, 294, 471, 491.
Ecosse, 502
Ecosse (roi d ). — V. David II (roi
d'Ecosse).
Edouard (Saint-), 25 n. 6.
Edouard III (roi d'Angleterre), 43, 166
n. 7 ; 167 n. 3 ; 169. 177-182, 185,
186, 205 n. 5; 254 et n. 2, 271,
338 et n. 3, 411 n. 3; 428.
Edouard (prince de Galles, dit le Prince-
Noir), 25, 162 n. 4; 182, 183, 184
etn. 2, 271.
Egypte, 2, 4, 11 n. 7; 33, 86, 109,
110, 114, 122, 237, 267, 273,285,
286 n. 7; 291 et n. 2, 297, 299 et
n. 2, 305 et n. 8, 307 et n. 5, 310
n. 2; 311, 318-320, 325, 329, 330,
341 n. 4; 353, 355, 356, 360,363
et n. 2, 369, 373, 375, 396, 398,
471, 483, 487, 490, 493, 504, 511
n. 5.
Égyptiens, 3, 55 n. 1 ; 60, 11 1. — V.
aussi: Sarrasins.
Elisabeth (impératrice d Allemagne,
femme de Cliarles IV), 173, 193,
195.
Ellerhach (Burcard d'), 280.
Elnc (Pierre, évoque d ), 338.
Eltham, 480.
Empereurs (d'Allemagne), 484 n. 3.
— V. Charles IV et Wenceslas.
Empeste. — V. Amposta.
Engaddi (île d). — V. Chypre (île
de).
Enncakosia, 336.
Épéc (Ordre de 1), 76 n. 2 ; 83 et n. 2;
84, 85 et n. 1, 120 et n. 3.
34
— 530 —
Éphèse. — V. Altologo.
Eracle. — V. Iléraclius.
Erfurt, 190.
Ermcnck, 55 n. 1 ; 114.
Ermirio (Guillaume), 256 et n. 3, 257.
Ermite (Pierre 1). — V. Pierre (l'Er-
mite).
Ermite (Robert 1). — V. Mcnnot
(Robert le).
Escaface (famille), 392 n. 1.
Escaface (Barthélémy), 392 et n. 1,
396.
Esclavonic, 135, 171.
Escu-d'or (Ordre de 1'), 83.
Esneval (Charles d"), 23 n. 3.
Espagne, 40, 51, 68. 69, 74, 84, 92,
300, 301, 307, 330, 373, 433 et n.
5, 436, 470, 503.
Espagne. — V. Louis d'Espagne,
Marie d'Espagne.
Esslingen, 190.
Este (Albert d), 210, 213, 219 n.
4.
Este (Aldobrandin d), 209.
Este (François d), 64.
Este (Hugues d),210, 213, 219 n. 4;
379 et n. 5.
Este (Nicolas II d'), 147, 148, 201 et
n. 4, 209 et n. 5, 210, 212, 213,
214 n. 4; 219 n. 4; 222 et n. 4,
227 et n. 5, 228 et n. 4, 268 n.
3; 271 n. 13, 379 et n. 5.
Este (Nicolas III d), 54.
Este(Obizzo III d'), 64.
Etampes, 373 n. 6.
Elampes (Louis II, comte d), 187 n.
5; 445, 491.
Étoile (Ordre de 1), 83.
Etrechy, 373 n. 6.
Eu (comtes de). — V. Artois (Philippe,
et Jean d).
Europe et Européens, 2, 5, 6, 22, 43,
58, 68, 71, 73, 77, 83 n. 6; 101
n. 7; 149, 153 n. 3; 199, 244-246,
249, 257 n. 3; 265 n. 1 ; 267, 287,
297, 324, 338, 380, 382, 411, 432,
462, 468, 497.
Évreux, 278 n. 3.
Fabrica (François de), 414 et n. 2.
Facnza (André de), 400 et n. 1, 2.
Faënza (Jean de), 346 n. 1.
Falicro (Marin), 44 n. 2; 146.
Falicro (Nicolas), 310, 371, 374 et n.
5.
Falsterbode, 248 n. 2.
Famagouste, 35, 79, 81, 90 et n. 3,
101 n. 1, 2; 106 et n. 3, 4; 107,
115, 117-120, 126, 128, 129, 139,
142, 200 n. 10; 255-257, 265, 266,
274, 278 n. 3; 282 et n. 6, 285 n.
2; 298 n. 2; 305, 312, 314-318,
320, 321 et n. 2, 324, 339, 345,
354-359, 364, 369, 383 n. 3; 384,
386, 388 et n. 4, 397, 401, 402,
405 etn. 9, 406 et n. 6, 409, 410
et n. 7, 425 n. 3; 4.50, 452 n. 2.
Famagouste (Arnaud, évoque de),
328.
Famagouste (Bertrand? évoque de),
435.
Farignano (Thomas de). — V. Fri-
gnano (Thomas de).
Fellino, 280 n. 4.
Felton (Guillaume), 183.
Felton (Thomas), 184.
Fenio (Jean de), 143.
FenoUar (Omberto de), 307 n. 5.
Fermo (Bongiovanni, évoque de)
137.
Ferrand (Alphonse), 410.
Ferrarc, 50 n. 4; 213, 214 n. 4 ; 226,
379 et n. 5, 449 n. 5.
Ferra re (seigneurs de). — V. Este.
Ferrare (Tiercelet de), 379 n. 4.
Ferrières (Raoul de), 179.
Feux (Guillaume de), 506.
Fieschi (Niccolino, dit Cardinale),
78.
Fieschi (Tedisio), 264 et n. 5.
— 531 —
Figeac (Bertrand Lagicr de, cardi-
nal), 412, 'il4.
Filitzls (Costas), 111.
Flrmin (Saint-), 28.
Flamands, 357, 471.
Flandre, 166 n. 3; 173, 174 et n. 1,
190 n. 1, 2; 247, 279 n. 2; 435,
490 n. 1;501.
Flandre (Louis de Maie, comte de),
173 n. 4; 190, 424 n. 4.
Flandre (Marguerite de Brabant, com-
tesse de), 187.
Florence, 50, 142 n. 2; 154 n. 5; 155
n. 1 ; 157 et n. 7. 159 n. 3; 259
n. 2; 294 n. 4 ; 356 n. 2; 378 et
n. 4, 413, 469 n. 5; 497, 499 n. 1.
Florentins, 41, 43, 50, 82 n. 4; 119,
142 et n. 2, 206, 212, 218, 270,
271, 378 et n. 4.
Flotte (Bertrand de la), 405 et n. 8.
Foix, 470 n. 4.
Foix (Gaston-Phcbus, comte de), 157.
Fondi, 436 et n. 3.
Fontenoy (bataille de), 25, 486.
Forbin (Jean), 119 n. 5.
Forli, 209.
Fortimécs (Iles-), 49.
ForluMces (Iles-) (roi des). — V. Louis
d'Espagne.
Fos, 95.
Foscariiii (Jean), 310.
France (grand-prieur des Hospitaliers
en). — V. JuiUy (Robert do).
France (Jeanne de, reine de France),
37.
France (reines de). — V. la précédente
et Luxembourg (Bonne de), Bour-
bon (Jeanne de), Bavière (Isabeau
de).
France (rois de). — V. Louis IX,
Pbilippe-Augustc, Pbilippe le Bel,
Charles IV, Philippe de Valois,
Jean II, Charles V et Charles VI.
Fraucrort-surlc-Mcin, 245.
Francio, 30.
Franconie, 190, 191.
Francs, 30 et n. 1, 36. 38 n. 1, 52
n. 3; 99, 100 n. 3, 4; 123 n. 3
295, 298 n. 4.
Fraschia, 251 et n. 7.
Frédéric !<"• (empereur d'Allemagne),
194 n. 3.
Frédéric II (empereur d'Allemagne),
1.
Frédéric III (empereur d'Allemagne),
84, 88.
Frotte (seigneur de la), 491.
Fréville (Baudouin do), 184.
Fribourg (Claux de). 183.
Fricamps (Jean Friquet de), 278 et n.
4.
Frignano (Thomas de, cardinal), 395
et n. 1, 413, 414.
Frioul, 100, 246, 247.
Frise, 245.
Froissart (.lean), 378 et n. 5, 379 et
n. 4, 418 n. 6; 439 n. 2; 467 n.
1 ; 498, 505 et n. 2.
G
Gaban, 111.
Galilée (Hugues de Lusignan, prince
de), 101 n. 7; 104, 105, 110, 115-
118, 152, 261 n. 3; 293, 301 n.
10; 334 n. 7; 364, 370. 476.
Galles (prince de). — V. Edouard
(prince de Galles, dit le prince Noir).
Galles (Jeanne de Kent, princesse de,
(eramc du précédent), 184.
Gallicra (porta di), 226 et n. 10.
Gallipoli, 333 n. 7; 335 et n. 8;
33G.
Galloni di Cesio, 222 n. 4.
Ganghara (émir), 291, 293.
Garât (bailli), 316.
Gascogne, 157. 437 et n. 6.
Gascons, 30, 162, 366, 372.
Gattclusio (François, seigneur de Mété-
lin). 137 n. 1.
Gauro (Benoit), 200 et n. 2.
Gavrelle(Jcan de), 142, 390, 410 et
n. 4.
532 —
Gênes (ville et république de), 9 n. 1 ;
34, 41, 42, 50. 58 n. 1 ; 62, 78,
79, 97 et n. 1, 100, 134 n. 6 ; 137,
141 n. 4; 144, 145 n. 4; 150, 151
et n. 1, 4; 152 et n. 1, 153, 174 et
n. 3, 203, 207, 220 n. 7; 246 et
n. 5, 252 et n. 3, 256-266, 272, 280
n. 7; 286 n. 6; 288 n. 1; 300, 305,
324, 332 n. 6; 356, 363, 372 n. 2,
4, 5, 7; 374, 376 et n. 5, 383, 384,
392 n. 1; 397-402, 409 n. 8; 425
et n. 2, 449-452, 454 n. 1; 470.
Gènes (Gui, archevêque de), 263 et
n. 5; 337.
Gênes (Jean de), 419.
Genève (Ame III, comte de), 293.
Genève (Hugues de), 50.
Genève (Robert de). — V. Clément VII.
Genevois (Aymon de), 333, 334.
Gentilly, 508 n. 2.
GcofTroi (chapelain de Pierre Thomas),
314.
Georges II (roi d'Angleterre), 482 n. 4.
Géorgie, 34.
Géorgiens, 34.
Gérakiès, 274.
Gerson (Jean), 448 n. 1.
Gervais (Pierre), 221 n. 1.
Ghazan (khan). 34, 35.
Giac (Louis de), 491, 504 et n. 2.
Giac (Pierre de), 504 n. 2.
Giblet, 397.
Giblet (Henri ou Gharion de), 108 et
n. 3, 120, 281. 285, 388 et n. 2;
389 n. 1; 390 et n. 5, 391 n. 6;
410 et n. 4.
Giblet (Louise de), 388 n. 2.
Giblet (Marie de), 388 n. 2; 391 n. 1.
Giblet (fils de Henri de), 388 et n. 2,
389 n. 1.
Gibraltar (ville et détroit de), 68, 69.
Giorgi (Pancrace), 62 n. 2 ; 97.
Giovenazzo, 374 n. 4.
Girardini (Guolfo des, podestat de
Bologne), 218.
Giudecca, 146.
Giussano (Bruno de), 218.
Giustini (Giustino des), 324 n. 5.
Giustiniani (Marc), 200 n. 4.
Giustiniani (Nicolas), 310 n. 1 ; 371,
373 n. 9; 370 et n. 7, 397.
Giustiniani (Pancrace). 46 n. 4 ; 58,
200 n. 4.
Giustiniani (Pierre), 44, 402 et n. 1.
Giustiniano (Paul), 151 n. 2; 376 et
n. 8.
Glandèves (Bertrand Lagier de Figeac,
cvcque de). — V. Figeac (Bertrand
Lagier de).
G locesler (Thomas, duc de), 480, 492.
Glogau, 194 et n. 6.
Gnesen (Jaroslaw, évêque de), 197
n. 2.
Goano (Nicolas de), 267 et n. 2.
Gonème (Jean de), 276.
Gonnesse (Nicole de), 417 n. 5.
Gonzague (famille), 209, 220.
Gonzague (Feltrin de), 209 et n. 1 ;
211, 228, 271 n. 13.
Gonzague (Louis de), 228.
Gonzague (Philippin de), 228.
Gorab (Jean), 390 etn. 1; 399 etn. 1.
Gorigos (ville et territoire de), 3, 110-
114, 246, n. 1;357 etn. 5, 6; 358,
365, 368, 369 et n. 4, 380.
Gorigos (comtes de). — V. Hayton et
Schabân.
Goritz (Albert IV, comte de), 100.
Goritz (Mainard de), 373.
Gorkum (Thierry de), 343 n. 5.
Gothland, 250.
Gournay-sur-Seine, 467 n. 3.
Gozon (Dieudonné de, Grand-Maî-
tre des Hospitaliers), 51, 57, 58, 59,
60, 61, 62, 98.
Gozon (Hugues de), 319 n. 1.
Gradenigo (famille), 230, 253.
Gradcnigo (Jean), 230 n. 2.
Gradenigo (Jean, doge de Venise),
100, 101, 137.
Gradenigo (Léonard, dit Calogero).
252 et n. 1, 4.
Gradenigo (Marc, dit le Sage), 230,
n. 2; 251 n. 2.
— 533 —
Gradcnigo (Marc, dit le Vieux), 230,
251 et n. 2, 252.
Gradenigo (Marin), 101 n. 3.
Gradcnigo (Titus, Léon, François et
Antoine), 230 n. 2.
Grado, 246.
Grado (patriarcat de), 171 et n. 2.
Grado (André, patriarche de), 41 n.
1, 2; 97 n. 6.
Grado (Fortunicr, patriarche de),
13'i n. 6 ; 137 n. 7. — V. aussi
Dclfin (Orso) et Frignano (Thomas
de).
Gran, 171 n. 2.
Gran (archevêque de). — V. Kanizsa
(,lean de).
Granccy (Eudes de), 270 n. 6.
Grands-Maitrcs (des Hospitaliers). —
V. Villaret (Foulques de), Villeneuve
(Hélion de), Gozon (Dicudonnc de).
Cornoliiian (Pierre de), Pins (Roger
de), Bércngcr (Raymond), Hcredia
(Jean Fernandcz de).
Grands-Maîtres (des Teutoniques). —
V. Kniprode (Winrich de).
Granson (Guillaume de), 333.
Granson (Othe de), 491.
Grazie (André délie), 323 et n. 5.
Grèce, 40, 42, 330 et n. 6, 335, 471.
(Jrecs, 11 et n. 7. 51, 57 n. 3; 108
et n. 4; 111, 137, 138, 141, 148,
205, 229-231, 251 et n. 7, 253,
284, 316, 335, 3'i9 et n. 1, 413,
415 n. 1; 459 n. 4.
Grégoire (Saint), 24 n. 6 ; 26, 407.
Grégoire VU (pape), 1.
Grégoire IX (pape), 108 n. 4.
Grégoire XI (pape), 89 n. 1; 298, n.
5; 382, 405 et n. 4, 7; 406-414,
422. 425 et n. 1, 451, 471 n. 3;
. 511 et n. 5.
(îrégoirc (Bércngcr), 105 et n. 3, 106,
313 et n. G, 317, 3'i4, 401, n. 3.
Grégoire (Jean, damoiseau d'Arczzo),
408 n. 3.
Grenade, 306, 470, 477, 489.
Grenoble, 48 n. 1 ; 49, 58 n. 5 ; 59 n. 2.
Grenoble (Jean de Chissey, évcquedc),
50 n. 1.
Grésillon (Jean), 422.
Grey (lord Richard, de Codnor), 166
n. 7; 279 et n. 7.
Grimaldi (Charles), 93 n. 4; 94.
Grimaldi (Jean), 354 et n. 6, 366 n.
1; 369.
Grimaldi (Perrin), 366 et n. 1, 369,
383 et n. 3.
Grimani (Pierre), 258.
Grimoard (Ange, cardinal), 24 n. 1 ;
227 n. 1; 228 n. 4; 337 n. 5; 374
n. 7; 378, 379 et n. 5, 381-383,
413, 435.
Grisac, 154.
Grisac (Guillaume Grimoard de), 154,
n. 1; 172 n. 5.
Grisélidis, 26.
Gritti (famille). 251.
Gritli (André), 260 et n. 5.
Groslée (Archimand de), 337.
Gualfredini (Pierre des), 510 n. 3.
Gubbio (Martin de), 319.
Guelfes, 372, 470 n. 4.
Guérandc (traité de), 166 n. 2.
Guerrot (écuyer), 366.
Guesclin (Bertrand du), 96, 166 n. 2,
183 et n. 4, 184, 188 n. 5; 271,
306 et n. 2, 307.
Guibelins, 470 n. 4.
Guienne (duc de). 467 n. 3. — V.
Berri (Jean, duc de).
Guines, 96.
Guigues (Dauphin de Vienne), 47.
Guise (château de), 183 n. 5.
Hache (Ordre de la), i63 n. 8.
Hadji (Soudan), 55 n. 1.
Ilaïa-Tliala^sa, 391.
Ilainaut (Jean d'Avcsnes, comte de),
22 n. 1.
llaiiiaul (Philippe de, reine d'An-
gleterre), 179 et n. 3, 182 n. 1.
534
Hancourt (Jean de), 162 n. 2.
Hangest (Aubert de), 49 n. 2.
Hangest (Jean de), 49 n. 2.
Hannibal, 25.
Hanost ( Hugues de , chancelier de
Suède), 491.
Harcourt (collège d' , à Paris), 430
n. 6.
Harcourt (Louis, comte d), 184,
424.
Harllcur, 278 n. 7.
Harlestone (Jean de), 480 et n. 8.
Hassan (émir), 277 n. 1.
Hawkwood (John), 268 n. 2.
Hayton (baron), 368 n. 5.
Hayton (comte de Gorigos cl chro-
niqueur), 112, 351, 468 n. 1.
Habraïka, 112 n. 7.
Heilly (Jacques de), 498.
Hélène (Sainte), 25, 121.
Hèms, 34, 35 n. 7.
Henri le"" (empereur d'Allemagne), 25,
128 n. 4.
Henri IV (empereur d'Allemagne), 25
n. 10.
Henri IV (roi d'Angleterre), 32 n. 2.
Henri V (roi d'Angleterre), 286 n. 7.
Henri VI (roi d'Angleterre), 23 n. 3.
Henri II, de Transtamare (le Magni-
fique, roi de Castillc), 346.
Henri I»"" (roi de Chypre), 128 n. 4 ;
152.
Henri II (roi de Chypre), 34, 35, 36,
86.
Henri (prince de Lithuanlc). — V.
Waydot.
Héraclius (empereur), 25.
Ileredia (Jean Fernandez de, Grand-
Maître des HospitaUcrs), 166 n. 3;
202 et n. 2.
Hereford (comtes de), 179, 366,
504,
Ilesdin, 182 n. 4, 5.
Hesdin (Simon de), 417.
Héthoum II (roi d'Arménie), 34.
Héthoumiens, 110 n. 2.
Hildesheim (Jean d ) 316 et n. 3.
Ilolland (Thomas), 165 n. 6.
Hollande, 245.
Homar-el-Seyfly (émir), 355 et n. 3.
Hongre (Bertrand le), 449 et n. 2,
3.
Hongre (Perrinet le), 449 n. 2.
Hongrie, 11 et n. 7, 135, 171, 176,
198 n. 2; 203, 233 n. 4; 246, 270
etn. 6; 271, 331, 332 n. 5; 434,
436, 454 n.l; 488, 489, 490,491.
494, 497, 498, 500, 502.
Hongrie (Elisabeth, reine de), 331
n. 9.
Hongrie (rois de). — V. André H,
Louis 1*='' et Sigismond.
Hongrois, 5, 217 n. 3; 223 et n. 4,
236 n. 4; 270 n. 5; 330, 337 n. 1;
489.
Honoré (Jean), 28.
Hospitaliers, 2, 34-36, 38-40, 43, 60,
62 etn. 2, 79,98, 101, 119 et n. 5,
128 n. 4; 137, 139, 140, 144 et
n. 3, 158 n. 3; 221, 243, 262, 263,
272 ei n. 1, 273 et n. 2, 281 et n.
3, 282, 284 et n. 7, 293, 294, 301,
n. 7; 318, 319 et n. 4, 325, 329 et
n. 4, 337, 349 et n. 1, 354, 360,
366, 375 n. 6; 401 n. 4; 402 n. 4;
405 etn. 8, 410 et n. 7, 411 et n.
3, 4, 5 ; 417, 478, 489.
Howard CWilliam), 347 n. 3.
Hugues I^"" (roi de Chypre), 123.
Hugues IV (roi de Chypre), 3, 19, 37,
39 etn. 2, 41 etn. 4, 43, 45, 52,
54, 55, 61, 62 et n. 2, 66 n. 2 ;
70, 76, 77 et n. 1, 78 et n. 4, 7,9;
80, 84-92, 95 n. 5; 98 et n. 1, 99
etn. 3, 101-107, 111,112, 115-117
et n. 4, 119, 138 et n. 4, 142 n. 2;
152 et n. 1, 2; 257 n. 3; 278 n. 6;
296 n. 5; 306, 340 n, 4; 390.
Huillement ('P), 511 n. 2.
Humbert II (Dauphin de Vienne), 6,
33, 40 n. 1; 43, 45-51, 54-59, 63,
69, 70, 71, 76, 88 n. 2; 140, 508
n. 3.
Huntingdon (comte de), 480 et n. 8.
— 535
Ibelin (Alix d' , reine de Chypre),
101 n. 7; 107, 138, 285, 316, 340
n. 4.
Ibelin (Gui d' , cvcquo de Limas-
sol), 102.
Ibelin (Jean d' , comte de JaQa),
282 et n. 5, 354.
Ibelin (Jean d' , fils de Philippe),
120, 143, 152 n. 2; 282 n. 5; 354
et n. 5, 357.
Ibelin (Philippe d' , seigneur d'Ar-
souf), 103 et n. 1, 120, 340 n. 4;
354 et n. 5, 390 et n. 5, 391 n. 6;
410 et n. 4.
Ibelin (Thomas d), 103 n. 1.
Ibrahim-Bcy (Grand-Caraman), 114,
115. — V. Caraman (Grand-).
Iconiiim (empire et ville d), 33, 112,
114.
Ida (mont), 53 n. 2.
Idmor (émir), 365, 368.
Illiono (Thomas), 397, 398 n. 1.
Illyrie, 171 n. 2.
Imbros, 51, 59.
Impcriali (Jean), 355.
Incuris (Jean), 381.
Inde, 86 n. 3; 287, 483.
Innocent III (pape), 1.
Innocent VI (pape), 14, 88 n. 1; 89
n. 1; 98, 100, 101, 104 n. 2; 113-
120, 133-141, 149, 150 n. 1; 152-
154, 157-160, 162, 185 n. 5; 207,
209 et n. 5, 210, 216 n. 7; 219 n.
4; 382, 383.
Ipek (diocèse d), 171 n. 2.
Irlandais, 486 n. 3.
Irlande, 413, 419, 481.
Isorc (maison d), 421, 432.
Islrie, 112.
Italie, 20, 31, 46, 50, 56, 58, 64, 78,
135, 150, 154. 155 n. 1; 157, 158
n. 4; 159 n. 3; 192 n. 4; 205-207,
211-214, 216, 219 n. 'i; 220 et n. 3,
5; 222 n. 1; 243, 250, 259, 261,
262 etn. 2, 265, 268-270, 280 n.
4; 330, 331, 341, 346, 357, 372 et
n. 5, 373, 382, 392, 395, 408, 411,
414, 425, 428 n. 2; 433 n. 5; 436,
466, 478, 481 n. 1; 502.
Jacobites, 108 n. 4; 287 et n. 4.
Jacques (confesseur de Pierre I^"", roi
de Chypre), 388 n. 1.
Jacques (Guillaume), 511 n. 2.
Jacques (juif), 303.
Jacques I^'' (roi d'Aragon), 207.
Jacques II (roi d'Aragon), 34, 40.
Jacques I" (roi de Chypre), 84, 102
n. 2; 143 n. 1; 145, 198 n. 4; 257
et n. 3, 301 et n. 10, 357, 389 et
n. 1, 2; 390, 391 n. 6; 394 n. 5;
410, 452 et n.2.
Jacques II (roi de Majorque), 69 n. 4;
93, 94 etn. 1, 95 et n. 3.
Jacques III (roi de Alajorque, époux
de Jeanne I''<= de Naples), 94, 95 et
n. 3, 150, 161 et n. 5.
Jacques (Saint), 452 n. 3; 474 n. 6;
479 et n. 5, 480, 481, 491.
Jaffa, 368.
Jafla (comte de), 391 et n. 6.
JafTa (comte de). — V. Ibelin (Jean d',
comte de JafTa).
Jagellon (roi de Lithuanie), 471.
Janus (roi de Chypre), 5, 84, 195 n.
3; 394 n. 5; 410.
Jarretière (Ordre de la), 350 n. 5.
Jarriel, 445.
Jauce (abbé), 332 n. 5.
Jean (Frère Mineur). — V. Héthoum II
(roi d'Arménie).
Jean XXII (pape), 37, 38 etn. 1, 108
n. 4; 168.
Jean (le pilote), 249 et n. 3.
JeanI"(roideCastillc). 437, 462, 463.
Jean II (roi do France). 13, 16, 22, 83,
87-89, 92, 93, 115. 119, 149, 159-
162, 164-172, 175-178, 180, 182
— 536
et n. 4, 5, 7; 184-187, 189, 196
n. 3; 202 et n. 1, 205, 210, 212-
216, 221 n. 1; 237 n. 1; 244, 266,
268, 278 n. 7; 338 n. 3; 416 et n.
2, 421 n. 7; 434 n. 1; 444, 463 n.
8; 508 n. 2.
Jean (Saint), 29 n. 3.
Jeanne (de Bourbon, reine de France).
— V. Bourbon (Jeanne de).
Jeanne (reine douairière de France).
— V. France (Jeanne de).
Jeanne I'^ (reine de JNaples), 41, 52,
66-68, 94, 154, 161 et n. 3, 5; 233,
268 n. 6; 270 et n. 5, 271, 338,
370, 374 et n. 2, 394 n. 5; 400.
Jeanne II (reine de Naples), 67 n.
3.
Jérusalem (ville et royaume), 2, 3, 26
n. 3; 30 n. 1; 32etn. 1, 36, 55, 57,
71-76.82-85,88, 102-104, 106etn.
3, 107, 116 et n.3, 120. 122etn. 1,
128 n. 4; 142, 167, 176, 194 n. 3;
211 n. 5; 246, 248, 284 n. 4; 299
et n. 2, 301. 304 et n. 7, 306, 307,
316, 322, 323, 335. 338, 341, 342
etn. 4, 343 n. 2; 347, 348 n. 4;
351, 355, 356 et n. 1,3; 372, 376,
381, 406 et n. 5, 408 et n 1, 417
et n. 2, 427, 463, 466 etn. 4, 469
n. 5; 472-475, 477, 479 n. 7; 480,
484, 492, 493, 495, 511 n. 5;
512.
Jérusalem (église du S. -Sépulcre à),
128 n. 4; 384, 413 n. 2.
Jérusalem (maréchal de), 294.
Jésvùtes, 343 n. 7.
Joinvillc, 368.
Joisan (civitas), 213 n. 3.
Jorni (Guillaume de). — V. Cerny
(Guillaume de).
Josèphe (Flave), 26 n. 4.
Joure (la). — V. Save.
Joyeuse (Dragonet de), 60, 61 n. 1.
Juifs, 51, 122, 129, 269, 287, 303
n. 2; 322, 347, 365 n. 7; 432 etn.
6. 439 et n. 7, 440 etn. 1, 470 n.
4; 472.
Juilly (Robert de, Grand-Maître des
Hospitaliers), 160 n. 11; 166 etn.
3, 205, 411 n. 5.
Julep (émir), 363.
Juli (Roger de). — V. Cornalie (Gi-
blet de).
Julien (l'Apostat), 25.
Julicrs, 190 n. 1.
Juliers (Guillaume VI, duc de), 190.
Jussy (Robert de), 443 et n. 4.
Justin (Martin), 510 et n. 1.
Kadischa. — V. Nalir-Abou-Ali.
Kacrléon, 180 et n. 5.
Kalisch, 194, 195.
Kanizsa (Jean de, archevêque de Gran),
488 n. 5.
Kapsokalini (Costas), 229.
Rarlstein, 197 n. 3.
Karpasso. — V. Carpasso.
Kauen, 178 n. 7.
Kcinstut (roi de Lithuanie), 178 et
n. 7.
Kermian (Etat et émir de), 33, 55 n.
1; 114 et n. 7, 502 n. 1.
Khalil (émir), 302, 303 n. 2.
Khondouk (émir), 302.
Kmada (François), 305.
Kniprode (AVinrich de, Grand-Maître
de 1 Ordre teutonique), 247.
Koniggrâtz, 197 n. 3.
Kônigsberg, 179 n. 7; 247,
Kolocza, Colocza (archevêché de),
140 n. 4; 171 n. 2.
Konich. — V. Iconium,
Korykos, 112.
Kostcn, 194.
Rotiimboghà(Almanssouri,cmir), 297,
302, 307.
Kourdes, 351.
Koutlouk (-Schah), 35.
Kubbct-Ahnassr (Dôme de la Victoire),
361 n. 3.
Kutayeh, 55 n. 1.
537 —
Lagny, 507 et n. 1.
Lajazzo, 3 n. 1 ; 60, 110, 115 n. 1;
346, 368, 369 et n. 1, 4; 376,380,
392, 397, 511 n. 5.
Lala (Catalo de), 225 n. 6.
Lamas, 111.
Lampron, 110 n. 2.
Lampsaque, 140.
Lancastre (Jean de Gand, dvic de), 93,
278 n. 6; 480, 491, 492.
Lango, 318.
Langres (Guillaume de Poitiers, évo-
que de), 188.
Langres (Guy Baudet ?, cvcque de,
auteur de mémoires sur la croisade),
470 n. 4.
Languedoc, 465 n. 6; 504.
Lannoy (Guilleberl de), 286 n. 7.
Laodicée, 368, 397.
Laodicce (Simon, cvèque de, vicaire
de Famagouste), 62 n. 2; 314, 316.
Laon, 188 n. 3.
Laon (Geoffroi le Meingrc, évoque de),
188.
Larcndali, 114.
Larnaca, 81.
Larrez, 444.
Lascaris (Erard , co-seigneur d'Arcadie),
280 n. 6.
Lascaris (Jean, Calophéros), 280 et
n. 6, 285, 354, 357.
Lassillo, 337.
Latakich. — V. Laodicée.
Lattes (château de), 93.
Lauria (Jean et Robert de), 272 n. 6.
Lausanne, 204 n. 8.
Lausanne (Âimon de Cossonay, cvêqne
de), 204 n. 8.
Layas. — V. Lajazzo.
Lebron (Maurice), 334.
Lcclourc, 132.
Leipzig, 472 n. 4.
Lclinghem, 465, 468 n. 2; 478 cl n. 6.
Lens (Baudouin de), 96.
Léon V ou VI (roi d'Arménie), 3,110-
112, 380 et n. 4, 385 n. 2; 395 n.
1; 447, 462-465, 478 et n. 9, 479
et n. 1, 2.
Lépante (archevêché de), 140 n. 4;
171 n. 2; 242 n. 6.
Lcrcari (Dominique), 405 et n. 3.
Lercari (Jacques), 405.
Lesparrc (Florimont do), 329 et n. 3,
333 n. 9; 354, 355 et n. 2, 357-
360, 369 n. 4, 6; 371, 372 et n. 1,
2; 491.
Levant, 52 n. 3.
Levât (Pierre de), 353 n. 4.
Liban (Mont-), 365.
Liche. — V. Laodicée.
Lido (S. Nicolas du), 147, 309.
Liegnitz, 194.
Ligniers (seigneur de). — V. Loyc
(Pierre de).
Limassol, 158, 282, 304, 311, 321 n.
2; 406 et n. 6, 409.
Limassol (Lambertin, évêque de). 39
et n. 3.
Limoges, 185 n. 5; 278 n. 6.
Limoges (Jean de), 414.
Lincoln, 269 n. 6.
Lindsay (Alexandre de), 491.
Lindsay (David de), 491.
Lipari (évèchc et évoques). — V. Patli.
Lippa, 331 n. 3.
Lisieux (évoque de). — V. Oresme
(Nicole).
Lithuanie, 197, 247 n. 7.
Lithuanie (rois de). — V. Jagellon,
Kcinstut, Waydot.
Livonic, 41.
Livournc, 50.
Lluchmayor, 95.
Lombard (Jean), 90 cl n. 1, 2; 91
n. 3.
Lombardie cl Lombards, 31 et n. 1,
45, 51, 59, 63 et n. 2, 64 et n. 2,
66, 69, 72, 92 n. 1 ; 112 n. 11 ; 1 19
n. 2; 122, 137, 149 et n. 4, 152,
154 et n. 5, 185 n. 3; 190 n. 2;
199, 206, 207, 208 n. 6; 211. 217,
— 538 —
218, 228 et n. 5, 229, 233, 235 n.
4; 281, 330, 372, 426-428, 450,
451. 490 n. 1; 498.
Londres (ville et bourgeois de), 178-
182, 185 n. 5; 186, 464.
Lopcz (Pierre, d Ayala), 491 et n. 3.
Loredan (Paul), 200 n. 4; 254.
Loria (Jean et Robert de). — V. Lauria.
Lorinch (Noël), 184.
Lorraine, 268, 270, 460 n. 4.
Lorraine (Antoine de), 23 n. 3.
Lorraine (Jean I<^'', duc de), 163 n. 6;
187.
Lorrains, 471.
Lorry (Robert de), 169 et n. 1 .
Lostène (Dominique), 317.
Louis (le Débonnaire), 25 et n. 10.
Louis (de Bavière, empereur), 48.
Louis VII (roi de France), 123.
Louis IX (roi de France), 1. 2, 25 n.
6; 193 et n. 3, 489 n. 2; 501.
Louis d'Espagne ou de la Cerda (roi
des Iles Fortunées), 49.
Louppy (Raoul de, ou Raoul de
Vienne), 160 n. 6.
Louviers (Charles de), 430 et n. 4.
Louvre, 343, 419, 463 n. 3.
Lovixellis (Gualdisio de), 210 n. 4;
218 etn. 4, 7.
Loye (Pierre de, seigneur de Li-
gniers), 50.
Loyes (Galéot de), 332 n. 5.
Lucerne (Jacques de), 335.
Lucignano, 112 n. 11.
Lucinges (bâtard de), 55 n. 3; 56 et
n. 2, 76.
Lucinges (Etienne ou Estevenin de),
50, 56 et n. 3, 76.
Lucques, 97, 377 n. 3; 378.
Lucques (Ange de), 116.
Lûbeck, 191.
Lugo, 213, 214 n. 1; 219, 222, 226,
228 n. 1.
Luna (Thérèse do), 207.
Lupi (Bonifacc des), 320 n. 2.
Lusace, 191.
Lusignan (château de), 185 n. 1.
Lusignan (famille de), 110, 185 n. 1;
450.
Lusignan (Amaury de, prince de
Tyr), 35, 79.
Lusignan (Amaury de, roi de Chy-
pre). — V. Amaury (roi de Chypre).
Lusignan (Bohémond de, fds du
prince de Tyr), 79.
Lusignan (Bohémond de, roi d'Ar-
ménie), 257 et n. 3, 380 et n. 3.
Lusignan (Echive de), 95 n. 3,
Lusignan (Gui de, roi d'Arménie),
79 et n. 4, 385 n. 2.
Lusignan (Gui de, fils de Hugues
IV), 82 et n.3, 83, 101 n. 7; 104,
107 n. 2; 116 etn. 2, 3; 117.
Lusignan (Guyot de, fils de Léon VI),
479 etn. 3.
Lusignan (Hugues de, prince de
Galilée). — V. Galilée (Hugues de
Lusignan, prince de).
Lusignan (Hugues IV, roi de Chypre).
— V. Hugues IV (roi de Chypre).
Lusignan (Isabelle de, fille de Hu-
gues IV), 91 n. 3.
Lusignan (Isabelle de, fille du roi
Gui et princesse de Morée), 385 n. 2.
Lusignan (Jacques de). — V. Jacques
I" (roi de Chypre).
Lusignan (Janus de). — V. Janus (roi
do Chypre).
Lusignan (Jean de, fils du prince de
Tyr), 79, 380.
Lusignan (Jean de, prince d'An-
tioche), 5, 19, 89-91, 118 n. 4;
120 et n. 5, 123, 172 n. 2; 203,
232 etn. 6, 284, 296, 301 etn. 10,
357-359, 364, 366, 370, 376, 381
n. 1; 384, 387, 389 et n. 2, 390,
391 et n. 3, 394 et n. 5, 396 et n.
4, 398-402, 405-408, 410 et n. 1,
3; 420, 421 n. 1; 426 n. 5.
Lusignan (Mariette de), 107 n. 2.
Lusignan (Pierre de). — V. Pierre !'-'■'
et Pierre II (rois de Chypre).
Lusignan (Robert de), 112 et n. 11,
113, 124 n. 1,
539
Lusignan (Soldanc de, mère de Léon
VI), 257 n. 3.
Lusignan (Thomas de), 91 n. 3.
Lusignano (famille de), 112 n. 11.
Luxembourg (famille de), 191.
Luxembourg (Bonne de, reine de
France), 183, 429 n. 4.
Luxembourg (Charles de). — V. Char-
les IV (empereur d'Allemagne).
Luxembourg (Jean de, roi de Bo-
hème), 22, 38, 69 et n. 3, 4; 190.
Luxembourg (Jean de, parent do
Pierre I"), 172 n. 2.
Luxembourg (Pierre de, cardinal),
15 n. 4; 437 et n. 6, 447, 448 n.
1; 460 et n. 3, 4, 5, 7; 461 et n.
2, 462 et n. 1.
Luxembourg (seigneur de), 333.
Luxembourg (Wcnceslas de). — V.
Brabant (duc de) et Wcnceslas (em-
pereur).
Luylier (Jean), 446 n. 1.
Lycaonie, 114.
Lyon (Henri de Villars, archevêque
de), 47.
Lyon (ville et concile de), 35 n. 8;
160, 173, 175 n. 3; 221 n. 1.
M
Machabce(Judas),27n.5; 29n. 5;80.
Machabées, 72.
Machaul (Guillaume de), 392 n. 7;
430 n. 2.
Màcori, 271 n. 6.
Madrid, 462.
Maghrabilcs, 292 et n. 9, 397. — V.
Barbarcsques et Berbères.
Magnésie, 53 n. 2.
Alagnicarthès (Georges), 331.
Mahcdia, 477.
Mahomet, 30, 246 n. 6; 304 n. 4 ;
417 n. 2.
Maignclay (Tristan de), 160 n. 11.
Mauvilly (seigneur de). — V. Blézy
(Jean de).
Maisicrcs (Simon de), 13 n. 6.
Maisières (Philippe de). — V. Mczières.
Majorque, 93 etn. 4.
Majorque (Alix de, dame d'Ibelin),
390 n. 5.
Majorque (Fernand ou Ferrand de),
95 n. 3.
Majorque (Isabelle de, marquise de
Montfcrrat), 95.
Malaspina (Michel), 205.
Maie (Louis de, comte de Flandre). —
V. Flandre (Louis de Malc, comte de).
Malghera, 149, 200 et n. 6.
Mallo, 368.
Mallone (Barthélémy), 401 et n. 5.
Malmistra, 110.
Malocello, Malosello (famille), 103 n. 3.
MaloccUo (Pierre), 103 et n. 3, 151 et
n. 3, 264 n. 4; 285, 313, 354,371.
373 n. 9; 375 n. 6; 376 et n. 7,
398.
Mamelouks, 70, 290, 296, 361.
Manacor, 94.
Manavgat (ville et émir de), 115 et n.
1, 124, 125, 127 n. 2; 320.
Manavgat-Sou, 115 n. 1.
Manfredi (château des), 222.
Mans, 478.
Mansuerius. — V. Masuerius.
Mantes, 448 n. 1.
Mantoue, 189 n. 8; 379 et n. 5.
Manlzas (prêtre grec), 108.
Mar (Pierre da), 285 et n. 1.
^laraclée, 35.
Marcel (Garnicr), 443, 444.
Marcel (Jacques), 443.
Marcel (Marie), 446 n. 1.
Marie d Espagne, comtesse d'Alcnçon,
446.
Marmousets, 447, 468, 478.
Marne, 507 n. 1.
Maroc, 69, 470.
Marsan (Eustache de), 444.
Marseillais, 297.
Marseille, 47, 49. 50 et n. 1, 63, 154,
155, 288 n. 1; 319, 334 et n. 9,
374 et n. 3, 476.
— 540 —
Marseille (sire do), 337 et n. 2.
Martelet- Saint- Jean (rue du, à Paris),
lÔn. 4.
Martin. — V. Justin (Martin).
Mascrino (Bernard de, seigneur de
Plaines), 204 n. 1.
Masserii (famille des), 9, 10 n. 2.
Masserio (François), 10 n. 2.
Masuerius (Petrus), 14 n. 4.
Mauny (Gautier de), 179.
Maures, 68, 207 n. 6; 340 n. 1.
Mayence, 175.
May non (Iluguenet de), 313.
Mazarini (famille des), 10 n. 9.
Mazoerius. — V. Masuerius.
Mazzerius (Petrus), 14 n. 4.
Meaux, 507 n. 1.
Meaux (Jean de), 16 n. 4.
Meaux (Philippe, évêque de). — V.
Vitry (Philippe de).
Mecque (la), 291.
Méditerranée, 36, 114, 249.
Méhédieh. — V. Mahédia.
Mêlas, 115 et n. 1.
Melfi (Antoine de Rivello, évêque de),
203 et n. 2.
Melun, 165 n. 6; 189, 420 et n. 7,
421 n. 7; 422, 445, 510 n. 5.
Mendiants (moines), 449, 511 n. 2.
Meniko, 354 et n. 1, 388 n. 2.
Menkeliboghâ (émir), 384.
Mennot (Robert le, dit Robert l'Ermite),
479 et n. 5, 7; 480 et n. 6, 7;
482 et n. 2, 487, 488 et n. 1, 491.
Mercier (Jean le), 478 et n. 1.
Merlin, 26, 483.
Merval, 168 n. 5.
Mesembria, 336.
Messine (évcché de), 171 n. 2.
Mestre, 149 n. 3; 150, 200.
Métélin, 51,318, 466 n. 3. — V. aussi
Gatelusio.
Metz, 36 n, 3; 198, 449 et n. 1, 461.
Meulan, 278 n. 3.
Meung (.Tcan de), 24 n. 2.
Mézières (en Picardie, bourg et châ-
teau), 9 n. 1; 10 n. 1; 12 n. 1; 13,
22. 23 et n, 3, 63, 68, 69 n. 5; 71,
473, 511 etn. 2, 512.
Mézières (bâtard de), 346 et n. 3.
Mézières (Gui de), 15 n. 4; 460 et n.
4, 461, 462.
Mézières (Guillaume de), 14 et n. 3,
317.
Mézières (Jean de, conseiller royal),
15 n. 1 ; 443 et n. 1.
Mézières (Jean de, chanoine de Noyon,
neveu de Philijope), 15 et n, 1 et 3,
448, 511.
Mézières (Philippe de), passim.
Michel (aumônier, précepteur de Char-
les VI), 429 n. 4.
Michel (Jean, sergent), 58 n. 1.
Michèle (Domenico, di Santa Fosca),
231. 251, 254, 340.
Milan, 20, 134 n. 6; 151 et n. 7, 8;
206, 207, 213 n. 1; 216, 217, 218
et n. 3, 221 et n. 4, 226 et n. 5,
13; 228, 236 n. 4; 241, 242 et n.
3, 243 et n. 8, 307, 379 n. 5; 382,
425 n. 1; 426, 427, 428, 507.
Milan (Jean, archevêque de). — V.
Visconti (Jean).
Milan (Robert Visconti, archevêque
de), 210.
Milan (seigneurs, puis ducs de). — V.
Visconti (Bernabô, Galéas, Jean,
Jean-Galéas, Lucchino, Mathieu).
Milet. — V. Palatscha.
Mileto (comte de). — V. Sanseverino
(Robert de).
Milo, 40.
Mimars (Gui de), 120, 282, 354.
Mimars (Huguet de), 354.
Mimars (Marie de), 388 n. 5.
Mimars (Pierre de), 390 n. 5.
Mimorant (Grand et Petit), 510 etn. 5.
Mineurs (Frères), 41, 134 n. 6; 398 n. 2;
413, 414. — V. Mendiants (moines).
Minotto (Pasqualin), 253, 254.
Misnie, 173, 190, 191 et n. 4.
Misnie (Balthasar, marquis de), 191.
Misnie (Frédéric-le-Fort, marquis de),
173, 190, 191.
— D41
Misnic (Frcdôric-lc-Sérieiix, marquis
de), 190, 191.
Misnie (Guillaume, marquis de), 191
cl n. 2.
Missir. — V. Caire (le).
Mitry (Jean do), 175.
Moccnigo (Pierre), 200 n. 4.
Mocenigo (Thomas), 488 n. 4.
Modenais, 219, 222.
Modène, 211, 217 n, 5; 227, 379 et
n. 5.
Modon (ville et châtelains de), 277 n.
2; 334, 385 n. 2; 510 n. 3
Mohamet-Reïs, 213 n. 2; 275.
Mohammed (Soudan), 362 n. 6.
Moïse (condottiere hongrois), 236 n. 4.
Moldavie (Etienne, prince de), 197 n. 1.
Molino (Alvisc de), 340 n. 2.
Molino (André de), 39.
Molino (Georges de, évoque de Coron),
252.
Momiachus (Chrétien), 172 n. 2.
Monglat, 445.
Mongols (et khans des), 33, 34 et n.
2, 46 n. 2 ; 51, 86, 114, 197 n. 1;
288, 290, 351 n. 3; 459 n. 4; 470
n. 4.
Monopoli, 411 n. 4.
Monreale (évèché de) , 171 n . 2 .
Montaigu (Gilles Aycelin de, évoque
de Térouanno, puis cardinal), 214
et n. 3.
Monthéliard (Amphélise de), 154 n. 1.
Mont-Gassin, 154 n. 5; 400 et n. 1.
Mont-Cassin (Hugues, Marzlo, Ray-
mond, vicaires de), 400 n. 1.
Montcenis (bailliage de), 430 a. 2.
Montdidier, 23 n. 3.
Montdragon (Dragonet de), 319.
Monlebello, 217 n. 5.
Montefiascone, 397, 398 cl n. 1, 413
n. 3.
Montclimart, 268 n. 6.
Montcllo, 395 et n. 3.
Montfaucon, 507.
Montfcrrat, 228 n. 4.
Montferrat (.lean II, marquis de), 150,
151, 226 et n. 5, 228, 244 n. 2;
272.
Montferrat (marquise de). — V. Ma-
jorque (Isabelle de).
Montfleury (château, puis abbaye de),
48 n. 1 ; 58.
Montfort (Échive de), 107 n. 2.
Montfort (Jean de, duc de Bretagne),
333, 429 n. 6.
Montfort (Rupin de), 107 n. 2.
Montgé, 507 et n. 1.
Monthou (Chivard de), 333.
Montmaur (Jacques de, gouverneur
du Dauphiné), 492.
Montmélian, 221 n. 1.
Montmuran (bataille de), 96 n. 4.
Montolif (Hugues de), 120, 282.
Montolif (Jean de), 120, 316.
Montolif (Roger de), 282.
Montolif (Thomas de), 90, 117 et n.
4, 119, 120, 256, 316, 386.
Montpazier, 132 et n. 2.
Montpellier (ville et seigneurie de),
93, 99, 154, 156, 172 et n. 2,382,
400 n. 1; 434 n. 1.
Montreuil, 177.
Monturac ou Monteruc (Pierre de,
cardinal), 413.
Moravie, 246.
Moravie (marquis de), 157.
Morbassan. — V. Umurbeg.
Morée, 139.
Morée (despote de). — V. Cantacuzène
(Manuel, despote de Morée).
Morel (Eustache). — V. Deschamps
(Euslachc).
Morestel (Argod de), 337.
Moret, 444.
Morf (Jean du, comte de Rochas
ou d'Édesse), 117 et n. 4, 119, 120,
256, 282, 293, 294, 302, 387, 391
n. 6; 397 et n. 1.
Morges, 204 n. 8.
Mormant. 4'i5.
Morosinl (Marc), 200 n. 4.
Morosini (Pierre), 397, 398 n. 1.
Morosinl (Robert), 200 n. 4.
— 542 —
Morlimor (Hugues). 270 n. 5.
Moslo (Pierre (]n), 200 n. 4.
Moulins (Philippe de, évêquc de
Noyon). 214 et n. 3, 216.
Moustry (Jean de), 318, 319, 320, 354,
357, 358, 359, 360, 366, 370, 389,
391 et n. 8.
Murano, 399, 400 n. 2.
Murta (Jean de, doge de Gènes), 97
n. 1.
Myloi, 121 et n. 3, 142, 276, 282.
Myra, 112 n. 10; 126 n. 6; 127 et n.
2.
N
Nabinaud (Elle de, archevêque de
Nicosie), 107 n. 2; 108 et n. 4.
Nâgel (Nicolas de), 204 n. 8.
Nahr-Abou-Ali, 365 n. 5; 366.
Najara (bataille do), 162 n. 4.
Naou (Nicolas de), 410 n. 1.
Naples, 37, 66, 72, 92, 144 n. 5 ; 154,
155 n. 1; 161, 270 n. 5; 288 n.
1; 319, 370 et n. 6, 374, 470 n. 6.
Naples (Nicole de). — V. Spinelli
(Nicolas).
Naples (rois de). — V. Sicile (rois de).
Napolitains, 354 et n. 7.
Narbonnc, 122, 288 n. 1 ; 434.
Narbonne (archidiacre de), 491.
Narbonne (Robert Paynel, évèque de),
156.
Narbonne (vicomte de), 36.
Nasareddin (Nassar-el-Din Mahmct
Craïa), 321 et n. 1, 323 n. 7 ; 353
et n. 1, 355 et n. 3, 363, 364 n. 1.
Navarrals, 491.
Navarre (collège de). — V. Champa-
gne (collège de).
Navarre (Louis de, comte de Beau-
mont-le-Roger), 177.
Navarre (Philippe de, comte de
Longueville), 177 et n. 2.
Navarre (Pierre de, ensuite comte
de Mortairi), 491.
Navarre (roi de). — V. Charles II, le
Mauvais (roi de Navarre).
Naxos (archevêché de), 140 n. 4; 242
n. 6.
Négrepont, 37, 38, 40 et n. 9, 41 n. 4 ;
42, 46, 50, 55 n. 1; 62, 100, 273,
334, 335, 336.
Ncgro (Ughetto di), 267 et n. 2.
Néopatras (Patradjik) (archevêché de),
140 n. 4; 242 n. 6.
Néphin (famille de), 407 n. 1.
Néphin (Gui do), 406 et n. 6, 409 et
n. 2.
Néphin (Pierre de), 407 n. 1.
Néphin (Renaud de), 407 n. 1.
Nerga, 178 n. 7.
Ncstoriens, 108, 316.
Ncufchàtel, 204 n. 8.
Neufchâtel (Jean-Thiébaut de), 333.
Ncufchàtel (Louis, comte de), 204 n. 8.
Neustadt, 194.
Nevers (Jean, comte de), 489, 490,
498, 500, 504.
Nevers (Pierre Aycelin, évèque de),
214 et n. 3, 216.
NeviUe (Jean de), 388 et n. 5.
Nice (Jean de). — V. Denis (messire).
Nicolas (condottiere hongrois), 236 n.
4.
Nlcomédlc (Georges, évèque de), 411.
NIcopolis, 2, 5, 7 et n. 1, 333, 491
et n. 1, 497, 498, 502, 513.
Nicosie, 90, 91, 102 et n. 1, 104, 105,
106 n. 4; 107, 108 et n. 4, 129,
138, 142 et n. 3, 144 n. 1; 171 n.
2; 200 n. 10; 275, 276, 282, 304,
312, 313 n. 6; 317, 318, 321, 322
n. 4; 356, 357, 369 et n. 5, 384-
388, 392, 393 n. 2; 402, 410.
Nicosie (archevêques de). — V. Cham-
barlhac (Philippe de), Nabinaud (Élic
de), Pradèlc (Raymond de la).
Nicosie (Alain, évèque élu de), 128 n. 4.
Nicosie (Henri de Byblos, archidiacre
de), 128 n. 4.
r.i
43 —
Nicosie (Raoul, archidiacre de), 128
n. \.
Nicosie (doyen de). — V. Grégoire
(Bcrenger).
Nicosie (vicoinlcs do). — V. Gijjlct
(Henri do), Ncville (Jean de).
Niem (Thierry do), 48 'i n. 3.
Nil, 289, 296, 3G1.
Nîmes, 99.
Nisyros, 79.
Nitria, 202 n. 3.
Nilria (Etienne, évoque de), 331.
Noellel (Guillaume de), 331.
Nogcnt-lc-Roi, 'i38.
Noir (Prince-). — V. Edouard (prince
de Galles, dit le Prince-Noir).
Noire (Mer), 195 et n. 8.
Nonantola, 209 n. 5.
Norès (Jacques de), 120, 125, 127,
256, 282, 354, 356, 357, 359, 362,
363, 370, 376 n. 6; 391 n. 3.
Norès (Janot de), addenda.
Norès (Louis ou Alvise de), 90 et n.
5,91.
Norès (Simon de). — Leçon erronée
pour ïhénouri (Simon).
Normandie, 6, 31 et n. 1, 49, 95, 165
n. 6; 175, 479 n. 5; 491.
Normandie (Charles et Jean, ducs de).
— V. Charles V et Jean II (rois de
France).
Normands, 479.
Northumherland (Henri, comte de),
491.
Norvège, 6, 41, 163, 248, 249. 250.
Norvège (Hakon VI, roi de), 163,
250.
Norwich (Henri Despenser, évoque
de), 464.
Noyon, 15 et n. 3, 448, 511.
Noyon (Gilles de Lorris, évoque de),
188. — V. Moulins (Philippe de,
évoque de Noyon).
Nubie, 86, 297.
Nuremberg, 245, 381 n. 3.
Nuremberg (Jean de), 489.
Oclavien (-Auguste), 25.
Ognihuono (Hugues), 103 et n. 4, 109.
Olcggio (Jean d), 209.
Olivier, 25, 487.
Oltedo (André d ), 239 n. 6.
Oppeln, 194 n. 6; 195.
Oresme (Nicole), 24 et n. 2, 94, 418
et n. 1, 431 n. 2.
Orgemonl (Pierre d', chancelier de
France). 418, 424, 439 n. 1 ; 441
n. 1.
Oriago, 150.
Orléans, 268 et n. 3, 436.
Orléans (Blanche, duchesse d'), 188.
Orléans (Loui.s, duc d ), 214 n. 3;
394, n. 5, 418 n. 3; 423 n. 3; 427
et n. 5, 428 n. 2; 439 n. 2; 447,
466 n. 1; 476, 477 et n. 9. 478
otn. 3, 481 n. 1; 491, 498, 504-
508.
Orléans (Philippe, duc d), 96 n. 2.
Orléans (Valentine Visconti, duchesse
d). — V. Visconti (Valentine, fille
de Jean-Galéas).
Orose, 26.
Orsini (Angelo), 400 n. 1.
Orto (Lucien dell). — V. Nasarcddin.
Osimo (A. d). — V. Osimo (Nicolas
d).
Osimo (Nicolas d ), 399 et n. 3, 400.
Ostic (évoques). — V. Innocent VI
(pape), Colomljiors (Pierre de), et
Aubert (Audouin).
Ostrevant, 16.
Othim (Jean d), 270 n. 5.
Othim (Nicolas d), 270 n. 5.
Otranto, 238 et n. 10.
Oxford, 354 n. 10.
Pachost (Albert), 76.
Paderborn (Baudouin, évoque de). 412
n. 3.
— 544 —
Padoue, 150 cl n. 3, 211, 218 n. 8;
320 n. 2.
Padoue (seigneur de). — V. Carrare
(François I»'' de).
Paix (Cliarlcs de la, roi de Naplcs).
— V. Charles III (roi de Sicile).
Palatscha, 53 n. 2; 281, 331 et n. 2,
'i88 n. 3.
Palcologiie (Jean , empereur de
Constantinople), 37, 38 et n. 2, 57,
136 et n. 6, 137-139, 110, 196
ri. 3; 205, 253, 266 n. 5; 272, 280,
308, 328, 331, 332 n. 6 ; 335, 336,
337 et n. 1, 345 n. 1; 411, 454
n. 1.
Palcologue (Michel, empereur), 42.
Palcrme (archevêché de), 171 n. 2.
Palestine, 248, 503.
Palma, 95.
Pamiers (Raymond d'Accons, cvêque
de), 412.
Pampelune (Martin de Zalva, cvêque
de), 413, 436, 437 et n. 1-4.
Pandaïa, 275.
Pandegoli, 209.
Pannochia, 280.
Paphos, 79, 106 et n. 6, 110, 142,
274, 275,322 n. 4;345n. 1; 370,
388. 399.
Paphos (?, évêque de), 98 n. 3; 99.
Paphos (Pierre, cvêque de), 128 n. 4.
Paradiso (André), 200, 260.
Pardsepert, 111.
Parduhitz (Ernest de, archevêque
de Prague), 15;5 n. 4.
Parenzo (diocèse de), 171 n. 2.
Parietibus-Tortis (Pierre Arnaud de),
59.
Paris (ville, Eglise et Université do),
16, 59, 133, 160, 175, 176, 182
n. 5, 6; 183, 184 n. 1; 185-190,
196 n. 3; 203, 240 n. 8 ; 267 n.
3; 362 et n. 1, 373 n. 6; 418 n.
6; 420-428, 430 n, 6; 433 n. 3;
435-439, 442-448, 453, 460-465,
476, 479, 480, 482, 487, 491, 497-
499,505 et n. 9, 506, 509-511.
Paris (Etienne, évêque de), 424 et n. 3.
Paris (Guillaume de), 24 n. 6.
Parme, 64, 208 n. 5; 212, 280 n. 4.
Parme (Paul de), 50 n. 5.
Paros, 40.
Parqueté (Pierre la), 16 n. 4.
Parthenay (sire de), 184.
Pasnadego, 145 n 6.
Passion (Ordre do la), 55 n. 3 ; 70,
71, 299 et n. 4, 300 et n. 3; 342,
347-352, 385, 411, 428, 433 n. 5;
453-455, 472, 473 et n. 1, 7; 474
n. 2; 475 n. 6; 480 et n. 6, 481 n.
1; 484 etn. 6, 490-497, 500, 502-
504, 513.
Passit ou Passes (seigneur de), 120.
Pastoureaux, 36.
Patras (archevêché de), 140 n. 4 ; 171
n. 2; 242 n. 6.
Patras (Bongiovanni, archevêque de),
273.
Paul II (pape), 415, n. 1.
Pavie, 25 n. 2; 150, 319, 332, 333
n. 9; 346, 427.
Pembroke (Richard de), 179.
Penthicvro (Jeanne de, duchesse de
Bretagne), 429 n. 6.
Pepoli (Jacques), 206.
Pepoli (.Tean), 206, 207.
PepoU (Thaddée), 41, 64.
Pera, 41, 243, 260, 280 n. 6; 335,
336, 466 n. 3.
Percy (Henry), 491.
Percy (Raoul), 491.
Périèques, 198 n. 4; 370.
Périgord, 131, 279.
Périgord (cardinal Talleyrand du), 133
et n. 7; 156, 157, 165, 166, 185
n. 5; 186 etn. 1, 204, 237 n. 1,
2; 239 n. 8; 242.
Périgueux, 186.
Pcrouse, 41, 43.
Perpignan, 122.
Perrin (bouffon de Hugues, prince de
Gahîée), 334 n. 7.
Perrin (roi de Chypre). — V. Pierre
H.
— 545 —
Perse, 33, 34, 289, 297.
Perthcs, 510 n, 5.
Peste (grande), 51 n. 2.
Petit (Jacques le), 144, 356.
Petit (Jean), 426 n. 4; 427, 428, 506
n. 6; 507 n. 3; 508.
Petit (Noël le), 409.
Petit (Renier le), 390.
Petit (Simon le), 62 n. 2.
Pétrarque, 26, 144 n. 1; 192 n. 4; 253
et n. 2, 3; 254 et n. 1, 2; 305,
334 n. 5; 392, 417.
Pliare-de-Mcssinc, 158 n. 4.
Philippe- Auguste (roi de France), 25
n. 9.
Philippc-le- Bel (roi de France), 1, 21,
22, 36 et n. 1.
Philippe de Valois (roi de France), 13,
22, 37, 38 ctn. 1, 40 et n. 6, 45,
46, 49, 50 n. 1; 58 n. 2; 69, 88
n. 1 ; 89, 93 et n. 4, 161, 168 n.
4; 189, 428 n. 10; 470.
Philippot (condottiere), 360 n. 3.
Phllippot (filleul do Philippe de Mc-
zières), 511 n. 2.
Phocée (Nouvelle), 51 n. 5.
Phocce (Nouvelle, cvêque de la), 400
et n. 3.
Photius (patriarche de Constantinople),
411.
Picard (Henri , maire de Londres),
181 n. 6.
Picardie, 6, 9 n. 1 ; 10 n. 10; 11, 13
n. 2; 23 n. 3; 29, 31 et n. 1, 72,
96, 130, 460 n. 4.
Picards, 10 n. Il; 11, 13, 30, 64,
77, 85, 492.
Piccamiglio (Conrad), 42 n. 3 ; 43.
Picquigny (Jean de), 183.
Pie II (pape), 415 n. 1.
Piémont, 268 n. 2.
Pierre IV, le Cérémonieux (roi d'Ara-
gon), 93 et n. 4, 5; 94, 107 n. 2;
144 n. 5; 169, 307 n. 3, 5; 338,
344, 373 ctn. 7, 392.
Pierre l'^'", le Cruel (roi de Castille),
107 n. 2; 207, 382.
Pierre l'^'' (roi de Chypre), 3-7, 9 n. 1 ;
14, 17-19, 23. 27 n. 3, 5; 33, 39,
52 n. 3, 5 ; 66 et n. 2, 67 et n. 2,
76 etn. 2, 4; 80-92,100-129, 131,
137, 140-153, 158etn.l, 2; 160-
167, 170-206, 212-216, 219 n. 1;
221, 222 et n. 7, 225, 228, 229.
231-247, 250, 252 et n. 4, 254-268,
272-286, 289-342, 346 et n. 2,
347 etn. 1, 2; 349 n. 7; 353-385,
388-396, 405 n. 1, 5; 407-410,
413, 416, 420, 421 et n. 2. 424,
426 et n. 5, 427, 450, 452, 462,
463 n. 8; 466, 473 et n. 3, 491,
500, 511 n. 5.
Pierre II (roi de Chypre), 19, 66 n.
2; 85 n. 1; 107 n. 2; 143 n. 1;
151 n. 1; 239 n. 2; 370 et n. 6,
374, 377 et n. 6, 383 n. 2; 388,
389 n. 4 ; 391 et n. 3, 394 n. 5 ; 396
et n. 4, 400 n. 3; 401 et n. 1.2;
405-410, 420, 425, 426 et n. 1,
449-452.
Pierre l'Ermite, 29 etn. 5, 72, 73,
87.
Pierrepont (château de), 23 n. 3.
Pilerga, 110, 112 n. 7.
Pins (Guillaume de), 16.
Pins (Roger de, Grand-Maître de
l'Hôpital), 119 n. 5; 139, 144 et
n. 3, 158, 204 et n. 1, 262, 272,
280 n. 6, 281.
Pisan (Christine de), 418 n. 6 ; 419
n. 1 ; 505, 510 et n. 5.
Pisan (Thomas de), 418 et n. 6, 419,
434 n. 1.
Pisani (Nicolas), 62 n. 2; 97.
Pisans, 38 et n. 1, 40, 41, 43, 64 et
n. 2; 256, 270.
Piscopi, 83 n. 6; 145, 147 n. 4; 449.
Pise, 64, 157, 259 n. 2; 377 et n. 3,
'i; 378 n. 1.
Plskopi. — V. Piscopi.
Pistoic, 378.
Piumazzo, 222 et n. 5.
Plaisance, 29.
Plaisians (Guillaume de), 36 n. 1.
N. JoRGA. Philippe de Mézières.
35
546 —
Plantagcncis (Maison des). 12'i n. 1.
Plalon, 2'i n. 1.
Plesby, 480.
Ploniani. 197 n. 1.
Pô, 159 n. 3.
Pocquel (Dcnisot), 421.
Pocquct (Pierre), 448 cl n. 1.
Poissy (Gilles de), 491.
Poitiers (ville et bataille de), 16 et n.
4, 162 n. '. ; 165 n. 5, 6; 18i,
241 n. 1.
Poitou, 112 n. 11; 113, 184, 185.
Pola (ville et diocèse de), 71 n. 2, 334.
Pôle (Guillaume de la), 269 et n. 6,
279.
Pologne, 41, 173 et n. 3, 195 n. 3, 8;
198 n. 2; 502.
Pologne (Hcdvvigc de), 195 n. 3.
Pologne (rois de). — V. Casimir et Vla-
dlslas V.
Polonais, 195, 489.
Pommiers (Amanieu de), 162 et n. 4,
5; 188, n. 5.
Pompilius (Numa), 26.
Pons (sire de), 184.
Pontarlier (Gui de), 334.
Ponlcliardon (Richard de), 18i.
Pont-de-l'Arche, 177.
Ponthieu, 177.
Pont 1 Evcque (Jean de), 15 et n. 5,
511.
Pon toise, 183.
Porrct (Nicolas), 422.
Portopisano, 50 n. 3.
Port-Pclerin, 35.
Portugais, 470 n. 4.
Posen, 194 et n. 6.
Pouillc, 470 n. 6. — V. aussi: Apulie.
Pradèle (Raymond de la, arche-
vêque de Nicosie), 105 n. 3; 126 n.
2; 282 et n. 4, 313, 315, 329 n. 3;
340 n. 4; 354, 369, 385 n. 3; 406.
Prague, 173, 192, 193, 194 et n. 2,
245, 246, 247.
Prague (archevêque de). — V. Pardu-
bitz (Ernest de).
Prato, 378.
Préaux (sire de). — V. Rivière (Jean
de la).
Prêcheurs (Frères), 202, 379 et n. 2,
412, 435.
Présentation (fête de la), 29. 345 n. 1;
411, 412, 413 et n. 1, 414, 415 n.
1; 423, 424 n. 6; 449, 511 et n. 2.
Presles (Raoul de), 417 et n. 6, 430
et n. 3, 431 n. 2; 432, 433.
Prignano (Rarthélemy). — V. Urbain
VI.
Priuli (François), 401 n. 6.
Priuli (Jacques des), 45.
Priuli (Jean des), 200 n. 4.
Priuli (Marc), 401.
Provana (Jehannin de), 450 n. 2.
Provana (Pierre de), 450 n. 2.
Provato, 336.
Provençaux, 198 n. 4; 410.
Provence, 31 et n. 1, 94, 95. 187 et
n. 1, 268 n. 3; 332 n. 6.
Provins, 445.
Provins (Gui de), 271 n. 5.
Prusse, 251, 303 et n. 8, .478 n. 3;
489.
Psararis (Michel), 111.
Plolcmaïs. — V. Acre (S. Jean d').
Puccio (Thomas, des Ghisilieri), 227
n. 5.
Puchay (seigneur de), 278.
Puy (Saintc-Marie-du-), 134.
Puy (évêquc de). — V. Ailly (Pierre
d).
Puy (Hugues de), 274.
Pythagore, 26 n. 4.
Q
Qâ'a-qarâ-fé (archers), 293.
Quiéret. — V. Woincourt (Quiéret de).
Quiéret (famille), 96 n. 3.
Quirini (François), 488 n. 3.
Quirini (François, cvêque de Capodis-
trla, puis patriarche de Grado), 97,
126 n. 2.
Qumitallo (Guillaume de), 328 et n. 2.
— 547 —
Racanelli (Pierre GiusUniano), 158 n.
2; 329 ctn. 4, 355 et n. 6, 374.
Rachowa, 497.
Ragnse (archevêché et ville de), 171 n.
2; 334.
Raincval. — V. Renneval.
Ramponi (François de), 222, 225 et n.
5.
Rapondl (Dino des). 'i98.
Rassic, 171 n. 2; 471.
Ravagnin (Benintendi), 255 n. 1.
Ravcnnc (Petrocino, archevêque de),
157 etn. 7, 222 n. 1.
Ravennc (Église de), 228 n. 1.
Raynaldi (Raynaldo des), 371 n. 3.
RccancUi. — V. Racanelli.
Reggio (Emilia), 64, 209, 211.
Reggio (Azzo de), 154.
Reims (ville et Église de), 59, 187,
190.
Reims (Gui de Roye, archevêque de)
— V. Craon (Jean de), 492.
Reims (Jean de), 278, 279 et n. 1,
356.
Renneval (riuillaume de), 23 n. 3.
Renneval (Raoïd do), 423 n. 4.
Rcnty (Oudard de), 188 n. 5.
Retimo, 252.
Revcl (Renaud de), 50.
Rhin, 174, 175 n. 1; 195, 246, 271.
Rhin (Rohert, comte palatin du), 489.
Rhodes (île et diocèse de), 2, 31, 37,
38 et n. 1, 40 n. 6; 42,47, 58,60,
61 n. 1, 4; 71. 97, 101, 106, 109.
119, 120, 124 et n. 1, 141 etn. 2.
5; 144 et n. 3, 171 n. 2; 204, 242
n. 6; 260, 266, 273 etn. 2, 274,
277 n. 2; 278, 280-284. 294 etn.
2, 300-305, 318. 319. 324, 337 n.
4; 339 n. 3; 340, 34 4, 345, 360,
364, 367, 371 n. 4; 372. 375 n. 6;
376, 383 n. 4; 397, 399, 402, 466
n. 3. — V. Hospitaliers.
Rhône, 159 n. 3; 162 n. 6.
Rhuin (Guillaume de), 49.
Ribagorça (Pierre, comte de). — V.
Aragon (Pierre de).
Ricasoli (Lapo des), 213.
Richard I'"'' (roi d Angleterre), 181 n. 5.
Richard II (roi d'Angleterre), 7, 8 n.
1; 24 n. 5; 25 et n. 9, 459, 464 et
n. 3, 465. 466, 469-471, 475 et n.
4. 5; 479-488, 491, 495, 502, .506.
Richemont (Arthur de), 468 n. 5.
Ricd, 96 n. 4.
Riedhourg (Eric de), 96 et n. 4.
Rienzo (Cola de), 192 n. 4.
Rimeriz (Jean de, doyen deTudèlo),
162 n. 2.
Rivière (Bureau de la). 278 n. 3; 424
et n. 2, 439 et n. 3. 442, 447, 467
et n. 1, 3; 408, 478 et n. 1.
Rivière (Jean l" de la), 439 n. 3.
Rivière (Jean II de la, frère de Bu-
reau), 278 et n. 3, 282 n. 4; 306 et
n. 4, 354 et n. 8, 424 et n. 2.
Rivière (Jean de la, avocat du roi),
278 n. 3.
Rivière (Thibaut de la). 278 n. 3.
Rizo (Zanachi), 252 et n. 4.
Robert I»"" (roi de France), 25 n. 9.
Robert I" (roi de Naples), 37, 66.
Robcrli (famille des), 220 et n. 1.
Rohine (Marie), 437 et n. 6.
Rochas (comte de). — V. Morf (Jean
du).
Rochefort(sire de), 285, 354, 357-360.
369 n. 6: 371, 372, 491.
Rochelle (ville et bourgeois de la), 185.
Rodez (Ponce de), 491.
Rodez (vicoinlo de), 491.
Roland, 25, 487.
Roland (.lean, évêque d'Amiens), 11,
436, 448, 453.
Rolland. — V. Roland (Jean).
Romagne 207, 215, 217, 218, 222,
223 et n. 1. 228 n. 5; 270.
Romain (Guillaume), 412.
Romains, 25 n. 4; 26 n. 3; 157, 202
n. 3; 204 n. 8; 214 n. 1; 219 n. 1;
271, 349 et n. 2, 433 et n. 5.
— 548 —
Romani (Marc), 200 n. 4.
Romanie,40n.9;46,55n. 1; 101,140
n. 3; 158, 171, 277, 288 n. 9; 307 n.
3; 330 n. 5; 411, 477 et n. 8, 502.
Romans, 48, 267.
Rome, 1, 4, 45, 84, 101 n. 7; 136,
139 n. 7; 156, 157 n. 1; 185,209,
210 n. 2; 251, 270, 326 et n. 2,
341, 360, 369-374, 378-380, 383,
385, 395 n. 1; 400, 411 n.5; 433
n. 1; 435, 457, 466 n. 1; 469 n.
5: 470 n. 4; 488 et n. 1.
Roosebeke (bataille de), 162 n. 4.
Roquetaillade (Jean de), 30 n. 3; 469
n. 5.
Rosate (frère Antoine de), 307.
Rosette, 35, 100, 276 n. 1 ; 289 n. 2,
4; 295, 296.
Rossellino, 222.
Rossi (Jacques des), 253 n. 3; 280 et
n. 4, 5; 314, 317, 320 et n. 2.
Rossi (Pierre des). 280 et n. 4.
Rossi (Pierre des, fils de Bertrand),
280 n. 4.
Rosso (Micaletto), 366 n. 1 ; 367 n.
2; 368 n. 2.
Rouen, 99, 173 n. 4; 176, 177 n. 3; 189.
Rouen (Jean d'Alençon, archevêque
de), 177 n. 3.
Rouergue, 480.
Roumains, 5.
Roumélie. — V. Romanie.
Roupcnides, 2, 110 n. 2.
Roussillon, 62 n. 2; 93 et n. 4.
Roussillon (Aimar de), 508 n. 2.
Roux (Robert le), 356, 357.
Ruad, 35, 368 et n. 1.
Rue, 177.
Russie, 195 et n. 3, 288 n. 1.
Rutland (comte de), 491.
Saïd, 356.
Sains, 23 n. 3.
Sainte-Catherine (Ordre de), 48 et
n. 8.
Saint-Clément (Guillaume de la Jugie,
cardinal de), 413.
Sainte-Colombe, 48.
Saint-David (Jean-Gilbert, évêque de),
491.
Saint-Denis, 187, 188 et n. 3, 'i63 n.
7; 512.
Salnt-Dié, 382.
Saint-Eloi (prieur et censive de, à
Paris), 422 et n. 2.
Saint-Epiphane (cap), 121.
Saint-Etienne-sur-le-Cœlius (Pierre de
Mortemart, cardinal de), 38 n. 2.
San-Felice, 379 et n. 5.
Saint-Fiacre (cure de, à Paris), 427,
508 et n. 1.
Sainte-Foy-de-Bclvès, 131 n. 4.
Saint-Georges (bras de), 337 n. 1.
Saint-Geours (Raoul de), 508 et n. 3.
Saint-Giiles, 166 n. 3.
Saint-Jacques (chevaliers de), 74.
Saint-Jean-cn-Grève (de Paris), 16 et
n. 4.
Saint-Lazare, 187.
Saint-Léger (Gui de), 128 n. 4.
Sainte-Marie-in-Via-Lata (Pierre de
Véruchc, cardinal de), 414.
Saint-Martial (Hugues de, cardinal),
414.
Saint-Michel (Jacques de), 128 n. 4;
256 et n. 5.
Saint-Ouen, 175 n. 3; 463 n. 6.
Saint-Paul (Hôtel et église de), 183,
461, 498, 506 n. 2; 511 n. 2.
Saint-Pol (connétable Walerand de
Luxembourg, comte de), 466 n. 1 ;
491.
Sainle-Prisque (cardinal de). — V. Fi-
geac (Bertrand Lagier de).
Saint-Robert (Bénédictins de), 48 n. 1.
Saint-Saturnin (Nicole de), 435.
San-Secondo, 200.
Saint-Vaubourg, 66 n. 3.
Saint-Victor (abbé de, à Marseille). —
V. Urbain V.
549 —
Saint-Viclor (Hugues de), 2'i n. 6.
Saintonge, 184. 185, 465.
Saintrc (Jean tic), 56, 166 n. 1.
Salines, 121, 282, 287.
Sallcs-dc-Bclvcs, 131 et n. 4.
Salonique, 280.
Saluées (Guillaume, marquis de), 26.
Saluées (Thomas 111, man^uis de), 157
n. 1.
Salzbourg (archevêque et Eglise de),
i;57 n. 7; 171 et n. 2.
Samodia. — V. Samoggia.
Samoggia, 222.
Sanalhem, 198 n. 4.
Sandwich, 180.
Sanseverino (Ilogcr de, comte de
Mileto), 214 et n. 3, 216.
Santerre, 12, 23 et n. 3.
Santcrre (maréchal de), 442 n. 1.
Sanudo (Nicolas), 40 n. 5.
Sanudo (Januli, duc de 1 Archipel), 41.
Saragossc, 307 n. 5.
Sardaigne, 84, 477.
Sarlal, 131 n. 4.
Sarou-khan (ou Magnésie, principauté
de), 42.
Sarrasins, 5, 17, 25-27 n. 5; 32 et n.
1, 2; 33, 35, 37, 39, 60, 72, 73 n.
1; 85n.l; 86, 100,110, 113, 129,
138 et n. 4, 165 et n. 2, 177 n. 2;
276, 285 et n. 3, 288, 290, 292,
293, 298 et n. 2, 6 ; 299, 307, 308
n. 2; 309 n. 4; 318,320, 321, 322
n. 3 ; 323, 324, 328 n. 2; 335, 337-
3'il, 344, 349 n. 1; 351 n. 3; 353
n. 1; 355 et n. 2, 356 et n. 3, 4 ;
363 et n. 1. 364, 368, 369 et n. 5;
375 n. 4; 376, 380, 381 n. 1; 383,
384, 385, 397, 398, 399, 401, 433
et n. 5, 454 n. 1; 459 n. 4; 464,
466, 470 et n. 4, 472 et n. 1, 474
n. 5; 475 et n. 1, 477, 488 n. 6;
513 n. 1.
Sas.so (Andréa), 324 n. 5.
Satalie (ville et émir de), 3, 5, 109,
115, 119 n. 5; 121-127, 142-145,
160, 165 et n. 1, 174, 203, 213 n.
2; 246 n. 1; 255 n. 6; 256, 260,
266, 274 et n. 4, 275, 276, 278,
294-296, 299, 302 et n. 7, 320, 330
et n. 6, 344, 360, 364, 391, 410,
511 n. 5.
Satalieu, 511 n. 2.
Sauvaget (maître Jean), 510 n. 5.
Save (la), 199.
Savena, 209.
Savoie, 174 et n. 2, 220, 334, 337 n.
1; 456 n. 11; 491.
Savoie (Aimon, comte de), 47, 120.
Savoie (Amédée VI, VII, VIII, comtes
de). — V. Amédée VI, Amédée VII
et Amédée VIII.
Savoie (Antoine, bâtards de), 334, 337.
Savoie (Eugène de), 468 n. 3.
Savoie (Humbert, bâtard de), 333, 334.
Savoie (palais do, à Londres), 186.
Saxe (Rodolphe II, duc de), 169, 170,
191, 192 et n. 6.
Scabinir. — V, Satalie.
Scafas. — V. Escaface.
Scala (Albert dclla), 41.
Scala (Gansignorio délia), 150, 205 n.
5; 208 et n. 6, 209 et n. 5, 210,
213, 228, 271 n. 15.
Scala (Maslino délia), 41.
Scala (Paul-Alboïn), 210, 228.
Scalanum, 125 n. 6.
Scandelion (Échivc de), 390, 391.
Scandinaves, 502.
Scandinavie, 249.
Scangenia (?) (Raymond de), 157.
Schabàn (comte de Gorigos), J 12.
Schabân-Aschraf, 311, 321, 361-364,
368-371. 373 n. 7, 9; 375, 376,
380 et n. 5, 381, 383, 384 et n. 2,
4; 397-402, 409.
Schischman III (tzar des Bulgares), 335.
Schoglan (montagne de), 307, 308.
Schwcidnitz, 194.
Schweidnitz (Boleslas de), 195 n. 8.
Scipion (l'.Vfricain), 25 n. 8.
Scbreil. — V. Breil (le).
SéchcUcs (Mahieu de), 23 et n. 3.
Séchelles (Pierre de), 23 et n. 3.
— 550
Scdamonr (émir). — V. Assandimour.
Scgiia, l'i5 11. 6.
Scldjoucidcs, ll'i.
Sélef, lil.
Selvc (la), 319.
Senlis, 188 n. 3.
Senlis (Jean Dodicu, cvcqiic de), 492.
Sens, 443 et n. 1.
Sens (Guillaume de Mclun, archevêque
de), 155, 188, 267, 444, 446.
Serailler (Raymond), 434 etn. 1, 435.
Serbes, 135 et n. 3.
Serbie, 135, 197, 411, 490, 500.
Serbie (Hélène Cantacuzène, reine de),
135 et n. 3.
Serbie (rois de). — V. Douchan
(Etienne et Ourosch).
Serbie (Joannice, patriarche de), 135
et n. 3.
Serravalle, 222.
Serravalle (Panccrot de), 337.
Séville (archevêque de). — V. Albor-
noz (Pierre).
Séville (Isidore de), 24 n. 6.
Sicile (île cl royaume de), 46, 56, 65,
68, 91, 142, 155 n. 1; 158 n. 4;
171,222 n. 1; 265, 307 n. 3; 351,
374 n. 1,4; 477.
Sicile (rois de). — V. Charles II,
Charles III et Robert I"" (rois de).
Siculus (Philippus), 10.
Sidon, 369, 397.
Sienne, 377 cl n. 1, 4.
Sienne (Sainte Catherine de), 408 n. 2.
Siénois, 41, 50, 377.
Sigeros (Nicolas), 136 n. 6.
Sigismond (roi de Hongrie), 471, 488,
497, 498. 500, 501.
Sigoli (Simon), 438 n. 1.
Siki, 275 cl n. 2.
Silésie, 194.
Simon (maître), 202 et n. 3.
Simonnet, 511 n. 3.
Sion, 138, 46 'i.
Sis, 35, 110, 171 n. 2; 275 n. 2; 462.
Sixte-Quint, 415 n. 1.
SizéboU, 336 n. 1.
Sizcboli (Guillaume, cvêque de), 136,
137 et n. 8, 138.
Skanocr, 248 n. 2.
Smaccano, 209.
Smilhfield, 180 et n. 6, 182 n. 1.
Smjrne, 42-45, 47, 51 n. 5; 52 cl n.
3, 54 et n. 3, 55 et n. 2, 3; 60 et
n. 4, 62, 63, 69-71, 89, 96-98,
100, 101, 112 et n. 10, 113 etn.
3, 120, 139-143, 152, 158 etn. 2,
205, 329, 355, 374, 478.
Smyrne (archevêché de), 140 n. 4, 242
n. 6.
Smyrne (Paul, archevêque grec de),
136 n. 6.
Snayth (Henri), 180 n. 6.
Soissons, 188 n. 3.
Soissons (Jean de), 256 et n. 4, 264,
265, 305"et n. 5, 385 n. 2.
Soissons (Marguerite de), 385 n. 2.
Solaro, 212 etn.- 4,244 n. 1; 280 n. 5.
Solarolo. — V. Solaro.
Soldane. — V. Lusignan (Soldanc de).
Solino (Arnaud de), 313.
Soller, 94.
Soragna, 64.
Soranzo (Pierre), 231, 253, 310, 323.
Soranzo (Soranzo), 310 n. 2.
Souabe, 246.
Soudans (du xiV siècle), 40, 45 et
n. 1, 51, 55 n. 1; 60, 86, 114, 150
n. 8; 170, 237, 239 n. 1; 260,
264, 277 n. 2, 7; 284 etn. 4, 286,
287 n. 4; 290 et n. 2, 291, 293,
296, 298 et n. 2, 299, 301 n. 4;
304, 306-311, 318-329, 333, 335,
337, 339, 340 et n. 3, 341 et n. 4,
353, 355-357, 360, 361, 376, 410,
438 n. 1; 45'i n. 1; 471, 484.
Spalalo (nrchcvêché de), 171 n. 2.
Spinclii (Nicolas, chancclierdu royaume
de Naplcs), 213ct n. 2, 374 et n. 4.
Spinola (Aron), 213 n. 2; 238, 241
n. 4.
Spinola (famille des), 213 n. 2.
Spinola (François), 115 n. 3; 213 n.
2; 275.
— 551
Spinola (Léon, Lucas, Jean, Laurent,
Robert et Etienne), 213 n. 2.
Spinola (Nicolas). — V. Spinelli (Ni-
colas).
Staplcton (Milon de), 166 n. 7 ; 279
et n. 8.
Stavro-vouni (couvent de Bénédictins
de), 81.
Stelaria, 90 et n. 2.
Stellata. — V. Solaro.
Sténo (Jean), 62 n. 2; 97.
Stenon, 124.
Stcrtz (Albert), 269 n. 2.
Strasbourg, 163 et n. 6, 174, 271,
508 n. 4.
Strovili, 103 et n. 5.
Sturla, 151 et n. 3.
Stury (Richard), 179.
Suchem. — V. Sudlieim.
Sudhcim (Ludolpho de), 289.
Suède, 248.
Suède (Eric XH, roi de), 491.
Suffolk (comte de), 269.
Suisses, 489.
Suiure. — V. Smyrne.
Sur (Jean de), 17. 108, 120, 127,
256, 264 et n. 1, 265, 274, 276,
277, 282, 294 n. 2; 301 et n. 7,
302 et n. 1, 304 et n. 2, 305 et n.
4, 321 et n. 4, 324, 327, 341 n. 1;
354 n. 6; 369 n. 5; 383 n. 3; 405
n. 11.
Sur (Pierre de), 144, 405 n. H.
Syativa (Georges), 322, 400 et n. 3.
Syracuse (Encchus, évoque de), 227 cl
n. 7, 242 n. 4.
Syriacus, 291.
Syrie, 2, 3, 4, 33, 3'., 77, 86, 123,
138, 248, 297, 306, 307, 309 n. 4;
326, 333, 341 et n. 4, 347 n. 2;
352, 355, 365, 368-375, 503, 511
n. 5.
Syriens, 100, 115, 119 et n. 1, 128.
273, 275. 276, 284, 285, 288, 290.
292, 299 et n. 2, 318. 319 n. 1;
327 n. 4; 330, 334 n. 5; 356 n. 5:
366, 368, 495.
Tabari (notaire). 441.
Tacca, 122. 123 et n. 4. 124 et n. 2,
126, 127, 274, 410 et n. 0.
Taillanville (seigneur de, roi d Y-
vetot), 278 et n. 5.
Tailleur (Camus le), 388 et n. 3.
Tainvilla. — V. Dainville (Gérard de).
Tambach (Jean de). — V. Dambach
(Jean de).
Tarnerlan, 98.
Tancarville (Jean, comte de), 160 n.
11; 165 n. 6; 187.
Tapèrcs (Galiot). 119 n. 3.
Tarcnlc (Louis de), 67.
Tarn. — V. Drave.
Tarragone (Pierre Glasquerin, arche-
vêque de), 338 n. 3.
Tarse, 110.
Tarse (archevêque de), 381 n. 1 ; 425
n. 2.
Tartarie, 86.
Talars. — V. Mongols.
Taurus (mont), 121.
Tavernini (Ange), 213.
Tciboghà (amiral), 361.
Tekkc-Ill, 122.
Templiers 34, 74.
Tenaeghel. — V. Nâgcl (de).
Téncdo, 333.
Termo (?) (Matteo), 53 n. 1.
Tcrouaniic (ville et diocèse de), 15 et n.
4, 17.
Terraneh, 296.
Terras (?) (Guillaume), 353.
Terras (:') (Thomas), 401 et n. 7.
Tctramyli, 123 et n. 4.
Teutons (chevaliers), 74. 98. 178 et
n. 7. 247, 279, 280 n. 1, 2; 471.
Teutons, 249, 280 n. 1.
Thcbaïde, 53 et n. 2.
Thèbes (ville et Eglise de), 51 n. 5;
273 et n. 6.
Thèbes (archevêché de), l'iO n. 4; 242
n. 6.
— 552 —
Thénouri (Alvise). — V. Norès (Al-
vise de).
Thénouri (Jean), 142 et n. 4.
Thénouri (l'icrre), 116, 142.
Thénouri (Simon), 89, 116 n. 6; 152 n.
2; 261 n. 4; 285, 293, 354, 357, 360.
Thcodose le Grand, 25.
Thodi (Nicolas, comte de), 270 n. 5.
Thomas (Pierre), 6, 11, 89 n. 1; 103
n. 3; 105-110, 118-120, 126, 129-
144, 150 etn. 1, 152, 153, 158 n.
4; 165 et n. 1, 202, 204-206,
212, 215-228, 233. 234-239, 242-
244, 251 , 252 et n. 4, 255, 261-265,
272 n. 6; 277 n. 2; 279 et n. 7, 8;
280 n. 6; 283-285, 291 et n. 5,
292, 295 et n. 4, 298-305, 311-317,
325, 329, 343 n. 4,5; 344 etn. 1,
345 etn. 1, 412, 441, 473.
Thorn, 247.
Thouars (vicomte de), 184.
Thuringe, 190.
Tignonville (Guillaume de), 511 n. 2.
Tinen ou Tinicn. — V. Tnéna (Jean
II, évoque de).
Tite-Live, 26 et n. 4.
Tlemcen, 470, 477 n. 7.
Tnéna (Jean II, évoque de), 202 n. 3.
Tolède, 207.
Tolède (archevêque de). — V. Albor-
noz (Gilles).
Tomacclli (Pcrrin). — V. Bonifacc IX.
Tomarî (Barthélémy des), 60, 61.
Toqbophà, 321, 353 et n. 1.
Terre (Raphaël), 259 et n. 3.
Torriani (Louis), 139 et n. 2.
Tortonc, 150.
Tortose, 35, 367etn 3, 4; 368 et n. 2.
Toscane, 64, 212, 213, 269.
Toscans, 253.
Tosque (?) (évcque de), 162 n. 2
Toul, 168 n. 5.
Toulouse, 156 et n. 7, 328, 476 n. 5.
Toulouse (GeolTro) de Vayroles, évcque
de), 156.
Toulouse (Robert de). — V. Lusignan
(Robert de).
Touraine, 166 n. 1.
Touraine (Louis do). — V. Orléans
(Louis d ).
Tournellcs (château des), 3, 463 et. n.
6, 479.
V. Henri
Transtamare (Henri}.
(roi de Castillc).
Traré (Barthélémy), 119 n. 3.
Traù (Barthélémy, évêque de), 135
et n. 2.
Trébisonde, 503.
Trévisan (Gui), 398.
Trévisan (Pierre), 153 n. 1.
Trévise, 50, 100, 145 n. 6; 147 et n.
5, 7; 199, 200, 223, 333 n. 7; 379,
380.
Trévise (Pierre de Baone, évcque
de), 395 et n. 3, 396 et n. 2.
Trie (Jean de), 478 n. 3.
Trie (Philippe de), 510 n. 1.
Trieste (diocèse de), 171 n. 2.
Tricstins, 373 et n. 2, 276, 278 n. 7;
307, 340 n. 3.
Tripoli (de Syrie), 355, 356 n. 1 ;
358, 365 et n. 7, 8, 11 ; 366, 367
et n. 2; 368, 376, 387, 511 n. 5.
Tripoli (comtes de). — V. Pierre I'^''
cl II (rois de Chypre).
Tripoli (comté de), 101 n. 7.
Troie, 26 n. 3.
Troie (guerre de), 30.
Tschélébi (Chidrhcgh). — V. Zalabi.
Tunis, 2, 34, 35, 193 n. 6; 307 n. 3;
470, 477.
Turcomans. — V. Turcs.
Turcs, 5, 32, 38-42, 45, 46 et n. 3,
51-57, 60-62, 70, 77, 82, 86, 97-
99, 111-115, 122-129, 135-137,
140, 141, 148, 158 et n. 1, 165 et
n. 2, 167, 170, 203 et n. 3, 205,
222 n. 1; 231, 233, 267 n. 8; 272-
276, 288-290. 299, 320 et n. 2,
328. 330-332. 335-338, 341. 349,
351 n. 3,- 358-360, 365 n, 7.
Turcus, 30.
Turenne (Guillaume-Roger, vicomte
; de), 49, 50 n. 1; 166 n. 7; 279
— 553 —
et n. 4, 284, 299 et n. 5, 301, 303
et n. 8.
Turcnnc (Raymond-Louis, vicomte
de), 471 n. 3,
Turquie. 86, 99, 109, 125 n. 6; 141
et n. 2, 271 n. 3; 330 n. 6; 387
n. 3; 487, 502, 511 n. 5.
Turin, 221 n. 1 ; 332 n. 3, 4 ; 430 n.
2 ; 449.
Tyr, 101 n. 7; 277 n. 1; 356 n. 1.,
U
Ufford (Tliomas), 269 et n. 6, 279.
Umurbeg (émir turc), 55 et n. 1, 60
et n. 4, 61, 62, 502 n. 1.
Urbain V (pape), 4, 14 et n. 5, 24 n.
1; 89 n, 1; 105 n. 3; 110 n. 2 ;
118 et n. 4, 126 n. 2; 131, 144,
152-173, 176, 177 n. 1, 2; 185 n.
5; 189 et n. 4, 8; 190, 194 n. 3;
196, 202-223, 225 et n. 6, 228 n.
4, 5; 233-239, 242 et n. 5, 243 n.
7; 246 et n. 1, 252, 254-259, 261-
273, 277 et n. 7, 279 n. 4; 280 et
n. 6, 281 n. 1; 303, 305 et n. 1,
308 n. 2; 309, 310 et n. 3; 319
n, 2; 322, 324-341, 346-348, 356
n. 3; 360, 369, 370-376, 378 n. 1;
380, 382-385, 392, 393 et n. 3 ;
397-402. 408, 412, 413, 416, 426,
508 n. 2.
Urbain VI (pape), 415 n. 1; 435-438,
441 cl n. 3, 4; 459 n. 8; 466 n.
1; 468 n. 2; 470 n. 4 ; 487.
Vaissy, Vassy (Roland de), 241 cl n. 1,
333, 335 et n. 8.
Valachic, 195 et n. 3, 490, 498, 500.
Vaianic, 368 et n. 2. 3.
Valacjues, 489.
Valente (Manuel de), 128 n. 4.
Valcnlinois (Aymar VI de Poitiers,
comte de), 268 n. 6.
Valère-Maxime, 26.
Valois (Charles de), 36.
Valois (Isabelle de), 482, 486, 487.
Valois (.Jeanne de), 165 n. 4.
Valois (Marie de, duchesse de Bar),
188.
Varese (Philippe de), 258 et n. 7.
Varna, 336.
Varrey, 334.
Vaudemont (comte de). — V. Lor-
raine (Antoine de).
Vaulrichier (Geneviève de), 421.
Végèce (Flave-), 26.
Veglio (Monte-), 217.
Velletri (cardinaux-évêques d Ostie et
de). — V. Ostie (évêques d).
Vcnier (famille des), 230 et n. 2, 251,
252.
Venier (André), 308.
Venier (Marin), 310 et n. 3.
Venier (Teodorcllo), 230 n. 2.
Venier (Titus), 230 n. 2, 253.
Venise (ville et république de), 4, 18,
20, 27 n. 5; 36-42, 44. 47, 50 et
n. 3, 51, 56 n, 1;58, 61, 63, 79,
97 eln. 2, 99-101, 134-139, 141,
143-149, 153 n. 1; 170, 185 et n. 3,
190 n. 2; 199-206, 212 n. 8; 214 n.
4; 221 et n. 3, 226 n.3; 229-247,
251-255, 259-265, 270, 271, 277-
280, 286 n. 6 ; 288 n. 1 ; 300, 308-
311, 318 n. 6; 319, 323-341, 346
et n. 2, 347, 354 n. 5, 10 ; 364,
370-373, 376 cl n. 5, 7; 378-385,
387 n. 3 ; 393 et n. 3, 7 ; 394 et
n. 2, 396, 397, 399 et n. 3, 401 n.
6; 402etn. l,4;409etn.2,8; 412,
425 n. 2; 426, 451, 452 n. 2 ; 454
n. 1 ; 470 cln. 6, 498 et n. 4, 502.
Verbérés (congrégation des, de S.
Jean l Évangclisle, à Venise), 394,
402 et n. 5. 403.
Vcrmandois, 23 n. 3.
Vcrmc (Jacques dal), 260, 334 n. 5.
— 554
Verme (Lucchino dal), 236, 251, 253,
260, 332, 334 n. 5.
Vernon-sur-Seine, 278 n. 3.
Verny. — V. Vérone (Jean de).
Verny (Gui de). 388 n. 2.
Verny (Thomas de), 282.
Véronais, 6'i, 211.
Vérone, 64, 150 et n. 3, 4; 209, 210,
213.
Vérone (Jean de), 119 et n. 2.
Vertus (comte de). — V. ViscontI
(Jean-Galéas).
Vertus (Jean de), 430 n. 2.
Vicence, 150.
Vichy, 446 n. 7.
Vicopisano, 377.
Vienne (ville et concile de), 36, 41
n. 9; 48.
Vienne (Bertrand de la Chapelle, ar-
chevêque de), 58 n. 2.
Vienne (Gautier de), 337.
Vienne (Jean de), 333, 337, 442 n. 1 ;
491.
Vienne (en Autriche), 198, 468 n. 3.
Vierzinek, 195 et n. 5.
Viez-Texerranderie (rue de la, à
Paris), 161 n. 4.
Vigevano (Gui de), 37.
Villareal, 462.
Villaret (Foulques de, Grand-Maître
de l'Hôpital), 36 n. 1.
Villars (Henri de, archevêque de Lyon),
47.
Villeneuve, 506 et n. 1.
Villeneuve (Hélion de, Grand-Maître
de 1 Hôpital), 43.
Villeneuve-lès-Avignon, 93, 160, 161,
172, 173.
Villiers (Pierre de), 96 n. 2, 442 n.
1.
Vincennes, 423 n. 7.
Virgile, 30 n. 3.
Visconti (famille des), 215 n. 3.
Visconti (Ambroisc), 244 et n. 1.
Visconti (Bernabô), 150, 151, 153 n.
3; 154 et n. 4, 157, 161, 189n. 8;
207, 208 et n. 4-6, 210-220, 222
etn. 4,226-229,241-244, 280 n.
5; 332, 333 et n. 4, 372, 379 n.
5; 408, 425-428, 449-451.
Visconti (Galéas II), 150, 151, 207,
208 et n. 4, 209, 244 et n. 2 ; 327
n. 6; 427.
Visconti (Jean, archevêque et sei-
gneur de Milan), 41, 59, 206, 207,
209.
Visconti (Jean-Galéas), 333, 426, 427
et n. 3, 5; 428 etn. 1, 490 n. 1;
491, 507.
Visconti (Lodrisio), 243 n. 9 ; 244.
Visconti (Lucchino, seigneur de Milan),
41, 59, 63, 64 etn. 2, 66.
Visconti (Lucchino), 425 n. 6.
Visconti (Matteo), 207.
Visconti (Robert). — V. Milan (arche-
vêque de).
Visconti (Valentine, fille de Bernabô),
425 et n. 6.
Visconti (Valentine, fille de Galéas?),
332.
Visconti (Valentine, fille de Jean-Ga-
léas), 427 et n. 5.
Visconti (Valenza). — V. Visconti
(Valentine, fille de Bernabô).
Visconti (famille chypriote). — V. les
noms suivants.
Visconti (ou Vicomte, Eermond). — V.
Visconti (Raymond).
Visconti (Guillaume), 282.
Visconti (Jean), 35 n. 3 ; 370, 386,
387.
Visconti (Raymond), 35 et n. 3.
Visconti (Raymond, chevalier de
Pierre I"'), 354.
Viscrebet (Roger de), 16 et n. 4.
Visitation (de la Vierge, fête), 415
n. 1.
Viterbe, 336, 397.
Vitry (Guide), 510 n. 5.
Vitry (Philippe de, évèque de Meaux),
417.
Vivarais, 508 n. 2.
Vladlslas V (roi de Pologne), 195 n. 3.
Voghera, 150 etn. 9, 151.
555 —
Volterra. — V. Corsini (Pierre,
évoque de).
Vouilly, 16 et n. 4.
Voulte (Albert de la), 20'i n. 4.
Voultc (Brcmond delà), 279 et n. 2,
293, 317, 354 n. 2 ; 359, 364, 366,
405 et n. 4.
Voulte (Philippe de la), 279 n. 2.
Vuyres (?), 16 et n. 4.
W
Waldcmar IV (roi de Danemark),
162 et n. 8. 9; 163 et n. 4-8 ; 164
et n. 1, 180 et n. 3, 190, 195 et
n. 4, 8; 249, 338.
Warwick (comte do). — V. Beau-
champ (Thomas de).
Waudenay (Thomas de), 56.
Waydot (prince de Lithuanie), 178 et
n. 7.
Wenceslas (empereur d'Allemagne),
245 et n. 2. 246, 470.
W^est (Thomas), 491.
Westminster, 180 et n. 6.
Wcslphalie, 244, 245.
Widdin, 497.
Wittelsbach (Maison de), 191.
Woincourt (Quiéret de), 96 n. 3, 4.
Woodhousc (Kohcrl), 269 et n. 1.
Wordingborg, 164.
Yalboghâ (émir), 291, 296, 302, 307,
308 n. 2 ; 311 et n. 3, 321 et n.
6, 11 ; 323, 327, 353, 360, 361 et
n.3, 364 etn. 5, 10.
Yémen, 297.
York (Edmond, ducd'), 480etn. 8, 491.
Ypres, 198 n. 2.
Yvetot (roi d). — V. Taillanvillc
(seigneur de).
Zaccaria (Benoît), 41, 43.
Zaccaria (Martin), 41 n. 9.
Zalabi (émir), 54, 59, 60, 61 et n. 6,
62, 141.
Zane (André), 147 et n. 4, 7 ; 149 et
n. 4.
Zara (archevêché de), 171 n. 2.
Zélande, 245.
Zcno (André), 231.
Zcno (Carlo), 149, 393 n. 2.
Zeno (Marin), 260.
Zcno (Nicolas), 40 et n. 2.
Zcno (Pierre), 42, 43, 46 n. 4 ; 79.
Ziani (Pierre, doge de Venise), 229.
Zirone, 217.
Zurivaco (Guillaume de), 400 et n. 3.
Zurnigi (Guillaume de). — V. le pré-
cédent.
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Bibliograpliic i
Préface 1
Chapitre I. — Famille de Mézières 9
Chapitre II. — Naissance de Philippe. — Sa jeunesse. — Son voyage
en Orient 19
Chapitre III. — La croisade au xiv* siècle. — Expédition d'Humbert II. 33
Chapitre IV. — Premières armes de Philippe. — Voyage en Orient
et création de lOrdre de la Passion 63
Chapitre V. — Mézières en Chypre. — Hugues IV. — Voyages en
Occident 76
Chapitre VI. — Mézières en Occident. — Dernières années du règne
de Hugues IV. — Avènement de Pierre 1'='' 92
Chapitre VII. — Voyage de Pierre I*"" en Occident. — La croisade de
1362. — Mézières à Avignon 144
Chapitre VIII. — Eflorts du pape pour la croisade (1363-1364). —
Activité du légat et de Philippe de Mézières 202
Chapitre IX. — Guerres en Chypre. — Prise d'Alexandrie. . . . 273
Chapitre X. — EfTorts du pape en 1366. — Expéditions d'Amédée de
Savoie et de Louis de Hongrie 328
Chapitre XI. — Derniers combats de Pierre le"". — Son voyage en
Occident et son assassinat 353
Chapitre XII. — Philippe de Mézières à la cour de Cliarles V . . . 416
Chapitre XIII. — Mézières aux Célestins. — Son activité littéraire
jusqu'en 1397 443
Chapitre XIV. — Epislre lamentable. — Derniers jours de Mézières.
Sa mort 500
Table des noms 515
CHAKTKES.
O
m
$»
o
o
f
I
SI
PONTIFICAl 1NSTITUTE OF MEDIAEVAL STUDIES
59 QUEEN'S PARK CRESCENT
TORONTO-5, CANADA
16336
km